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University of Ottawa
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o
o
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE.
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSE RAISONNÉË
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
I)\NS LA. LITTÉBATURE , LES SCIENCES F,T LES ARTS,
PAR UNE RÉUNION
DE MEMBRES DE L'INSTITUT,
ET D AUTRES HOMMES DE LETTRES.
TOME XL
PARIS,
AU BUREAU CENTRAL DE LA REVUE ENCYCLOPEDIQUE,
Rue d'Enfer-Saint-Michel, II" 18.
KT CHEZ ARTHUS BERTRAND, RUE HAUTEFEUILLE , «"25.
LONDRES. TRF.XITTEL ET WURTZ, ET DULiVU ET C""'
JUILLET l8î>I.
io
1163
t. Il
a Toutes les sciences sont les rameaux d'une même tige. »
Bacoit.
« L'art n'est autre chose que le contrôle et le registre des meilleures
productions A contrôler les productions (et les actions)
d'un chacun, il s'engendre envie des bonnes , et me'pris des mau-
vaises. 5>
MOKTAICNE.
« Les hclles -lettres et les sciences, bien étudiées et bien comprises ,
sont des instruracus universels de raison ^ de vertu, de bonheur. «
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE ,
ou
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans la
Littérature , les Sciences et les Arts.
1. MÉMOIRES, NOTICES,
^ LETTRES ET MÉLANGES.
NOTICE
Sur les chèvres de race thibétaine , dites chèvres-
cachemire (i).
L'intérêt que le public éclairé a paru prendre à Tim-
portalion des chèvres de Cachemire, efiectuée en 1819,
(1) On peut consulter dans le Bulletin de la société d'encourage-
ment pour l'industrie nationale ^ n» clxxv> une rotigs très-intéres-
tante sur l'introduction en France des chèures à laine de Cachemire,
originaires du Thibet, par M. Tkrnaux, membre de la chambre des
députés et du comité des arts mécaniques de la société d'encourî-
gement.
6 NOTICE
par les soius de MM. Ïernai;x et Jalbert, nous déter-
mine à faire connaître à nos lecteurs l'état actuel de
cette belle entreprise , et les résultats qu'ont procurés
trois années d'observations et d'expériences. Quelque
minutieux que puissent être les détails où nous allons
entrer, ils ne paraîtront pas indiflférens aux agriculteurs
instruits, aux manufacturiers intelligens, aux nombreux
amis de l'industrie nationale.
Le troupeau se composait, au moment de son arri-
vée en France , de deux grandes divisions , dont l'une ,
amenée par le navire te Saint-Nicolas , avait été débar-
quée à Marseille , et l'autre ^ embarquée sur la Ca-
therine, était arrivée à Toulon.
Le troupeau du gouvernement et une partie de celui
qui appartenait à MM. Ternaux et Jaubert furent diri-
gés vers la bergerie royale de Perpignan , d'après l'avis
du respectable M. Tessier , membre de l'Institut , qui,
après avoir contribué à procurer à la France l'inap-
préciable bienfait de l'introduction des moutons méri-
nos , devait naturellement associer son nom à l'hon-
neur de cette nouvelle importation ; le reste fut confié
aux soins de divers propriétaires provençaux.
La division stationnée dans les environs de Perpignan
a constamment prospéré ; les animaux sont dans un
état de santé parfait; la beauté de leur duvet ne laisse
rien à désirer, leur nombre est plus que doublé.
Soit que le climat de la Provence fût moins favo-
rable , soit qu'on eût laissé brouter à ces animaux des
plantes moins salutaires , soit par défaut de soins , la
division stationnée î» Toulon perdit, dans les première*
SUR LES CHÈVRES DE RACE THIBÊTAINE. 7
années , un nombre considérable de chèvres , en com-
paraison des mortalités éprouvées à Perpignan et ail-
leurs. Cette circonstance détermina MM. Ternaux et
Jaubert à les disséminer dans l'intérieur du royaume ,
au moyen de ventes particulières, et à faire venir à
Saint-Ouen , près Paris , la majeure partie de celles qui
restaient. Elles y sont au nombre de cent quatre-vingts
environ , dont un tiers provient de l'importation pri-
mitive , un tiers de la croissance de 1820, et un tiers
de celle de 1821. Elles sont parquées dans un grand
carré , entouré d'arbres qui leur procurent un ombrage
très-frais en été; aux deux extrémités , sont deux petits
réservoirs d'eau fraîche , et deux bergeries construites
sur le modèle de celles du Jardin des Plantes ; les
chèvres peuvent boire , s'abriter, entrer et sortir libre-
ment , quoique conservant toujours les séparations au
moyen desquelles on peut suivre l'éducation de ces
précieux animaux, dans toutes les périodes de leur exis-
tence et de la croissance de leur duvet. Cette disposi-
tion , pratiquée avec autant d'économie que d'intelli-
gence , donne h cette partie du parc de Saint-Ouen
un air pittoresque et animé qui produit une sensation
très -agréable. Lechevrier a remarqué que les personnes
qui visitent ce lieu ont de la peine à s'en éloigner.
Ces animaux ont dans leurs mouvemens une liberté ,
une adresse et un moelleux remarquables ; les jeunes
surtout ressemblent aux plus jolis petits chiens pour la
forme et aux jeunes chats pour la grâce; ils diffèrent
de notre race indigène, en ce qu'ils ont les oreilles
pendantes , la queue retroussée , les cornes droites et
8 NOTICE
presque toujours croisées. Ces chèvres ne sont pas plus
grandes que les noires, mais elles ont plus de corps;
et, en les comparant avec nos plus belles espèces de
chèvres blanches , dont M. Ternaux a réuni quelques-
unes dans son parc , on y peut observer la même diffé-
rence qu'entre les chevaux arabes et les chevaux euro-
péens.
Le lait de chèvre de race thibétaine paraît être
substantiel et abondant, puisque les jeunes animaux
sont, au bout de trois semaines, aussi grands et aussi
forts que ceux du pays , au bout de six ; ils semblent
d'un naturel moins sauvage que les nôtres, moins
vagabonds , plus faciles à garder et à faire marcher
en troupe. Ces animaux ne sont pas plus difficiles à
nourrir que les chèvres de France ; ils man2:ent tout ,
même les marrons d'inde, les fannes de pommes de
terre, les herbes provenant du sarclage, les fleurs
que l'on arrache lorsqu'elles sont passées , les branches
et les feuilles de toute espèce; il en résulte que, sans
rien prendre sur la nourriture des vaches , on peut ,
dans chaque parc ou jardin , nourrir une certaine
quantité de chèvres-cachemire avec les débris de ver-
dure que l'on jetterait.
La nourriture d'hiver, toujours la plus coûteuse
pour toute espèce d'animaux, est aussi très-écono-
mique pour ceux-ci, surtout dans les pays de vignobles;
on peut la composer de feuilles de vigne que l'on ra-
masse après les vendanges, en les mettant dans des
tonneaux ou dans des vases quelconques ouverts par
dessus ; on les y tient entassées avec des planches en
SUR LES CHÈVRES DK RACE THlBÉrAINE. 9
croix , sur lesquelles on pose une ou deux grosses
pierres ; on y verse ensuite de l'eau fraîche, qu'on a
soin d'entretenir tous les huit ou quinze jours , de
manière à compenser l'évaporalion et à ce que les
feuilles n'aient aucun contact avec l'air extérieur; on
peut y jeter un peu de sel, dont les chèvres sont très-
friandes , mais cette dépense n'est pas nécessaire. Les
feuilles d'orme, et même celles de tout autre arbre ,
peuvent aussi être conservées et servir à la nourriture de
ces animaux. Mais, ce qui leur est aussi favorable que
l'avoine et le son , c'est le marc de raisin , même après
qu'on en a fait la piquette ou l'eau-de-vie , lorsqu'on
est prêt enfin à en faire du fumier. On doit le conser-
ver de la même manière que les feuilles de vigne.
La chair, qui est très-bonne lorsqu'elle provient de
jeunes animaux, ou le lait dont on peut faire du fro-
mage , offrent encore une branche d'économie ru-
rale utile à exploiter, à plus forte raison lorscju'on
peut laisser brouter les troupeaux toute l'année dans
les landes , dans les bois , ou sur les montagnes , sans
s'en inquiéter. Comme il est constant que ces ani-
maux se plaisent mieux qu'aucun autre dans des
températures diverses, puisqu'ils multiplient depuis le
3o"^ jusqu'au 62"^ degré de latitude, il n'est pas h
craindre qu^ils souffrent dans aucun climat de la
France , et Ton n'a point remarqué que le climat
des environs de Paris leur fût plus nuisible que celui
de la Provence. L'humidité, que ces chèvres supportent
aussi aisément que les moutons (avec lesquels elles ont
d'ailleurs plusieurs traits de ressemblance ) , est néan-
10 NOTICE
moins ce qu'elles ont le plus à redouter. Les pertes qui
ont été faites , depuis que ces précieux troupeaux sont
en France , sont provenues de ce qu'on nomme la ma-
ladie des bois, parce que ces chèvres avaient mangé,
au printems , une trop grande quantité de jeunes
bourgeons ou d'herbes trop fraîches et trop humides.
On sait qu'en général les chèvres se reproduisent
rapidement. Celles-ci ont souvent donné deux che-
vreaux , et plusieurs d'entre elles ont été couvertes deux
fois dans la même année, avec succès; toutes sont pro-
pres à la multiplication , à l'âge de quinze à seize
mois, et quelquefois beaucoup plus tôt. Une chevrette ,
née au mois de février 1820, a mis bas une chevrette
au mois d'avril 1821.
Depuis deux ans que l'importation a eu lieu , on n'a
pas remarqué que ces animaux aient dégénéré sous
aucun rapport ; le duvet qu'ils produisent est toujours
aussi beau et aussi abondant que celui des jeunes bêtes
qui sont nées depuis leur séjour en France.
Une seule chèvre indiçrène a été couverte dans la
première année , parce qu'alors les boucs étaient telle-
ment insuffisans qu'il fallut envoyer à la Valduc , près
Marseille, le bouc de Cachemire qui était au jardin du
roi. Cette seule chèvre , sans duvet , a produit par le
croisement une chevrette qui donne un duvet fort
beau , S3 rapprochant bien plus du duvet de Cache-
mire que du duvet indigène. Celte épreuve ne laisse au-
cun doute sur la possibilité d'obtenir, par le croisement
des chèvres de Cachemire avec les nôtres , le même
succès qu'ont obtrmi les agriculteurs par le croisement
SUR LES CHÈVRES DE RACE THIBÉTAINE. 11
(les mérinos avec les moutons du pays^ et la récolle
du duvet sera au moins un bénéfice net, provenant
de la substitution d'une race à l'autre. Nous disons
bénéfice net, parce que, s'il est vrai que quelques espèces
de chèvres indigènes aient du duvet sous leur long poil,
comme les chèvres de Cachemire , et que ce duvet soit
fin et moelleux , il n'est pas moins constant qu'il est
mou , cotonneux , incapable de supporter l'opération
du peignage , et par cela même de servir à la fabrica-
tion des chfds; il se trouve en si petite quantité d'après
tous les renseignemens parvenus au ministère de l'in-
térieur , qu'il ne vaut pas la peine d'élre recueilli. Il
est d'ailleurs généralement gris, et je ne sache pas qu'on
en ait trouvé de très-blanc en France ; cette dernière
condition , qui rend le duvet propre à recevoir toute
espèce de couleur, est cependant indispensable.
Au reste , l'existence de cette race de chèvres indi-
gènes ,, portant duvet, est un indice précieux, parce
qu'il donne la certitude qu'étant croisées avec les races
de Cachemire , elles ne tarderont pas à nous affranchir
d'un tribut que nous payons à l'étranger pour l'achat
de cette matière ; tribut qui deviendrait d'autant plus
onéreux que , de toutes les substances filamenteuses ,
le cachemire réunit le plus d'élasticité, de douceur, de
chaleur et d'éclat ; propriétés qui tendent à en accroître
de plus en plus l'emploi.
La substitution de la race de Cachemire à nos races
indigènes aura cet avantage que nos manufactures, ali-
mentées par leur produit, ne pourront plus être arrêtée:?
12 NOTICE SUR LES CHÈVRES DE RACE THIB.
dans leurs travaux par une guerre ou par des événe-
mens qui empêcheraient de tirer de l'étranger cette
matière.
Pour mieux apprécier les utiles résultats de la natu-
ralisation des chèvres , dites de cachemire en France ,
il serait important d'être fixé sur la quantité de duvet
qu'on peut espérer de recueillir, ainsi que sur le prix
qu'on peut en obtenir, comme on l'est sur la qualité ;
mais on n'a pas encore de données certaines sur ces
deux points , parce qu'il existe beaucoup d'inégalités.
Quelques chèvres ont donné 200 et 3oo grammes de
duvet j tandis que d'autres n'en ont produit que 100 ou
120, soit qu'elles eussent le poil ras ou long. Il en a
été recueilli , l'année dernière , à la bergerie royale de
Perpignan, environ 12 kilogrammes sur 100 animaux; ce
qui, d'après le rapport de M. Tessier, a donné 5° 2;o
par chaque bête , l'une portant l'autre ; mais on en avait
beaucoup perdu , h cause de la gale que le troupeau
avait eue. Il n'y a pas de doute que , d'après leur par-
fait état de santé, la récolte , cette année , ne soit plus
abondante. Cette petite quantité est d'autant plus sur-
prenante que les animaux dont on n'avait pas encore
recueilli le duvet par le peignage, en paraissaient très-
chargés. Depuis quelque tems, le prix de cette matière a
beaucoupvarié; on peut aujourd'hui acheter pour gfr. le
1^2 kilogramme de cachemire blanc , épluché , qui coû-
tait , il y a deux ans , 20 à 22 fr. Mais , quelque modéré
que soit le prix de ce duvet , quelque petite qu'en soit
la quantité , toujours y a-t-il un avantage h échanger la
BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 13
race française contre une espèce incomparablement
plus parfaite.
N. B. Nous croyons utile de mentionner ici les noms de quelques
propriétaires français qui élèvent en ce moment des chèvres-cache-
mire, et qui auront sans doute de nombreux imitateurs :
M"»* Gibelin-IVoé , au Verger, près INIarseille (Bouches du Rhône).
MAI. Heurtaut de Lamerville, à Laperisse (Cher). Givry père, à
Varry (Cher). Théodore Geslin, à Beaurepaire. Bonnemère, à Sau-
mur (Maine-et-Loire). D'Artigues, à Vonêches (Ardennes. ) Petit—
Hutin,à Rheims (Marne.)DeNeuvillette,à Vilbruan (Haute-Marne).
Harmand, préfet, à Mezières (Ardennes.) E. Boucherot , à Chartres
(Eure-et-Loir.) Barthellemy, à INIetz (Mozelle. ) Poidbart, à Lyon
( Rhône.) De Courcy, à Gerville (Seine-Inférieure.) Rion, à Brest
(Finistère. ) Rogier, à Moulins (Allier. )
Biographie de Shakespeare, et coup d'oeil général sur
le caractère distinct if de son génie (i).
On ne voit jamais Sdarespeare en France qu'au milieu
des bourreaux et des supplices, armé du poignard ou de la
coupe empoisonnée, et se plaisant à épouranter l'imagi-
nation de ses lecteurs par la peinture de tout ce que le
crime a de plus atroce et le vice de plus hideux. On se le
(i) Shakespeare n'était connu en France que par la traduction
très-fautive de Letourneur ; MM. Guizot et Pichot ont entrepris une
révision complète de cette traduction , et le libraire Ladvocat s'est
chargé de la nouvelle édition , dont il a déjà publié cinq volumes.
Il met beaucoup d'activité et d'exactitude dans cette entreprise, ainsi
que dans la publication de la traduction de Schiller par M. de Barante,
dont il a paru trois volumes. Le ministre de l'intérieur a souscrit
pour vingt-cinq exemplaires de chacun des deux ouvrages.
iA BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.
représente j implacable et terrible, comme la Némésis an-
tique, éclairant le front des coupables de la lueur livide de
son flambeau, ou les voilant d'un funèbre linceul pour
les abandonner au bras vengeur de la justice. Les spectres,
les cercueils, les instrumens de torture, les écbafauds,
voilà les accompagnemens éternels que l'on donne à ses
lugubres drames. Voltaire , qui le premier fit connaître
Shakespeare en France , a contribué surtout à faire naître
cette fausse idée; et les critiques superficiels, qui croient
souvent donner une haute opinion de leur patriotisme , en
défendant même les prétentions injustes de la vanité natio-
nale, aux dépens de la gloire véritable et fondée de c& qu'ils
appellent les étrangers, comme si les lettres n'avaient pas
partout leur droit de naturalisation , se sont emparés de
cette assertion, pour répéter à l'envi que les mélodrames
français étaient souvent des chefs-d'œuvre de raison auprès
des grotesques et absurdes compositions du sauvage ivre.
Les plus raisonnables d'entre eux avouaient bien qu'il
y avait parfois de l'or dans le fumier de ce barbare ; mais
ils prétendaient en même tems que , s'il réussit parfois à
vous faire trembler, s'il sait mieux qu'aucun autre pré-
senter le crime dans sa honteuse grandeur, il dépasse aussi
trop souvent les bornes de la terreur tragique et ne sait
jamais redescendre à de plus doux tableaux pour éveiller
notre sympathie, à la vue des vertueuses douleurs d'une
autre Andromaque nu des intéressantes faiblesses d'une
tendre Monime.
Il est d'autant plus étrange de voir une telle opinion
accréditée , que les défauts et les qualités de Shakespeare
sont réellement tout-à-fait opposés aux défauts et aux qua-
lités qu'on lui accorde. Chez lui , la terreur n'est qu'un
ressort très-secondaire , tandis que le pathétique est son
BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 15
caractère vraiment distinctif. Shakespeare était un écrivain
profondément moral, qui sentait bien que, si la terreur
peut un instant étonner les hommes, ce n'est qu'en parlant
à leur cœur qu'on obtient sur eux un triomphe durable. H
savait, en nous inspirant l'horreur du crime, par lequel
les coupables s'isolent de l'humanité, appeler ensuite la
pitié sur eux, en les rendant à l'humanité par la puissance
du remords. C'est ainsi qu'autrefois lecygnedel'Ausonie,
l'harmonieux et tendre Virgile, après avoir fait descendre
Mézence du rang d'homme pour le placer dans celui des
tyrans, sait le relever ensuite en lui donnant les affections
et les douleurs d'un père. Convaincu, comme Virgile, que
le vice est hors de la nature et ne peut exciter aucun
intérêt, Shakespeare, bien différent des poètes qui pré-
tendent être de son école, a toujours su le faire plaindre
dans l'adversité , mais jamais il ne lui a concilié dans sa
prospérité une immorale admiration.
Les défauts de Shakespeare tiennent à l'abus même de
ses qualités. Ce qu'on peut lui reprocher, c'est plutôt de
l'afféterie et du bel esprit qu'un excès de force ou de
roideur.
Quand nous ne saurions pas, par les détails qui nous
sent parvenus sur lui, qu'il eut une de ces âmes tendres,
dont le sort est de souffrir plutôt que de faire souffrir les
autres , la lecture de ses ouvrages suffirait pour nous
prouver qu'il était fortement attaché aux qualités qui ho-
norent l'homme, et animé d'une haine vertueuse contre les
vices qui le dégradent. Ce n'est point dans les conceptions
qui demandent l'application de toutes les forces de l'intel-
ligence, qu'on reconnaît la vérité de cette opinion reçue,
que l'écrivain se peint dans ses ouvrages. Si l'on veut
saisir son caractère, il faut attendre qu'il s'abandonne sans
méfiance à l'inspiration de ses affections naturelles. Si ce
16 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.
n'est point l'artiste que Ton veut observer, il faut laisser de
côté tout ce qui appartient à l'étude , pour saisir ce qui est
de la nature. Malheureusement, l'homme ne se retrouve
souvent que dans un trait fugitif, qui échappe aux obser-
vateurs superficiels et qui se perd en passant d'une langue
dans une autre. Les traducteurs rendent assez bien le
grand, le beau, le terrible, l'artificiel; mais le simple, le
pathétique, le naturel résiste à leurs efforts. Voilà par
quelle raison un des écrivains les plus pathétiques a été si
long-tems un des écrivains les plus méconnus. Un coup
d'œil rapide sur sa vie fera mieux comprendre ce que nous
avons à dire de lui comme auteur.
William Shakespeare naquit à Stratford sur l'Avon ,
dans le comté de Warwick, le 23. avril i56A, la 6' année
du règne d'Elisabeth. Ses premières études durent lui ins-
pirer fort peu de goût pour les lettres grecques et latines.
L'usage s'était alors introduit de faire apprendre par cœur
auxenfans desrudimens écrits en latin, et de leur enseigner
les règles de la syntaxe au moyen de vers écrits aussi
dans ce latin barbare. Aussitôt que leur jeune intelligence
commençait à surmonter l'ennui de ce fastidieux travail,
on plaçait dans leurs mains, non pas ces auteurs qui, plus
voisins que nous des tems où les libertés individuelles
étaient encore respectées et où la raison -n'était point en-
chaînée par des formules artificielles , ont imprimé à leurs
mules écrits un noble caractère d'indépendance et de vé-
rité, mais des auteurs faits exprès pour les tems nouveaux
et les nouvelles formes sociales; tel était, par exemple,
Vitpmdf>X"i,swe E lisabeika, \i\re écrit en vers latins pour
recommander aux sujets anglais un respect loyal et absolu
pour le caractère et l'administration d'Elisabeth et de ses
sages ministres, quels qu'ils fussent. Ce livre, d'après les
injonctions expresses de l'autorité supérieure, devait être
BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. il
tèputé classique et se graver d'une manière indélébile
dans la mémoire de tous ceux qui seraient un jour appelés
à jouir des bienfaits d'un tel gouvernement. Soit que la
fausse direction donnée aux études dégoûtât le jeune Sha-
kespeare, soit que la fortune de son père, diminuée par
quelque accident, ne lui permît pas de suivre plus long-
îems les cours du collège, il en sortit de fort bonne heure,
muni d'une assez mince provision de connaissances clas-'
siques, que sa vie agitée ne lui permit pas d'augmenter. A
dix-sept ans, on le trouve déjà marié et établi, selon les
uns, comme négociant en laine, ainsi que l'était son père;
suivant d'autres, comme notaire dans sa ville natale.
Ce mariage précoce lui procura sans doute Fort peu
d'agrémens, car on le voit peu après associé à plusieurs
jeunes gens pour exercer quelques déprédations dans les
jparcs voisins. Une de ces dernières espiègleries, punies
alors avec la plus jalouse sévérité , l'obligea de quitter la
scène de ses dissipations. Il ne fut peut-être pas fûché de
saisir cette occasion pour se débarrasser des soucis du mé-
nage et se jeter sans contrainte dans le tourbillon des
plaisirs de la capitale. Laissant donc sa femme et sa fa-
mille à Stratford, il se rendit à Londres, vers l'année i586
ou 1687, âgé d'environ vingt-deux ans; il y mena, pen-
dant plusieurs années, une vie assez obscure et dont il
déplore amèrement l'infortune dans ses sonnets (29, 3?,
90,91, 112) imprimés long-tems après. Quelques bio-
graphes prétendent qu'il fut réduit à tenir la bride des
chevaux de ceux qui allaient au spectacle; d'autres en
font un assistant de souffleur, chargé d'avertir les acteurs
du moment de leur entrée en scène. Des témoignages plus
dignes de foi nous le montrent acteur lui-même , et ayant
déjà obtenu, en iSSg, 90 et 91, une assez grande répu'
tation par son habileté à corriger d'anciennes pièces de
TOMK XI. 2
18 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.
théâtre et à les adapter à la scène. En lôga, des auteurs qui,
probablement, s'étaient bien trouvés de ses conseils, avaient
consenti à laisser imprimer son nom à côté du leur. Suivant
quelques commentateurs , ce fut cette année qu'il essaya
de faire paraître plusieurs pièces qui lui appartenaient
entièrement. L'opinion la plus commune place PéricUsy
ainsi que la première et la deuxième partie à^ Henri FI ^
parmi les plus anciens ouvrages qui nous restent de lui. Il
est assez probable qu'en cela, comme sous d'autres rap-
ports , semblable à notre illustre Molière , on ne date
son existence littéraire que du moment où son génie se
fut déployé dans des compositions d'un ordre supérieur.
Alors seulement le public, aussi bien que lui-même,
attacha quelque importance à la conservation de ses ou-
vrages. Son poème de J^ènus et Adonis, publié en i595;
celui sur le rapide Lucrèce , publié en i59A ; sa collection
de honnets , sous le titre du Pèlerin passionné ^ sont au-
tant de témoignages incontestables de l'ardeur avec la-
quelle il se livrait au culte des muses, et de la célébrité
qu'il avait déjà obtenue; malheureusement, sa fortune ne
s'accroissait pas en proportion de sa renommée. Obligé
d'exercer un état pour lequel il ne s'était jamais senti de
vocation bien déterminée, et qui l'exposait à de conti-
nuelles humiliations , il trouvait quelque adoucissement
à décrire en beaux vers les chagrins dont son ame était
oppressée.
yî raconter ses maux, souvent on les soulage.
Shakespeare devait d'autant mieux sentir les désagré-
mens de son état qu'il n'était pas placé en première ligne.
Il faut croire qu'un défaut d'organisation ou la faiblesse
de son organe lui présentèrent un obstacle insurmontable;
autrement, l'homme qui a écrit les conseils donnés par
BIOGIUPHIE DE SHAKESPEARE. 19
Hamlet aux comédiens, et les huit vers placés dans la
bouche de Buckingham et dé Glocester, dans Richard III ^
n'aurait pas manqué d'arriver à un très-haut degré de su-
périorité dans son art. Il remplissait ordinairement les rôles
de père dans la comédie, et ceux de roi dans la tragédie.
Peut-être aussi, le public de Shakespeare et le public de
Molière n'étaient-ils pas en état d'apprécier la simplicité
naturelle de leur jeu. Mais, en dépit des obstacles et des
rivalités, sa célébrité s'augmentait de jour en jour. Depuis
l'année iSgS, où parut Roméo et Juliette., jusqu'à l'an-
née 16 13 où il termina, par Othello, sa carrière dra-
matique , on compte près de quarante pièces de théâtre
reconnues de lui; dans ce nombre se trouvent des comé-
dies, des comédies féeries, des tragédies et des canevas
historiques. Son talent n'était pas, en effet, borné à un
seul genre , et l'on pouvait dire de lui ce qu'on disait de
notre Buffon,que l'étendue de son génie se mesurait sur
la grandeur de la nature.
Les bénéfices qu'il retira de toutes ses pièces et de sa
part dans la direction du théâtre, nommé h Globe , qui
lui avait été concédée par Jacques I", mirent peu à peu sa
fortune dans un meilleur état.
Dès qu'il se vit un peu d'indépendance, il ne songea
plus qu'à quitter le théâtre et à se retirer à la campagne
pour y finir tranquillement ses jours. Une somme assez
considérable qu'il reçut de l'amitié de lord Sonthampton,
à qui, dans sa jeunesse, il avait dédié ses premiers ou-
vrages, lui servit à compléter le prix de l'achat d'une jolie
propriété dans son pays natal. C'est là que ses contempo-
rains nous le représentent, occupé de la culture de son
jardin et de nombreux actes de bienfaisance qui le ren-
dirent aussi cher à ses compatriotes qu'il s'était fait aimer
de ses camarades de théâtre. Son bonheur, à Londres,
2 *
20 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.
était d'obliger tous ceux qui l'entouraient, et de favoriser
les jeunes auteurs. Ce fut lui qui se fit le premier protec-
teur de Ben-Jonson. Les acteurs avaient refusé sa pièce ;
Shakespeare soutint le courage du jeune poète dont il
avait deviné le talent, se chargea de son ouvrage, en
pressa la représentation, et contribua à sa fortune drama-
tique. Ainsi Molière, depuis, encouragea le jeune Racine.
A Stratford , devenu plus riche, son obligeance s'éten-
dit plus loin. Il visitait un jour la veuve d'un oflicier que
son mari, en mourant, avait laissée sans ressources et
chargée d'une nombreuse famille. La veuve lui raconta
ses chagrins. Shakespeare sort sans rien dire, et revient un
instant après avec une somme de douze mille francs qu'il
remet à la veuve, en regrettant de ne pouvoir faire davan-
tage. Cette bienveillance de caractère ne contribua pas
moins sans doute que la douceur de sa poésie à le faire
désigner par les noms du hoTi ^ du doux, du tendre Sha-
kespeare, du cygne harmonieux de VAvon, épilhètes res-
tées inséparablement attachées à son nom, en Angleterre.
On aime à voir tous ceux qui l'ont connu s'accorder pour
célébrera la fois la gaîté philosophique de son caractèi'e,
le charme de son intimité, la sûreté de son commerce et
le calme inaltérable de son humeur. Tous les poètes de
son tems ne parlent jamais de lui qu'en l'appelant le dé-
duisant j le moelleux Shakespeare j le Tèrence moderne y
P esprit irrésistible , dont la plume répand des flots de miel
et de nectar
Son génie était encore dans sa maturité, lorsqu'il renonça
au théâtre pour retrouver dans les champs ces plaisirs
purs qui avaient toujours eu tant de charmes pour son ame
simple et aimante; îl n'avait alors que quarante-neuf ans.
Racine fut de même, et trop tôt pour nous, désabusé des
illusions de la gloire. Les esprits plus froids peuvent seuls se
BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 21
conserver intacts , au milieu du froissement des passions
du monde. Le génie est comme l'amour qui fait vivre
des siècles en peu d'années, et donne de bonne heure au
repos tout l'attrait que l'on trouvait auparavant dans le
trouble et dans les orages.
Le tranquille bonheur que ce changement de situation
fit goûter à notre poète fut de courte durée. Sa retraite
date de i6i3 ; et, trois ans après, la mort vint l'enlever,
âgé seulement de cinquante-trois ans, comme si le tems
envieux voulaitse venger, sur la vie des grands hommes,
de l'immortalité qu'il est forcé de leur laisser. Shakespeare
mourut le 25 avril 1616, anniversaire de sa naissance,
quatre ans avant la naissance de Molière, la même année
et le même jour où s'éteignait en Espagne un génie non
moins brillant , l'inimitable auteur du Don Quichotte, le
profond et élégant Cervantes.
La maison où Shakespeare termina sa vie fut long-tems
visitée par les curieux. On aimait surtout à y voir le mû-
rier, planté de la main du poète. Aujourd'hui, on cherche
en vain et la maison et le mûrier. Un ignorant ecclésias-
tique, M. François Gastrell, entre les mains duquel cet
héritage avait passé, fatigué des fréquentes visites des
étrangers qui venaient payer leur hommage à Shakespeare,
ou chercher des inspirations à l'ombre de son mûrier, le
fit abattre en 1766 , et le destinait à son foyer. Un horlo-
ger du pay* sut profiter de la sottise du prêtre et de la
curiosité du public ; il convertit le bois du mûrier en ta-
batières et autres petits meubles de toute espèce, dont iî
fournit pendant toute sa vie l'Angleterre , l'Europe , l'Ir-
lande, l'Amérique et les Indes, léguaat à ses successeurs,,
à Stratford, ce privilège inépuisable de transmutation, et
retirant du mûrier une fortune plus considérable que S2ia-
52 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.
kespeare n'avait retiré de toutes les productions de son
génie.
La chute du mûrier n'éloignait pas cependant tous les
curieux; la maison restait encore. M. Gastrell déclara,
dans sa fureur, que personne ne serait plus désormais
condamné au supplice de posséder cette célèbre maison ;
et, nouvel Érostratc, il la détruisit de fond en comble, en
dispersa les matériaux, en fit labourer les fondemens,
renverser les murs de séparation , et joignit le terrain à
celui d'un jardin voisin.
Le seul monument qui reste aujourd'hui, auxhabitansde
Stratford , de l'existence de leur célèbre concitoyen , est
son tombeau placé dans l'église. Ce qui donne une va-
leur réelle au monument élevé en son honneur, c'est un
buste en relief, exécuté sous les yeux de ses parens , et
dont une tradition ancienne atteste la ressemblance. Selon
l'usage barbare de cette époque, où les arts n'avaient pas
encore été retenus dans leurs limites respectives, ce busto
était revêtu, comme nos madones de plâtre, d'une peinture
grossière. M. Malone, commentateur de Shakespeare, fit
faire, en ijgS, à ce buste, l'opération qu'on fait encore
annuellement à Dublin, à la statue de bronze de Guil-
laume ÎII.Il le revêtit d'une couchedeblanc, réparant ainsi
une barbarie par une autre. Sur ce tombeau, on lit l'épi-
taphe suivante :
Judicio Pjliuin , genio Socratem , arle Maronem ,
Terra tegit, populus mceret , Olympus habet.
Nestor par la sagesse , Socrate par le génie , Virgile par l'élégance ,
la terre le couvre, les hommes le pleurent, l'Olympe le possède
Un autre monument lui a été élevé, en 1740, dans l'ab-
baye de "Westminster, avec la recette d'une représentation
BIOGRAPHIE DE SHARESPliARE. 23
de sa tragédie de Jules- César j donnée dans cette intention.
Il est placé dans la partie de l'église, nommée le coin dest
poètes, ùcôté de ceux élevés à Chancer, Spencer, Millon,
Dryden j Butler, Thomson , Gay, Goldsmithj Addisouj
près de celui du Français Siint-Ewremont , du Germain
HandeltX. du célèbre comédien Gctrrick.
Les Anglais ont senti en clTet que la mort, qui réunit
tous les rangs , rapproche aussi toutes les gloires. Us n'ont
pas, comme dans d'autres pays, transporté dans ce qui
est hors du tems les Iri voles distinctions, i\ l'aide desquelles
on se crée des grandeurs factices aux dépens des gran-
deurs réelles. Ils n'ont pas prononcé, avec toute l'assu-
rance et toute la jalousie de la médiocrité, que tel ou tel
talent serait réputé déshonnête, et tel ou tel homme ver-
tueux traité, après sa mort, en crin'iinol. Ils ont vu que
tous les arts , toutes les sciences, toutes les supériorités se
prrtcnt un nuituel appui ; et, loin do disperser à dessein
les tombeaux des hommes célèbres dans dilTôrcns genres,
ils ont réuni sous les mOmes vofites le prince patriote, le
ministre honnête homme, le général habile , le musicien,
le peintre, le poète, l'artiste et le comédien distingués,
comme dignes également de la reconnaissance et de l'hom-
mage des hommes
Mais le plus beau monument élevé à la mémoire de
Shakespeare est la collection de ses ouvrages drama-
tiques. La première édition de ses pièces de ihéAtre réunies
ne parut que sept ans après sa mort, en iGaS. Onz»
seulement avaionl clé imprimées pendant la vie de l'au-
teur, mais non par ses soins. Shakespeare avait cou-
tume de vendre ses pièces aux comédiens, qui les faisaient
imprimer quand bon leur semblait. Plus elles étaient po-
pulaires, plus on lardait i\ les faire paraître, afin d'attirer
plus long-tems les spectateurs par le charme de la iiou-
n BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.
veauté. On se permettait même assez souvent d'y faire- des
changemens considérables pour les adapter, soit à une
circonstance nouvelle, soit au lieu où elles étaient repré-
sentées , soit même au talent particulier des acteurs qui y
J)renaient un rôle. Lorsqu'on avait un mauvais roi dans la
troupe, on abrégeait les scènes où le roi paraissait; ou,
si l'on avait un bouffon aimé du parterre et des galeries ,
on le laissait disposer à son gré de sou rôle, l'abréger,
l'alonger, et même le changer entièrement
Voilà par quelle raison il y a souvent tant de différence
entre les divers commentateurs et les diverses éditions du
tragique anglais. Il est juste d'avoir égard ù cette circons-
tance, quand on trouve des passages trop évidemment in-
dignes de lui, et d'examiner, avant que de condamner, si
c'est bien véritablement à lui qu'on doit les attribuer.
Les fautes graves qu'on lui a reprochées , et quelquefois
sans doute avec justice, peuvent être considérées sous deux
points de vue ; les unes appartiennent à son siècle , les
autres ne doivent être imputées qu'à lui seul. Pour dis-
tinguer avec impartialité les défauts qu'il doit à son siècle
et ceux qu'il ne doit qu'à lui, il est nécessaire de s'ar-
rêter un instant et d'examiner d'abord quels sont ces
défauts.
En résumant tous les reproches faits à Shakespeare, on
voit qu'il est accusé de mêler souvent le réel avec le mer-
veilleux et l'histoire ancienne avec l'histoire moderne,
d'introduire des bouffons dans les pièces sérieuses, d'em-
ployer un style affecté ou des expressions indécentes; on lui
reproche aussi quelquefois de l'extravagance dans la dispo-
sition des plans. Il est impossible d'apprécier la validité de
ces accusations, si l'on n'a auparavant une connaissance
«ssei exacte de l'état général des mœurs, des lettres et du
'.héî^trç au tems «^'Elisabeth et de Jacques ï".
BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 25
Aujourd'hui que la société a été renouvelée presque dans
ses bases, que la civilisation ancienne, changeant de di-
rection, a pris un mouvement plus rapide et plus libre,
que les premières classes de la société ont été fortifiées par
des agitations politiques, qui, en isolant chaque individu
de l'appui de sa caste, de sa corporation , de ses ancêtres,
le réduisaient à chex'cher sa force dans son intelligence et.
dans ses moyens personnels; que les classes inférieures,
éclairées par leurs voyages sur tous les points du monde,
ont pu, par l'observation de mœurs et d'usages divers,
apprendre à juger impartialement les mœurs et les usages
de leur pays; que tous enfin, dégagés des chaînes de l'ha-
bitude, ont pu en appeler à leur raison des erreurs de leurs
pères, nous avons peine à concevoir comment les croyances
les plus ridicules et les plus absurdesont si long-tems con-
servé leur empire. Les sorciers, les apparitions, les mi-
racles, les revenans, la magie, tout ce qui blesse l'ordre
naturel des choses est aujourd'hui tellement repoussé par
presque toute la population , qu'on peut ù peine ajouter foi
à ce qu'on rapporte de la crédulité, je ne dis pas des siècles
éloignés du nôtre, mais de la haute société qui, du tems
des Voltaire et des Rousseau , fournissait encore tant de
dupes au diacre Paris. Dans les pays protestans, où la
raison, plutôt exercée, devait amener une guérison plus
prompte des maladies intellectuelles, il fallut encore un long
espace de tems pour détruire le mal jusque dans ses racines.
Ce n'était pas seulement le peuple qui se rendait victime
de ses terreurs; les théologiens, les guerriers, les hommes
de cour, tout était peuple à cet égard; et les premiers ré-
formateurs eux-mêmes , à commencer par Luther et par
Knox, semblaient ne dépeupler le purgatoire que pour
rendre plus redoutable aux imaginations épouvantées ce
qu'ils appelaient les puissances des ténèbres. Tous les fan-
U BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.
tomes de l'ignorance ne s'évanouirent donc pas, comme
on pourrait le penser, aux premiers rayons de la philo-
sophie ; seulement , à mesure qu'ils s'effaçaient des
croyances religieuses, ils passaient dans le domaine litté-
raire, et devenaient, comme les êtres mythologiques pour
les anciens poètes de la Grèce, autant de fictions et d'allé-
gories subordonnées à un développement moral. La partie
la plus éclairée du public voyait la fiction ; mais la partie
la plus nombreuse doutait, et le reste était entièrement con-
vaincu. C'est donc à cette époque que parut Shakespeare.
L'existence des êtres surnaturels avait bien été attaquée par
quelques hardis novateurs; mais les esprits les plus forts
n'étaient encore arrivés qu'au doute, et les autres croyaient
ce qu'avaient cru leurs pères. Bacon, ce puissant génie , ce
réformateur des méthodes scientifiques, n'osait pas con-
tester la réalité des larves et des fantômes , et le roi
Jacques I", qui était loin sans doute du génie de Bacon ,
publiait sa Démonologie pour constater leur existence.
Jacques avait d'ailleurs une raison particulière de croire
aux choses surnaturelles, possédant, en sa qualité de roi
d'Angleterre , le droit incontestable et surnaturel de guérir
les écrouelles, droit qu'il avait reçu par ordre de succes-
sion d'Edouard le confesseur, et qu'il transmit dans le
même ordre aux rois ses descendans. Ce privilège ne s'est
perdu, en Angleterre, que sous George I"'. D"'autres pays
ont été plus heureux; et, malgré une interruption mo-
mentanée, ce droit ne paraît avoir rien perdu de sa légi-
timité.
Ces relations merveilleuses étaient alors le sujet de
toutes les conversations. Les pauvres faisaient errer leurs
apparitions sur la lisière des bois, au milieu des ruines;
les riches plaçaient leurs ombres dans une voiture à six
chevaux sans tête , conduits par un cocher et des laquait
BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 27
«ans tête. Reginald Scot, dans sa. Découperùe de la sorcel-
lerie j Burton, dans sonAnatomia de la mélancolie; Grose,
dans son Glossaire pi-ovincial , et une foule d'autres au-
teurs nous ont rapporté de ces contes qui occupaient les
soirées d'hiver dans les châteaux aussi bien que dans les
chaumières. On doit sentir que des hommes habitués à de
telles émotions ne pouvaient trouver une distraction assez
puissante dans les visites fortuites d'un voyageur et d'un
hôte fatigué. Il leur fallait une distraction qui vînt re-
mettre en équilibre leurs facultés ébranlées. De là, l'intro-
duction générale des fous dans toutes les grandes familles.
La présence des fous devint bientôt aussi indispensable à
la table des barons que dans les salons des princes. Dans
un tems où la force était la seule loi, une telle institution
n'était peut-être pas sans utilité ; les bouffons étaient alors
ce que seraient les faiseurs d'apologues auprès des tyrans
de l'Orient. Ils représentaient, pour ainsi dire, l'opinion
morale de la société , et faisaient passer, sous la protec-
tion de leur marotte et de leurs grelots , des conseils ou
des reproches sévères. Ainsi, notre Rabelais, en dépit des
bûchers, faisait impunément aux préjugés de son siècle
une guerre obstinée. Lorsque, dans la vie réelle, les An-
glais ne pouvaient se passer de leur clown (i), les Fran-
çais de leur yoz^, les Espagnols de \euv gracioso ; lorsque
tous les rois d'Angleterre, jusqu'à Charles I", avaient
donné à ce personnage toute l'importance d'un personnage
historique, Shakespeare , dont le but était d'offrir une
image parfaite de son tems, n'était-il pas, en quelque
sorte, justifié de l'introduction du fou dans les drames
sérieux, pourvu qu'il augmentât par ce moyen l'intérêt et
(i) Le rôle du fou est en général donné à un paysan [clown) dont
la finesse se cache sous une enveloppe grossière.
28 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.
la terreur des situations tragiques, ainsi qu'il l'a fait dans
le roi Lear, et comme "VValter Scot l'afait do nos jours, dans
son Wamba, duroman à'Iuanhoe. Le peintre qui a repré- ,
sente l'entrcTue de Charles-Quint et de François I", a-t-il |
été blâmé d'y placer Triboulet? Il est incontestable que,
dans les arts, tout ce qui n'ajoute pas à l'effet le diminue ; s
qu'on applique cette règle aux bouffons de Shakespeare, !
et qu'on prononce hardiment que ce qui nuit à l'effet esl
mauvais. Mais, si telle ou telle innovation , que nous re-
poussons avec raison sans doute de notre théâtre , contri-
bue à faire valoir l'ensemble , qu'on ne se laisse pas aveu-
gler par le préjugé, et qu'on réfléchisse un instant avani
d'en prononcer la condamnation absolue , . .
Toutefois, si l'indulgence est louable à l'égard des inven-
tions qui ne paraissent vicieuses que par une imitation trop
exacte de la nature, il n'en est pas de même pour tout ce qui
annonce l'affectation et la prétention au bel esprit; c'est là
un des véritables défauts de Shakespeare. Tandis qu'il
tourne en ridicule, dans plusieurs scènes de ses comédies,
l'afféterie des Euphuistes, il n'a pas su toujours résister à la
contagion du mauvais exemple. Si l'on compare cepen-
dant son style à celui des écrivains de la même époque, on
eentira mieux combien , grâce à sa profession de comédien
qui l'éloignait de la cour et des sociétés à la mode, il a
échappé à ce défaut universel d'un siècle qui offrait un
singulier mélange de raffinement et de grossièreté
Quoi qu'il en soit, on peut appliquer justement au poète
anglais ce mot, qu'un de nos personnages historiques mo-
dernes adressait à ses détracteurs : « 3fes défauts et mes
vices même furent le produit de mon siècle; mon génie et
mes vertus sont à moi. »
( Extrait du cours de littérature dramatique anglaise fait
à l'Athénée de Paris par M. J. A. Bichon, en 1821 ).
39
BEAUX-ARTS.— ARCHÉOLOGIE.
NOTICE
Sur les sculptures des frontons du Parthekon (i),
dont le gouvernement a fait venir des plâtres (2) ,
moulés sur les originaux maintenant en Angle-
terre ;
Et Réflexions sur la nécessité de former un Musée
spécial de copies, de m^ême nature, des statues an-
tiques qui nous ont été enlevées.
Depuis les tems appelés historiques, il est plusieurs
époques célèbres où des hommes de génie, trouvant dans
leurs souverains des protecteurs éclairés, ont pu se livrer
à des travaux qui ont posé, pour ainsi dire, les limites
de l'esprit humain.
A chacune de ces époques, au milieu des hommes extra-
ordinaires qui semblent se grouper pour coopérer à l'illus-
tration de leur siècle, on peut en signaler un qui domine
tous les autres, et qui pourrait disputer au souverain lui-
même le droit d'y attacher son nom. La postérité a
dit : Les siècles de Périclès ^ à\4uguste j do Léon Xj
de Louis XIF; elle eût pu dire avec autant de raison :
les siècles de Phidias j de Virgile, de Raphaël^ de
Racine.
(1) Parthenon ou Hécatompedon ; c'est le nom du temple de Mi-
nerve, élevé par Périclès, et dans lequel était la fameuse statue de
Phidias. Ce temple, situé dans l'Acropolis ou citadeUe d'Athènes , fut
presque entièrement détruit par une bombe, pendant le siège que les
Vénitiens firent de cette ville , en 1687.
(2) C'est l'expression technique pour nommer les copies eu plâtra
obtenues pav le moulage.
30 BEAUX-ARTS.
Au reste, ces génies auxquels tous les esprits éclairés ren-
dent un culte égal, ont eu d'étranges destinées. Racine,
après avoir vu sa gloire long-tems contestée, meurt de cha-
grin d'avoir encouru la disgrâce du plus absolu des maîtres.
Raphaël, dont la mort fit verser des larmes amères à
Léon X (i), expire à la fleur de l'âge et dans toute la
force d'un talent qui n'a pas encore trouvé d'égal, pour
s'être trop abandonné aux caresses enivrantes d'une maî-
tresse adorée. Virgile, méconnaissant son propre génie,
veut, à ses derniers instans, déshériter sa mémoire, et
livrer aux flammes ce poème, lecture favorite des esprits
délicats et sensibles. Phidias, enfin, honoré de l'amitié
intime de Périclès, victime de la jalousie que lui portaient
ses ennemis, et de celle qu'inspirait son protecteur qu'on
voulait punir dans la personne de son ami , Phidias , dis-je,
Onit ses jours en prison (2).
Frappé du sort des hommes qui ont eu le malheur de
s'élever au-dessus de leurs contemporains, un poète mo-
derne s'écrie (3) :
Vivans , la baiiie les déchire ;
Et ces dieux que la terre admire
Ont peu compté de jours sereins.
Mais que sont devenues leurs productions ? leur gloire ,
au moins, est-elle assurée?
Grâce à l'imprimerie , les œuvres de Virgile et de Ra-
cine seront connues, dans leur entier, de nos derniers
neveux. Raphaël, moins heureux, verra son nom survivre
à ses admirables peintures, déjà bien altérées par le tems,
(1) Vasari , T. 11 , page 53.
{2) Plutarque , vie de Périclès.
(3) M. da Fontanes, stances à M. de Chateaubriand.
ARCHÉOLOGIE. SI
etque dans peu de siècles on ne connaîtra plus que par des
gravures, c'esl-ù-dire par des traductions (i). Quant à
Phidias, de tous les monumens échappés aux ravages dont
la Grèce et Rome ont été tant de fois le théâtre , il n'en
est aucun que l'on puisse avec certitude lui attribuer; il
n'existe ù ce sujet que des probabilités et des inductions.
Quel serait donc l'enthousiasme du monde savant, si l'on
était enfin parvenu à recueillir des débris que l'on pfit,
sans hésiter, attribuer au ciseau de ce célèbre statuaire I
Le tems nous dérobe , il est vrai, la certitude que nous
recherchons avec tant d'ardeur; mais la gloire de Phidias
n'en paraîtra que plus grande, puisque l'on sera conduit
à dire : Si les ouvrages que nous avons sous les yeux , exé-
cutés sous sa direction, mais auxquels il n'est pas sûr qu'il
ait mis la main, causent tant d'admiration, que devaient
donc être ceux qui étaient le produit immédiat de son
ciseau ?
Les ouvrages dont je parle sont les figures des frontons
du.Parthenon, apportées à Londres par lord Elgin et dont
le ministère de l'intérieur a fait venir plusieurs /j/a^r^s,
moulés sur les originaux (2).
On se rappelle qu'à l'époque de l'expédition d'Egypte,
l'Angleterre devint l'alliée de la Sublime-Porte. Lord El-
gin était alors ambassadeur à Constantinople. II profita de
l'influence que lui donnaient sa position et les circons-
tances , pour demander la permission de dépouiller
Athènes des restes de son ancienne splendeur. Cette per-
mission lui fut accordée , et l'usage qu'il s'empressa d'en
(1) L'analogie me paraît être complète. Le traducteur essaie de
rendre la pensée et le style , comme le graveur essaie de reproduire la
forme et la couleur.
(7) Ces plâtres ont été' déposés dans une salle du Leurre.
3î liEAliX-AllTS.
faire lui a valu des critiques sévères et des éloges Con-
testés; anathématisé par lord Byron , il a été loué par
plusieurs archéologues, qui pensent que les monumens qu'il
a enlevés (i), maintenant à Tabri de toute destruction
probable, auraient péri, comme tant d'autres, dans quel-
ques-unes des catastrophes auxquelles ce malheureux pays,
autrefois la gloire de l'esprit humain , semble voué pour
long-tems encore (2).
Le croira-t-on ! ces illustres débris trouvèrent peu d'ad-
mirateurs à Londres. Mais un homme profondément
versé dans la connaissance de l'antiquité, M. Visconti,
ayant été proposé par lord Elgin, et accepté par le gou-^
vernement pour en fixer la valeur, il vint à Londres et
publia des mémoires qui ne tardèrent pas à éclairer
(i) Cel enlèvement a donne' lieu à une foule de traits dirige's contre
son auteur. Sur les murailles du Parthenon, on écrivit : guid non
fecerunt Gothi, feccrunt Scoti , par allusion à la patrie de lord Elgin.
Le portique du temple de Pandrose e'tait encore iutact; il en fit enlever
une cariatide, qu'il remplaça par un pilier de briques. Ou e'crivit sut
le pilier : opus Elgin; et sur la cariatide la plus proclie : opus
Phidiœ. Enfin , un Anglais de distinclion fit exe'cuter à ses fiais
une copie en marbre de la cariatide enleve'e^ et la fit substituer au
pilier de briques.
(2) Je ne puis m'empècher de soumettre les conside'ratious sui-
Yantes au jugement des personnes qui ne peuvent se consoler de ce
que le Parthenon a été dépouillé de ses sculptures.
Il est très-vrai que les monumens de ce genre perdent beaucoup à
être enlevés au cadre qui les renfermait, à la place pour laquelle ils
avaient été exécutés ; on peut dire même qu'au milieu des noble»
ruines dont ils faisaient partie, ils exerçaient sur l'imagination une
puissance qu'ils ne peuvent conserver ailleurs. Mais , si l'on considère
de quelle importance il est pour les artistes modernes de pouvoir le»
étudier ; s'il est bien constant qu'ils forment , dans l'histoire de l'art ,
une époque très-importante et qui n'était pas encore complètement
ARCHÉOLOGIE. 33
i'opinion publique sur le mérite des ouvrages soumis à sa
docle investigation (1). Bientôt Canova et M. Quatre-
mère de Quincy allèrent aussi, successivement, visiter
cette collection; et ce fut à celte occasion que ce der-
nier écrivit à Canova des lettres pleines d'intérêt, publiées
à Rome, et dans lesquelles on peut connaître l'opinion que
le plus célèbre statuaire moderne avait conçue de ces
productions de l'antiquité ('2).
Parmi ces sculptures , les plus importantes , sans con-
tredit, sont celles des frontons du Parthenon ; le gouver-
nement, en faisant venir en France des plâtres des prin-
cipales figures de ces frontons, a donc rendu un véritable
service aux artistes , aux archéologues et à tous ceux qui
s'intéressent aux arts du dessin, puisqu'il les a ainsi mis
à même de juger par leurs propres yeux du mérite de ces
monument.
Le premier sentiment que l'on éprouve à leur aspect
est celui d'une curiosité ardente , qui cause une sorte de
transport; puis l'on se trouve naturellement amené à
demander: de qui sont-ils ? est-ce la création d'un même
homme ou de plusieurs ?
Ici , l'artiste se borne à répondre : Ce sont des produc-
conuue , parce que les matériaux mauquaient ; enfin , si l'on s'arrêle
à cette pensée , que quelque nouirelle catastiophe aurait pu eu ache-
\er entièrement la ruine , je crois que l'Europe savante devra se féli-
citer qu"'ils soient confiés à la garde d'une nation civilisée.
JV. B. Les derniers événemens survenus en Grèce et l'incendie d'A-
I hènes ne justifient que trop l'opinion exprimée par l'auteur de celte No-
lice, qui a éléécriteavantqueces événemens n'eussent éclaté. (N.d.R.)
(i) Ces mémoires , publiés à Londres et adressés à lord Elgin, ont
été réimprimés à Paris sous ce titre : Mémoires sur des ouvrages de
sculpture du Parthenon , etc.
(2) Depuis cette époque, plusieurs artistes français ont également
fait le voyage de Londres, dans le même but.
Tome xi. ?,
3/^ BEAUX-ÀRTS.
tions inimitables , peu m'importe quel en soit l'auteur ;
mais l'archéologue est obligé de compulser tous les écri-
vains.. Malheureusement, il arrive quelquefois que leurs
récits sont contradictoires ou incomplets, de sorte que
l'on est obligé de rester dans l'incertitude; et c'est jus-
tement le cas où nous nous trouvons.
L'établissement de la religion chrétienne , dans l'empire
romain, a été une époque de destruction pour tous les
monumens élevés au culte païen. C'est à la ferveur des
néophytes qu'il faut attribuer la perte de tant de chefs-
d'œuvre dont la Grèce pouvait s'honorer. Cependant la
réputation de quelques-uns de ces chefs-d'œuvre était
telle, qu'elle leur fit trouver grâce aux yeux même des
chrétiens. Constantin protégea la fameuse statue de Mi-
nerve, ouvrage des propres mains de Phidias, dont tous
les écrivains anciens ont parlé avec tant d'admiration,
et qui était placée dans l'intérieur du Parthenon; elle
existait encore au tems de l'empereur Julien, qui en fait
mention dans ses écrits; mais depuis il n'en est plus ques-
tion, et l'on ignore entièrement ce qu'elle est devenue.
Toutefois , puisqu'elle existait encore au tems de Julien,
ce ne peut donc être que vers la fin du quatrième siècle
que le Parthenon a été consacré au culte du vrai Dieu.
Pour opérer cette transformation et pour éclairer l'inté-
rieur du temple, les chrétiens firent abattre le centre du
tympan du fronton de l'est, ainsi que les figures qui y
étaient placées. C'est dans cet état de mutilation que
le dessinateur de M. deNointel a représenté ces frontons
en 1674, et il est digne de remarque qu'aucune autre
figure n'ayant été renversée depuis cette époque , quoique
le corps de l'édifice ait été détruit presque en entier par
une bombe, perîdant le siège d'Athènes, par les Vénitiens,
en 1687, toutes celles qui existaient encore à la première
de ces doux époques ont été i^trouvées et enlevées par
ARCHÉOLOGIE. Sd
îord Elgin, à l'exception de deux, et font maintenant
partie de la collection du British-museum.
Spon et Wheler, qui visitèrent Athènes peu d'années
après M. de Nointel (1676), et qui virent le Parthenon
dans le même état où il l'avait vu lui-même, remarquèrent
que les sculptures des deux frontons étaient d'un marbre
plus blanc que le reste du monument; ils crurent recon-
naître, dans les deuxième et troisième figures de l'angle,
à gauche, du fronton de l'ouest , et qui sont celles laissées
par lord Elgin (1), les portraits de l'empereur Hadrien
et de Sabine sa femme , et ils en conclurent que les scul-
ptures des deux frontons pouvaient avoir été exécutées
par les ordres de cet empereur.
Stuart, qui ne nie pas que ces deux figures soient les
portraits d'Hadrien et de Sabine, fait observer cependant,
d'abord, que la blancheur du marbre des sculptures des
frontons ne prouverait pas qu'elles fussent plus modernes
que le reste du temple; ensuite, qu'il serait possible que
les deux têtes de l'empereur et de sa femme eussent été,
selon l'usage assez communément suivi par les Romains,
replacées sur deux anciennes figures (2).
M. Visconti, dans les mémoires déjA cités, traite cette
question assez, brièvement, et n'admet pas la possibilité que
ces sculptures ne soient pas celles faites du tems de
Périclès; il croit même que les deux figures que Spon
et Wheler, et Stuart après eux, ont cru être Hadrien et
Sabine, représentent Vulcain et Venus (3). Cette dernière
(1) Stuart [antiquités d'Athènes), T. Il, chapitre 1"'', planchée,
figure 2, donne le trait de ces deux figures , sur une assez granJo
éclielle.
(2) Stuart {antiquités d'Athènes), pages 18 et ig.
(3) Looo citato , pages 22 et lO.
3*
36 BEAUX-ARTS.
question n'est véritablement que secondaire, et il serait
assez difficile de la décider sans avoir les monumens mêmes
sous les yeux; or, ainsi que je l'ai déjà dit, ce sont pré-
cisément les deux seules figures qui aient été laissées.
Mais que l'on ait, ou non, ajusté les têtes d'Hadrien et
de Sabine sur deux anciennes figures, je n'en crois pas
moins possible de prouver que les sculptures des deux
frontons du Parthenon n'ont été ni exécutées ni même
restaurées sous le règne d'Hadrien.
Il y avait à peu près quatre-vingts ans que le Parthenon
était achevé, lorsque l'opisthodome de ce temple fut
incendié (i). Mais dans ce temple, tout de marbre, il est
bien évident que le feu ne put consumer que les richesses
de toute nature renfermées dans la partie du temple que
je" viens de nommer; en supposant même que les figures
du fronton de l'ouest, les seules qui auraient pu être en-
dommagées, puisque l'opisthodome était à l'extrémité
ouest du temple, eussent eu besoin d'être réparées, pense-
t-on que les Athéniens auraient souffert qu'on attendît
au-delà de trois cents ans pour faire faire ces réparations
au temple élevé à la divinité protectrice de leur ville ?
D'ailleurs, si ces figures avaient été endommagées, Plu-
tarque, qui écrivait sousTrajan, n'aurait pas manqué de
l'indiquer; au contraire, il dit (i) que, de son tems, les
ouvrages de Périclès et de Phidias avaient encore tout
l'éclat et toute la fraîcheur de la nouveauté; enfin, Pau-
sanias, qui visita ce temple du tems d'Hadrien, ne donnç,
dans sa description, aucun sujet de croire, ni que les
sculptures des frontons fussent endommagées , ni que ce
fussent des travaux récemment exécutés.
(1) De'mostlièncs conlve Tiniorrate.
(2) \\e tic Pt'riclrs.
ARCHEOLOGIli. ;57
Tenons donc pour constant que ces figures sont des sculp-
tures grecques, du beau tcms de Périclès.
Mais ce n'est pas assez d'avoir fixé le lems qui les a
vues naître; il faut encore déterminer quels sont les artistes
qui les ont créées. M. Visconti s'exprime ainsi à ce sujet (i):
« En visitant les marbres sculptés que lord Elgin a fait
transporter d'Athènes ù Londres, le connaisseur est certain
d'avoir sous les yeux plusieurs de ces ouvrages précieux,
qui, conçus et dirigés par Phidias , et exécutés en partie par
sonciseauy ont fait, pendant plus de sept cents ans, l'ad-
miration du monde ancien , et que , du tems de Plutarque ,
c'est-à-dire an siècle de Traian,on regardait comme inimi-
tables par leur grâce et leur beauté. »
1\I. Quatremère ne paraît pas partager tout-à-fait l'opi-
nion de M. Visconti, quoique d'ailleurs il exprime une
égale admiration relativement au mérite de ces sculptures.
Il observe que le temple, les cinq cents figures et plus
dont il était orné, parmi lesquelles il y en avait au moins
quarante d'une proportion de sept ù douze pieds, ainsi
que la statue colossale de Minerve élevée de la main même
de Phidias, furent achevées dans le court espace de six à
sept ans.
Quelle part put donc avoir Phidias dans l'exécution de
toutes ces sculptures? son tems ne fut-il pas entièrement
absorbé, et par l'exécution de la statue de Minerve, et par
la direction générale des travaux?
L'incertitude est entière à cet égard. Pausanias se borne
à rapporter les sujets des sculptures des frontons (2) ; il
n'en nomme pas l'auteur ou les auteurs; et Piutarque dit
<^
(1) Loco citalo , page 2.
'2) Livre i"j cliapitie 24.
38 BEAIX-AIITS.
seulement que Phidias fut chargé de la direction générale
des trayaux entrepris par Périclès (i). Ne peut-on pas
supposer toutefois, avec quelque vraisemblance, que, si
ces sculptures ne sont pas de lui, au moins il a présidé
à la composition générale des sujets, et que peut-être il
en a fourni les dessins ?
Phidias eut plusieurs élèves , devenus comme lui
des statuaires célèbres ; d'abord Alcamènes , l'auteur des
sculptures de l'un des deux frontons du temple de Jupiter
Olympien et de la Vénus aux jardins, que Pausanias (2)
considère comme un des plus beaux monumens d'Athè-
nes (3). A la vérité, s'il fallait adopter une tradition rap-
portée par Pline (4), cette statue n'aurait atteint ee haut
degré de perfection que parce que Phidias se serait plu
à la terminer lui-même. Je citerai aussi Agoracrite qu'il
aimait d'une affection si vive (5), qu'il mit souvent le
nom de son élève sur plusieurs de ses ouvrages (6);
Colotès qui aida son maître dans quelques-unes de ses
productions les plus importantes; enfin, Pandœnus , son
cousin germain, qui travailla avec lui à la statue de Jupiter
Olympien (7).
(1) Vie de Peïiclès.
(2) Livre i^'', chapitre 18.
(5) Lucien, dans un de ses dialogues intitule les Portraits , vou-
Jant faire la peinture d'une beauté accomplie , emprunte à cette Ve'nus
la gorge, les bras et le& mains.
(4) Histoire natui'elie, Livre 56.
(5) Pausanias , Livre 9 , chapitre 3^* , dit : l'objet de ses amours-
(6) Hiae, loco chulorVoy . aussi le Voyage du jeune Anachavsii.j
Toi». V e^ VI, pag. 5i et 555^
(">) StrafcoB , Livre S.
AKCHliOLOGlE. o?
CeilainenieiU, on peut regarder couinie positif que ces
mêmes artistes furent chargés d'exécuter tout ou partie
des figures des frontons du Parthenon. On peut croire
aussi que Phidias retoucha quelques-unes de ces figures;
mais c'est tout ce que l'on peut obtenir par induction,
et il est aussi impossible de déterminer auquel des artistes
que je viens de nommer telle ou telle figure doit être
altribuée, que de désigner d'une manière précise quelles
sont celles que Phidias a retouchées.
Au reste , au simple aspect de ces sculptures , il est
impossible de ne pas reconnaître, à l'élévation du style,
qu'elles ne peuvent avoir été produites que par des artistes
très-habiles. Il est vrai qu'elles sont mutilées et très-
frustes; mais le inouvement général, le beau jet des
draperies et l'exécution grandiose des parties intactes, en
font des monumenstrès-importans et très-curieux qui, pour
me servir des expressions de M. Quatremère, «sontpropres
à remplir une nnmense lacune dans l'histoire du goût. »
Ce sont enfin des sculptures qui comptent au moins
2,3oo ans de durée, dont toute l'antiquité s'est plu à
proclamer la beauté, et qui doivent donner la plus haute
opinion du chef de t'école qui les a créées.
La dimension des figures, au nombre de six, dont la
plâtres ont été apportés en France, est d'environ sept
pieds et demi ; elles sont entièrement rondes-bosses , ainsi
que les anciens en usaient ordinairement dans ces sortes
d'ouvrages, et terminées également des deux côtés.
Si l'on rapproche ces deux circonstances , on en peut
conclure, et c'est aussi l'opinion de MM. Quatremère et
Viscontî, que ces figures ont été sculptées d'ans l'ateliei
de l'artiste, et posées ensuite sur la saillie du fronton. On
conçoit facilement que des ouvrages, ainsi exéculcs. tic-
AO BEAUX-ARTS.
vaient être supérieurs à ceux que l'on fait sur la place
même, au moyen d'échafauds , etc. N'est-il pas évident
encore que des sculptures ajant un relief égal àcelui de la
nature, et entre lesquelles l'aircirculaitlibrement, devaient
produire une illusion et un effet bien préférables à ceux
qui peuvent résulter de nos bas-reliefs modernes, dans
lesquels les figures ne sont que des applications.
Félicitons-nous donc- de posséder ces monumens d'ut»
grand prix pour les véritables artistes, qui savent bien qu'un
plâtre _, moulé sur V original j, peut en tenir lieu quand l'opé-
ration du moulage a été bien faite, et multiplions nos
richesses en ce genre.
Qu'il me soit permis, avant de terminer cet article ,
d'exprimer un vœu que je crois être aussi celui des artistes,
des connaisseurs, et de tous ceux qui s'occupent de l'an-
tiquité. Ce serait que l'on formât un Musée spécial, dans
lequel on rassemblerait des plâtres de toutes les statues
antiques que nous avons perdues et de toutes celles qu'il
serait possible de faire mouler. A cette occasion, je citerai
ce qui s'est passé en Italie , lorsque la victoire, dictant des
traités honorables pour la France , conduisait à Paris les
monumens précieux qu'une odieuse spoliation nous a
enlevés.
A RomCj à Florence, à la place de l'Apollon du Bel-
védère, de la Vénus de Médicis, etc. , on mit des plâtres
moulés sur ces statues. Tout, d'ailleurs, resta dans le même
état. Les Italiens ne cessèrent pas d'avou' ces productions
inimitables sous les yeux, et ils se confièrent au tems du
soin de leur rendre les originaux. Le tems ne les a pas
déçus : un nouveau Brennus s'est écrié : t-'œ victis! et les
chefs-d'œuvre de la Grèce que nous devions à des traités
ont été, par suite de la violation manifeste d'un traité,
reprendre leur? place? à Rome et à Florence.
ARCHEOLOGIE. Al
Quelque prix que j'attache à ces monumens, je ne
voudrois pas, et je suis bien sûr d'être approuvé par tous
les hommes animés d'une véritable philantropie, qu'ils
revinssent en notre possession , s'ils devaient nous être
ramenés par la guerre; oublions plutôt qu'ils furent à
nous; mais n'oublions pas de quelle importance il est
pour l'art de conserver ces modèles sous les yeux.
Que le gouvernement se hâte donc, avant que les
moules qu'il possède de ces belles statues soient tout-à-
fait épuisés , d'en réunir le plus grand nombre possible de
copies. Sans doute , les originaux ont une valeur intrin-
sèque que des copies en plâtre ne peuvent pas obtenir;
mais, pour l'histoire de l'art et ses progrès successifs, si
intéressans à observer et à étudier, ces copies suffisent;
pour l'étude des formes , les plâtres offrent même un
avantage sur le marbre : les effets de la lumière sont
mieux sentis, et conséquemment les contours sont moins
vagues.
Espérons que , sous un gouvernement qui annonce la
ferme volonté de protéger et d'honorer les arts et les
artistes , cette demande, dont il lui est si facile d'apprécier
l'importance, ne lui aura pas été inutilement adressée.
P. A.
IV\'VV\XXVV\\VV\\VVV\V\\\\V\\VWV1V\\\VI\\\»MV\\IV«.\\\\\VV\\V\\\V\1\\XV\1V\'»
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Traité complet de mécakique appliquée auxarts^ etc. ;
par M. BoRGMs, ingénieur [voy. ci-dessus, Tom. X,
pages 299-320 ).
CiNQtJlÈME TRIITJÉ.
Des machines D'AGRicrLTrRE [1); contenant : 1" les ins~
trumens et macJiines aratoires ; 2» les machines em-
j)lo\ées à récoller les jjroduits du sol et à leur donner
les préparations premières ; 0° les moulins et les méca-~
iiismes qui servent à épurer le hlè et à bluter les farines^
h° enfin , les p}'essoirs , les cylindres , les pilojis ei
uutres machines employées à l'extraction des huiles et
du vinj etc.
Ce volume est une nouvelle preuve de l'immensité des
recherches auxquelles l'auteur a dû se livrer pour com-
poser son ouvrage. Oblige do faire un choix dans la
multitude infinie de machines et d'instrumens qui ont été
appliqués aux travaux agricoles , il a dû donner la préfé-
rence aux machines dont le succès est assuré, soit par une
longue série d'expériences, soit par l'assentiment unanime
des plus habiles agriculteurs. Il s'est attaché à indiquer la
qualité que doit avoir chaque espèce de machine rurale, et
à signaler les inconvéniens qu'on doit soigneusement éviter
dans chacune d'elles.
(1) Paris, 1820. 1 Aol. in-.joavec 28 plaucUcs Bachclitr. libiakc.
Fiix , 1 \ fi .
I
SCIENCES PHYSIQUES. A3
■ Simplicité, solidité, construction facile, léger entretien,
sont des qualités essentielles dans les machines destinées
à l'agriculture et à l'économie rurale et domestique. Si la
mécanique ne remplit pas toujours et simultanément ces
conditions, elle doit chercher à s'en approcher, et les so-
lutions qui s'en écartent le moins sont les meilleures.
L'auteur n'a point négligé les détails historiques qui sont
instructifs et dignes d'intérêt. Il a donné à l'examen des
machines les plus utiles toute l'étendue désirable , sans
tomber dans la prolixité ; il a consigné dans ce volume tout
ce qui lui a paru d'une utilité bien constatée, et a disposé,
avec une clarté et un ordre précieux, les nombreux objets
qu'il renferme.
La division de l'ouvrage correspond à celle des travaux
de l'économie rurale. Les premiers consistent adonner au
sol les préparations convenables, et à lui confier les germes
qu'il est destiné à féconder; les secondsont pour objetde
recueillir et d'enlever les fruits parvenus à leur maturité;
les troisièmes , d'exécuter sur ces matières premières les
opérations convenables pour les approprier aux besoins de
l'homme. Les derniers travaux ont pour but l'épuration et
lu mouture des grains, ou bien la confection du vin, des
autres liqueurs fermentées et des huiles.
Quatre Livres contiennent les machines employées dans
ces quatre grands travaux.
Le premier Lipre donne d' abord une description circons-
tanciée des araires et des diverses espèces de charrues >
avec une indication des principes qui doivent guider dans-
la construction de ces précieuses machines. On ne saurait
apporter trop de soins pour les faire bien connaître, si Von
songe à leur importance, et si l'on fait attention que
rhomme leur doit les plus grands bienfaits. Si la terre
était, dans tous Ic^ lieux,, travaillée à force de bras, ci
hk SCIENCES PHYSIQUES.
sans le secours des animaux , tous les habitans seraient
forcés de s'adonner à l'agriculture ; il en résulterait la
dépopulation générale des villes et l'extinction des manu-
factures et des arts. On peut donc avancer qu'aucune
invention n'a été plus favorable à l'humanité que celles
qui donnent les moyens d'abréger ou de perfectionner les
travaux de l'agriculture.
Les champs sillonnés par la charrue ont encore besoin
du secours de quelques autres machines pour perfectionner
le travail. La herse brise les mottes, aplanit la terre et
recouvre les grains ensemencés. Les rouleaux remplissent
le même but que la herse et compriment en outre les
terres légères. Les ratissoires font aussi le même effet qye
la herse, et de plus coupent entre deux terres les racines
des mauvaises herbes. Les étaupinières aplanissent les
monticules formés dans les prairies par les taupes et les
fourmis. Les houes à cheval, espèces de charrues compo-
sées, produisent un léger labour, extirpent les mauvaises
herbes, aplanissent et ameublissent la surface du terrain.
Les semoirs distribuent les semences d'une manière régu-
lière sur toute la surface des champs ; les charrues-semoirs
labourent et sèment en même tems.
Le second Livre décrit d'abord les machines et les ins-
trumens employés pour la moisson et pour la fenaison.
Pour iHîColter les céréales et les foins, on se sert de faux
ou àe faucilles , lorsqu'on veut couper les tiges aussi près
de terre que possible , et l'on emploie, des peignes , quand
on veut cueillir seulement les épis , en les détachant avec
promptitude de leurs tiges. Les Gaulois se servaient d'un
grand peigne à chariot, qui se trouve décrit dans le qua-
rantième volume des Annales des arts et manufactures.
La machine à faner retourne et éparpille le foin avec hi
plus grande proniplitnde ; une autre entraîne et ramasse
SCIENCES PHYSIQLIÎS. A5
tout le loin qu elle rencontre sur son passage. Les animaux
lie mangent bien la paille qu'autant qu'elle est couiîée
d'une longueur convenable. Diverses machines, imaginées
dans ce but et désignées sous le nom de hache-paille ^
hachent, tranchent et broient les fourrages. Les coupe-
racines Aècowçcnl et tranchent les racines ou les fruits,
tels que les pommes déterre, les carottes, les topinam-
bours , etc. , que les animaux ne mangeraient pas sans
cette préparation. D'autres machines écrasent les avoines,
les fèves, les pois, etc. , pour rendre ces grains plus nu-
tritifs. Une machine ingénieuse, de M. de Fellemberg,
sépare les graines de luzerne de celles de cuscute , nui-
sibles aux prairies artiflcielles.
Les épis sont dépouillés de tout le grain qu'ils con-
tiennent par l'opération du battage, qui s'effectue de quatre
manières :
i" Le battage au fléau est le plus simple et le plus usité;
2" le battage à la rosse, ou \e piétinage par les chevaux,
est en usage dans les contrées méridionales ; 3° le battage
au rouleau est plus expéditif,. et donne à la paille une
souplesse qui la fait rechercher par les bestiaux. M. de
Puymaurhi a imaginé et mis en usage un rouleau qui
réunit ces avantages à un degré remarquable; k" une ma-
chine à battre le blé {thranshing-mill) ^ inventée en
Angleterre, est devenue d'un usage général dans ce pays;
elle égraine si bien les épis , qu'elle donne un seizième
de grains de plus que les moyens ordinaires, et fait beau-
coup plus d'ouvrage dans le même tems. Elle a été simpli-'
fiée etrendue portative successivement par MM, Meickle,
Tunstall et Lyster.
\>t troisième Livre Aonnt d'abord la description des vans;
des cribles , des tarares, des bluteaux , en un mot de tous
A6 SCIENCES PHYSIQUES.
les instrutnens qui servent à l'épuration du blé. La con-
servation des grains est un objet de la plus grande impor-
tance. Parmi les moyens mécaniques employés dans ce
but, l'auteur décrit les paniers de paille de Villin, les
étuves et les greniers à ventilateurs de Duhamel. Le blu-
tage a pour objet de séparer la farine du son ; il l'éventé
au moyen des bluteaux frappans , ou bien des bluteaux
cylindriques, recouverts d'une étoffe qui tamise la farine.
Le but de la mouture est de réduire les grains en son ,
farine et gruau , et de séparer ces trois substances sans les
altérer. Elle l'effectue au moyen de plusieurs variétés de
moulins. M. Borgnis énumère pièce par pièce toutes les
parties qui composent ces machines importantes, et in-
dique les formes , les dimensions et la disposition qu'elles
doivent avoir. Il décrit les diverses espèces de moulins à
aubes, à augets, à roue pendante, à cuve , i\ réaction, à
vent, à manège, à bras et à vapeur, et donne les règles
les plus certaines pour leur construction. Dans ce nombre,
on distingue le moulin économique, qui effectue à la fois
quatre opérations différentes : i° il nettoie et crible le blé,
avant qu'il ne tombe dans les trémies des meules ; 2° il le
moud , de manière qu'il ne puisse ni s'échauffer, ni con-
tracter aucune mauvaise odeur, ni éprouver trop de dé-
chet et d'évaporation ; S" il blute en même tems que les
meul&s travaillent, et sépare les diverses qualités de farine,
les gruaux et le son ; 4° il moud de nouveau les différens
gruaux , afin d'en tirer de nouvelle farine. Cette espèce
de mouture, adoptée par les meuniers et les boulangers
les plus intelligens , économise la main d'œuvre et donne
aux produits toute la perfection désirable.
Pour préparer le sucre et la fécule, on est obligé, pour
ainsi dire , de moudre la betterave et les pommes de
terre. Les râpes cylindriques exécutent cette opération.
SCIENCES PHYSIQUES. kl
D'autres machines servent à monder le riz, à perler
! oi'ge, etc.
Une brasserie contient plusieurs sortes de machines.
Elle renferme des cribles , des tarares , des moulins , des
pompes; un seul moteur les fait ordinairement mouvoir
toutes. Ce moteur est un manège, ou, ce qui est préfé-
rable, un courant d'eau. En Angleterre, c'est la vapeur
qui anime tout, surtout à Londres, où les brasseries sont
des établissemens importans, dont la vaste étendue excite
la surprise et l'admiration des étrangers. Parmi ces bras-
series , il en est dont le capital primitif a surpassé douze
millions de francs.
Ce Livre est terminé par la description des machines
qui servent à pulvériser les os.
La fabrication du vin, du cidre, des huiles de toute
espèce exige deux sortes de machines : i" des moulins
pour écraser les fruits ; 2° des pressoirs pour en extraire
la liqueur. Elles sont décrites dans le. quatrième Lipre, qui
fut, connaître aussi les machines à écraser les cannes à
sucre , les cylindres de M. Auger, pour moudre le cacao
torréfié, et les beurrières, qui servent à séparer le beurre
du lait.
Sixième Traité.
Des machines employées dans divei'ses fabrications ; con~
tenant la description des machines en usage dans les
grosses forges et dans les ateliers de métallurgie j dans
les papeteries , dans les tanneries, dans les imprime-
ries, etc. (1).
Ce traité important fait connaître jusqu'à quel point ces
diverses branches d'industrie ont profité de l'impulsion
(1) Paris, 1820. 1 vol. in-'j.'' de aSi pages avec zg planches. Bache-
lier, libraire. Prix , ai fr,
;^8 SCIENCES PHYSIQLKS.
générale imprimée à tous les arts , dès le commencement
de la révolution. Jusqu'à ce moment, l'industrie française
avait suivi, il est vrai, une marche progressive, mais
lente, mais contrariée par les entraves multipliées que lui
opposaient rétablissement des maîtrises et des jurandes,
les statuts d'apprentissage, la foule de réglemens, de
droits fiscaux, et surtout les préjugés du tems. Délivrée
de ces obstacles, l'industrie s'est élancée dans des routes
nouvelles, en même tems qu'elle a parcouru les anciennes
avec plus de succès. Ces progrès rapides n'ont pas été
arrêtés dans les tems les plus critiques de nos troubles
civils; ils ont pris, au contraire, une nouvelle énergie,
lorsque la passion de l'indépendance , le besoin de dé-
fendre leur patrie et l'amour de la gloire ont agi plus for-
tement que jamais sur le cœur des Français. A cette
époque, les savans et les artistes réunis faisaient des con-
quêtes précieuses sur la nature ; ils élevaient les arts à un
degré de perfection inconnu jusqu'alors. Ces progrès se
sont soutenus jusqu'à nos jours, et le dix-neuvième siècle
fournira à l'histoire de l'industrie une de ses plus belles
pages. La noble émulation qui n'a cessé d'animer nos ar-
tistes produit chaque jour et produira encore de nouvelles
merveilles, tant que la paix et la liberté, premiers besoins
et principaux mobiles des arts industriels, régneront en
France,
Dans ce mouvement général, un des arts les plus im-
portans, parce qu'il fournit des instrumens à tous les
autres , est aussi celui qui s'est enrichi d'un plus grand
nombre d'améliorations; c'est l'art de travailler les mé-
taux.
« Ces améliorations, dit M. Borgnis , sont dues en
grande partie à ce moteur admirable qui peut agir en tout
tems et en tous lieux , et dont la force prodigieuse ne con-
SCIENCES PHYSIQUES. A9
naîtrait point de limites, si l'on pouvait recevoir son action
sur des organes mécaniques, capables d'en supporter toute
l'intensité. C'est en vertu de la force expansive de la va-
peur que, dans l'exploitation des mines, l'on peut main-
tenant atteindre à des profondeurs autrefois inaccessibles,
* et que les écoulemens d'eau les plus abondans ne sont
plus un obstacle insurmontable.
« La vapeur donne le moyen d'établir les usines dans
les lieux les plus favorables, sous le triple rapport de la
proximité des matériaux, de l'abondance du combustible
et de la facilité des transports. »
Nous allons voir, en analysant le premier Livre de ce
volume , les applications que l'on a faites de la force de
ce puissant moteur à presque toutes les opérations de la
métallurgie, et les améliorations importantes qui en sont
résultées, telles que la célérité , la précision et l'économie.
Après que le minerai est sorti de la mine, on s'occupe
de l'épurer, c'est-à-dire de séparer les particules métal-
liques de la gangue et des autres substances minérales.
Pour y parvenir, on procède aux trois opérations nommées
triage j hocardagetl lavage, qui emploient un grand nom-
bre de machines , dont les principales sont les cribles ,
les patouillets, les bocards et les tables de lavage, décrits
dans le premier chapitre.
Le second objet de la métallurgie est de faire , du mi-
nerai ainsi épuré , une masse homogène et compacte ;
pour cela, on procède à la fusion, qui s'effectue au moyen
d'un feu violent, activé par un courant d'air rapide et
continu. Parmi les machines soufflantes , imaginées à
cet effet , on remarque d'abord les soufflets de cuir, à
cause de leur antiquité ; mais leurs défauts graves les
ont fait abandonner dans les grosses forges où ils ont étw
Tome xi. h
oO ' SCIENCES PHYSIQUES.
remplacés par les soufflets en bois, imaginés, en 162C, par
un évêque de Bamberg et par les trompes qu'un Italien
inventa dans le même tems. Ces machines, à leur tour,
doivent céder la place aux soufflets cylindriques (ou pompes
soufflantes) introduits depuis quarante ans en Angleterre
et en Ecosse, où ils sont aujourd'hui d'un usage général.
Mis en mouvement par la vapeur, ils produisent trois fois
plus d'effet que les soufflets ordinaires.
Des régulateurs rendent le courant d'air que ces soufflets
produisent, continu et uniforme. La machine soufflante
de M. Baader donne ce même résultat, au moyen de cames
construites d'une manière ingénieuse , et qui dispensent
d'employer un réservoir d'air ou tout autre régulateur.
La fusion achevée, on donne aux métaux des formes
diverses, par Topération du moulage ou par des moyens
mécaniques.
La propriété qu'ont les métaux d'être malléables a
permis de leur appliquer le puissant moyen de la percus-
sion qui s'effectue à l'aide des martinets, c'est-à-dire
d'énormes marteaux, pesant quelquefois jusqu'à six mille
livres, mis en mouvement par un courant d'eau ou par
la vapeur. Ces machines, qu'on nomme aussi ordons^
offrent souvent des particularités remarquables. La roue
motrice est supportée par un arbre creux, fait de plusieurs
pièces de bois. En Angleterre, cet arbre est en fonte de
fer, de même que les roues hydrauliques. Quelquefois
aussi , le marteau, le manche et toute. la charpente sont
de la même matière, et ne forment que deux pièces. On
peut dire que de pareilles machines sont d'une durée
infinie.
Les Anglais ont employé le mouton pour couper les
grosses barres de fer à des longueurs déterminées. On se
SCIENCES PHYSIQUES. 5i
_ sert aussi de cette machine pour imprimer une empreinte
^ sur une plaque, ou pour agir sur un emporte-pièce; mais,
dans la plupart des cas , le balancier est préférable.
Le balancier, inventé depuis deux siècles par Nicolas
Briot, sert principalement à frapper les monnaies et les
médailles. Cette machine, simple autant qu'ingénieuse,
a donné la solution de ce problême : trouver un moyen de
percussion tel que : i" tous les points de la surface, des-
tinée à être frappée, reçoivent simultanément des chocs
égaux; 2° que la direction de tous ces chocs soient exac-
tement perpendiculaires à la surface frappée; S" que les
chocs soient aussi énergiques que réguliers, et que la masse
destinée à les produire ait un volume et un poids égale-
ment modiques.
M. Droz a perfectionné singulièrement cette machine,
et a imaginé un balancier qui frappe à la fois et l'em-
preinte des deux surfaces et la tranche des monnaies. Il a
fait construire en Angleterre, à la sollicitation de MM. Watt
et Bolton, huit balanciers, huit coupoirs et les ateliers
nécessaires à ce genre de fabrication. La puissance de la
machine à vapeur a^té appliquée avec tant de succès au
mouvement des balanciers et des coupoirs, que chaque
balancier frappe régulièrement soixante pièces par mi-
nute, et qu'un enfant suffit pour le service de deux balan-
ciers.
MM. Perrier ont proposé d'appliquer aux balanciers
monétaires le principe de la presse hydraulique.
La plupart des métaux possèdent à un très-haut de^-ré
la ductilité, propriété précieuse qui permet de les aplatir,
de les étirer et de leur donner des formes très-variées, au
moyen des laminoirs , machines composées ordinairement
de deux cylindres en fonte grise , dressés et travaillés au
tour.
A'
52 SCIENCES PHYSIQUES.
I/invenlion de ces importantes machines, qui neremonte
guèi'e que vers l'an loAo, a rendu les services les plus
signalés aux arts qui travaillent les métaux. Leur usage
devient de plus en plus étendu, et l'on est parvenu à
construire des laminoirs de grandeur colossale pour forger
et corroyer le fer avec autant d'économie que de promp-
titude , pour fendre des lames de fer en barres et en
verges, pour laminer ce même métal et le réduire en tôle
plus ou moins mince. Des machines analogues laminent
le cuivre, le plomb, l'étain, le zinc; forment, avec une
célérité admirable, une foule d'objets utiles, qui semble-
raient exiger un travail long et minutieux, tels que des
couteaux , des clous , des barres garnies d'ornemens et de
moulures, etc.
Les laminoirs de petite dimension sont d'une utilité non
moins grande aux orfévi'es, aux metteurs en œuvre, aux
fabricans d'objets plaqués en or ou en argent, aux manu-
factures de galons de toute espèce. Cesinstrumens oocupent
un rang distingué parmi les machines douées du précieux
avantage de produire un travail à la fois précis, écono-
mique et accéléré. Ils doivent ces qualités à la continuité
et à l'uniformité de leur action.
M. Borgnis voulant faire connaître le parti avantageux
que les Anglais ont tiré de cette machine, en la substituant
aux marteaux pour forger et étirer les fers, est obligé de
décrire préalablement les procédés qu'ils ont mis en usage
pour forger et pour affiner ce métal. '
Ces procédés sont si perfectionnés qu'ils sont devenus ,
en Angleterre, d'un usage général, quoiqu'ils n'aient été
inventés que depuis quarante ans par Henr3^-Cort. Les
forges françaises ne sauraient adopter trop vite cette nou-
velle méthode; ses avantages reposant principalement sur
l'emploi de la houille, en remplacement du chgrbon de
SCIENCES PHYSIQUES. 55
bois, et sur la coopération des cylindres forgeurs dont ou
distingue trois espèces, cylindres êbaucheurs, prépara-
teurs et étireurs, tous mus par des machines à vapeur.
En adoptant ce nouveau procédé, dit M. Dufaud, le
prix du fer pourra diminuer de 100 francs par mille kilo-
grammes, en offrant encore aux maîtres de forges un
bénéfice beaucoup plus considérable que celui qu'ils ol)-
tiennent par la méth'ode actuelle; alors on obtiendra ce
métal, si nécessaire à l'agriculture, à la guerre, à la ma-
rine et à tous les arts , à un prix tel que la concurrence
des fers étrangers ne sera plus à craindre pour nos forges.
Les maîtres de forges devraient donc s'emparer promp-
tement de ces procédés économiques, plutôt que de solli-
citer auprès du gouvernement, contre les fers étrangers,
des prohibitions toujours funestes à toutes les branches de
l'industrie nationale.
M. Borgnis décrit avec soin ces améliorations impor-
tantes et les machines qui les procurent. Il fait connaître
la grande machine à cylindre, de M. Wilkinson, qui fait
neuf fois autant d'ouvrage qu'on peut en obtenir du mar-
teau à ourdon le plus vigoureux ; il indique comment
s'opère le laminage du fer et de l'acier, il décrit le lami-
noir qui profile les pièces de fer, celui de M. Bell pour
fabriquer promptement des lames de couteaux, de rasoirs,
des limes et des clous.
Il fait connaître les moyens employés pour le laminage
du cuivre; il décrit les cylindres de M. Schefïield pour
étirer les fils de ce métal , ceux pour le placage du cuivre
et de l'acier, ceux pour laminer le plomb et en fabriquer
des tuyaux; enfin , les laminoirs de petite dimension.
Lorsque, par le moyen de toutes ces machines, on a
réduit les métaux en lames plus ou moins épaisses, ou
en verges plus ou moins larges, on les coupe et on les
5A SCIENCES PHYSIQUES.
rçfend, suiyant le besoin. On emploie dans ce but des ci-
sailles ou grands ciseaux, mus à bras d'homme ou par un
moyen mécanique; mais on leur a substitué avec avan-
tage les fraises ou cisailles cylindriques, à mouvement
continu. Les découpoirs ou emporte-pièces divisent les
lames de métal en parties d'une forme déterminée. Le
découpoir de M. Droz est un des plus parfaits : celui de
M. Molard est très-simple. Enfin, on a employé avec suc-
cès les scies à bois, ordinaires, pour couper la fonte de fer
4 chaud.
Les métaux très-ductiles , tels que le fer, le cuivre^
l'or et l'argent, peuvent être réduits en fil plus ou moins
délié; sous cette forme, ils servent à la fabrication des
aiguilles, des épingles, des dents de cardes, des cordes
d'instrumens de musique, des cables en fer, des étoffes
métalliques , des galons , des broderies , etc. ; on voit com-
bien cette préparation est utile et féconde en applications.
Elle se fait dans les ateliers de tréfilerie, par des filières de
diverses espèces. M. Mouchel l'a complétée par l'invention
d'une machine qui di'csse le fil de fer, propre aux cardes
et aux aiguilles. Le docteur Wollaston a trouvé un moyen
ingénieux de réduire les fils de platine à un degré de finesse
extraordinaire.
Après avoir subi les préparations que nous venons d'in-v
diquer , les métaux doivent encore recevoir des formes
particulières, appropriées aux usages auxquels on les des-
tine. Pour cela , la plupart des objets métalliques sont
d'abord ébauchés et dégrossis à la forge par le moyen du
feu et du marteau ; puis la lime, la meule, le tour, l'alésoir,
le plateau à refendre, l'emporte-pièce , l'estampe, etc.,
I^s, façonnent avec plus de régularité: enfin, les polissoirs
leur donnent tout l'éclat dont ils sont susceptibles.
)Pes plateaux à refendre et i\ diviser découpent les des»
SCIENCES PHYSIQUES. 5.>
tures des roues d'engreiTage, et servent à diviser mathéma-
tiquement en parties égales les surfaces circulaires. Ces
machines, non moins remarquables par leur précision que
par leur célérité, ont puissamment contribué aux progrès
des arts et des sciences même. Il est peu de grandes ma-
chines qui n'aient besoin d'engrenages, de même que le
corps des animaux, ne peut se passer d'articulations. Les
plateaux seuls pouvaient les donner avec économie et
exactitude. C'est par eux aussi que les instrumens d'astro-
nomie et de géodésie ont reçu la grande perfection à
laquelle ils sont parvenus, qui a fait faire de si étonnans
progrès à ces deux sciences.
Une machine de M. Petit-Pierre possède, outre les qua-
lités dont nous venons de parler, la propriété d'arrondir en
même lems les dents des roues.
Une autre machine du même genre , imaginée par
M. Japy, jouit de l'avantage de pouvoir fendre à la fois
plusieurs roues et de canneler les cylindres. Cet artiste
habile a conçu l'heureuse idée de faire exécuter, par une
série de machines ingénieuses, les principales pièces d'une
montre, qui sont achevées avec la plus grande célérité et
la précision la plus parfaite, dans la belle manufacture
d'horlogerie établie à Beaucourt, département du Haut-
Rhin.
La machine de M. Caillon exécute avec beaucoup de
perfection des moulures sur le fer et sur le cuivre.
Les vis à bois, si commodes et si solides pour les assem-
blages en bois et en métaux , sont devenues d'un usage
général. Leur fabrication, perfectionnée par MM. Mola'd
et Clément Lossen, est devenue d'une grande importance,
tant sous le rapport des produits que paj la manière ingé-
nieuse dont ils sont obtenus.
M. Borgnis a ajouté, à la description de ces inventions.
56 SCIENCES PHYSIQUES.
ingénieuses, et dont la plupart datent à peine de quelques
années , celle de deux machines, dont une sert à amal-
gamer l'or ayec le mercure, et l'autre à séparer la limaille
de fer de la limaille des autres métaux. Cette dernière est
de l'invention de M. Ross.
Le second Livre est consacré à la description des ma-
chines qui servent à la fabrication du papier, opération non
moins remarquable par l'importance de ses résultats que
par la manière dont elle change la matière la plus vile en
un tissu précieux. L'auteur, après avoir fait l'histoire de
cet art, dont il paraît que les Chinois sont les inventeurs^
décrit les machines employées pour la trituration des
chiffons, soit les anciens moulins à pilons, soit les moulins
à cylindres inventés en Hollande dans le xvii' siècle. Il
passe ensuite à la description des autres machines et us-
tensiles qui servent à former les feuilles de papier et à les
lisser.
Cet art a reçu depuis peu une amélioration importante,
par l'invention d'un procédé propre ù fabiiquer le papier
sans fin. Ce perfectionnement, imaginé en France par
M. Robert, en l'an vu (1799), a été mis à exécution en
t8o5 parBramah, en Angleterre, d'où MM. Berte et Gre-
nevich l'ont rapporté en France, en i8i5. Il consiste à faire
tomber la pâte liquide sur un châssis en forme cylindrique,
qui tourne au fur et ù mesure que la pâte, en se séparant de
l'eau, prend de la consistance, et passe, sous forme de feuille
sans fin, entre d'autres cylindres, où elle est comprimée et
desséchée. Nous avons vu, à l'exposition de 1819, des
feuilles de papier fabriquées de cette manière et de plus de
cent mètres de longueur. Cette utile invention fournit en
très-peu de tems des quantités considérables de beau
papier, et c'est à la régularité et à la continuité de son
action qu'elle doit ces résultats remarquables.
SCIENCES PHYSIQUES. 57
Auparavant, les artistes ne pouvaient guère songer à
appliquer le mouyement continu aux presses d'imprimerie;
mais à présent cette application peut devenir Irès-facile,
au moyen d'une machine assez simple. Il suffira de faire
passer la longue bande de papier entre deux cylindres,
dont l'un portera les caractères mobiles et recevra l'encre
d'un cylindre-balle, qui la puisera dans un réservoir par
l'intermédiaire d'un autre cylindre. Cette machine offrirait
de grands avantages : sa régularité donnerait un moyen fîi-
cile de lu faire mouvoir par la vapeur. L'encre , répandue
avec plus d'uniformité que par les balles ordinaires, four-
nirait une plus belle impression; avec la continuité de son
mouvement, on obtiendrait au moins quatre fois plus d'ou-
vrage que par les moyens ordinaires.
M. Bx'amah , qui le premier a exécuté le procédé pour
faire le papier sans fin, a trouvé aussi un moyen méca-
nique pour fabriquer promptement des feuilles d'une plus
grande dimension qu'à l'ordinaire et d'une épaisseur plus
égale. Il a fait usage de la presse hydraulique pour presser
et dessécher ces feuilles d'une dimension extraordinaire,
pour lesquelles les autres presses seraient insuffisantes.
Enfin , il a trouvé le moyen de prolonger la pression pen-
dant un tems indéfini, lors même que les objets ont été
enlevés de dessous la presse .
Outre ces perfeclionnemens notables, l'art de la pape-
terie s'est enrichi d'un procédé très-important pour la
refonte du papier, c'est-à-dire pour la conversion des vieux
imprimés et des manuscrits en papier qu'on ne saurait dis-
tinguer du papier neuf. Cette invention, née en France en
l'an II (1794) et négligée comme tant d'autres, a été
exécutée dans une manufacture établie en 1800 près de
Londres. Une machine à vapeur, de la force de vingt-cinq
chevaux, y fait mouvoir le moulin à papier et des presses
58 SCIENCES PHYSIQUES.
hydrauliques très-vigoureuses; huit cents ouvriers y confec-
tionnent 600 rames de papier et y consomment annuel-
lement i,Aoo,ooo livres de vieux papiers. M. Borgnis fait
connaître avec soin ces découvertes importantes , dont
l'adoption en France ouvrirait une nouvelle source de
richesses.
La consommation la plus considérable du papier a lieu
dans les ateliers d'imprimerie. La presse ordinaire des im-
primeurs, successivement perfectionnée par MM. Haas,
Anisson , de Pierre, Prosser , Ridley , et surtout par
M. Clymer , n'a pas encore néanmoins atteint la perfection
qu'exigerait une machine aussi féconde en grands résultats.
Celle qui en a le plus approché est la machine à cylindres
en usage dans l'imprimerie du Times à Londres ; elle est
mise en mouvement par une machine à vapeur. La planche
mobile a un mouvement horizontal et alternatif, qui la met
en contact successivement avec un cylindre chargé d'encre
et un autre recouvert d'une feuille de papier. Un filet
d'encre coule sur d'autres cylindres qui retendent unifor-
mément sur le premier. La feuille est placée sur le second
cylindre par un ouvrier et enlevée par un enfant après
l'impression. Cette machine se fait remarquer par la net-
teté et la rapidité du travail; elle tire 55o feuilles par
heure.
La presse des imprimeurs en taille -douce est très-
simple ; elle se compose de deux rouleaux qui pressent
tout à la fois la planche et la feuille à imprimer. M. Kirk-
wood l'a perfectionnée; il a aplati le cylindre supérieur,
qui alors cesse de presser lors du retour de la planche;
par ce moyen, il évite les traits doublés.
La description de la presse lithographique termine di-
gnement cette série de machines remarquables sous tous
Icî rapports.
SCIENCES PHYSIQUES. 59
L'usage du parchemin, qui remplace quelquefois le
papier pour la conservation des écrits précieux , nous
conduit naturellement à la préparation des peaux , qui
renferme plusieurs arts de la plus grande utilité.
M. Borgnis décrit, dans \e troisième Lii^re , plusieurs
machines à pulvériser le tan ; entre autres celle de
M. Bagnall, qui en outre décharné et nettoie les peaux;
les machines à grener et à refendre les peaux et les cuirs.
Il termine par la description d'une manufacture de souliers
fabriqués mécaniquement , établie près de Londres par
M. Brunel, dans laquelle on n'emploie que des soldats
invalides, dont trente fabriquent cent paires de souliers
par jour. Quatre machines y exécutent toutes les opérations
nécessaires à la perfection de la chaussure; une d'entre
elles, mue par un seul homme, fabrique 60,000 clous par
jour.
L'auteur donne à la fin de ce volume une notice sur les
machines à confectionner le tabac en poudre et à fumer,
une autre sur la fabrication mécanique des tonneaux, dont
on a vu des produits à l'exposition de 181g. Dans une
manufacture de ce genre, établie à Port-Dundas, en
Ecosse, douze à quinze ouvriers fabriquent par jour plus
de 600 barriques. On y refend aussi des planches excessi-
vement minces , pour faire des tamis, et des feuillets de
bois précieux pour l'ébénisterie et la marqueterie. Avec
les rognures du bois, on y fait de l'acide pyroligneux, qui
sert de mordant à la teinture , et du vinaigre pour les
usages domestiques.
LesormaND, p/o/èssÉ'Jir de technologie.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Observatioks sur plusieurs points importais de notre
LÉGISLATION CRIMINELLE ; par M. DupiN , doctcur en
droit et avocat à la cour royale de Paris (i) , avec
cette épigraphe :
Longa est injuria , longœ
Atnbages , sed suimna sequar/asiigia rerum.
Vrac, Ma. , I.
Cet ouvrage, très-bien imprimé, aura sa place dans la
plupart des bibliothèques ; il est aussi intéressant qu'ins-
tructif, écrit avec convenance, et le ton de l'auteur est
loin de toute exagération. Tel est le mérite si distingué de
M. Dupin,que, s'il plaide une cause, son discours devient
un grand exemple, une leçon historique à citer long-tems»
un germe heureux d'améliorations dans notre état social ;
et, s'il écrit sur nos lois, sur nos pratiques judiciaires, son
livre devient bientôt le manuel du juge, de l'orateur, du
jurisconsulte et de l'homme d'état.
Les règles des jugemens criminels, dit Montesquieu,
intéressent le genre humain plu? qu'aucune chose du
monde, et l'esprit despotique dans lequel sont conçus nos
deux codes criminels n'est un problême pour personne.
M. Dupin ne pouvait donc choisir un sujet plus digne d'at-
tention pour tous les lecteurs, que des recherches sur les
(i) Paris, juin 1821. 1 vol. iu-S", 555 pages. Baudouin, impri-
meur-libraire , rue Vaugirard , n" 56. Il faut joindre à ces obserua-
tions l'ouvrage suivant : Lois criminelles extraites de la collection
10-4°, dite du Louvre, et du bulletin des lois ; Recueil composé en
exécution dcl'avis du conseil d'état, du 7 janvier iSi5, sur la com-
mission spéciale de monseigneur le garde-dessceaux ; par M. Dipi.>.
Paris, 1821. 3 vol. in-S».
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. Cl
-vices (le notre législation relative aux crimes, sur les abus
trop évidens qui déshonorent la justice criminelle en
France , malgré tant de travaux entrepris pour la perfec-
tionner. Il ne s'est point proposé de signaler minutieu-
sement tous les abus ; il ne s'attache qu'à un petit nombre
de points capitaux qu'il regarde comme les plus essentiels;
car il n'ignore pas les difficultés qu'on éprouve pour
obtenir les réformes les plus nécessaires. Il sait que les
réformes ne sont trop souvent qu'un léger remède aux
maux publics , ou même une réelle confirmation des
désordres, et il ne dissimule pas que des vices nouveaux
et imprévus sont mis souvent à la place de ceux qu'on
aurait voulu détruire. C'est ce qu'il expose dans des obser-
vations préliminaires , suivies de onze chapitres , dont
quelques-uns sont divisés en plusieurs paragraphes.
Nous puiserons dans le chap. I", sur la Justice en
général^ cette vérité bien importante à la suite des troubles
et des révolutions: «Si, dans un pa3's, la justice paraît
n'être exercée qu'au profit d'un parti contre le parti con-
traire; si, pour les délits du même genre, on déploie une
sévérité inflexible contre l'un , tandis qu'il y aura pour
l'autre indulgence excessive ou impunité, les hommes de
l'opinion défavorisée se croiront dans l'oppression. Ils se
sentiront intéressés à combattre un ordre de choses qui les
vexe; ils recourront à la vengeance, et l'esprit de parti
fera chez eux ce que l'esprit de famille produit en Corse.
Ne juger que les faits, non les personnes; les actes, non
les opinions ou les pensées ; poursuivre et punir ce qui
offense les lois ou les mœurs, ce qui trouble l'ordre public,
voilà le devoir du magistrat impartial. « Entre la politique
et la justice, dit ailleurs 31. Dupin , tout contrat est pesti-
lentiel, toute intelligence est corruptrice. «
Dans le cbap. II, sur le pouvoir judiciaire , l'auteur fait
62 SCIENCES MORALES
sentir la nécessité de régler par des lois la compétence j
l'organisation,- la procédure de la chambre des pairs. Il
demande, comme étant de première nécessité, une loi qui
détermine les cas où l'on peut être arrêté , poursuivi , et
les formes de l'arrestation et des poursuites. Au sujet des
cours prévûtales facultatives, selon l'art. 63 de la charte,
et qui étaient devenues, avant 1789, presque entièrement
oisives et inutiles, d'après les lois d'alors, il fait cette ob-
servation très judicieuse : « L'essai malheureux qu'on a
fait de ces juridictions exceptionnelles, en 1816 , les tristçs
souvenirs qu'elles ont laissés, la joie qui a suivi leur sup-
pression, sont de sûrs garans qu'un gouvernement éclairé
n'usera jamais du droit de les rétablir. »
Il insiste, dans lecHAP. III, sur la nécessité d'observer les
formes ; il s'élève contre la justice à la turque exercée
contre l'ex-général Guillaume Pépé à Naples; il la com-
pare avec justesse à cette consigne qu'on lit affichée dans
nos jardins publics: Les personnes qui amènent avec elles
des chiens doivent les tenir en laisse ; autrement , on les
prévient qu'ils seront abattus. Il fallait, dit-il, faire le
procès au général Pépé et le juger dans les formes, non
par les Autrichiens qui n'ont à Naples qu'une puissance de
fait, mais par des juges ordinaires; autrement, il y a
usurpation manifeste sur le gouvernement légitime, qui,
d'après la doctrine de Laybach, réside exclusivement dans
la majesté royale.
L'auteur examine, dans le chap. IV, les principaux vices
de notre instruction criminelle; et, après des observations
générales, il traite de la violation du domicile, des arres-
tations, de l'instruction préalable qui se fait à la police,
de la prolongation indéfinie de l'instruction , de l'élargis-
sement provisoire sous caution, des télégraphes considérés
comme officiers de police judiciaire, du secret, du choix
ET rOLITIQUES. 6^
iibre d au conseil, de la communication de la procédure
et du secret de l'instruction. Voici en partie ce qu'il dit
sur la longueur indéfinie et le secret de l'instruction, et
sur le défaut de liberté dans le choix du conseil : * Chez
nous, la loi ordonne de faire tel et tel acte de la procédure
dans le délai le plus bref; mais nulle peine qui garantisse
que ce délai ne sera pas indéfiniment prolongé. Aussi
l'on voit les affaires minimes , comme les plus graves ,
durer plus d'une année, sans qu'il y ait aucun moyen
de forcer le juge, ni d'avancer ni d'énoncer les motifs du
retardement. » Voilà ce qui rend nos lois de suspects d'au-
tant plus odieuses qu'elles sont inutiles, si l'on ne veut
qu'emprisonner arbitrairement.
L'art. 295 du code impérial de 1820 porte que le conseil
de l'accusé ne peut être choisi que parmi les avocats do-
miciliés dans le ressort de la cour royale qui juge l'accu-
sation , et qu'il faut une permission du président de la
cour d'assises pour que l'accusé puisse choisir, hors de la
liste de ces avocats, un parent, un ami pour le défendre.
L'injuste et humiliant décret impérial du lA décembre i8io,
qui ravit aux avocats leurs antiques libertés, leur défend
de plaider hors du ressort de leur domicile , sans la per-
mission par écrit du ministre de la justice , permission
restreinte encore par ce ministre , qui exige pour cette
permission un visa préalable du bâtonnier, une attestation
que l'avocat n'a subi aucune peine de discipline, et des
renseignemens particuliers sur ses opinions politiques.
Maintenant , rappelez-vous que le ministre de la justice
nomme ou peut nommer les cinq juges pour chaque ses-
sion de cour d'assises ; ajoutez que l'organe du ministère
public est nommé et destituable par ce ministre, et que
les jurés sont choisis par le préfet et par le procureur du
roi, deux officiers affidés du ministre et révocables; enfin,
g^ SCÎKNCES MORALES
ajoutez que les juges d instructioQ sont désignés chaque
année par le concours du procureur du roi et du président,
et vous pourrez, d'après les seuls choix directement ou
indirectement ministériels de tous les acteurs d'une tra-
gédie criminelle et politique, juger s'il reste pour les ac-
cusés des garanties suffisantes.
Les infâmes lois de lèse-majesté des tyrans de l'empire
romain, dressées par des fanatiques, devinrent les règles
des procédures des anciennes inquisitions épiscopales et
papales , sous prétexte de venger par des hommes la ma-
jesté divine ; et ces affreuses règles furent , chez nous ,
comme droit commun , introduites, en i5oQ, par le cruel
Poyet, et maintenues, en 1670, par l'impitoyable Pussort.
De là, nous vint le secret absolu de la procédure criminelle,
qui, de loSg à 1789, fut une calamité effroyable. N'ou-
blions jamais que, jusqu'à lôSg, la procédure criminelle
ordinaire avait été, sous les trois races, publique en
France, dans toutes ses parties, selon les usages et les lois
des Grecs et des Romains ; que les célèbres décrets de
1789 avaient fait cesser entièrement cette perversité, mais
que, d'après les codes de 1790 et surtout de 1810, le
secret inquisitionnel le plus sévère a été rétabli dans toute
instruction criminelle , jusqu'au moment tardif de cette
communication trop parcimonieuse qui précède immédia-
tement l'examen et les débats devant les jurés. M. Dupia
fait les réflexions les plus judicieuses et les plus touchantes
sur les inconvéniens de cette marche tyrannique. On n«
saurait trop la faire haïr et graver dans la mémoire sa fu-'
neste généalogie. L'Angleterre a su conserver la publicité
de la procédure criminelle , à commencer par le premier
interrogatoire de l'accusé. L'Espagne et le Portugal ont su
la rétablir; le royaume de Naples vient de la perdre; ne
nous,sera-t-elle jamais rendue?
ET POLITIQUES. g5
^ Nous voudrions pouvoir copier les beaux chapitres de
l'auteur sur Vaccusation , les débats et lejurj; en voici
quelques traits :« En matière de délits de la presse, le
gouvernement perd plus souvent par les débats qu'il' ne
gagne par le jugement. Qu'est-ce donc, si l'accusation s'at-
taque à des faits, à des actes, à des écrits pour lesquels
l'opinion s'est ouvertement déclarée, à des hommes qu'elle
honore, et s'il survient un acquittement complet ?... Il ne
faut pas que les hommes complaisans et empressés autour
du gouvernement en usent avec lui, comme l'ours avec
l'amateur des jardins : mieux pcmdmit un sage ennemi.
Au sujet des actes d'accusation qui devraient commen-
cer la poursuite, et qui ne viennent plus qu'à la fin du
procès, M. Dupin rapporte les vives et justes plaintes du
lieutenant criminel Airault. Puisse-t-il, en les renouve-
lant, avoir contribué à les rendre un jour efficaces!
On n'a point oublié le beau travail de M. Guizot contre
la tactique des faits généraux qui fut employée par l'in-
fâme Jefferies contre Sydney, et que nous voyons fré-
quemment employée par les organes du ministère public.
Les faits généraux, dit M. Dupin , sont étrangers à l'accusé ^
par cela même qu'ils ne lui sont pas personnels. Mais ici
le mal vient du magistrat, et non de la loi. Il ne faut pas
attendre le remède du législateur, mais du magistrat et
du gouvernement. Là-dessus il raconte, pages 120 et 168,
les malheurs du colonel Duvergier, condamné dans l'af-
faire des événemens de juin 1820. Il n'y a rien de plus
triste et de plus touchant que ces épisodes. Le magisùaâ
quijuge, à son tour est Jugé.
Les procès criminels se terminent par des débats. N'est-
ce pas une atteinte à la publicité si limitée de ces procès,
que « souvent l'entrée de la salle d'audience ne soit per-
mise qu'à des personnes munies d'un billet du président
Tome xi. 5
ae SCIENCES morales
de la cour ou du procureur général ? Un auditoire ainsi
composé est-il ce que la loi entend par \e public ? Dans
les grandes représentations théâtrales, dit l'auteur, s'il y
a des billets pour des spectateurs choisis, il y a aussi des
billets qui se vendent; au lieu qu'à la cour d'assises de
Paris, souvent la faveur seule les donne ou les fait ob-
tenir. On y fait exception et acception des personnes. J'ai
TU restreindre à deux, à trois au plus le nombre de ceux
qu'on daignait accorder à l'accusé ou à son défenseur, et
c'est là ce qu'on appelle police d'audience, qui appartient
au président. Souvent aussi on charge les audiences de
gendarmes et de soldats, on en met plus qu'il ne faut pour
maintenir l'ordre; pour tenir l'assemblée en respect, on
crie d'une voix de tonnerre : Gendarmes, Je vous ordonne
de conduire en prison le premier qui rira. J'ai vu un pareil
ordre exciter dans l'assemblée des rires qui gagnaient tout
le monde et jusqu'aux collègues de l'ordonnateur.
« J'ai entendu des présidens répéter à chaque instant :
T^ous avez toute la latitude pour vous défendre, mais. . .
et de mais en mais la défense était accablée de restrictions
et d'interruptions qui fatiguaient l'avocat, lassaient sa
patience , ou le troublaient au point de le réduire à se
taire.
M Depuis surtout qu'il a été mis à l'ordre du jour de dé-
clamer pontre les doctrines ^ de réprimer les doctrines, les
présidens se sont empressés à l'envi d'interrompre les
avocats et d'entrer en réfutation avec eux , sous prétexte
de rétablir les saines doctrines. . . Ces petites tracasse-
ries renversent l'ordre des idées, sj'ncopent l'établisse-
ment d'une preuve, refroidissent le développement d'une
considération touchante et déconcertent l'orateur. D'ail-
leurs, telle proposition, telle phrase , tel mot déplaisent
au président et plaisent peut-être aux jurés. On ne sait
ET POLIÏIQLES. 67
pas de quoi l'un se fûche; peut-on savoir de quoi l'autre ne
s'accommoderait pas ? Toutes ces interruptions fréquentes
sont contraires au devoir du président. Si le juge doit se
montrer indulgent envers le défenseur, à plus forte raison
doit-il l'être envers l'accusé; il doit lui pardonner quelque
chaleur dans sa propre cause , et lorsqu'il s'agit de sa
perle ou de son salut. J'ai entendu un accusé, interrompu
dans sa défense , dire au président : Monsieur, le soin de
me défendre l'emporte sur tout ; en sortant d'ici, vous
rentrez fort tranquille chez vous , moi je rentre en prison.
Que répliquer à cela ? »
Dans le chapitre sur le jury, qui est très-soigné, l'au-
teur développe, en homme lihre et ami de la vérité, les
avantages de cette institution , et propose un jury mi-parti
en faveur des étrangers, à moins qu'il ne s'agisse de crime
contre la sûreté de l'état.
Nous passons le chapitre fort important despeines et de
r exécution des condamnations , pour nous arrêter à celui
des abus de détail, qui sont les vices , non des lois , mais
des hommes. L'auteur s'élève énergiquement contre les
abus des délations, le crime factice de non révélation, la
violation du secret des lettres , la corruption des domes-
tiques par des agens de police, et l'emploi malheureuse-
ment si commun des agens provocateurs. Nous regrettons
que les bornes de ce recueil ne nous permettent pas de
suivre M. Dupin sur de si importans objets.
Sous le titre de questions particulières , il traite des
délits de lapresse et des calomnies par la voie de la presse y
il dit des choses de la plus haute importance sur la néces-
sité d'une loi relative à l'emploi de la force armée contre
les mouvemens populaires , sur les dommages et intérêts
dus aux accusés innocens, sur les lois d'exception, dont il
désire la cessation, sans en excepter aucune. C'est avec
5^
68 SCIENCES MORALES
bien de la raison qu'il les regarde toutes comme des abus
qui, outrant l'auloriié, l'affaiblissent et la dégradent.
Au lieu d'innocenter le duel et de le punir de peine de
mort, il voudrait une loi qui déclarât les duellistes inha-
biles à exercer les droits de citoyen , indignes de tous em-
plois civils et militaires, incapables de témoigner en jus-
tice, de tester, de succéder, de recevoir par donation ou
par testament, etc.
Rien de plus judicieux que ce qu'il a écrit sur les délits
militaires, le délit commun, et sur la justice des Suisses,
exercée au sein de la France par des étrangers employés
dans l'armée, au lieu de Français, et recevant une paie
deux fois plus forte que celle des Français.
Il parle contre la censure des journaux, mesure d'ex-
ception , qui s'étend même sur les comptes rendus des
débats judiciaires , et jusque sur les textes des jugemens.
Enfin, cet ouvrage est terminé par un curieux mé-
moire sur les proscriptions par ordonnance.
Lakji:i>-ais , de l'Institut.
<VW\ (W\'\V Wk-WV^ XVX'*
Thb fikst Anntjal Report of tlw Managers of tke So-
ciety for tke preventloit of pauperism, etc. Tne
SECOND Annual Report , etc.
Premier et second rapports des administrateurs de
la Société formée a New-York pour prévenir la
pauvreté , lus et adoptés par ta société, avec des
observations sur les causes de la pauvreté (i).
Les amis de l'humanité espéraient que les Etats-Unis
d'Amérique préviendraient , par la sagesse de leur gou-
(l'i Premier rapport , in-8», 27 pages. New-York, 1818; imprimé
par J, Seymour. Second rapport, in-8», 91 pages, New- York, 1820",
ET POLITIQUES. 6d
yernement et de leurs lois , cette accumulation d'ouvriers
sans emploi et de pauvres , dont l'entretien et les désor-
dres pèsent sur tous les gouvernemens de l'Europe. Il
semblait qu'une nation dans la vigueur de l'âge, placée
sur un sol immense et fécond, sur des fleuves et sur des
mers qui communiquent avec la terre entière, riche de
toutes nos connaissances, instruite par nos erreurs, deyait
rapidement atteindre un très-haut degré de civilisation et
d'ordre social. Cette espérance ne s'est pas encore entière-
ment réalisée.
Le nombre des pauvres s'est accru dans les principales
villes des Etats-Unis. Il a fallu les secourir, et organiser
l'administration des secours qu'on pouvait leur accorder.
Nous avons sous les yeux les premier et second rap-
ports des administrateurs de la Société formée à New- York
pour prévenir la pauvreté. Le premier a été f^it le 26 oc-
tobre 1818; le deuxième, le 29 décembre 1819. Nous
croyons utile d'en extraire les faits les plus importans, et
d'y joindre quelques observations.
On voit, dans le premier rapport, que les administra-
teurs de la société furent d'abord chargés de chercher avec
soin et de signaler avec précision les causes de la pauvreté,
afin d'en prévenir l'influence ou de la détruire. Divers
comités furent créés pour cet objet, sous la présidence de
M. Jean Clarkso:n; secrétaire, M. Jean Griscom.
Les lois, les habitudes et les mœurs des Etats-Unis dé-
rivent, sousplusieurs rapports, de cellesde leur mère-patrie.
C'est ainsi, disent les administrateurs, que nous avons
imprimé par E. Conrad. — Nous continuerons à faire connaître les
travaux et les succès de là même société , à mesure que son secré-
taire , M. le professeur J . Ghîscom , l'un de nos honorables amis , qui 3
bien voulu être l'un des correspondans de la Revue Encyclopédique
aus Etats-Unis . nous fera parvenir les renseigaemens nécessaires^
70 SCIENCES MORALES
plus d'une fois suivi des exemples dangereux et commis
des erreurs graves que nous aurions pu éviter. Nos contri-
butions pour les pauvres et le nombre de nos pauvres s'ac-
croissent annuellement.
Ils observent qu'en Angleterre la dépense annuelle
pour les pauvres s'est successivement élevée, de 1748 à
18 1 5, de 692,000 1. st. à 6,147,100 ou de 17,900,000 fr.,
argent de France, à 153,675,000. Les circonstances poli-
tiques ont rendu cet accroissement très-irrégulier.
La dépense des maisons de charité, à New-Yorck, s'est
élevée de 44,973dol" (1) à 77,000, dans le cours de douze
années, de i8o3 à i8i5; la même dépense, en 1816
et 1817, a excédé de beaucoup 77,000 dol" ou 417, 34o fr.
Le plan adopté par la société de New- York a été tracé
d'après les meilleures institutions de ce genre, établies en
Allemagne, et particulièrement à Hambourg. Dans cette
dernière ville, le nombre des pauvres, de 1788 à 1789,
sous l'ancien système d'administration j s'élevait à 9,757;
sous le nouveau système , de 1 798 à 1 799 , à 4,73i .
Décroissement du nombre de pauvres, 5,026.
Ce rapport contient ensuite les premiers résultats des tra-
vaux des comités , sur les causes de la pauvreté et sur les
moyens de la prévenir. Les administrateurs insistent par-
ticulièrement sur la réduction de la vente des boissons et
des liqueurs fortes , pour laquelle le nombre des détaillans ,
à New-Yorck, s'élève à 1,600 fr. ; ce qui suppose une vente
annuelle déplus de i,46o,ooo fr. , somme énorme arrachée
(i) La piastre américaine, ou le dollar, vaut 5 francs 4^ cent.
Son poids légal est de 27,000; son titre légal, goS; le même que
celui de la piastre d'Espagne , dont le poids est de 27,045.
ET POLITIQUES. 7î
au travail utile, aux larmes et au malheur des femmes-
souffrantes et des enfans abandonnés. La constitution de
la société est à la suite de ce rapport : elle est tracée avec
beaucoup de sagesse et de simplicité.
Le second rapport, beaucoup plus étendu, rédigé dans
les mêmes principes et dans les mêmes vues, présente à
la fois les résultats de deux années d'exercice , et des faits
et des observations d'un très-grand intérêt. L'indication
seule de ces résultats suffira pour en faire connaître l'im-
portance et la rendi'e applicable à cette partie de l'écono-
mie politique, si essentielle aux progrès de la civilisation ,
qui doit veiller au sort des classes indigentes.
Les administrateurs attribuent la pauvreté dans l'état de
New-Yorck :
i** kVignorance. Sur 76,000 individus, population de
la ville de Nevr-Yorck en 1818, ils évaluaient à a 1,000
le nombre des enfans en âge de recevoir les principes élé-
mentaires de l'instruction : sur ce nombre, ils estimaient
que 8,000 enfans en étaient entièrement privés; d'où il
résulte nécessairement que plus d'un tiers de la population
ne sait pas même lire. La négligence coupable de n'assister
à aucun culte religieux accroît encore l'ignorance et l'im-
moralité. Sur 25,000 familles, à peine en peut-on comp-
ter 10,000 qui assistent régulièrement aux exercices de
leur culte.
s'' A V intempérance. L'usage des liqueurs fortes est tel,
qu'il y a, dans la seule ville de New-York, i,43i per-
sonnes patentées pour en vendre, et que la consommation
annuelle s'élève au moins à i,Gi 2,000 dol" ou à plus de
8,740,000 francs. Cependant des mesures très-sages on''
été prises par le chef magistrat de New-York pour res-
treindre ces déplorables abus ; et le nombre des lieenc*»
72 ^ SCIENCES MORALES
pour rendre des esprits ou des liqueurs fortes, qui était,
en 1818, de 1,637, s'est trouvé réduit, en 1820, à i,43i,
quoique la population soit aujourd'hui de plus de
120,000 âmes. Des réglemens de police très-sages com-
mencent à diminuer cette funeste source de désordre et de
dépravation. Les administrateurs ont soumis à la législa-
tion un projet d* loi pour mieux régler la vente des
liqueurs fortes et l'exercice des licences, dont le prix
donne un revenu d'environ 17, 000 dol" ou 85, 000 fr.
3'' Aux prêts sur gage. On ne peut se dissimuler que
ces prêts ne soient une grande source de pauvreté. Le
maire de New- York a cependant réglé avec la plus grande
sagesse tout ce qui a rapport à ces prêts. L'intérêt est fixé
à 7 pour cent, pour tout prêt au-dessus de 25 dol" ou
125 fr., et à 25 pour cent, au-dessous de cette somme.
4° Aux loteries. On s'étonne que les loteries aient pu
être admises dans des Etats où d'autres branches de reve-
nus devaient suffire aux dépenses publiques. Cependant
on ne peuty vendre d'autres billets que ceux dont les lote-
ries sont autorisées par le gouvernement. La licence pour
chaque bureau de vente est de 5oo dol" ou 2,799 ^^* ^^ ^J
avait eu à New-York, en 1820, que quatre licences ac-
cordées depuis la loi qui règle la police des loteries.
5° Aux établissemens de charité. La religioii et la raison
doivent diriger ces institutions, qui deviennent nuisibles
au maintien de l'ordre public, dès qu'elles fournissent des
secours à la paresse , à l'indolence et à l'immoralité. II
n'est dû de secours qu'à l'individu incapable d'un travail
suffisant pour lui procurer des moyens d'existence.
Les administrateurs ont formé une bibliothèque , où ils
réunissent tous les ouvrages qui peuvent les éclairer sur
l'éducation des différentes classes de la société et sur le
ET POLITIQUES. 73
meilleur système de secours à donner à l'indigence (i). lU
ont divisé la population de la cité de New-York , de ma-
nière à connaître le mieux possible toutes les classes de la
population, les travaux, les habitudes, le sort elles besoins
de chaque famille et de chaque individu.
Les banques d'épargnes ont eu une influence très-salu-
taire. On en a établi à Philadelphie, à Boston, à Baltimore,
à Salem, et partout elles ont inspiré plus d'économie et
plus d'activité. Depuis le 3 juillet jusqu'au 29 décembre
1819, on a déposé à New- York plus de i5o,ooo dol", et on
n'en a retiré que 5,ooo.
Indépendamment des causes déjà indiquées, les admi-
nistrateurs de la société ont reconnu encore d'autres
sources actuelles de pauvreté dans la cité de New- York :
6» L'émigration des pays étrangers. Les administrateurs
en sont effrayés; une grande partie des émigrans de l'Eu-
rope afflue àNew-York. Tous les événémens qui ont troublé
l'ordre social et qui ont laissé des milliers d'ouvriers, de
gens de mer et d'individus de tout genre sans emploi, ont
influé sur cette immense émigration ; c'est surtout vers
New- York qu'elle s'est dirigée , depuis le 1" mai 1818
jusqu'au i" novembre 1819. Dans dix-huit mois 35,56o pas-
sagers y ont débarqué ; sur ce nombre 18, 980 sont étrangers.
Un grand nombre y est arrivé par l'intérieur , venant du
Canada; plusieurs ont échappé ù la surveillance de la po-
lice et ne sont pas compris dans ce dénombrement. La
progression de cette émigration n'annonce que trop les
désordres de l'Europe. Dans moins de cinq mois, en 1818,
ï3,ooo émigrés sont arrivés à Québec, dans le bas Canada.
Les mauvaises mœurs d'un grand nombre de ces émi-
grans, leur misère, leurs déplorables habitudes influent
(0 Voyez ci-dessus , T, X, pag. 63.5 , l'extrait de ce catalogue.
7A SCIENCES MORALES
d'une manière très-fâcheuse sur la population de New-
York. La misère et le désespoir traînent à leur suite les
maladies , les désordres et le crime.
Les administrateurs demandent à cet égard de nouvelles
lois à leurs législatures, dans l'intérêt de la population
américaine et dans l'intérêt de l'humanité, pour les infor-
tunés qui viennent chercher une autre patrie.
Nous ne pouvons ici qu'analyser rapidement cette partie
essentielle du second rapport. Il est du devoir de tous les
gouvernemens de l'Europe d'être attentifs à cette efirayante
émigration. Si la belle expérience qu'a faite 31. Robert
Owen ù New-Lanark en Ecosse était mieux appréciée (i) ,
chaque état conserverait ses sujets ; et la plupart de ces
émigrans, au lieu de s'exiler volontairement de leur patrie,
en cultiveraient le sol, et en accroîtraient la richesse et la
prospérité.
Les administrateurs mettent encore au nombre des caus es
de pauvreté :
7° Les nombreux procès portés aux cours criminelles ,
dont l'action est trop lente. Ces cours sont accablées par la
multitude de plaintes qui naissent des désordres que nous
avons indiqués. La société appelle l'attention de la légis-
lature sur cette importante partie de l'ordre public.
8° Le mauvais système de correction dans les prisons et
dans les maisons de force est aussi une cause de pauvreté.
La confusion qui régne dans les diverses classes des cou-
pables, jeunes et vieux, incorrigibles etrepentans, con-
damnés à perpétuité et détenus pour un tems limité, a
(i) Voy. V Examen impartial des nouvelles vues d» M. Owen , etc. ,
par le docteur Mackab, médecin de S. A. R. le duc de Keîit, Pa-
ris, 1821, Treutellet Wùrtz; et le compte rendu de cet ouvrage dan»
la Revue Encyclopédique , T. X, page 02 1.
ET POLITIQUES. 75
l'influence la plus funeste sur le caractère Je tous ces in-
dividus. Il y avait , en 1819, dans la ni^ison de correction de
New- York, 358 prisonniers.
Dans cette partie du rapport, pénétrés d'admiration pour
les succès presque miraculeux qu'a obtenus à Londres , dans
la prison de Newgate , le dévouement de madame Elisabeth
Fry (i) et de la femme Howard, les administrateurs de la
société de New- York expriment ainsi leurs vœux : Pour-
quoi des femmes vertueuses n' entrent-elles pas ici dans ces
asiles du crime et du désespoir , comme des message?'s cé-
lestes f cojnme des anges de pitié , de paix et de consolation?
90 Les maisons de jeu contribuent aussi à augmenter le
nombre des pauvres. Partout l'influence de ces maisons
est déplorable, et il semble qu'on ne voie pas combien elles
plongent d'individus et de familles dans les plus coupables
égaremens et dans la plus afî'reuse indigence.
10° Le défaut de propreté est une dixième cause assignée
par les administrateurs de New- York ; ils comptent avec
raison ce désordre au nombre des sources qui influent sur
l'accroissement de l'indigence et sur l'état sanitaire du
peuple.
C'est sur toutes ces causes que l'éducation doit avoir la
plus grande influence. C'est dès l'âge le plus tendre qu'il
faut diriger la raison des enfans, et leur inculquer les prin-
cipes purs et sacrés de la religion, qui sont ceux de l'ordre
et de la vertu , de l'amour de Dieu et des hommes. Ils
rendent hommage aux effets salutaires qu'ont déjà produits
les écoles lancastriennes d'enseignement mutuel et les
écoles des dimanches. Tel est, disent-ils en terminant leur
rapport , r exposé de ce que nous avons fait et de ce que
nous voudrions faiî-e. IVotre vue s'étend à mesure que nous
(1) Voyez ci-dessus , T. X , pag. 209.
76 SCIENCES MORALES
avançons j ei de noiweaux devoirs nous sont imposés à
chaque pas. Ils reiident l'hommage le plus honorable à la
mémoire de M. Jean Murray, l'un des membres les plus
zélés de leur comité ; il avait porté tous ses soins sur un
établissement d'éducation pour les enfans de couleur , au
nombre d'environ 2,000, et sur l'organisation des banques
d'épargnes.
Ces deux rapports sont dictés par un zèle éclairé et par
un amour ardent pour le perfectionnement de la civili-
sation et le bonheur de l'humanité (i).
Laifon de Ladébat.
vvvnwiavwwvv*
Df.LL' IsTORiA d'Italia antica e moderna , etc
Histoire d'Italie ancienne et moderne , par le
chevalier Luigi Bossi, etc. , avec des cartes géogra-
phiques et des planches (2).
Nous avons déjà donné une première annonce de cet
ouvrage, dont il a paru jusqu'à présent dix volumes.
Cette histoire doit être divisée en six livres, dont le
premier comprend les tems antérieurs à la fondation de
Rome, et le second l'histoire de Rome, partagée en trois
périodes : les rois, la république et l'empire. C'est là que
se termine le dixième volume ; le reste de cette histoire
fournira le sujet des autres volumes qui seront publiés suc-
cessivement.
(1) A la suite du second rapport est un appendice, qui contient
des détails inléressans sur les diverses causes de pauvreté et sur les
mesures qui pourraient les affaiblir ou les détruire. On y a joint le
catalogue, que nous avons publié, des ouvrages dont il a été fait
don à la société. ( Voj ez ci-dessus , T. X , pag. 625 ).
(a) Milan, 1819-1820, etc. Gicgler «t Biancbi, 10 vol, iu-S".
ET POLITIQUES. 77
Quoique le premier livre ne comprenne qu'un seul yo»
lunie, il pourrait paraître un peu long à des lecteurs qui,
impatiens de parcourir l'histoire certaine, n'aiment point
à s'arrêter sur des tems obscurs et fabuleux. Cependant
M. Bossi se montre, plus que beaucoup d'autres écrivains,
sobre dans ses récits et sévère dans sa critique, et il ne
s'occupe lui-même de cette première époque que le tems
nécessaire pour faire connaître autant que possible les
premiers habitans de l'Italie, qui ont donné naissance au
peuple romain.
Ce qu'on peut recueillir déplus important dans des tems
si reculés, ce sont les noms des pays, ceux des peuples qui
les ont habités, et les indications de quelques événemens
plus ou moins altérés. L'auteur donne d'abord quelques
idées sur la g^éographie ancienne, et un exposé assez précis
des systèmes géographiques de Strabon, de Pline et de
Ptolémée. Ces connaissances préliminaires sont néces-
saires à ceux qui se livrent à l'étude de l'histoire ancienne,
puisque cette histoire est entièrement basée sur l'un ou
l'autre de ces systèmes de géogi'aphie jusqu'au commen-
cement du moyen âge.
Cette partie de l'étude de l'antiquité, qui, moins que
les autres cependant, offre aussi beaucoup de contradictions
et de difficultés , a donné lieu à de nombreuses recherches.
L'auteur examine plus ou moins rapidement les opinions
des écrivains les plus distingués dans ce genre d'étude, tels
que Bocart, Dickinson, Cluverius , Bianchini , Maffei,
Guarnacci, Bardelti, Carli, Durandi, Fabbroni, iMicali,etc.
Il cherche ensuite à remplir, si l'on peut s'exprimer ainsi,
ces déserts historiques par le peu de matériaux que peuvent
lui fournir les auteurs anciens. 11 passe en revue tous ces
peuples de l'Itcdie , dont il ne reste à peu près qu'une sté-
78 SCIENCES MORALES
rile nomenclature; il s'arrête un peu plus sur les Pélasges,
et surtout sur les Etrusques et sur les Latins.
Malheureusement, l'histoire de ces peuples, comme celle
de tous les autres, périt avec leur indépendance, et il n'en
est resté que ce que les conquéraiis ont bien voulu con-
server et que les Grecs n'ont pas altéré. M. Bossi rejette
tout ce qui est incertain ou sans vraisemblance , prenant
pour guides les autorités les plus authentiques, et surtout
les monumens que la barbarie des hommes et l'empire du
tems ont épargnés. Il tâche de déterminer le plus exacte-
ment possible l'esprit, les coutumes, les habitudes, la reli-
gion, les arts , la législation et la population de ces contrées.
Les Grecs, pénétrant et s'établissant dans l'Italie, s'étu-
dièrent à donner à tout ce qu'ils y trouvèrent des origines
grecques. Ainsi, interprétant et dénaturant l'histoire pri-
mitive de ce beau pays, qui, comme tous les autres, avait
la sienne propre, ils y substituèrent leur mythologie natio-
nale. Les Rom.ains eux-mêmes tirèrent vanité de rapporter
leur origine à l'histoire des demi-dieux et des héros de la
Grèce ; ce qui corrompit de plus en plus l'histoire véritable
des premiers peuples de l'Italie.
M. Bossi a voulu purger cette histoire, ou plutôt cette
mythologie , de tout ce qu'elle renferme d'étranger. Tel fut
aiissi, si l'on en croit G. B. Vico, le projet de Varron, de
donner, à l'histoire ancienne des Romains une origine
toute nationale. Vico tâcha d'appliquer ce système à toutes
les nations; le nouvel historien suit le même système,
sans citer l'auteur auquel il appartient principalement.
L'Italie avait ses peuples indigènes, autocthones dw abori-
gènes. M. Bossi les reconnaît dans tous ces peuples à qui
on ne peut attribuer une origine étrangère, et qui exis-
taient déjà à l'époque de ces émigrations et de ces colonies
ET POLITIQUES. 79
qu'on trouve indiquées clans l'histoire ancienne de l'Italie.
Mais quelle origine auraient ces peuples autocthones
si l'on ne leur reconnaît pas une filiation suivie et une
souche comnaune? Voltaire, dans ces grandes questions
se tirait souvent d'embarras par des réponses qui ne sont
pas toujours aussi légères qu'elles peuvent le paraître à
quelques lecteurs. Il appliquait les mêmes questions aux
autres espèces inférieures qui naissent et croissent
dans tous les pays. C'était l'idée d'Épicure, c'était la
cosmogonie de la plupart des peuples , et surtout des
Phéniciens. M. Micali (i) avait cru pouvoir concilier
cette opinion sur les peuples aborigènes avec la Bible : il
a avancé que, de même que Dieu a donné un Adam à une
partie de l'Asie, il l'a donné aussi à plusieurs régions de la
terre, qu'on pourrait regarder comme privilégiées, ou plu-
tôt comme plus propres à la propagation et à la conservation
de leurs espèces ou races différentes. Ainsi La Pe3Tère
avait imaginé des Préadamites ; et M. Micali multiplie
les Adam, autant qu'il en faut pour donner un commen-
cement à chaque peuple autocthone. Selon ce système.
Moïse aurait raconté la création des premiers hommes, en
la réduisant à un seul fait dans la personne d'Adam, qui
serait l'emblème ou le genre des hommes primitifs.
Mais ce n'est pas assez pour conserver aux peuples au-
tocthones leur propre origine; il faut aussi que le déluge
de Noé l'ait respectée. Autrement, il faudrait répéter la
même création qui a précédé le déluge; mais toutes ces
recherches sont plutôt curieuses qu'instructives.
Notre auteur s'attache surtout à faire ressortir tout ce qui
caractérise la civilisation et l'esprit d'indépendance poli-
tique des peuples primitifs de l'Italie. Il consacre un cha-
(0 I/Italia avantiil dominio de' Romani.
80 SCIENCES MORALES
pitre entier à la religion , aux arts , aux études , à la
littérature et à la langue des Étrusques. On dirait souvent
qu'il en fait le panégyrique , plutôt que l'histoire. Il sou-
tient que la culture des arts et des sciences existait déjà
parmi les Italiens, avant que les Grecs eussent fondé chez
eux leurs colonies et occupassent les villes déjà florissantes
par leur population et leur police. Plusieurs monumens et
quelques réflexions ingénieuses semblent constater ces
époques anciennes de culture et de civilisation, dont la
trace est à peine indiquée par la tradition ou par l'histoire.
Ce qui est plus certain , c'est l'esprit d'indépendance
que la plupart des peuples anciens de l'Italie ont maintenu
avec un soin religieux. Plusieurs auteurs ont trouvé chez
ces peuples, surtout chez les Étrusques, cette organisation
fédérative, qui laisse à chaque cité sa propre administration
intérieure et qui concentre toutes les forces particulières
pour la défense extérieure et commune. L'auteur, comme
tant d'autres antiquaires italiens, semble se dédommager
de la perte actuelle de leur indépendance politique par des
descriptions exagérées de celle dont jouissaient autrefois
leurs ancêtres.
On a conservé des séries de rois appartenant à quelques-
uns de ces peuples ou qu'on leur attribue. On a cru
pouvoir en assigner aux Sabins , aux Étrusques, aux
Latins. M. Bossi passe rapidement sur la prétendue his-
toire des anciens rois du Latium ; il traite de l'arrivée
d'Énée en Italie, d'Ascagne , des rois d'Albe ses suc-
cesseurs, enfin de Romulus, fondateur de Rome. Comme
l'histoire de ces personnages héroïques est remplie de
fables, l'auteur cherclîe à séparer le vraisemblable du fa-
buleux, et il indique ce qui lui paraît le moins incertain.
Ainsi, il apprend à ses lecteurs à séparer le domaine de la
mythologie de celui de l'histoire. II termine son premier
ET POLITIQUES. gj
Livre par un coup d'oeil sur les îles de l'Italie, telleà
qu'elles étaient ou devaient être dans ces tems reculés
spécialement la Sicile et scshabitans, que nous ont décrits
les poètes et les mythologues.
On ne peut contester à l'auteur le mérité d'avoir con-
sulté tous les écrivains classiques, grecs et latins, et leurs
plus savans commentateurs, ainsi que tous ceux qui ont
rédigé des mémoires particuliers ou éclairci des monutnens
de tout genre, et spécialement les étrusques. Il a même
proflté de la Chronique d'Eusèhe , récemment publiée par
MM. Mai et Zohrab, et qui lui a servi à rectifier plusieurs
points de chronologie. Qu'il nous soit permis cependant de
voir avec étonnement que l'auteur, ayant quelquefois rap-
porté les opinions même étranges et bizarres de la plupart
des antiquaires anciens et modernes , n'ait pas donné
place à celles de Vico, et ne l'ait pas cité parmi tant d'autres
qui n'étaient pas plus savans que lui.
Le premier Livre de cette histoire est plutôt une dis-
cussion critique sur les anciens peuples de l'Italie, qu'une
mirration suivie. C'est dans le second que commencé
l'histoire proprement dite; il comprend une période de
près de dix siècles. Ce n'est que l'histoire de Rome, qui
absorbe celle de l'Italie, ù mesure qu'elle soumet Ic'pays
à son joug. " .
Cette grande histoire qui, dans sa longue durée, présente
mie unité, une progression, un but, se divise naturelle-
ment entrois parties ou périodes, dont chacune est dis-
tinguée par une époque très-remarquable qui la termine.
Tels sont l'établissement de la république romaine, celui
de l'empire et sa chute. L'auteur ne se borne pas à répéter
les faits ou les récits des historiens anciens et classiques :
il les compare, il les examine, il les rejette ou les concilie,'
il tire tous les secours nécessaires de leurs interprètes et
Tome xi. ç
8j SCIENCES MORALES
de leurs commentateurs. On voit bien que son histoire
n'est pas une copie , comme tant d'autres, abrégée ou pa-
raphrasée; elle est l'extrait d'une lecture immense, mé-
thodique et comparative de tous les ouvrages anciens et
modernes qui méritent d'être consultés. Il serait impos-
sible de suivre le fil de la narration ; nous indiquerons
quelques traits particuliers qui la caractérisent.
La première partie du second Livre contient l'histoire des
rois de Rome. L'auteur ne manque pas d'y réunir celle des
autres parties de l'Italie; il ne se borne pas à la simple
narration des faits les plus certains ; il étend ses remarques
sur la religion, sur le gouvernement , sur les coutumes , les
sciences, les arts, le commerce de chaque âge (i); et, ce
qui est fort intéressant , il signale les circonstances ou les
causes qui, du tems des premiers rois, ont dû contribuer
à la grandeur du peuple romain.
En parlant des premières colonies grecques d'Italie,
M. Bossi s'arrête quelques momens sur l'école de Pythagore
et sur les premiers Gaulois qui pénétrèrent dans l'Italie.
Pythagore, qu'Aristote regardait comme le premier pré-
cepteur de la morale, et qui a mérité le titre de législateur
de l'amitié, contribua plus que tout autre à la civilisation
de la grande Grèce. Il sut combiner dans sa philosophie la
théorie avec la pratique , la contenaplation avec le travail,
la félicité privée avec la félicité publique. L'influence de
ses principes et de son école fut une preuve continuelle de
ce que peut opérer l'instruction publique, au profit des
peuples et de leurs gouvernemens. Crotone , Tarente,
Reginm, et plusieurs autres républiques de la grande Grèce,
furent heureuses et puissantes jusqu'à l'époque où les Py-
thagoriciens furent persécutés et proscrits par Cilon , qui
(i) ^qj'cz livre ii , Pari, i , chap, 8,
ET POLITIQUES. 82
arait été exclu de leur école, et par d'autres tyrans en-
nemis de la vérité et de la vertu. A l'occasion de la philo-
sophie de Pythagore, l'auteur fait un tableau très-curieux
de l'état des sciences et des arts dans la grande Grèce, pen-
dant l'époque des rois de Rome. Il indique les philosophes,
Tes artistes, leurs écrits, leurs chefs-d'œuvre, surtout les
médailles et les vases de ce tems, conservés jusqu'à nos
jours, témoins et monumens qui prouvent que les sciences
et les arts fleurissaient en Italie long-tems avant de pé-
nétrer dans la Grèce, et que les Grecs eux-mêmes les ont
probablement reçus des Italiens. Telle est au moins l'o-
pinion favorite de notre auteur.
On doit remarquer, en passant, l'observation de M. Bossi
sur la taille et la physionomie des Gaulois, queTite-Live,
Florus, Justin, etc., ont dépeints sous des formes ef-
frayantes. L'auteur croit qu'ils étaient d'une race particu-
lière de Celtes venus des régions habitées par la race pri-
mitive caucasienne, et que leur taille élevée et leur figure
singulière en imposèrent d'abord aux Romains eux-
mêmes.
La seconde partie du second Livre, qui s'étend depuis
la fondation de la république jusqu'à celle de l'empire, est
la plus importante. M. Bossi fait de tems en tems les re-
marques nécessaires sur les événemens les plus éclatans
de cette période. J'indique les principales : celles qui
pourront donner la plus juste idée du mérite et du carac-
tère de l'ouvrage.
L'auteur observe comme une chose très-singulière que
les Romains, avant la prise de Véies, pendant trois ou
même quatre siècles, n'eurent aucune communication avec
l'Italie méridionale, et surtout avec la grande Grèce, qui
pouvait beaucoup contribuer aux progrès de leur civili-
6 *
U SCIENCES MORALES
sation (i). Quelles que soient les causes de cet isolement
indiquées par l'auteur, son opinion fortifierait les doutes
exprimés par Vice sur le message des Romains , chargés
de porter, d'Athènes à Rome, les lois de Solon et d'autres
législateurs grecs. Mais, comme nous l'avons déjà remar-
qué, M. Bossi a négligé de rapporter les opinions de Vico
sur ce Toyage, sur l'esprit des lois des XII Tables, sur
FAsile ouvert, par Romulus, à Rome, sur le caractère de
Pylhagore et de son école, etc.
La république romaine, jusqu'à l'époque de ses guerres
avec les Gaulois , peut être regardée comme étant dans
son enfance. L^auteur retrace la politique, l'art de la
guerre, la religion, les mœurs, la langue, l'éloquence,
l'héroïsme des premiers Romains (y). Ce qui est fort re-
marquable, c'»6t l'esprit aristocratique qui paraît très-
ancien chez les Italiens. L'auteur cherche à déterminer le
caractère, des patriciens et du peuple romain, et plus en-
core cette sorte d'équilibre établi entre eux, et qui se con-
serva toujours tant que dura la république. On connaît les
discussions de Machiavel et de Campanella sur ce sujet.
M. Bossi pose cette question : a Si l'on n'avait pas séparé
les citoyens en classes distinctes , aurait-on prévenu leurs
discordes ? » Mais, cette distinction établissant une inégalité
légale parmi les citoyens, le problème proposé donnerait
lieu à une question plus générale : Pourrait-on , et par quels
moyens, éviter dans la société politique l'inégalité des
rangs et les agitations intestines, résultant de l'action el de
la réaction des classes ainsi divisées ?
L'époque de l'invasion des Gaulois et de l'incendie de
Rome est, selon notre auteur, fort remarquable, à cause
(i) Liv. II, Part, ii, ch. 9.
(2) Ibid.f ch. 12.
ET POLITIQUES. 8a
des changemens qu'elle opéra dans la religion , la législa-
tion , le caractère et la littérature des Romains. Les guerres
puniques, malgré les désastres qu'elles amenèrent dans
l'Italie, contribuèrent beaucoup à lacivilisationdes Italiens,
qui semblaient se dédommager des maux de la guerre et
de l'invasion de l'étranger par les connaissances qu'ils rece-
vaient de leurs ennemis. Depuis ce tems, tout s'améliora
progressivement à Rome et dans l'Italie.
On trouve de l'intérêt et quelquefois des vues nouvelles
dans les considérations que présente M. Bossi sur l'art de
îa guerre chez les Romains , sur le passage des Alpes
exécuté par Annibal, sur les relations des Romains avec
îes autres peuples, sur l'interprétation des prodiges dont
îa politique ne manque pas ordinairement de s'emparer,
sur les institutions religieuses, sur les premières comédies»
sur la science astronomique de Cornélius Galius, sur la
destruction de Carthage et sur ses conséquences, etc. (i);
nous ne pouvons que îes indiquer ù nos lecteurs»
Les considérations contenues dans le sixième volume sont
encore plus remarc[uables, entre autrcstoutes celles qui son6
relatives au caractère des grands personnages des derniers
tems de ta république, tels que César, Cicéron , An-
toine, Octave, Pompée, Cassius, Brutus, etc. Après avoir
rapporté les faits essentiels qui les concernent, il pose et
discute les questions suivantes: i^ Que serait- il arrivé ,^
si les républicains n'avaient pas hasardé la bataille à Phi-
Kppes.^ 2° si Brutus et Cassius avaient remporté la vic-
toire ? 3° si, au lieu d'un peupfe guerrier et faiblement
instruit, il s'^était formé à Rome un peuple d^hommes
îettrés, de philosophes et d^artrstes?ou si les Romains, aïK
lieu de se livrer à îa guerre et à Ta conquête , avaient
(«) Faj'. Tora, lY.
86 SCIENCES MORALES
cultivé l'industrie et le commerce? 4° Enfin, dans ces deux
dernières hypothèses , Rome serait-elle devenue la maî-
tresse du monde?.... Cette manière d'examiner quel-
ques époques importantes de l'histoire , nous paraît ingé-
nieuse et philosophique; mais nous préférons, sous ce
rapport, les réflexions ded'Alembert,dans son Discours sur
l'histoire et sur les différentes manières de l'écrire : Qui
peut embrasser toute la chaîne des événemens politiques
et de leurs circonstances pour en déduire les conséquences
nécessaires ou les plus probables ?
L'auteur, en exposant les idées qui éclaircissent ces
problèmes , fait des remarques très - judicieuses sur
l'état de la politique, de la civilisution, des sciences et des
arts, du tems de la république romaine. Il détermine les
rentables causes de la chute de celte république ; et même
il rectifie quelques opinions de 3Iontesquieu , sans oublier
ce que Machiavel et Paruta avaient remarqué, avant lui,
sur le même sujet. Parmi ces causes, il signale de préfé-
rence les hommes qui ont exercé le plus d'influence par
leur talent, par leur valeur et par leur fortune (i).
L'auteur, ainsi que Bailly , Dupuis , Heeren et d'autres ,
sent la nécessité de supposer des époques d'une civili-
sation plus étendue, antérieures aux époques historiques
qui nous en ont à peine conservé quelques traces. D'a-
près cette supposition , on a imaginé divers foyers de ci-
vilisation dans la Tartarie , dans la Chine , dans le Thibet,
dans les Indes, dans l'Assj-rie, dans l'Ethiopie, dans les
régions les plus septentrionales de l'Europe. M. Bossi
assigne aussi un de ces foyers en Italie, comme paraissent
l'indiquer plusieurs de ses opinions religieuses et de ses
institutions politiques propres à cette contrée (a).
(i) Chap. 63.
(î) Chap. 64.
ET POLITIQUES. 8T
Examinant l'état progressif de la littérature des Ro-
mains , M. Bossi cherche à rectifier les idées de M. Schœll,
qui, véritablement, ne sont pas très-exactes. Cet écrivain
distingue trois périodes de la république romaine : la pre-
mière est celle de sa barbarie, depuis la fondation de
Rome jusqu'à la fin de la première guerre punique; la
seconde, qui comprend la naissance de la littérature, s'é-
tend depuis la fin de k guerre punique jusqu'à la mort de
Sjlla; la troisième est l'âge d'or de la littérature ro-
maine, qui, selon M. Shœll, ne dépasse pas la mort d'Au-
guste. Les observations critiques de M. Bossi , à ce sujet,
nous ont paru d'une grande justesse (i).
Le 66° chapitre est consacré au commerce des Romains
et des autres peuples de l'Italie, sous le gouvernement de la
république. L'auteur profite beaucoup du savant ouvrage de
M. Mengotti, qui a pour titre : Commcrcio de" Romani; il y
ajoute ses propres réflexions. Mengotti et Delfico, préoc-
cupés par leurs sentimens philantropiques , ont peut-
être un peu trop exagéré la dureté et l'injustice des Ro-
mains. M. Bossi, plus modéré ou moins partial, n'a pu se
dispenser de rappeler des principes et des faits qui, du
tems de la république , montrent les Romains tout autres
que ne les ont représentés ces écrivains sévères. Il ré-
prouve aussi l'opinion de Raynal, qui ne reconnaît d'autre
commerce chez les Romains que celui des dépouilles dea
peuples conquis. Rome , ainsi que toute autre société , ne
pouvait exister sans le commerce , malgré sa rapacité et les
richesses énormes qu'elle enleva aux nations.
L'auteur conclut, en disant que Rome républicain»
posséda et cultiva la littérature, les arts et le commerce
qui pouvaient se combiner le mieux avec l'objet de sa pri-
(i) Chap, 65 , §. 19 , p. 371 .
SS SCIENCES MOKALES
mitive destination et avec les progrès extraordinaires de
sa' grandeur. M. Bossi voit partout une connexion néces-
saire de causes et d'effets entre toutes les institutions ro-
maines et le résultat qu'elles ont produit, c'est-à-dire, l'em-
pire du monde (i).
'■ Partout où l'auteur expose ou rejette les opinions des
autres , il le fait avec la plus grande modération. Il semble
ne pas avoir conservé le même caractère , lorsqu'il examine
les idées de l'abbé Denina. Celui-ci flattait beaucoup le
pouvoir; ce qui lui fit émettre plusieurs opinions contraires
aux faits de l'histoire et aux principes de la saine raison.
M. Bossi, indigné de la servilité de cet écrivain, ne laisse
échapper aucune occasion de le condamner.
^ ■ L'ouvrage de M. Bossi contient, à la fin de chaque vo-
lume, des notes destinées à éclaircir quelques points d'é-
rudition indiqués dans le cours de l'histoire, et surtout à
expliquer quelques planches très-utiles pour l'intelligence
de quelques faits ou de quelques usages.
• Ainsi l'auteur signale et rectifie plusieurs méprises chro-
nologiques, dans lesquelles est tombé Blair lui-même. Il
a voulu combiner les lumières de la philosophie avec celles
de l'érudition ; mais je n'oserais pas décider qu'il soit
aussi philosophe qu'érudit. Peut-être encore, désirerait-on
plus de précision dans cet ouvrage, mais ce doute n'ôte
ï-icn à son mérite; et quand il serait fondé, Vhistoire d'I-,
ialie n'en est pas moins digne des suffrages du public
«claire, tant par le sujet en lui-même, que par la manière,^
dont il est traité. C'est la seule histoire de ritalic ancienne*
et moderne, conçue sur un aussi vaste plan, et entreprise
et exécutée par le même écrivain, F. Salfi.
{\) Chap. 66, §. 5,, p. jqr,
ET POLITIQUES. 89
'V W^ \'V\.% V%V%*.V1/V
Histoire de l'assemblée constituante , par M. Gh.
Lacbetelle , l'un des quarayite de l' Académie fran-
çaise, professeur d' histoire à la faculté des lettres
de Paris (i).
Il existe, comme on sait, un Précis histoi'igue de la
Hèvolution française j ouvrage du vertueux et infortuné
Rabaut Saint-Etienne. Ce livre , composé peu après la
session de l'Assemblée constituante , dont il embrasse
l'histoire , est écrit sous la dictée des passions les plus
généreuses; et, malgré un petit nombre de jugemens que
les événemens postérieurs ont appris à rectifier, il était
généralement considéré comme l'histoire la plus vraie et
même la plus équitable de cette première époque de la
Révolution française. Réimprimé souvent, et une fois
aux frais de la nation , il n'a pas cessé d'être reproduit
jusqu'à ce jour par les presses françaises; aujourd'hui,
plus que jamais, il a de nombreux lecteurs. M. Ch. La-
cretelle s'en est fait jadis le continuateur; il publia suc-
cessivement Y Histoire de V Assemblée législative , de la
Convention et du Directoire^ dans le même format, chez
les mêmes libraires, dans les mêmes dimensions, et enfin
sous le titre commun de Précis historique de la Révolution
française, adopté pour ses récits successifs, comme pour
celui de son devancier.
Cependant, M. Ch. Lacretelle nous apprend aujourd'hui
que ses opinions n'étaient point celles de Rahaut, dont
il paraissait , dit-il, être le continuateur. C^XiQ Yi\e\A\.\oi-ï
(i) Paris, Strasbourg et Londres , Treuttel et Wijrtz, 1821 , 2 vol.
in-S" 12 fr.— On a tiré des frontispices portant : Histoire de France
penda?it te 18' siècle , Tom. Ml cl VIII
90 SCIENCES MORALES
tardive nous conduit à un étrange résultat ; savoir, que
M. Ch. Lacretelle aura contribué, de toute la force de son
talent, à seconder la propagation d'opinions qui n'étaient
pas les siennes. Occupé à exposer les erreurs, les crimes
ou les vertus des assemblées qui suivirent l'Assemblée
constituante, il n'a point eu l'occasion de rectifier ceux
des jugemens de son prédécesseur qui pouvaient lui pa-
raître erronés; et cependant il a induit d'innombrables
lecteurs à s'en laisser séduire , en écrivant , presque sur
les mêmes feuilles , les derniers actes du grand drame ,
dont Rabaut n'avait pu tracer que les premiers. Il a con-
tribué, plus que personne, à populariser ses opinions.
Je dois le dire, dût la modestie ou la conscience de
M. Ch. Lacretelle en être inquiétée , c'est dans le Précis
historique de MM. Rabaut et Lacretelle que presque tous
les jeunes gens sortis du collège pendant la longue durée du
gouvernement impérial venaient, à leur entrée dans le
monde, apprendre l'histoire de la Révolution ; c'est laque
l'ont apprise tant d'ames généreuses que l'Espagne , le Por-
tugal , l'Allemagne , la Grèce nous manifestent chaque jour.
C'est en très-grande partie parce que M. Ch. Lacretelle a pris
le soin de continuer l'ouvrage de Rabaut, c'est parce qu'il
a exécuté cette entreprise avec talent, que celui-ci a
obtenu un succès presque classique, attesté par de nom-
breuses éditions; et, s'il m'est permis de l'avouer, c'est
à la lecture de ce Livre, tombé de bonne heure entre mes
mains, que je dois moi-même ce sentiment, composé de
respect et d'amour, que la mémoire de l'Assemblée cons-
tituante éveille dans mon cœur, sentiment que je prie le
ciel de ne jamais laisser éteindre ni refroidir en moi ,
quelles que soient les circonstances.
Mais voilà pourtant qu'après avoir souffert pendant tant
d'années de passer pour le continuateur de Rabaut, d'être
ET rOLlTIQLES. 91
simultanément lu j vendu, broché et relié avec lui, M. Çh.
Lacretelle s'avise de le refaire ; et certes, le ciel n'est pas
plus distant de l'enfer, ni la lumière des ténèbres , que
les doctrines et les récits de Jean-Pierre Rabaut ne dif-
fèrent des doctrines et des récits de Charles Lacretelle.
Si, aux jours du Directoire, alors que l'Assemblée cons-
tituante était peut-être encore accusée de superstition et
de timidité par les puissans de l'époque, on fût venu
signaler ce qu'on appelle aujourd'hui ses égaremens et
peut-être ses crimes^ il eût fallu combattre de telles opi-
nions, et cependant z'especter la noble indépendance de
celui qui les eût professées. Il est généreux, lors même
qu'on se trompe, de prêcher l'ordre et la soumission aux
lois devant la démocratie , de prêcher la liberté devant la
monarchie ; c'est là un avantage de position dont jouissent,
de nos jours, les défenseurs des libertés publiques,
avantage qu'en diverses circonstances ils ont regretté
de voir négligé par ceux qui se font aujourd'hui les avo-
cats du pouvoir. C'est ainsi qu'ils admirent l'indignation
vertueuse de M. de Lally, qui s'écrie, du fond de l'exil,
et après les plus véhémentes apostrophes contre les dé-
sordres sanglansdont la révolution de 1789 ne fut pas plus
exempte que d'autres : « Ils me proscriront^ ils confisque-
ront mes biens , je labourerai la terre , et je ne les verrai
plus; » et, lors même qu'on l'entend nommer l'Assemblée
constituante, ztree caverne d'aiitropophages , on trouve avec
satisfaction l'excuse de cette sorte de fureur, indiquée
quelques lignes après : «C'est ù l'indignation, c'est à
l'horreur, c'est aux convulsions physiques que le seul
aspect du sang me fait éprouver, que j'ai cédé. » Tout cela ,
dans la circonstance, était bien; c^était , à quelques
égards, grand et honorable ; c'était l'expression du dé-
sespoir de voir souillée par le sang cette liberté tant aimée ,
92 SCIENCES MORALES
et l'on n'est point surpris de retrouver plus tard le même
homme, quand la force est retournée au pouvoir, jeter
quelquefois des regards d'inquiétude sur cette même
liberté , premier objet de son culte. Le sang avait coulé
dans les mouvemens populaires; et ce crime est du
nombre de ceux qui ne permettent plus à Tliomme juste
de respirer tranquille sur la terre , jusqu^à ce que le pou-
voir qui protège la société ait au moins désavoué et flétri
les assassins. Oui sans doute, il fallait, en 89, attaquer
et poursuivre les monstres qui souillèrent le lA juillet;
avec Bailly, il fallait tomber à genoux devant une popu-
lace effrénée, pour lui épargner le crime; avec M. de La-
fayelte , il fallait couvrir Foulon de son corps ; et , au
risque d'être accusé de connivence avec l'infortuné, il
fallait s'écrier avec le vertueux chef de la garde nationale :
« Que diront vos ennemis, si vous commettez un si lâche
attentat; respect à la loi, ne prévenez pas le glaive de la
justice. » Mais plus tard, comme on en a vu des exemples,
n'était-ce pas , de la part de quelques hommes, une basse
et cruelle déclamation de s'apitoyer sur les cendres refroidies
de Berthier et de Foulon , quand le sangde Brune, de Ramel
et des malheureux]Nîmois fumait encore?
Ainsi, pour passer à un sujet moins odieux, comment
expliquer la conduite de l'historien qui , sous le Directoire ,
se fait le continuateur de Rabaut, et qui dresse aujourd'hui
contre l'Assemblée constituante un acte d'accusation pas-
sionné, alors que le pouvoir qu'elle avait modifié a recou-
vré plus de prépondérance qu'il n'en eut jamais ; alors
que les rois 'de l'Europe forment avec leurs soldats une
ligne fonnidable, qui semblerait devoir rassurer les plus
timides contre les invasions de l'anarchie; alors que tous
les hommes, à qui les principes de la Révolution et de la
liberté sont chers, se trouvent, dans beaucoup de pays,
ET POLITIQUES. 93
exhérédés de toute participation aux affaires publiques.
Telle est pourtant la tâche que M. Ch. Lacretelle s'est
imposée et qu'il veut poursuivre; car il annonce qu'il se
propose de développer son Précis historique de la Réuolu-
tion ! Quand on a lu son Histoire de l'Assemblée consti-
tuante , il est aisé de pressentir quels seront ces dévelop-
pemens. Pour nous, au milieu des étranges vicissitudes
dont nous sommes témoins, ne perdons pas de vue que
le premier caractère des hommes qui prétendent ù quel-
que valeur chez les peuples éclairés, c'est la fixité d'opi-
nion et la fidélité politique.
Ce n'est pas, j'en conviens, sans quelque émotion, que
je parle de ce Livre ; je le crois destiné à produire beau-
coup de mal, à égarer bien des esprits, à pervertir une
foule de jugemens. L'historien est un écrivain d'un mérite
éminent; son sujet excite vivement l'attention; ses récits
sont tissus avec habileté, ils sont colorés avec art. II est
difficile de classer l'histoire avec plus de méthode, de
grouper les faits avec plus de lucidité, de semer la nar-
ration avec plus d'à-propos, d'anecdotes et de réflexions.
Une fausse couleur d'esprit philosophique, des paroles
de modération , des sentimens de moralité viennent
encore ajouter au prestige. Pourquoi faut-il que l'injus-
tice et l'erreur ne se tiennent pas satisfaites de la force
physique qu'elles opposent souvent avec trop de succès à
l'ordre et à la justice ? pourquoi faut-il qu'elles usurpent
jusqu'à cette force intellectuelle et morale, dont l'ascen-
dant est si doux, et néanmoins presque irrésistible?
Que peut une feuille légère contre un ouvrage historique,
appuyé d'un nom honoré, et qui caresse tant de préémi-
nences, d'autant plus ombrageuses qu'elles sont vivement
contestées, tant d'intérêts alarmés, moins par les attaques
SA SCIENCES MOKALES
auxquelles ils sont en butte, que par le sentiment profond
de leur faiblesse intrinsèque et de leur illégitimité réelle?
Fidèle au système de rendre notre Révolution odieuse,
et de faire de l'Assemblée constituante un objet de haine ,
et quelquefois de mépris, M. Ch, Lacretelle s'appesantit,
avec une douloureuse habileté, sur le tableau des crimes
qui affligèrent de bonne heure les amis de la liberté et
qui réjouirent ses ennemis. Maudissons avec lui ces crimes,
c'est le meilleur mojen d'en absoudre les hommes irré-
prochables qu'on veut en accuser. La violence est quel-
que chose de si naturellement injuste , qu'elle ne cesse
pas de l'être, lors même qu'elle est employée en faveur
de la justice. Toutefois, dans l'appréciation des faits, il
ne faut pas perdre de vue les circonstances accessoires qui
les déterminent; ainsi, par exemple, si, le i4 juillet^ le
peuple de Paris en appela à la force , il faut remarquer
qu'un vaste appareil militaire était déployé autour de lui,
et que la représentation nationale , reconquise après tant
d'années d'interdiction, et objet de l'enthousiasme le
mieux mérité, se voyait menacée d'être dissoute. Un parti
hétérogène à la Révolution vint d'ailleurs se jeter à la
traverse pour la détourner à son profit. Ce parti, que je
ne veux point nommer par son nom , parce que ce nom
ne lui convient plus aujourd'hui, mais dont les sectaires
de tems en tems recrutés existent toujours autour du pou-
voir, quel qu'il soit, sans autre détermination fixe que de
^'associer à ses triomphes ou d'hériter de ses dépouilles ;
ce parti doit supporter la meilleure part des malédictions
que beaucoup de personnes vertueuses adressent inconsi-
dérément à la Révolution. Il se compose de ces hommes
immoraux qui spéculent tantôt sur l'enthousiasme et tan-
tôt sur la vertu , cœurs froids, esprits ambitieux, carac-.
ET POLITIQUES. â5
ière3 profondément dissimulés, qui n'admettent d'autre
morale en politique que leurs calculs, et qui opèrent sur
l'espèce humaine comme sur la matière inerte. Ce parti
conspira pour la Révolution, quand toute la France y tra-
vaillait ouvertement; il s'empara de tous les principes
justes, de toutes les idées grandes et généreuses; il se
glissa parmi les hommes de bonne foi; il recruta jusque
parmi les scélérats ; il ameuta la populace , et, survivant
à la mort de ses premiers adeptes, on le vit successive-
ment se vendre à l'étranger, faire avorter parmi nous la
monarchie constitutionnelle et la république, et contri-
buer puissamment à élever et à soutenir le trône de Bona-
parte, fondé essentiellement sur la satisfaction de toutes
les passions vicieuses et de tous les intérêts injustes de
l'ancienne et de la nouvelle France. Comment expli-
quer différemment les écarts d'une révolution, si pure
dans ses principes, si nécessaire dans ses causes, invo-
quée par tous les hommes probes et éclairés de la na-
tion, applaudie à sa naissance par l'Europe entière,
et que le seul vœu populaire , sans l'intervention d'au-
cune force militaire, et malgré l'emploi de ces mêmes
forces , avait su effectuer?
D'ailleurs, beaucoup d'événemens postérieurs ont trop
prouvé que les excès sanglans ne sont point l'apanage exclu-
sif d'un parti. Les troubles deMontauban, en mai 1790, les
nombreux assassinats commis dans le midi par les compa-
gnies de Jésus et du Soleil, vers i/gS, et des crimes plus
récens, attestent qu'il ne manquait que la victoire à l'autre
parti pour égaler ses victimes à celles du parti contraire. Les
passions humaines portées àl'extrème degré produisent mal-
heureusement partout les mêmes calamités , n'importe
quelle en soit la cause. N'en accusons point la Révolution; car
il est bien remarquable, au contraire, que les hommes qui la
M SCIENCES MORALES
faisaient dans l'Assemblée constituante désavouèrent éner-*
giquenient les excès dont elle fournit le prétexte. Ses en-
nemis n'ont pas toujours profité de cet exemple ; ils n'ont
pas toujours accordé à la victime la consolation de désavouer
et de pleurer sa mort. On n'avait pas encore , dans les
premiers jours de la Révolution , l'expérience des excès
auxquels s'abandonne la fureur populaire. Comme, dans la
monarchie, on perd la faveur en résistant aux volontés in-
justes du maître; ainsi, dans les gouvernemens démocra-
tiques , on perd la popularité , en résistant aux volontés
injustes du peuple. Dans l'un comme dans l'autre état, la
vertu prescrit de sacrifier au devoir la faveur ou la popu-
larité. Ainsi, l'Assemblée constituante est coupable d'avoir
passé à l'ordre du jour sur les meurtres de Berthier et de
Foulon; mais du moins elle ne fut coupable que d'inaction :
elle ne voulut point sauver les assassins, en niant l'assas-
sinat; elle n'a point rappelé à l'ordre celui qui vint à la tri-
bune implorer la justice publique.
Les réformes opérées par l'Assemblée constituante ne
trouvent pas plus de grâce aux yeux de son historien , que
les institutions qu'elle avait créées. Sa censure atteint même
des objet» que le consentement unanime des hommes les
plus modérés semblait devoir en garantir; par exemple, la
suppression de la vénalité des charges judiciaires et d'autres
emplois. Il faut cependant lui rendre justice en un point ;
il applaudit à la suppression de la potence , et de nos jours
c'est bien quelque chose ; car nous avons entendu naguère
donner , à la tribune , des regrets à ce genre de sup-
plice.
Un objet plus contesté, c'est le mérite et la légitimité de
l'institution de la noblesse. Notre charte l'ayant maintenue
en France, il est interdit de la discuter; on ne pourrait
l'attaquer sans péril, et dès-lors il est évident que l'appro-
KT POLITIQUES. 97
halion qu'on pourrait lui accorder, privée de liberté
n'aurait aucune valeur. Les institutions peuvent se fonder
ou sur la conviction des esprits, née de la discussion, ou
sur la sanction des lois pénales. Il est clair que, dans l'état
présent des choses, les partisans de l'institution de la no-
blesse pourraient opposer à ses adversaires ce dernier argu-
ment, auquel, pour le moment, je ne connais pas de ré-
plique. Il est aisé de concevoir que M. Ch. Lacrelelle ne
voit pas avec calme l'Assemblée constituante prononcer l'a-
bolition de la noblesse; je pense comme lui que la pré-
sence ou l'absence de cette institution altère l'essence du
corps social.-Son existence, seulement nominale dans les
lois, est, selon moi, d'une immense con-séquence , ne se-
rait-ce que parla somme de vanités qu'elle blesse ou qu'elle
console. C'est un point sur lequel je tomberais d'accord avec
ceux dont je pourrais appréhender une entière dissidence
sur le fonds de la question. Je me permettrai de blâmer
ceux-là seulement, qui ont pu croire que c'était une chose
de peu de conséquence, qu'une noblesse à laquelle la loi fon-
damentale accorde des rangs et des honneurs. Parmi les
nobles qui concoururent efficacement à la suppression
de la noblesse dans l'Assemblée constituante, l'auteur
distingue M. de la Fayette, M. Charles de Lameth ,
M. le Pelletier de Saint-Fargeau , M. le vicomte de
Noailles et M. le vicomte Mathieu de Montmorency, qui
demanda la suppression des armoiries. Cette dernière
partie du décret d'abolition de la noblesse me paraîtrait,
plus qu'aucune autre, susceptible de contradiction. Le»
armoiries sont pour les particuliers ce que sont les sceaux
pour les établissemens publics ou pour les corporations;
elles sont utiles, comme les noms propres, à la distinction
des familles. Je ne saurais apercevoir quel principe ou
même quel amour-propre elles peuvent blesser.
TOMK XI. 7
<^8 SCIENCES MORALES
M. Ch. Lacrelelle assure que, depuis flus de vingt-cinq
ans ^ tous les publicistes s'accordaient à parler apec un
égal mépris de la constitution de i'j()i. Je conteste d'abord
l'exactitude de l'expression ; les œuvres de l'Assemblée
constituante ont bien rencontré de la haine ; du mépris ,
jamais. Je suppose d'ailleurs que quelqu'un eût touIu
prendre la défense de la constitution de 1791? quand
aurait-il pu Je faire depuis vingt-cinq ans? était-ce sous l'é-
pouvantable régitue de 1793? était-ce sous le Directoire?
Mais on possédait alors quelque chose de plus que la cons-
titution de 1791 ; et réclamer celle-ci à cette époque, c'eût
été implicitement provoquer la destruction de ce qu'on
possédait. Était-ce sous le consulat? était-ce sous l'empire?
Mais il y avait alors impossibilité matérielle d'écrire sur les
objets politiques; la liberté de la presse était bornée à louer
la perfection de tout ce que faisait et défaisait le despo-
tisme. M. Ch. Lacretelle a donc tort de s'étonner que la
constitution de 1791 n'ait trouvé qu'assez récemment des
protecteurs ou des défenseurs; il était dans la nature des
choses qu'ils n'apparussent pas plus tôt.
Une des parties que l'auteur attaque avec le plus d'a-
mertume dans la constitution de 1791 , c'est la. déclaration
des droits; il la considère comme la source féconde et uni-
verselle des fausses doctrines, qui ont produit les malheurs
de la Révolution. Parmi les objections qu'il s'adresse, on
remarque celle de l'adoption d'une pareille déclaration par
les Etats-Unis d'Amérique, renfermant les mêmes dispo-
sitions et conçue presque dans les mêmes termes. Au
nombre des réponses qu'il se fait, j'en relèverai deux qui
m'ont paru basées sur des erreurs évidentes. — Une société
jeune, dit-il, p^ji^ s^ régir par des principes fort diffèrens
de ceux qui sont nècessaii'es aux sociétés anciennes. — Mais
personne n'ignore que la société qui forme les Étals de
ET POLITIQUES. 99
rAmérique du nord est tout aussi vieille que celle de la
mère-patrie, dont elle est une émanation, contemporaine
par conséquent de la société française. Les Anglais des
Etats-Unis sont les mêmes que le peuple de la Grande-Bre-
tagne ; ils ont conservé son langage, ses mœurs, ses habi-
tudes physiques et religieuses , son caractère, et même en
partie ses institutions municipales et judiciaires. Un
peuple de cultivateurs ou de commerçans d'une exti ém-j ac-
tivité ^à\l ailleurs M. Ch. Lacretelle , n'abonde pas en spé-
culateurs oisifs, en sophistes dangeieux. — L'existence et la
multiplicité, chaque jour croissante aux États-Unis, des
sectes religieuses les plus livrées aux idées abstraites et spé-
culatives , démentent celte assertion. On sait que nulle part
on ne publie un plus grand nombre de journaux politiques,
et que, dans aucun pays, ils ne pénètrent plus avant dans
les dernières classes de la société.
J'ai voulu répondre seulement à ces deux objections,
parce qu'il m'a semblé les reconnaître parmi les paradoxes
qui, malgré l'évidence des faits, sont reproduits chaque
jour avec assurance dans les livres et dans les discours. Je
n'essaierai pas de pousser plus loin une réfutation qui ne
peut se compléter ici. Quel moyen d'ailleurs de s'entendre
avec l'homme, assez aveuglé par son nouveau symbole, pour
trouver dans le préambule de la déclaration des droits une
parodie profane, impie et séditieuse de F évangile ? Assuré-
ment c'est bien, je pense, la dernière chose qu'on se serait
avisé d'y découvrir.
Je ne sais si je m'abuse; mais, quelles que soient les
préventions de l'historien, il me semble que, même après
ses récits et sans doute contre ses intentions,' l'Assemblée
constituante se présente encore à l'imagination du lecteur
sous un aspect grandiose, rayonnante d'une gloire pure
7*
100 SCIENCES MORALES
et embaumée d'un parfum de verlu. Ce nom de la Fayette,
qui vient se placer «i souvent, accompagné de reproches,
sous la plume de l'historien, est pourtant mêlé sans cesse
à quelque dévouement plein d'abnégation , tantôt aux li-
bertés publiques , tantôt à la personne de Louis XVI ; et
peut-être qu'un lecteur, impatienté des épithètes de l'his-
torien , pourrait s'écrier: ]VIais voilà un criminel qui n'ap-
paraît que pour commettre des actions vertueuses ! La
manifestation du Lù're rouge révèle que la mère de MM. de
Lameth avait reçu 60,000 francs de la cour pour l'édu-
cation de ses enfans; et voilà que les deux courtisans , de-
venus tribuns j prirent le parti défaire remettre cette somme
au trésor royal. Vous cro^'ez peut-être que c'est là un trait
de probité politique ; selon notre historien , c'est de l'in-
gratitude. Celle-ci du moins n'est pas contagieuse ; en
voici tout aussitôt une preuve en chiffres; je la trouve dans
le budjet de l'année 1790 arrêté par l'Assemblée consti-
tuante. Les divers impôts réunis élevèrent les recettes à
six cent trente millions, les dépenses à six cent quarante-
cinq millions. Trente ans après, en 1821 , le ministre des
finances présente à la chambre des députés le tableau de
l'exercice de l'année courante: Recettes,, huit cent quatre-
vingt-huit millions ; dépenses, huit cent quatre-vingt-deux
millions. On voit que nous nous sommes corrigés de cet
esprit d'ingratitude reproché à MM. de Lameth; mais il
nous en coûte un sacrifice annuel d'environ deux cent
cinquante millions.
Nous nous sommes expliqués assez franchement sur le
talent de M. Ch. Lacretelle. Nous avons dit qu'il en dé-
ploie ici beaucoup trop au service d'une cause que nous
croyons injuste; ce talent brille principalement dans l'art
de tracer des portraits; le tableau de l'Assemblée consti-
ET POLITIQUES. lOi
tuante tout entière en olWe une galerie d'autant plus
précieuse, que plusieurs n'ont pu être saisis que par uu
témoin oculaire. Nous avons remarqué un petit nombre
d'inexactitudes échappées à une rédaction rapide ou trou-
blée par l'esprk de système. M. Ch. Lacx'etelle parle d'é-
tangs battus par les vassaux j pour procurer à des sei-
gneurs voluptueux le plaisir d'entendre la musique des
grenouilles. C'est ici une distraction assez plaisante de
l'historien; car, si des seigneurs voluptueux ont jamais
fait battre des étangs par leurs vassaux, c'est bien cer-
tainement pour avoir le plaisir de ne pas entendre la mu/-
sique des grenouilles, dont le coassement importun cesse
au mdmdre bruit. Ailleurs , M. Ch. Lacretelle dit que So-
phie Lemonnîer, abandonnée par Mirabeau, se donna la
mort; il est vrai que cette femme s'asphyxia volontaire-
ment avec du charbon, mais ce fut pour un autre amant
que Mirabeau.
Mais U est une distraction bien plus grave que je re-
procherai à M. Ch. Lacretelle; c'est d'avoir réimprimé,
dans ses ipïèces Justificatives _, la lettre de M. de Bouille à
l'Assemblée constituante, écrite après le voyage du roi à
Varennes. On y lit ces passages : « Un peuple que vous
avez rendu féroce et sanguinaire, et qui est devenu l'objet
du mépris de l'univers ». (Il s'agit du peuple français),.,.
...c'est ainsi que doit parler un homme qui n'a plus pout
vous et pour le peu'Jjle antropophagc, que vous avez enivré de
crimes, que du mépris, de l'indignation et de l'horreur...
...avant peu, H ne restera pas pierre sur pierre à Paris-
( Eclats de rire dans l'asseinhlèe.^ je connais les che-
mins , j'y guiderai les armées étrangères, etc — » ; et c'est
là ce que M. Ch. Lacretelle appelle une ^'xict justificative.
Mais qui donc doit-elle justifier cette pièce étrange ? ce
ii'est pas au moins ceux pour qui vient de plarder l'histo-
rien. En vérilé , la distraction est Uop forte. K-. Maevi.
LITTERATURE.
Histoire de la tie et des ouvrages de J. J. Rousseau ,
composée de docuinens autlientiques , et dont une
partie est restée Inconnue jusqu'à ce jour; d'une
biographie de ses contemporains considérés dans
leurs rapports avec cet hom^tne célèbre , suivie de
lettres inédites (i).
N. B. Deux articles, faits par deux de nos collabora-
teurs, nous sont parvenus à la fois sur cet ouvrage : chacun
des rédacteurs de ces articles a rendu compte des impres-
sions qu'il a reçues en le lisant. Nous avons cru pouvoir
les admettre tous les deux, vu qu'ils sont d'un égal intérêt
et d'une médiocre étendue. Nos lecteurs pourront les com-
parer, et adopter, entre les jugemens des deux rappor-
teurs, dont le second est plus favorable à Rousseau, celui
qui leur paraîtra mériter la préférence.
C'est un usage assez commun, en Angleterre, de pu-
blier des mémoires biographiques et littéraires sur les
grands écrivains. Cet usage pourrait être suivi sans incon-
rénient en France. Au lieu de s'astreindre à la régularité d'une
composition historique ou d'un éloge, il admet des di-
gressions, des citations, des détails minutieux en appa-
rence, mais utiles au but qu'on se propose. Enfin, il faut
considérer ces mémoires biographiques , non pas comme
l'histoire complète de la vie des personnages qui en sont
le sujet, mais comme un recueil de matériaux, comparés
et éclaircis.
(i) Paris, 1821, 2 vol. in-8», en tout loSS pages. Prix , 10 francs.
J. J. Paschoud, L. Colas, libraires. — L'auteur, M. V. D. Musset
Pathay, n'a point mis son nom en tète de Touviagc, mais s'est
nommé à la fin de l'introduction.
LITTERATIKE. 10.5
De ce genre est à peu près l'ouvrage que M. de Musset
vient de publier sur J. J. Rousseau. L'auteur, n'ayant
voulu rédiger qu'un travail qui pfit, en quelque sorte, servir
de commentaire aux Confessions et ù l'histoire du philo-
sophe de Genève, a été dispensé, par l'existence même
des Confessions , de raconter en détail la vie de Rousseau ;
mais il en a fait l'analyse. Il a commenté les actions qui
ont donné lieu à divers jugemens ; il les a éclaircies, jus-
tifiées ou excusées par les témoignages des contemporains
qui ont connu Rousseau , et qui ont écrit sur leurs rela-
tions avec lui. M. de Musset a examiné la conduite de ces
contemporains même , et a tâché d'apprécier la moralité
de leurs témoignages. Il entreprend de réfuter une foule
d'imputations auxquelles leurs noms ont donné beaucoup
de poids, et qui se sont accréditées, comme tant de chose*
s'accréditent dans le monde, parce que personne ne se
donne la peine de les examiner à fond, et que tout le
monde trouve plus commode d'adopter des opinions toutes^
faites.
Il est toujours honorable de défendre un grand homme
contre les accusations de ses ennemis, surtout lorsqu'il
n'est plus là pour se justifier. Rousseau a peut-être été en
butte à ces accusations plus que d'autres grands écrivains ;
et, ce qui rendait sa position plus fâcheuse , il avait contre
lui une foule de gens en crédit, d'hommes riches et puis-
sans, contre lesquels il aurait essayé en vain de lutter: s'il
n'avait pas pris soin lui-même de faire l'aveu de ses action» ,
qui sait sous quelles couleurs affreuses son portrait serait
passé à la postérité ?
Ce qui, à mon avis, fait la plus grande gloire de Rous-
seau, c'est d'avoir eu la force d'ame de rompre ouverte-
ment avec les vices de son siècle , de se soustraire au joug
honteux de ce qu'on appelait faussement les convenances
lOA LITTÉRATLRE.
sociales, de revenir, en morale comme en politique, aux
lois si simples de la nature, et de prouver, par son
exemple, qu'il n'est pas impossible de briser des liens que
des abus invétérés avaient seuls affermis.
C'est en cela que Rousseau me paraît infiniment supé-
rieur à Voltaire. Celui-ci voyait, comme Rousseau, la
corruption toujours croissante des mœurs, sous un règne
qui ne faisait qu'ajouter à l'héritage de la cour de
Louis XIV et de la régence; il ne pouvait se dissimuler
les abus intolérables qui s'étaient introduits dans la so-
ciété; il les signalait arec le zèle le plus constant et le
talent le plus flexible : mais Voltaire n'eut point le courage
de s'opposer ouvertement aux grands qui donnaient l'exerh-
ple de la corruption et de l'abus de l'autorité ; jamais il
n'aurait osé proposer la réforme entière de l'état social.
Voyez comme il flatte, dans sa correspondance, un ma-
réchal de France; comme il plaisante sur les débauches de
ce séducteur dangereux, qui se faisait un jeu de répandre
le trouble et le scandale dans les familles honnêtes, et
dont on voit la conduite signalée avec la plus noble indi-
gnation dans une foule d'écrits, qui, au commencement
de la révolution, exposèrent au peuple tous les désordres
dont il avait été victime, et qui avaient amené la dissolu-
tion du corps social. Jamais Rousseau n'a cédé à la puis-
sance des noms et du crédit; jamais il n'a flatté les vices
des grands; il leur a parlé, au contraire, avec plus de
franchise et de sévérité qu'à ses égaux, et la crainte de
leur déplaire n'a pas un instant arrêté sa plume. Rousseau
est peut-être le seul écrivain qui ait su se détacher de toutes
les considérations personnelles, et suivre uniquement les
inspirations de sa conscience-
Quelle humiliation pour l'esprit humain, qu'un écrivain
si grand, quand il s'érige en réformateur, et par conséquent
LITTÉRATURE. 105
en bienfaiteur de la société entière, redevienne si petit
dans ses relations journalières avec les individus ! On est
honteux de ce contraste frappant, que l'on retrouve dans
tout le cours de la vie de Rousseau. Si l'on excepte un
petit nombre de personnes qu'il a toujours respectées, il
s'est brouillé avec tous ceux qui ont eu des relations in-
times avec lui; et, à force de ne voir que des ennemis
dans ceux qui l'entouraient, son imagination ardente,
troublée par la faiblesse de sa constitution , a fini par se
persuader que tout le genre humain était conjuré contre
lui. La méfiance et l'insociabilité n'ont jamais porté des
fruits plus amers; et la vie la plus déplorable a puni sévère-
ment Rousseau de sa conduite farouche envers ses con-
temporains. Je ne sais si un auteur quelconque a reçu dans
aucun tems autant de témoignages d'attachement sincère
de ses contemporains. Les hommes et les femmes les plus
distingués par leur naissance, par leur esprit, par leur
fortune, recherchaient son amitié; les jolies femmes, si
habituées à attendre des hommages, allaient au-devant
de ceux de Rousseau; elles les ambitionnaient en quelque
sorte ; elles savaient choisir les moyens les plus ingénieux
pour lui marquer leur estime. Cependant, combien de fois
ne se virent-elles pas brusquées et rebutées par l'auteur
d'Héloïse! avec quelle dureté il repoussa souvent les
avances les plus sincères, les affections les moins équi-
voques !
Ce n'est pas ainsi qu'agissait Voltaire : toujours aimable,
toujours plein de bienveillance, le philosophe de Ferney
accueillait également bien et le prince qui arrivait
avec faste et le jeune auteur qui présentait humble-
ment au grand écrivain les prémices de sa muse; et,
quoique la gloire d'être l'objet de l'empressement des
étrangers et des nationaux lui coûtât son repos, il ne se
106 LITTJÎRATL'RE.
lassait jamais de répondre avec sensibilité à leurs hom-
mages.
Si donc Rousseau a été malheureux, ses infortunes ont
été en grande partie son propre ouvrage; sur ce point,
j'ose être d'un avis différent de celui de M. de Musset. Je
conviens que sa gouvernante ou sa femme avait aigri son
caractère , qu'elle lui inspirait de la méfiance et qu'elle
rendait son esprit farouche; mais je ne puis croire que tous
ceux que Rousseau représente comme ayant des torts
graves envers lui, soient réellement aussi coupables qu'il
le fait entendre et que son biographe cherche à le prouver.
Comment se fait-il que Hume , Diderot , Marmontel ,
madame d'Èpinay, Grimm, d'Alembert, Voltaire, et tant
d'autres hommes célèbres aient continué de jouir de l'es-
time de leurs contemporains et n'aient point donné lieu,
dans d'autres occasions, à ces scènes d'éclat qui ont amené
leur rupture avec Rousseau? Certainement ils ont eu des
torts envers ce grand écrivain. Quand on lit tous les argu-
mens détaillés avec une habileté et une attention peu com-
munes par M. de Musset , on ne saurait plus en douter.
Mais rejeter sur eux tout le tort et vouloir disculper entiè-
rement Rousseau' dans ces circonstances, n'est-ce pas aller
un peu au-delù de la vérité ? Il n'est pas aisé de réfuter le
biographe, je le sens; ses preuves sont tellement accu-
mulées , qu'on serait embarrassé d'y répondre , à moins
d'écrire un volume; mais quelquefois la raison répugne à
admettre ses conclusions, quoique sa logique soit très-
serrée.
Lorsque, par exemple, Rousseau, pour prouver la pré-
tendue haine constante de Hume , commence par assurer
gravement que l'historien anglais , en le conduisant à
Londres, s'écria en songe : ah ! je le tiensl il m'est impos-
sible de croire que Rousseau soit de Ircs-bonne foi daus
LITTÉRATURE. 1Q7
l'exposé de ses démêlés avec un homme, qui avait bien ses
défauts, mais qui, dans ses démarches en faveur du phi-
losophe persécuté en France, ne paraît avoir été mu que
par des sentimens généreux.
A l'égard de ce fameux ah! je le tiens! je trouve un
rapprochement curieux dans un manuscrit laissé par feu
l'abbé Morellet: « Le reproche que Rousseau fait à Hume
d'avoir dit en rêvant: ah! je le tiens! dit M. Morellet, est
copié de Plutarque, qui raconte que Xcrcès, ayant donné
asile à Thémistocle banni d'Athènes, en était si transporté
qu'il s'écriait souvent en dormant :7V le tiens! je le tiens!
Je ne crois pas que le trait soit copié ; mais n'est-il pas
singulier que Rousseau fasse un reproche à Hume d'une
exclamation qui est écJbappée à un roi de Perse, il y a
quelques milliers d'années?
Dans l'exposé de la querelle entre Rousseau et Hume,
son biographe aurait pu ajouter aux témoignages qu'il cite
.celui de lord Charlemout, ami de Hume, mais pourtant
assez impartial pour le juger sévèrement et pour tenir la
balance égale entre les deux écrivains. Ce lord attribue la
plus grande bienveillance au cœur de Hume; seulement,
dit-il , il ne voulait pas que chacun fît son salut à sa ma-
nière. « Quand il fut de retour de France avec Rousseau ,
ajoute lord Charlemont, je rencontrai Hume au Parc; je
le félicitai de ses rapports agréables, et je lui lis entendre
que j'étais persuadé que son nouvel ami lui convenait par-
faitement, puisque leurs façons de penser me paraissaient
s'accorder en tout point. — Vous vous trompez, milord,
répondit Hume, Rousseau n'est pas tel que vous croyez;
il est encore attaché en secret à la bible , et au fond il ne
vaut pas mieux qu'un chrétien ; mais c'est un chrétien
d'une façon particulière (i). »
(ij Voyez la Vie de lord Charlemont , par Hardy.
108 LITTERATURE.
Celte anecdote ne fait rien au sujet de cet article ; mais
je la rapporte, parce qu'elle me paraît curieuse.
Je ne me sens pas capable de défendre tous les contem-
porains de Rousseau, que son biographe accuse des mal-
heurs du philosophe ; il aurait trop d'avantages sur moi. Je
crois cependant pouvoir entreprendre en peu de mots la
justiûcation de Diderot; je ne parlerai pas de l'origine de
leur querelle, qui m'a toujours paru extrêmement insi-
gniûante, malgré l'importance que Rousseau a voulu lui
donner ; peut-être y avait-il autant de tort d'une part que
de l'autre, et ce serait toujours peu de chose. Mais c'est de
la violente sortie contre Rousseau , insérée par Diderot
dans sa F'ie de Sénèqiie, qu'il faut dire quelques mots.
M. de Musset prétend qu'elle est écrite avec le fiel de la
haine ; dans un passage qu'il cite, il trouve autant de men-
songes que de mots. Les termes sont bien durs; mais M. de
Musset a-t-il examiné bien attentivement quels sont les
sentimens qui ont inspiré cette diatribe de Diderot? Qu'on
lise les termes insultans dans lesquels Rousseau parle de
la femme de Diderot et de leurs liaisons équivoques avant
leur mariage ; qu'on songe que les Confessions furent di-
vulguées à l'époque où Diderot élevait sa fille, où, aban-
donné par la France, il trouva un appui dans l'impératrice
de Russie; que l'on songe de plus que la vie privée de la
plupart des amis de Diderot était mise à découvert dans ces
Confessions , avec aussi peu de discrétion et de réserve que .
la sienne; et que l'on dise ensuite, la main sur le cœur, si
chacun, dans une position semblable, ne vengerait pas son
honneur domestique et celui de ses amis , et si l'on ne
dirait pas à peu près comme Diderot : « Que penser d'un
homme qui laisse après sa mort des mémoires où certai-
nement plusieurs personnes sont mallrailées, et qui y joint
la précaution odieuse do n'eu permcltrc la publicité que
LITTÉRATURE. 109
quand il n'y sera plus; lui, pour être attaqué; celui qu'il
attaque, pour se défendre? Que Jean-Jacques dédaigne,
tant qu'il lui plaira, le jugement de la postérité, mais qu'il
ne suppose pas ce mépris dans les autres. On veut laisser
une mémoire honorée ; on le veut pour les siens, pour ses
amis, et même peut-être pour les indifférens. »
Je Conviens que Rousseau avait quelque besoin de se
justifier contre de nombreuses accusations, et de laisser à
cet effet, après lui les mémoires de sa vie; mais il n'était
pas autorisé à rendre la femme de son ancien ami mépri-
sable aux yeux de toute la France. Diderot ne s'était jamais
permis de publier une ligne sur la vie privée de Rousseau;
son indignation avait donc, suivant mon avis, un motif
honnête et légitime. Elle a pu l'emporter au-delà des
bornes de la justice; mais faut-il condamner l'empor-
tement d'un homme qui se sent blessé dans ses affections
les plus chères, sans qu'il y puisse jamais porter remède?
En général, je crois que le désir très-louable de ven"-er
la mémoire de Rousseau des calomnies de ses ennemis a
rendu son biographe injuste envers d'autres écrivains,
quoique, dans tout ce qui ne tient pas à leurs relations avec
ce grand homme, il se montre disposé à rendre hommage à
leur mérite. Au reste , ce n'est jamais qu'après une mûre
discussion des témoignages que M. de Musset se prononce
contre eux. S'il n'est pas favorable à la partie adverse , oq
ne lui reprochera pas du moins de n'avoir pas examiné
toutes les pièces du procès.
Une partie du second volume de son ouvrage est con-
sacrée à des notices sur les hommes et sur les femmes qui
ont eu des rapports avec Rousseau. Au lieu de ranger ces
notices par ordre alphabétique, et d'y comprendre jusqu'au
moindre individu dont il est question dans les ouvrages du
citoyen de Genève, peut-être eût- il mieux valu les fondre
110 LITTÉRATURE,
dans son travail el se borner aux personnages qui méritent
d'être connus de la postérité. La forme alphabétique est
plus commode, il est vrai, pour les recherches; mais elle
n'offre pas assez d'agrémens dans une lecture suivie.
Pour compléter les dernières éditions des œuvres de Rous-
seau, l'auteur a inséré environ quarante lettres, soit iné-
dites, soit publiées isolément, et il amis beaucoup de soin
à classer, par ordre chronologique, toutes les pièces qui
composent maintenant la correspondance de Rousseau et
dont un bon nombre manque dans les anciennes éditions.
Une partie intéressante du travail de M. de Musset , ce
sont les extraits des auteurs contemporains du philosophe,
qui ont fait connaître des particularités de sa vie ou qui ont
jugé ses ouvrages. Tant de passages tirés des œuvres de
Bernardin Saint-Pierre , madame de Genlis , Corancez ,
Dussaulx, d'Echerny, Marmontel,etc., et rassemblés dans
des mémoires biographiques , offrent une lecture très-
variée et quelquefois mOme amusante. On connaît l'anec-
dote de Sophie Arnould, qui mystifie des seigneurs de la
cour en leur faisant, dans un souper, passer le tailleur de
la comédie pour l'auteur du Contrat social; mais il est
piquant de rapprocher, ainsi que l'a fait l'auteur, cette
anecdote, racontée avec beaucoup d'agrément, du récit in-
téressant que madame de Genlis fait d'une mystification
toute contraire qui lui arriva, et dans laquelle elle reçut
chez elle Rousseau, croyant ne recevoir que Préville jouant
le rôle du philosophe. Madame de Genlis termine son récit
par une critique de la conduite de Rousseau ; mais M. de
Musset cherche à prouver dans ses notes que, dans cette
affaire , les torts furent du côté de madame de Genlis.
En résumé , le travail de M. de Musset est le résultat de
recherches faites judicieusement et en conscience ; il a
produit un livre très-instructif et qu'il sera presque indis-
LITTÉRATURE. UI
pensable de joindre désormais aux éditions des œuvres de
Rousseau. Je ne sais s'il persuadera complètement tous les
lecteurs de la pureté constante des intentions et des sen-
tiraens du philosophe; mais je suis certain que tous ceux
qui liront l'ouvrage de M. de Musset estimeront beaucoup
l'auteur et qu'ils avoueront qu'il leur a beaucoup appris.
Depping.
\ll'VlVV\IWV\Wl1l
HlSTOIBE DE LA VIE ET DES OUVRAGES DE J.-J. RoUS-
SEAu , etc.
SECOND ARTICLE.
Les Anglais, auxquels nos exemples pourraient si sou-
vent servir de leçons, peuvent à leur tour nous en donner
une dont il serait digne de nous de profiter. Nous devrions
apprendre d'eux à attacher un plus grand prix à la vie
privée des hommes qui ont illustré la patrie par leurs ta-
lons , et qui l'ont éclairée par leurs ouvrages. En Angle-
gleterre il n'est peut-être pas un seul écrivain distingué
dont la vie domestique , le caractère personnel et les ha-
bitudes sociales n'aient été l'objet des recherches les plus
scrupuleuses, et ne se trouvent consignés, non pas dans
de simples notices, mais dans des histoires aussi com-
plètes que détaillées. En France, au contraire, à peine
le lecteur peut-il trouver, dans quelques anecdotes éparses
çà et là, les élémens d'un jugement sur le caractère privé
de ses meilleurs écrivains. Nos rivaux ont épuisé toutes
les chroniques , consulté toutes les traditions pour arriver
à la connaissance de la famille, des habitudes, des goûts
des occupations de Shakespeare, et nous savons à peine
la moindre partie des circonstances de la vie de notre
grand Corneille. Nous n'avons pas d'histoire de Boileau ,
de Racine, de Molière. De courtes et incomplètes notices
112 LITTÉRATURE.
nous apprennent tout au plus le jour de leur naissance ,
celui de leur mort et lu date de la publication de chacun
de leurs ouyrages. Cette négligence et cette injustice
n'ont cessé pour Lafontaine que depuis six mois environ ;
et telle a été jusqu'ici notre incurie à cet égard , que la
vie d'un auteur , mort il y a environ cent vingt-six ans (i),
a eu besoin d'être composée par un savant, et est devenue
un véritable ouvrage d'érudition.
Quelle étude cependant pourrait être plus philoso-
phique que celle des actions privées, des habitudes inté-
rieures , des relations usuelles de l'homme dont nous
admirons les écrits, dont le génie est pour nous l'objet d'un
orgueil national et légitime. Il est, sans doute, malheureu-
sement vrai que peu de grands écrivains ont porté le carac-
tère qui distingue leurs productions jusque dans l'intérieur
de leurs familles et dans les actions communes de la
vie. Il n'en est qu'un petit nombre qui , pour nous
servir d'une expression proverbiale, soient restés grands,
même en déshabillé. TonteSois , si le spectacle de la vertu,
enseignée par un homme vertueux, est pour le philosophe
digne d'une juste admiration, celui de la vertu prêchée
par le vice, des passions honnêtes enseignées par le talent
sans mœurs, est d'un intérêt différent sans doute, mais
néanmoins instructif et philosophique. La vie privée de
Salluste et celle de Sénèque ne sont-elles pas un chapitre
de plus ajouté à l'histoire du cœur humain ?
Mais si les moindres actions des grands écrivains mé-
ritent de nous attacher, celles des moralistes qui con-
sacrent leur vie à l'étude de la philosophie sont plus dignes
encore d'exciter notre intérêt. On aime à connaître les
hommes dont les écrits sont destinés à nous rendre meil-
(i) Lafontaine est mort le lô mars 1695.
LITTIÎMTURE. 113
leurs; on aime à pénétrer dans les détours les plus cachés
de ces âmes profondément sensibles, qui prêtèrent un
noble langage à la sagesse dont elles se rendirent les or-
ganes. Il est même dans le cœur humain une sorte de sen-
timent personnel , qui nous porte à rechercher s'ils n'en-
trèrent pas aussi dans le partage de nos faiblesses , ceux-lù
même qui, se retirant dans le temple des sages, dans celte
forteresse philosophique que Lucrèce nous montre à l'abri
des passions humaines, consacrèrent leur vie à combattre
les vices de la société, dont ils vécurent éloignés, et choi-
sirent la noble , mais orgueilleuse mission de réformer
l'humanité.
Quel profond intérêt, par exemple, ne doit pas faire
naître une histoire détaillée et impartiale de l'un des plus
grands philosophes de France, et de l'un des plus éloquens
écrivains de tous les tems , de Jean-Jacques Rousseau, de
cet homme extraordinaire , qui aurait dû sa célébrité à la
seule audace de ses opinions, lors même qu'il n'eût pas
conquis le premier rang parmi les écrivains de notre patrie!
Les ouvrages de Rousseau sont à la fois les délices des
penseurs et le charme des âmes sensibles, l'enthousiasme
de la jeunesse et la consolation de l'âge mûr. Objet d'ad-
miration et de pitié , il exerce sur nous le double droit du
génie et de l'infortune. Sa vie, entremêlée de gloire et
d'adversités, offre une conformité touchante avec celle de
tant de grands hommes que la société persécuta pendant
leur existence et qu'elle idolâtre après leur mort. Calomnié
par la haine de ses rivaux, poursuivi par les instrumens de
despotisme , à la fois en butte à la fureur des athées et des
prêtres, il fut lui-même son plus grand ennemi ; et, comme
le poète de Ferrare, il atteignit le plus haut degré du génie
dans ses écrits immortels, et descendit aux dernières limites
de la raison humaine, lorsque le malheur eut peuplé de
Tome xï. 8
IjLA LITTÉRATURE.
fantômes son imagination blessée par l'injustice et troublée
par les sombres suggestions de la méfiance.
Déjà, dans ses Confessions , Rousseau s'était efforcé de
nous montrer à nu cette ame à la fois tendre et sauvage,
passionnée pour l'humanité et atteinte des sombres vapeurs
de la misantropie, dont la chaleur vivifiante échauffe les
pages de ses écrits. Aigri par des persécutions trop réelles
et se créant des persécutions fictives, il avait cru noblement
répondre aux ennemis que son talent lui avait suscités et
à ceux que son imagination lui avait faits, en exposant
sans voile et sans réticences toutes les actions, même
les plus minutieuses, de sa vie errante et orageuse.
Mais cet ouvrage, unique dans son genre, d'un philo-
sophe qui interroge son ame, qui analyse ses sentimens,
qui saisit ses passions au passage pour se livrer tout entier
au public, n'a pu être achevé; et si, après avoir lu les
Confessions de Rousseau, nous pouvons espérer de con-
naître son caractère, une grande portion de sa vie nous
est encore dérobée. Nous ignorons la partie la plus inté-
ressante de sa carrière, celle où son imagination, de plus
en plus frappée, avait multiplié les égaremens de sa raison
et lui avait persuadé qu'une coalition de l'Europe entière
s'était formée pour noircir sa réputation, avilir son carac-
tère, enfin pour L'enterrer tout vivant^ suivant l'expression
même par laquelle il caractérise la ligue formée contre lui.
C'est sans doute à cette époque que Rousseau a le plus de
droits à notre intérêt et que l'examen de son caractère est
le plus instructif. Si sa jeunesse, en effet, offre le spectacle
de Tinnocence poursuivie par l'infortune, de pareils tableaux
ne se sont que trop souvent reproduits dans l'histoire des
hommes. Son adolescence est obscure et sans fruits :
Rousseau ne laisse voir encore qu'un jeune homme qui ne
sait point ce que contient son ame; semblable à ce métal
LITTÉ1\ATL11E, il 5
précieux qui, mêlé encore à des matières communes , ne
laisse entrevoir par aucune issue l'éclat dont il doit briller
un jour. Il faut que l'âge viril apparaisse pour lui révéler
son génie ; mais si alors ce génie sort tout armé de cette
tête soudain agrandie , si ses premiers pas le placent au
premier rang parmi ses rivaux; encore confondu au milieu
d'eux, admiré par quelques-uns, aimé par plusieurs autres,
il n'a point offert le spectacle d'un grand homme luttant
contre la persécution; à peine a-t-il laissé soupçonner que
son génie aura bientôt une lutte plus pénible encore à
soutenir contre lui-même. Si le grand écrivain existe, son
apparition est trop nouvelle pour que sa gloire soit devenue
populaire. Biais lorsqu'après avoir publié son chef-d'œuvre,
il se trouve en butte à l'animadversion des fanatiques, et
poursuivi par des décrets de prise de corps ; lorsqu'après
être rentré dans sa patrie , il est banni de cette terre qu'il
a illustrée et qui lui devra sa gloire, il se voit chassé de
ville en ville, persécuté en France, persécuté en Suisse,
avili, joué en Angleterre, alors sa réputation grandit
avec ses malheurs, son nom vole de bouche en bouche.
Le spectacle que présente ce malheureux grand homme
devient aussi neuf qu'attachant ; on le suit avec attendris-
sement dans la route épineuse qu'il continue de parcourir ;
on aime à étudier cette imagination troublée, que tout
effarouche, que l'apparence révolte plus encore que la
réalité , et qui fait elle-même son supplice. On voudrait
sonder les profondeurs de cette ame, parce que l'on est
sûr de trouver de la grandeur jusque dans l'égarement,
et du génie dans la démence elle-même.
Ainsi, lorsque jadis un tjran, violant avec barbarie les
droits du génie malheureux, fit enfermer le Tasse dans les
loges del'hôpital Sainte-Anne, etconfondit avec la démence
hideuse du crime ou de la misère, la folie touchante et
8*
il6 LITTÉRATURE.
souvent sublime de l'auteur de la Jérusalem , quel cœur
sensible n'eût pas cherché à pénétrer les secrets de cette
aine ulcérée, à saisir les jets devenus inégaux et sauvages
de cette imagination sortie de la sphère qu'elle décrivait
autrefois, mais encore sublime dans ses écarts gigan-
tesques et déchirante dans ses amers et sombres gémisse-
mens.
Il est donc vrai de dire que les confessions de Rousseau
ne suffisaient pas pour nous faire connaître entièrement
ce grand écrivain. Les dernières années de son existence,
son voyage en Angleterre, sa querelle avec M. Hume,
son retour à Paris, les détails de la vie qu'il mène dans
cette ville , théâtre de ses premiers triomphes et foyer
de ses premières persécutions, ses promenades solitaires
dans les environs , ses relations , quelquefois expansives,
plus souvent empoisonnées par des inquiétudes et des
soupçons , avec un grand nombre d'hommes de lettres ;
enûn , son dernier voyage à Ermenonville, où il doit ache-
ver sa course agitée ; ses dernières promenades sous ces
beaux arbres qui bientôt vont ombrager son tombeau ;
les douleurs courtes mais aiguës qui terminent les longues
souffrances de sa vie, les paroles suprêmes de l'ami de la
nature, ses adieux au soleil, seul objet de ses regrets sur
la terre; sa mort, dont les causes sont encore inconnues,
les conjectures diverses et nombreuses qu'elle a fait naître,
comme s'il devait être dans sa destinée de ne ressembler
en rien aux autres hommes, et d'offrir, à toutes les époques
de son «xistence , de touohans mais insolubles problèmes;
voilà tout ce qui nous manquait dans l'histoire de Rousseau;
voilà tout ce que nous apprend RI. de Musset, si son
important ouvrage atteint le but qu'il s'est proposé.
Une admiration, aussi juste que naturelle pour les ou-
vrages de Rousseau, inspira ù M. de Musset l'idée d'écrire
LITTÉRATLRE. 117
l'histoire de sa vie. « A l'âge où l'on commence à sentir,
nous dit-il dans sa préface, je lus une partie des œuvres
de Rousseau; je fus vivement ému; les bornes de mon
intelligence me parurent reculées : par un résultat natu-
rel, j'éprouvai de la reconnaissance pour celui qui pro-
duisait en moi cet effet. J'admirais ses ouvrages, et j'aurais
aimé sa personne, s'il eût encore vécu. » Depuis cette
époque, M. de Musset concentra toutes ses études et dirigea
toutes ses recherches sur les écrits, et principalement sur
la personne de Rousseau. 11 consulta des hommes instruits,
et voulut éclairer son opinion en la soumettant à celle des
personnes qu'il estimait le plus; mais bientôt il fut arrêté
par des difilcultés et des obstacles puissans. Tout le monds
s'accordait sur le talent de l'écrivain; si ses opinions- étaient
encore un sujet de discussion, nul ne lui contestait le mé-
rite d'un grand peintre, d'un penseur profond', et d'un
philosophe éloquent. Mais son caractère était l'objet de
jugemens si contradictoires, d'un si vif enthousiasme et
d'un dénigrement si acharné, que M. de Musset fut quelqua
tems à savoir quel parti il devait prendre; il étudia de nou-
veau son sujet, il chercha dans les faits de nouvelles lu-
mières ; après cette étude , il crut devou- se fier à son
prc^re sentiment, et fit bien.
Ce sentiment n'avait point changé; c'était toujouré un
sentiment d'admiration pour les écrits de Rousseau et d'a-
mour pour sa personne. Tels furent la règle et le principe
de son travail. Il serait à propos peut-être d'examiner ici
si M. de Musset prit le parti qui lui était conseillé par la
raison et la vérité , et de peser, à son exemple, dans une
balance impartiale , les mérites et les torts de l'homme ;
mais, outre que cet examen nous entraînerait dans des lon-
gueurs incompatibles avec les bornes d'une simple ana-
lyse, le résultat de cette recherche, en supposant qu'iU'û«L,
\
lis LITTÉRATURE.
différent de celui qu'il nous a présenté , n'aurait point
d'autre autorité que celle d'une opinion opposée à une
opinion ; et d'ailleurs pourquoi essayer de démontrer que
l'historien aurait dû censurer son héros. Je ne sais si
beaucoup d'esprits applaudissent aux biographes qui écri-
vent l'histoire d'un grand homme pour outrager sa mé-
moire, pour présenter ses actions sous l'aspect le plus dé-
favorable , pour rabaisser ses vertus et faire ressortir ses
défauts , espèce de vautours qui vivent du cadavre qu'ils
déchirent ; mais s'il y a des reproches à faire à un historien ,
ne vaut-il pas mieux censurer en lui l'excès d'amour pour
ïon auteur, que l'excès de haine envers celui dont il écrit
la vie; ne vaut-il pas mieux le blâmer d'avoir renoncé
quelquefois aux droits d'une juste critique, que s'il fallait
l'accuser d'en avoir exagéré les devoirs?
Il est malaisé d'ailleurs de garder un juste milieu avec
un homme tel que Rousseau. Un grand écrivain, un carac-
tère de cette nature , n'a point d'admirateurs froids ou de
tièdes ennemis. Il est impossible de ne pas se passionner
pour l'homme dans lequel tout fut passion; il est impos-
sible de demeurer glacé, en étudiant une ame de feu. Dani
une telle alternative , M. de Musset a choisi le rôle d'admi-
rateur. Il parle de son auteur avec effusion; on voit qu'il
l'aime; tous les efforts de son esprit s'appliquent à la jus-
tification de Rousseau. Il y consacre sa logique, ses re-
cherches , ses pièces inédites , une érudition fort étendue.
Il nous apprend qu'il a parcouru tous les écrits des détrac-
teurs de Rousseau, et «qu'il a trouvé de la mauvaise foi
dans les uns, un esprit faux et prévenu dans les autres, et
dans tous, sans exception, le langage de la passion et de
l'erreur; ici, de l'inexactitude dans les faits exposés, des
conjectures gratuites ; là, de l'altération dans les citations,
LITTÉRATLRE. Ii9
des suppositions sans fondement, des interprétations
fausses; partout des préventions. »
Sans entrer dans l'examen de ces assertions diverses dont
le lecteur peut apprécier la valeur, en lisant l'ouvrage de
M. de Musset, il est impossible de nier que souvent les
grands écrivains ont été jugés d'après des passages altéré»
ou incomplets de leurs écrits; et si quelque auteur a eu
plus particulièrement à se plaindre de cette injustice et de
cette perfidie, c'est incontestablement J. J. Rousseau. Il
serait facile de citer des exemples. Combien^ pour en
alléguer un seul , n'a-t-on pas abusé contre Rousseau de pas-
sages tronqués du contrat social; combien l'anarchie, d'une
part, et, de l'autre, le despotisme, n'ont-ils pas invoqué
cet écrivain pour justifier leurs communes fureurs! D'un
tout parfait, dont les différentes parties se tiennent et s'en-
chaînent étroitement, et dépendent tellement les unes des
autres, que, si on les sépare, le sens de l'auteur est altéré,
et sapepsée n'est plus comprise, on détache telle ou telle
proposition; on lui enlève des anlécédens qui la préparent,
des conséquens qui l'appliquent ou la modifient; et voilà
un texte trouvé, voilà une source féconde d'argumensfaux,
de suppositions calomnieuses. J'ai vu de bons esprits en-
traînés par cet abus du raisonnement, et séduits par la
vérité apparente d'une critique perfide ; j'en connais même
qui occupent le rang le plus élevé parmi nos publicistes ^
et qw, fidèles à de malheureuses impressions, conservent
encore contre Rousseau des préventions tellement enra-
cinées, qu'ils répugnent à les dissiper par la lecture plu&
approfondie de l'auteur qu'ils méconnaissent.
Mais revenons à M. de Musset. Son travail se divise en
plusieurs parties. Persuadé de lu véracité de Rousseau,
lorsqu'il écrivit ses Confessions , il s'est contenté d'offri?
120 LITTÉRATURE.
une analyse succincte des faits racontés par l'auteur, et ne
les a augmentés que de quelques circonstances échappées
à lii mémoire du philosophe de Genève , qui écrivait sans
autres documens que ses souvenirs. C'est au moment où
les confessions nous manquent, que M. de Musset devient
réellement historien. Alors, abandonné à ses propres
forces, il a recherché avec un soin curieux les relations des
auteurs contemporains qui ont connu son auteur, celles
surtout du petit nombre de ceux qui ont été admis dans
sa familiarité. Il a compulsé tous les mémoires des ennemis
même de Jean-Jacques. A cet égard, il a recueilli une foule
de faits inconnus jusqu'ici, et ensevelis, soit dans des re-
cueils oubliés, soit dans des relations inédites. On peut
croire que peu de documens intéressans ont échappé à son
investigation. De la réunion de ces divers matériaux, il a
fait sortir un récit entremêlé d'anecdotes et de disserta-
tions, qu'à vrai dire, on aurait quelque peine à honorer du
nom orgueilleux A'' histoire , mais qui, sous quelque nom
qu'on le désigne, offrent un ensemble aussi varié qu'in-
téressant.
La seconde partie est pui'ement bibliographique; elle se
compose d'une nomenclature raisonnée de la correspon-
dance de Jean-Jacques. Les dates sont restituées; le secret
de la plupart des initiales est levé; ce travail, d'une utilité
réelle pour toutes les personnes qui possèdent les œuvres
complètes de Rousseau, n'est que d'un faible intérêt pour
celles qui ne les possèdent pas. Une biographie détaillée
de tous les écrivains , et de tous les hommes célèbres qui
ont eu des rapports avec Rousseau , et dont il est fait men-
tion dans ses écrits, forme la troisième partie, et la qua-
trième se compose d'un grand nombre de lettres inédites.
Tel est l'ensemble du travail de M, de Musset.
Le lecteur comprend aisément que la première partie
LITTÉRATURE. 121
était la plus difllcile à faire, et présente l'intérêt le plus
général. C'est lù que l'auteur s'attache à répondre aux
reproches dont la conduite de Rousseau a été l'objet , à
expliquer les contradictions dont ce grand écrivain est
souvent accusé; c'est là que viennent se réunir les pièces
justificatives, dont la lecture doit, aux yeux de M. de
Musset, justifier son auteur. Là s'éclaircit, d'une manière
qui paraît satisfaisante , la querelle de Rousseau avec
M. Hume, et le lecteur peut juger si, comme le disait
l'écrivain anglais dans un accès de colère , Rousseau est
un scélérat. Il peut apprécier aussi à sa juste valeur l'accu-
sation d'ingratitude, adressée à l'auteur d'Emile; il est
mis à portée de juger si l'ingratitude n'est pas plutôt
l'oubli des bienfaits que le refus d'en i-ecevoir, et si
l'extrême susceptibilité de Jean-Jacques à cet égard n'é-
tait pas plutôt l'efi'et de l'altération mentale dont il était
réellement atteint, que de la malignité de son cœur.
M. de Musset s'attache aussi à expliquer les contradic-
tions imputées à Rousseau. La plus frappante et la plus
cruelle de toutes est sans doute la conduite de Jean-
Jacques à l'égard de ses enfans. L'auteur d'Emile a mis
ses enfans à l'hôpital ! Quel terrible argument contre le
livre et contre l'écrivain ! Par quels raisonnemens peut-on
le justifier d'une faute qui blesse les droits les plus sacrés
de la nature , ou plutôt est-il possible d'employer dans un
tel sujet les ressources d'une froide logique.^ M. de Musset
a rassemblé tous ses efforts pour atténuer le plus grand
des torts que l'on puisse reprochera un homme, à un
citoyen, à un philosophe. L'excuse la plus légitime et la
plus morale tout ensemble que l'on puisse admettre
peur une pareille faute , c'est la légèreté de la jeunesse ,
c'est la situation précaire de Rousseau , ses longs et dou-
loureux regrets , ses efforts inutiles pour réparer son
i22 LITTÉRATURE,
crime ; enfin, c'est la considération de la faiblesse humaine ;
il n'y a point d'autre justification à donner', le tenter seu-
lement est peut-être une nouTelle faute, et, de ce côté,
le lecteur doit reprocher à M. de Musset de l'avoir com-
mise.
C'est ayec moins de peine et plus d'avantage que l'au-
teur de l'histoire de Jean-Jacques a entrepris de le ven-
ger de cette nuée d'ennemis qui n'ont pu lui pardonner la
Bupériorité de son génie, et surtout la nature de ses opi-
nions religieuses. Il était facile de défendre Rousseau
contre les calomnies du club du baron d'Holbach et des
fanatiques de la Sorbonne et du parlement. Il était facile
d'expliquer comment cette ame religieuse et tendre dut
être également révoltée des arides raisonnemens de l'a-
théisme et des dilemmes intolérans de la superstition.
M. de Musset n'a pas eu de peine non plus à venger Jean-
Jacques des attaques de Grimm et de Diderot, qui man-
qua bien cruellement aux devoirs de la philosophie dont il
était l'un des soutiens ^ en exhalant une fureur tardive sur
la tombe de son ancien ami. Triste exemple de la fragilité
humaine ! On professe les mêmes opinions , on combat
sous les mêmes étendards, on soutient de concert toutes
les doctrines de la liberté et de la tolérance ; mais que
l'on diffère sur un seul point, que l'on soit divisé par un
intérêt d'amour propre, alors des frères, des amis de-
viennent ennemis acharnés; tolérant pour le parti con-
traire, on cesse de l'être envers les membres du parti que
Ton défend ; de scandaleuses haines s'allument; le fiel
coule à longs flols sous des plumes envenimées , et les
véritables ennemis, ceux contre lesquels il fallait réunir
ses forces , triomphent et se fortifient des divisions de
leurs adversaires.
Cet effet déplorable ne se manifesta jamais d'une ma-
LITÏÉRAriRE. 155
nière aussi fatale que dans la division qui éclata entre
Voltaire et Rousseau. Les deux plus beaux génies de l'é-
poque, rapprochés par les sentimens d'une philantropie
éclaii'ée, faits pour s'aimer et pour s'apprécier, offrirent
aux ennemis de la philosophie le spectacle affligeant de
leur inimitié. Si ces deux grands écrivains, séparés l'un
de l'autre , ont rendu, chacun dans sa sphère, de nom-
breux services à l'homme et à la société, quel immense
bienfait leur union eût été pour l'humanité tout entière!
Affranchis du joug des malheureuses passions qui les di-
visèrent, ils se fussent offerts au monde comme une
application vivante des principes qu'ils professaient , et
leurs doctrines se fussent fortifiées de toute l'autorité de
leurs exemples; mais, hélas! réclamer une pareille al-
liance serait peut-être exiger trop de la faible huma-
nité. Sages et fous , ignorans et philosophes lui paient
également un tribut, et il était écrit que les apôtres
de l'intolérance trouveraient dans l'inimitié de deux grands
hommes un argument toujours nouveau contre la philo-
sophie. Mais, grâce au ciel, les passions des grands écri-
vains passent avec eux ; le bien qu'ils ont fait reste. Vol-
taire et Rousseau ne s'offrent plus aujourd'hui au monde
comme des ennemis ; on les confond , malgré leurs torts ,
dans un sentiment commun d'estime et de reconnaissance;
et, pour me servir de l'expression sublime d'un poète, la
voix du genre humain les a réconciliés (i).
M. de Musset ne dit que peu de chose sur l'inimitié
qui divisa Voltaire et Rousseau ; en cela il a donné , sui-
vant nous, une grande preuve de jugement. Avec moins^
de talent, de science et d'illustration, il s'est élevé à cet
égard au-dessus de Condorcet, qui , dans la vie de Vol-
(ij Chbsier, épitre à Voltaire.
ÎU LITTÉRATURE.
taire, a cherché à justifier l'animadversion du poète de
Ferney contre le philosophe de Genève. Pourquoi , en
effet, prendre un parti dans de si déplorables querelles?
pourquoi entasser de pénibles raisonnemens et se livrer à
tant d'efforts d'une misérable logique pour ax^iver, en
dernier résultat , à prononcer la condamnation de l'un
ou de l'autre de ces grands hommes ? C'est dans une pa-
reille occasion que l'on peut et que l'on doit rester neutre ;
admirons-les tous deux sans nous condamner à la tâche
inutile et pénible d'établir entre eux des supériorités de
vertus ou de faiblesses.
Les causes de la mort de Jean-Jacques sont encore
aujourd'hui enveloppées d'une obscurité profonde. Les
uns l'attribuent à une apoplexie séreuse, les autres à un
suicide. Selon les premiers, Rousseau périt naturelle-
ment; suivant les seconds, il avança lui-même sa fin;
fatigué de la vie, il rejeta loin de lui ce pénible fardeau.
Prononcer entre ces deux opinions qui s'appuient égale-
ment sur des suppositions, n'est pas chose fort aisée;
M. de Musset a réuni à cet égard tous les documens qui
peuvent exister ; il s'est surtout étayé de l'opinion de
madame de Staël , et s'est cru autorisé , malgré les déné-
gations de MM. de Girardin , à décider que Rousseau s'est
donné la mort ; il attribue même cette résolution déses-
pérée à la douleur que Jean-Jacques ressentit de la trahi-
son d'une femme indigne de lui , et qu'il devait peut-être
accuser de tous ses malheurs. Si cette opinion est plau-
sible, ferons-nous un crime à Rousseau du dernier acte de
son existence ? Ah ! sans doute, s'il était jamais permis
d'abréger cette course agitée que l'on nomme la vie; si de
longs malheurs et de longs dégoûts pouvaient être allégués
comme une excuse aux moralistes sévères qui nous or-
donnent de souffrir au nom de la religion, quel homme
LITTÉRATURE. 125
plus que Rousseau dut être accablé de cette chaîne d'in-
fortunes que sa raison troublée lui montrait plus pénible
encore ! Calomnié par ses anciens amis , en proie à une
sauvage méfiance, trahi par une femme pour laquelle il
avait tout sacrifié , soumis à des peines morales qui s'ap-
pesantissaient chaque jour sur son ame, il put concevoir le
désir de la mort, et les cœurs sensibles lui pardonnent d'a-
voir été la chercher, lorsque tant d'autres l'attendent avec
effroi, et donnent le nom de courage à cette résignation
forcée.
L'Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau
abonde, nous le répétons, en détails historiques et en
réflexions aussi utiles qu'intéressantes. On peut dire que
l'on ne connaît point entièrement Jean-Jacques avant de
ravoir lue. Elle est le fruit de très-minutieuses recherches,
et devient le complément indispensable des œuvres du
citoyen de Genève. Si quelques erreurs, quelques faux
jugemens, quelques taches de style s'y sont glissés, ces
faibles défauts disparaissent aisément devant le nombre
considérable de faits exacts et de renseignemens curieux
qu'elle renferme.
LÉON TfilESSÉ.
^\(V^»A*\vv«.v^\'V^\vvv^v•^/%vvv\vvv*v\.^\vvv^\vv«\^'^v*\^^vvvv*v\'v\^^*vvv*vvv\*vv%
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMÉRIQUE.
ÉTATS-UNIS.
\.— Journal of the Academy, etc. — Journal de l'Académie des
sciences naturelles de Philadelphie, janvier 1821, 5a p.
Ce cahier contient la description d'un nouveau genre et de plu-
sieurs espèces nouvelles de poissons d'eau douce particuliers aux
États-Unis, par C. A. Lesceur; l'analyse de deux espèces nouvelle»
à'exocetiis , par le même ; la description des thysanourœ des Etats-
Unis , par Thomas Sat ; des observations sur la géologie de la vallée
de Mississipi, far Thomas Nuttall; et quatre planches représentant
les poissons décrits par M. Lesueur.
•i.—j4 Memoir, etc. —Mémoire sur le froment et sur la farine de
l'État de Ne-w-Yorck , lu le 17 février 1820 , devant le bureau des di-
recteurs de la Société d'agriculture da comté de New-Yorck , et pu-
blié par son ordre.
•h.—Annual Fhilosophical Magazine , etc. — Magasin philoso-
phique annuel , contenant le journal des Dames et des Messieurs , et
un répertoire de sciences et d'amusemens , publié tous les ans au
1" octobre, par M. Nash. Année 1820. New-Yorck, in- 12 de 72 pages.
l^.—Third report ofthe American Bible Society, etc.,— Troisième
rapport de la Société Biblique américaine, présenté le i5 mai 1S19.
New-Yorck, 1S19.
Cette Société a fait imprimer, dans les années 1816 et 1817,29,500
exemplaires de la Bible, et, en 1S18, 47,520 de la Bible et 24,000
du Nouveau-Testament. Il a été tiré en outre mille exemplaires de
l'évangile de saint Jean, traduit dans le langage des indiens Mohawks,
tt un égal nombre des épîtres de saint Jean , dans celui des Dela-
(1) Nous indiquerons, par un astérisque (*) placé à côté du titre
de chaque ouvrage , ceux des livres étrangers ou français qui
paraîtront dignes d'une attention particulière , et dont nous
rendrons quelquefoii compte dans la section de» analyses.
LIVRES ETRANGERS. 127
^ares. La Société espère être à même , sous peu de tems , de fournir
la Bible , dans les divers dialectes indiens, lorsqu'elle aura pu en faire
faire des traductions exactes. Le nombre de Bibles distribuées pen-
dant les deux premières années s'élève à 24,004 ; et en 1S18, il a
été distribué 23,870 Bibles et 7,248 Nouveaux Testamens ; ce qui
fait, depuis l'époque de son établissement, 55, 122 Bibles et Testa-
mens. A la fin du rapport, se trouvent des facsimile des quatre for-
mats stéréotypes de la Bible anglaise, un de la Bible en français, un
autre en espagnol , et deux de l'épître et de l'évangile selon saint
Jean , traduits en mohawk et en delaware.
5.—^ Discourse on the religion , etc.— Discours sur les tribus in-
diennes de l'Amérique du nord , prononcé devant la Société histo-
rique de New-Yorck, le 20 décembre 1820, pir Samuel Farmar
Jawis , avec cette devise tirée de Charlevoix ; «Jusque dans leurs
démarches les plus indifférentes, on aperçoit des traces de la religion
primitive , mais qui échappent à ceux qui ne les étudient pas assez ,
par la raison qu'elles sont encore plus effacées par le défaut d'ins-
truction , qu'altérées par le mélange d'un culte superstitieux et par
des traditions fabuleuses. »
6. — Manual of the Lancasterian System, etc.— Manuel du système
de Lancaster, suivi dans les écoles de la Société des écoles-libres de
New-Yorck, pour enseigner la lecture, l'écriture, l'arithmétique et
les travaux à l'aiguille , imprimé à New-Yorck , par ordre de ladite
Société et vendu à son bénéfice. 1820, ia-S» de 64 pages.
7. — An extract from the life ofLorenzo da Ponte, etc. — Extrait
v de la vie de Lorenzo da Ponte , avec l'histoire de plusieurs drames
écrits par lui, et entre autres de II Figaro, Il Don Giouanni , et
La Scola degli Amanli , mis en musique par Mozart. New-Yorck,
1819, in-ia de 46 pages.
8. — Catalogue of painlings and engravings , etc. — Catalogue des
tableaux et gravures exposés par l'académie américaine des beaux
arts , en mai 1820. — 6« exposition , New-Yorck, 1820, avec cette
devise tirée de Virgile : Audit vocatus Apollo.
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
9- — Philosophical Transactions of the Royal Society ofLondon,
etc. — Transactions philosophiques de la Société royale de Londres,
pour l'année 1820, Londres, 1821, Nicol et fils, 1 vol. in^».
128 LIVRES ÉTRANGERS.
Ce volume, qui fait suite à un premier compte rendu des travaux
de la même Société pour l'année 1819, renferme un examen appro-
fondi des parties qui composent le sang , par Sir Everard Home; un
traité sur l'élasticité des poumons, par James Carson; une disser-
tation sur quelques combinaisons du platine, par Edmond Davy ,
professeur de chimie , et plusieurs autres mémoires d'un grand in-
térêt. I^« S» B-
10.— Eléments of chemislry , etc.— Elémens de chimie, avec l'ap-
plication de cette science aux phénomènes de la nature et aux pro-
cédés des arts et des manufactures, par J. Millab, membre du
collège royal des médecins , et professeur d'histoire naturelle et de
chimie. Edimbourg, 1821, un vol. in-S".
Cet ouvrage peut être recommandé comme un excellent manuel
à ceux qui désirent acquérir les premiers principes d'une science qui
est d'une grande importance et d'une application universelle. Dans
l'introduction , l'auteur explique la nature de l'action chimique par
quelques expériences fort simples, mais propres à donnera l'étu-
diant une idée plus exacte de la chimie que celles qu'il pourrait ac-
quérir par de savantes définitions. Il démontre l'influence de cette
science par tous les changemens qu'opèrent dans le monde matériel
la lumière et la chaleur , par la nature et la constitution de l'atmos-
phère , par les propriétés des minéraux et la possibilité de les rendre
utiles à l'homme; par la nature, les propriétés et l'usage des plantes;
par une connaissance approfondie des fonctions et des facultés des
animaux : enfin, par l'application générale des principes de la chimie
au perfectionnement des arts. D'après ce plan , l'ouvrage est divisé
en trois parties. La première renferme une exposition des principes
de la chimie ; la seconde donne l'explication des phénomènes de la
nature, selon ses principes ; la troisième est consacrée à une esquisse
rapide des procédés des arts, ou de quelques-uus des principaux arts
et des manufactures qui sont du ressort de la chimie : telles que les
fabriques de porcelaine, de savon, de verre; l'art de tanner les cuirs,
de blanchir , de teindre , de brasser , de distiller , de dorer , de
vernir , etc. L'auteur remonte à l'origine de chacun de ces arts et en
donne un aperçu. L'ouvrage est enrichi de remarques neuves, de pen-
sées ingénieuses, et ne peut manquer d'intéresser la classe des sa-
vans, et même les hommes du monde qui ne veulent pas rester étran-
gers à une science qui contribue si puissamment à la prospérité des
LIVRES ETRANGERS. 129
nations, en aidant le commerce et les arts par les plus utiles décou-
vertes. L. S. B.
1). — On the beauties, harmonies , and suhlimilies of nature, etc.
— Beautés, harmonies et sublimités de la nature; suivies de remar-
ques sur les lois, les coutumes, les mœurs et les opinions des diffé-
rentes nations; par Charles Bocke. Londres, 1821.
L'auteur de cet ouvrage est déjà connu par sa Philosophie de la
naturelles ^musemens dans la retraite, une tragédie intitulée : Les
Italiens^ etc. Il a mêlé à des descriptions intéressantes des beautés
de la nature, les réflexions d'un moraliste et d'un philosophe. Son
style est parfois un peu ambitieux; il n'a pas la simplicité convenable
au sujet qu'il traite ; en général , ce livre manque de plan et de mé-
thode. Il y a cependant des pages bien écrites et remplies d'érudition.
L. S. B.
12. — The Look of Henoch, etc. — Le livre d'Enoch le prophète ,
production que l'on supposait perdue depuis plusieurs siècles, et qui
a été découverte en Abyssinie , à la fin du siècle dernier ; publié pour
la première fois , d'après un manuscrit éthiopien de la bibliothèque
Bodléienne, par M. Richard Laurexce, professeur royal d'hébreu,
chanoine de l'église de Christ. Oxford, 1821, imprimerie de l'Uni-
versité. Un vol in-S" de 262 pages.
Cet ouvrage est une des acquisitions les plus importantes qu'aient
faites depuis long-tems les amateurs de la littérature biblique. Ce-
pendant ce livre d'Enoch, le même qui est cité par saint Jude [Epist.,
v. 14, i5), par saint Clément d'Alexandrie, par Tertullien, etc. n'a
jamais figuré parmi les livres sacrés , et quelques anciens pères l'ont
traité d'apocryphe, « inter apocryphes compulalur, dit saint Jérôme ,
commentar. in Psa/zra. ccxxxii, 5. (1)» D'après une pareille décision,
il n'est pas étonnant que le livre d'Enoch ait été négligé , au point de
disparaître même parmi les livres apocryphes. Enfin , depuis long-
tems, on n'en connaissait que le titre et quelques fragmens décou-
verts et publiés par Scaliger, dans ses notes sur la chronologie
d'Eusèbe, quand le célèbre voyageur Bruce trouva, en Ethiopie, trois
exemplaires d'une version éthiopienne de ce livre. Il donna un de ces
exemplaires, grand in-4°, à la bibliothèque du Roi à Paris, en réserva
(i) Tertullien cependant le regarde comme un livre inspiré, et le
reconnaît pour être l'ouvrage du prophète dont il porte le nom.
TOMB XI. 9
130 LIVRES ETRANGERS.
un pour lui-même , et remit le troisième à la bibliothèque Bod-
léienne d'Oxford, où il est resté, sinon oublié , du moins négligé
jusqu'à l'année dernière. Le docteur Laurence, ayant appris qu'un
savant orientaliste allemand, M. Gesenius, était venu prendre
copie de la version éthiopienne que nous possédons à la bibliothèque
du Roi, et que je me suis empressé de mettre à sa disposition , a cru
devoir publier une traduction anglaise d'un ouvrage dont l'Europe
savante doit la découverte et l'acquisition à l'un de ses compatriotes.
C'est la première traduction complète de cet ancien et important
ouvrage qui ait paru en langue européenne.
Dans un discours préliminaire de près de cinquante pages , où
brille la plus saine critique, M. le docteur Laurence me semble avoir
démontré que l'ouvrage dont il s'agit a été supposé , en langue hé-
braïque , par un Juif, qui ne doit avoir écrit que très -peu d'années
antérieurement à l'ère chrétienne, à peu près sous le règne d'Hérode.
Ce Juif doit avoir fait partie des tribus emmenées en captivité par
Salmanassar et reléguées dans les pays de Halah et de Habor , c'est-
à-dire dans la Colchide et dansl'Ibérie, d'où elles ne revinrent plus
en Judée. Ces deux faits que M. Laurence me semble avoir établis
d'une manière très-satisfaisante, ne donneraient-ils pas lieu de con-
jecturer que l'auteur de ce Livre se nommait Enoch , et qu'on l'aura
confondu avec le patriarche de ce nom (i)? Parmi les nombreux rap-
prochemens que je crois reconnaître entre cet ouvrage et le zenda-
vestu et ceux que nous possédons sur l'ancienne religion des Perses ^
je me contenterai de signaler les noms et la multiplicité des anges
bons et mauvais, leur sort, leurs fonctions, leurs relations avec les
hommes. De leur commerce avec les filles des hommes , naquirent
ces géans dont parle la Genèse , et qui ont une étonnante ressem-
blance avec les Açourasdes Hindous, comme je l'ai remarqué Tom. I
de mon ouvrage sur les monumens anciens et modernes de l'Hin-
doustan- On trouve dans/e Hure d'Enoch des idées très-positives sur
l'immortalité de l'ame, dogme sublime et consolateur auquel les Jujfs
étaient étrangers avant la captivité de Babylone, sur la trinité, re-
connue par les Hindous et par Platon , et avant qu'elle fût pro-
(i) Cette conjecture , j'en conviens, est un peu contredite par la
mention de son fils Mathusala (ou Mathusalem), que l'auteur
pseudonyme faitpagegS, v. i5, page loo, v. i etpassim.
LIVRES ETRANGERS. 131
clamée par les Pères de l'Eglise ; enfin l'attente d'un messie ou
libérateur, fils de Dieu, fils de l'homme, décrit dans la vision de
Daniel, qui doit avoir eu des relations avec les mages de Baby-
lone. Je regrette vivement de ne pouvoir suivre l'auteur dans ses
voyages à travers les espaces imaginaires , ni raconter toutes ses vi-
sions, qui nous donnent une idée des opinions populaires , des con-
naissances astronomiques , des différentes croyances adoptées par les
Juifs ou par les Persans , dans le premier siècle antérieur à J. G.
Les remarques que M. le docteur Laurence a placées à la suite de
sa traduction du livre d'Enoch , décèlent une connaissance appro-
fondie des langues bibliques et de la littérature sacrée, et je me plais
à rendre un juste hommage à la vaste étendue de son érudition ,
comme à la politesse et à la modération de ses critiques. Il a su allier
les intérêts de la science avec la charité chrétienne et les égards de
la société. Langlès.
i3. — Eléments of the science qfpolitical economy ^g\c. — Élémens
de la science de l'économie politique; par James Mill, auteur de
l'histoire des Indes britanniques. Londres, 1S21 ; Baldwin et Cra-
doci; 1 vol. in-S".
Le but de l'auteur est de présenter avec ordre les grandes doctrines
de l'économie politique , qui , toutes liées les unes aux autres , se
prêtent un mutuel appui. Son travail facilite l'étude de cette branche
des connaissances humaines et la rend accessible à tous les esprits.
L. S. B.
14. — Travels in the ncrth of Germanj , etc. — Voyages dans le
nord de l'Allemagne , par T. Hodgsk.in. Londres, 1820; Colburn,
2. vol. in-S".
Un écrivain allemand, en faisant la distribution des élémens aux
différentes puissances de l'Europe, a donné aux Français l'empire de
la terre ; aux Anglais , celui des mers, et à ses compatriotes, l'empire
de l'air. Il est certain qu'un des traits caractéristiques de ce peuple
est d'être plus particulièrement porté à la spéculation; cette dispo-
sition a favorisé une foule d'entreprises audacieusement conçues.
C'est ainsi que se formèrent un grand nombre d'associations secrètes.
La plus ancienne de toutes est la Franche-maçonnerie , à laquelle
succédèrent des institutions religieuses ; celles-ci furent bientôt sui-
vies du tribunal secret et des illuminés. En remontant à l'origine de
ces sociétés , on découvre qu'elles sont, presque toutes, les branches
9*
132 LIVRES ÉTRANGERS.
d'une même tige , et qu'elles datent de beaucoup plus loin qu'on ne le
suppose généralement. Quelques-unes, comme celles des Moraves ,
s'assemblaient pour des motifs religieux ; d'autres , pour des re-
cberches philosophiques , comme les Alchimistes , les Rose-croix et
ceux qui s'occupent des sciences occultes. Il paraît cependant que
les Illuminés, quoique pour la plupart mystiques et visionnaires,
avaient parmi eux^ne classe particulière, dont le but était le pouvoir
politique.
Nous sommes entrés dans ces détails , parce que l'auteur de l'ou-
vrage que nous annonçons s'est principalement occupé de faire con-
naître plusieurs de ces associations. Il a aussi donné un tableau assez
exact de quelques-unes des universités allemandes et des abus qui,
selon lui, s'y sont introduits. L. S. B.
i5, — (*J An essay on the history qfthe englisch govemement
and constitution , etc. — Essai sur l'histoire du gouvernement et de
la constitution anglaise, depuis le règne de Henri VII jusqu'à nos
jours; par lord John Russel. Londres, 1821 , Longmann.
■i€. — {*) Historical memoirs , «te. — Mémoires historiques des Ca-
tholiques anglais, irlandais et écossais ; par Charles Bctteb. Londres,
iSai , John Murray ; 4 vol. in-S" ; prix , 5o schellings.
17. — Select Biography , etc. — Biographie choisie, ou Vies des
personnages éminens qui ont été l'honneur de leur patrie ; par dif-
férens hommes de lettres. Londres, 1821 , Colburn.
Douze parties de cet ouvrage, publié périodiquement, ont déjà
paru en Angleterre. Elles contiennent les vies de Fox, de Pitt , de
Nelson , -de Marlborough , de Bruce , de Ralegh, de Johnson, du
marquis de Monlrose, etc. Les auteurs semblent perfectionner leur
travail à mesure qu'ils avancent ; les derniers sujets sont mieux
choisis etplusintéressans que ceux qui sont traités dans les premières
livraisons. La plupart des mémoires sont originaux , ou extraits avec
discernement des énormes collections où ils se trouvaient ensevelis.
L. S. B.
i8. — General Index to the Gentleman's Magazine. — Index général
du Magasin ou Répertoire du Gentleman, depuis l'année 1787
jusqu'à l'année 1S18 inclusivement ; avec une introduction contenant
l'histoire de l'origine et des progrès de ce journal , quelques anec-
dotes sur son principal fondateur et sur quelques-uns de ses associés;
^n John Nicflots. Londres, 1S21 ; 3 vol, in-8°.
LIVRES ETRANGERS. Î33
Le Magasin, ou Réjertoire du Gentleman , est le premier
journal périodique qui ait paru en Angleterre; il y jouit ^ depuis en-
viron quatre-vingt-dix ans , d'une réputation méritée. Ce fut une des
louables entreprises du xvii* siècle , que la publication de ce genre
d'ouvrages destinés à faire connaître au public ce qui se passe dans
la république des lettres. L'idée en appartient à M, de Sallo, con-
seiller ecclésiastique au parlement de Paris \ son journal fut reçu avec
ime approbation universelle, et l'on se hâta de l'imiter en Italie et ea
Allemagne. En 1GS2 , AI. Meneke commença les ^cta erudilorum
Lipsiensia , qui furent continués pendant plusieurs années avec ua
succès toujours croissant.
Lorsque Bayle et Leclerc allèrent se 6xer dans les Pays-Bas , le
premier à Rotterdam et l'autre à Amsterdam , ils furent fort surpris
de voir qu'en Hollande ,. pays qui était alors le rendez-vous des
savans, à cause de la liberté de la presse et du grand nombre de ii'-
brairies et de bibliothèques publiques et particulières que l'on y
trouvait ,. personne a'eût encore pensé à publier un jourjial littéraire.
Leclerc en commença aussitôt un, qu'il continua jusqu'en 1727,
avec l'aide de Bayle ; mais ce dernier, tout entier à la publication de
son Dictionnaire biographique, ayant cessé de travailler à ce journal
au bout de quelque tems , Beauval se chargea de le continuer sous
le titre A'Ouurages des savans. Plus tard, les Nouuelles de la rèpw
hlique des lettres , par Bernard , furent bien accueillies du public ^
ainsi que le Journal de Trèuouxj cette dernière production était
spécialement consacrée à la religion et à la politique , et rédigée par
une société de jésuites.
Cène fut qu'en ijôi qu'Edouard Cave Gt paraître en Angleterie le
premier journal périodique , sous le titre du Magasin ou Répertoitv
du Gentleman. Ce recueil ne renfermait d'abord que des nou-
velles et des anecdotes piquantes, tirées des journaux quotidiens ;^
Cave résolut d'y joindre les actes du parlement , entreprise assez
difficile , vu que ce genre de publicité était défendu alors par la
chambre. Il eut long-tems ce projet en vue sans pouvoir l'exécuter ; il
s'y aventura cependant, et commença par donner le discours du roi
en janvier 1-32. Il publia , au mois de juin de la même année , deux
protestations des lords et les remercîmens adressés par l'orateur de la
chambre des communes à lord Gage, le 3i mai 1732, ainsi que l*
ISA LIVRES ETRANGERS.
réponse de sa seigneurie. Le parlement ayant été prorogé en juillet, il
se hasarda à présenter les actes et les débats de la dernière session du
parlement, en désignant les principaux orateurs par leurs lettres ini-
tiales. En IJÔ4 , le docteur Johnson offrit à Cave de l'aider dans son
entreprise ; il lui suggéra l'idée d'insérer dans son Répertoire des
poésies inédites, de courtes dissertations littéraires en latin ou en
anglais, des observations critiques sur les auteurs anciens et mo-
dernes, les ouvrages oubliés et qui méritaient qu'on les rappelât au
public, etc., et il se chargea de cette partie du recueil. M. Cave
commença alors à proposer des prix de 5o louis ou d'une médaille
d'or, pour les meilleurs poèmes composés sur des sujets donnés. Le
succès de son journal lui suscita un grand nombre de rivaux ; mais ,
de tous les ouvrages entrepris à l'imitation du sien, le feul qui survé-
cut fut le Magasin ou Répertoire de Londres. Il réussit pendant
plusieurs années, et fut continué jusqu'en i-S5, époque à laquelle il
cessa de paraître.
Les débats parlementaires furent publiés régulièrement dans le
Magasin du Gentleman jusqu'au i5 avril ijôS, où un ordre
sévère du parlement obligea de les supprimer. Cependant Cave ima-
gina un nouvel expédient; en juin 1-58, il fit précéder les débats
d'une espèce d'introduction sous le titre à' Appendice à la description
'du célèbre empire de Lilliput , donnée par le capitaine Samuel
Gulliver; et les actes du parlement furent publiés sous le titre de
Débats du sénat de Lilliput, avec l'anagramme des nom.s des dif-
férens orateurs. Le docteur Johnson fut chargé de la rédaction de ces
articles.
A la mort de son fondateur, le Magasin fut dirigé par M. David
Henry, qui avait épousé une sœur de M. Cave. En 1778, M. Nichols,
à qui l'on doit la préface de l'Index que nous annonçons, prit une
part considérable à sa rédaction et continua depuis à en être l'é-
diteur. Cet ouvrage est intéressant pour ceux qui aiment à suivre les
progrès de la littérature pendant un si long espace de tems. Les
Index sont au nombre de quatre ; le premier est pour les essais ,
mémoires , etc. ; le second pour la poésie, le troisième pour les noms
propres , et le quatrième pour les gravures. ( Voyez , pour les autres
journaux publiés en Angleterre, notre T. X , p. 655.) L. S. B.
19. — Letters fo, etc. — Lettres à '** sur les écrits du révérend
LIVRES EIRA.NGERS. 13o
W. L. Bovvles , concernant la vie et les œuvres de Pope; par lord
Bïaojf. Londres, 1821. Colburn , brochure in-S" de 55 pages.
M. Bowles s'est attiré l'indignation de quelques écrivains anglais
en publiant une édition des œuvres de Pope, dans laquelle il s'est
permis de retrancher et d'altérer plusieurs passages. 11 a aussi at-
taqué directement la moralité de ce poète , dans la notice biogra-
phique qu'il a fait paraître à la tête de cette nouvelle édition. Lord
Byron s'est chargé de venger cet outrage. Les lettres que nous annon-
çons sont une satire mordante de la présomption de l'éditeur de Pope.
Ony trouve une défense dece grand poète d'autantplus remarquable,
qu'elle est fondée sur le mépris de l'école romantique, dont lord Byron
peut être considéré comme le chef. Nous traduisons ce passage curieux:
B Les efforts de Isi populace poétique d'aujourd'hui, pour obtenir un
ostracisme contre Pope, s'expliquent aussi aisément que la sentence de
l'Athénien contre Aristide; ils sont las de l'entendre toujours appeler
le juste. C'est aussi pour leur existence qu'ils combattent; car, si Pope
garde son rang , ils tomberont. Ils ont élevé une mosquée auprès d'un
temple grec de la plus belle architecture ; et , plus barbares que les
peuples, auxquels j'emprunte cette figure, ils ne se sont pas contentés
de leur grotesque édifice, ils ont encore voulu détruire le glorieux mo-
nument si beau et si pur qui existait avant eux , et qui les menaçait ,
ainsi que leurs ouvrages , d'une honte éternelle. On me dira que j'ai
été (et que je suis peut-être encore) au nombre de ces écrivains : il
est vrai, et j'en rougis. J'ai été un des constructeurs de cette nouvelle
tour de Babel, origine de la confusion des langues ; mais jamais , du
moins, je n'ai fait partie des envieux destructeurs du temple classique
élevé par notre prédécesseur. J'ai aimé , j'ai honoré la gloire et le
nom de cet homme illustre et sans rivaux ; j'ai préféré sa gloire à ma
vaine renommée et aux frivoles applaudissemens de la foule des écoles
et des prétendus poètes qui croient l'égaler ou même le surpasser.
Plutôt que sa couronne perdît un seul fleuron , il vaudrait mieux que
tout ce que ces hommes ont jamais écrit, ainsi que moi, fût employé
à envelopper les poivres et les épices , ou à tapisser les cellules de
Bedlam et de Soho (i). Beaucoup de gens croiront à la sincérité de
ce vœu ; beaucoup d'autres n'y croiront pas. Vous savez , Monsieur,
si je dis vrai , et si je n'ai pas toujours exprimé la même opinion dans
(1) Deux maisons de fous.
136 LIVRES ÉTRANGERS.
mes lettres particulières et dans ce que je destine à l'impresssion. Je
regarde ce siècle comme celui du déclin de la poésie anglaise : ni les
égards pour les autres , ni les sentimens d'égoïsme que je puis éprou-
ver , ne m'empêcheront de voir et de proclamer cette vérité. Il ne
peut y avoir de symptôme plus frappant delà corruption du goût que
cette continuelle dépréciation de Pope. » Cette diatribe contre la
nouvelle école romantique est suivie d'un éloge complet du plus
grand des poètes classiques de l'Angleterre. LordByron le représente
comme le plus parfait des écrivains et le plus pur des moralistes. Il
croit ses œuvres destinées à surnager sur le torrent des siècles et des
révolutions. «Pope est, dit-il, le poète moral de la civilisation ; es-
pérons qu'à ce titre Usera un jour le poète national du genre humain.»
A un style énergique et piquant , cette brochure joint le mérite de
renfermer une discussion remplie d'images et de pensées sur la poésie.
L. S. B.
RUSSIE.
30. — Mémoires de racadèmie impériale des sciences à Saint-Pé-
tersbourg; Tom. VII, avec l'histoire de l'académie, pour les années
i8i5 et 1816. Saint-Pétersbourg, 1820, in-4°.
Ce recueil classe les mémoires dans quatre sections ; savoir : ma-
thématiques, physique , politique et histoire. On distingue, dans la
section de l'histoire , un mémoire de M. Ouvarof , écrit en français ,
consacré à l'examen de la fable brillante d'Hercule. Il soutient qu'elle
a été faite après coup, et que le polythéisme , à son origine , n'offrait
aucune trace de l'identité d'Hercule avec le soleil, enGn qu'Hercule
ne fut d'abord qu'un homme , un héros déifié. L.
POLOGNE.
ai. — Sehastiani Ciampi, novum examen loci Liviani de legatis
Romanorum Athenas missis ut exscriberent leges Sulonis.— "S onvel
examen d'un passage de Tite-Live relatif aux députés envoyés de
Rome à Athènes pour transcrire les lois de Selon. Wilna , 1821, im-
primerie diocésaine de la congrégation de la mission. in-S» de 54 p.
Un Polonais a publié à Varsovie , en 1S19, un livre intitulé Prin-
cipia juris, dans lequel, à l'occasion d'une comparaison entre les
lois de Solon et celles des décemvirs, il attaque en général l'autorité
de Tite-Live , comme historien , et en particulier ce qu'il raconte du
fait énoncé dans le titre de l'opuscule qui est l'objet de cette note .
LIVRES ETRANGERS, 137
La controverse sur ce passage n'est pas nouvelle ; Bonamy ( Mémoires
de l'académie des inscriptions et belles -lettres , Tom. XII , p. 27 ).
J. B. Vico, chez les Italiens; Gibbon, [Histoire de la décadence de
l'empire romain, c. 44)? ont élevé des doutes sur l'authenticité de la
mission législative attestée par Tite-Live; mais elle a été admise par
un auteur dont l'opinion est imposante en cette matière, par Bonchand,
dans son Commentaire sur la loi des XII Tables. C'est dans le même
sens que se prononce le savant M. Ciampi , et il vient de traiter ex-
professo ce point d'histoire important, que les auteurs cités n'avaient
guère touché qu'en passant. Les principaux argumens des adversaires
de Tite-Live sont ceux-ci : les monumens et les témoignages histo-
riques n'indiquent point, disent -ils , que les Grecs aient eu aucune
notion du nom romain , avant l'époque d'Alexandre de Macédoine;
les analogies qu'on peut remarquer entre les lois de Solon et les lois des
Douze Tables sont telles , qu'il sufEt , pour les expliquer, de diverses
circonstances générales , sans qu'il soit besoin d'admettre une notion
précise deslois athéniennes de la part des législateurs romains, lesquels
étant patriciens, ne doivent pas facilement être supposés avoir entre-
pris une longue navigation pour aller chercher des lois démocratiques.
— M. Ciampi rétablit dabord le respect dû à l'autorité de Tite-Live,
appuyée cette fois du témoignage de Denys d'Halicarnasse. Si les
monumens grecs ne font pas mention de l'ambassade des Romains ,
c'est qu'à l'époque où elle eut lieu , la célébrité de ce peuple n'avait
pas encore franchi les limites de son territoire italien : lorsque cette
célébrité se fut étendue , Denys d'Halicarnasse réclama pour sa na-
tion l'honneur d'avoir transmis ses lois aux Romains. D'ailleurs, de-
vons-nous nous flatter de connaître tous les monumens grecs ? les
difiBcultés de navigation avoient été bravées plus d'une fois avant l'é-
poque dont il s'agit. M. Ciampi en cite des exemples; si les lois des
Athéniens étaient démocratiques, ne contenaient-elles pas divers ré-
glemens relatifs à la religion ou aux principes généraux de la Justice,
parfaitement applicables à toute république établie sur des bases lé-
gitimes ? — Mais , poursuit-on , de quel idiome ont fait usage les Ro-
mains, alors à demi barbares, pour communiquer avec les Athéniens ?
faudra-t-il admettre, comme quelques commentateurs, que les lois
des Douze Tables leur auront été transmises par le geste? — Non, ré-
plique M. Ciampi , les Romains n'étaient pas à demi barbares , au
commencement du IV' siècle de leur ère ; et il invoque à cet égard
138 LIVRES ETRANGERS.
le témoignage de leurs auteurs ; la langue des Grecs était loin de
leur être inconnue; des vojageurs, des fugitifs, des proscrits de la
Grèce ne la leur avaient-ils point apportée ; Demarate le Corinthien
n'était-il pas devenu le beau-père de Tarquin l'ancien ? bien plus ,
Pline l'ancien , Strabon, Diogène Laerce, font mention d'un Ephé-
sien, nommé Hermodore, à qui une statue fut élevée, précisément
en récompense de ce qu'il avait servi d'interprète aux décemvirs pour
la promulgation des lois de Solon. — Nous sommes contraints d'a-
bréger ces diverses argumentations , ce qui certainement leur enlève
une bonne partie de leur force. S'il était permis de juger, lorsqu'on
n'a entendu qu'une des deux parties, et après une simple lecture,
nous inclinerions volontiers pour l'opinion de M. Ciampi Quoi qu'il
en soit , l'habileté et l'érudition avec laquelle il l'a développée et
soutenue ne peut qu'ajoutera sa réputation de critique et de savant.
A. Mahll,
NO RVÉGE.
22. — Daghog, etc. — Journal tenu pendant un voyage à Congo en
Afrique, parM. le professeur C. Smith. Christiania, 1819 , 1 vol. in-8°.
M. Smith , naturaliste norvégien , mourut pendant ce voyage. Ses
papiers ont été recueillis après sa mort, et les annotations qui s'y trou-
vaient consignées viennent d'être publiées par un de ses amis. Ce
petit volume est fait pour augmenter encore les regrets que cause
à sa patrie la mort prématurée du voyageur qui promettait à la
Norvège un digne successeur des célèbres naturalistes Gunnerus ,
Slrôm et Pontoppidan.
20. (*) — Om Adel i Norge. — De la noblesse en Norvège , à l'oc-
casion des discussions de la diète à ce sujet, par M. P. A. Heibekg.
Christiania, 1S21.
La paix de Kiel, signée le i4 janvier i8i4 » força le roi
de Danemarck de renoncer à son royaume de Norvège,, qui , d'a-
près la volonté formelle des souverains alliés contre la France , fut
donné à la Suède. Profitant de cette décision toute puissante , et
d'autres circonstances également favorables , le roi de Suède aurait
pu imposer à la Norvège le gouvernement arbitraire , ou lui donner
ime constitution quelconque. Il eut la générosité d'accepterlaL loi fon-
damentale décrétée par les représentans du peuple , et destinée à
régir l'état sous le gonvcrnement d'un autre prince, dont le règne ne
LIVRES ETRANGERS. 1.^9
fut qu'éphémère. L'article 20 de cette constitution dit « qu'à l'a-
venir il ne pourra être accordé à personne de prérogatives hérédi-
taires , personnelles ou mixtes. » Les articles 78 et 79 permettent au
roi de refuser deux fois de suite sa sanction aux lois décrétées par
deux diètes consécutives ; mais si la même résolution est encore
adoptée sans amendement par la troisième diète suivante , elle ac-
quiert force de loi, quand même elle ne serait pas munie de la sanc-
tion rojale. C'est ce qui est arrivé en Norvège. La diète de i8i5
avait jugé convenable d'abolir tout de suite les privilèges exislans.
Le roi refusa sa sanction à cette résolution , ainsi qu'à celle de
même nature , reproduite à la diète de 1818. C'est dans cet état de
choses que M. Heiberg a publié le petit écrit que nous annonçons ,
pour conseiller à la diète norvégienne de persister dans ses résolutions
antérieures , mais sans préjudice aux droits acquis, et de laisser
jouir de leurs privilèges , leur vie durant , les hommes actuellement
existans. « Les hommes nés avant la promulgation de cette nouvelle
loi, dit-il, ont seuls des droits acquis; ceux qui naîtront par la suite
n'en ont pas de pareils à réclamer, à moins qu'on ne veuille sou-
tenir que les générations futures jusqu'à la fin des tems ont le droit
d'être les législatrices de leurs ancêtres et des siècles qui ont pré-
cédé leur naissance. » Néanmoins , la diète actuellement réunie a
confirmé la résolution des deux assemblées précédentes; et, si la
constitution n'est pas violée, cette abolition est devenue loi de l'état.
Prévoyant cependant que, dans le désir de réunir un jour la Norvège
plus étroitement à la Suède, le gouvernement de ce dernier royaume
ne cessera jamais de solliciter le roi de proposer la création d'une
noblesse norvégienne , l'auteur s'est attaché à prouver combien un
pareil établissement deviendrait désastreux dans un pays qui ne pos-
sède pas les élémens nécessaires pour former une noblesse telle
qu'elle doit être pour être quelque chose. Nous nous abstiendrons de
détails à ce sujet ; mais nous ferons connaître les réflexions que l'au-
teur soumet à ses compatriotes, dans le cas où il faudrait absolument
céder à un vœu étranger, pour introduire dans l'état un élément re-
poussé par la constitution. Dans ce cas, dit -il, la Norvège aurait à
choisir entre quatre différentes espèces de noblesse. La première , ou
la noblesse héréditaire à perpétuité, a été condamnée par le vœu de
la nation , fortement exprimé dans trois législatures consécutives et
composées par des élections différentes, La seconde , ou la noblesse
lAO LIVRES ETRANGERS.
personnelle, serait Inutile et superflue, puisque la constitution ac-
corde au roi le droit de donner des ordres de chevalerie et d'autres
distinctions de la même nature. La troisième consisterait à anoblir
les hommes qui auraient bien mérité de la patrie, en leur conférant
un plus ou moins grand nombre de quartiers, qui diminueraient de
génération en génération jusqu'à leur entière extinction. L'auteur
croit que les récompenses honorifiques , tout comme les peines flé-
trissantes, devraient être personnelles et nullement héréditaires dans
une famille. Cependant, dit -il, qu'un père laisse en héritage à son
fils une illustration acquise par de grands services rendus à sa patrie ,
cela pourrait encore être utile. Un père vertueux aura pu donner d'ex-
cellentes leçons; son exemple aura pu profiter à son Cls, et pourtaat
l'on voit que cela n'arrive pas tous les jours; mais le petit-fils est rare-
ment contemporain de son grand-père; et, quand cela arrive, les leçons
et l'exemple de celui-ci ne s'impriment que faiblement dans l'esprit
de l'enfant, et l'impression devient presque nulle , à mesure que les
générations s'éloignent l'une de l'autre. La quatrième espèce de na-
blesse est celle des Chinois , dont parle madame de Staël. L'auteur
n'est pas grand admirateur des institutions chinoises, mais il accueille
le bon sens partout où il le trouve, et il avoue que la noblesse chi-
noise semble à ses yeux être la plus raisonnable cl en même tems la
plus honorable. Illustrer un homme vertueux , et donner en même
tems la même illustration aux auteurs de ses jours , à qui il doit or-
dinairement l'exemple et les leçons qui lui ont servi de guide , c'est
honorer une vertu qui a déjà porté d'cxcellens fruits à leur maturité ;
mais anoblir avec le père le fils encore enfant , c'est récompenser
une vertu qui n'est encore qu'en germe , et qui se développera peut-
être un jour avec des fruits très -amers. S'il faut absolument que la
Norvège ait une noblesse , que le peuple adopte donc celle de la
Chine , du moins n'aura-t-il jamais à rougir de ses motifs.
Il paraît néanmoins que le roi insiste sur la création d'une nou-
velle noblesse. Nous ne connaissons pas les raisons qui engagent S. M.
à détruire un article fondamental qu'il connaissait lorsqu'il accepta
la constitution norvégienne et qu'il prêta serment de la maintenir.
Ce que nous savons avec certitude, c'est que l'abolition de l'ancienne
noblesse , cette mesure si heureuse pour la Norvège dans ses consé-
quences naturelles , n'a pu ruiner aucune famille. Il n'existait dan»
tout le royaume que deux comtes . dont l'un appartient au roi, et une
LIVRES ÉTRANGERS. Ul
seule baronnie. Ajoutons à cela douze ou quinze petites terres privilé-
giées , et dont le plus important des privilèges consiste dans l'exemp-
tion partielle de la dime. L'abolition d'une telle noblesse ne peut
nuUemement inquiéter les puissances voisines; d'ailleurs, à cet égard,
la Norvège a pour garantie les différentes proclamations du roi, où il
est dit qu'un état, quelque petit qu'il soit, doit chercher à maintenir
son indépendance en ne recevant jamais d'ordres de la part de ses
%'oisins.
Le tems nous apprendra le résultat d'une lutte qui cause beaucoup
de fermentation en Norvège. Nous observerons seulement que l'abo-
lition de tous les privilèges héréditaires est un des principes les plus
fondamentaux de la constitution, et que l'art. 112, qui prévoit la
possibilité d'une révision, pour y faire des changemens exigés par des
circonstances impérieuses et imprévues , ordonne néanmoins expres-
sément que ces changemens ne pourront jamais être contraires aux
principes fondamentaux , et qu'ils ne deuront avoir pour objet que
des modifications dans quelques dispositions particulières qui n^ al-
tèrent point l'esprit de la constitution.
DANEMARCK.
24. — Dictionnaire des auteurs danois et norvégiens , tant morts
que vivans. Seconde et dernière partie in-i''. Copenhague , 1S20. Par
MM. NïERur et Krafft (et non pas Rask, comme nous avons dit,
par erreur, en annonçant la première partie de cet ouvrage, yqyez ,
ci-dessus, T. I, pag. 36i.)
Cet ouvrage est maintenant complet; il y manque seulement ua
supplément qui contiendra les erreurs et les omissions échappées
aux rédacteurs. Dans notre annonce de la première partie, nous avons
remarqué que les étrangers qui ont écrit en Danemarck ou en Norvège
y sont mentionnés avec soin, mais que les rédacteurs n'y ont pas
admis les ouvrages publiés en pays étranger par des Danois ou des Nor-
végiens. Quoique cette marche soit conforme au plan de l'ouvrage ,
ainsi qu'il a été expliqué par M. Nyerup , dans sa préface , nous avons
néanmoins remarqué qu'il y a été fait des exceptions qu'on ne sait com-
ment expliquer. C'est ainsi que nous avons trouvé plusieurs étrangers,
dont les noms sont suivis de la nomenclature de beaucoup d'ouvrages,
imprimés hors des états du roi de Danemarck. Nous citerons un seul
exemple , pris au hasard. Il y avait à Copenhague, sous le règne de Fré-
1A2 LIVRES ETRANGERS.
déric III, un envoyé de la cour d'Espagne , nommé le comte Rebol-
/pJo. On trouve , sous son nom, un seul ouvrage imprimé en Dane-
marck, en i655, et six autres publiés à Anvers et à Cologne. Il nous est
également impossible d'expliquer par quels motifs les ouvrages de
M. Malte-Brun, publiés à Paris, ont été exclus de ce dictionnaire,
tandis qu'on y trouve la liste complète de toutes les brochures de
M. Brun-Neergaard. Ces observations n'empêchent pas que le dic-
tionnaire que nous annonçons ne soit un ouvrage très-important , et
qu'en le publiant, les rédacteurs n'aient rendu un véritable service
aux savans de leur patrie.
25. — Catalogua librorum sarnscritanorum, quosbibliothecœ uni-
versitatis Hafniensis vel dédit ^ vel paravit Nathanael TVallich,
doctor medicinœ et philosophiœ , ordinis Danebrogici eques , horti
botanici Calcutiensis in India prœfectus. Scripsit Ebasmcs Nyeecp ,
bibliothecarius uniuersitatis. Hafniae, 1821. 54 pag. in-S", avec une
gravure.
Il a été quelquefois question, dans notre Revue, de M.Wallich,
et notamment T. VIII, pag. ^i\ , où nous avons dit que ce jeune
et savant Israélite , employé à des conditions honorables et bril-
lantes , comme directeur du jardin botanique de Calcutta, avait en-
voyé à la bibliothèque de l'université de Copenhague une riche
collection d'ouvrages en langue samscrite , dont une partie achetée
à ses propres frais, et le reste dû à la bienveillance dont l'hono-
rent les deux sociétés littéraires asiatiques de Calcutta et du fort
William. Le célèbre professeur Nyerup, appréciateur éclairé de ces
richesses littéraires, croit actuellement que la bibliothèque de l'uni-
versité de Copenhague , dont il est le conservateur, ne le cède en
rien à aucune des bibliothèques européennes pour le nombre et l'im-
portance des livres imprimés et manuscrits en langue samscrite. Le
catalogue que nous annonçons est divisé en cinq chapitres, dont
voici l'extrait : Chap. 1". Grammaires, vocabulaires et diction-
naires; i4 ouvrages en i5 volumes. Chap. 2. Poésie indienne ; 21 ou-
vrages en 5i volumes. Chap. 3. Théologie et philosophie des Hin-
dous; 10 ouvrages en 12 volumes. Chap. 4> Jurisprudence; 7 ou-
vrages en 9 volumes. Chap. 5. Manuscrits i5, contenant des poésies
et plusieurs-tfôités concernant l'histoire , la grammaire , la lexico-
graphie, la théologie, la médecine, l'astronomie et l'astrologie.
M. Nyerup a accompagné chacun des titres de ces diOerens ou-
LIVRES ETRANGERS. lAS
vrages de quelques notes et de réflexions , qui intéresseront sans
doute ceux qui s'occupent de la langue samscrilc. Heiberg.
ALLEMAGNE.
26. — Sn'Urigail ein hejtrag zu den Geschichlen von Lithauen ,
Russland , Pohien und Preussen. — Switrîgail, pour servira l'his-
toire de Lithuanie, de Russie, de Pologne et de Prusse ; par Auguste
DE KoTZEBCE. Leipsig j 1820.
Voici le fond du porte-feuille de M. de Kotzebue ; ce sont des do-
cumens sur l'histoire du prince Switrigail, contemporain de Jagellon.
Les événemens dont il est ici question, quoique peu importans pour ce
que l'esprit humain attend de lumières de l'étude du passé , se rat-
tachent néanmoins aux destinées des grands états qui , dans le nord ,
occupaient la scène du monde ; ils jettent un nouveau jour sur des
caractères jusqu'ici peu connus ou même méconnus. En i8i3 , M. de
Kotzebue vit à Kœnisberg le savant Hennig ; celui-ci était alors
occupé à dépouiller de vieilles chartes ; dès qu'il rencontrait quelque
chose de relatif à Switrigail, il le mettait de côté, dans la vue d'écrire
un traité particulier. Peut-être Hennig disait-il de l'histoire de Swi-
trigail ce que Tacite a dit de celle de Nerva : uberlorem securioremque
materiam senectuti reposai ; mais la mort enleva M. Hennig, et M. de
Kotzebue se prit pour Tacite et fit son livre. On se rappelle qu'au-
trefois il avait lui-même déclaré, dans le Correspondant de Ham-
bourg, que désormais il allait s'asseoir au premier rang des histo-
riens. L'indulgence de M. de Mliller , qui voulut bien joindre com-
plaisamment son témoignagne à cette prise de possession , n'a pas
peu contribué à persuader à quelques bonnes gens qu'effectivement
Tacite , Salluste et Tite-Live étaient ressuscites dans la personne de
M. de Kotzebue. Cependant V Histoire ancienne de la Prusse court
grand risque d'éprouver, en peu d'années et en dépit de l'im-
primerie , le sort que l'injure du tems et le bouleversement des em-
pires ont fait subir à quelques livres des Annales et des Histoires.
On demande si les documens de M. de Kotzebue seront utiles , et
l'on répond assez généralement qu'ils seraient de nature à l'être, si
leur compilateur avait fait , soit un livre assez intéressant pour être
lu, soit un recueil assez savant pour que l'on pût y puiser; mais on
s'exposerait, en le faisant, à d'étranges méprises. M. de Kotzebue lit si
inexactement que, dans une seule bulle du pape Honorius III , il a
lAA LIVRES ETRANGERS.
trouvé le moyen de placer quarante-trois fautes. Souvent , pour s'épar-
gner la peine de déchiffrer, il a inventé , souvent il a mis des conjec-
tures là où il pouvait donner du certain. M. de Kotzebue en voulait
d'ailleurs à l'ordre teutonique à tel point, qu'il ne se faisait aucun
scrupule des altérations dans les textes , pourvu qu'il le représentât
comme avide de sang et de richesses , pourvu qu'il lui reprochât des
crimes imaginaires. Qu'on Juge après cela s'il aura rapporté fidèle-
ment tout ce qui pouvait constater les vertus de cet ordre 1 Même en
ce qui concerne son héros Sifilrigail, M. de Kotzebue n'a pas fait de
bien grandes recherches ; on lui reproche généralement de ne pas
s'être servi des correspondances de Withold de Lithuanie et de
Sigismond , roi des Romains. Nous ne nous serions pas arrêtés à
cette production, qui semble par son titre même condamnée à l'obs-
curité, si elle n'était de Kotzebue. Ph. Golbéhy.
27. — De Apolline patricio et Minerua primigenia Atheniensium ,
scribebat BoEBB. philosophiœ doctor, Heidelbergœ 1820 , in-i".
Ce n'est pas la première fois que nous avons occasion de nommer
M. Bœhr; il a fait, pour les Meletemala de M. Creutzer, un traité
sur l'Artaxerce de Plutarque ; et , quoique ce traité se distinguât par
une sagacité et une érudition peu communes, nous avons été obligés
de nous en tenir à une simple indication , notre recueil ne comportant
pas un examen purement philologique. Aujourd'hui , M. Bœhr
éclaircit un point de mythologie qui se lie essentiellement à l'his-
toire d'Athènes : cet ouvrage est donc d'un intérêt plus général , et
nous devons à nos lecteurs de leur faire connaître cette ingénieuse et
savante dissertation.
L'auteur part d'un passage de Plutarque dans la vie d'Alcibiade ,
Apollon y reçoit le titre de Tlttr^aica; et Minerve celui d"A/ix,>'ys'T*T.
M. Bœhr explique la valeur de ces épithètes ; il commence par Mi-
nerve , et se demande si la qualification qui lui est donnée convient
à plusieurs divinités , ou si elle n'est attribuée qu'à elle seule î
C'est dans l'histoire que M. Bœhr trouve la solution. Les anciens ,
au moment de quitter la patrie pour fonder une colonie, emmenaient
avec eux une des divinités tutélaires de la métropole , et lui confiaient
le soin de veiller à la prospérité du nouvel établissement. Comme
cette divinité ne se bornait point à une bienveillance inefficace ;
comme elle prenait une part active à la fondation de la cité , on
l'bcnorait aussi sous d'autres noms ; en sorte que le même dieu est
LIVRES JÉTRANGERS. 1A3
•cuvent appelé KT<rîV, O'iKtçHr et A^X-^V^'t"»-. Ainsi que l'atteste
Hesycbius , chaque tribu d'Athènes avait son héros ^PX^ysma-.
M. Bœhr prouve , par de nombreux exemples , ce qu'il a si biea
établi parle raisonnement; il nous montre Apollon, Diane, Escu-
lape , Hercule revêtus de ces mêmes titres. Cela posé, le point es-
sentiel de sa dissertation était d'expliquer pourquoi Minerve est ap-
pelée Açx^y3Tia- par les Athéniens; car. dans le passage de Plutarque ,
c'est Alcibiade qui parle. Ici M. Bœhr émet une opinion qui appartient
à de grands savans , entre autres à M. CreuUer , mais qui trouve
aussi de nombreux contradicteurs. Selon lui, les Athéniens sont une
colonie égyptienne qui , partie de Sais , transplanta le culte d'Isis sur
le sol de la Grèce. Or, cette Isis est Minerve elle-même nominenon-
nihil immutato , dit M. Bœhr ; puis il cite M. Creutzer , mais la
chose valait la peine de transcrire le passage entier dans lequel ce
savant mythologue établit l'opinion que le culte égyptien a été ap-
porté dans l'Attique par des colons : voici une des preuves qu'il en
donne. Les Egyptiens appelaient cette Isis Nctha : ce nom , en l'é-
crivant de la droite à la gauche , donne ^iken : il n'y a donc point
de différence dans le nom , mais seulement dans la manière de le lire.
Au surplus , M. Creutzer déclare qu'il importe peu que cette origine
soit vraie , ou que le nom grec soit une traduction du nom égyptien ;
puis , il réfute les diverses étymologies données par les philosophes
et par les grammairiens. Mais, revenons à M. Bœhr, qui passe main-
tenant à l'Apollon fTXTfSoa-. Il se sert des observations da
MM. Ast et Wyttenbach pour définir ce mot : puis il démontra
que plusieurs autres dieux ont reçu la même qualification, a L'orgueil
des Athéniens , ajoute-t-il , voulait qu'Apollon eût épousé la fille
d'Erechtée , et qu'Ion fût né de cette union. Ce peuple prétendait
être indigène , et se donnait Apollon pour auteur TTATiSoir.
M. Bœhr reconnaît encore ici le culte de Sais : Apollon y était révéré
sous le nom deHorus, ainsi que l'affirme Hérodote, et les Égyptien»
le croyaient fils de Vulcain. L'auteur se sert en cet endroit d'un pas-
sage de Cicéron qui , dans son traité de liatura Deorum , dit , en
parlant des nombreux soleils des théologiens : Terlius Vulcano Nili
filio , etc. (Voyez dans les Mémoires de l'Académie une dissertation
de M. de la Barre) Dans la suite, Vulcain cessa d'être le mari de Minerve;
et , comme il fallait qu'elle fût vierge , Horus ou Apollon ne fut
plus son fils. L'ancienne tradition égyptienne se conserva dans le«
Tome xi, ^0
jAfi LIVRES KTRANGERS.
mystères , tandis que le culte de la Grèce prévalut cher le peuple:
athénien, à l'époque où lés Doriens envahirent une grande partie des
pays voisins; de telle sorte qu'Apollon et Diane, les principales
divinités de ces Doriens , se confondirent peu à peu avec les notions
qu'on avait de Minerve et de Horus. M. Bœhr établit que Jupiter est
aussi pour les Athéniens une divinité importée, et que , si quelques
tragiques l'ont appelé w^t^^s^, on ne lui a jamais donné ce titre
dans les rites publics. On exigeait surtout des candidats aux hautes
magistratures, qu'ils fussent nés de parens athéniens, et que par
conséquent ils révérassent Apollon rartmc^ , et Jupiter E'/!X«(o<r.
M. Bœhr a toujours soin d'appuyer ses conjectures du témoignage
des auteurs anciens , il faut lui en savoir doublement gré ; car, s'il
ne l'avait point fait , il aurait pu nous induire en erreur d'autant plus
facilement que la pureté de son style latin nous aurait permis d'ou-
blier que nous lisions un moderne. Ph. Goleéhv,
a8. — ffûis ist der Zeitgeist? — Qu'est-ce que l'esprit du tems? i8ao,
sans indication du lieu de l'impression ; brochure in-8° de 5o pages.
Nous ne savons pas précisément dans quel endroit de l'Allemagne
la presse a enfanté ce chef-d'œuvre ; l'auteur, l'imprimeur et leurs
complices en obscurantisme ont jugé à propos de se condamner eux-
mêmes à leurs chères ténèbres. II ne tenait qu'à eux de se faire une
célébrité à la manière d'Erostrate. Cet ouvrage n'est, à proprement
parler, qu'une réimpression du discours d'Eilert sur l'esprit du
tems, ou bien, si l'on veut, c'est un extrait delà -foudroyante
Concordia de M, deSchlegel. Mais ce qui se conçoit à peine, c'est que
l'on ait osé adresser un pareil ouvrage aux souverains assemblés pour
fixer le sort des nations. L'auteur prêche une croisade contre les
sciences ; il appelle , pour les détruire , l'assistance des maîtres de
l'Europe; et, comme il déteste surtout la logique, la grammaire et
la critique , il entre en campagne tout seul et sans attendre le con-
tingent de personne. La grammaire a été l'objet de ses premières
hostilités ; il l'a blessée par un grand nombre de fautes de langue et
d'orthographe ; mais l'auteur n'a pas long-tems joui de sa victoire :
la critique a vengé la grammaire, et les souverains ne se sont pas
souciés de l'alliance qui leur était oflerte. Ph. Golbéry.
2t). — Griechenlands Tf'iedergeburt , etc. — La Renaissance de la
Grèce, programme pour la fête de la résurrection ; par W, T. Krcc ,
LIVRES ETRANGERS. 1A7
professeur de philosophie. 2' édition. Leipsick , iSai. Brockhaus.
3o. — Die Sache der Griechen die Sache Europas ; \a cause de*
Grecs est la cause de l'Europe. Leipsick, 1821. Vogel.
Ces deux brochures, publiées dans un pays où la littérature grecque
est cultivée avec soin, et où, par conséquent, on ne croit pouvoir
mieux s'acquitter de ce que l'on doit aux anciens Grecs qu'en s'iu-
téressant vivement au sort de leurs descendans ; ces deux brochures,
dis-jc , ont pour but d'arracher l'Europe à sa léthargie, et de l'ex-
citer à seconder les malheureux Grecs un peu plus que par des
vœux stériles. En Allemagne, comme en Russie, la jeunesse s'est
montrée disposée , malgré l'apathie de la diplomatie européenne,
à embrasser avec ardeur la cause de la civilisation contre celle de
la barbarie ; et si une espèce de cordon de neutralité ne les repous-
sait impitoyablement du théâtre où s'est engagée la lutte , peut-être
des milliers d'étudians combattraient déjà pour cette cause si sainte
et si juste. Il n'est pas nécessaire que l'Europe envoie des troupes au
secours des Grecs; tout ce que ceux-ci demandent, c'est de n'être
pas entravés dans leur insurrection, comme ils le sont actuellement
par deux puissances voisines; ils seront assez forts pour secouer le
joug ottoman , si la plus fausse politique ne leur oppose pas d'obs-
tacles au dehors , comme cela arrive dans ce moment.
Ce n'est pas sans étonnement qu'on a vu , en France et ailleurs ,
un parti qni se dit ami de la religion , embrasser la cause des Turcs
et flétrir l'insurrection des Grecs du nom de rébellion : cette ma-
nière de voir prouve une grande dépravation des mœurs politiques,
ou d'étranges préjugés. Dans un pays où il existe un contrat quel-
conque entre le gouvernement et le peuple ; où celui-ci a consenti à
être gouverné par toile dynastie , d'après telles lois ; où le gouver-
nement, quoique souvent mal inspiré ou mal conseillé, ne peut
pourtant, en déGnitJTe, avoir d'autre but que le bien-être de la nation;
nù enGn dt:s mouvemens violens ne peuvent produire que des dé-
sordrCd , la rébellion peut être regardée comme un crime ; et les
dé'jenseurs de l'ordre social et monarchique sont conséquens lors-
qu'ils se déclarent contre les rebelles. Mais quel rapport y a-t il
entre ce qu'ils flétrissent comme rébellion , et l'insurrection des
Grecs? Jamais il n'a existé de traité ni de contrat entre les descen-
dans du peuple du Bas-Empire et les Tartares qui sont venus s'y
établir. Bien plus, les Turcs n'ont jamais considéré ni traité les
10*
iiS LIVRES ÉTRANGERS.
Grecs comme leurs sujets, car les sujets ont des droits ; on n'en a
accordé aucun aux Grecs ; donc ils ne peuvent avoir des devoirs. L«
Turc n'a jamais fait la moindre démarche pour le bien-être des
Grecs ; il est resté dans un état permanent d'hostilité contre les
vaincus, et il a toujours agi avec eux comme agissent des hordes
tartares en pays ennemi ; il a pris leurs femmes, leurs filles , leurs
fils, quand ils lui plaisaient ; il a confisqué leurs biens, massacré des
familles, des peuplades entières, insulté leur religion, couvert
d'ignominie leur clergé ; il n'a jamais caché son mépris pour les
Grecs ; il a déclaré qu'ils n'étaient pas plus pour lui que des chiens.
Sont-ce là les rapports entre un souverain et des sujets , et ne
80nt-ce pas plutôt ceux des marchands d'esclaves et de l'Africain
qu'il vient d'enlever? Cinquante années d'esclavage peuvent -ils
ôter à l'Africain le droit d'échapper à son maître ? Aussi , des districts
considérables n'ont pas même reconnu les Turcs pour leurs conque*
rans. Les Mainottes , dans le Péloponèse, et les Sphakiotes , en
Crète, ont toujours été en guerre contre ces barbares, et ne les ont
jamais laissé entrer dans leur pays.
Si les autres Grecs se sont soumis pendant quelques siècles , cet
état de choses ne peut constituer aucun droit , pas même celui de la
prescription en faveur des Turcs ; ceux-ci le sentent si bien qu'ils
n'en riclament aucun, et qu'ils ne se sont jamais reposés que sur la
force. Une peut donc être question, dit M. Krug, de la domination
légitime des Turcs en Europe ; ils n'y sont que des usurpateurs. Ils
sont restés en état de guerre permanente contre les anciens posses-
seurs de l'empire d'Occident; ceux-ci ne font que recommencer les
hostilités après un long repos, pendant lequel l'ennemi leur a fait
tout le mal qu'il a pu. Le sol de la Grèce leur appartient; aucune
autre puissance n'y a droit; si les armées turques l'occupent, c'est
aux Grecs, et aux Grecs seuls, qu'il appartient d'affranchir leur
territoire , et de se donner ensuite le gouvernement qu'ils jugent le
plus conforme à leurs intérêts, ou à le diviser en plusieurs états,
comme ils voudront. Ils ne demandent qu'une seule chose aux puis-
sances d'Europe, c'est de rester entièrement neutres et impartiales
au milieu de cette grande lutte ; c'est là le plus grand service qu'elles
puissent rendre à la cause de la civilisation et de la justice contre
celle de la barbarie, de l'oppression et de la peste.
. Faudra-t-il, dit la seconde brochure , qu'on attribue à M. Tscbir-
LIVRES ÉTRANGERS. 1A9
ner, faudra-t-il que les puissances d'Europe envoient leurs armées
pour faire la guerre aux Turcs ? Non , car il se pourrait que ces expé'
ditions fissent plus de mal que de bien aux Grecs ; et que , tandis
qu'une puissance enverrait une armée auxiliaire, une autre, soup-
çonnant des projets de conquête , prît le parti de se ranger du cûté
opposé. Les Grecs ne combattent que pour leur cause; il s'agit de
leur indépendance , il faut qu'ils fassent les plus grands sacrifices
pour atteindre leur but : ils ne peuvent former qu'un voeu, c'est que
les puissances d'Europe n'empêchent pas qu'on leur envoie des
■ecours pécuniaireset des armes, et qu'elles ne s'opposent en au-
cune manière à ce que les jeunes gens et les hommes qui ont envie
de combattre dans leurs rangs , puissent les rejoindre. L'idée
d'une croisade , pour la délivrance de la Grèce , est faite pouf
enflammer de nobles cœurs : que les cabinets ne fassent au moins
rien pour réprimer cet élan généreux, n A ces considérations, la
brochure de M. Tschirner en ajoute une autre qui n'est pas sans
importance. «L'Amérique se détache de plus en plus de l'Europe ,
et tût ou tard cette partie du monde , jeune , vigoureuse et libre ,
entrera en lice contre la caducité des états européens : il est bon de se
préparer à cette lutte. Or, pour cela , il ne faut pas qu'un peuple
barbare paralyse une des plus belles contrées de l'Europe ; il faut
que l'ancien empire d'Orient soit uni de religion , de sentimens ,
d'idées, au reste de cette partie du monde. » Deppikg.
N- B. La cause des Grecs excite en Allemagne un si vif intérêt,
qu'indépendamment desbrochures annoncées ci-dessus, il enaparu
plusieurs autres ; I\L Sickler annonce un ouvrage périodique sur l'his-
toire des Grecs, depuis V invasion des Turcs jusqu'à la guerre de déli-
vrance, en 1821. — Nous invitons nos lecteurs à consulter, dans le
Journal des débals du i" juillet, une lettre d'un de nos collaborateurs,
sur les motifs puissans de religion , d'honneur, de politique, qui im-
posent aux gouverneurs européens le devoir de favoriser la cause des
Grecs, qui est celle de la civilisation et de l'humanité.
3i. — Neue Berliner Monatschrifl fur Philosophie Literatur und
Kunst; zweites Heft. — Nouveau recueil périodique sur la philosophie,
la littérature et les arts. 2'' cahier. Berlin, 1S21.
Ce recueil est écrit avec chaleur; on y déclare une guerre impi-
toyable à tous ceux qui veulent faire prendre à l'esprit humain une
marche rétrograde. D'après cela , il ne faut pas s'étonner de trouver^
au commencement de ce cahier , une attaque violente contre
150 LIVRES ETRANGERS.
M. de Schlegel. «Nous apprenons, disent les auteurs, que M. Schlegel
l'ait fondre des caractères pour une imprimerie samserit«; les frais im-
menses de cette entreprise n'arrêtent point un gouvernement prêt à
tous les sacrifices, quand il s'agit d'encourager les sciences ; mais il
paraît que, pour cette fois, les éléphans de M. Schlegel seront nourris
de pièces d'or, car chaque lettre coûtera quatre francs; et quand on
on aura dépensé plusieurs milliers d'écus , on n'obtiendra que la
faculté de glaner dans le domaine de la littérature indienne.-» Quoi
qu'il en soit de ce jugement , peut-être un peu acerbe , l'article est
fort spirituel; et comme on remet sous les yeux du public tous les
péchés philosophiques de MM. de Schlegel, il a un grand nombre de
lecteurs ; mais cela ne prouve rien contre leur qualité d'orientalistes.
Le second article, que nous rencontrons dans ce cahier, est un
discours de M. F. Carové, docteur en philosophie ; il est intitulé :
De l'état actuel de la philosopliie , et de l' importance dont elle est
pour le iems présent. L'auteur s'appuie sur les principes philoso-
phiques du célèbre professeur Hegel , qu'il développe avec clarté ;
ses définitions sont satisfaisantes ; il offre beaucoup d'intérêt dans
sa marche historique. Nous regrettons de ne pouvoir le suivre dans
l'application qu'il fait de l'étude de la philosophie aux dilférens états
de la société actuelle. 11 y a du mouvement dans le style de M. Ca-
rové , et , de plus , il est nourri de choses solides.
Oo. trouve ensuite un compte rendu de l'exposition des objets
d'art à Berlin , et plusieurs pièces de vers assez piquantes. Quoique
ce journal ait commencé avec l'année, il obtient déjà un grand suc-
cès, et tout lui présage une existence brillante. Ph. Golbéry.
"ào.—Jahrhiicher derLiteratur. — Annales delà littéiature, publiées
par Matthieu de Colltn. \ienne, 1820. Gerold. 12^ volume, compre-
nant les mois d'octobre , novembre , décembre 1820 , 3o8 pages in-S".
Nous avons parlé plusieurs fois de la Revue littéraire , qui parait
à Leipsick, sous le titre A' Hermès, ou Annales de la littérature ,
et qui est imité des Quarterly Reuiews , ou Revues trimestrielles
Anglais. Les Annales de la littérature , qui se publient à Vienne
depuis trois ans , sont faites sur les mêmes modèles. Ces deux ou
vrages, paraissent à la fin de chaque trimestie , et contiennent des
articles raisonnes et fort étendus sur des ouvrages nouveaux , tant de
la littératme allemande que de la littérature étrangère. Le goût de
l'imitation se fait reni;ii quer jusque dans Jesprit qui anime les rédac-
LIVRES ÉTRAlNGIiRS. 151
leurs des deus recueils allemands. Ainsi, tandis que celui de Leip-
*ick professe desprincipes semblables à ceux de L'Edimburgh Reuiew,
les Annales littéraires de Vienne ont pris pour modèle le Quarterly
Repiew de Londres; ou, en d'autres termes, tandis que le premier
suit les principes de la liberté du journal d'Edimbourg, le second re-
cueil est évidemment écrit sous l'influence du ministère, comme le
Quarterly iîet'ieM'.Cependant, la diUerence des jxays se fait sentir aussi
dans ces recueils littéraires; ce que la Revue d'Edimbourg peut ex-
primer franchement, V Hermès de Leipsick n'ose le dire qu'à mots cou-
verts; et lorsque le journal ministériel de Londres se borne à défendre
le pouvoir constitutionnel , les littérateurs de Vienne se rendent les
avocats du pouvoir absolu , et répètent servilement ce qu'ils ont lu
diïis VObseri/aleur autrichien. Si , en secret, ils ont des opinion*
plus raisonnables, ils les cachent si bien qu'il n'en paraît pas une
trace. Ils sont à un demi-siècle en arrière du reste de l'Europe pour
les idées civiles et religieuses. Cependant . ils ont la prétention de
donner de^ leçons; mais il faut voir dans quel genre : ils insinuent
très-sérieusement que, pour vivre heureux , il faut abandonner les idées
constitutionnelles. Ils conseillent aux peintres qui veulent s'ouvrir
une nouvelle carrière , de choisir leurs sujets dans les légendes. Voilà
pour la politique et les lumières des rédacteurs de ce journal. C'est
une partie à laquelle ils feraient bien de renoncer entièrement , tant
que des idées saines n'auront pas remplacé chez eux ces préjugés
gothiques qui offusquent leur esprit. La partie littéraire des An-
nales de Vienne est heureusement meilleure , et on y trouve même
de très-bons articles , dus à la plume des premiers écrivains autri-
chiens, auxquels se sont joints quelques autres savans allemands. Le
i2<= cahier, que nous avons sous les yeux, contient entre autres un
article intéressant sur les antiquités germaniques des bords du Rhm,
comparées à celles de la Silésie ; un autre, sur un recueil de chansons
populaires de l'Autriche, publié par Fiska et Schottky; enGn, un mé-
moire savant sur l'histoire des Nibelungues, et l'esquisse d'un voyage
en Dalmatie , avec un grand nombre d'inscriptions latines qui sont
dispersées dans cette ancienne province romaine, où Dioclétien
avait un palais. Sous le rapport des articles savans , ce journal est un
des premiers de l'Allemagne. Il est aussi mieux imprimé que la
plupart des journaux allemands. Enfin , les Annales littéraires de
Vienne ont assez de titres pour faire oublier la faiblesse de leurs
principes politiques et religieux. Q-Q.
J62 LIVRES ÉinANGERS.
N.B. Ce journal littéraire et critique, qui avait antérieurement joui
d'une sorte de liberté de la presse , a été depuis soumis à la censure
ordinaire, ce qui a engagé M. Collin, instituteur du duc de Reichs-
tadt , à ne plus concourir à la rédaction de ces annales. Un autre ré-
dacteur lui a succédé, mais le journal sera terminé au commencement
de l'année courante. Il sera remplacé par nn journal polUique , dont
b rédaction doit être conCée à M. Gentz, qui jouira désormais des
mêmes avantages que le gouvernement a jusqu'ici accordés aux an-
nales de la littéralure. Les collaborateurs les plus connus de ce
journal sont MM. Scblegel , Pilât , Wernes , Haller , ( de Berne , ac -
tuellement à Paris) , et Adam Miiller. On peut facilement augurer
dans quel esprit il sera rédigé. B.
SUISSE.
^'^• — Annales de législation et de jurisprudence , tome II,
i« livraison. Genève, 1S21, Manget et Cherbuliez , imprimeurs-
libraires. In-8°
Nous avons déjà fait connaître ce recueil à nos lecteurs. L'impor-
tance des matières contenues dans le premier cahier du deuxième
volume , nous paraît mériter une mention particulière. L'article le
plus remarquable de ce cahier traite de l'institution du jury, il est
de M. Rossi. On sait que le conseil-d'état du canton de Vaud mit,
il y a peu de tems , au concours , la question de savoir si le jury
convenait à ce canton. On adjugea le prix à un mémoire dans lequel
l'auteur ne décidait point la négative , malgré le mérite d'un autre
mémoire fait dans un sens opposé par M. de la Harpe , l'un des
magistrats les plus instruits du pays de Vaud, M. Rossi a emprunté
à l'ouvrage de M. de la Harpe plusieurs faits qui prouvent jusqu'à
l'éridence que la procédure criminelle sera toujours imparfaite et
même barbare , lorsqu'elle n'aura pas lieu au moyen des jurés choisis
dans les différentes classes de la société. Les observations de
M. Rossi sont extrêmement justes, et nous regrettons de ne pouvoir
en citer plusieurs passages. On remarquera aussi un autre article de
M. Meymek, dans lequel il donne des extraits de l'important ouvrage
de M. de Savigny, intitulé : Histoire du droit romain ( Geschichte
des rojuischen Reclus im Mittelalter). Plusieurs des opinions de cet
auteur nous ont paru susceptibles d'être contestées , et nous aurons
occasion de les examiner dans un compte rendu de l'histoire du droit
romain , par M, Berxiat Saint-Prix.
LIVRES ÉTRANGERS. 15 J
Le cahier est terminé par un prospectus qui annonce une nou-
Telle édition critico-exégétique du Corpus Juris civilis , que vont
publier MM. Schrœder, Clossius et Tafel, de Tubingue. Ces savans
demandent des renseignemens sur les meilleures éditions et les prin-
cipaux manuscrits du Corpus. Nous ne doutons pas que ceux qui
auront des documens relatifs aux ouvrages des jurisconsultes romains,
ne s'empressent de les leur envoyer , et de concourir ainsi à une en-
treprise si utile pour la science. On leur fera parvenir les découvertes
que l'on pourra faire, par la voie des libraires, soit à Tubingue, soit à
M. Reyma, libraire à Berlin. Cette nouvelle édition du dépôt des
lois romaines sera d'autant plus avantageuse qu'il en existe fort peu
de correctes , et d'un prix assez modique pour que les étudians
puissent se les procurer. L'édition donnée par Denis-Godefroy, en
i583, est fort rare, ainsi que celle des Elzévirs, de 1664, et celle de
Gebaiier, publiée à Gottingue en 1796 et 1797. La plus répandue et la
plus commode est l'édition connue sous le nom à' Academicum ;
mais on sait qu'elle est très-mal imprimée. Il était donc à désirer
que des hommes laborieux entreprissent l'immense travail de publier
un nouveau Corpus Juris ciuilis. Lorsqu'on pense au grand nombre
de manuscrits qui existent dans les diverses bibliothèques de l'Eu-
rope , et dont il faudra collationner plusieurs , on est effrayé de la
tâche que MM. Schrœder, Clossius et Tafcl se sont imposée. La
Bibliothèque royale de Paris possède vingt-quatre manuscrits du
Digeste , dont presque tous appartiennent au quatorzième siècle.
Trois de ces manuscrits contiennent la glose inédite d'Azon. J'ai
composé, selon le désir des nouveaux éditeurs, le Proemium des
Institutes, en me servant d'une édition ordinaire, et du manuscrit
le plus ancien de la Bibliothèque royale. (11 est du onzième siècle et
se trouve sous le n° IVMCDXXI du catalogue imprimé.) Je n'ai
remarqué aucune différence dans le texte ; mais il commence à ces
mots : Imper atoriam majestatem, etc., et ne contient pas le préam-
bule que l'on remarque à la tète de toutes les éditions imprimées :
Imperator Cœsar, Flanus , Jcsiinujvus , etc. Le seul travail d'exa-
miner les textes contenus dans les manuscrits de la Bibliothèque
royale demanderait beaucoup de tems , et cependant il est impos-
sible qu'il n'y ait pas de nombreuses variantes , qu'il serait indis-
pensable de connaître pour donner une bonne édition du Corpus
Juris civilis. Alphonse Taillandier, avocat.
Sa. — Exposé des motifs de la loi sur la procédure cirile pour le
15A LIVRES ÉTRANGERS.
canton de Genève; par M. Bbllot, avocat, professeur honoraire de
la faculté de droit, et membre du conseil représentatif de Genève.
Genève, 1821. Paschoud, libraire. In-S" de 206 pages.
Soumise à la domination française, depuis 1798, Genève avait
reçu no» lois et nos institutions. Rendue à son indépendance, elle
voulut avoir une législation qui lui fût propre , mais elle eut la sa-
gesse de ne pas méconnaître les avantages qu'elle pouvait retirer de
la nôtre, et de ne pas les sacrifier au désir de faire disparaître les
traces d'un joug étranger. Les codes français furent maintenus pro-
visoirement ; on voulut en faire une nouvelle expérience dans Ge-
nève indépendante, afin de pouvoir, dans la législation nouvelle,
en conserver tout ce qui paraîtrait utile. C'est ainsi qu'on s'occupa
d'une loi sur la procédure civile, dont M. Bellot fut chargé de faire
le rapport au conseil représentatif, et dont il publie maintenant les
motifs. Cet ouvrage ne sera pas seulement utile aux Genevois , en
leur facilitant l'interprétation de la loi de leur pays ; il le sera en-
core aux jurisconsultes et aux législateurs français. Indépendam-
ment des sages réflexions qui s'y trouvent, relativement à l'esprit
dans lequel doivent être conçues les lois sur la procédure, M. Bellot
s'est spécialement attaché à développer les motifs des changemens
apportés par le conseil de Genève à notre code. Une grande partie
de ces innovations nous a paru heureuse , elles ont toutes pour but
de dégager l'administration des formes trop compliquées peut-être
qui l'entravent encore parmi nous, d'abréger les délais, de dimi-
nuer les frais de justice _, et de rendre les procès moins embarrassans,
moins longs, moins coûteux. Supérieur à toutes les lois qui l'ont
précédé, notre code de procédure présente encore des imperfec-
tions qu'on a plusieurs fois signalées. Si jamais l'on s'occupe de les
corriger, nous ne doutons pas qu'il n'y ait beaucoup à profiter dans
l'exposition des motifs qui ont dirigé les législateurs de Genève.
M. Bellot n'a publié que la première partie de son ouvrage; nous
ne pouvons que donner des éloges à la justesse de ses observations ,
à la netteté de ses idées et à la clarté avec laquelle il les exprime. On
doit désirer, à Genève et en France , qu'il achève son utile entre-
prise. DrpiN, auocat-
ITALIE.
33. — Délie epizoozie , etc. — Des épizooties contagieuses et non
contagieuses auxquelles sont sujets les animaux domestiques, prin-
LIVRES ÉTRANGERS. 155
cipalement ceux qui sont employés à l'agricultmc , dans l'état de
Venise et en Italie, par Trlno Botta.m. Venise, 1819. Picotti,
4 vol. in-8«.
Cet ouvrage est partagé en douze sections , dont le sujet ne semble
pas toujours approprié à son but principal. On y traite de l état des
animaux domestiques dansTex-république de Venise et sons les gou-
vernemens qui lui ont succédé; du magistrat sanitaire, des écoles
vétérinaires de Padoue et de Milan; enfin , desépizooties en général
et des réglemens donnés pour les prévenir ou les arrêter. Une section
comprend la bibliographie des auteurs nationaux et étrangers qui
se sont occupés des épizooties.
M.—Nuovo sistemadiforlificazione, etc.-Nouveau système de
fortification, par jQomemw Chicchiatblli. Rome, 1819. Francesco
Boulié.
?>5.—Memoria sulle strade e sa' pond militari, etc.— Mémoire
sur les ponts et chaussées militaires. Naples, 1819. In-S".
"h^.-Sago^w suirapporli, etc. -Essai sur les rapports que doivent
avoir entre eux les moyens permanensde défense , la disposition to-
pographique du terrain et les opérations des armées ; par Stefano
di RivKHi. Naples, 1820. In-S".
ô-.—Memoriee lettere inedile , etc.— Mémoires et lettres inédites
de Galilée, recueillis et commentés par le c\xt\A\iev Giambattisla
Ventchi , etc. ; ouvrage destiné à servir de supplément aux princi-
pales collections des écrits de cet illustre philosophe, publiés jusqu'ici ;
seconde partie , etc. Modène , 1821. Vincenzi et compagnie. In-i".
La première partie de ces savans mémoires, que nous avons an-
noncée ( /^ojtz ci-dessus, Tom. V, pag. 109) , embrass'î l'époque
qui a précédé l'année 1616; la seconde s'étend de cette époque
jusqu'à 1642, année de la mort de Galilée. Une partie de ses ma-
nuscrits , cachée dans une fosse destinée à conserver le blé , fut ainsi
dérobée , dit M. Venturi, aux regards des inquisiteurs, par Viviani ,
digne élève et ami du vieux astronome. Après la mort de l'abbé
Panzanini , héritier de Viviani, arrivée en 1737, la fosse fut ouverte,
et on vendit à vil prix les papiers que l'on y trouva. MM. Targioni et
le sénateur Nelli purent en recouvrer une portion. Le grand-duc
actuel de Toscane a cherché depuis à recueillir dans sa bibliothèque
particulière tout ce qu'il a pu des écrits de Galilée. M. Venturi a pu
voir et extraire dans cette bibliothèque choisie tout ce qui lui mau-
156 LIVRES ÉTRANGERS.
quait encore pour compléter son travail , et tout ce qu'il vient de
publier appartient en entier à Galilée lui-même. Voici l'index de»
articles contenus dans le volume que nous annonçons , selon leur
ordre chronologique.— 1616 : Les meilleures pièces de l'apologie
que Campanella, étant en prison, écrivit à Naples pour Galilée; —
Ï624, une Réponse de Galilée à Francesco Ingoli pour le système de
Copernic ; — 1619 et 1626 , Notices diverses sur les questions agitées
entre Galilée et le P. Grassi sur les comètes; — 1624 et 1602,
Correspondance épistolaire de Galilée avec Castelli , Gassendi ,
Baliani et autres;— 1632 et suivantes, Ecrivains qui combattirent le
Dialogue de Galilée sur le système de l'univers. M. Venturi rappelle
plus de soixante écrits publiés pendant cette époque pour et contre
le système de Galilée. On y trouve aussi les documens les plus curieux
relatifs au procès de ce philosophe , et la traduction française de
presque tout son procès original, faite à Paris et communiquée i
l'éditeur par M. Delambre. De là il résulte principalement que Ga-
lilée, ayant tourné en ridicule Urbain VIII sous le nom deSimpliciOf
un des interlocuteurs de son Dialogue, le pape, qui précédemment
avait écrit une lettre et fait même des vers en honneur de Galilée .
en fut tellement irrité qu'il le persécuta et le fit condamner, acte
honteux dont l'inquisition ne pourra jamais se laver.— 1654-59, Cor-
respondance épistolaire avec des personnages très-distingués. —
1659-1641 , Correspondance de Galilée avec Liceti, etc. Enfin, l'édi-
teur n'oublie pas la persécution que la cour de Rome fit essuyer h
Galilée , même après sa mort. On tenta de déclarer illégal son testa-
ment , de lui refuser la sépulture dans l'église, et l'on défendit de lui
élever un monument; mais la postérité reconnaissante l'a amplement
dédommagé des injustices de ses contemporains.
38 — Storia délia Spagna anlica e moderna , etc. — L'histoire de
l'Espagne ancienne et moderne , avec des cartes géographiques et
des tables gravées par le chevalier Luigi Bossi , Milan, 1821 , ty-
pographie du commerce.
L'ouvrage que nous annonçons est du même auteur qui continue
l'histoire générale, ancienne et moderne , de l'Italie. L'histoire de
l'Espagne, dont le premier volume a déjà paru, sera divisée en
huit livres , et formera huit volumes.
c>^.—niografa crenionese , etc. —Biographie de Crémone ou dic-
tionnaire historique des familles et personnages illustres de Crémone,
LIVRES ÉTHANGERS. 157
depuis les tems les plus reculés jusqu'à nos jours; par P'ineenzo
Lanceiti, etc. Milan, 1820, t3'pographie du commerce; volume II,
in-4°.
Nous avons déjà annoncé le premier volume de cet ouvran-e ,
que l'auteur continue à publier avec beaucoup de zèle et d'intelli-
gence. On lui reproche des recherches trop minutieuses, surtout sous
le rapport généalogique. De pareils détails peuvent plaire aux in-
téressés; mais ils sont fastidieux pour les autres. Plusieurs articles
néanmoins se font remarquer par les observations justes et patrio-
tiques de l'auteur; tel est entre autres celui de Giovanni Baldesio.
C'était un Guelphe célèbre du xi« siècle, chef des Crémonais, sau-
veur de sa patrie ; ses concitoyens instituèrent des fêtes publiques et
annuelles , et firent frapper des monnaies pour en célébrer la mé-
moire. On a taxé l'article de Pietr'-Antonio Boselli de trop de par-
tialité. M. Lancetti reconnaît dans Boselli non seulement l'antago-
niste d'Aristote au xvii« siècle , mais aussi de Descartes, de Newton,
le Buffon de l'Italie et l'auteur d'une nouvelle cosmographie, dont
il n'existe aucun monument. Notre biographe semble donc avoir
oublié les Patrizj , les Telesio , les Campanella , les Porta , etc. ,
qui certes avaient un peu plus de mérite que Boselli.
4o. — Cicérone : Letlere disposte per ordine de' tempi , tradotle e
corredate di note , etc. — Cicéron : Lettres disposées suivant la date
des tems, traduites et cnricliies de notes; par M. L. Maeil, Padoue,
1820 , in-S°.
M. Luigi Mabil , ancien professeur à l'université de Padoue , est
connu par d'autres traductions, surtout par celle de l'histoire de
Tite-Live et par son abrégé de la morale de Stellini en forme de
lettres. Dans les notes dont il a enrichi les lettres de Cicéron ,
M. Mabil a beaucoup profité de celles du savant et judicieux Wieland
sur le même sujet.
4i. — Lettere e versi, etc. — Lettres et vers de Torquato Tassa, etc.
Milan, 1821 ; Giovanni Bernardoni.
On assure que Giuseppe Bernardoni possède un grand nombre de
lettres manuscrites du Tasse , qui appartenaient à son illustre bio-
graphe, l'abbé Serassi. Il a cru ne pouvoir mieux célébrer le mariage
de Carlo Kramer avec ïeresa Berra , qu'en publiant ce recueil do
lettres et de vers du célèbre et malheureux auteur de la Jérusalem.
On y trouve quelques nouvelles circonstances relatives à la vie et
158 LIVRES ÉTRANGERS.
aux infortunes de ce grand poète. Les poésies consistent en une
canzone , deux sonnets et huit madrigaux.
4^3. — UInfemo di Danle , etc. — L'Enfer du Dante, traduit en
vers hexamètres latins par le doctr ur Antonio Catklacci , professeur
d'anatomie et de physiologie. Pise, 1819, in-S» ; Rainieri Prosperi.
Cette traduction latine du Dante ne peut que paraître fort inutile
aux étrangers comme aux Italiens. Ceux-ci ne doivent lire la divine
comédie que dans l'idiome national , qu'elle a , pour ainsi dire ,
créé; les étrangers, et surtout les Français et les Anglais, non seu-
lement sont riches en traductions , mais ils s'empressent encore de
Jire l'ouvrage dans l'original. Pourquoi donc M. Catelacci s'est-il
donné la peine de le traduire en latin , surtout quand il en existait
dans cette langue une traduction très-élégante faite par le père
d'Aquino?
45. — Tragédie, etc. — Tragédies de Cesare Dblla Valle, duc de
Ventignano. Naples, 1S20, Angelo Trani; vol. IL
L'auteur de ces tragédies est un des nobles IN'apolitains , qui, en
cultivant la haute poésie , s'occupent d'études encore plus utiles. Le
second volume de son théâtre contient deux pièces dont les sujets
grecs sont très-connus, Iphigénie en Tauride et Médèe. La première
avait d'abord été traitée" par Euripide chez les anciens , et ensuite
par Rucellai, Pietr-Jacopo Martelli, Guimond de la Touche, et
récemment par Gùthe chez les modernes. L'auteur a profité
des essais de ses devanciers pour éviter leurs imperfections. Nous
avons aussi la Médée d'Euripide et celle qu'on attribue à Sé-
nèque , la meilleure peut-être des pièces latines qui soieat parvenues
jusqu'à nous. Pierre Corneille, Longepierre et d'autres ont reproduit
ce sujet sur la scène moderne. Malgré ses efforts , l'auteur n'a pu
éviter les imperfections inhérentes à la nature du sujet et au caractère
de ses personnages.
. 44» — Lettera, etc. — Lettre de Custanzo Gazzeba adressée au
comte Giuseppe Franchi di Pont , sur les ouvrages de peinture et
de sculpture exposés dans le palais de l'université royale de Turin,
€n 1820.
L'auteur de cet opuscule , écrit avec assez d'élégance , décrit tout
l'appareil et les circonstances solennelles qui ont accompagné l'expo-
sition publique des meilleures productions des arts. M. .Gazzera , en
les passant en revue, signale le mérite, le caractère, le genre, lesim-
LIVRES ETRANGERS. 159
perfections de chacune. Il se montre partout juge éolaiié et ama-
teur zélé des progrès des arts et de la gloire de sa' nation.
ESPAGNE.
45. — Decadas medico-q uirargicas j farmaceulicas jCic, — Recueil
décadaire des observations pratiques concernant la médecine, la
chirurgie et la pharmacie, par une société de gens de lettres. T. !•'.
Madrid, 1821. Cruz-Miyar, in-S". ^
Ce nouveau journal périodique se publie tous les dix jours, et neuf
décades forment un volume. Le premier, que nous annonçons, con-
tient des considérations importantes sur le suicide , sur la manière
d'enseigner la médecine, sur l'histoire de la pharmacie, sur la
bibliographie nationale et étrangère, etc.
46. — Diccionario geografico , etc. — Dictionnaire géographique
universel de tous les peuples de la terre, des nations, empires,
royaumes, républiques et autres états; des provinces, districts,
villes, bourgs et villages mémorables ; des lacs, fleuves, déserts,
montagnes, volcans, mers, ports, golfes, îles, péninsules, isthmes,
baltes, caps, etc.; 7» édition, corrigée et très-augmentée, quant à
ce qui concerne l'Espagne et l'Amérique; par don Antoine \^aKS.
Madrid, 1821; Davila , Sojo, etc., 6 vol. in-S".
Cet ouvrage sera très-utile non seulement aux Espag'nols, mais
aux Français ; et, lorsqu'on donnera une nouvelle édition du diction-
naire de Vosgiea, on pourra tirer un grand parti de celui-ci.
47. — Calecismo de la moral cii'il , etc. — Catéchisme de la mo-
rale publique , et exposition élémentaire des facultés physiques et
morales de l'homme, de ses besoins, de ses droits, de ses devoirs
dans l'état de nature et dans l'ordre social , et des droits des nations
considérées dans leurs relations mutuelles ; par don François Rodri-
guez DB Ledbsma , avocat. Madrid , 1821. Rodriguez, Matute. Un vo-
lume in-8».
^8.—Principios de la economia gênerai, etc.— Principes de l'é-
conomie générale et de la statistique de l'Espagne. Madrid, 1821.
Esparza. Un vol. in-8°.
Cet ouvrage anonyme contient quelques considérations sur l'éco-
nomie domestique et l'économie politique , sur la distribution des
revenus publics et sur la statistique d'Espagne. On y trouve aussi
l'acte de navigation de l' Angleterre , qui était peu connu en Es-
pagne.
160 LIVRES ÉTRANGERS.
47. — Historia de la dominacion de los Arabes en Espaha , etc.—
Histoire de la domination des Arabes en Espagne , tirés des manus-
crits et mémoires arabes, par D. Joseph Ant. Cosdé. Madrid, i8ao.
Un vol. in-4° de 660 pages.
M. Condé , savant académicien , mort l'année dernière , a fait de
grandes rechercbes dans la bibliothèque de l'Escurial et dans
d'autres bibliothèques qui possèdent des manuscrits arabes ; il en a
tiré une foule de renseignemens curieux , qui jettent un grand jour
sur la politique des conquérans sarrasins, sur leur gouvernement, leur
tactique, leur administration et leur système financier, leur police,
leur instruction publique , leurs mœurs et usages , leur littérature , la
vie de leurs grands hommes, etc. L'auteur a divisé son travail en quatre
Livres ; le premier, qui sert d'introduction à tout l'ouvrage , est un
exposé habile de l'état du peuple arabe lors de ses premières inva-
sions en Afrique. L'auteur passe ensuite aux autres invasions des
Arabes en Afrique , au règne des Omirs , à leur politique et à leur
conduite envers les indigènes de l'Espagne , aux guerres civiles qui
divisèrent les Omirs , aux événemens qui soumirent l'Espagne
arabe aux califes de Damas , enfin , au tableau des exploits et du
caractère des premiers dominateurs arabes en Espagne. Le deuxième
Livre commence par la fondation de la monarchie arabe , indépen-
dante des califes. Cet événement fut, ainsi que le prouve M, Condé,
l'effet de l'esprit public des Arabes , qui se déclarèrent en faveur de
Béni Oméga. L'auteur raconte l'histoire des princes de cette race,
et de leurs conquêtes en Espagne et en Afrique. Il termine par
l'exposé de l'état du gouvernement, des arts et des lettres chez les
Maures de cette époque, qui s'arrête à la guerre civile de io3o.
C'est là aussi la fin du premier volume. Les deux autres , qui sont
actuellement sous presse, contiendront les troisième et quatrième
Livres. Il faudrait qu'un savant , versé dans la littérature arabe ,
ajoutât à la fin l'explication des mots arabes , la géographie com-
parée et la charte de l'Espagne arabe , dont l'auteur n'a pu s'occu-
per, ayant été enlevé trop tôt à ses études profondes.
44- — Coleccion de Memorias historicas y poUticas , etc. — Recueil
des Mémoires historiques et politiques, concernant la dissolution
des cortès de 1814, l'arrestation des députés, leur exil, et les dé-
tails relatifs à ces événemens. Tome I". Madrid, i8ai. Castillo,
Earco, etc.
LIVRES ÉTRANGERS. 161
Les hommes de lettres et les hommes d'état, qui se sont réunie
pour publier cette collection , se proposent d'y faire entrer toutes les
pièces qu'ils ont rassemblées, pour démontrer les droits de la nation
et les véritables intérêts du roi , et réfuter les fausses doctrines de
quelques aristocrates exagérés, doctrines qui dérivent de l'ignorance
de la superstition , du fanatisme , et surtout de l'intérêt personnel.
5i. — Rejlexiones a las Cartes, etc. — Observations adressées h
l'assemblée nationale des Cortès de l'Espagne, concernant la loi
publiée sur le mode d'élection des membres de la municipalité de
chaque ville; par D. T^osepA deChurbcca, avocat. Madrid, 1821. Sojo.
52. — Discurso, etc.— Discours prononcé par D. Joseph Joachin
DB MoRA, à l'Athénée e.spagnol , lors de l'ouverture de son cours de
droit naturel , le 7 mars 1821. Madrid , Orcd.
55. —Nomenclatura de las bellas letras. — Nomenclature des
belles-lettres, en forme de dialogues, à l'usage des élèves du col-
lège de Vergara; par D. Félix Enciso Casthilloh, professeur de
belles-lettres dans le même collège. Madrid, 1821. Orea, Un vol. in-8",
^i'—Las Poesias de Horacio^ etc.— Traduction des œuvres d'Ho-
race en vers espagnols , par D. Xauier de Bdhgos , avec des notes
critiques. Madrid , 1S21. Paz et Sojo. Deux volumes in-S".
On avait déjà en ïspagne une traduction d'Horace en prose , et
une en vers de quelques-unes de ses œuvres seulement. M. Burgos
vient d'en donner une complète. L'auteur est connu pour un homme
de mériter rempli d'esprit et de connaissances littéraires. Il est
le directeur principal du journal intitulé : La Miscelanea (/e
Mélange) , sans contredit le meilleur de tons ceux qui paraissent
à Madrid en langage castillan. Le journal hebdomadaire le Censeur,
le premier ouvrage critique de l'Espagne , a publié un article sur
la traduction de M. de Burgos ; il en fait un grand éloge, en même
tems qu'il y signale de légères imperfections.
55. — El desembarco de los lîusos. — La descente des Russes à
Motril , port de la cùte de Grenade, dans la Méditerranée , comédie
en deux actes ; par D. Epiphane Estedan , représentée sur le théâtre
de la ville de Grenade, le 1" mars 1821. Madrid , 1821. Matute.
Llorenth.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
56. — Nouueaux mémoires de racadêmie rqyalà des sciences et belles"
lettres de Bruxelles. Bruxelles, i8?.o. P. J. Demat. In-4<> de 454 pag,
TojiK XI. w
162 LIVRES ÉTRANGERS.
Les savantes recherches historiques de feu M. Lesbroussàrt sont la
partie la plus intéressante de ce recueil , du moins pour la plupart
des lecteurs.
57. — Annales du Salon de Gand , ou Recueil des productions des
auteurs vif ans de l'école belgique , dédiées à V académie royale de
Gand, 1820 et i8ai. Chez P. F. de Gaesin-Verhaeghe.
Belle entreprise et bien digne , par son exécution , de l'accueil
qu'elle a reçu de tous les amis des arts en Belgique.
58. — Coup d' œil sur la nouvelle législation civile et l'organisation
de l'ordre judiciaire du royaume des Pays-Bas , par un magistrat.
Bruxelles, iSao. Picard; brochure in-8° de 64 pag.
Mémoire écrit avec sagesse , mais trop favorable aux projets de
subversion des lois actuelles.
59. — Exposé du système d'éducation primaire actuellement suiui
enSuisse, en Allemagne etenHollande;parJ. Coqiilhat. Bruxelles,
chez les frères Delemes, vol. in-S° de 120 pag.
Ouvrage recommandable et qui se fait lire avec intérêt,
6o.—L'Ophialmiste , ou VAmi de la vue, Bruxelles, chez les frères
Delemes; brochure ia-i 2.
Cette petite brochure ,dont l'objet n'est pas sans importance pour
les gens de lettres , est écrite avec agrément et imprimée avec un
soin que ne désavoueraient pas MM. Didot.
61. — Considérations sur la distinction des personnes et la dis-
tinction des fortunes. Bruxelles, 1821. Lecharlier, brochure in-12
de 74 pag-
6a. — Recueil annuel de poésies de la Société de littérature de
Bruxelles. Delemes, in-18 de 127 pag.
La plupart des vers qui composent ce petit volume (le iS' de la
collection ) , feraient honneur à nos Muses parisiennes. MM. Con-
chain , Hubin , Lesprit , O' Sulivan , Pire , Guetelet , ReifiTenberg ,
Rouveroy , etc. sont de très-dignes desservans du temple d'Apollon.
63. — De la colonie de Fréderiks-Ouord, et des moyens de subvenir
■aux besoins de l' indigence par le défrichement des terres vagues et
incultes; traduit du hollandais par le baron de Keverberg. Gand,
Hondin , 1821 ; in-8'' de i85 pag. , plus deux planches.
Mémoire rempli de vues utiles et bien présentées.
64. — Comédies de Térence , traduites en uers français par F, Ber~
geron, Tom. I". Gand, 1821. Hondin, in-S» de 48i pag.
LIVRES FRANÇAIS. 163
DebiU qui douue des espérances et mérite des encoiuagemens. Ce
premier volume contient VAndrienne et l'Eunuque.
65, — Guillaume Premier^ tragédie , par M. Alvin ; 1820, chez les
frères Delemes , in-8".
Tragédie jouée avec succès au théâtre de Bruxelles , au mois de
mars dernier. Le Mercure belge, journal plein d'esprit et de goût ,
contient une excellente analyse de cette pièce nationale.
Malgré les efforts du gouvernement hollandais pour faire dis-
paraître , ou du moins pour affaiblir l'usage de la langue française
dans la Belgique , elle y est cultivée avec plus d'ardeur que jamais.
On y trouve le charme du fruit défendu. Stassaht.
LIVRES FRANÇAIS.
66. — Séance publique de la Société royale de médecine , chirur-
gie et pharmacie de Toulouse, tenue le 2^ mai 1821. Toulouse ,
1821 ; imprimerie de J. M. Douladoure. Brochure in-8» de 56 pages.
Ce compte rendu d'ouverture renferme d'abord le discours pro-
noncé par le président, M. Duffour, puis le rapport des tra-
vaux de la Société, depuis le 27 juillet 1S20 jusqu'au 24 mai 1821 ,
fait par M. Ducasse fils , secrétaire général. En faisant l'énunié-
ration des mémoires présentés à la Société sur des cas de patho-
logie interne, il donne des extraits d'observations qui semble-
raient prouver que la médecine physiologique n'a pas encore
fixé l'attention des membres de cette compagnie. Le secrétaire
général a même eu grand soin, en citant avec éloge Bichat, Du-
puytren ,etc. d'oublier l'illustre auteur des phlegmasies chroniques.
On aperçoit cependant, dans quelques passages, un commencement
de concession à la nouvelle doctrine, et nous devons espérer que des
praticiens, dont la bonne foi doit égaler le savoir, ne tarderont pas à
se rendre à l'évidence des principes professés par les médecins phy-
siologistes. — Une seconde section est remplie par des cas de patho-
logie externe. Une observation de M. Caffort, sur un polype utérin ,
donne lieu à M. le rapporteur de faire la comparaison des différens
procédés opératoires employés pour enlever les polypes , et il
donne toujours la préférence à la ligature , parce qu'une hémorragie
mortelle , dit-il, pourrait être la suite de la résection. Si M. Ducasse
avait suivi la clinique de M. Dupuytren , il aurait vu qu'on peut , sans
danger, dans presque toutes les circonstances^ enlever les polypes par
ai *
16A LIVRES FRANÇAIS.
l'excision , et que jamais ce grand chirurgien n'a été arrêté par la
crainte d'une hémorragie , dont il sait toujours se rendre maître.
Le compte rendu des travaux de la compagnie est suivi de l'ana-
lyse d'un discours prononcé par M. Rumebe , sur la question suivante :
Jj élude et lapratique de lainédecine peuuent-eîles s' associer à la cul-
turedes belles-leltres? L'annonce des prix proposés pour l'année 1822
et le tableau des membres de la société terminent celte brochure. D.
67. — Précis analytique des travaux de V académie royale des
sciences, belles-lettres et arts de Ronsir, pour l'année 1821. Rouen,
imprimerie de Périaux ; 1 vol. in-S" de 194 pages.
Le compte rendu des travaux de cette compagnie par MM. Vitalis
et Bignon , secrétaires perpétuels , forme deux sections : Sciences et
arts, Belles-lettres et arts. La première est subdivisée en six cha-
pitres : Mathématiques , Histoire naturelle , Chimie et arts indus-
triels. Médecine, Médecine vétérinaire , Agriculture et économie
rurale. L'un des mémoires de cette section a pour objet: V Encollage
des étoffes ou toileries , au moyen de diverses espèces de pare-
mens , etc. , par M. Dubuc l'aîné, pharmacien. L'auteur, ayant le
désir d'être utile à la nombreuse classe des tisserands et de les faire
sortir des bas-fonds et des caves malsaines où la nature de leurs tra-
vaux les retient une partie de leur vie, présente différentes recettes
économiques d'un encollage hygrométrique, qui permettent de fa-
briquer les articles de rouennerie dans des lieux ni frais ni humides,
au-dessus du sol , sans nuire ii la tissure et à la confection des étoffes.
L'addition de V hydrochlorate de chaux paraît le moyen efficace
qu'il présente pour atteindre ce but. — On remarque ensuite, 1" un
mémoire de M. Vitaiis sur une nouvelle mine de chrome , trouvée
depuis peu dans une île voisine de Saint-Domingue et dont M. Vitalis
a fait la découverte, en analysant une certaine quantité de sable noir
que M. Sèment , officier de sauté , lui a rapporté des bords d'un
ruisseau qui coule dans la partie sud de V Ile-à-vache , situie
à 9 milles sud de Saint-Domingue. 2° Un essai sur les causes de
la couleur verte que prennent les huîtres des parcs à certaines
époques de l'année , par M. Benjamin Gaillon ( voy. Revue en-
cycl., Tom. IX, pag. Ô99 et 402). Non» devons rectifier une
erreur qui s'était glissée dans ce recueil , dans la réfutation de
l'opinion qui regarde comme une maladie la viridilé des huîtres.
On fait dire à l'auteur : a II est bien reconnu , par l'usage journalier
LIVRES FRANÇAIS 165
que l'on fait des huîtres vertes , qu'elles sont aussi saines que les
blanches ; donc leur coloration n'est pas le produit d'une ma-
ladie, » Preuve bien insignifiante , tandis qu'au contraire celle que
donne l'auteur contre cette opinion résulte des expériences compa-
ratives qu'il a faites du degré de vitalité des huîtres blanches et des
huîtres vertes, lesquelles n'ont présenté aucune différence. — 3° Des
observations de M. Prévost père , vétérinaire à Rouen , sur une vache
qui , ayant avalé une broche de fer servant à un métier à iSler du
coton , l'a conservée pendant deux ans entre la pleure costale et les
côtes , d'où elle est sortie en perçant cette dernière partie. La vache,
qui fait le sujet de cette observation physiologique, toussait souvent
et maigrissait depuis quelque tems ; maintenant elle est guérie , no
tousse plus et reprend son embonpoint. — 4° Le rapport d'une com-
mission nommée pour examiner les mémoires envoyés au concours
de 1820 sur cette question : «Quels sont les moyens, dépendans ou in-
àèçGnàAXis àvipjromètre de ffedgood, les plus propres à mesurer,
avec le plus de précision possible , les hauts degrés de chaleur que
certains arts, tels que ceux du verrier, du potier de terre, du.
faïencier, du porcelainier , du métallurgiste, etc., ont besoin de
connaître?» — La conclusion de la commission , adoptée par l'aca-
démie, accorde le prix au n" i"', portant porJr épigraphe: experientia
prœstantior arle. En conséquence le président a proclamé le nom
de M. Honoré Flaugcrgues, de Viviers (Ardèche), auteur du mémoire.
Les travaux de la classe Belles-lettres et arts présentent l'analyse
des discours de réception de MM. Fontanier , Lepitre et de M. le
lieutenant général Rivaud de la Raffinière; les remcrcîmens de
M. de Bernis, archevêque de Rouen , pour le diplôme qui lui a été
offert ; les adieux de M, Malouet , président de l'académie , dont les
derniers accens , témoignage de la confraternité la plus aimable, ont
retenti dans tous les cœurs et y laissent des regrets profondément
sentis. Parmi les mémoires consignés en entier dans le Précis de
l'académie^ on remarque: i^ une démonslration de M. Bignon, sur
la nature et la véritable signification du lerhe dans les propositions
grammaticales et logiques , dont le but est de combattre l'opinion
de M. la Romiguière sur la nature de cette partie de la proposition ,
et de prouver que le propre du verbe est l'expression des tems , la
relation du jugement à une époque plus ou moins précise de la
durée; a° dei considérations sur le charme et l'utilité altachés à
166 LIVRES FRANÇAIS.
l'étude de l'histoire , par M. Auguste Lepreuosl. L'auteur , citoyeiï
patriote , regrette avec raison que l'étude de l'histoire soit trop né-
gligée.— Diverses pièces de poésie , des élégies par M. Vigne , des
fables par madame Victoire Babois , MM. Guttingeret le Filleul des
Guerrots, des stances sur le Voyage de lauie par M, d'Omqy , no-
nagénaire, doyen des académiciens, terminent ce recueil, en tête
duquel se trouve le discours prononcé , à l'ouverture de la séance
publique, par M. Lemarquis, vice-président, qui s'est attaché à faire
ressortir l'heureuse alliance de l'esprit du commerce et du goût de
l'instruction. Nous citerons le passage où l'auteur peint à la fois l'acti-
vité commerciale de Rouen et l'influence scientiGque de l'académie :
« En contemplant la prospérité de cette ville, oii le fleuve royal apporte
majestueusement les productions des contrées les plus éloignées , où
les pavillons de tous les peuples flottent sur les navires pressés dans
le port, tandis que d'autres encore imparfaits reposent près de là sur
les chantiers ; où le coton de l'Inde , filé par les plus ingénieuses ma-
chines , paré des couleurs les plus vives et les plus variées , se trans-
forme en tissus également légers, élégans, solides; où le génie du
mécanicien s'exerce continuellement à diminuer, à régulariser le
travail des mains; où l'étranger, parcourant nos ateliers d'un œil
surpris , reconnaît , avoue malgré lui-même une supériorité qui
alarme sa jalousie ; combien il nous est doux de penser que l'aca-
démie n'est pas étrangère à cet état florissant , que plus d'un des
perfectionnemens qui ont contribué aux succès de l'industrie rouen-
naise est émané de son sein !» B, G.
68. — Pragmens de philosophie botanique , ou de la manière la
plus convenable de voir et de travailler en histoire naturelle , et
particulièrement en botanique , et des moyens de rendre cette science
plus simple et plus facile ; par A. L. Mabquis. Rouen, 1821, impri-
merie de F. Baudry. 1 vol. in -8° de 207 pages. Se trouve à Paris ,
chez Méquignon -Marvis.
Cet ouvrage contient vingt -uu chapitres; dans les six premiers,
l'auteur s'élève contre l'abus de la multiplication des espèces et des
genres en botanique ; il passe en revue les idées que les naturalistes
se font en général de l'espèce, et s'appuie de l'autorité de Locke et
de Condillac pour prouver que les espèces ne sont que des détermi-
nations de notre esprit et non des groupes exactement détermines
par la nature elle-même; il regarde l'opinion de la réalité des espèces
LIVRES FRANÇAIS. 167
comme une source d'erreurs qui a conduit à l'idée d'une précisiod:
sévère , mais illusoire , qui n'est pas dans la nature des choses ; il
voudrait qu'on effaçât des catalogues un grand nombre d'espèces qui
ne sont, d'après deux exemples cités par l'auteur, que la même es-
pèce altérée par des localités et des circonstances diverses. Ces six
chapitres forment en quelque sorte la première partie de l'ouvrage ;
ils sont remplis d'aperçus spirituels et intéressans ; ils préparent le
lecteur à la réforme des espèces, dont l'auteur développe le principe
et les règles dans le chapitre vu. Ce principe , suivant l'auteur , doit
être tiré de la considération des êtres relativement à nous; le besoin,
l'utilité seront la règle du naturaliste dans la formation des espèces.
Aucune distinction nouvelle , aucune espèce ne seront introduites
sans un motif raisonnable, sans une sorte de nécessité, ou du moins
d'utilité relative, soit directement à l'homme, soit à la science. C'est
ce que l'auteur, pour se servir d'un terme de la philosophie de Leib-
nitz, appelle la raison suffisante d'une espèce. Il est à craindre que
ce principe ne conduise pas à la précision et à la fixité qui paraît être
le but louable des efforts de l'auteur. On se demandera quel peut
être le régulateur de cette raison suffisante? Puisque la mesure du
besoin, de l'utilité , devient celle de l'attention plus ou moins grande
que nous donnons aux objets, la raison suDBsante d'un médecin et
celle d'un artiste ne seront pas dans la même ligne; tel savant scru-
tateur profond de la nature , la contemplant d'un point de vue plus
élevé , admettra des distinctions que ne soupçonnera pas l'obser-
vateur superficiel ; la raison suffisante de ce dernier serait pour le
premier une entrave bien injuste. En émettant des doutes sur l'effica-
cité du remède que propose M. Marquis , nous n'en faisons pas moins
,des vœux bien sincères pour que son livre plein de choses , fort d'i-
dées et écrit d'un style élégant, conduise les naturalistes à n'accueillir
que les travaux qui tendent réellement à l'avancement des parties
essentielles de la science. C'est cette essence sur laquelle il est à dé-
sirer que l'on soit d'accord. Les travaux sur la physiologie végétale
paraissent devoir conduire à cette fixité tant désirée. Mais que de ré-
formes le développement et la perfection de ces travaux amèneront
dans les doctrines botaniques, et quelles résistances certaines vé-
rités auront à vaincre ! N'anticipons pas sur l'avenir , et accueillons
avec reconnaissance tous les bons ouvrages qui tendent à l'amélio-
ration de la science. De ce nombre sont lesfragmens de philosophie
16S LIVRES FRANÇAIS.
botanique de M. Marquis, abondans en utiles conseils, mais dont
pourtant quelques propositions ne conviendront certainement point
h plusieurs savans, entre autres celle où l'auteur regarde les obser-
vations microscopiques comïne une des sources de la multiplicité
abusive des espèces en Imtoire naturelle ; celle encore où les travaux
scrupuleux des savans de la Germanie sont considérés comme des
écarts du bon goût et assimilés au genre romantique de la littérature.
On peut opposer à la première proposition , que les observations mi-
croscopiques nous ayant conduits à une connaissaDce plus certaine d e
l'organisation des êtres , dont la simple vue soupçonne à peine les
linéamens, conséquemment les ressemblances ont été plus positi-
vement déterminées; et si ces observations ont produit des espèces
et des genres que l'on ne connaissait pas , ces créations d'ordre, loin
de subdiviser le tableau de la nature , ont, en quelque sorte, concrète
des individus dont le grand nombre fatiguait les limites de notre in-
telligence : les observations microscopiques ont donc simplifié plutôt
que compliqué la science. Quant au goût romantique , à cette vague
inquiétude d'esprit que l'auteur suppose dans les travaux de plusieurs
naturalistes allemands, elle me semble en contradiction avec cette
marcbe sévère, ces observations réitérées et ce besoin d'exprimer ce
qui est, tout ce qui est, rien que ce qui est; en un mot avec cette
disposition philosophique de l'esprit, dont grand nombre de leurs
ouvrages scientifiques (ont preuve, et que je considère comme clas-
sique, comme devant concourir à l'avancement des sciences natu-
relles. Je crois, comme l'auteur, que rendre les sciences simples,
faciles, substantielles , les faire aimer, c'est assurément les sentir;
mais je pense que l'étude approlondie des diverses branches de la
science doit conduire à ce résultat. Les progrès de la civilisation ren-
dront par la suite familiers à tous les esprits les aperçus qui nous
étonnent et nous surpassent maintenant. Ainsi, borner nos recher-
ches suivant la mesure de telles ou telles facultés , c'est entraver
l'essor du talent , c'est établir l'empire des préjugés, c'est arrêter les
progrès scientifiques du siècle. B. G.
^9-~Fiore d'Oivard et de Bénin , par M. Palissot db Bkauvois.
Paris, 1821, chez la veuve de l'auteur, rue Saint-Louis, n» 58, au
Marais; et chez Arthus Bertrand, libraire , rue Ilautefeuille , n" aj.
In-folio. Prix , 480 fr.
Cette flore est composée de t^irigl lii^raisons contenant chacune
LIVRES FRANÇAIS. 169
trois feuilles d'impression , et de 6 planches représentant de 6 &
lo plantes. Elle contient la description et la figure exacte de tous
les genres nouveaux et de toutes les espèces nouvelles de plantes
recueillies par l'auteur dans des pays peu connus, et qui n'avaient
été visités par aucun naturaliste avant lui. La singularité , la beauté
des fleurs, le brillant et la variété de leurs couleurs rendent ce
recueil également utile aux savans , aux artistes et aux gens du
monde, A ce bel ouvrage s'en rattache un autre du même auteur:
Insectes recueillis en Afrique et dans Ils Etals-Unis d'Amérique.
Ce dernier, composé de i5 livraisons , contenant chacune 4 feuilles
d'impression , et de 6 planches qui représentent de 56 à 4o insectes
de grandeurs et de familles différentes, se trouve également chez
la veuve de l'auteur.
70. — Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique , par
L, J. Thénard, de l'Académie royale des sciences de l'Institut de
France, etc., etc., 3"= édition, revue et corrigée. Paris, i8ai.
Crochard, libraire, rue du Cloître-Saint-Benoît, n" 16, et rue de
Sorbonne, n» 3. 4 ï'ol. in-8" avec planches. Prix , pour Paris , a8 fr.
et 37 fr. franc de port pour les départemens.
Lorsque M. Thénard publia, en i8i3 , la première édition de son
excellent Traité de chimie., il ne fit que se rendre aux vœux souvent
exprimés par ceux qui cultivaient cette belle science, et surtout par
les nombreux élèves qui suivaient ses utiles et brillantes leçons, élèves
au nombre desquels je m'honore d'avoir été. Les uns et les autres
regardaient M, Thénard comme étant appelé naturellement à
remplir le vide qui existait, pour cette partie, dans nos livre:,
élémentaires scientifiques. Leur espoir fut entièrement justifié ;
l'ouvrage du savant professeur devint bientôt classique, et fut promp-
tement répandu dans tous les pays civilisés. (îïous en avons annoncé
une traduction italienne , Tom. II, p. SSj.) Dès l'année 1818, la
première édition était à peu près épuisée , et M. Thénard en fit une
seconde dont le succès ne fut pas moindre, et qui a été traduite ré-
cemment en grec moderne. {Vo}'. Tom- X, p. 23i.) La troisième
édition a paru en juin dernier. L'auteur ne s'est pas contenté
de faire une simple réimpression de son ouvrage ; il y a fait entrer
les nombreuses découvertes , dont les progrès rapides de la chimie
ont enrichi cette science depuis trois ans. Dans les deux premiers
volumes, il tritite de tout ce qui est relatif aux corps inorganiques ;
170 LIVRES FRANÇAIS.
dans le troisième, de tout ce qui concerne les corps organiques^
et , dans le quatrième , de l'analyse chimique ou des moyens géné-
raux par lesquels on parvient à séparer les principes constituans
des corps et à en déterminer la proportion. Ce dernier volume
renferme en outre toutes les planches de l'ouvrage, la descrip-
tion des ustensiles que l'on doit se procurer dans un laboratoire
de chimie, la manière de s'en servir et l'indication de leurs
usages.
On ne saurait trop louer Tordre qui règne non seulement dans la
distribution générale des différentes parties de l'ouvrage, mais
encore dans chacune d'elles, considérée séparément, c La méthode
que j'ai constamment suivie , dit l'auteur dans sa préface, consiste
à procéder du simple au composé , du connu à l'inconnu , à réunir
dans un même groupe tous les corps analogues , et à les étudier
d'abord d'une manière générale, et ensuite d'une manière particu-
lière. L'avantage de cette méthode , employée par les naturalistes,
se fera sentir surtout dans l'étude des métaux et des composés dont
ils font partie. En effet, il est possible de faire de ces sortes de
corps une étude générale si précise, qu'on soit presque dispensé de
les étudier en particulier.» J'ajouterai qu'en abrégeant l'étude de
la chimie, cette méthode la rend aussi facile qu'attrayante.
On doit savoir aussi beaucoup de gré à l'auteur de n'avoir négligé
aucun détail dans ladescription des expériences : en mettant ainsi
ses lecteurs à même de les répéter toutes , il contribue puissam-
ment à accélérer encore la marche d'une science à laquelle ses tra-
vaux et ses leçons ont déjà fait faire de si grands pas. Au reste , le
Traité de chimie de M. Thénard est un de ces ouvrages que le nom
de leur auteur recommande mieux que* tous les justes éloges qu'on
pourrait lui' donner ; il suffit d'en faire connaître l'existence à ceux
qui s'occupent de la plus utile des sciences 'physiques , pour qu'ils
s'empressent de se le procurer. A. Michelot.
"1. — Tableaux des intérêts à tous les taux en usage dans le com-
merce, et pour tel nombre de jours déterminés , suivis de tableaux
du cours progressif de la rente sur l'état , croissante ou décrois-
sante, suivant le taux de la rente légale de 5o fr. pour 1,000 francs
par an, ou 5 fr. pour 100 fr. , depuis le cours do 5o fr. {baisse forcée),
et successivement en remontant jusqu'à loo fr. (aw |iatV) ; et de la
comparaison du produit de divers capitaux en rente sur l'état , sui-
LIVRES FRANÇAIS. 171
vant le cours résultant de l'intérêt à divers taux en usage dans le
commerce , par P. Robert. Paris, 1821. Chez l'auteur, rue des
Saints-Pères, n" 81.
j2. — Considérations sur quelqua avantages de l'industrie et des
machines , en France et en Angleterre , lues dans la séance pu-
blique des quatre académies de l'Institut de France, par IM. Charles
Dcpis , membre de l'académie des sciences. Paris, 1821. Bachelier,
libraire. ln-8° de 02 pages. Prix, i fr. 25 cent.
La Kevue Encyclopédique a rendu compte du succès de cet
écrit et de son utilité. {Voyez Tom. X, p. 2440
"5, — Vojages dans la Grande-Bretagne , 2« partie. Force navale
de la Grande-Bretagne ; par M. Charles Dcpi.v, membre de l'aca-
démie des sciences. Paris, 1821. Bachelier, a vol. in-4° de 600 pag.
Prix, 22 fr. 5o cent. , et 20 fr. pour les non- souscripteurs.
La Revue a déjà rendu compte de la première partie de cet
ouvrage. Force militaire de la Grande-Bretagne. ( Voy. Tom. VII ,
p. 69 , et Tom. VIII , p. 48.) Dire que la seconde partie est encore
au-dessus de la première pour l'abondance et l'ordre des matières ,
ainsi que pour la beauté de l'exécution des planches, c'est en faire
l'éloge le plus complet. La Revue rendra compte de cette nouvelle
partie. La 9^ , qui paraîtra dans le cours de l'année prochaine ,
traitera du commerce et des travaux publics utiles au commerce ,
c'est-à-dire des travaux des ponts et chaussées. Cette partie con«
tiendi'a pareillement 2 vol. in-4'' avec planches et grand atlas , et
sera donnée au même prix que la précédente.
74' — Exposition des principes et classification des sciences dans
l'ordre des études, ou delà Synthèse; par H. Tohombert, avocat des
académies de Dijon et de Lyon. Paris, 1821. In-8 de i5o pages,
avec un tableau synoptique des sciences dans l'ordre des études.
Amable Coste. Prix, 2 fr. 5o , et franc de port 3 fr.
Il y a plus de vraie science , plus de raison dans ce petit volume,
que dans certaines bibliothèques entières. Par son titre , l'auteur,
avocat distingué au barreau de Lyon , n'annonce qu'une exposition
générale des principes , et une classification des sciences dans l'ordre
convenable pour les étudier et les enseigner,- et il donne de tels dé-
veloppemens sur les principes rationnels de la morale, du droit public,
du droit privé, du droit entre les nations, que cette partie seule
de son ouvrage est une bonne introduction générale à l'étude des
172 LIVRES FRANÇAIS.
lois. Nous croyons que son livre sera étudié , médité , lu et relu
avec avantage par tous nos jeunes gens qui veulent faire des pro-
grès dans les sciences quelconques. Les hommes faits , les savans
même y trouveront à s'instruire. Mais ce sont MM. les élèves des
écoles de droit qui doivent surtout le rechercher et le prendre pour
guide.
Ses études le conduisent à la religion; il en fait le principal
résultat de la science, et il vante le bonheur que procurerait aux
nations l'accomplissement des règles de l'évangile , qui ne voit
dans tous les hommes que des frères, qui regarde la justice comme
la voix de Dieu , qui ne veut pas qu'il y ait des oppresseurs , qui
confond et punit l'orgueil, qui met avant toutes choses les vertus,
qui enchaîne, pour ainsi dire , la force aux pieds de la justice et de
la sagesse. Cependant il lui est échappé une inconvenance grave,
et la seule que nous ayons remarquée dans son livre d'un rare mérite.
Sa jeunesse doit le faire excuser ; il ne veut pas qu'on dise à la femme
d'être subordonnée à son mari ; il propose que la raison commande
à tous les deux , et c'est ce qui arrive quand l'un et l'autre sont rai-
sonnables et vrais chrétiens ; mais quand l'auteur sera plus avancé
dans la carrière de la vie , quand il aura étudié la religion chré-
tienne avec autant d'application et de succès qu'il a étudié la phi-
losophie rationnelle , il pourra changer sur cet article, et se récon-
cilier avec l'apôtre des nations.
Baron, d'Alembert, Dupont-de-Nemours, MM. de Tracy, Lan-
celin , Bentham et Jullien de Paris, ont classifié les sciences et les
arts; il peut y a voir presque autant de diversité dans ces méthodes qu'on
en remarque dans les esprits. Dans le livre de M. Torouibert, l'étude
des corps de la nature, fondée sur les caractères et les rapports réci-
proques établissant entre eux des différences et des analogies, et l'é-
tude particulière de l'homme, fondée sur les rapports de ses facultés
intellectuelles avec ce qui l'entoure, conduisent à l'histoire naturelie,
dont l'histoire civile est une branche, et aux arts. L'auteur com-
prend tout cela sous le nom de science physique; et, selon lui, l'é-
tude de l'homme , fondée sur les rapports de ses facultés morales
avec ce qui l'entoure, sur les rapports d'affection ou de besoin qui
l'unissent à son semblable, conduit aux deux sciences du droit na-
turel et de la lèfrislution ; celle-ci a trois branches, le droit public
intérieur, le droit privé et le droit inlernational : c'est tout cela que
LIVRES FRANÇAIS. 173
l'auteur appelle science morale. Il expose , selon le droit naturel et
avec une grande force de raison, l'origine des droits et des devoirs^
l'origine de la propriété , les notions sur la loi en général, sur la sou-
veraineté , sur l'esprit des lois civiles, etc. Il définit la loi positive :
une application spéciale des principes de la morale ou de la loi na-
turelle ; il voit les principes de la loi naturelle dans nos facultés et
dans nos besoins , et il appelle loi de l'état l'acte du législateur qui
protège l'exercice des facultés de chacun. Il dit que c'est l'expres-
sion des besoins, la limitation du droit de propriété, la règle dfs
droits, autrement ce qui est juste. Tant que la loi n'est pas juste, il
n'y a, dit-il, qu'un régime provisoire. 11 fait, sur tous ces points,
une critique vive et foncée des notions qu'enseignèrent Montesquieu
et J.-J. -Rousseau. aPour avoir, dit-il, des lois bonnes, justes, des
lois véritables , il faut étudier les vrais besoins de la société : pour
étudier des besoins, il faut qu'ils se puissent manifester franche-
ment et hautement. Ainsi, les législateurs doivent recueillir attenti-
vement l'opinion générale, comprendre les besoins qu'elle annonce
et satisfaire à ces besoins par des lois. Si les besoins changent, les
lois doivent changer avec eux ; elles forment le pacte social ^ qui a
SCS bases dans la liberté individuelle et dans l'égalité de tous devant
les lois.» Il ne dit rien de spécial sur les constitutions, ni consé-
quemment sur le droit de les suspendre et de les abroger.
L'auteur se propose de développer, selon sa méthode , le droit
civil dans un traité particulier. Nous croyons qu'il fera une chose
utile , et que son traité général et son traité particulier recevront du
public uu accueil très-favorable. Mais c'est notre droit criminel qiû
a le plus besoin de réfoiine. Otez les substitutions et les majorais ,
perfectionner et ne détruisez pas le système hypothécaire ; mettes
tous les articles de ce code en harmonie avec lui-même, avec les autres
codes , cela sufiBrait pour long-tems. Notre code criminel pèche par
l«s bases et par de grandes lacunes. Lahjdimais.
■pS.—Les Ruines, ou méditations sur les révolutions des empires,
par C. F. VoLîKKY. Paris , 1821. Bossange frères, rue de Seine , n" lî,
7» édition , I vol. in-iG , auqiuil on a joint la Lui naturelle et un
portrait de l'auteur.
VoLHKY avait un esprit infatigable dans la recherche de la vérité ;
comme il croyait ne pas la trouver exprimée assez clairement dans
les livres, il conçut le dessiin d'aller la chercher, loin de sa patrie ,
a7A LIVRES FRANÇAIS.
dans l'Egypte et la Syrie , dont les déserts sont encore remplis des
restes de leur grandeur passée. Aucun obstacle ne fut capable de
l'arrêter. 11 supporta la faim , la soif, les feux d'un climat brûlant ,
et des privations de toute espèce. Il vécut parmi des hordes d'Arabes
dont il apprit la langue, vêtu comme eux, couchant sur la terre , se
conformant à leurs lois , à leurs usages et à leurs mœurs. Mais cette
passion , pour la vérité , venait moins du désir de la gloire que de
l'amour de la vertu. Transporté en présence des ruines de Palmyre ,
qui sont les plus étonnantes de l'antiquité , Vol ney s'arrête , les con-
temple, les interroge , et transmet à la postérité le fruit de ses ins-
pirations. Il voit des déserts là où s'étenclaient jadis des campagnes
riantes et fertiles ; des ruines sur le même sol où régnait une opu-
lente cité, quelques hordes de barbares semées çà et là , tristes restes
d'une population nombreuse , une morne solitude remplaçant le
Jai'uit et le tumulte des arts ; partout le silence des tombeaux. Era-
. brassant alors par la pensée la diversité des pays , .des tems et des
opinions , il médite profondément sur les causes de la misère des
peuples exposés à tant de vicissitudes ; et , voulant expliquer com-
ment tant de nations florissantes ont disparu de la scène du monde ,
il descend dans le cœur de l'homme, et découvre, dans l'amour de
.soi-même, une source féconde du bien et du mal, qui, s'accroissant
de toutes les passions humaines , produit tantôt la grandeur ,
tantôt la décadence des états. En effet , cet amour bien dirigé rend
l'homme juste , bienfaisant , religieux ; s'il prend une fausse direc-
tion, il le rend méchant , ingrat , oppresseur. L'amour de soi même
renferme donc tous les élémens de la prospérité ou de l'adversité
du genre humain.
C'est sur ce grand principe que Volney fait reposer tout son ou-
vrage ; il démontre que cet amour de soi-même ne peut dissiper les
nuages des préjugés accrédités par le tems, nous conduire au
bien, qu'autant qu'il est placé sous la direction de la loi naturelle ,
dont il explique les règles éternelles et immuables , règles écrites
dans le cœur de l'homme. A. Métbal.
76. — (Euvres choisies de Fénèlon , 6 vol. in-8«. Les tomes 1 et a
sont en vente. — Paris , 1821 , Delestre-Boulage , libraire de l'Ecole
de Droit, rue des Mathurins-S.- Jacques, n" 1.
Le second volume , qui vient de paraître , contient les Dialogues
, sur l'éloquence ; U LeltreàVacadémie française sur l'éloquence , la
LIVRES FRANÇAIS. 175
poésie , l'histoire., etc. le Discours de réception à L' académie fran-
çaise ; des Mémoires très-curieux et pleins de hardiesse sur la^uerre
de la succession d" Espagne , et divers autres opuscules. Les volumes
suivans paraîtront de mois en mois.
77. — Penséeset maximes de Fkmklon, 2 vol. in-i8,avec portrait.
Paris , 1821 ; Roret et Roussel , rue Pavée-S. - André ^ n^g. Prix ,5 fr.
et , pour les souscripteurs , 2 fr. 5o c.
Ces deux volumes font partie de la collection des Pensées et Maxi-
jues des écrivains célèbres , que nous avons déjà eu occasion d'annon-
cer ( Vojez t. IX , p. 162 et 352 ). Parmi les Pensées de Fénélon , de
ce digne prélat qui orna la morale des grâces de l'imagination , nous
avons remarqué celle-ci : « Il faut qu'un peupje ait des lois écrites ,
toujours constantes et consacrées par toute la nation ; qu'elles soient
au-dessus de tout ; que ceux qui gouvernent n'aient d'autorité que
par elles ; qu'ils ne puissent rien contre ces lois pour autoriser le mal.»
C'est à M. H. Duval que nous devons le choix de ces pensées ;
celles de Bossuet et de Massillon sont sous presse.
78. — Des Délits et des Peines , par Becc aria , traduction nouvelle
et seule complète, suivie du commentaire de Voltaike sur le livre
dçs délits et des peines , et du discours de J. M. A. Seevan , avocat
général au parlement de Grenoble, sur l'administration de la justice
criminelle , par P. J. S. Dcfev ( de l'Yonne ), avocat. Ladvocat , li-
braire, Palais-Royal, Paris , 1821 , 1 vol. in-S" ; prix, 6 fr.
L'ouvrage de Beccaria a toujours joui, en France comme en Italie
et dans toute l'Europe , de la plus haute estime , depuis sa première
apparition , en 1764. Les trois premières éditions furent épuisées en
dix mois. Ce fut sur la troisième édition que Morellet flt sa traduc-
tion , ou plutôt son imitation , qui parut en 1 766. Après la cinquième
édition , Beccaria fit quelques changemens au plan de son ouvrage,
Quelques-uns lui avaient été indiqués par Moi'ellet, La traduction
publiée ensuite par M. Chaillou de Lisy était absolument conforme
aux premières éditions. Les additions faites par Beccaria , depuis
que les traductions ont paru , étaient absolument inconnues des lec-
teurs français. La traduction nouvelle , donnée par M. Dufey , est
la seule qui les fasse connaître. Elle a été faite sur l'édition italienne,
publiée en 1807 , chez Bettoni , de Milan , par M. Beccaria , fils de
l'auteur , seule édition regardée en Italie comme complète, et dont
la 26« édition , donnée par le libraire Silvestri , en i8io , n'est
176 LIVRES FRANÇAIS
qu'une réimpression. Le commentaire de Voltaire et le discours de
Servan , qui terminent le volume , étaient un complément nécessaire
de l'ouvrage de Beccaria , et ont été substitués , avec beaucoup de
jugement ,à l'extrait, peut-être un peu sec, de la Théorie des peines
de Jérémie Bentham , donné dans l'édition française de 1797, par
M. Rœderer.
79. — Des Conspirations et de la justice politique , pa^ P. Gcizot ,
avec cette épigraphe : « Ne dites point conjuration, toutes les fois que
le peuple dit conjuration (Esaïe, chap. 8, vers. 12). Paris, 1821;
brochure in-8" de 119 pages; Ladvocat, au Palais-royal. Prix 5 fr.
L'auteur signale un grand mal qui nous menace : la justice près de
tomber sous le joug de la politique. C'est surtout dans les tems de
fermentation politique , que la justice doit se montrer plus difficile ,
plus attentive et plus impartiale. Si quelque force étrangère veut
la détourner à son profit, il faut s'élever contre une usurpation
qui la perd. Il s'agit ici de droits et d'intérêts qui sont au-dessus
de toutes les opinions, que tout système est également tenu de
garantir. — M. Guizot, après avoir indiqué le but de son écrit, traite
de la politique et de la justice. Une politique habile doit empêcher
que la conservation de l'ordre social n'exige sans cesse l'intervention
de la force matérielle, bientôt funeste et impuissante, quand on lui
donne trop à faire. Dans le chapitre II , l'auteur trace le cercle d'où
le pouvoir judiciaire ne peut sortir sans violer la loi, sans devenir
l'instrument de la puissance pour descendre dans l'arène des partis.
Les chapitres III et IV développent les conséquences effrayantes
pour la sécurité individuelle de cet oubli des principes. Le chapitre V
traite des agens provocateurs ; il établit la différence qui doit se
trouver entre l'espionnage , jugé quelquefois nécessaire au maintien
de l'ordre , et \a provocaiion , qui couve et fait éclore le crime et qui
exerce sur la pauvre nature humaine l'atroce mission de Satan. Le
chapitre VI (du ministère public] contient l'exposé des inconvéniens
graves qui résullent pour la justice et pour la morale des aberrations
du pouvoir, transportant sur le terrain judiciaire toutes les forces et
toutes les armes dont il est pourvu sur le terrain politique , pour-
suivant les individus devant les tribunaux avec le même langage, la
même latitude qu'il emploie pour soutenir ses actes dans les
chambres. De cette manière, conclut l'auteur, la politique envahit
la justice et la corrompt en l'envahissant. Après avoir signalé le mal,
LIVRES FRANÇAIS. 177
û offre le remède dans le chapitre IX et dernier, en démontrant que
la justice est la meilleure politique , et qu'en donnant pour point
d'appui à la puissance judiciaire la loi et l'équité, elle triomphera
de l'esprit de parti et des préventions politiques, et contribuera es-
sentiellement à consolider le gouvernement et à moraliser l'esprit
public. B. G.
80. — Principes de jurisprudence française , pour servir à l'intelli-
gence du code civil ; par M. Boulage , avocat à la cour royale et
professeur de code civil à la faculté de droit de Paris. Paris, 1S20;
Delestre-Boulage , rue des Mathurins-Saint- Jacques, n" v". Deux
volumes in-S" ; prix , la fr., et par la poste i5 fr.
Cet ouvrage contient la substance des leçons que M. Boulage pro-
fessait à l'école de droit de Paris. L'auteur , arrêté par la mort au
milieu de sa carrière, est loin d'avoir rempli la tâche qu'il s'était
imposée ; car il n'a pu examiner que les deux premiers livres du
code civil. Nous ignoions si l'on se propose de publier les matériaux
que , sans doute , on aura trouvés parmi les papiers de M. Boulage.
Nous avions déjà , sous le titre de Principes de la jurisprudence
française, un fort bon ouvrage de Prévôt de la Jannès ; mais il n'est
relatif qu'à notre ancien droit. Sans prétendre mettre le livre de
M. Boulage sur le même rang que ceux de MM. Toullier, Pru-
dhon, etc., nous pensons néanmoins qu'il peut être utile aux élèves.
On a réimprimé, à la tête du premier volume, l'Histoire du droit fran-
çais, de l'abbé Fleury. A. T.
81. — Des Substitutions prohibées par le code ciuil, par M. Roliatd
DB ViLiABGiEs , juge-suppléant au tribunal de première instance de
la Seine. Paris, 1821; 2« édition, revue, corrigée et augmentée.
Hayet, rue de la Michodière , n"> 12. Un volume in-S° ; prix, 6 fr. ,
et 7 fr. 5o c. franc de port.
Cette seconde édition d'un traité ex-professo sur une matière difS-
cile, et sur laquelle, par cette raison même, peu d'auteurs se sont
exercés, mérite d'être recommandée aux magistrats et aux juriscon-
sultes. L'auteur possède bien les principes des substitutions , et les
applications qu'il en fait aux diverses espèces dénotent un homme
qui a joint la pratique des affaires à l'étude des lois. D.
82.— (*} Le Barreau français ou Collection des chefs-d'œuvre de
l'éloquence judiciaire en France , par Baquet , Beaumarchais ,
Cochin, d'Aguesseau, Dupaty , Élie de Beaumont, Erard, Ferrere,
TOMB XI. 12
17S LIVRES FRANÇAIS.
Gerbier , Lemaître , Lenormant , Linguet , Loyseau de Mauléon ,
Mirabeau , Montesquieu , Patru , Pélisson , Portalia , Servan ,
Target, etc. (ancien barreau') ; et par Bellart, Bergasse, Berryer,
Billecoq, Bonnet, Berville, Chauveau-Lagarde , Courvoisier, Dela-
malle , Dupin , Duveyrier , Guichard , Hennequin , Lacretelle aîné ,
Laine, Lally-Tolendal , Manuel, Marchangy, Mauguin , Raves,
Romiguière , Siméon , Trinquelague , Tripier , Yatiménil , etc.
( barreau moderne). Paris, 1821 ; Panckoucke , rue des Poitevins,
Tû." 16. Premier volume de la seconde série, in-S" de 4S5 pages; prix,
€ francs. La collection entière de cet ouvrage, publié par souscrip-
tion et dont il paraîtra un volume toutes les six semaines, sera com-
posée de seize volumes , huit pour Vancien barreau et huit pour le
barreau moderne.
Le volume que nous annonçons commence le barreau moderne,
et renferme le plaidoyer de M. de Lally-Tolendal ^ont Louis XVI,
celui de M. Bellart pour mademoiselle Champion de Cicé et celui
de M. Bonnet povLT le général Moreau; le discours de M. Billecoq sur
la profession d'avocat, et celui pour F. de Rivière ; les plaidoyers de
M. Dupin pour Robert Wilson et pour Savary, celui de M. Henne-
quin pour Fiévée, et le réquisitoire dans l'affaire de la Bibliothèque
historique par M. de Vatismènil. Le tome second , qui commence
Yancien barreau, renfermera les plaidoyers de Loyseau de Mauléon
et à.' E lie de Beaumont.
85. — Note sur la véritable interprétation d'une loi italienne ,
contenant des renseignemens sur la personne et sur les écrits de
M. Charles Paseeo, de Turin. Deuxième édition, augmentée.— V ans,
1831 ; impr. d'Antoine Bailleul , rue Thibautodé, n» 8.
Cette notice n'est augmentée que d'un avant-propos. L'auteur
pense que la loi piémontaise qui défend toute impression d'ouvra'^es
dans les pays étrangers, sans l'approbation des réviseurs piémontais,
ne doit pas s'étendre aux individus qui ont fixé leur domicile dans
ces mêmes pays.
84. — Du gouvernement , considéré dans ses rapports auec le com-
merce .1 ou de l'administration commerciale opposée à l'économie po-
litique.ParF. L. A.FBBBiEB,2e édition, Paris , 1821 , Pélicier, place
du Palais-Royal. Un vol. in-S°.
Cet ouvrage est remarquable par une grande franchise d'opinion
contre une science généralementrépandue , et pour laquelle les bom-
LIVRES FRANÇAIS. ^79
mes ont d'autant plus d'estime , que peu la comprennent bien et
peuvent s'en rendre un compte exact. C'est la science de l'économie
politique; «science récemment découverte, dit l'auteur, et qui, riche
en théorie qu'elle vante , quoiqu'elle en change perpétuellement
pauvre en faits qu'elle dédaigne, range toutes les nations sous il
même loi. . L'administration , en général , embrasse tous les inté-
rêts positifs des peuples, et l'administration commerciale en est une
subdivision. C'est de celle-ci que s'occupe particulièrement M. Fer-
rier : en démontrant « qu'elle vit de faits, qu'elle repousse toute
théorie absolue , parce que le malheur des théories- est d'être inflexi-
bles , » c'est-à-dire, sans application possible aux intérêts qui , de leur
nature , sont toujours très-variables , il oppose cette science à celle
de l'économie politique , qui ne présente que des théories. Son but
est d'expliquer le système d'administration commerciale ; de repro-
duire , pour les combattre, les objections dont il est l'objet. Remon-
tant aux principes, qu'il déduit avec toute la clarté nécessaire pour
rendre facile et prompte l'intelligence de choses abstraites par leur
nature , il divise son ouvrage en quatre parties , dans lesquelles il
examine : 1° ce que c'est que la richesse des nations ; 2° l'influence
de l'argent sur la reproduction ; ô" le commerce , tant extérieur
qu'intérieur , et son action sur la richesse des peuples ; 4» enfin le
système commercial de la France , ou l'objet et l'esprit des lois sur
lesquelles repose la prospérité de notre industrie. Dans ces quatre
grandes divisions, liées entre elles avec habileté, l'auteur passe succes-
sivement des principes , qu'il expose avec une logique lumineuse , à
leur application. En faisant apercevoir la différence que suivent dans
leur marche les deux sciences qu'il oppose l'une à l'autre , il
réduit à sa plus simple expression une des questions les plus im-
portantes. L'économie politique , suivant M. Ferrier , procède dans
ses spéculations, comme si chaque nation n'avait pas des intérêts
distincts , comme si tous les peuples ne formaient qu'un seul
peuple : l'administration , au contraire, ne passe point de la théorie
à la pratique ; elle remonte de la pratique à la théorie , n'admettant
de théorie qu'autant que la pratique en a fait reconnaître la jus-
tesse. La manière de poser la question , d'après une indication
aussi précise , influerait puissamment sur la solution. V. D. M.
85. — De V exponation et de ï importation des grains ; par J.-B.
Odï:». Brochure in-8' , Paris , i8ai. (Ne se vend pas , mais se trouve
chez l'auteur , rue Saint-Dominique , rx" 17. }
12'
Î8Ô LIVRES FRANÇAIS,
On doit de la reconnaissance aux anciens administrateurs qui ,
retirés des affaires , cherchent , sans aucun intérêt personnel , à
faire profiter leur pays de l'expérience et des lumières qu'ils ont
acquises dans l'exercice de leurs fonctions. Cette réflexion s'applique
naturellement à M. Ouïn , qui , après avoir occupé, pendant long-
tems et avec distinction , des emplois supérieurs dans l'administra-
tion des subsistances militaires, a exposé, dans un écrit à la fois clair
et concis, les inconvéniens de notre législation actuelle sur les grains,
et les dispositions qu'il convient , selon lui , d'y sub«tituer. Après
avoir démontré , par des calculs rigoureux et par des raisonnemens
qui ne le semblent pas moins, que la loi du 16 juillet 1819 et celle du
24 juillet 1S21 qui la modifie sont à la fois contraires aux intérêts des
producteurs et à ceux des consommateurs , M. Ouïn développe le
système qu'il croit le plus propre à les concilier. En voici les bases :
î°. les départemens frontières delà France seront divisés en qua-
torze classes, parce qu'il existe quatorze bassins qui aboutissent à
la mer ou à l'étranger. 2° Les marchés régulateurs de l'exportation
seront choisis au sein des cantons les plus productifs de chaque bas-
sin. 3" Il sera assigné à chaque marché régulateur une limitejégal«
d'exportation , laquelle sera fixée sur le prix moyen naturel du fro-
ment dans le voisinage de ce marché. 4° L'exportation restera per-
jnise , dans chaque classe, aussi long tems que le prix courant de
chacun des marchés régulateurs n'aura pas dépassé la limite légale
déterminée parle tableau de fixation. 5" Les départemens frontières
seront également divisés en quatorze classes , à l'égard de l'impor-
tation. 6° Les marchés régulateurs de l'importation seront choisis
parmi les communes les plus populeuses de chaque bassin. 7° Il
sera assigné à chaque marché régulateur une limite légale d'impor-
tation , laquelle sera fixée sur le prix moyen naturel du froment
dans le voisinage dudit marché , avec une addition de 5o cent, par
hectolitre. 8" Le gouvernement aura la faculté de déterminer les quan-
tités de grains à laisser entrer dans chaque classe. 9" Il continuera
d'être perçu des droits d'importation , non sur chaque hectolitre,
mais sur chaque quintal métrique de froment admis à la consom-
mation intérieure ; ces droits seront gradués dans chaque classe sur
la plus haute limite légale assignée à ladite classe , et ils seront
susceptibles de décroître dans les proportions que l'auteur indique
plus loin. Il donne aussi le tableau des marchés régulateurs, tant
LIVRES FRANÇAIS. 181
l"our l'exportation que pour l'importation, avec les limites* légales-
de ces difFérens marchés ; mais il le présente seulement comme un
essai sur lequel il appelle un examen attentif. Je ne me permettraipas
d'émettre mon opinion sur une matière aussi importante , et qui-
de tout tems a divisé les meilleurs esprits; mais je crois devoir dire
que l'opuscule de M. Ouïn me paraît digne d'être médité par tou»
ceux qui e'occu,' ent d'économie publique, par devoir ou par goùt.
A. MlCHELOT.
S6. — Quelques Considérations générales sur les colonies. Paris ,
1821. Jeulin, libraire, rue Saint-Honoré , n» 338. in-S" de i5o p.
Prix , 2 fr. 5o cent.
Cette brochure contient, ce qu'on aurait peine à croire aujour-
d'hui , un long plaidoyer en faveur de la traite des nègres. L'auteur ^
auquel sa qualité et ses préjugés de colon paraissent avoir fait ou-
blier sa dignité d'homme , semble croire que les noirs esclaves sontr
dans nos colonies cent fois plus heureux que les journaliers d'Europe.
Selon lui, les nègres sont incapables de sentir les bienfaits de la li-
berté ; ils n'ont aucune notion du juste et de l'injuste , sont peu sen-
sibles aux affections de la nature sur le sol natal; en un mot, il les
classe parmi les êtres seulement doués de la vie animale, et totale-
ment privés des facultés intellectuelles. Dans la description que cet
auteur anonyme donne des travaux auxquels les noirs peuvent être
employés , on croirait voir un naturaliste cherchant à dépeindre les
mœurs d'une nouvelle famille d'animaux. Voici les expressions dont
il se sert : « Il suffit, pour voir le nègre s'habituer à sa nouvelle po-
sition , qu'on lui ait choisi l'espèce d'occupations auxquelles sa
nation est le plus propre. C'est le nom qu'on donne aux diverses
variétés de l'espèce : ces variétés ont des caractères distinctifs , re-
marquables, même pour ceux qui ne les ont pas pris sur la côte.
Le Mandingue et Vibo sont propres à la terre ; le Sénégalais, au
service domestique et aux métiers, etc. , etc. » (page 52. )
En vain , une philosophie généreuse a démontré jusqu'à l'évidence
combien il est cruel d'arracher ainsi des hommes à leur patrie ; c;»r,
en les supposant même plus dépourvus d'intelligence que ceux de
notre espèce , ils n'en sont pas moiiïs nos frères ; un écrivain se
trouve, qui n'aperçoit dans cet infâme commerce qu'une action
droite et nullement répréhensible. On est forcé d'expliquer une sem-
blable apologie par l'intérêt personnel, qui presque toujours fait mé-
182 LIVRES FRANÇAIS.
connaître la justice et la vérité. Répondons à cet auteur anonyme
par quelques citations tirées de l'admirable chapitre de Montesquieu
sur l'esclavage des nègres. « Si j'avais à soutenir le droit que nous
avons eu de rendre les nègres esclaves, dit ce grand publiciste ,
voici ce que je dirais : Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux
de l'Amérique , ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique ,
pour s'en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher,
si l'on ne faisait travailler par des esclaves la plante qui le produit.
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tète , et ils
ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre, etc.»
Du reste , nous devons convenir que cet ouvrage est , sous d'autres
rapports , l'un des meilleurs qui aient paru sur nos colonies. Il
abonde en idées saines et utiles , en aperçus lumineux, en raison-
nemens solides. Un style tout à la fois énergique, élégant et naturel,
contribue à rendre encore la lecture de ce mémoire très-attachante.
Il est facile de voir que son auteur a profondément étudié et sans
doute parcouru le plus grand nombre de nos établissemens et comp-
toirs d'outre-mer. En conséquence, nous le recommandons aux per-
sonnes qui s'occupent de la question de savoir si , dans l'état actuel
de notre société politique , le système colonial offre plus d'avantages
que d'inconvéniens. A. T.
87. — État actuel delà Corse; caractère et mœurs de ses hahitans;
par P. P. PoMPEi. Paris, 1821. Klcffer , r. d'Enfer, n" 2. i vol. in-S"
de 240 pages.
La Corse et le peuple qui l'habite valent mieux que la réputation
qu'on leur a faite. Cette réputation fort équivoque date de loin ,
puisqu'elle est particulièrement due à Sénèque , exilé dans le coin le
plus sauvage de l'Ile, et renfermé pendant six ans dans une tour,
d'où, sans doute, il prétendit étudier les mœurs et les usages du
pays. Lne terre d'exil, quelque parée qu'on la suppose des mains de
la nature, n'est plus, aux yeux du captif, qu'un désert aride; aussi
le philosophe fit-il, pour exciter la pitié, le tableau le plus hideux
du lieu de son exil , étant loin de se douter que son royal élève le lui
ferait un jour amèrement regretter. La description calomnieuse de
la Corse, à qui Sénèque refusait les fleurs, les fruits, la verdure ,
les bois même, quoique cette «Iç soit couverte de forêts; la pein-
ture des insulaires, qu'il métamorphosait en brigands féroces, fu-
rent répétées et bientôt adoptées avec cette facilité que trouve tou-
UVRIÎS FRANÇAIS. 185
jours le mal à se faire croire. Transmise d'âge en âge , cette préven-
tion est arrivée jusqu'à nous, en subissant l'épreuve du tems, mais
seulement modiflée quant au sol , et presque intacte par rapport aux
habitans. Renouvelée en partie dans des ouvrages récemment pu-
bliés, elle a inspiré une juste indignation à M. Pompci , qui, pour
venger sa patrie, vient de prendre la plume et de réfuter les asser-
tions accusatrices dont ses compatriotes étaient l'objet. Il arrive à
son but , en consultant les annales de son pays , en représentant les
Corses combattant, à diverses époques, pour reconquérir leurliberté.
En rappelant que, dans le onzième siècle, ils donnèrent l'exemple
de l'affrancbissement des communes , et dans le quatorzième celui
du gouvernement représentatif, l'auteur prouve qu'ils méritèrent
d'être appelés en Europe les vétérans de la liberté. Ils l'auraient
conservée , sans la tyrannie des Génois , dont l'oppressive cupidité
est peinte par M. Pompei avec une remarquable énergie. Il a soin
de-faire connaître les guerriers corses qui luttèrent avec des chances
diverses, mais toujours avec un courage indomptable, pour affran-
chir leur patrie du joug étranger. Des traits comparables à tout ce
que l'antiquité nous a transmis de plus admirable, font voir qu'il n'i
manqué à ces guerriers que des historiens , pour en faire autant de
héros. Celui qui réunit les qualités et les talens qu'on aime à trouver
dans le fondateur d'un état, le célèbre Paoli, est vengé des djoutes
injurieux j des accusations même dont l'envie a vainement tâché de
flétrir sa mémoire. Parmi les preuves ouïes témoignages qui démon-
trent que ce général fut exempt d'ambition , M. Pompei oublie celui
de Jean-Jacques. En écrivant au prince de Wurtemberg , en 1764,
cet homme célèbre s'exprimait ainsi : « Je crois que le général Paoli
mérite l'estime et le respect de toute la terre, puisqu'éto/z/ le maître,
il n'a pas craint de s'adresser à quelqu'un qu'il sait bien , la gueiTC
exceptée , ne vouloir laisser personne au-dessus des lois. » On sait
que les Corses voulurent choisir pour législateur Rousseau , qui dit
que les naissantes vertus de ces insulaires promettaient d'égaler
celles de Sparte et de Rome, et qu'il avait quelque pressentiment:
qu'un jour cette petite île étonnerait TEurope.
Démontrer combien les préventions contre la Corse sont dénuées
de fondement, c'était faire sentir combien il serait absurde d'exclure
ce pays des bienfaits de l'association dont jouissent les autres parties
du vaste royaume auquel il est réuni ; opinion exprimée cependant,.
ISA LIVRES FRANÇAIS.
mais éloguemment réfutée par le général Sébastian! et par l'auteur
de l'ouvrage que nous annonçons. Écrit avec une chaleur entraînante,
plein de faits intéréssans , d'observations judicieuses , cet ouvrage
est du nombre de ceux qui se refusent à l'analyse , et qu'il faut lire
quand on veut connaître la vérité. V. D. M.
88. — i'')Galeriefrançaise,o\iColleclion de portraits des hommes et
des femmes célèbres qui ont illustré la France dans les seizième^dix-
septièmc etdixhuitième siécles,accompagnée de notices biographique»
sur chacun d'eux ; par une société d'hommes de lettres et d'artistes ,
1", 2«, 3«, 4% 5«. 6°, 7« et 8« livraisons. Paris, 1821 ; Lefort , rue des
Fossés-du-Temple , n° 4- — On souscrit pour cet ouvrage, qui sera
composé de cent portraits environ , et qui paraît par livraison de
quatre portraits, quatre^ac 5î/ra//e et quatre notices, de l'imprimerie
de Didot , sur papier vélin ; grand in^"; chez M. Lefort, à l'adresse
ci-dessus indiquée ; et au bureau des Affiches Parisiennes , rue de
r Arbre-Sec , n» 32. Prix de chaque livraison ; à domicile , 6 fr. 5o c. »
et 7 fr. pour les départemens.
Cet ouvrage , honoré de la souscription des premiers personnages
de l'état, se recommande par lui-même aux amis des lettres et des
srts , ainsi que de la gloire nationale. En attendant que nous puis-
sions en rendre un compte détaillé, nous croyons devoir faire con-
naître à nos lecteurs cette belle entreprise, exécutée par une réu-
nion d'hommes de lettres et d'artistes, parmi lesquels on re-
marque MM. Andrieux, Denon et Fourier, de l'Institut; Droz ,
Forbin, Gautherot, Lémontey, Lesueur, Mathieu Dumas, Miel,
Muriel, Picherand, de Ségur et Villemain. Une ress«mblance exacte
et rigoureuse est le caractère particulier qui distingue les portraits
publiés jusqu'à présent ; et les auteurs des notices , de leur côté ,
désirant donner à l'ensemble de l'ouvrage cette unité si précieuse
dans les arts , se sont moins attachés à être biographes que peintres ,
et ont lutté, en quelque sorte, avec les artistes, de précision et de fi-
délité. Nous citerons la notice de Budée , par M. Andrieux; de Pas-
quin, par M. Auger; du président de Thou, du cardinal de Retz et de
madame de Longueville , par M. Lémontey, et du cardinal de Riche-
lieu, par M. de Ségur; notices qui toutes avaient été lues à l'Académie
française. Cette émulation , entre des littérateurs aussi distingués ,
doit augmenter encore le succès d'une entreprise toute nationale.
D'après le prospectus, chaque notice devait être composée d'une
LIVRES FRANÇAIS. 185
trentaine de ligues , ou une page environ, et l'on n'avait calculé que
sur l'emploi d'une feuille pour quatre notices ; mais il a'a pas paru
conyenable aux collaborateurs de se renfermer dans des limites
qu'eux-mêmes avaient tracées ; et à la huitième livraison, l'ouvrage,
qui n'aurait dû comprendre que huit feuilles, en comprend trente.
Le désintéressement des éditeurs, qui n'ont rien ajouté au prix pour
la souscription, doit être payé, par un juste retour, de la faveur du
public.
89 — (') Mémoires historiques , politiques et littéraires sur le
toyaume de Naples , par M. le comte Grégoire O&LOtf , etc., ou-
vrage orné de deux cartes géographiques, publié avec des notes et
additions par Amaury Duual, membre de l'Institut de France.
Paris, 1821 ; Chassériau, libraire, au dépôt bibliographique, rue
Neuve-des-Petits-Champs, n" 5; 5 vol. in-8°. Prix, 20 fi.
Les trois volumes de ces Mémoires, qui viennent de paraître, com-
plètent l'ouvrage de M. Orloff, dont les deux premiers volumes ont
été publiés en 1818. 11 traite, dans ces trois derniers, de l'histoire de
l'administration intérieure du royaume de Naples et de son histoire
littéraire. Nous continuerons à rendre compte de cet ouvrage et des
notes dont le savant éditeur l'a enrichi. (Voy. Rer. Encjc, Toni. I,.
p. io4, et Tom. III, p. 220 et 292 ).
90. — Recherches géographiques sur l'intérieur de V Afrique sep-
tentrionale, comprenant l'histoire des voyages entrepris ou exécutés
jusqu'à ce jour pour pénétrer dans l'intérieur du Soudan; l'exposi-
tion des systèmes géographiques qu'on a formés sur cette contrée ;
l'analyse de divers itinéraires arabes pour déterminer la position de
Timbouctou ; et l'examen des connaissances des anciens relativement
à l'intérieur de l'Afrique : suivies d'un appendice contenant divers
itinéraires , traduits de l'arabe par M. le baron Silvestre de Sacy et
M. de La Porte ; et plusieurs autres relations ou itinéraires égale-
ment traduits de l'arabe , ou extraits des voyages les plus récens.
Ouvrage accompagné d'une carte. Par C.-A. Walckenaeh. Paris,
1821. Arthus-Bertrand , rue'Hautefeuille, n" 2j. Un fort vol in^».
De l'imprimerie de F. Didot. Prix, 9 fr. , et, parla poste, lo fr.
5o cent.
Cet ouvrage , qui n'a été imprimé qu'à un très-petit nombre
d'exemplaires, sert de complément à V Histoire des voyages et des
186 LIVRES FRANÇAIS.
découier les faits en Afrique, depuis les siècles les plus reculés jus-'
qu'à nos jours. (Voyez Reuue Emjclopèdique.) tome X, page 97.)
91. — Cours d'uranographie , de géographie el d'histoire ancienne
e( moderne (Géographie de la France) , faisant partie du Cours d'é-
tudes élémentaires; par M. Chemim-Dopontès. Paris, 1821. Chez
l'auteur, rue Saint-Denis , n" 279. Prix , 60 c.
92. — Nouveaux élèmens de géographie moderne et universelle ,
extraits de la dixième édition de l'Abrégé de la géographie , de Gu-
xHBiB ; par l'auteur du même ouvrage. Deuxième édition , Foigneu-
sement revue , corrigée et augmentée de 4oo pages ; avec les nou-
velles divisions conformes à l'état politique actuel de l'Europe et des
autres parties du monde ; comprenant les dernières découvertes
faites en 1820, dans la mer polaire arctique au nord - ouest de
l'Amérique septentrionale , par le capitaine Parry, et celles faites
dans l'Océan austral et dans les autres parages du globe , à l'usage
des jeunes élèves des deux sexes. Paris, 1821. Hyacinthe Langlois,
libraire et géographe, rue de Seine, faubourg Saint-Germain,
\\° 12. Un volume in-i2 de i,o56 pages, avec 4 cartes. Prix, 6 fr.,
et 7 fr. 5o c. par la poste ; le texte avec un atlas in-4'' de i5 cartes
enluminées , 10 fr. ; le même , avec un globe terrestre de 6 pouces
de diamètre, pour l'intelligence de cet ouvrage , i5 fr.; le même,
avec la carte des cinq -parties du monde , en 5 feuilles grand-aigle ,
enluminées, donnant les nouvelles divisions et découvertes, i5fr.
95. — Nouvelles notions de géographie moderne el universelle,
extraites de la deuxième édition des nouveaux élémens de géogra-
phie de GuTHBiE, dans lesquelles on a conservé fidèlement tous les
tableaux synoptiques des nouvelles divisions des cinq parties du
monde et de leurs états, comprenant les dernières découvertes faites
en 1820, dans la mer polaire arctique , au nord -est de l'Amérique
septentrionale , par le capitaine Parry, et celles faites dans l'Océan
austral et dans les autres parages du globe, avec 3 cartes. Paris,
1821. Hyacinthe Langlois, libraire et géographe, rue de Seine,
faubourg Saint-Germain, n" 12. Un volume in-ia de 480 pages; le-
texte , avec les cartes des cinq parties du monde , en 5 feuilles
grand-aigle enluminées, donnant les nouvelles divisions et décou-
vertes. Prix , 12 fr.
^'—["Woyage en Arménie et en Perse, par M. le chç^A\ieiJmédée
LIVRES FRANÇAIS. 187
Jaueeht, maître des requêtes, premier secrétaire interprète de
S. M., professeur à l'école royale des langues orientales. Paris, 1821.
Pélicier, place du Palais-Royal; Nepveu, passage des Paqoramas.
Un fort volume in-S° , accompagné d'une très-belle carte et d'un
grand nombre de planches.
Cet ouvrage , fruit de quinze années de travaux et d'observations ,
contient plusieurs détails nouveaux sur les mœurs des Persans , et une
carte très-exacte des pays compris entre Constantinople et Téhéran.
Cette relation, que le nom seul de son auteur sufiGt pour recom-
mander, ne le cède, sous aucun rapport, à ce que nous avons de
plus parfait dans ce genre. Une connaissance approfondie des langues
et des mœurs du pays , des observations neuves, un style plein de
grâces , des aventures qui paraîtraient romanesques si malheureuse-
ment elles n'étaient trop bien constatées , de savantes discussions
géographiques qui n'ont rien de fastidieux, enfin l'intérêt qui s'at-
tache à une mission diplomatique d'une haute importance , que les
crimes les plus atroces n'ont pu faire échouer, tout se réunit pour
assurer à cet ouvrage le succès le plus flatteur et le mieux mérité.
II n'a pas encore été mis en vente, E. G.
95. — JSssais sur La Valacliie et la Moldavie , théâtre de Vinsur-
re ction dite Ypiilanti ; par M. de Salaeeery. Paris, 1821. Simonot ,
rue du Roule , n° 2. Brochure de 55 pages. Prix , 1 fr.
96, — Conjuration de quatre-vingt-seize gentilshommes polonais ,
écossais, suédois et français, contre le gouvernement russe, et
massacrés dans les ruines du château de Macizjov\'icke ; ouvrage
traduit de l'anglais, par Alfbed F.... (Fayot). Paris, Domère, rue
du Cimetière-Saint- André-des-Arcs, n" 4î 1821. In-8° de 20 pao^es.
Nous ignorons quel est le degré d'authenticité des faits extrême-
ment curieux contenus dans cette brochure; il est certain du moins
qu'elle offre une narration extrêmement attachante : ce qui est dû à
la forme dramatique du tableau, ainsi qu'au talent de l'historien.
Sa manière a quelque chose du brillant de celle de Saint-Réal, qu'il
rappelle aussi par le fond du sujet et jusque par le titre.
^j. — Opinion de 31. Stanislas Girahdlx, député de la Seine-In-
férieure, sur le retranchement d'une somme de 5o,ooo fr., demandé
par la commission du budjet , destinée à encourager l'instruction
primaire. De l'imprimerie d'Hacquart, rue Gît-le-Cœur, n" S. Bro-
chure in-S» de 12 pages.
188 LlYUl-S FRANÇAIS.
98- — Cours de lutéralure ancienne et moderne à l'usage des jeunes
demoiselles; par madame la comtesse cI'Hautpoul, avec figures. Deu-
xième édition, revue, corrigée et augmentée d'un volume sur la lit-
térature étrangère. Paris, iSai. Bossangepèreet fils, rue de Bourbon,
n» 6 bis. Londres, Martiu Bossange , i4, Great Malboroug- Street.
Deux vol iQ-12; prix, 8 fr.
Cet ouvrage offre un agréable mélange d'instruction et d'amuse-
ment. Si je pouvais citer les deux pages qui forment la préface, j'au-
rais donné une juste Tdée de l'esprit supérieur de l'auteur, qui a, de-
puis long-tems, obtenu dans les lettres un rang fort distingué, par des
poésies pleines de grâce et de sentiment ; car, pour le dire en pas-
sant, il ne suffit pas d'un goût ou d'un jugement médiocre pour
faire de bons livres élémentaires. Je me bornerai à indiquer le plan
rempli par l'auteur. Sous le titre d'introduction aux grands siècles ,
madame d'Hautpoul donne à ses lectrices une idée de la poésie
biblique et des poètes des tems héroïques et fabuleux , Homère ,
Hésiode , Esope, dont, grâce aux érudits , l'existence est aujourd'hui
fort problématique. Les grands siècles sont ceux de Périclès, d'Au-
guste, de Louis XIV, et le dix-huitième siècle , qui , il faut bien
en convenir, mérite aussi le titre de grand. Chaque siècle offre des
subdivisions de genre; chaque genre est signalé par les chefs-
d'œuvre qui le distinguent. Un appendice traite des littérateurs nos
contemporains. Le second volume est consacré à la littérature étran-
gère , et divisé par nations. Il est terminé par une Bihliographie
des demoiselles. Ce cadre est parfaitement complet. J'ajouterai qu'il
n'était pas possible de le remplir mieux que l'a fait madame d'Haut-
poul. Ses jugemens littéraires sont d'un goût très-pur^ appuyés sur
des citations bien choisies, entremêlés d'anecdotes qui rendent la
lecture de son livre extrêmement agréable. On conçoit difficilement
comment une femme a pu se livrer aux recherches que supposent des
tableaux aussi variés. Ce que l'on conçoit plus facilement, c'est que
nulle autre qu'une femme du meilleur esprit et du meilleur sens ne
pouvait écrire pour les jeunes personnes de son sexe , avec cette
fleur d'élégance et ce parfum de bon ton qui respire dans chaque
page de ce livre.
99.— (') (Buvres complètes de madamela baronne de Stiel, publiées
par son fils; précédées d'une Notice sur le caractère «t les écrits de
nadame de Staël:, par madame Nbcser db Saissvbe, Sixième et dei-
LIVRES FRANÇAIS. i89
nière livraison. Tomes XV«, XVI* et XVII* et dernier de la collec-
tion. Tiois volumes. in-8", 1821. Paria, Strasbourg et Londres, chez
Treuttel et Wiirtz; prix, 18 IV. Le même ouvrage, édition in-12 ;
prix, 9 fr.
Le tome XV contient : Dix années d'exil, fragmens d'un ouvra'^K
inédit, composé dans les années 1810 à i8i5. Le tome XVI , Frwr-
mens dramatiques (/îgardans le désert, scène lyrique; Ce/ze^'/èfe
de Brabant, drame en trois actes et en prose ; le Capitaine Ker-
nadec, ou Sept années en un jour, comédie en deux actes et en prose;
la Signora Fanlastici, proverbe dramatique; Sapho, drame en cinq
actes et en prose). Le tome XVII : des Mélanges , parmi lesquels
{^Jeanne Gr^/^ tragédie en cinq actes et en vers; Sophie, ou les Sen-
timens secrets, çihce en trois actes et envers, etc., des Poes/es, etc.).
A la fin du volume est une Table chronologique des écrits de ma-
dame de Siaèl, OiUec l'indication des volumes où ils sont contenus.
Ces trois volumes forment la sixième et dernière livraison de l'édi-
tion in-8'' et de celle in-12. Ils se vendent aussi séparément sous le
titre d'iEaures inédites de madame la baronne de Staël, publiées par
son fils. Le prix est le même que dessus. Les mêmes éditeurs an-
noncent la très- prochaine publication des tomes VI, VU et VIII
des (Eu'.'res complètes de M. Necker, qui formeront quinze volumes
in-S" et qui se rattachent par tant de liens aux Œuvres de ma-
dame de Staël , que les deux collections peuvent en quelque sorte
être considérées comme n'en formant qu'une seule. Nous rendrons
compte séparément de ces deux collections qui se recommandent à
la fois par les deux noms de leurs auteurs.
100. — (*) Encyclopédie des dames, par une société de savans, de
gens de lettres et de dames. — Histoire de France, par mesdames dk
Bawr et Sophie db Mahaisb ; Tom. I" et II« in-S°. — Manuel de la
maîtresse de maison ou Lettres sur l' économie domestique , par ma<
dame Pariset; i vol. in-18. Paris, 1821; Audot, libraire - éditeur ,
rue des Maçons-Sorbonne, n» 11.
Ces trois volumes ouvrent la collection de V Encyclopédie des
dajHes, dont nous avons annoncé le plan en donnant les noms des
principaux auteurs et les conditions relatives à la souscription {voy.
Tom. IX, pag. 65o). On aime à voir un ouvrage entrepris en faveur
des dames s'annoncer sous les auspices d'écrivains choisis parmi
elles. Il eût peut-être été à désirer que toutes les parties de cette
190 LIVRES FRANÇAIS.
Enclyclopédie eussent pu être traitées par des dames. Qui mieux
qu'une femme pourrait rendre la science accessible à son sexe? Le
style en général clair, simple, naturel des femmes, semble tout-à-
fait propre à rendre populaires les hautes conceptions du génie et
de l'étude. Mais les noms des auteurs chargés des parties les plus sé-
vères de cette collection sont un sûr garant que leurs sujets seront
traités avec une précision et une clarté qui ne laissera rien à désirer.
Les deux premiers volumes de l'Histoire de France , par mesdames
de Ba^vr et de Maraise, comprennent les tems écoolés depuis Clovls
jusqu'à Charlemagne inclusivement. Le style rapide et animé de
leur narration fait relire avec un nouvel intérêt les faits les plus
connus de cette première époque de notre histoire, dont elles ont
tracé une peinture Gdèle. Leur touche, légère et gracieuse, lors-
qu'elles peuvent faire reposer l'attention sur des sujets agréables,
devient forte et énergique , lorsqu'elles ont à décrire les scènes trop
souvent horribles de ces premiers tems de la monarchie française.
Mais, une matière qui ne pouvait être bien traitée peut-êtçe que par
une femme, c'est le Manuel àe la maîtresse de maison. Madame
Pariset s'est trouvée tout-à-fait sur son terrain en s'occupant de ce
sujet; et le censeur le plus rigoriste , qui prétend faire de l'étude des
sciences et des lettres, ainsi que de l'art d'écrire , l'apanaf^e exclusif
des hommes, sera forcé d'avouer qu'à une femme appartenait le
droit de guider et de doter, pour ainsi dire, de ses conseils sur l'éco-
nomie domestique, les jeunes personnes destinées à être un jour à la
tête d'une maison. Madame Pariset n'a pas borné ses instructions
aux détails de ménage, et l'on pense bien qu'elle a trouvé moyen,
plus d'une fois, en parlant ameublement et cuisine, de glisser dans
ses lettres à mademoiselle L. . . . des avis sur la conduite que doit
tenir une femme dans son intérieur, pour conserver la confiance et
l'amour de son mari, ainsi que l'estime et la bienveillance de ceux
qui l'approchent. Nous croyons pouvoir dire avec elle à toutes les
jeunes personnes qui mettront ses leçons en pratique ; « Vous serez
heureuses , puisque vous rendrez vos devoirs aimables comme vous ,
et que la pratique habituelle de ces devoirs paraîtra si douce à ceux
qui en seront les témoins, que, par un attrait irrésistible, ils rem-
pliront exactement leurs propres devoirs , ne fût-ce que pour vous
imiter.» E. Hébeac.
101. — (Suvres complètes de madame Isabelle de Momoliec, qua-
LIVRES FRANÇAIS. 191
trième livraison. — Caroline de Lichtpeld, avec figures et musique.
Paris, 1821. a vol. in-8° de 270 et 5 17 pages, formant les 9"= et lo"
de la collection. Arthus Bertrand , libraire , rue Hautefeuille , n" 33.
Prix , 6 fr. , et par la poste 7 fr. 5o cent.
Parmi les nombreux et intéressans ouvrages de cette dame aimable
et spirituelle vqui , des bords tranquilles du Léman , répand dans les
principales contrées de l'Europe les heureux fruits de ses douces
inspirations, on aime surtout à revoir, comme une ancienne et
tendre amie , sa délicieuse Caroline de Lichtfield. Charmant carac-
tère de Caroline, noble caractère de Walstein; caractères aimables,
l'un bouillant et passionné de Lindorf ; l'autre en apparence plus
calme, mais peut-être plus solide et plus constant, de la naïve et
tendre Mathilde ; action simple, rapide, pleine d'intérêt; iocidens
naturels et peu compliqués ; dénouement satisfaisant pour les quatre
principaux personnages du roman , et pour le lecteur devenu leur
ami : tels sont les souvenirs que laisse dans notre esprit et dans notre
ccEur cette peinture idéale et séduisante, qui n'est peut-être pas
sans danger, puisqu'elle fait trouver ensuite le monde réel trop
monotone et trop insipide. M. A. J.
102. — Emma ou la Nuit des noces, par Noël Hyéval. Paris, 1821.
Hubert, libraire, Palais-Royal, galerie de bois, n» 222. In-12 de
>97 pages.
Tel est le titre d'un nouveau roman qui vient de paraître , et qui
obtient beaucoup de succès. On y trouve des caractères neufs , des
situations tour à tour sombres , terribles ou pathétiques ; un style
quelquefois énergique et quelquefois gracieux ; des descriptions qui
annoncent le talent de l'écrivain et de l'observateur. Cet ouvrage est
le coup d'essai d'un jeune homme de dix-huit ans, que nous enga-
gerons à se tourner vers un genre de littérature plus élevé. M. B.
io3. — Frankenstein , ou le Promèthée moderne , dédié à William
Godwin, auteur de la Justice politique , de Caleb Williams, etc.;
par madame Shelly, sa nièce , avec cette épigraphe : «Créateur,
t'ai -je demandé de me tirer de l'argile pour me faire homme?
t'ai-je sollicité de m'arracher du néant?» — MiltOiV, Paradis perdu.
Ouvrage traduit de l'anglais , par J. S. *'*. Paris, 1821. 3 vol in-12 ,
ensemble de 716 pages. Corréard, libraire, Palais-Royal , galerie
de bois , n» aSS. Prix , 7 fr. 5o cent. , et par la poste 9 fr.
Cette bizarre production d'une imagination malade fait regretter
que l'auteur n'ait pas appliqué son talent à une conception plus
192 LIVRES IRANÇAIS.
raisonnable et plus digne d'intérêt. On voudrait surtout que l'eu-
V rage d'une femme offrît des peintures aimables et gracieuses , au
lieu d'objets et de récits toujours révoltans et hideux. Un Genevois,
Frankenstein , va faire ses études à Ingolstadt , où il suit des cours
de philosophie naturelle et d'alchimie. Nourri des rêveries de Cor-
nélius Agrippa , de Paracelse et du grand Albert, il réussit à dérober
à la nature les causes mystérieuses de la génération et de la vie ; il
devient même capable d'animer une matière inerte; mais il donne
l'existence à un être épouvantable , aux formes gigantesques , à la
figure humaine , moitié homme, moitié démon, dont la vue lui
inspire à lui-même une invincible horreur , et dont il se fait un en-
nemi redoutable et acharné , parce qu'il refuse de lui accorder une
compagne. Cet être monstrueux assassine le frère , l'ami, la fiancée,
le père du malheureux Frankenstein, qui le poursuit, pour en dé-
livrer la race humaine , jusqu'au milieu des glaces du pôle arctique,
cil il est recueilli sur un vaisseau anglais, et termine sa triste carrière,
épuisé par la fatigue et par la douleur. L'horrible créature qui avait
détruit toute sa destinée meurt après lui, en se précipitant dans un
des gouffres de la mer glaciale. — Il ne reste dans l'esprit du lecteur
qu'une impression pénible de dégoût , après avoir dévoré ce tissu
d'aventures invraisemblables et absurdes dont les héros n'inspirent
aucun intérêt, et d'inventions extravagantes qui n'ont aucun but
de moralité, qui ne peuvent ni éclairer l'esprit, ni élever l'ame,
ni instruire , ni amuser. Espérons que l'auteur, dans un sujet plus
heureux , nous offrira des images plus agréables, des personnages
plus intéressans, des relations plus utiles, et appliquera les pré-
ceptes des grands maîtres ; le bon sens et la raison doivent être les
premiers guides d'un écrivain, quel que soit le genre de ses ou-
vrages. M« A. J.
104. — Les Exilés de Parga^ poème ^ par M. le baron d'OanHE,
membre de plusieurs sociétés littéraires ; seconde édition , suivie de
poésies diverses , par le même. Boulogne-sur-Mer, 1820. Leroy-
Berger, et Paris, Louis Janet, rue St-Jacques, n" 5g. In-8" de i44 pag.
Le plus beau ministère des lettres, mais aussi le plus périlleux,
est d'offrir des hommages à la courageuse infortune, et de flétrir
par des traits ineffaçables l'injustice des hommes puissans. Il est peu
d'événemens qui honorent plus notre époque et notre littérature
que les larmes que nous avons tous versées sur les malheurs de
Farga, Ses habita ns fugitifs, eu écoutant les consolations que leur
LIVRES FRANÇAIS. 193
adressaient nos poètes , ont été distraits de leur douleur, autant
qu'on peut l'être quand on pleure sa patrie. Nous avons déjà entre-
tenu nos lecteurs des beaux vers de M. Viennet ; ceux que vient de
publier M. d'Ordre étincellent moins de poésie, mais ils oifrent
des passages écrits avec talent et dans lesquels on rencontre des
pensées brillantes. Nous indiquerons le portrait du Parganiote;
Né parmi les rochers , sur une aride plage ,
L'habitant de Parga doit tout à son courage :
Il n'estime le fer que pour armer ses mains,
Et ne connaît point l'art de nourrir les humains.
Façonné dès l'enfance au dur métier des armes ,
Ses plaisirs et ses jeux naissent dans les alarmes. L— i.
io5. — Contes et autres poésies, suii'ls des mœurs villageoises ,
nouvelle -pastorale mêlée de vers ; par M. Bazot, membre de l'A'
thénée des arts, etc. i." édition. Paris, 1821; Barba, libraire, Palais-
royal, derrière le théâtre français. Un vol. in-i8, pap. vélin; prix, 2 fr.
On trouve dans ce recueil des morceaux où il y a de la grâce , de
l'esprit et de la facilité. M. Bazot est déjà connu avantageusement
dans la république des lettres par un ouvrage sur la franc-maçon-
nerie et un éloge de l'illustre et respectable abbé de l'Épée , éloge
couronné par la société royale académique des sciences de Paris,
et dont on vient de publier une 5« édition. M. B.
106. — I,a Promenade aux tombeaux, par M. H. Bonnellieh. Paris,
1821 ; Migneret, brochure in-S" de 11 pages.
107. — Description de V Egypte. Dixième et onzième lipj-aisons.
Paris, 1821. Panckoucke, rue des Poitevins, n» 14. In-f».
Voici ce que renferment les deux dernières livraisons de cet ou-
vrage, dont la publication se poursuit avec activité.
Dixième livraison.
— Antiquités, Vol. I, pi. 20. La Statue de Memnon , qui a
été décrite par plusieurs historiens , et qui , au lever de l'aurore ,
rendait des sons harmonieux. On est encore réduit à des conjec-
tures sur l'origine de ce phénomène , qui a cessé depuis le quatrième
siècle de l'ère vulgaire, bien que des observateurs récens prétendent
avoir entendu ce bruit mystérieux. Les voyageurs ont observé , au
milieu des ruines de l'Egypte , un son analogue produit par la grande
raréfaction de l'air, et qui semble se rapporter au récit des auteurs ;
Tome xi. 13
19A LIVRES FRANÇAIS.
mais il reste encore à découvrir la véritable cause du phénomène et
le mécanisme, plus ou moins ingénieux , dont les prêtres faisaient
usage. (Voyez la Description générale de Thèbes, chap. IX de la
Description des antiquités , où ces questions sont examinées.)
Vol. V, PL 7- Cette planche donne les détails de l'architecture du
grand temple de Philœ, des galeries et des pylônes qui le pré-
cèdent.
Etat modehne. — -Arts bt métiers. Pi. 2. Cette planche re-
présente les différensyoMrs aujourd'hui employés dans les arts. La
'plupart des figures s'expliquent d'elles-mêmes. Les fours les plus
intéressans sont, 1° ceux où l'on sublime le sel ammoniac dans de
grands ballons de verre ; 2° les fours à poulets. L'industrie qui fait
éclore les œufs sans le secours des oiseaux , est héréditaire en
Egypte et remonte à une époque immémoriale. Au moyen de ces
pratiques singulières , qu'on a voulu en vain naturaliser en France ,
les Égyptiens parviennent à faire éclore dans un seul four , chauffé
convenablement pendant environ trois semaines , jusqu'à cent cin-
quante mille poulets.
PI. 10. Représentation de plusieurs arts relatifs à l'emploi du
froment. L'un d'eux est celui qui sert à fabriquer la pâte de vermi-
cel, au moyen d'un plateau de cuivre mince fortement chauffé, sur
lequel on verse une pâte liquide , par les trous d'un vase disposé en
forme d'arrosoir.
PL 200. — Vases , meubles et instrumens. On a réuni dans cette
planche les instrumens à vent aujourd'hui employés par les Egyp-
tiens , ainsi que les instrumens de percussion : plusieurs d'entre eux
remontent à une haute antiquité.
Onzième liyjnisorr.
— Antiquités. J^ol. I, pi. 5. L'objet de cette planche est de
i^eprésenter l'ensemble du plan des principaux monumens de Philœ,
les galeries qui les précèdent et le détail particulier du grand
temple.
Vol. I , pi. Si. On peut juger, par le détail du temple de Latopo-
lis , que représente cette planche , de la prodigieuse quantité d'hié-
roglyphes qui recouvrent les monumens d'Egypte depuis le comble
jusqu'au sol. Celui-ci contenait plus de deux cent mille pieds carrés
sculptés avec la même richesse.
LIVRES FRANÇAIS. 195
État modexne. PL 12. Vue de Souejys , qui a été jadis un
port florissant et l'entrepôt du commerce de l'Inde avec l'occident.
PL 101. Celte planche a le même objet que la planche 102 , c'est-
à-dire , de donner un parallèle entre les constructions de plusieurs
Tilles d'Egypte.
PL XV. — Aets et métiers.
108. — Les trois âges de M. G^babd, grauéspar Morgbek. Paris,
1821. Potrelle, rue Saint-Honoré. Prix, 5o fr.
Le peintre de Psyché, de Bélisaire , d'Ossian , accoutumé aux
succès, et en possession de cette sorte d'ascendant sur l'opinioa
qu'obtient toujours un grand talent, exposa, en iSo8, un tableau
dans lequel il voulut représenter l'influence bienfaisante que les
femmes exercent sur nous à toutes les époques de la vie.
Placée entre son père et son mari, et tenant son enfant sur ses
genoux , une femme, tout à la fois fille, épouse et mère , exprimait
avec beaucoup de justesse et de grâce la pensée que le peintre s'é-
tait proposé de reproduire. Cette pensée ne pouvait manquer d'être
vivement applaudie dans un pays où , loin de repousser l'ascendant
qu'elles exercent sur tous les âges , par une tendresse aussi variée
dans ses moyens qu'inépuisable dans sa nature , les femmes , au
contraire , obtiennent une sorte de culte.
Ce tableau , exécuté dans les dimensions historiques , et composé
avec beaucoup d'esprit et d'entente des effets pittoresques , fut très-
goûté du public et des connaisseurs, qui le placèrent immédiate-
ment après la Psyché et le Bélisaire , chefs-d'œuvre de ce maître.
Acheté par madame Murât , il fut transporté à Naples.
Qu'est-il devenu au milieu des événemens politiques survenus
dans ce pays? Je l'ignore. Mais le moins que l'on pût craindre,
c'était qu'il ne fût entièrement perdu pour la France. Heureusement,
M. Gérard s'est occupé de le faire graver. Il a confié cette opération
à M. Morghen, l'un des graveurs les plus célèbres de l'époque
actuelle.
En considérant cette nouvelle production, il est impossible de ne
pas reconnaître qu'elle sort de la même main à qui nous devons la
Cène de Léonard de Vinci, dans laquelle M, Morghen a déployé le
talent qui lui a fait une réputation européenne ; seulement , un exa-
men attentif fait retrouver rà et là quelques traces de faiblesse dues
à l'influence des années ; mais c'est le déclin d'un beau jour, et cette
13*
196 LIVRES FRANÇAIS.
gravure sera recherchée avec raison des connaisseurs , parce que ,
dans sa masse, elle reproduit bien l'effet du tableau. P. A.
109. — Flan de l'habitation de Bonaparte dans l'île Saint-Hé-
lène, dressé sur les lieux par M. db Lascases^Zs. Crochard , cloître
Saint-Benoît, n» 16. Prix, 1 fr. 25 c.
Livres en langues étrangères imprimés en France.
110. — Spécimen nouœ tjpographicE mc/icœ.— Spécimen de ca-
ractères samscrits, gravés et fondus sous la direction de M. Aug.
Cuil. ScHLEGEL, Paris, 1821 ; in-12.
Depuis le commencement de ce siècle, les publications , dans les
langues de l'orient, ont reçu une nouvelle activité. Sans parler des
immenses travaux des savans professeurs de Calcutta, nous trouvons,
en Europe même , un progrès sensible , tant dans l'étude de ces
langues que dans leur exécution typographique. La lithographie est
venue apporter de nouvelles ressources; et plusieurs essais, pour
rendre son application facile au caractère samscrit et arabe , n'ont
pas été sans succès. Biais, quelle que soit la perfection à laquelle on
parvient , on ne peut cependant se flatter de remplacer entièrement
l'imprimerie. Il suffit, pour se convaincre de cette vérité, de com-
parer les Spécimen que nous offre RI. Schlegel avec la Chrestomathie
de son compatriote, M. Franc. Sans doute l'ouvrage de ce dernier
est une production très-remarquable ; mais la gracilité et la mes-
quinerie de ses caractères est bien au-dessous de la calligraphie,
qu'il eût dû chercher à imiter, et que M. Schlegel est loin d'avoir
encore rendue , quoiqu'il ait certainement surpassé de beaucoup ce
qui avait été fait avant lui. Nous devons ajouter que c'est à un artiste
français qu'est due l'exécution de ces caractères , que M. Schlegel a
fait fondre par ordre du prince de Hardemberg , chancelier de S. M.
le roi de Prusse j et nous saisissons cette occasion avec empresse-
ment, de rendre un juste hommage à la noble libéralité avec laquelle
les ministres de ce royaume soutiennent, encouragent et récom-
pensent les travaux de leurs savans. E. G.
111. — Rime di F. Petrarca col comento , etc. — Les Rimes de
Pétrarque , avec le Commentaire de M, Biagioli, Paris , 1821; chez
l'éditeur, rue Rameau, n" S. In-S».
'».W»VV\'»VV'VVV\fVVVVVVV\VV\V\VVl.VV\VXVVV\VVWVt,V'\VVX\%A.'».\\W\\\\'VVVV\\VV\KVi*.
ÏV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES.
AMERIQUE.
États-Ums.— Etat de l'Ohio. — Géolofçie.-^Ea creusant des puits
près de Circleville , de Ridge-Ville et des bords du Scioto , on a dé-
couvert, à différentes profondeurs, des ossemcns humains et des
crânes qui, évidemment, n'ont pu y être déposés par la main des
hommes. On y a trouvé également, jusqu'à une profondeur de vingt-
deux pieds, plusieurs dents de Mammouth, du poids de neuf à
douze livres , le long du Scioto et delà rive méridionale du lac Erié,
près de Cincinnati. Ces curieux débris ont dû y^êtrc ensevelis , à une
époque où tout le pays était inondé. Il a dû l'être pendant de longues
années, puisqu'à dix-sept pieds au-dessous du sol actuel, on trouve
des lits de cailloux qui semblent arrondis par le mouvement des
eaux, comme ceux des rivières. M. Atwater, de Circleville, con-
serve dans son cabinet une partie de ces ossemens qui paraissent
démontrer, comme il le fait observer, que le sol américain n'est
qu'une grande alluvion et un vaste cimetière des êtres vivans de»
âges antérieurs aux tems connus. — American journal of science and
arls. B— y.
— Source de bitume. — M. Hall a découvert une source de pétrole,
au nord-ouest du Duck-Creek. Le bitume sort d'une espèce de puits,
de 43 pieds de profondeur et de 5 de diamètre , situé au bord dé
la Crique ; il s'élève en bouillonnant et coule par une rigole dans la
petite Baie : la source peut en fournir cinq barils par semaine. L'eau
de la Crique est couverte de cette huile jusqu'à trois milles de la
source. Dans le puits elle paraît occuper une profondeur de 3 pieds
et être portée sur l'eau salée. Un enfant voulant essayer si ce bitume
prenait feu , en approcha un tison ardent ; en un clin d'oeil , toute ia
surface de l'eau fut en feu , et les flammes s'élevèrent jusqu'à ia
hauteur de 3oo pieds.
— Sociéiè géologique américaine. — Lapremièïe assemblée de cette
société savante a eu lieu, le a6 janvier 1S20, dans la salle qui lui a été
assignée au collège de Galle. Le colonel Gibbs occupait le fauteuil ,
comme vice-président, Le professeur Siiliman a présenté ua mé-
198 AMERIQUE.
moire trës-étendu sur quelques parties riches en minéralogie et en
zoologie des comtés de New-Haven et de Litchûeld, dans le Con-
necticut ; il a offert à la société des échantillons d'un spath-
fluor massif (sulfate de chaux), dont on avait récemment décou-
vert une veine dans la paroisse de New-Stradford , aux environs de
la ville de Hemtington ( Connecticut). On apercevait ce spath -fluor
en deux endroits, distans l'un de l'autre d'un quart de mille ; ce
qui a fait conjecturer que la mine occupe toute cette largeur. On ne
pouvait s'en assurer qu'après la fonte des neiges. La veine paraissait
entremêlée de quartz, de mica, de feldspath et de talc, mais on
n'en avait encore examiné que la surface. Ce minéral est extrême-
ment massif, et semble formé de feuilles , et quelquefois de gros
grains ; sa couleur varie du blanc au violet foncé. M. Silliman a en-
«uite déposé à la collection des échantillons du marbre vert trouvé
près de New-Haven {pqyezTom. IV, pag. ijS), et qui, selon l'o-
pinion de M. Brongniart de Paris , est le marbre vert antique. —
le colonel Gibbs a présenté une carte géologique de l'Angleterre ,
par Smith, et différens échantillons de géologie, parmi lesquels
se trouvaient plusieurs morceaux des roches granitaires de Haddam
(Connecticut). Ces roches contiennent d'assez beaux grenats, des
bérils et des crysobérils. — M. le docteur Porter a enrichi la collection
de très-beaux cristaux. L S. B.
— hzj.mGTOJi.^ L'unii-'ersilê de Transylvanie est établie dans
cette ville de l'état de Kentucky, au centre des états de l'ouest de
l'Amérique septentrionale, dans une contrée saine , fertile et bien
arrosée. La beauté du pays , l'abondance et la variété de ses pro-
ductions contribuent à en faire le jardin de la grande vallée du
Mississipi. Le climat en, est doux et agréable , ni trop froid ni trop
chaud ,et il est exempt de ces changemens soudains de température
qu'on éprouve dans la partie voisine de l'Océan.
Les états de l'ouest , situés dans la vallée du Mississipi , comptent
aujourd'hui environ trois millions d'habitans , et ce nombre aug-
mente tous les jours dans une proportion étonnante. C'est pour cette
population, si éloignée de celle des anciens états, qu'a été fondée
l'université de Transylvanie qui est, et sera encore long-tems la
seule institution du premier ordre, la seule université où se feront
des cours académiques.
L'établissement avait été autorisé par le gouvernement, il y a en-
AMÉRIQfJE, 100
viron trente ans ; mais, à cause de la nouveauté du pays dans lequel
elle se trouvait, du petit nombre de ses habitans et de l'absence des
moyens d'instruction , elle n'a pu être régulièrement organisée que
depuis tyois ans. Le bureau académique actuel, ou sénat, se com-
pose d'un président, de dix professeurs, et de trois ou quatre maîtres
pour les classes inférieures. Le professeur de droit est acluellement
lieutenant-gouverneur de l'état. Le nombre des étudians s'élève à
environ ooo. L'administration de l'université est confiée à un bureau
composé de treize membres, ou trustées, cboisis tous les ans par
la législature , parmi les bommes les plus éclairés du pays , et qui
s'assemblent à des époques qu'il appartient à eux ou au président
d'indiquer.
Les fonds de l'université consistent principalement en actions de
banque et en terres; ces dernières cependant ne sont pas une
source de revenu très-productive. Mais l'état vient de s'enricbir der-
nièrement par l'extinction du droit des Indiens sur des étendues de
terres fort considérables, et il en sera cédé à l'université une quan-
tité suffisante pour subvenir à tous ses besoins. Le traitement des
officiers et des professeurs provient en partie de la pension que
paient les élèves. Le président reçoit par an i5,5oo fr. ; le pro-
fesseur de physique , de -,5oo à 8,000 fr. ; le professeur de mathé-
matiques, 5,000 fr. ; le professeur de langues anciennes, 5, 000 fr.
Le professeur de droit n'a pas de traitement fixe, attendu qu'il est
payé à raison du nombre de ses élèves.
La population de la ville de Lexington est d'environ 7,000 âmes.
Les maisons en sont spacieuses , belles et commodes ; les rues bf e^.
pavées ; la police excellente ; la société agréable , éclairée et dis-
tinguée par son hospitalité et son bon goût. Le bâtiment de l'uni-
versité est à la fois spacieux et élégant. Les habitans de cette ville ,
encouragés par diverses circonstances heureuses , paraissent déter-
minés à y fixer le siège de la littérature et des sciences de cette
contrée. La vie est excellente et à très-bon compte ; le prix d'une
pension n'est que de i5 fr. par semaine.
Un hôpital, où se feront un cours de chimie et des démonstrations
pratiques en médecine et en chirurgie, sera incessamment annexé à
l'école de médecine de l'université. Le doyen de cette faculté , M. le
docteur Charles Caldwell , qui a bien voulu communiquer ces détails
à la Rei,-ue , est actuellement à Paris , où il s'occupe à faire un choix
20Ô AMERIQUE.
de bons ouvrages pour la bibliothèque , d'instrumens de physique
et de chimie, et de tout ce qui est nécessaire pour les diverses
branches d'instruction. B— e.
— Philadelphie. — Instruction des sourds -muets. — Dans une as-
semblée des principaux habitans de cette ville, tenue le 12 avril 1S20,
et présidée par M. le docteur William White , évêque de Phila-
delphie , on proposa de fonder un établissement pour l'instruction
des sourds-muets de l'état de Pensylvanie , sous la direction de
M. David G. Seixas, qui avait déjà établi à ses frais, et sur le plan
de celles d'Europe , une institution de ce genre , contenant alors
onze ou douze sourds-muets. M. Robert Vaux, chargé de proposer,
un plan de constitution pour l'établissement, commence par ob-
server 0 qu'au milieu des nombreux efforts faits dans l'intérêt de la
philantropie et des sciences ^ pour étendre le cercle de l'instruc-
tion, de l'aisance et du bonheur parmi les hommes, on doit distin-
guer ceux qui ont eu pour but la découverte et l'application des
moyens de pourvoir à l'instruction des sourds-muettî.
• L'Europe, poursuit M. Vaux, éprouve depuis long- tems les
heureux effets des institutions de ce genre , et il en a été formé der-
nièrement deux aux États-Unis (i). Mais la Pensylvanie ne compte
pas encore au nombre de ses établissemens de charité un asile où ces
enfans du malheur puissent apprendre qu'ils ont des facultés intel-
lectuelles , et qu'ils peuvent trouver quelque jouissance dans l'exer-
cice de ces facultés. La seule raison du retard qu'on a mis à établir
une école pour l'instruction des sourds-muets, dans cette vaste répu-
blique, est que peu de citoyens savent combien y est grand le
nombre de ces malheureux qui réclament leur attention et leur
pitié. »
Le 6 mai suivant, une adresse aux habitans de la Pensylvanie fui
publiée par ordre de l'assemblée; et, le 29 novembre de la même
année, une pétition, signée par le président et les quatre vice-pré-
sidens, fut envoyée au sénat et à la chambre des représentans , pour
implorer leur autorisation et leur bienveillance en faveur de l'éta-
blissement. En conséquence de cette pétition, il fut arrêté pan- la
(t) Une à Hartford , dans l'état de Connecticut , sous la direction
de M. Gullaudei , secondé par M. Leclerc-, sorti de la belle iosti-
tiilion de M. l'abbé Ricard , et l'autre à ÏNew-Yoïk.
ASIE. 201
léglslatiu-e , le 8 février 1S20, que l'Institution des sourds-muels de
Pensjlvanie serait établie à Philadelphie, et placée sous la direc-
tion d'un président, de quatre vice-présidens, d'un trésorier, d'un
secrétaire et d'un bureau de vingt-quatre directeurs , tous membres
de l'Institution; que toute personne pourrait devenir membre,
moyennant une rétribution annuelle de deux dollars, et souscripteur
à vie , en payant 20 dol" ; que les membres ( dont le nombre était, au
mois de février dernier, de 442) devroient s'assembler, chaque année,
le premier mercredi de mai, à Philadelphie, podr procéder à l'élec-
tion des oflSciers et des directeurs , pour traiter toutes les afifaires
relatives à l'établissement , et entendre le rapport annuel des direc-
teurs ; qu'il y aurait en outre un comité de douze dames , choisies
annuellement par ceux-ci pour veiller sur l'établissement; que les
enfans indigens, de quelque comté de l'état qu'ils fussent, seraient
admis dans l'Institution, entretenus et élevés gratuitement, dans
la proportion des fonds versés , etc.
La législature vota une somme de S^OGO dollars , payables sur-le-
champ au président , et de 160 dollars par an pour chaque élève
indigent admis dans l'établissement, à condition qu'il ne fût à la
charge de l'état que pendant trois ans, et que les sommes payées
annuellement à cet effet pour le compte de l'état n'excédassent pas
8,000 dollars. L'établissement est autorisé à recevoir tous les dons
et legs de personnes charitables ; à posséder ou à affermer des
terres, etc., jusqu'à concurrence de 5o, 000 dollars de revenu annuel.
Au mois de novembre 1820, on avait déjà admis dix-huit jeunes
sourds-muets des deux sexes. B — r.
ASIE.
Indes orientales. — BousAr. — Chirurgie. — Dans un des der-
niers oahiers des Transactions de la société littéraire de celte ville.,
on trouve le fait suivant : « Un chirurgien indien ayant à traiter un
Arabe, qui avait eu une partie de l'os du bras emporté , imagina de
suppléer à cette perte par un tube d'argent destiné à remplacer l'o»
qui manquait. L'opération réussit complètement, et rendit au bras
malade son ancienne vigueur. »
Gui^E. — Macao. — Nouvelle comète. — Le 5 mai 1S20, M, Prevel
a découvert une comète dans le centaiire. Cet astre, qui n'avait
262 AFRIQUE.
qu'une tièscouile chevelure , était cependant visible à l'œil nu ; il
se dirigeait vers le nord-est avec beaucoup de lenteur.
Imdes obiestales. — Calcutta. — Société asiatique. — Séance du 20
décembre 1S20. — On procède à la réélection des vice-présidens pour
l'année 1S21. — Le secrétaire informe l'assemblée que 100 exem-
plaires des Aiiaùc Researches ont été expédiés pour l'Europe. — 11
est fait hommage à la société d'un ouvrage ayant pour titre On the
généalogies of the Hindoo deities , princes and heroes, parle docteur
Hamilton. — M. Calder communique le résultat des observations ba-
rométriques du capitaine Cullen , faites pendant un long voyage dans
différentes parties de l'Inde. La montagne la plus élevée que cet offi-
cier ait mesurée s'élevait à 8,077 pi^ds anglais au-dessus du niveau
de la mer.— Le même M. Calder lit un mémoire du capitaine Mac-
klntosh sur le mode employé à Magpour pour construire l'arche d'un
pont. — Le révérend M. Tborn envoie du cap de Bonne -Espérance
une collection de miucraus d'Afrique , et de restes organiques. — Le
lieutenant-colonel William Thomas fait hommage de ses observations
thermomélriques et météorologiques recueillies à Sangor, pendant
l'année iSig. — Le docteur Tytler envoie deux médailles anciennes; le
capitaine Mackenzie, une médaille chinoise; le lieutenant Wild, une
collection de minéraux rassemblés dans diverses parties de l'Inde ;
M. Moorcroft , deux planches en cuivre couvertes de caractères in-
connus. MM. Carey et Prlce sont chargés de faire un rapport sur ces
incrjptions. — Le docteur Bajley lit une dissertation sur les inscrip-
tions de Koutoun Minaret sur les ruines qui se trouvent aux environs,
E. G.
AFRIQUE.
Sierea-Leone.— iS/ai/si/y Me eicomTnerce. —Cette colonie anglaise voit
sa population s'accroître rapidement, non seulement parles naissances,
par les Africains pris à bord des navires négriers et rendus à la li-
berté^ mais encore par les indigènes qui accourent des petits états
voisins, pour demander de l'emploi ou chercher protection. Lors du
recensement de juillet 1S20 , on y comptait i2,52i habitans ; ce qui
présente, depuis le dernier dénombrement en décembre 1S18 , inter-
valle de dis huit mois, une augmentation de 2,956 personnes. Dans
ce nombre, sont compris 940 esclaves délivrés, et 898 nouveau-nés
ou indigènes émigrés. Le nombre des maiiagcs, depuis le 1" jan-
AFRIQUE. 203
TÎer iSio Jusqu'au 6 juillet 1S20, a été de455; les naissances, de 671;
et les baptêmes, de 1260. Le nombre total d'enfans et d'adultes qui
y reçoivent de l'éducation était, au mois de juillet dernier, de 2,09-;
c'est un sixième de la population. Dans toutes les écoles , on suit la
méthode de l'enseignement mutuel du docteur Bell.
Depuis l'abolition de la traite à Sierra-Leone et- aux environs de
la colonie, le commerce y fait des progrès rapides, L'Angleterre,
dans le cours de l'année 1819, y a expédié vingt-sept bàtimens avec
des cargaisons estimées 8oj865 liv. sterl. , et en a exporté 5,875 ton-
neaux de productions du pays. Dans le cours de l'année 1820 , le
commerce anglais a expédié à cette colonie quarante bàtimens, dont
le tonnage était en tout de 9,160. Les principaux objets d'exporta-
tion de la côte occidentale d'Afrique sont : les bois de charpente et
de teinture , les dents d'éléphant , l'huile de palmier , le riz blanc ,
le poivre malaguette, les gommes, le bois d'acajou, la poudre d'or.
On peut juger, d'après ce court exposé, quel parti la France pourra
tirer de sa colonie du Sénégal , lorsque la traite y sera entièrement
abolie , si elle veut y suivre le plan de civilisation adopté .i
Sierra-Leone. {Vqy.Hom. IX, p. 176.) B — y.
Capdb BoRNE-EsPBaAKCB. — émigration anglaise. — Depuis quel-
que tems il se fait une émigration d'Angleterre au cap de Bonne-
Espérance ; le gouvernement la favorise et l'encourage de tout son
pouvoir ; il fait les frais du passage de ces émigrans , fournit à leurs
premiers besoins, leur distribue des terres dans les districts éloignés
de la capitale. Ces nouveaux colons prennent, pour les aider dans
leurs travaux , des Hottentots libres, qui ne demandent qu'un très-
modique salaire pour leur travail. On a craint d'abord qu'ils ne pro-
fitassent de leur éloignement pour se soustraire aux lois de la colonie
qui ont aboli l'esclavage ; mais le gouvernement ne pense pas qu'ils
soient tentés d'en introduire, vu la facilité qu'ils ont d'avoir des
Hottentots dont l'entretien est moins dispendieux. Cependant, il a
cru devoir prendre des précautions à cet égard , en enjoignant au
gouverneur du Cap de n'accorder aucune portion de terreaux familles
émigrées, que sous la condition de n'employer à leur culture que des
domestiques ou journaliers salariés et libres.- Mais rinstitudon afri-
caine persuadée qu'une loi positive est indispensable pour aisurer
l'exécution des engagemens imposés aux nouveaux colons , a chargé
MM. Wilberfoice et William Smilh d'fn faire la proposition à la
20A EUROPE.
chambre des communes, et l'on ne doute pas que le parlement ne
seconde le zèle de cette honorable société pour l'extinction de la
traite et l'abolition progressive de l'esclavage.
Royaume de Maroc. — Enseignement mutuel. — Dans le journal
de la captivité du capitaine Paddook, quaker de New-York, com-
mandant ï'Osi^ego, naufragé en 1S09 sur la côte de Mogador , on re-
marque, entre autres observatious sur le caractère , les mœurs et les
coutumes des Arabes de Widnoun, le passage suivant: «Les hommes
savent généralement écrire , et tous apprennent à lire. A cet effet ,
il y a dans chaque tente une planche de bois dur sur laquelle se trou-
vent gravés les caractères de l'alphabet et des maximes du Coran.
A l'âge de huit ans , le petit garçon sait tout ce que contient son
tableau ; il saisit avidement les occasions d'apprendre avec les
étrangers qui viennent voir ses parens, et qui se font un plaisir de
lui apporter des planchettes sur lesquelles sont tracés des passages
du Coran. Dans plusieurs endroits, il y a des prêtres ou Talbes occu-
pés à parcourir le pays pour l instruction des enfans , au moyen de
l'enseignement mutuel. Les garçons se rendent au lieu de réunion ,
munis de leur planchette ; Itsplus grands et Icsplus avancés reçoi-
vent directement leurs leçons du maître et les communiquent en-
suite à leurs condisciples. Cette éducation n'a jamais rien de forcé ,
et ce serait un crime de battre un enfant pour le corriger. Néan-
moins, les enfans apprennent tout ce qu'ils ont besoin desavoir,
auant l'dge de le vietlre en pratique i et des observateurs attentifs
avouent qu'ils n'ont trouvé , chez aucune nation , considérée en
masse » autant d'intelligence , autant de vivacité d'esprit que parmi
ces Arabes. » Voilà donc la question de la priorité d'invention de
la méthode d" enseignement juutuel , décidée en faveur des Arabes,
à qui nous devons d'ailleurs tant d'inventions et de découvertes im-
poi'tantes. Babey.
EUROPE.
ILES BRITANNIQUES.
Ecosse. — Aberdeen. — Télescope perfectionné. —^1. Raucye vient de
construire un télescope à réflexion sur de trcs-grandes dimensions ;
il a plus de 25 pieds de longueur; la force focale du miroir réflecteur
est de 25 pieds ; le diamètre de ce miroir est de lô pouces. Cet ins-
trument est le plus grand de tous ceux qui ont glç construits, excepté
EUROPE. 205
toutefois celui de M. Herschell , qui a , comme on sait , 4o pieds de
foyer. Celui de M. Schroeter, à l'observatoire de Lilienthal , est de
la même force que ce dernier. Ce qui rend les grands télescopes de
peu d'usage, c'est la difficulté non seulement de les exécuter, mais
de les diriger. Le mécanisme de M. Ramcye permet de le mouvoiravec
facilité. Le pouvoir amplifiant peut aller jusqu'à i,5oo. Feascgeub.
LosDaES. — Technologie. — Alliage de l'acier avec l'argent et le
platine. — En fondant ensemble une partie d'argent et 5oo d'acier,
MM. Hodart et Faraday ont formé un alliage, mais qui se forge
très-bien, quoique très-dur. Il paraît d'autant plus avantageux qu'on
peut se le procurer à peu de frais ; la valeur de l'argent, qui s'y
trouve en si petite proportion, n'influe pas sur celle de l'acier. Avec
partie égale en poids de platine et d'acier, on forme un alliage qui
prend un superbe poli et ne se ternit point; la couleur est la plus
belle qu'on puisse imaginer pour un miroir. Les proportions de pla-
tine, qui paraissent améliorer l'acier pour des instrumens tranchans,
sont de 1 à 5 pour loo.
— Émail pour la porcelaine. — La Société d'en couragemenX de
Londres a fait faire l'essai d'un nouvel émail pour la porcelaine et la
faïence fine , composé par M. John Rose , et qui a été trouvé sapé-
rieur à tous ceux qu'on a employés jusqu'ici ; on l'obtient en faisant
un mélange de 27 parties de feldsphath pulvérisé, avec 18 de borax,
4 de sable , 1 de sel de soude , 1 de nitre et 1 d'argile ; après l'avoir
fondu en frite , on y ajoute 5 parties de borax et on réduit en poudre.
Cet émail s'applique aisément et uniformément, sans que la porce-
laine doive être ni fondue , ni même ramollie. Il s'étend uniformé-
ment sans bulles et sans saillies; il ne couvre ni n'altère les cou-
leurs , même les plus délicates, telles que les verts et les rouges de
chrome, etc.; il s'incorpore parfaitement avec elles, et la porce-
laine qui en est recouverte peut passer une seconde fois au feu, sans
que cet émail se gerce ou éclate.
— Economie rurale. — Moyen d'utiliser la chaleur des écuries^ —
Le Garten-magasine propose d'établir, au-dessus des écuries ou des
ètables , soit des serres , soit des couches ou des bacs à forcer. Les
porcheries, qui ont une température si élevée, et dont les dimen-
sions , surtout en hauteur, peuvent être très-petites (3 pieds et demi
suffisent) , seraient particulièrement adaptées à cet usage. La porte
et le bac à mangev se trouveraient au nord, où serait aussi la plus
20G ELROPE.
grande élévation du mur. On pourrait , pour conserver plus de
chaleur, construire des interstices dans les murs, afin de faire cir-
culer l'air chaud dans la serre , la couche ou le bac à forcer.
NoETH-MoLTOs, — Agriculture. — l^ouv elle charrue. — M. R. Locke
a inventé une machine perfectionnée pour lahourer la terre. On
peut s'en servir dans toute espèce de sol où la charrue est en usage.
Elle creuse le terrain à une profondeur donnée , depuis un pouce et
demi jusqu'à huit pouces, et depuis cinq pouces jusqu'à onze en
largeur; on lui fait tracer de même des sillons sur les collines,
quelle que soit soit la rapidité de leur pente. L. S. B.
Londres. — L'académie royale a proposé un prix de 20,000 livres
sterling pour la découverte de la direction horizontale des aéros-
tats, MM. Mingrelli, de Boulogne; Piétropoli , de Venise, et Lein-
berger, de Nuremberg, prétendent, chacun de leur côté, avoir ré-
solu ce grand problème.
Camhhidge. — Société iihilosophique. — M. Cécile a lu (deuxième
séance de cette année) un mémoire sur les avantages du gaz hydro-
gène employé comme force motrice dans les machines , et a donné
en même tems la description d'un appareil propre à s'en servir de
cette manière.
LoNDHBS. — Société des missionnaires. — Le prince Ratafie, frère du
roi de Madagascar, qui est maintenant à Londres, s'est rendu à la
dernière séance annuelle de la Société des missionnaires ; il a remis
une lettre du roi , son frère , qui prie la société de lui envoyer, non
seulement de pieux missionnaires, mais aussi d'habiles artisans,
parce qu'il désire faire de ses sujets de bons chrétiens et de bons
ouvriers. La société a promis qu'elle chercherait les moyens de sa-
tisfaire aux vœux du monarque africain. L. L. B.
RUSSIE.
Statistique littéraire. — La Russie possède trois cent cinquante
auteurs vivans qui , pour la plupart, appartiennent à la noblesse;
les ecclésiastiques n'y sont que pour un huitième. Backmeister, dans
sa Bibliothèque russe , compte 4îO0O ouvrages publiés jusqu'en 1S07 ,
c'est-à-dire une quantité seulement égale à ce que produit une seule
foire de Leipsick. En 1800 , la bibliothèque de l'académie des
sciences possédait à peu près trois mille ouvrages nationaux , parmi
lesquels se trouvaient cent cinq romans; aujourd'hui, il existe plus
EUROPE. 207
de 8,000 ouvrages en langue russe. Il y a des gazettes allemandes
et russes à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Riga, à Mittau à
Revel, à Abo, à Casan ; Moscou voit paraître un recueil littéraire
en russe, et Wilna en fournit un autre en polonais (uoyez T. IX
pag. 602}. On compte, à Moscou, neuf bibliothèques et dix impri-
meries; à Saint-Pétersbourg, sept bibliothèques et quinze imprime-
ries ; à Wilna , une bibliothèque et cinq imprimeries ; dans chacune
des villes de Revel, Dorpat et Kharkovv , il y a une bibliothèque et
deux imprimeries. Enfin , on compte , dans l'empire russe , huit ou
neuf fonderies de caractères. Ph, G y.
SAiNT-PÉTEBSBouRG.—i/^Aoo-m/i/z/e.— Cet art, naturalisé depuis peu
en Russie , fait maintenant de rapides progrès (pqyez Tom. VII,
pag. 192}. Parmi plusieurs collections que l'on publie dans ce mo-
ment, nous citerons : 1° les F'ues de Saint-Pélershourg et de ses en-
virons : chaque livraison contient quatre planches in-folio. Celles de
la première représentent le palais d'hiver, la bourse, l'île Krestovsky ;
le texte de ce recueil est russe. Les frais de l'entreprise sont faits par
des amateurs , et les produits sont distribués aux artistes. 2" Un autre
ouvrage du même genre, par M. Sevenin, paraît aussi par cahiers;
mais il est d'une moindre dimension. Le texte est en russe et en
français. Quatre cahiers sont déjà en vente. 5» M. Martinof donne
un voyage pittoresque de Moscou aux frontières de la Chine , dont
les figures coloriées coûteront jusqu'à 200 roubles. Ph. G y.
SUÈDE ET NORWÈGE.
Christiania. — Magnétisme. — Le professeur Hansteen , connu
par ses intéressans travaux , et particulièrement par ses belles expé-
riences, dont l'objet est de déterminer les variations diurnes et an-
nuelles de l'intensité d'action magnétique du globe terrestre, an-
nonce , dans les journaux savans du nord de l'Europe , qu'il vient
de se livrer à de nouvelles observations; d'où il résulte que tout
objet vertical , tel qu'un arbre, un mur, un clocher, etc., se cons-
titue naturellement à l'état d'un aimant; la partie inférieure porte
le pôle boréal; la supérieure, le pôle austral. On attend avec impa-
tience des («éveloppemens sur ces expériences et sur les résultats
qu'a obtenus M. Hansteen. Ce sujet est aujourd'hui du plus haut
intérêt pour les physiciens , depuis que M. Œrsted a indiqué les
relations qui unissent les fluides magnétique et électrique.
Fraivcckuk,
208 EUROPE.
—Nouvel ouvrage périodique.— Journaux publiés en Norvège. —
Deux mUitaires distingués , MM. Broch et Hahœth, viennent d'an-
noncer la prochaine publication d'un nouveau journal sous le titre
de HtRMODER ( le Mercure du Nord ) , dont il paraîtra , chaque se-
maine, un cahier. Il contiendra des articles originaux, tant en
poésie qu'en prose ; des extraits des meilleurs journaux littéraires ,
suédois , danois, allemands, français, anglais et italiens; ainsi que
l'analyse des ouvrages remarquables , historiques , politiques et de
littérature , publiés dans les mêmes langues. On y joindra de tems
en tems des portraits et des dessins lithographies. On voit avec plaisir
les progrès qu'a déjà faits cette précieuse découverte , qui a pénétré
jusque dans les pays voisins du pôle.
Voici la liste des autres journaux qui se publient à Christiania :
1» \e Journal de l'Empire ( Rigstidenden ). Cette feuille est, pour
ainsi dire , officielle ; elle publie les actes du gouvernement , ainsi
que des nouvelles politiques ; 2° la Feuille nationale , journal
d'opposition, dont la rédaction a tellement déplu au gouverne-
ment , qu'il en a récemment défendu l'envoi par la poste ; 3» le
Spectateur norvégien ; 4° la Feuille du matin : journaux qui rem-
plissent leurs pages de dissertations philosophiques , historiques et
morales , et d'extraits des meilleurs écrits périodiques qui parais-
sent en Danemarck.
—Loi relative à l'exercice du droit de la liberté de la presse.— he
roi vient de proposer à la diète une loi répressive des abus delà
presse. On voit avec plaisir que S. M. désire l'établissement du
îno^ement par jurés ; mais quelques hommes éclaués pensent que le
mode de formation du jury, d'après le projet royal , rend cette ins-
titution trop dépendante du pouvoir. Cette dépendance pourrait de-
venir dangereuse avec le tems , quoiqu'il n'y ait rien à craindre pour
le moment, vu le noble caractère d'indépendance et d'impartialité
qu'ont déployé les tribunaux , spécialement dans le jugement des
auteurs mis en accusation , comme ayant abusé de la liberté de la
presse. Ce qui étonne le plus dans le projet de loi dont il s'agit ,
c'est de voir que , provisoirement, et jusqu'à la publication du nou-
veau Code criminel , on parle de remettre en vigueur la fameuse
loi danoise du 27 septembre 1799. Cette loi, faite pour un gouver-
nement arbitraire , paraît absolument incompatible avec le régime
constitutionnel. Ce n'est pas ici le lieu de montrer jusqu'à quel point
EUROPE. 209
elle anéantit toute liberté de la presse; nous renvoyons ceux de
nos lecteurs qui désireraient la connaître , au recueil intitulé : Jour-
nal général de législation et de jurisprudence , tom. II, pa<». aS
et suivantes. Jj q^
DANEMARCK.
Stockholm. — Publication nouvelle. — On a publié dernièrement
ici un ouvrage intitulé : Actes secrets de l'Histoire de Gustave III^
et qu'on dit très intéressant.
CoPEi^HAGCB. — Polémique littéraire. — Mythologie du ISiord. —•
Les savans danois sont en "guerre au sujet de la mythologie, de-
puis que M. Baden , secrétaire de l'académie des arts , a mis en
question l'existence de celle du Nord. Il a pour lui MM. Eckersberg
et Hoger; mais MM. Ewald et Œhlenschlager, qui ont tiré un
si grand parti de la mythologie d'Edda , se sont rangés du côté
de M. Fenn Magnusin, adversaire de M. Baden. Celui-ci ne veut
pas que l'on substitue aux fables ingénieuses de la Grèce des tra-
ditions qu'il appelle barbares. On lui répond qu'il n'est point ques-
tion de remplacer la mythologie des Grecs par une autre , mais de
placer à côté d'elle de nouvelles ressources offertes au génie. L'Alle-
magne compte dans ce moment de nombreux partisans de cette
mythologie du Nord. Ph, g.
Duché de Schleswig-Ecrernfobde. — Nécrologie. — \iG comte
Chrétien de Stolberg est mort, le 18 janvier dernier, peu après son
frère, et immédiatement après avoir terminé sa réponse au célèbre
Voss. On sait que le changement de religion de MM, de Stolberg
excita contre eux toute la colère du traducteur d'Homère et de Vir-
gile , et que l'étroite amitié qui les unissait à lui fit place à des
sentimens entièrement opposés. Ce fut la source d'un grand nombre
d'écrits polémiques , dans lesquels les questions théologiques et les
controverses de protestans à catholiques sont mêlées de détails de la
vie privée de ces hommes de lettres. La guerre entre Hume et
J.-J. Rousseau n'a jamais fait autant de bruit en France , que cette
querelle n'en a causé en Allemagne , où tous les recueils périodiques
en retentissent encore. Fh. G.
ALLEMAGNE.
Vienne. — Machine àplonger. — M. François Farkas , de Farkas-
falva , connu par la publication de plusieurs écrits en langue hon-
ToMK XI. lA
210 EUROPE.
«Toise , a inventé nne machine à l'aide de laquelle on peut plonger j
à quelque profondeur que ce soit , et séjourner au fond des eaux
dans toutes les altitudes désirables , sans en éprouver le moindre in-
convénient. Le plongeur remonte , à volonté , à telle hauteur qu'il
lui plaît, et n'a besoin, pour cela, d'aucun secours étranger. Ce
qu'il y a de plus avantageux , c'est que ses pieds et ses mains sont
libres pour le travail, M. Farkas a nommé sa nouvelle machine le
dauphin ; voici en quoi elle l'emporte , selon lui , sur toutes les au»
très. Dans toutes les cloches connues , la pression de l'eau à une
certaine profondeur devient insupportable, et l'air vital est bientôt
épuisé, même dans celles qui sont pourvues de tuyaux .M. Farkas
a pleinement obvié à ces défauts ; au moyen du dauphin, tous les
mouvemens se font à volonté et non sur les trompeuses indica-
tions d'une corde. Enfin , les secours étrangers étant toujours
très- coûteux , on obtient à peine, à Dublin , avec 1,000 liv. sterl. j
les avantages que le dauphin procure pour 100. L'expérience de
cette machine a été faite , le i<='. octobre 1820, devant le prince
d'Esterhazy, à l'école de natation de Vienne (1).
"R^KJAV. — Géographie. — Globes en relief. — M. Zeune, qui a fait
construire, il y a plus de dix ans, un globe terrestre en relief, à
l'aide duquel les aveugles de son établissement apprennent très-fa-
cilement la géographie , a prévenu le public que désormais ses
globes ne seront plus exécutés en bois, mais en papier. Ils y ga-
gneront en précision et en solidité; ceux de bois étant exposés à se
briser par la moindre chute. M. Kummen est l'artiste chargé de
remplir les intentions de M. Zeune. Les découvertes les plus
récentes doivent être portées sur ces nouveaux globes , dont le dia-
mètre est de 25 pouces, mesure de Berlin, 24" 1 ligne de France, et
dont le prix varie , selon le plus ou moins de détails géographiques
qu'ils représentent {vqy. ci-après, art. Paris).
Halle. — Société des sciences'naturelles. — Voici le résumé des tra-
vaux de cette société pendant le second semestre de 1S20. Le
iS juillet, un mémoire de M. Schultz sur la lumière, sur les couleui-s
et sur les orages. Les 29 juillet et 11 août, un traité de M. IVitzsch
(i) La cloche à plonger , dont on fait usage depuis long-tems
en Angleterre , et depuis quelques années en France , dans les tra-
vaux du pont de Bordeaux et du port de Cherbourg, offre la plus
grande partie desavantages que M. Farkas annonce comme nouveaux.
{roj. la Repue, T. \Ul, p. ijo,ctT. X, p. 456 et 61 2.) A. M— t.
EUROPE. 211
3Hr les maladies du nez. Le i septembre , une analyse chimique des
eaux minérales de Lauchstœdt par M. Stoltz. Le 16 septembre un
mémoire de M. Leuckart sur la formation de la corne dans les ani-
maux ; le même jour , des additions de M. Schweigger aux expé-
riences électro-magnétiques d'Œrstedt. Le 5o du même mois, un
rapport de M, Wincler sur quelques accidens de baromètre à l'ob-
servatoire de Halle. Le 7 octobre , M. Mertens a lu un traité sur les
produits de l'océan ; M. Dieterich a entretenu la société des pierres
sablonneuses des environs de Lauchstoedt et de Scopau. Le 21 oc-
tobre, M. Keferstein a examiné ce que les anciens ont ditsurovoc
livXoç et ^y.o'Ko'vevS'poi. Le n novembre , lecture d'une dissertation
sur les ouvrages que fe docteur Gronaw avait envoyés de Berlin.
Le i8 , M. Schultz a rendu compte de deux écrits de M. Schneider»
sur les poissons et sur la topographie médicale d'Etlingen. Le aS ,
M. Keferstein a communiqué une dissertation sur la géognosie d'Al-
lemagne, et notamment sur la culture des Alpes. Enûn, le 9 dé-
cembre , M. Schweigger a fait quelques expériences électro-magné-
tiques.— La société a reçu un grand nombre de mémoires sur la
marche des orages pendant 1820. On parle d'une association dont le
but est d'en observer plus spécialement la direction dans toute l'Al-
lemagne, ainsi que M. Braudt l'a fait pour la Silésie. On assure que
ces observations seront faites , en Saxe , par MM. Lindenau,
Posselt et Arzberger; qu'en Bavière, dans le Saltzbourg et dans le
Tyrol, elles seront dirigées par M. Henrich ; dans le duché de
Baden , par M. Bœckmann ; dans le Wurtemberg, par M. Schiib-
1er, etc., etc. La société invite tous les pasteurs et cultivateurs à
tenir note de l'arrivée et du départ des orages, ainsi que de leurs
divers accidens. ( F'ry. Tom. XXXI, 2' cahier du Journal de phy-
sique et de chim.ie. )
Berlin. — Société littéraire. — Le i3 janvier dernier, la société ap-
pelée Humanitàts- gesellschafl a célébré le 24* anniversaire de
sa fondation. Le directeur, M. Kœpke, a ouvert la séance par
la lecture d'un mémoire relatif à Zénobie , reine de Palmyie.
M. Ideler a ensuite présenté une dissertation sur le poète Saadi et
sur le poème de Gulistan. Enfin, M. le conseiller d'état Klein a fait
le résumé des travaux de la société pendant l'année 1820, et con-
sacré quelques souvenirs aux membres que la mort a frappés dans
le cours de cette année (MM. Nicolas Ruhs et Bemhardi). La
.^ance a été terminée par un banquet.
51? EinOVE.
— Unii-'ertilè. — Au commencement du semestre d'été, l'université
de Berlin comptait onze cents élèves et quatre-vingt-un professeurs ,
dont cinqnante-trois en titre et vingt-huit sans fonctions , mais avec
la qualité de maîtres particuliers , priuat-docent, M. Ozann , dont
nous avons fait connaître les travaux ( Tom. VIII , pag. 624) ■, passe
k l'université de Jéna comme professeur de philosophie. C'est lui
qai vient de publier le Lexicon technologicum de Philémon ; il
promet à l'Allemagne un philologue consommé.
McNicH. — Publication nouvelle. — Une société , dirigée par
M. Œrtel, professeur à Aiishach, va donner de nouuelles traductions
des classiques grecs et latins; elle publiera toujours à la fois un
auteur grec et un auteur latin. Voici ce que promet M. Œrtel dans
un prospectus inséré au journal de Halle : 1" les traductions seront
dégagées de toute expression étrangère ou commune ; 2" quand
l'auteur est obscur et serré en grec ou en latin , il sera obscur et serré
en allemand; 3" on n'estropiera point les noms propres, etc., etc.
M. Œrtel craint néanmoins qu'on ne l'accuse de moderniser les an-
ciens {modernisireny, mais il répond d'avance à ce reproche qu'on
ne leur fera pas voir le monde à travers les lunettes du préjugé , et
qu'on ne les fera pas errer sur l'océan de la vie, un compas à la
main. D'ailleurs, ajoute-t-il , on ne coi fTdra point Paris d'une per-
ruque, et Marcellus n'aura , pour assiéger Syracuse , 7ii canons ni
mortiers Le tutoiement sera généralement supprimé; mais on
ne traduira point le k^s a-u texvsv de César par auch sie herr sohn
(et vous aussi, monsieur mon fils). On volt que M. Œrtel est ca-
pable d'égayer ses lecteurs dans l'occasion,
Beelix. — Nouveau journal. — Il paraît, depuis le commencement
de l'année, un journal intitulé : der Zuschauer (le .Spectateur). On
en attribue la rédaction à M. Symanscky, qui publiait autrefois le
Preimiithige (le Sincère) , et plus anciennement encore die Leuchte
(la Lanterne) , recueils périodiques qui n'ont pas eu de durée.
Ph. GoLBÉav.
ITALIE.
Brescia. — Athénée. — Biographie littéraire. — M. Camillo Ugoni.
connu dans la république des lettres par son zèle et par ses ouvrages,
et nommé président de l'athénée de cette ville , a proposé à ses col-
lègues une entreprise littéraire qui ferait beaucoup d'honneur à
Brescia et à l'Italie : c'est la continuation des écrivains italiens
EUROl'E. 215
'scntlori d'italia) , du comte Gianunaria Mazzuchelli. On sait qu'il
ne publia de ce grand dictionnaire que six volumes in-folio , conte-
nant environ trois mille articles, et qu'il espérait de le porter lui
seul à plus de cinquante raille. Surpris par la mort, il a laissé, parmi
ses papiers, une inUrucùon sur la mélhode qu'il avait suivie dans,
sa conij ilulion , et les manuscrits suivans : i" 2 vol. des Scril-
tori Italiani-y 3° 2 vol. de vies d'hommes de lettres alors vivans;
5", il vol. de lettres de divers savans; 4° S vol. de mémoires litté-
raires; 5° 5 grands vol. de répertoires contenant des matériaux
pour la continuation de son dictionnaire. M. Ugoni prouve la néces-
sité d'achever cet important ouvrage par l'imperfection des diction-
naires étrangers de ce genre qui circulent dans l'Italie. Il s'arrftt
à signaler particulièrement la Biographie universelle et la Biogra-
phie des hommes vii-ans. Aous ne répétons pas ici les expressions de
la noble indignation que lui inspire la justice ; mais nous croyons
nécessaire de citer ce qu'il dit sur la première, en se bornant à la
partie qui regarde les auteurs italiens. « Quel long catalogue , dit-il ,
ne pourrais-je pas présenter d'inexactitudes, d'omissions, de l'ait^
et de mots altérés , de noms et de vers latins et italiens estropiés,
d'hommes vivans annoncés comme morts , et ensuite condamnés à
revivre dans la Biographie des hommes vivans, lorsqu'ils n'existent
plus, u II regarde enfin la Biographie universelle comme une com-
pilation indigeste , du moins pour ce qui concerne les écrivains de
l'Italie. M. Ugoni excepte, dans une note , les articles de MM. Gin-
gucné,S... et Sismondi. Il ajoute de plus que la vérité et même l'hon-
nêteté sont outragées dans presque tous les articles signés G. A'.
(Voy. Covimentarj deW Aleneo di Brescia, 1820.)
— Poésie dramatique. —On a donné lecture de plusieurs tragédies.
à cette société littéraire; deux sont de Giuseppe ÎSicolini, et intitu
lées : la Clorinda et le Conte d'Essex. Le jeune auteur s'écarte ,
dit-on, de l'école d'Alfieri , par la composition et par le choix des
sujets : l'amour est le principal ressort de ses pièces; mais il ne lui
conserve pas toujours toute la dignité qu'exige la tragédie. L'avocat
Euccelleni, adoptant un genre sévère, a traité un sujet national. C'est
la mort de Tebaldo, citoyen de Brescia, chef de cette république et du
parti des Guelfes, au tems de l'empereur Henri, comte de Luxem-
bourg. Tebaldo, prisonnier, ne peut sauver sa vie qu'en engageant
tes concitoyens à ïçndre la ville. Mais, nouveau Régulus , il leur per-
2lâ EUROPE.
suade de se défendre, et il est condamné. La marche de cette tragédie
paraît fort simple et régulière. — Francesco Gambara a tiré de
l'histoire de Machiavel , le sujet d'une nouvelle tragédie , Rosmonda
à Ravenne. Le même auteur a fait une pièce sur la mort de Co-
riolan.
Milan. — Archéologie . — M. Bignoli publie , pour l'usage des ar-
tistes, une collection d'antiquités grecques et romaines, dessinées
et gravées par lui-même. La première livraison in-4° a paru cette
année. L'auteur espère que son travail sera d'une grande utilité à
ceux qui ne peuvent ni voir ni copier les modèles. La collection
sera divisée en plusieurs classes : l'une , par exemple , contiendra
les vases, l'autre les candélabres , la troisième les bustes , etc. etc.
Il paraît qu'on trouve très-bons le choix , le dessin et la gravure des
objets qui composent cet ouvrage.
Padoue. — Nécrologie. — Assemani. — L'abbé Simeone Assemani est
mort, le 8 avril dernier, à l'âge de soixante-neuf ans. Ce célèbre orien-
taliste était né à Tripoli de Syrie le 20 février 1762 : il fut élevé à Rome,
où sa famille avait obtenu le droit de citoyen et l'honneur du patri-
ciat. Domicilié à Padoue, il fut nommé professeur de langues orien-
tales, d'abord dans le séminaire , et ensuite dans l'université. Il fut
aussi membre de I''académie des sciences , lettres et arts , et de
l'institut royal. Ses nombreux ouvrages et ses vertus le firent de plus
en plus estimer et par les nationaux et par les étrangers. Infati-
gable quand il s'agissait de remplir ses devoirs littéraires, il avait
annoncé , trois jours avant sa mort , un nouveau mémoire pour la
séance de l'institut. F. S.
ESPAGNE.
Madetd. — Publications 720«fe//e5.— L'ouvrage de M. Bignon, Du
congrès de Troppau , ou Examen des prétentions des monarchies
absolues à l'égard de la monarchie constitutionnelle de Naples, à
été traduit en espagnol , ainsi que l'Essai , de M. Daunou , sur les
garanties individuelles que réclame l'état actuel de la société.
— Nécrologie. — M. Marchena , auteur très-actif, est mort au com-
mencement de cette année. Il était né, vers 1770, à Utrera, en An-
dalousie ; il se fit prêtre ; mais la philosophie française , qui com-
mençait à pénétrer en Espagne malgié les douanes et les inquisiteurs,
eut plus de charme pour lui que la théologie. Persécuté par le saint-
EUROPE. 215
office, il se réfugia en France , où la révolution venait d'éclater.
Marchena en embrassa chaudement les principes ; il coopéra d'abord
au journal de Marat, puis il entra dans le parti des girondins. Arrêté
à Moulins, il fut conduit à Paris et y resta en prison jusqu'au 9 ther-
midor. Sa captivité, loin d'abattre ce caractère ardent, semblait en
augmenter la fougue. Il adressa de sa prison de vives représenta-
tions au gouvernement; remis en liberté, il travailla à l'Ami
des lois , écrivit contre les thermidoristes , et fut exilé après le
iô vendémiaire. Cependant, il obtint la permission de rentrer en
France , fut placé à l'armée du lihin , et devint ensuite secrétaire
de Moreau. Après le procès de ce général , JVIarchena vécut dans
l'obscurité à Paris. Il écrivit , à cette époque, une bonne description
des provinces basques pour les Annales des uoyages. Lors de l'inva-
sion des Français en Espagne , on vint le chercher pour l'employer
comme journaliste et agent. 11 partit avec l'armée, rédigea un
journal en Espagne , y fit jouer sa traduction du Tartuffe et
du Misantrope ; et, lorsque les armées furent obligées d'évacuer,
Marchena revint en France à leur suite. 11 s'établit à Nîmes , et
commença de traduire en espagnol l'Emile de J.J. -Rousseau.
Après la révolution du mois de mars 1820, il se hâta de rentrer en
Espagne ; il n'y jouit d'aucune considération , et mourut dans l'in-
digence. Marchena était un petit homme disgracié parla nature ,
excessivement remuant et flexible , sans principes fixes et sans beau-
coup de moralité. Il était loin de manquer de talent, et cet abbé au-
rait pu se faire un nom dans la littérature , si , au lieu de courir les
camps, il avait voulu s'occuper de travaux solides. D— g.
PAYS-BAS.
Médecine. — Proprièlcs anli-iènéncuses du sucre. — A diverses
époques de l'année, certaines espèces de poissons, des ^enresperca,
esox , sparus, scomber, etc., compromettent la vie de ceux qui les
mangent. Le docteur Chisholm indique comme remède le sucre ou le
suc de la canne qui le fournit , ainsi que du suc de batale. On avait
déjà proposé le sucre comme un excellent antidote des oxides et des
sels métalliques, et il paraît qu'il a été employé avec succès dans
des cas désespérés. (Extrait de l'excellent recueil publié à Bruxelles,
et que nous avons annoncé plusieurs fois : Annales générales des
sciences physiques).
liRvxELi.Es.— Beaux arts. —Sculplurc— On yknl de placer., dans
21G EUROPE.
une église de cette ville, !a statue de l'amiral hollandais Van Kins-
Lcrger, homme bienfaisant et protecteur éclairé des beaux arts.
C'est l'ouvrao-e de M. Gabriel , membre de l'institut des Pays-Bas.
FHANCE.
AcBE. — Troyes. — JEnscignement mutuel. — M. Baudouin , pro-
priétaire d'une vaste filature de cette ville , vient de donner à tous
les manufacturiers du royaume un bel exemple à suivre. Il a établi ,
en faveur de ses ouvriers , dans l'enceinte même de sa fabrique, une
école d'enseignement mutuel, qui sera ouverte pendant les heures
et les jours de repos, et qui sera dirigée par les maîtres de l'école-
modèle du département de l'Aube.
DoiEs. — Maxdecrf.. — Ruines d'un théâtre romain. — En an-
nonçant les fouilles entreprises au mois de juin 1820 , pour mettre à
découvert les restes de ce beau monument, nous nous sommes en-
gagés à en faire connaître la disposition et les dimensions principales.
Des détails qui nous ont été transmis dernièrement nous mettent à
même de remplir cette promesse.
Ce qu'on aperçoit déjà du théâtre présente un aspect imposant ;
il est adossé, ou plutôt entaillé dans un petit coteau au midi du
Maudeure. Les restes des murs de l'étage supérieur, qui sont de
vingt-quatre mètres au-dessus du niveau de la plaine, surpassent
encore la crête du coteau, où se trouve un plateau assez vaste, à
l'extrémité duquel s'élève la montagne qui le couronne. Le choix de
cet emplacement aura été déterminé par la concavité du coteau en
cet endroit, où il avait naturellement la forme demi-circulaire d'un
amphithéâtre ; ce qui aura diminué de beaucoup le travail pour les
excavations et l'assise des constructions.
L'inégalité et la grandeur des distances qui séparent les murs con-
centriques de l'amphithéâtre , ainsi que leur épaisseur et l'élévation
de tous les degrés qu'ils forment , repoussent l'idée qu'on avait eue
d'abord, que c'étaient des banquettes pour les spectateurs. L'éléva-
tion de ces murs demi-circulaires , dans trois endroits où ils sont le
plus rapprochés entre eux , fait conjecturer que là ils formaient des
corridors de séparation entre les divers amphithéâtres; partout ail
leurs, ces murs sont à fleur du terrain qu'ils soutiennent, et dont
ils servent à adoucir la pente.
Ainsi, il y aurait eu quatre ctngcs de loges ou d'amphitliéàtres ;
EIROPE. 217
Je premier de 44 mètres de diamètre , compris entre le demi-cercle ,
au-dessous ou au-dedans duquel était l'orchestre, et les deux pre-
miers demi-cercles saillans formant corridor; le second s'élendant
depuis ce corridor jusqu'au corridor supérieur, qui en est éloigné de
treize mètres; le troisiènte comprenant les trois murs qui sont im-
médiatement au-dessus^ et qui forment trois terrasses, ayant en-
semble une largeur de 9 à lo mètres ; enfin , le quatrième composant
les deux galeries supérieures , dont l'une pouvait servir en même
tems de passage.
D'après la surface de ces divers rangs de loges, qui était pour le
premier d'environ 8,5oo pieds carrés ; pour le deuxième de 16,200;
pour le troisième de i4,6oo; et pour le quatrième de 5, 800, on peut
évaluer ce que chacun devait contenir de spectateurs, suivant qu'ils
y étaient debout ou assis, en leur assignant l'espace nécessaire
dans ces difTérens cas. L'étage supérieur était-il terminé par des por-
tiques où les femmes pussent se trouver à couvert? Rien ne l'indique
encore.
Excepté quelques fragmens de corniches, on ne voit point dans
les ruines de gros matériaux. La régularité de petites pierres de
trois ou quatre pouces d'épaisseur employées à cette maçonnerie
prouve qu'elle avait été faite avec le plus grand soin. Il est à croire
que de grandes dalles servaient de recouvrement à tous les murs
concentriques pour en empêcher la trop grande dégradation ; et que
les escaliers qui conduisaient aux différens étages , mais dont aucun
n'a été encore découvert , étaient également en giandes pierres ,
probablement enlevées pour des constructions modernes.
Si ce théâtre avait été construit pour les habitans d'une ville qui
devait être considérable, si l'on en croit la tiadilion, et si l'on en juge
par les découvertes antérieures à celles dont nous nous occupons ,
ainsi que par les ruines éparses dans la plaine située entre le théâtre
et la rivière, pourquoi n'y trouve-ton pas ces matériaux de forte di-
mension qui pouvaient assurer la durée de cet édifice? Si ce monu-
ment n'avait été élevé qu'à la hâte pour occuper des troupes en sta-
tion sur ce point, dans l'intervalle des opérations militaires, et pour le
mieux disposer à de nouvelles entreprises , en leur donnant la repré-
sentation de beaux faits d'armes , pourquoi l'aurait-on décoré de ces
corniches et de ces divers ornemens dont il se trouve des fragmens ?
Combien de questions on pourrait faire sur la destination des diverses
218 EUIlOrE.
parties de ce monumcnl, qui fournit un vaste champ aux conjec-
tures, et attend encore les explications des savans.
Antiquités. — Un autel antique a été découvert , dans le mois de
mai dernier, à deux lieues de Besançon , sur le bord de la route de
Dôle. 11 était debout, engagé en entier dans la route, élevée en cet
endroit de deux ou trois mètres au-dessus des champs. La carte de
Cassini indique qu'il passait en cet endroit une voie romaine , sur
laquelle la route actuelle est en partie établie.
Malgré les soins que l'on a pris , l'autel s'est brisé en le sortant de
terre. La personne de qui nous tenons ces détails en a recueilli les
débris. Voici l'inscription gravée sur une des faces :
MA. TRA.
BVS.
SA
CRVM.
OXIA.
MES.
SOPI.
V. S.
Q-
M.
Cette dédicace aux déesses mères, mairabus , rend ce monument
assez remarquable. Gruttus, dans son grand ouvrage, n'en cite que deux
ou. trois semblables. On trouve dans Dunod(Tom. II de son Histoire
de l'église de Besançon ) une petite inscription avec matrahiis pour
matribus. 11 est aisé de voir que cet autel est l'ouvrage d'un ouvrier
aussi ignorant que peu habile; les lettres sont d'un travail grossier,
et des points après chaque syllabe du mot mairabus en feraient
trois au lieu d'un. C'est encore à l'ignorance de cet ouvrier que l'on
peut attribuer et la suppression de la lettre D ou des lettres DD ,
abréviatrices de Deabus , qui devraient commencer l'inscription , et
le changement de L en Q dans cette formule finale V. S. L. M.
( votum soluit labens mérita ) , qu'on voit sur ces sortes de monu-
mens.
Les champs cnvironnans sont couverts de débris de tuiles ro-
maines ; on y avait trouvé, il y a quelques années, beaucoup de
médailles, depuis le Ilaul-Empire jusqu'aux Constantins ; une petite
meule antique conique; dos fragmens d'autres meubles, de vases
et de petits ustensiles qui ont été recueillis par la personne
qui possède l'autel. Tout récemment encore , à loo mèlics de dis-
EUROPE. 219
tance de ce monument , on a trouvé une médaille de Trajan en ar-
gent, parfaitement conservée , mais commune, et un poids en plomb
très-Dxidé , ayant la forme d'un cylindre qui aurait pour base deux
droites parallèles , terminées par deux portions de cercles ; il a six
pouces de long, trois de large, deux trois quarts de hauteur; ses angles
sont arrondis ; il est garni d'un anneau et d'une boucle en fer; il
pèse un peu moins de 8 kilogrammes.
SOCIÉTÉS SAVANTES ET d'uTILITÉ PUBLIQUE.
CoBSE. — Bastia. — Société d'instruction publique de la Corse ;
séante à Bastia. — Sujets de discours proposés : i» Des avantages
qu'on peut retirer du département de la Corse , eu égard à sa posi-
tion , à son sol , à son climat et à ses productions. ( Prix , une mé-
daille d'or de ooo fr. ) ; 2° Éloge de Pascal Paoli. ( Prix , une mé-
daille d'or de 200 fr.) Les ouvrages devront être parvenus à la société,
avant le i"mai 1S22.
Metz (Moselle). — Société des lettres , sciences et arts. — Prix pro-
posés pour 1822. — 1° Pour le perfectionnement des machines souf-
flantes.— On sait de quelle importance sont pour les arts métallur-
giques les machines qui servent à alimenter d'air les fourneaux , les
forges , et quelquefois aussi à renouveler celui des mines vicié par
les gaz délétères. Ces machines se subdivisent en plusieurs espèces,
mais dans toutes on distingue deux parties essentielles : la machine
soujfflante proprement dite, et \eporte-vent. L'expérience a depuis
long-tems appris que, pour une force motrice quelconque, il
existe une certaine distance , assez rapprochée , au-delà de laquelle
l'air ne peut plus se transmettre au moyen des porte-vents géné-
ralement en usage ; mais il ne paraît pas que l'on ait encore bien
approfondi les causes de ce singulier phénomène , ni qu'on ait pro-
posé des dispositions où l'inconvénient eût été évité au moins en
partie. On a même assez généralement accordé fort peu d'influence
à la manière dont les porte-vents peuvent être adaptés à la machine.
Cependant une expérience faite par l'un des membres de la société
semble prouver que cette partie est susceptible de quelque perfec-
tionnement. Voici cette expérience : « L'orifice ou buse d'une ma-
chine soufflante étant placé à une certaine distance de celui du
porte-vent, on obtient un courant d'air beaucoup plus fort que
dans le cas où le porte-vent est immédiatement appliqué à la
machine , ainsi que cela se pratique d'ordinaire. » Ou sait que l'effet
220 EUROPE.
est dû à plusieurs causes, telles que la toianiuuicatioa latérale, U
suppression du vide à l'endroit de la buse , etc. , causes qui tiennent
pour la plupart à la nature élastique du fluide en mouvement et de
celui dans lequel tout le système est plongé. La société voulant en-
courager les arts qui tiennent particulièrement aux besoins de la
vie, propose un prix de la somme de 5oo Ir. à l'auteur du meil-
leur mémoire sur la question suivante : « Quels sont les changemens
à appcrler aux porle-i.-ents des machines soufflantes, pour y mettre
à profit soit les perfectionnemens qui viennent d'être indiqués, soil
toutes les autres espèces de perfectionnemens dont pourraient être
susceptibles les procédés jusqu'ici en usage pour transmettre l'air
à des distances plus ou moins considérables?
Il est à désirer que le mémoire contienne une explication phy-
sique des divers phénomènes que présentent les couraus d'air dans
les porte-vents, et qu'il fasse connaître aussi, d'après des expé-
riences faites , autant qu'il sera possible , en grand, le rapport néces-
saire à établir entre les diamètres des orifices de la buse du porte-
vent , et la quantité de leur écartemcnt, afin d'obtenir un maximum
d'effet pour une distance et une force motrice donnée , c'est-à-dire
la plus grande quantité d'air possible dans le même intervalle de
tems.
2" Pour la propagation de la langue française dans les parties
allemandes du déparlement de la Moselle. -D^^ns un espace d'assez
peu d'étendue , le département de la Moselle présente deux peuples
séparés et par leurs mœurs et par leur idiome. La société , pénétrée
de l'importance qu'il y aurait pour ce pays d'opérer une fusion entre
la partie allemande et la partie française du département , et de
détruire la barrière que la différence de langage élève entre les
enfans d'une même patrie , met au concours la question suivante :
. Quels seraient ks moyens à employer peur généraliser le plus
promptenient l'usage de la langue française dans les parties du dé-
parlement de la Moselle où la langue allemande est seule em-
ployée? » — Le prix est de i5o fr.
La société décernera, s'il y a lieu, ces deux prix dans sa séance
générale d'avril 1822. Les mémoires devront être adressés, avant
le 1" janvier 1822, à M. Herpin , secrétaire de la société, à Metz.
Naktbs {Seine -inférieure). Société académique, séance du \" fé-
vrier 1821 , préiidéepar M. Teboyer,—U. Thomas BoUey Grattan a
EUROPE. 221
fait remettre à la société un exemplaire de son poème intitulé Phi-
libert. {FqyezT. X,p. i5o). Voici le compte qui en a été rendu
par M. de Tollenare , secrétaire général :
« S'il ne nous appartient pas de prononcer sur le mérite littéraire
de l'auteur, puisque son ouvrage est écrit en anglais , du moins pou-
vons-nous apprécier ses intentions. Le poète ne fait résonner sa lyre
que pour célébrer notre belle France.
« Les aventures de Philibert de Valombar et d'Isabelle sont suppo-
sées avoir eu lieu vers les tems malheureux du règne de Charles VI,
et sont imitées de celles de Martin Guerre, qui, à une époque plus
rapprochée, faillit être victime d'une célèbre imposture. Il s'y trouve
des citations très-dramatiques. Le choix de l'époque pouvait effarou-
cher la délicatesse française; mais l'auteur a évité avec une touchante
discrétion tout ce qui pourrait offenser nos affections nationales. S'il
s'est placé au milieu de nos troubles civils , dans le quatorzième
siècle , c'est pour se rapprocher des tems chevaleresques , de ceux
de nos Dugucscîin et de nos Clisson, dont le souvenir glorieux était
alors, comme aujourd'hui, dans tous les esprits; c'est pour se rap-
peler qu'un capitaine anglais , capitulant dans une place forte , vient
en déposer les clefs sur le cercueil de notre illustre compatriote, qui
avait perdu la vie en l'assiégeant. Aucun mouvement de vanité offen-
sante ne se fait remarquer dans tout le cours du poème. Loin de là ,
c'est dans nos archives les plus héroïques, dans la Gaule poétique ,
dans Saintc-Palaye, Dclarocque, dans nos propres historiens, que l'au-
teur va puiser ses inspirations: aussi l'ouvrage est-il tout-à-fait fran-
çais. Les exploits de nos preux , les ballades et les lays de nos trou-
badours , nos mœurs féodales, nos cours d'amour, nos usages pieux,
galans ou bizarres, fournissent à l'auteur les pluscharmans tableaux.»
PARIS.
Ikstitkt. — Académie des sciences. — Juin 1821. — Séance du 4.
Au nom d'une commission, M. Arago lit un rapport sur un mémoire
de M. Fresnel , relatif à la polarisation de la lumière. Quelques ré-
clamations s'étant élevées, l'académie ajourne la discussion. — M. Blan-
chard , de Falaise , envoie un manuscrit intitulé : Précis de la philo-
Sophie nouvelle. — M. Vène lit un mémoire sur les gazomètres de pe-
tites dimensions. (Commissaires, MM. Girard et Ampère.)
— Du 1 1. — Au nom d'une commission , IVI. Thénard lit un rapport
222 EUROl'E.
sur un mtmoiie de M. Chevreul, concernant l'aclion des alcalis sur
les corps gras. « Ce dernier mémoire, dit le rapporteur en terminant,
mérite les éloges que nous avons dû donner à ceux qui le précèdent,
et nous en réclamons également l'impression dans les mémoires des
savans étrangers.» L'académie approuve le rapport elles conclusions-
^^ Cauchy Ut un rapport sur le compas perfectionné et le calcu-
lateur de M. Laur. « La levée d'un plan, dit M. Cauchy, exige en
général trois espèces d'opérations ; savoir : des mesures d'angles , de
mesures de distances et des réductions de distances inclinées , en
raison de la pente. AL Laur exécute ces trois espèces d'opérations à
l'aide de l'instrument qu'il nomme le compas perfectionné. C'est ef-
fectivement un grand compas de bois, dont les deux branches recti-
lignes sont assemblées à charnière ; lorsque l'angle qu'elles forment
entre elles est de loo degrés, la distance entre leurs extrémités est de
2 mètres exactement. Ce compas est tellement construit , qu'on peut
ajuster à la tète un cercle en cuivre qui fait l'office de graphomètre ,
et porte une lunette mobile. Enûn , l'une des branches du compas
porte une échelle de pente construite de manière que , l'inclinaison
d'une ligne étant donnée, on reconnaît, à la seule inspection, la diffé-
rence de cette ligne à sa projection horizontale. ».
Le calculateur de ISL Laure consiste en une plaque de corne rectan-
gulaire , sur laquelle on a tracé des courbes qui ont pour objet de
mesurer la superficie d'un terrain dont on a le plan.
« En résumé, nous pensons, ajoute M. le rapporteur, que les in-
ventions de M. Laur sont d'ingénieuses applications de moyens déjà
connus. Elles facilitent les opérations trigonométriques qui embrassent
un terrain peu considérable. Dans le même cas, elles diminuent no-
tablement les dépenses et permettent à un seul ingénieur de lever
un plan sans autre secours que celui de deux mires verticales et du
compas perfectionné, et sans endommager aucunement les propriétés
qu'il est obligé de parcourir. L'académie approuve ces inventions, et
donne à l'auteur les encouragemens qu'il mérite. » — M. Biot lit un
mémoire relatif aux objections qui ont été faites à sa théorie de la
polarisation mobile, dans la séance 'précédente. M. Arago répond à
plusieurs aiticles de ce mémoire , et reproduit , avec quelques mo-
difications , des conclusions que l'académie approuve. Le mémoire
de M. Fresnel sera imprimé avec ceux des savans étrangers.
2),n8.— M. Kater.de Londres, écrit pour détromper les membres
EUllOPt, 223
de l'académie qui l'ont supposé auteur du Commeutaire sur la mèca -
nique céleste de M. Laplacc : cet ouvrage est du docteur Youug.—
M. Dupin rend un compte verbal de l'ouvrage de M. Knoutes sur la
carie sèche ou le dry-rooc, si dangereuse pour les vaisseaux. — M. Am-
père lit un mémoire sur quelques nouvelles propriétés des axes prin-
cipaux des corps. — M. Biot lit un mémoire sur la mesure dupendule
en Angleterre et dans les îles Shetland. — La section de médecine est
invitée à présenter une liste des candidats pour la place de corres-
pondant , vacante par la mort de M. Gregory. — MM. Biot et Mathieu
sont nommés commissaires pour examiner un nouvel instrument pré-
sente par M. Mongi , capitaine d'artillerie.
— Du 25. — M. Geoffroy-Sain t-Hilaire lit un mémoire intitulé : De
l'existence de tout un appareil dentaire chez les oiseaux , et nommé-
ment de la forme et de l'arrangement des dents chez les perroquets. —
M. Girard lit un mémoire sur les canaux de navigation, sous le rap-
port de la chute et de la distribution de leurs écluses. — M. Féburier
réclame contre des assertions contenues dans le dernier mémoire de
M, Dupetithouars; sa lettre est renvoyée à la section de botanique.
— M. Pelletan fils présente à l'académie un œil de baleine qui lui a
été adressé par M. Ransone , chirurgien de Manchester, et oii se
voient les muscles particuliers qui ont été observés dans cet œil par
l'anatomiste anglais. M — t.
Académie française. — Séance du o juillet. — M. Lémontey lit des
notices sur le cardinal de Retz et sur madame de Longuei.-ille.
M, le duc de Levis, trois actes de sa tragédie de la Mort iV Henri IT^,
composée en 1812.
— Séance publique du 28 juin 1821 , pour la réception de
M. ViLLEMAIN.
On a entendu successivement le discours de réception de M. Vil-
lemain; la réponse de M. Roger, directeur; un épisode du poème
inédit de La Grèce sauuée , par feu M. de Fontanes {Eschjle au
tombeau d'Homère).
Tous les journaux ont rendu compte de cette séance remar-
quable par l'afïluence extraordinaire qu'elle avait attirée, et par
l'empressement qu'avaient mis à s'y rendre une brillante société et
quelques grands personnages. On devait y parler de M. de Fontanes
^\x\ fut long-tems compté parmi eux , qui appartient sous plusieurs
an ELiROP£.
rapports à l'histoire contemporaine, et l'un des hommes qui, dans
les diverses fortunes de la France , a le plus constamment conservé
nn des premiers rangs dans l'état. Le jeune récipiendaire lui devait
en grande partie ses succès, parce qu'il avait reçu de lui ses premiers
encouragemens , et rien n'est plus propre à développer le talent que
le sentiment d'une vive reconnaissance. M. Villemain a montré
beaucoup de l'un et de l'autre ; mais celle-ci paraît l'avoir trop sé-
duit, et nous sommes bien éloignés d'y trouver le motif d'un re-
proche , quoique nous ne pensions pas que son éloge de M. de
Fontanes en soit à beaucoup près l'histoire véritable; mais cet éloge
restera toujours comme un nouveau titre de l'orateur à l'estime
qu'on accorde au talent qui puise ses inspirations dans les plus hono-
rables sentimens. M. Roger a encore parlé de M. de Fontanes, après
M. Villemain ; il a raconté des anecdotes , sans avoir la prétention
d'être ni historien, ni impartial, ni vraisemblablement de donner des
préceptes à ceux qui veulent écrire l'histoire. Le fragment en vers,
tiré du poème inédit de M. de Fontanes , a paru froid et d'un mé-
diocre intérêt. Le sujet de la Grèce sauvée exciterait aujourd'hui
plus d'enthousiasme , et déjà M. Viennet a commencé , dans une
première épître aux monarques européens, à le traiter avec succès
(vqy. ci-dessus, Tom. X, pag. 644). C.
Académie des isscbiptioks et belles-lettres. — M. Chanipollion le
jeune a présenté à cette académie une partie de son travail sur les
écritures égyptiennes , destiné à faire suite aux deux premiers vo-
lumes, déjà publiés , de son ouvrage qui a pour titre : l'Egypte sous
les fharaons , etc. , ou Recherches sur la géographie , la religion ,
la langue , les caractères et V histoire de l' -Egypte , avant rinimsion
de Camhyse ; 2 vol. in-8"> , chez Debure , libraire. Cette partie est re-
lative aux manuscrits égyptiens tracés en écriture hiératique. Pour
faire connaître à nos lecteurs en quoi consiste l'importante décou-
verte exposée dans ce travail , nous allons extraire de l'explication
des planches , présentée à l'académie , le passage suivant qui en con-
tient l'énoncé.
« Les manuscrits égyptiens, qu'un heureux hasard a fait retrouver
dans les hypogées de Thèbes et de Memphis, sont écrits sur toile ou
sur papyrus, soit avec le roseau , soit avec le pinceau. Ces volumes,
d'une antiquité bien plus reculée que ceux d'Hercuîanum et que
tous les manuscrits connus, sont de deux espèces. •
EUROPE. 5J5
. Les uns , et les plus rares , sont couverts de signes offrant dt-s
images plus ou moins exactes d'objets naturels : des quadrupèdes
des oiseaux, l'homme et ses parties diverses y paraissent groupés
avec des objets d'art ou des figures géométriques. Ces signes furent
appelés hiéroglyphes , et l'espèce d'écriture dont ils sont les élémens
constitutifs porta, chez les anciens, le nom d'écriture hiéroglyphique.
Les modernes ont généralement adopté ces dénominations. Les
signes hiéroglyphiques étaient disposés en colonnes perpendiculaires
du haut en bas de la page , ou en lignes horizontales de gauche à
droite , et plus souvent encore de droite à gauche. .
• Les signes de la seconde espèce de manuscrits égyptiens affectent
au contraire une disposition constante ; ils sont tracés de droite à
gauche , en lignes toujours horizontales. Ces signes consistent en
traits variés, enlacés les uns dans les autres, d'un aspect bizarre et
formés de lignes droites ou de courbes. •
« Ces manuscrits ont de bonne heure attiré l'attention des savans,
Rigord, Montfaucon, le comte de Caylus , l'abbé Barthélémy,
Zoega, M, de Humboldt et les membres de la commission d'igypte,
ayant reconnu que l'écriture de ces rouleaux différait essentiellement
de V hiéroglyphique, la considérèrent, les uns comme étant l'écri-
ture égyptienne hiératique, les autres comme l'écriture épistolcrra-
phique ou populaire, mentionnées par les auteurs grecs ; mais tous
s'accordent sur ce point important , que l'écrilure de ces manuscrits
égyptiens est alphabétique, c'est-à-dire qu'elle se compose de signes
destinés à rappeler les sons de la langue parlée. >
• Une longue étude , et surtout une comparaison attentive des
textes hiéroglyphiques avec ceux de la seconde espèce regardés
comme alphabétiques, nous ont conduits à une conclusion contraire.»
« Il résulte en effet de nos rapprochemens :
1° Que l'écriture des manuscrits égyptiens de la seconde espèce
jiest point alphabétique ^
2° Que ce second système n'est qu'une simple modification du
système hiéroglyphique et n'en diffère uniquement que p'ar la
forme des signes;
S» Que cette seconde espèce d'écriture est l'hiératique des auteurs
grecs et doit être regardée comme une tachygraphie hiérogly-
phique-,
4° Enfin, que les caractères hiératiques sont des signes de choses.
et non des signes de sons. »
TOMB XI. J5
226 EUROPE.
Comme complément de ce travail sur l'écriture hiéraùque ,
M. Champollion le jeune a cherché les signes numériques de celte
espèce d'écriture. Ce n'est pas sans quelque surprise qu'il a reconnu
des cyffres ayant les mêmes formes que les chiffres hindoux et
arabes, et devant avoir comme eux une valeur de position. On se
rappelle d'ailleurs le travail de M. Jomard sur les chiffres hiérogly-
phiques, inséré dans notre recueU. Son mémoire a jeté les premières
lumières sur les signes numériques hiéroglyphiques, comme celu.
de M. Champollion l'a fait sur les signes hiératiques.
Nous reviendrons sur le travail de M. Champollion . lors qu'il aura
reçu plus de publicité.
iLasoc^éiédepAarmacze de Pari, a proposé pour premier pr.x :
10 De déterminer quelle est la manière d'agir du charbon dans la
décoloration, et par conséquent quels sont les changemens qu'il
éprouve dans sa composition pendant sa réaction ;
\o De rechercher quelle est l'influence exercée dans cette même
opération par les substances étrangères que le charbon peut contenir;
30 Enfin, de s'assurer si l'état physique du charbon animal n'est
pas une des causes essentielles de son action plus marquée sur les
substances colorantes. , ^ e
Ce premier prix sera une médaille d'or de la valeur de 600 fr.
Un deuxième prix , de la valeur de 5oo fr. , sera décerné à l'auteur
da la meUleure analyse végétale. La Société désirerait que le sujet
de l'analyse fût une substance médicamenteuse, ou au moms une
substance très-employée dans les arts , afin qu'il résultât un avan-
tage plus marqué de son examen.
Le terme du concours est rigoureusement fixé au 1" avril .8^2.
Les mémoires devront être adressés à M. Robiquet , secrétaire gé-
néral de la Société , rue de la Monnaie , n» 9.
msmrenaturelle.-Botanique.-W est arrivé de Chandernagor
à Bordeaux, pour des maisons de commerce , une plante célèbre en
Asie sous le nom de Chirayita, et envoyée sous celui AcClureita
Ce végétal , d'après une notice de M. le docteur Virey ( Journal de
pharmacie,mai 18a. ),paraît devoir entrerdans l'usage de la médecine
française : son amertume est très-forte, sa vertu fébnfage très-re-
nommée , et il peut être prescrit ♦■n Europe contre la goutte et
l'inertie des organes digestifs. Il n'y a point encore de description
EUROPE. 227
botanique complète de cette plante. M. P^irey , d'après des restes
de ileurs et de fructincation adhérens aux échantillons qui lui ont
été remis et d'après quelques détails de Roxburgh dans les transac-
tions de la Société du Bengale ( Asiatic Researches, etc. Calcutta,
i8io ) , la considère comme une Gentiane , et l'appelle Gentiana
chirqyila.
Agriculture.— Action des os employés comme engrais. — On
sait généralement que les os peuvent servir d'engrais ; mais nous
croyons que M. D'Arcet est le premier qui ait rendu compte de
leur action dans ce cas. Voici l'extrait d'une note de cet habile chi-
miste, publiée t. XVI, p. 36i des Annales de chimie et dephysique.
« J'ai vu souvent un tas considérable d'os exposés à l'air , dans le
voisinage d'une fabrique de soude factice, se couvrir, toutes les fois
que les vapeurs acides étaient portées de son côté , d'un nuage blanc
très-épais, formé de sels ammoniacaux en vapeurs ou suspendus dans
l'air. Ayant souvent essayé des os soumis à l'influence de l'air, je les
ai toujours trouvés légèrement alcalins, et donnant, avec l'pau dis-
tillée , un eau de lavage contenant de la matière animale en disso-
lution. J'ai exposé des os sur un pré pendant un an , ils étaient de-
venus blancs ; toute la graisse qu'ils cootenaient s'était infiltrée de
proche en proche , et avait été absorbée par le soi ou décomposée :
ces os n'avaient perdu que 2 pour 100 de gélatine environ.
« Je pense , d'après ce qui précède, que lorsqu'on emploie les os
comme engrais , la graisse qu'ils contiennent, liquéfiée par la chaleur
du soleil , est en partie absorbée par la terre ; que les os, ainsi dé-
graissés mécaniquement, deviennent plus facilement attaquables
par l'action combinée de l'air et de l'eau ; qu'alors les réactions chi-
miques ont lieu ; qu'une partie de la graisse et de la gélatine conte-
nues dans les os se convertit en ammoniaque ; que cette ammo-
niaque saponifie une partie de la gélatine , la rend soluble dans l'eau
de pluie, qui, entraînant cette espèce de savon, le répand sur la
terre, où il agit comme engrais. Les mêmes causes ramènent les
mêmes effets , tant qu'il reste de la graisse et de la gélatine dans
les os. Mais cette action devient d'autant plus lente , qu'elle a lieu
sur des os plus compacts, plus épais ou plus vieux : c'est parce que
les os n'éprouvent ainsi qu'une décomposition presque insensible ,
et parce qu'ils contiennent , terme moyen , près de 4o pour 100 de
matière animale , qu'ils forment un engrais si durable , et dont les
15*
2Î8 EUROPE.
effets sont si sùrs tt si constans. C'est probablement ainsi qu'agis-
sent une foule d'autres engrais ,tels que la corne, les poils , les vieux
cuirs , les débris d'animaux , etc. J'ai mis , il y a huit mois , au pied
d'un oranger, 200 grammes de corne en petits morceaux ; je suivrai
d'année en année l'altération de cette substance animale , et je
verrai de cette manière si mon idée est juste ou s'il faut la rectifier, »
Économie. — Marasquin mahaleh. — On n'avait pas encore
tiré parti du fruit de l'arbre de Sainte-Lucie ( Prunus mahaleb ,
Lin. ) M. Cadet de Vaux a reconnu qu'elle fermente et qu'elle four-
nit par la distillation un alcohol prussique ; mais la mettant d'abord
infuser dans reau-de-vie,on obtient par la distillation au bain-marie,
une liqueur qui, sucrée convenablement , est comparable au meil-
leur marasquin d'Italie. Il est nécessaire d'écraser les fruits et leurs
noyaux avant de les mettre infuser dans l'eau-de-vie. Il faut aussi
ramener la liqueur à 21 degrés avant de la sucrer ; on ajoute alors
367 grammes ( 1 a onces ) de sucre par litre.
Géographie. — Cartes en relief. — Réclamalion. — « Il est fait men-
tion (^Tom. IX, p. 585 de la Revue) , des cartes géographiques exé-
cutées en relief et présentées au roi de Prusse, par un artiste prus-
sien. L'intérêt que prend la Revue à tout ce qui peut con-
tribuer à la gloire des Français, comme à la propagation des con-
naissances utiles , me fait un devoir de revendiquer, au nom d'un de
nos concitoyens, l'honneur de la priorité dans l'exécution d'une
semblable entreprise ; priorité qui , d'après le contexte de l'article ,
semblerait appartenir à l'artiste étranger. »
M. P. Lartigue , ingénieur hydrographe de la marine , s'est
adonné depuis très-long-tems à ce genre de travail , et l'on peut dire
qu'i) est parvenu à atteindre toute la perfection désirable. Dès
l'année 1777, M. Lartigue avait eu l'honneur de présenter à
Louis XVI un globe exécuté en relief, du diamètre de dix-
huit pouces. Sur ce globe , les grandes chaînes de montagnes sont
parfaitement indiquées, et le cours des fleuves très-bien suivi.
Louis XVI , juste appréciateur des sciences géographiques , comme
l'annonce d'ailleurs assez les belles instructions données et écrites
de sa propre main à M. de la Peyrouse, daigna faire transmettre à
l'auteur, par AI. de Sartines, alors ministre de la marine, les paroles
les plus obligeantes et les plus Qattcuseï , en l'assurant désormais
de sa bienveillante protection.
EUROPE. 229
Depuis 1780, M. Lartigue eut le courage d'exécuter, d'abord en
cire , puis en plâtre et à l'échelle de dix-huit lignes au degré, une
carte de France en relief, avec tous ses détails. Chaque bassin de
rivières y est bien distinct ; les montagnes, formant des chaînes con-
tinues ou des pics séparés, y sont tracées avec une précision rigou-
reuse , elles «'élèvent ou s'abaissent graduellement suivant leur
hauteur naturelle ; c'est ainsi que sont figurées les Alpes, où l'on
aperçoit les diverses sommités du Mont-Blanc et des autres parties
de la chaîne, les Pyrénées, les Cévennes, les Vosges et les mon-
tagnes-de la Forêt - Noire , avec toutes leurs ramifications. Les hau-
teurs sous-marines elles-mêmes , le long des eûtes de France , ne
sont pas marquées avec moins de soin. De semblables et de si péni-
bles travaux méritaient assurément d'attirer l'attention du gou-
vernement. Aussi, à l'exposition publique de 1806, M. Lartigue
éprouva-t-il une satisfaction bien douce ; le jury d'exposition lui
décerna à l'unanimité une médaille d'or. A peu près vers le même
tems, on faisait à l'académie des sciences un rapport extrêmement
favorable sur ces travaux. Les objets exposés au musJe, à cette
époque, étaient: i» Un tableau du Golfe du Mexique, exécuté en
relief, à l'échelle d'un pouce environ au degré (ce tableau est ren-
fermé dans un cadre de deux pieds dix pouces de large sur un pied
onze pouces de haut); 2.» un tableau de Varchipel de la Médiiei-
ranée, à l'échelle d'environ deux pouces au degré (renfermé dans ua
cadre d'un demi-pied de largeur, et de deux pieds de haut); 3» un
tableau de V Europe, également en relief, sur le diamètre d'un globe
de dix huit pouces; 4° enfin , un tableau coulé en étain à'nne jjarti^
du Golfe du Mexique, depuis la baie de Honduras jusqu'à l'isthme
de Panama , sur la même échelle que le grand tableau du Golfe du
3Iexique. L'auteur s'est livré à d'autres travaux du même genre ,
qui n'ont point encore été vus du public. De belles cartes (toujours
en relief) représentent V Amérique septentrionale , l'Italie et la mer
Méditerranée- i cette dernière surtout est d'une assez grande dimen-
sion. Voulant éviter les inconvéniens qui résultent de l'emploi du
plâtre, il a cherché à y suppléer par l'usage du carton; il a fait ea
ce genre quelques essais. A tous les suffrages honorables déjà cités, je
dois ajouter celui du Roi , à qui tous ces objets furent présentés
en i8i4» et qui applaudit au zèle et à la persévérance de M. Lar-
tigue. C'est là assurément pour lui une bien douce rétompens*
230 EUROPE.
des peines qu'il s'est données et des soins qu'il a pris pour faire des
découvertes , dont il lui serait bien pénible de voir l'honneur acquis
à un étranger. Son regret est de n'avoir pu trouver de moyens assez
peu dispendieux pour rendre , à l'aide de son procédé , l'étude de
la géographie et plus facile et plus commune. Alex. B. du B.
Institution de M. Morin. — Enseignement du latin par la
méthode de M. J. J- Ordinaire.
En annonçant ( t. X. p. aSô ) que plusieurs institutions de Paris
venaient d'adopter , pour l'enseignement du latin , la méthode de
M. J. J. Obdinaike , recteur de l'académie de Besançon , nous nous
sommes engagés à faire connaître leurs travaux et leurs succès. Nous
avons assisté aux exercices qui ont eu lieu , le jeudi 19 juillet , dans
le bel établissement de M. Morin, rue Louis-le-Grand , le seul où
M. Ordinaire dirige lui-même l'application de sa méthode. Voici les
résultats qui avaient été obtenus à cette époque : La classe de M. Mo-
rin a été ouverte au commencement du mois de juin dernier. Dans
le courant de la première semaine , quatre groupes , composés
chacun de sept ou huit élèves , se sont formés successivement et
ont été exercés par les procédés de la nouvelle méthode. Ainsi , le
piemier groupe , c'est-à-dire celui des élèves les plus avancés ,
n'existait , le 19 juillet, que depuis six semaines, desquelles on doit
retrancher les dimanches et fêtes , ce qui réduit à trente-cinq le nom-
bre des jours consacrés au travail. Dans ce court espace de tems, les
enfans du premier cercle , qui avant ne savaient pas un mot de
latin, ont appris : i" les vingt-six'tableaux des déclinaisons latines ré-
gulières et irrégulières , de manière à en reproduire imperturbable-
ment les cas isolés ou réunis , dans quelque ordre qu'on les leur de-
mande ; 2" les signiGcations d'un millier de substantifs latins , c'est-
à dire de tous ceux qui se trouvent dans le texte de VEpitome his-
toriée sacrœ. Ils reproduisaient non seulement la signification fran-
çaise qui se rapporte à chacun de ces mots , mais encore le mot
latin lui-même sur chacune des significations françaises, en ajou-
tant à chacun des mille radicaux latins la désinence caractéristique
dans l'un des deux nombres du cas régulier ou irrégulier , qui leur
était arbitrairement désigné. 5° Ces enfans connaissaient de la même
manière plus de deux cents adjectifs latins, desquels ils retranchaient
la désinence adjcctiue pour y substituer à volonté la terminaison
suèslaniipe , lorsque ces adjectifs étaient formés d'un substantif, ou
EUROPE. 2S1
te terminaison adverbiale , lorsque ces attributifs étaient suscep-
tibles de la recevoir.
Les enfans des cercles inférieurs suivaient de près ceux du groupe
dont nous venons de faire connaître les travaux. Tous répondaient
avec facilité aux questions qu'on leur adressait sur le radical et la
désinence , sur la formation des cas , sur les genres et les nombres ,
sur la valeur de l'accentuation latine , sur l'orthographe des deux
langues , etc. etc.
Nous avons remarqué, parmi ces élèves, cette émulation et ce
contentement que l'ancienne méthode avait fait regarder comme
incompatibles avec l'étude des langues mortes. L'ardeur de ces en -
fans est telle , qu'on est obligé de la modérer ; et il est hors de
doute qu'après quatre mois de travail , ils seront en état d'ex-
pliquer VEpitome historiée sacrœ , résultat auquel M. Ordinaire ne
croyait arriver qu'en huit mois.
Il n'est pas un père de famille , pas un membre de l'université
qui , après avoir assisté aux exercices de cette école, n'ait joint ses vifs
remercîmens à ceux que la Société pour l'instruction élémentaire a
votés unanimement, dans sa dernière séance publique, au respectable
recteur de Besançon. Nous devons nous féliciter d'avoir donné les
premiers une analyse de son excellente Méthode pour l'enseignement
des langues ( T. VIII, p. 554) (0. «» «"^tout de voiries succès qu'elle
obtient aujourd'hui surpasser encore ceux que nous avions prédits.
Commerce. — Maison de banque de consignations commer-
ciales. — L'industrie et le commerce français demandaient une
institution qui eût pour objet principal de faciliter et d'accélérer
l'exécution des conceptions utiles, les spéculations , les échanges,
notamment des matières premières ; enfin, de modérer les intérêts et
les frais des avances sur consignation. M. Pincepré, après vingt ans
de travaux honorables chez MM. Lafitte et compagnie , et chez le
chef primitif de cette respectable maison, vient 4e fonder cette
institution en société en commandite , sur un fonds capital de 4
millions , se composant de 4,ooo actions , sous le titre de Maison
de banque de consignations commerciales, et sous la raison Pince-
pré et compagnie , à Paris , rue du Faubourg-Saint-Martin , n» Sg ,
et à la ViUette, Grande-Rue , n° loo; le prospectus et les statuts de
cette Société nous ont été adressés. En voici un extrait :
(0 Paris. Colas , imprimeui-librairc , rue Dauphine
2iZ EUROPE.
« Ouvrir un entrepôt général de marchandises , les affectera une
râleur invariable par leur estimation que garantit un expert respon-
sable , mettre cette valeur en circulation sous la forme d'effets de
commerce ; tel est le mode aussi simple que neuf qui réalisera le
▼œu formé pour la création de ce "^rand établissement , en mon-
noyant , pour ainsi dire , les produits industriels et les marchandises.
Par cette centralisation et cette combinaison , le manufacturier et
le commerçant obtiendront sur-le-champ , de cette maison , le crédit
le plus élevé, le plus disponible qu'ils puissent retirer par la voie
de consignation ; des occasions de ventes particulières ou périodi-
ques qui se succéderont avec rapidité ; de l'économie et de la mo-
dération dans les intérêts, et l'invariabilité des frais. Le consigna-
teur ne sera plus intempestivement dépossédé de sa marchandise ;
les chances d'une vente opportune ne lui seront point ravies ; il
n'aura plus à redouter de stagnation d'écoulement , ni d'incertitude
sur les renouvellemens d'échéances , la compagnie pouvant les lui
accorder indéfiniment. Avec le moyen de conversion de la marchan-
dise en une valeur de change qui la frappe d'un privilège spécial ,
( art. 93 du Code de commerce), le négociant peut multiplier ses
opérations lointaines ou sur place ; le manufacturier, ses fabrications
bien avant l'époque des saisons ; tous , des escomptes facilement
réalisables, non seulement à la Banque de France { dépositaire d'un
million que lui versera , dans cette vue, la Maison de banque com-
merciale) , mais encore en tous lieux, parce que cette valeur est le
signe représentatif d'un objet inaltérable , son estimation garantie ,
et que l'assurance faite contre l'incendie aux frais de la Société , le
transforme en une sorte de lingot. »
Ce nouvel établissement compte déjà au nombre de ses action-
naires, des capitalistes, des banquiers et des négocians expéri-
mentés ; il paraît susceptible d'un grand développement , et doit
fixer l'attention du monde commercial , par l'essor qu'il peut don-
ner à ses combinaisons , et par les heureux résultats qu'on doit
attendre de la loyauté et de la sagesse des opérations de son chef,
élève de l'une des plus respectables maisons de l'Europe.
L'Histoire du droit romain, suiuie de l Histoire de Cuj as ^ par
M. Beniat Saint-Prix , annoncée dans notre T. X, pag. 419 , va être
traduite en allemand. C'est une puissante et honorable recommanda-
tion en faveur de cet ouvrage.
EUROPE. 253
Bibliolhèque du Roi,- On trouve dans notre cahier de juin (T. X,
p. 65o ) une annonce relative à la magnifique édition de la version
italienne de V Enéide d'Annibal Caro , exécutée à Rome , aux frais
de madame la duchesse de Devonshire. Nous apprenons aujourd'hui
que cette duchesse a fait présent d'un exemplaire de ce bel ouvrage
à la Bibliothèque du Roi à Paris.
Publications «oovelles. — Histoire naturelle. — On s'occupe en ce
moment de la publication d'un Dictionnaire classique d'histoire
naturelle.
La rédaction de cet important ouvrage est confiée à MM. Victor
Audoin , Adolphe Brogniart , Edwarts, d'Audebard , de Ferussac,
Drapiez, Léon Dufour, Flourens, Jussieu fils , Kunth , Lamouroux ,
Thiébaud de Berneaud , Lucas , Achille Richard , Serre et Borry de
Saint Vincent. — MM. deHumboldt , Arago , de Lacépède, de Can-
dole , Geoffroy de Saint-Hilaire , Latreille et Beudant ont bien voulu
se charger de la rédaction d'articles généraux.
M. Borry de Saint Vincent est chargé de la direction de l'entre-
prise. L'ouvrage sera composé de dix volumes in-S" : 7 fr. le vol. pour
les souscripteurs; 8 fr. pour les non-souscripteurs. La souscription
sera fermée le premier novembre , jour de la mise en vente du pre-
mier volume ; tous les deux mois , il paraîtra exactement un nouveau
tome.
L'atlas, joint au texte , sera composé de 100 planches qui paraî-
tront en lolivraisons. Prix: 3 fr. Soc. chaque.
On souscrit chez Rey et Gravier, libraires éditeurs, quai des Au-
gustins , n" 55 ; Baudouin frères , libraires , rue de Vaugirard , n" 56 :
Corréard , libraire , au Palais-Royal.
— Projet d'un Dictionnaire des sciences morales et politiques. —
Une partie des rédacteurs de la Reu-ue encyclopédique, auxquels sont
convenus de s'associer d'autres collaborateurs, également recomman-
dables par leurs connaissances, leurs talens et leur caractère, vont
préparer de concert un ouvrage qui pourra devenir classique , et qui
parait devoir satisfaire à l'un des besoins de notre époque. C'est un
Dictionnaire historique et raisonné des sciences morales etpolitiques,
qui sera un répertoire et un dépôt des faits les plus importans , rela-
tifs & ces sciences qui exercent une si puissante influence sur le bien-
être de» particuliers et sur la propriété des états. Le plan , à la fois
23A EUROPE.
simple, vaste cl uiélhodique de ce Dictionnaire , doit comprendre
cinq grandes divisions :
I. Idéologie et Physiologie intellectuelle, étude de l'homme phy-
sique et de riionnue moral , auquel se rapportent les sciences et les
institutions sociales. 11 faut étahlir sa base, rechercher de bonne foi
la nature et les besoins de l'homme , d'où l'on déduit la nécessité de
la morale , des sciences et des institutions qui en découlent.
II. Éducation, morale religieuse , et philosophie rationnelle. —
Après avoir examiné et apprécié la nature et les besoins de l'homme
individu et de l'espèce humaine, on doit traiter de l'éducation ou de
la culture et du développement des facultés humaines dans l'individu
et dans l'espèce ; puis , de la morale appuyée sur la religion et sur la
philosophie , ou de la connaissance des devoirs qui règlent nos
actions.
III. Législation et politique générale. — Nous avons appris à con-
naître l'homme par 1'/ JéoZojq-fe combinée avec Isl physiologie ; puisa
l'élever , à le former et à le perfectionner, par l'éducation, la religion
et lamorale; nous sommes naturellement conduits à la législation et
à la politique générale , ou à la science des commandemens humains,
des droits et des devoirs , appliques aux divers états de l'homme en
société.
IV. Economie politique , statistique et administration publique.—
Les sociétés humaines sont instituées. ïu'économie publique doit nous
révéler les secrets de leur puissance, de leur force et de leur prospé-
rité , ou nous expliquer la nature et les causes de la richesse des na-
tions , les lois de la production , de la répartition , de la circulation
et de la consommation des richesses.
V. Géographie cifile et politique , et Histoire. — Enfin, quand
nous avons étudié l'origine , les causes et les progrès de la civilisation,
qui a son premier germe dans la nature perfectible de l'homme, et
ses trois principaux moyens dans Véducaiion , aidée de la religion
et de la morale; dans la légitlation et àaas Y économie publique,
nous arrivons à la géographie , à la chronologie etàl'/iis/oire, quinous
donnent la triple connaissance des lieux, des tems et des faits, con-
sidérés par rapport à la morale et .i la politique : nous rapprochons et
nous comparons les différens jieuples, aux différentes époques de
leur existence , pour nous rendre compte du point d'où ils sont partis,
ELllOPE. 23S
de celui où ils sont arrivés , des traits caractéristiques qui distin-
guent leur état social actuel , et pour indiquer peut-être le point plus
avancé où l'on est fondé à présumer qu'ils pourront atteindre...
Ce n'est point ici un ouvrage systématique, ni un recueil destiné à
faire prévaloir telle ou telle doctrine. C'est un dépôt de faits ; c'est
un inventaire des sciences qui intéressent le plus l'homme en société;
c'est un monument consacré , comme le veut Bacon , à la dignité et
à l'utilité de l'homme et de l'espèce humaine. Beaucoup d'hommes de
mérite qui n'ont pas le loisir de faire de longs ouvrages, mais qui pos-
sèdent à fond un sujet sur lequel ils ont concentré leur attention ,
ont bien voulu promettre d'enrichir ce Dictionnaire, en y déposant
les résultats de leurs méditations et de leur expérience. — Le pros-
pectus de cet important ouvrage , qui comprendra lés noms de ses
principaux rédacteurs, devant (*tre publié dans le courant du mois
prochain, nous nous empresserons de le communiquer à nos lecteurs,
M. A. J.
— Biographie Dauphinoise. — De toutes nos anciennes provinces,
le Dauphiné est , sans contredit , une de celles qui ont produit le
plus de magistrats recommandables, de guerriers illustres , d'ingé-
nieux et de savans écrivains , de jurisconsultes profonds ; la patrie des
Lesdiguières, des Bajard, des Condorcel, des Mablj', des Seruan ,
offre de précieux souvenirs aux amis des lettres et de la vertu , et
aux admirateurs de la gloire des armes. Nous pensons qu'on doit
accueillir avec bienveillance l'ouvrage dont nous annonçons la très-
prochaine publication , et qui se composera de notices historiques
sur les hommes les plus remarquables par leurs vertus, leurs ta-
lens, leur courage ou leur industrie , qui sont nés ou qui ont figuré
dans le Dauphiné , depuis sa réunion à la France jusqu'en 1821.
Cette Biographie formera un volume d'environ quatre cents pages
in-8" , sur beau papier vélin , et avec des caractères sortis des ma-
trices de Firmin Didot. Il sera accompagné de dix portraits dessinés
par M. Jacquemain, et lithographies chez M. Marc-Aurel, éditeur
de cet ouvrage , et chez lequel on souscrit , à Valence. Prix , 6 fr.
M. Eymery, libraire , à Paris , est aussi chargé de recevoir des sous-
criptions jusqu'au 5o août prochain.
— Philologie. — Nouveau dictionnaire général commun à toutes
les langues. — L'auteur des Observations sur les inconuéniens du.
système actuel d'instruction publique en Europe et surtout en
France , et sur les mojens d'y remédier (brochure dont nous avons
ÎS6 EUROPE.
rendu compte dans notre cahier d'avril, Toni. X, pag. 124), dési-
rant faciliter les moyens de mettre en pratique le nouveau mode
d'instruction qu'il propose dans la troisième partie de son ouvrage ,
a conçu le plan d'un nouveau dictionnaire général commun à toutes
les langues, à l'aide duquel il serait facile d'apprendre avec méthode
et eu très-peu de tems les langues des peuples civilisés.
Voici les principes sur lesquels M. Pottier base son ouvrage , qui
doit paraître sous ce titre : Hssai sur les principes généraux de la
philosophie du langage, ou Analyse raisonnée de la marche pro-
bable de l'esprit humain dans la formation de la ualeur des signes,
cuivrage pouvant seruir de tjype à la rédaction des dictionnaires des
différentes langues.
Les langues, considérées dans la valeur des mots^ ne présentent
qu'une réunion de signes destinés à exprimer des idées. Les idées
sont ou directes ou réfléchies. Les idées directes sont le résultat des
impressions que les objets extérieurs produisent sur les sens. Les
idéîs réfléchies sont l'aperçu des divers rapports , sous lesquels l'es-
prit peut considérer les idées directes ou les objets qui les occa-
sionnent. Les objets extérieurs , principe des idées directes , sont
nécessairement limités quant à leur nombre ; et dans l'état actuel de
la civilisation , où , par des échanges et des communications conti-
nuelles , les productions propres à un pays ont été transportées et
souvent même naturalisées dans tous les autres, ces objets sont, à
très-peu de chose près , les mêmes chez tous les autres peuples.
Quoique les difTérens rapports sous lesquels on peut considérer les
objets soient infiniment plus nombreux que les objets eux-mêmes ,
cependant le nombre de ces rapports est lui-même restreint dans de
certaines bornes; et, grâce au bienfait de l'imprimerie, les réflexions
de tous les hommes susceptibles de penser, confiées à ce véhicule ,
ont été transmises chez tous les peuples civilisés et sont devenues en
quelque sorte un domaine commun.
Dans cet état de choses, l'on est autorisé à dire que la somme des
idées directes et desidées réfléchies, qui, dans les différentes langues,
sont exprimées par des signes divers, est, sous un petit nombre
d'exceptions, absolument la même chez tous les peuples parvenus
aa même degré de civilisation et de connaissances. D'un autre côté,
l'esprit humain , dont jusqu'à préseat l'on n'a peut-être pas observé
avec assez d'attention la marche dans la formation du langage, pro-
cède avec une régularité et une méthode qui ont déjà été reconnue»
EUROPE. 237
par un petit nombre de bons esprits, et ses moyens dans tous ses
procédés sont l'analyse et la synthèse. Quoique la marche de l'esppït
humain, fondée sur l'analyse et la synthèse, soit absolument la même
dans toutes les langues , les points de départ ou les idées-mères ne
sont pas les m?mes pour toutes; et peut-être, lorsque cette nouvelle
méthode d^envisager les valeurs des signes sera devenue plus fami-
lière, sera-t-il possible de classer les langues par systèmes. M. Pottier
se propose de développer ces idées dans les observations préli-
minaires du traité général des prépositions.
D'après ces faits , toutes les idées sont susceptibles d'être réparties
par familles distinctes, dans lesquelles une idée-mère donne nais-
sance à un nombre plus ou moins grand d'idées spéciales et secon-
daires. M. Pottier a essayé de former un tableau pour chaque famille;
et ce tableau, rédigé sur les meilleurs dictionnaires des principales
langues , a pour but de donner la valeur de tous les signes qui, dans
les différentes langues d'un même système, servent à exprimer les
idées appartenant à une famille. Chaque valeur, déterminée par
les faits et par le raisonnement, est distinguée par un signe destiné à
Paccompagner dans le dictionnaire particulier à chaque langue et à
faciliter le recours au dictionnaire général.
Avant de publier la totalité de son travail, M. Pottier a cru devoir
en soumettre un essai au public. Les prépositions sont sans contredit,
de toutes les parties du discours, la plus abstraite, la plus difficile ,
la plus inconnue jusqu'ici, et peut-être cependant la plus importante.
Le Traité général des prépositions pour les langues qui rassortent
du système de la langue latine doit paraître dans le courant d'oc-
tobre prochain ; les valeurs propres à chaque idée-mère seront
expliquées et développées par des figures de géométrie. L'auteur doit
y joindre le Dictionnaire particulier des prépositions de la langue
latine et de la langue française. Il espère pouvoir en rédiger un
semblable pour les langue» anglaise , italienne et espagnole. La
langue grecque et la langue allemande forment, du moins pour les
prépositions, un système tout différent de celui de la langue latine. Il se
propose de donner successivement les autres parties du discours. Si le
travail de M. Pottier répond aux idées qu'il fait concevoir, l'on ne
peut nier que son dictionnaire général ne rende un service émi-
nemment important aux lettres et à l'instruction publique.
Beaux-arts, — Gravure.— Vl, H. Ch. Muller s'occupe en ce
238 EUROPE.
moment de graver le portrait de l'en M. Camille Jordan , membre
de la chambre des députés, d'après un tableau très-ressemblant
peint par mademoiselle Godefroi , sous les yeux de M. Gi-
rard. Cette gravure, exécutée au burin, sera d'une dimen-
sion de 7 pouces et demi sur 6. Prix, pour les souscripteurs , lo fr.
et 20 fr. avant la lettre. La souscription sera fermée le 3o août
prochain; passé ce terme, le prix sera porté à 12 fr. et 24 fr. avant la
lettre. — Cette gravure paraîtra dans le courant du mois d'octobre
prochain.
On souscrit chez l'auteur, cloître Saint-Benoît , n» 1 , au coin de
la rue des Mathurins ; Benard , marchand d'estampes, boulevart
des Italiens; Delaunay, libraire, Palais-Royal; Eymery, éditeur des
œuvres de Camille Jordan, rue Mazarine ; et chez Treuttel et
W'ijrtz, rue de Bourbon, n» 17.
THÉATaEs.— Théâtre-Français.— La Mère riuale, comédie en trois
actes et en vers , par M. Casimir Bonjour ( 4 juillet). — Cette pièce a
obtenu , à la première représentation, un succès qui paraît devoir se
soutenir. C'est à tort qu'on a reproché à l'auteur d'avoir mis sur la
scène un caractère dénué de vérité. Il ne serait malheureusement
pas impossible de trouver une mère qui , tenant sa fille dans une
espèce d'exil perpétuel , ne l'a vue que le jour de sa naissance et le
jour de son mariage. L'auteur a réussi à rendre la comtesse Dorval
moins odieuse , en fondant sur des apparences très-fortes l'erreur qui
lui fait voir une rivale dans sa fille : son amour qu'elle croit trahi lui fait
prendre en haine celle que sa coquetterie lui avait rendue indifférente.
Ce n'est pas par l'invention que M. Bonjour nous semble mériter
les éloges qui lui ont été donnés avec justice. Le caractère de cette
femme, qui est à la fois dame de charité et mauvaise mère, offre
un mélange fait avec esprit , des caractères de la Mère jalouse de
Barthe , et de l'hypocrite des Deux gendres. Le chevalier Belcour
est plus original : c'est un philosophe de salon , qui rit de tout , et
qui prouve son amitié par des épigrammes. Cependant il nous pa-
raît manquer de vérité , lorsque , voulant marier Sophie à son ami
Germon , il flétrit en quelque sorte dans l'opinion publique la com-
tesse qu'il doit épouser , en faisant connaître la coupable inimitié
que celle-ci nourrit contre sa fille. La pièce est sagement conduite ;
mais on y trouve peu de situations comiques. Nous louerons avec
moins de restrictions le style qui, selon nous, fait le principal mé-
EUROPE. 239
rite de la nouvelle comédie , et que nous trouvons , à quelques vers
près , élégant sans recherche, et spirituel sans alTectation. Ce coup
d'essai d'un jeune homme est fait pour donner de grandes espé-
rances.
— Opéra-Comique. — Emma, ou la Promesse imprudente, opéra en
trois actes, paroles de M. Planard, musique de M. AuberCj juillet\ —
Raymond, riche cultivateur des environs de Vienne, a deux fils :
l'aîné habite la ferme avec son père; l'ambition a décidé Edmond
le plus jeune à entrer au service. Comme il aime à briller, il joue
et perd l'argent avec lequel il devait, suivant l'usage allemand,
acheter une compagnie. N'osant avouer sa faute à son père, il est à
Vienne depuis un mois , sans pouvoir se décider à retourner à la
ferme. Dans ce moment critique , madame Palmer , riche veuve ,
qui vient de se brouiller avec un baron allemand, dont elle recevait
les hommages, offre sa main à Edmond. La vanité et le besoin d'ar-
gent font oublier un moment à celui-ci qu'il doit épouser Emma ,
jeune orpheline recueillie par Raymond , et l'engagent à signer une
promesse de mariage , que la prudente veuve exige de lui. Il se dé-
cide pourtant à se présenter chez son père , et arrive au moment où
l'on va marier son frère avec la sœur d'Emma. Raymond veut célé-
brer en même tems la noce de son second fi)s; celui-ci se trouve
alors forcé de lui avouer ses torts. Sur ces entrefaites, madame Pal-
mer arrive suivie du baron , qui provoque secrètement en duel le
jeune oQlcier. Edmond a retrouvé toute sa passion pour la jeune
amie de son enfance; mais il craint, en l'épousant, de céder aux
menaces du baron , et va se battre. Emma , ignorant le courroux de
son père adoptif , prend pour sa confidente madame Palmer, qui ,
revenue à de plus tendres sentimens pour le baron blessé par son
rival , charge la jeune orpheline de remettre à Edmond la promesse
de mariage. Tel est le sujet de l'opéra nouveau. M. Planard a fait
de nombreux emprunts à Sédaine ; mais il a choisi avec goût , et sa
pièce , disposée avec adresse , offre des scènes intéressantes et d'a-
gréables détails. La musique , qui nous a paru gracieuse et char-
mante, a beaucoup contribué au succès.
Néghologie. — Vanloo. — Carie Vanloo , dont tous les amateurs
connaissent les tableaux de neige, est mort, au commencement de
juillet, à l'âge de soixante-dix-neuf ans , après avoir parcouru avec
honneur sa longue carrièie.
TABLE DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE TRENTE-UNIÈME CAHIER,
JUILLET 1821.
I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES.
j. Notice sur les chèvres de race thibJtaine. pag. 5
3. Biographie de Schakespeare. /. A- Buchon. i5
3. Notice sur les sculptures du Parthenon. P. A, 29
IL ANALYSES D'OUVRAGÉS.
4. Traité complet de mécanique appliquée aux arts , par
M. Borgnis. Le Normand. 4»
5. Observations sur plusieurs points iniportans de notre légis-
lation criminelle , par M. Dupin , avocat. Lanjuinais. 60
6. Premier et second rapports de la société formée à New-
Yorck , pour prévenir la pauvreté. — Lafon de Ladéhat. 68
-. Histoire d'Italie, ancienne et moderne, par M. Bossi.
F. SalJÎ. 76
8. Histoire de l'Assemblée constituante , par Lacretelle.
A. Mahul. 89
9. Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau , par
M. de Musset, JDepping. lo»
10. Même ouvrage. {Autre article.) Léon Thiessi. m
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de 1 1 1 ouvrages , français et étrangers. 1 27
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Amérique. — États-Unis. — Philadelphie. 197
AsiB. — Indes Orientales. — Chine. — Calcutta. — Ile de Ceylan.
Perse. — Turquie asiatique. — Iles Philippines. aoi
Afhiqde. — Sierra-Leone. 20a
Edeope.— Grande-Bretagne. — Russie. — Suède. — Danemarck.
— Allemagne. — Italie. — Espagne.— Pays-Bas — France. —
Paris. ao4
REVUE
ENCYCLOPEDIQUE,
ou
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans la
Littérature , les Sciences et les Arts.
»V\VV\ViV\\»*VVVV**VVV^WV\VWWVVV4VfcV.«V-H»/W\1W,»^XVWV«V»»M\lW\VV\»
f. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MÉLANGES.
OBSERVATIONS
Sur les Revues scientifiques et littéraires , anglaises.
NoTJs sommes heureusement arrivés à une époque où
tout ce qui peut éclairer la marche de l'esprit humain et
favoriser les progrès, de la civilisation est recherché avec
avidité. Comme les journaux scientifiques, philosophiques
et littéraires sont particulièrement destinés à donner une
meilleure direction et une impulsion plus rapide aux
travaux utiles dans tous les genres, il importe d'examiner
si les principaux ouvrages périodiques , qui ont cette noble
destination, la remplissent avec un soin religieux, et si,
en étalant, aux yeux de l'Europe savante, les richesses
littéraires des contrées dont elle se compose , ils les appré-
cient toujours à leur juste valeur.
Tome xi. 33^ Cahier.— Septembre 1821. 29
A50 OBSERVATIONS
11 faut convenir d'abord qu'il n'est aucune de cesRei-'iies
qui ne renferme, presque dans chaque cahier, des articles
très-remarquables; les hommes curieux de connaître les
progrès des lumières, dans les différentes parties du
monde, ne sauraient lire ces recueils avec trop d'attention.
Parmi ceux qu'on publie en Angleterre, VEdimhurgh
Rei'ieiv, les Quarterly et British Heyiews , et la Literary
Gazette, tiennent le premier rang.
Le plan naturel de ces Remues est l'examen critique des
ouvrages les plus intéressans qui paraissent chez les
peuples civilisés, et qui méritent d'appeler l'attention, soit
par le sujet qu'ils traitent, soit par les vues qu'ils pré-
sentent, soit enfin parce qu'ils signalent des erreurs non
encore aperçues , et des vérités que l'ignorance ou le pré-
jugé avait jusqu'alors couvertes d'un voile. Souvent ce
travail est confié, en Angleterre, à des hommes d'un talent
si distingué , d'une érudition si profonde , que les extraits
des ouvrages les moins susceptibles d'intérêt deviennent
sous leur plume des dissertations judicieuses et ins-
tructives.
Toutefois, nous craignons que la plupart des lecteurs
français , qui rechercheraient les Revues Britanniques sur
la foi de leur réputation, ne soient surpris, peut-être
même indignés , à'y trouver des censures à la fois amères
et partiales, surtout contre les productions qui ne sont
point anglaises. Une fausse direction, donnée à ce qu'ils,
appellent mal à propos esprit national, les rend évidem-
ment injustes. Cette disposition, qui dégénère souvent chez
les Anglais en esprit de parti, intolérant et exclusif,
obscurcit le jugement des hommes les plus éclairés, et_
leur fait envisager les objets sous le point de vue qui flatte
leur passion. Un Anglais trouve que, dans sa patrie, tout
est le mieux possible; il est intimement persuadé que la.
SUR LES REVUES ANGLAISES. A51
nation anglaise est supérieure à toutes les autres nations
non seulement sous le rapport du gouvernement, des
lois, des institutions, des mœurs, du commerce et de la
richesse, mais encore sous le rapport des sciences, des
lettres et des arts. Cet amour de la patrie est un sentiment
si noble, qu'on est fâché de voir sortir ^ d'une source aussi
pure, des prétentions injustes et ridicules; mais il faut
bien avouer que, lorsque le sentiment mal entendu de
l'amour du pays nous rend assez injustes pour méconnaître
ce qu'il y a de bon chez les étrangers, pour rabaisser leur
mérite et leur gloire, et pour caresser un puéril orgueil,
en nous donnant à nous-mêmes la palme que nous leur
ôtons, il cesse d'être honorable, et parait devoir nous atti-
rer plus de moquerie que d'admiration. Ceux qui accordent
le plus d'estime aux savantes Rei-niefi dont nous parlons ,
sont particulièrement choqués d'y trouver aussi souvent des
diatribes injurieuses contre les Français, et ils ne savent
à quoi attribuer tant d'injustice et d'acrimonie. Serait-ce
une suite de cette ancienne rivalité de force, de richesse,
de bravoure, de civilisation et d'industrie entre les deux
peuples ? Nou's ne pouvons le croire. Des sentimens de
jalousie ne peuvent exister sans motifs, et les auteurs des
articles injurieux que nous avons en vue nous assurent
qu'ils ne trouvent absolument rien en France qu'ils puis-
sent nous envier. Quoi qu'il en soit, l'iniquité de leurs
jugemens et de leurs prétentions n'en est pas moins dé-
plorable. On n'hésitera pas cependant à leur pardonner,
si l'on songe combien ces petites illusions de l'amour-
propre, et ces passions qui naissent de l'intérêt personnel,
ont d'empire sur des hommes d'ailleurs raisonnables ; et,
dédaignant les faciles représailles que nous pourrions exer-
cer envers des censeurs plus chagrins qu'irréprochables,
nous excuserons chez eux celte faibiesse.
29*
A52 OBSERVATIONS SUR LES REVUES ANGL.
C'est sans doute à cette réflexion salutaire et toute libé-
rale, qu'il faut attribuer le silence qu'ont cru devoir garder,
sur les articles que nous venons de signaler (i) , les sayans
distingués dans tous les genres, que possède la France.
Ils ont pensé, comme nous, que notre patrie avait d'autres
ressources que la récrimination pour répondre aux cen-
sures de ses voisins. Elle y répond glorieusement, selon
nous, lorsqu'elle leur présente des savans et des littéra-
teurs, qui agrandissent chaque jour la réputation non
contestée que ses grands hommes d'autrefois lui ont ac-
quise.
Nous revenons donc franchement à nos éloges des Remues
anglaises , et naus les recommandons, sans craindre qu'on
nous accuse de manquer d'esprit national. Elles sont du
plus haut intérêt , et il serait malheureux que les injustices
que nous leur reprochons empêchassent d'apprécier ce
qu'elles contiennent d'utile.
Que ceux de nos jeunes lecteurs, et ceux de nos écri-
vains, qu'irriteraient ces écarts de nos voisins, se gardent
donc bien de les relever. Le silence est plus digne du ca-
ractère français; car, pour répondre , il n'est que deux
moyens: i° rendre accusation pour accusation; mais, en
prouvant que les Anglais ne valent pas mieux que nous,
nous prouverions fort mal que nous l'emportons sur eux;
u° les réfuter, en nous louant nous-mêmes; mais ce serait
les imiter, et nous avons déjà remarqué que cet excès
d'amour-propre pouvait les rendre ridicules.
Ainsi , lisons leurs bons écrivains ; étudions leurs sages
institutions; louons hautement leurs qualités estimables;
profitons de leurs lumières; applaudissons à leurs progrès
(i) Edimburgh Rei'iew , n* 64, 69, etc. Quarterlj Reuiew ,
n '» 45 et 49»
SUR LES AVANT>GES DE L'INSTRUCTIOiS. A5S
dans les arts, à leur zèle pour les améliorations socJales,
à leur désir d'introduire la civilisation chez les peuples
barbares : ce sera- encore une vengeance , si l'on veut;
mais cette manière de se venger ne peut blesser per-
sonne (i). B — Y.
Sl'R LES AVA>TAGES DE l'iKSTBUCTIOX PUBLIQUE CHEZ
LES Grecs modernes , par Charles Dupin , ancien
secrétaire de l'Académie Ionienne , et membre de
l'Institut de France.
Au moment où les Grec? sont appelés à de nouveaux des-
tins , peut-être ne verra-t-on pas sans intérêt les efforts
qu'avaient tentés quelques Français , à l'époque de nos
conquêtes, pour rappeler un peuple malheureux à la civi-
lisation et à la grandeur d'ame qui firent la gloire de ses
ancêti-es.
Quand, par suite des conventions de Tilsitt, nos troupes
occupèrent les îles Ioniennes, les officiers et les adminis-
trateurs envoyés dans ces belles contrées s'empressèrent
d'unir leurs efforts à ceux des Grecs les plus éclairés, pour
cultiver de concert les lettres , les sciences et les arts. Les
Français arrivèrent dans les Sept-Iles, vers la fin de 1807;
et, dès le printems de 1808, ils fondèrent V Académie
Ionienne. Ils firent plus; ils ouvrirent, dans le local de l'a-
cadémie , des cours gratuits où l'on professa les mathéma-
(1) Nous avons nommé, au commencement de cet article, la
Gazelle ou Chronique littéraire j elle ne mérite pas cependant, au
même degré , les reproches que nous adressons aux Remues anglaises.
Elle s'égaie bien parfois aux dépens des littérateurs français ; mais
il y a , dans ses observations critiques , plus de ce que les Anglais
appellent humour, gaîté maligne , que de spleen scientifique et acri-
monieux. Elle est polie, quoiqu'elle ne soit pas française.
A5A SUR LES AVANTAGES I>JÇ. L'INSTRlJCTION,
tiques (i) , la physique (2) , la méiîeciue (3) , ia jurispru-
dence (4), et la littérature grecque (5); enfin, pour encou-
rager la jeunesse , l'académie offrit des prix annuels aux
élèves qui se distingueraient le plus dans leurs études;
elle proposa en outre des prix olympiadiques, ainsi nommés
parce qu'on devait les décerner au commencement de chaque
nouvelle olympiade. Les prix olympiadiques, annoncés ù
l'Europe entière , étaient offerts aux littérateurs tie toutes
les tribus grecques, qui , dans la langue hellénique ou dans
la langue moderne , auraient composé ou traduit les plus
beaux ouvrages.
Des obstacles sans nombre et la fatalité des événemens,
qui mit un terme au succès de nos armes, ont traversé les
desseins des fondateurs de l'Académie Ionienne , et n'ont
pas permis que ces desseins obtinssent tout le succès qu'il
était juste d'en attendre.
La noblesse gréco-vénitienne, accoutumée à faire élever
ses enfans par des pédagogues italiens, ne voulait pas en-
voyer c^s précieux rejetons d'une race orgueilleuse dans
nos écoles publiques , où ils eussent éprouvé l'affront d'être
assis , sans distinction, à côté des fils du simple citoyen.
C'est pour comballre un esprit aussi fatal à la régéné-
ration de la Grèce , que fut composé le discours soi vaut.
Il ne ressemble guère à nos compositions académiques;
mais on doit se rappeler , en lisant celte production d'un
(i) M. Augojal, capitaine du génie militaire, aujourd'liui pro-
fesseur à l'école d'ét.Tt-major de France , fut chargé de ce cours.
(2) AI. Ch. Dupin, alors capitaine du génie maritime.
(3) l\\. Gansçadi.
(4) M. Deh-iniotli.
(5) M. Mat'romali y l'un des savans et des littérateurs les plus
distingués qu'ait possédés la Grèce moderne, et qu'elle a mallicH-
rcusement perdu.
SUK LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A55
auteur bien jeune alors , qu'elle n'était pas destinée pour
des auditeurs dont l'esprit cultivé n'eût besoin, pour être
séduit, que des touches gracieuses elpures d'un atticisme
depuis long-tems disparu des contrées qui furent son ber-
ceau.
On aurait tort de chercher dans ce morceau ce que l'on
trouve dans les productions regardées comme les mo-
dèles du genre : un art consommé, un poli parfait,
de l'élégance dans le style, del'épigramme dans la pensée,
et de l'esprit sous la forme du sentiment.
Mais, au milieu d'un état-major de l'armée française,
campée sur les confins de la Grèce , en présence de l'élite
des habitans d'une contrée dont la volonté dominante est
de reconquérir les lumières, l'indépendance et la gloire de
ses aïeux, c'était avec de plus mâles accens et des mouve-
mens plus hardis qu'il fallait attaquer ces grandes et nobles
passions.
Si le lecteur veut partager l'impression produite par le
discours que nous publions maintenant-, il doit se reporter
à l'époque et dans la contrée où il fut prononcé. II doit
songer que c'est dans la capitale des îles Ioniennes , dans la
patrie d'AlcinoiJs, que l'orateur fit entendre ses paroles. Il
doit songer que, du lieu même où se trouvaient réunis ses
auditeurs, on découvre, par-dessus les montagnes de l'É-
pire et de l'Acarnanie, les sommités du Pinde et les lieux
qu'ont illustrés les plus grands événemens.
Tel est le site majestueux, tels sont les souvenirs et les
espérances que le lecteur doit maintenant retracer à son
imagination.
X^VÏXIV^W^»-.
A56 SUR LES AVA:1TAGES DE L'L^STRIXTIOX.
Discours prononcé dans la séance publique de l'Aca-
démie Ionienne, le i5 août 1809.
Si aut acriiis egero , aut liberiiis quàm qui ante me
dixerunt : peto à vobis , ut tantiim orationi meae con-
cedatis, quantum et pio dolori et justae iracundiae
concedendum putetis. Cic. pro P. Sextio.
0 VOUS , honneur de l'Hcllénic, vous qui reçûtes de la
nature une ame au-dessus du yulgaire, qui l'avez éleyée
encore par vos veilles et vos méditations, c'est à vous que
nous nous adressons. C'est par vous que nous pouvons être
de quelque utilité pour vos concitoyens. En vain , nous
chercherions à répandre la vérité ; portée seulement par
notre faible voix, la vérité ne serait point entendue, ou
serait négligée. Vous seuls, dans votre propre patrie, pouvez
détruire cette foule de préjugés qui s'opposent en secret îi,
ses progrès. Vous seuls pouvez combattre l'erreur, maîtriser
l'opinion, la diriger au grand, au beau, à l'utile; la rap-
peler enfin à la pensée de vos pères. Faites-nous donc con-
naître ce que vous pouvez être, à la manière des hommes
illustres, par des œuvres plutôt que par de vaines répu-
tations. A chaque préjugé que vous aurez détruit, à chaque
principe, à chaque fait important, à chaque projet utile que
vous aurez exposés, propagés, nous nous empresserons de
proclamer vos noms. «Sur les murs de cette enceinte, dironâ-
nous à nos compatriotes, vous voyez suspendu le tableau des
bienfaiteurs des lettres, des sciences et des arts, envers l'aca-
démie; nous avons à vous présenter un autre tableau non
moins précieux,c'eâtceluideshouimesquivousontconsacré
leurs travaux et leurs veilles. Les largesses de leur génie
ne méritent pas moins votre reconnaissance, que les présens
de ces premiers donateurs dont l'académie gardera toujours
le souvenir avec les plus doux sentimens de respect et de
SUR LES AVANTAGES DE L INSTRUCTION. 457
gratitude; » A ce simple récit, les acclamations de tout un
peuple partageront les suffrages de la gloire, et les tiiljuts
de l'admiration , entre les bienfaits du talent et les hieufails
de la vertu.
Ioniens, à la seule pensée de ce touchant spectacle, s'il
est parmi vous un homme qui sente son cœur palpiter et
brûler du désir généreux de conquérir cet amour, cette
estime de tout un peuple , voilà l'homme que nous che^■-
chons. Qu'il paraisse ; qu'il imite par ses travaux ceux qui,
comme lui, furent étrangers à l'académie; nous nous em-
presserons de le recevoir comme eux parmi nous, et nous le
placerons aux premiers rangs dans la carrière où nous vou-
lons marcher à la prospérité de ces contrées.
Hommes supérieurs, c'est à cette époque heureuse, où
l'académie, devenue forte par votre appui, vous comptera
tous dans son sein ; c'est alors qu'elle pourra remplir ses
promesses, et les surpasser encore. Vous nous élèverez au-
dessus de nous-mêmes. Une noble émulation viendra s'é-
tablir entre nos collègues nouveaux et ceux qui voudront
devenir nos collègues. Vous rendrez, en ces lieux, aux lu-
mières du savoir, tout l'éclat dont elles brillèrent autrefois.
A leur chaleur fécondante germeront pour la postérité
mille talcns nouveaux. Qu'il nous sera doux de nous ap-
plaudir de leur développement, comme de l'ouvrage de notre
lèle et de votre génie ! Peuples de la Grèce , c'est alors que
sera détruite dans l'Europe cette opinion injurieuse qui
pèse encore sur vous. On ne vous croira plus les fils dégé-
nérés du plus illustre des peuples; vous obtiendrez justice
dans l'estime des hommes ; et l'Europe sera fière de voir
rendue à ses antiques destinées celle de ses nations qui .
la premièredctoutes,a déployé ses fastes pourl'immortalité.
Mais, ne vous le dissimulez pas, plus ce but est élevé,
plus il est glorieux de l'atteindre ; plus il est difficile aussi
A58 SUR LES AVANTAGES DE L'IiNSTRUCTION.
d'y parvenir : ce sera l'ouvrage du tems, et de celte cons-
tance qui nous tait triompher de tous les obstacles. O
TOUS, de qui lacadémie ose espérer la régénération de
vos frères, voici les vérités qu'il vous faudra, pour la pro-
duire, l'ccevoir et propager. Il faut que vous soyez per-
suadés que les hommes n'acquièrent de supériorité sur les
hommes, que par l'éducation, et les nations sur les na-
tions, que par l'éducation publique. Voulez-vous, Ioniens,
que vos fils deviennent dignes de vos pères? il faut tout
faire pour leur éducation. Daignez prêter l'oreille à ma
voix. Si vous êtes les enfans des Grecs, vous êtes faits
pour entendre la vérité ; et moi , mon cœur me dit que
je suis fait pour vous la dire. Que si je devais même en-
courir vos reproches ou votre haine , pour pris de ma fran-
chise, je vous diluais, comme votre Thémistocle, parlant
pour le salut de la patrie : « Frappe , mais écoute. » Et le
bien que j'aurais pu faire, me paierait du mal que je rece-
vrais en échange.
Ce n'est ni par la débauche, ni par le jeu, ni par le
luxe et par ses vices, que vos fils deviendront jamais des
hommes éminens dans l'ordre social; c'est par l'étude , et
parle travail dont l'apprentissage austère ne deviendra fruc-
tueux que dans-la seule éducation publique. Qui pourrait
causer votre aversion pour elle ? Serait-ce un va>a orgueil?
Mais un tel sentiment est indigne des neveux de ces
hommes dont les généraux, lesprytancs, les monarques
même , plaçaient leurs fils à l'école des plus simples ci-
toyens. Je ne suppose donc pas qu'un motif aussi bas ait
pu jamais approcher de vos coeurs.
Penseriez-vous, d'ailleurs, que l'instruction particulière
est, -par elle-même, plus propice au développement de
l'esprit de vos fils? Penseriez-vous qu'elle est, plus que
l'inslruction publique, amie des vertus sociales ou privées;
SLR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A59
et que, sous les yeux de la patrie, les mœurs de vos fils
s'altéreraient plus qu'elles ne le font maintenant dans la
maison paternelle (i)? A ces doutes spécieux, je répon-
drai d'abord que Thomme élevé loin de ses semblables
n'apprend ni à les connaître ni à les aimer; qu'il reste
ainsi ignorant de leurs passions et de leurs mérites; qu'il
devient par-là égoïste et superbe; qu'il reste faible, parce
que l'émulation ne vient jamais doubler ses forces; etque,
dans sa médiocrité dédaigneuse autant que méprisée, il
fait son propre malheur, en se rendant à charge à lui-même
et à la société tout entière. Mais laissons là les preuves
abstraites fournies par le seul raisonnement, et consultons
la voix irrécusable de l'expérience. Je vais vous parler de
vertus, de hauts faits, de talens immortels ; je vais prendre
mes exemples chez vos pères.
Parmi les villes grecques les plus illustres par les choses
qu'elles ont faites, par les hommes qu'elles ont produits;
la première de toutes , c'est Athènes. Son nom seul nous
rappelle la déesse du génie, de la sagesse et de la valeur (2).
La fille du maître du monde, qui, dans les cieux, présidait
à ces vertus , avait sur la terre son temple en cette ville (3) ;
elle l'animait de son esprit et la couvrait de son égide : le
nom d'Athènes, enfin, est l'emblème des beaux siècles de
son peuple. Voyons donc ce que nous apprendront les
fastes et les lois de la ville du génie , de la valeur et de la
sagesse. L'Attique entière n'est guère plus grande que Cor-
cyre ; une peuplade se forma sur son sol aride , et la peu-
plade a rempli l'univers de son nom. Sous les plus grands
(i) Les mccuis vénitiennes oui infesté de leur corruption la [.'lus
grande partie de la haute classe des Scptinsulaires.
(2) La Minerve des Grecs porte le nom d'Athènes.
7)) Le Parthenon. C'est le heau temple dont les débris majestueux
sont représentés avec tant de fidélité dans le panorama d'Athènes.
Â(iO SUR LES AVA?sTAGKS DE L'INSTRUCT10^^
des mortels , elle vainquit les barbares à Marathon , à Pla-
tée. Elle succombait sous le poids de l'Asie, elle sacrifia
ses biens, ses palais, ses foyers domestiques, ses temples
même ; elle s'embarqua toute pour aller vaincre l'Asie à
Salaminc, et elle la vainquit à Salamine. Elle devint maî-
tresse des Cyelades , de l'Archipel , des côtes de l'Helles-
pont et de l'Asie-Minenre ; «lie fut l'arbitre de la Grèce,
de la Grèce alors triomphante de tout l'Orient! .... Savez-
vous commcnls'élevaient des hommes qui faisaientde telles
choses? C'est dans le sein des écoles fondées par Solon ;
et les lois de Solon parurent si belles à toute la Grèce ,
qu'elles lui acquirent un rang parmi les sept sages dont
elle s'honore. Ce grand homme n'avait pas dédaigné de
fixer jusqu'aux moindres réglemens des écoles publiques.
Il avait défendu, sous peine de mort , que des maîtres
non autorisés par les lois frustrassent les écoles publiques
de la jeunesse qui leur appartenait. — Que croyez-vous ,
Ioniens, qu'ait pensé le sage Solon sur l'éducation pu-
blique et sur l'éducation particulière ? Laquelle des deux
croyez-vous qu'il ait préférée? Que pensez-vous enfin de
la justesse de ses vues ? — Jugez-les par leurs succès , et
prononcez. — Dites, que croyez-vous qui fit vaincre les
forces de l'Attique à Marathon , à Platée , à Mycale ? Est-ce
la valeur innée du peuple grec? Mais cette valeur, au-
jourd'hui l'apanage de ma patrie, c'est un bien qui fait le
tour de la terre, et passe , d'époque en époque, des cœurs
d'un peuple aux cœurs d'un autre peuple. Quel fut donc
l'auteur de ces brillans succès? — Quel fut-il? ... Ce fut
Solon. Quelles furent les armes qui rendirent dix mille
guerriers d'Athènes supérieurs à cent mille soldats de Da-
rius? Ce ne furent pas les cuirasses qui couvraient leurs
corps , mais bien celles dont l'éducation de Solon avait en-
ceint leurs cœurs. Enfin , quand Xerxès s'avance à la tête
SUR LES AVANTAGES DE LINS ITIUCTION. AGI
(les forces de l'Asie , lorsqu'il s'empare de l'Attique et
d'Athènes même, qui ne croirait que le peuple de cette
ville est vaincu ? Il a tout perdu , tout, jusq.i'à ses foyers
domestiques! Soyons tranquilles sur lui; la fortune n'a pu
lui ravir cette grandeur d'ame qu'il doit à sa mâle éduca-
tion, et le peuple d'Athènes est encore. Le génie de Solon
donne encore à tous les cœurs les leçons de l'héroïsme, et
ce peuple va les suivre : il est en armes, il est tout entier
sur les eaux; il s'en est fait une patrie; et l'élément des
naufrages l'a conservé pour la victoire. Devant les faibles
vaisseaux d'Athènes la flotte immense de Xerxès s'est dis-
persée, et leur roi fugitif n'en a sauvé que les débris qui
ont eu des voiles légères et des rameurs agiles. Honneur,
mille fois honneur nu créateur des héros et des grands
hommes !
Voilà, Corcyréens, ce que fut le peuple, élève du sage
Solon , ces illustres Athéniens dont vous eûtes jadis la
gloire d'être les alliés.
Que si vous doutiez encore de l'influence des lois de
Solon, je vous dirais qu'aux jours malheureux, où ces lois
perdirent leur vigueur, où l'orgueil ignorant crut s'honorer
en substituant l'éducation particulière à l'éducation pu-
blique établie par ce grand homme , les courages s'éner-
vèrent, les esprits s'abaissèren t,et les vainqueurs de l'Orient,
qui avaient vu dans leur sein les Aristide , les Miltiade et
lesThémistocle; les Eschile, les Euripide et les Sophocle;
les Socrate, les Xénophon et les Platon; cette ville, qui
semblait être comme la pépinière des grands hommes et
des talens immortels, lorsqu'elle eut altéré l'éducation de
sa jeunesse, vit à la fois son indépendance, son bonheur,
et ses hommes illustres finir avec Phocion et Démosthènes'
Elle devint le rendez-vous et la demeure des esclaves et des
rétheurs, et mit en opprobre, dans tout l'empire des Ro-
mains, le caractère jadis si noble et si révéré des Hellènes.
h62 SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION.
Fils des Grecs , cette faible peinture de ce que furent vos
pères en leurs beaux jours , a-t-elle ftiit naître dans vos
cœurs le désir de vous élever jusqu'à eux, d'obtenir une
gloire égale ii la leur? Employez les moyens qui la leur
ont acquise , et vous l'acquerrez de même à votre tour.
Honorez les vertus , admirez le génie , fécondez-en les
germes par l'éducation publique de vos fils. Que vous
manque-t-il pour vous relever jusqu'à la majesté de vos
aïeux ? pensez-vous que ce soient les richesses ? Mais les
vainquem-s de l'opulente Asie furent des hommes dont les
généraux même étaient des pauvres , comme Aristide et
Miltiade. Mais, c'est quand leurs fils furent devenus les
riches marchands d'Athènes, que les soldats pauvres de la
Macédoine leur ont donné des fers. Mais, c'est quand les
Romains étaient pauvres qu'ils conquirent la terre, et c'est
après qu'ils en eurent amassé les trésors, que les hordes des
barbares , avec leurs épées pour tous trésors , les ont
vaincus. Ah ! j'appellerai bienfaiteur et restaurateur de la
Grèce, non pas uniquement l'artiste industrieux qui rendra
ses villes opulentes et son commerce fastueux, c'est-à-dire,-
peut-être les caractères énervés et les cœurs corrompus;,
mais bien le sage , qui vous fera sentir comment on est
riche encore avec les seuls trésors de l'ame et de l'intelli-
gence , et pauvre avec les seuls trésors de la terre ; mais
bien le politique profond qui saura vous convaincre qu'on est
un grand peuple par la seule magnanimité, et jamais par
la seule richesse. Songeons d'abord à éclairer les esprits,
pour les rendre sensibles à la honte et à la gloire; montrons-
leur combien est belle la vertu , combien elle fait le bon-
heur de celui qui la possède. Abandonnons à ses propres
moyens l'ardente cupidité. Elle saura se servir de l'ins-
truction même que nous aurons répandue; et, tout en ne '
pensant qu'à la sagesse , à la grandeur des âmes , nous
aurons cependant agi commepour arriver suivajit lavoiela
SUR LES AVANTAGi:s Dii L'INSTRUCTION. 46^
plus courte aux moyens qui procurent, par le travail et
l'industrie, l'aisance d'une fortune hmnête, c'est-à-dire
d'une fortune acquise par la seule voie de l'honneur.
Tournez donc \os espérances et vos vues du côlé de
l'intelligence; portez un regard sévère sur vous-mêmes ;
vous vous direz ce qui vous manque, et vos pères viennent de
vous dire ce qu'il vous faut acquérir pour devenir, coinme
eux, l'exemple et l'orgueil de la terre.
Observons quel est ici l'état des professions les plus in-
téressantes , et jugeons des autres par elles. Je vois parmi
vous des hommes qui font honneur ù toutes les professions
utiles. Je rends hommage à leurs lumières, et j'admire
d'autant plus leurs talens , qu'il était plus difficile de les
acquérir en ces lieux. Mais je ne m'arrête point à ce coup
d'œil superficiel et trompeur. Je tourne mes regards vers
le peuple de vos villes et de vos caiipagnes. Je le vois
porter, sur son front pâle ou d'un vert livide (i), la preuve
vivante de l'ignorance profonde d'empiriques et de char-
latans, qui pour tout art ont celui de féconder les fléaux du
climat par les fléaux de leur impéritie. Je songe ensuite à
quelle foule de légistes d'une médiocrité sans pudeur, les
Septinsulaires livrent imprudemment leurs biens , leur
honneur et leur existence. Je demande partout quelles lois
furent portées pour empêcher l'horrible brigandage , qui
fait, de la jurisprudence, un commerce sans conscience et
sans pitié. Je le demande à la nature; et la nature, en rou-
gissant, se tait; elle me montre un code, et elle pleure.
Que contient donc ce code, qui fait pleurer et rougir la
nature? Je l'ouvre au hasard; j'y vois un acte de bienfai-
sance pour vous, Ioniens; mon cœur se console! Je lis
avidement. Pour faveur singulière , tout Septinsulaire
(i) La décadence de l'agriculture a rendu malsaine une grande
partie de l'île de Corcyre.
hU SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION.
était revêtu du cararctère auguste qui le rendait capable de
défendre, de sauver la fortune et la vie de ses compatriotes ,
aussitôt qu'il faisait acte de présence à l'université de
Padoue. Pour tout le reste des hommes , il faut être plus
instruit qu'eux, il faut savoir leurs lois pour les défendre;
mais pour des Grecs , aux yeux des Italiens, cela n'est pas
nécessaire. Des Grecs peuvent être ruinés, déshonorés,
suppliciés. Qu'importe , pourvu que les Grecs demeurent
i "-norans, qu'ils soient esclaves et qu'ils oublient leurs pères ?
Voilà donc ce qu'a fait à votre égard la politique de Venise !
Rou"-is, humanité, pleure; le machiavélisme avait atteint
son but, et le machiavélisme souriait avec satisfaction.
Je parcours vos campagnes, je les vois couvertes de vos
temples; mais tous ont l'aspect de la misère. Je vois vos
prêtres bêchant la terre et touchant les bestiaux , et les
ministres du Seigneur ne disent plus qu'avec peine les
hymnes composés par leurs savans prédécesseurs. Je de-
mande si, dans toutes les îles, il n'est pas une école où les
serviteurs des autels aillent apprendre à instruire , à ^con-
soler les humains; et la religion rougit aussi en cachant
son visage baigné de pleurs. Ah! je rends grâces au ciel.
Ioniens, que vous soyez enfin les frères d'un peuple, qui
veut des compatriotes forts comme ses propres citoyens,
et qui dédaigne d'acquérir des sujets pour les garder, en les
rendant faibles, misérables et dégradés.
Afiligé par le triste spectacle de vos campagnes, je rentre
au sein de vos cités, au sein de votre capitale. J'y cherche
la langue d'Homère, que je n'avais pas encore entièrement
méconnue dans la bouche de vos paysans. Je demande à
l'enfant du riche s'il connaît sa langue maternelle, et il me
répond qu'il l'ignore. Je demande si, detouttems, des
écoles publiques n'ont pas conservé parmi vous ce dépôt
précieux du génie do vos pères ; et la Grèce indignée
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSES ET ANNOîNCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans la
Littérature , les Sciences et les Arts,
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MÉLANGES.
DISSERTATION
Sur le BYSsrs des anciens , et sur son identité avec le
duvet des chèvres de- Cacketnlre.
Il existe parmi quelques savans une grande controverse
au sujet du byssus des anciens. C'est aujourd'hui que la
connaissance des tissus faits avec le duvet des chèvres du
Thibet est très-répandue, qu'on peut, ce me semble,
résoudre le problème, et fixer invariablement ses idées sur
la nature du byssus.
Qu'est-ce que ce byssus si précieux, dont parlent avec
une sorte d'admiration les historiens sacrés et profanes,
dont étaient revêtus David et les lévites, que Mardochée
porte dans son triomphe , dont étaient couverts les initiés
ToMK XI. Sl^ Cahier. — Ao/lt 1821. 16
I
5^2 i>issj:iitati(!X
aux i!!}slères d'Isis, qui faisait pailie des sépultures îe
plus magnifiques chez le? Egyptieu,-', et qui devint plus
tard la parure favorite des dames romaines? Qu'est-ce que
cette niaiièro , sur la nature de laquelle les anciens ne
s'accordent pas plus que les modeincs? Est-il permis d'y
voiraujourd'liui autre chose que lecélèbre duvet des chèvres
du Boulan? Pour résoudre celte question, il suffit de se
rappeler ce qu'en ont dit les anciens , de le comparer avec
les commentaires des nioderncs, et d'examiner leurs con-
clusions.
Piiilon est le prejnier des écrivains anciens qui ont traité
de la nature du byssus. Suivant lui , le byssus n'est pas le
produit d'un être animé, mais celui de la terre.
l'Une vient ensuite. Après avoir dit un mot de la
toile faite avec l'amiante, il ajoute que ce qui s'en rap-
proche le plus et qui fait les plus chères délices des dames
romaines, c'est le byssus, dont l'origine est auprès d'Elis ,
dans l'Achaïe , et qu'on obtient au prix de quatre deniers
le scriptule (i); autrefois, ajoute-t-il, on le vendait nw
poids de l'or.
Un troisième écrivain, Philostrate , dans la vie d'Apol-
lonius de ïyane, avance que son héros, étant aux Indes ,
observa que tout le byssus qui passe en Egypte sort de
ces contrées.
PoUux, contemporain de Philostrate, dit que le byssus
est, chez les Indiens, une espèce de lin. En Egypte, on
fait, avec la laine d'un certain arbre, un fil qui sert à faire
des vêtemens qu'on pourrait regarder comme ressemblant
beaucoup à ceux de lin, si ce n'est qu'ils ont plus de
densité.
'i'' A 55 cent. le denier, suivant le système de M. le comte
Ga:nier, c'était 20 fr. ^n cent, l'once romaine, ou 53 -fr. 60 cent.
notie once poids de marc.
SUR LE BYSSUS DES ANCIENS. UZ
Enfin, Isidore, qui ne diile que du tii" siècle, incertaiii
de ce qu'est le byssus, écrit d'aljonl que c'est quelque
espèce de lin assez épais; il ajoute que plusieurs personnes
croient que c'est une qualité de lin.
En passant aux modernes , nous trouvons Erasme qui ,
dans son édition de Pline, en i525, ne sachant ce que
c'est que le hyssus, on fait uniquement une couleur, au
lieu d'un tissu. Dans la table des matières, vous trouvez:
Byssini tingendl ratio , et pour désignation , le cha-
pitre 4i du IX" Livre, avec ce titre : De tingendo amethys-
tino ; dans tout le cours de ce chapitre, le mot hyssus ne
se trouve pas une fois.
Demsterius j dans ses Paralipomenes ad Rosinum ,
vers. 3i, confond le byssus avec la soie, et emploie ce mol;
comme synonyme de serica ; enlîn, parmi les moins an-
ciens, Laicherj dans ses notes sur ITérodote^ Reynold--
i^ors^<?7-j dans son Liber singularis de hysso ^ ti Rouelle ^
dans son Mémoire à l'académie, en font une toile de
coton ; tandis que Greui-'es , dans ses Miscellaneous
M'^orhs, veut que ce soit du lin, et tandis encore que
Jaucourt, dans VEncyclopédie in-folio, assure que le
byssus n'est que le produit de l'espèce de suie du coquil-
lage appelée piane-marine.
Au milieu de tant de confusion, comment reconnaître
une origine? Consultez les anciens; ils ne sont point d'ac-
cord entre eux. Si l'un vous conduit, l'autre vous égare
aussitôt. Voyez les modernes , vous trouverez la même
divergence d'opinions. Qu'en conclure, sinon que les uns
ni les autres n'ont su au juste ce qu'était le bj'ssus. Les
anciens ne l'ont pas su , parce qu'ils ne connaissaient pas
ic pays qui le fournil, et qu'ils ne le recevaient que des
marchands qui trafiquaient dans lïnde; les modernes l'ont
ignoré, parce qu'iMi effet ils ne pouvaient pas le deviner,
16 *
2k!v DISSERTATION
parce qu'il fallait une occasion , comme celle de l'expéditiea
d'Eg-ypte, pour nous rendre familiers les tissus de cache-
mire , et qu'il fallait en outre des hommes d'un patriotisme
éclairé, comme M. Ternaux, courageux et versés dans la
connaissance des divers idiomes de l'Asie, comme M. Jau-
bert, pour nous en montrer l'élément sur l'animal même,
et le soumettre à nos climats.
Il est à remarquer que, pour faire prévaloir son senti-
ment, chacun a récusé le témoignage de tel ou tel auteur,
et qu'il a plus ou moins forcé le sens de tel ou tel autre.
Jaucourt ne compte pour rien ce que dit Philostrate : que
tout le byssus vient de l'Inde; et les autres alongent ou
délayent dans d'autres citations le peu de mots si courts et
si insignifians que nous ont laissés les anciens sur cette
matière. En effet, Larcher, Forster, AVilliams Vincent,
dans son estimable Voyage de Nécuque , qui veulent que
le byssus soit le coton, opèrent, dans les citations des
auteurs, des rapprochemens évidemment forcés. Les deux
^oremicrs citent d'abord Pollux, comme garant de ce qu'ils
avancent; mais que dit Pollux? « Le byssus est, chez les
Indiens, une espèce de lin. En Egypte, on trouve sur un
arbrisseau une espèce de lai'ne, dont on fait des toiles
qu'on pourrait regarder comme ressemblant beaucoup à
celles de ce lin. » Pourquoi, dans ce passage, joindre la
seconde phrase à la première, comme une conséquence ou
une conOrmation de ce qu'elle exprime? Le byssus, dit
Pollux, est, chez les Indiens, une espèce <lelin. Toutest
dit là pour le byssus. Si le grammairien reprend ensuite
son discours et qu'il dise : Il existe, en Egypte, un ar-
brisseau qui produit une espèce de laine semblable ù ce
lin, ce n'est pas qu'il veuille fixer un rapport d'identité
entre ces deux objets; ce n'est qu'une comparaison qu'il
éldblitentre eus. Soyons, en effet, dans la nécessité de corn-
SUR LE BYSSLS DES A>'CIE>S. 2A5
parer le fil de cachemire à un autre fil : nous trouverons
que celui qui s'en rapproche le plus par le moelleux, par
le duvet qu'il conserve , c'est le colon; le fil et la soie sont
trop lisses et trop unis pour en donner une idée. Au reste ,
si PoUux se sert du mot Un, ce n'est pas qu'il prétende
parler de la matière que nous connaissmis sous ce nom;
mais, dans sa phrase, lin est l'équivalent àefil. Lajîreuve
en est au livre V, chapitre 4, où, parlant des instrumens
des chasseurs , pour exprimer le nombre de fils qui doivent
entrer dans la composition des mailles ou des cordons des
filets, il se sert des mots neuf lins ^ trois lins j douze linsj
seize lins, etc.
Le naturaliste romain dit seulement quelques mots du
byssus ; les voici : « Le byssus, qui naît aux environs
d'Elis, dans l'Achaïe, coûte quatre deniers le scriptule. »
Voilà le prix du byssus bien déterminé. Quant à la cir-
constance de son origine en Achaïe , c'est ici évidemment
une de ces fautes qui défigurent le texte de Pline, une
lacune remplie ptor un copiste maladroit. Si le byssus était
une production de la Grèce, y aurait-il eu tant d'incerti-
tudes à son égard parmi les anciens, et Pline lui-même
n'en eût-il pas fait aussitôt la description, comme il l'en-
treprend de tout ce qu'il connaît, souvent avec une exacti-
tude qui sert encore aujourd'hui de guide dans bien des
circonstances?
Ainsi que le dit Erasme, il n'est pas d'auteur qui ait été
plus maltraité que Pline. Il faut le tirer de ses ruines, à
travers les restitutions qu^on a voulu lui faire et les lacunes
qu'on a prétendu remplir. Combien de sottises ne lui
a-t-on pas fait dire en le restituant! que d'erreurs, que
d'inepties insérées dans son texte ! et combien n'en ont
pas signalé déjà les savans qui se sont occupés de ces cor-
rections, depuis Hermolaus Barbarus, Guillaume Budée,.
5^6 DISSERTATION
Kicolas Beraldu.'^ et tant d'autres, jusqu'à nos jours? C'fbt,
comme le dit encore Érasn'ïe,!e travail de Pénélope . qu'il
f;iut refaire avec bien de la peine, et il se sert à cette oc-
casion d'une comparaison qui fait hien reconnaître l'auteur
de V Eloge de la folie : « Plante, dit-il , prétendit autrefois
que qui voudrait trouver un rapport entre des choses qui
donnent beaucoup de tracas, n'avait qu'à prendre pour
comparaison un vaisseau et nnc femme; car rien ne donne
plus de souci que ces deux choses. Ainsi pourrait-on dire,
plus sérieusement, qu'il ne manquera pas affaire à celui qui
Toudra restituer Pline. »
Ce témoignage d'un écrivain célèbre suffirait seul pour
faire connaître combien on doit être circonspect en prenant
Pline pour appui, si d'ailleurs on ne s'en apercevait pas
soi-même à la moindre recherche. Il est donc évident que
l'article de la patrie du bjssus est un de ceux qui sont
tronqués, et que, sur la ressemblance de quelques lettres
ou d'après la conformité de quelques noms qu'il n'a pu
lire, le copiste a écrit Elidem et Achla.
Laissons de côté, comme évidemment suspect, ce qui re-
garde l'Achaïe, puisque, comme je l'ai dit plus haut, si ta
matière du byssus avait été une production de la Grèce,
elle n'aurait pas été l'objet de tant de controverses, et sur-
tout que les grecs Pollux et Philostrate, qui l'auraient bien
connue , n'auraient pas été obligés de la faire venir de
l'Inde ; et tenons-nous-en à l'estime qu'en faisaient les
dames romaines, pour qui c'était un grand bonheur d'en
avoir : c'est là tout ce que Pline dit de ce tissu. Cependant,
pour donner plus de poids à l'opinion que le byssus est du
coton, on a accolé à ce peu de mots , qui se trouvent dans
le VIII' Livre, un autre passage tiré du IX' et qui n'ya
aucun rapport. Si Pline avait voulu parler du byssus dans
cet autre passage, ne l'aurait-il pas noumic, comme il r«
SUR LE BYSSUS DES ANCIENS. 2A7
vait fait dav.s \c Livre piécédent? Ce n'est pas le défaut de
cet auteur que de ne pas répéter les noms , quand il s'agit
de donner l'intolligence d'une chose, et il ne iait jamais
deviner par des périphrases ce qu'il peut exprimer par le
nom technique. Dans le chapitre I" du IX* Livre, il ne
traite que du Gossopio7i,que quelques-uns appellent X)'/w,-.
Si le byssus avait été l'objet de ce chapitre, il en aurait
ajouté le nom aux deux premiers; il l'aurait nommé là
d'une manière aussi expresse qu'il l'avait fait dans le Livre
précédent.
Le rapprochement de ces deux passages, si étrangers l'un
;\ l'autre, était nécessaire sans doute, et j'en conviens, pour
faire du byssus une toile de coton ; car, en les séparant, l'é-
chafaudage s'écroule. Il est bien démontré que les anciens
ne savaient pas plus quelle était l'origine du byssus, que
nous ne le savions nous-mômes il y a quarante ans.
De touttems, les Égyptiens se sont habillés avec le coton.
Ces robes' si légères qu'elles accusent le nu, comme s'il n'y
avait rien sur la peau , et dont on ne reconnaît l'existence,
sur la plupart des figures des monumens de l'ancienne
Egypte, qu'à une ligne tracée au bas des jambes, étaient
de toile de coton très-fine , peut-être de ce que nous appe-
lons mousseline. Or, comment supposer que les Hébreux,
qui avaient demeuré si long-tems en Egypte, ne connussent
pas cette plante et ses produits? Commentse persuader que
le roi David se parât d'une robe de toile de coton, quelque
fine qu'elle fût, comme d'un vêtement d'un grand prix?
Quand le Livre des Paralipomènes dit, I, xv, vers. 27, que
ce prince était vêtu d'une robe de byssus; quand Ezechiel,
XXYII, 16, range le byssus parmi les objets du plus haut
prix que les marchands syriens devront apporter, et qu'il le
place entre les dianians, ta pourpre, la soie et celte ma-
tière précieuse d<'iit la connaissance était déjà perdue dès
2A8 DISSERTATION
le règne des Ptolomées, et qui, pour cette raison, a conservé
dans la version grecque son nom hébreu chodchod, il n'est
pas possible de croire qu'il s'agisse d'un tissu aussi com-
mun dans le pays que celui du coton. Comment concevoir
encore qu'un roi d Assyrie , dans les états duquel le coton
est indigène, croie faire un honneur extraordinaire à ua
homme qu'il voulait récompenser magnifiquement, en le
revêtant d'une robe de cette matière ? On est forcé de recon-
naître d.ins le byssus une matière beaucoup plus riche,
de voir dans ce célèbre tissu un objet que sa rareté et son
prix rendaient très-précieux et digne de faire la parure des
souverains les plus puissans.
On fonde encore l'opinion de l'identité du coton avec le
byssus sur ce que les lambeaux des bandelettes qui en-
tourent les momies ont été reconnus pour être de la véri-
table toile de coton. Rouelle l'assure positivement, Mém.
de ^académie, année 1760, et il en dit autant des linges
qui enveloppent les oiseaux embaumés. Mais a-t-on lu
avec attention le passage d'Hérodote qui en parle , et n'a-
t-on pas fait à son égard ce qu'on a fait à l'égard des autres
historiens cités , en donnant à ce qu'il dit une extension
qui n'était point dans sa pensée ? C'est en décrivant les em-
baumemens les plus précieux , qu'Hérodote cite les bande-
lettes de byssus dont on enveloppait les cadavres qui en
étaient l'objet; et ces mots les plus, précieux , mis en tête
de sa description, annoncent assez que peu de personnes
pouvaient y prétendre. Ce même avertissement se trouve
encore répété à la fin du paragraphe, sous une autre forme :
« Telle est, dit-il, la manière la plus magnifique d'em-
baumer les morts. » Après ce premier embaumement du
plus haut prix, cet historien décrit deux autres manières
d'embaumer les morts des autres classes de citoyens.
Je le demande maintenant à tout lecteur impartial : Hé-
SUR LE BYSSUS DES ANCIENS. 2.49
rodote reut-il dire, par ce que je viens de rapporter, que
tous les morts sont nécessairement enveloppés de byssus?
N'est-ce pas dire, au contraiie, que les plus riches d'entre
les Égyptiens, les princes , les grands, ceux en un mot que
leur rang ou leur fortune mettent à même de faire une dé-
pense considérable, jouissaient seuls du privilège de ces
emhsniraeinens précieux et magnifique.^ ; que ceux-là seuls
étaient enveloppés dans le byssus; et, s'il n'y a que ceux-là
qui eussent une si riche sépulture, n'est-ce pas annoncer
que l'enveloppe des autres élait plus simple et plus com-
mune? Ne s'ensuit -il pas que les bandelettes de ceux-ci
ne sont en effet que de toile de coton? Or, quelles sont les
momies qu'on déterre aujourd'hui? Ce ne sont certainement
pas celles de ces personnes qui , pour dérober leur sépul-
ture à la profanation, les faisaient cacher sous des masses
plus ou moins considérables, mais aussi impérissables les
unes que les autres. Ce sont celles des citoyens des autres
classes, qui se faisaient enterrer dans les caveaux de cer-
tains temples, dans les hyppogées et dans les autres tom-
beaux tant de fois violés. 11 n'y a donc pas lieu de déduire
cette conséquence : « que le byssus fut la matière de tous
les suaires et que ce tissu fut consacré pour les embau-
memens. »
Le Thibet, patrie des chèvres qui fournissent le précieux
duvet, est une des contrées que les anciens n'ont jamais
bien connues. Alors, comme aujourd'hui, les marchands
allaient en caravane faire des échanges, recevoir la laine
de la main des Indiens et la rapporter en Egypte , sans
s'enquérir peut-être de ce qui la produisait. Peut-être
aussi les naturels du pays les trompaient-ils sur l'origine
de ce produit, pour qu'on ne leur enlevât pas cette branche
de commerce en emportant les animaux qui le fournissent.
Que les caravanes apportassent ce duvet des Indes, il
250 DISSERTATION
n'y a iiucuii doute; i-zechiei indirectement, Philoslrale et
Pollux directement, nous montrent cette roule. PhifO-s-
tiatefaitplus; il nous dit positivement qu'Apolionius, étant
aux Indes, vit que tout le byssus qu'on portait en Egypte
venait de ces contrées. Sans doute il avait été témoin du
retour de quelque caravane venant du Boutan , et il avait
vu la matière première, telle qu'on l'apportait avant d'être
ouvrée.
On ne peut pas avancer que l'art de tisser le duvet de
cachemire soit une invention moderne. Ce n'est pas sous
la domination des Turcs qu'on a pu faire des découvertes
d'aucune espèce ; l'islamisme détruit, mais ne crée pas.
On peut être sûr que ce qui existe aujourd'hui existai*
avant l'invasion des musulmans. Quand l'Alcoran parcourut
l'Asie, suivi par le fer et la flamme, les connaissances se
perdirent; ce qui ne se perdit pas resta et est toujours
resté dans un état stationnaire. On peut voir la preuve de
ce que j'avance dans le magnifique travail des membres de
la commission d'Egypte. Ce n'est pas depuis que les belles
contrées de la Grèce , de l'Asie-Mineure , de la Syrie, sont
tombées sous le joug des Ottomans, que les arts et le luxe
ont pu conquérir le précieux tissu qui nous occupe. Ce
tissu était connu au moment de l'irruption; il continua ù
l'être, parce que sa iinesse plut aussi bleu aux farouches
calijes qu'elle avait n'u aux voluplui-ui^es Romaines. On îe
travaillait avant par industiie; on le travailla depuis par
routine. Les palmes qu'on y fait sont elles-mêmes , n'eu
douions pas, une imitation, je dirais presque une corrup-
tion des fleurs qu'on y brochait autrefois et qui constituaivM-.t
ces robes fleuries, dont Apulée couvre les initiés aux m vï--
lères d'Isis , florid-è depicici veste couspicuus. Forster,
l.aitlitr, llouelle n'ont \n\ reconnaître dans le byssus le
t.'uvel des chèvres du Tb.ibct, parce que de leur tt-ius on. ne
SUR LE lilSSlJS DES A>iCIENS. 251
le connaissait pas; et ils se sont rejetés sur le coton,
faute de mieux, quoiqu'ils eussent bien du s'aperccToir
que ce duvet, originaire des contrées où le byssus était si
recherché, ne pouvait pas être lui-même l'élément de cette
étoffe si précieuse. Quant, aux contradictions et à l'igno-
rance des anciens sur cette matière , elle ne doit pas nous
surprendre. Aurions-nous été nous-mêmes plus instruits
qu'eux, sans les découvertes de la géographie moderne; et
savions-nous au juste, il n'y a pas bien long-tems encore ,
si ce duvet était un poil de chèvre , de mouton ou de
chameau? D. J. M. Hesry,
Membre de plusieurs sociétés littéraires.
v^'V^w^t^^'\'^v\v*%'vv*
Observation sur la dissertation gui précède.
Quelque ingénieux que soient les raisonnemens de
M. Henry, son opinion semble de la nature de celles qui
peuvent être controversées avec succès. En effet, plusieurs
d'entre les passages qu'il cite paraissent indiquer que ce
hyssus était une substance végétale.
Il existe, sur les bords septentrionaux de la mer Cas-
pienne, une espèce de Clématite ou à^Asclépiade pro-
duisant un duvet fin, soïeux, d'une éclatante blancheur et
susceptible d'être filé. On a récemment tenté de le mêler
avec du coton , et il en est résulté des tissus très-beaux ,
quoique légers et peu solides. Sans doute, ce n'est point là
le byssus; mais ne serait-il pas possible qu'une matière
d'une nature analogue eût autrefois été transportée de
l'Inde en Europe, et qu'on l'eût employée à fabriquer les
étoffes dont il est question dans la dissertation de M. Henry ?
Que les anciens connussent le duvet de cachemire, <t
qu'ils en fissent usage pour fabriquer les manteaux et h s
draperies qui ornent et accusent si bien les contours du
252 SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ.
corps humain, c'est co qu'il est difficile de réyoquer en
doute. L'aspect de plusieurs statues antiques concourt ;i
accréditer cette opinion. Mais quel nom donnait-on à cette
précieuse matière ? C'est ce qu"il n'est pas aussi aisé de
décider.
Aujourd'hui, les Turcs et les Persans l'appellent ////iyt,
c'est-à-dire, très-probablement, thibètique. Chez les Kir-
ghis, les Kalmoucks et les Arméniens de Russie, elle porte le
nom de tibetj nom duquel il ne serait pas impossible (avec
un peu de goût pour les étymologies douteuses) de faire
dériver notre mot français duueLj attendu la fréquente mu-
tation du t en d et du b en v, dans les langues orientales,
comme dans les langues européennes. Il serait curieux,
au surplus, d'examiner si le mot byssiis lui-même existe dans
la langue thibétaine , et, dans ce cas, ce qu'il signifie. Des
recherches dirigées dans ce sens ajouteraient peut-être
un nouveau degré de vraisemblance aux conjectures de
M. Henry, et tendraient à éclaircir une question digne f.
sous plusieurs rapports, d'exciter l'attention des savans.
{Note communiquée paj- M. JjirBERT. )
«A/W'\'V%'\X'V'\-><V1/V%
NOTICE
Sur le Conseil DE sALLURixi, établi près la Préfecture
de police de Paris.
M. **• venait d'être promu à une place dont il senlait toute
l'importance :« Que vous êtes heureux! lui dit un homme de
bien, un philosophe, un vrai philantrope enfin. Que vous
êtes heureux , et que j'envie l'une de vos attributions ! Levée
d'hommes, levée d'impôts, exercice de la justice crimi-
nelle; tous ces actes du gouvernement, nécessaires à la
vie du corps social, «ont accompagnés de rigueurs inévi-
tables. Magistrat chargé de la sArcté publique, vous n'avez..
SLR LE COÎ^SEIL DE SALUBRITE. 253
vous, que du bien à faire, et votre seule étude doit être,
lie le faire le mieux possible.»
Le magistrat, nous l'avons dit, connaissait l'importance
des fonctions qui lui étaient confiées; H savait donc qu'on
ne peut que gagner à écouter les réflexions, ou, si l'on
veut, les rêveries d'un homme bien intentionné et pénétré
àe son sujet. « Vous m'obligeriez, dit-il à son ami, si tous
vouliez me développer.... — Ce que vous savez mieux
que moi. — Je a'ai pas cette prétention ; mais alors même
je me rappellerais ce que je vous ai entendu dire plus
d'une fois : que, si vous pouviez obtenir d'un ami qu'il
exposât devant vous, avec quelques détails et comme lui
appartenant, le plan et les idées d'un ouvrage dont vous
lui auriez confié le manuscrit, vous seriez sûr de recom-
mencer votre travail avec un avantage immense.
— Je vous obéirai donc, et ce sera avec d'autant plus de
satisfaction que nous ne pourrons faire un pas sans recon-
naître et bénir les bienfaits d'une civilisation perfectionnée.
C'est peu que, dans une carrière si vaste, elle vous envi^-
ronne de moyens de succès, proportionnés à l'étendue de
vos devoirs : c'est elle qui vous ouvre la carrière , puis-
qu'elle seule a enfin assigné au peuple, dans la société, une
place qu'il n'avait jamais occupée auparavant.
Tenir les sujets dans une soumission muette, en tirer le
plus d'argent possible, et, pour faire la part de la gloire,
les instruire à aller, au profit du chef, piller et égorger leurs
voisins ; voilà ù quoi se réduisent les combinaisons du
gouvernement, sous un despote asiatique ou sous un sei-
gneur féodal , combinaisons d'autant plus simples , que
les mêmes individus peuvent au besoin servir de ministres,
de juges et de bourreaux. Ne parlez point là, pour les
sujets, de mesures sanitaires. Trop heureux de servir leur
sublime maître, qu'importe qu'il:? meurent, pourvu ([i:i^
25A SIR Ll^ CONSEIL DE SALIBRITÉ.
les survivans envoient les n'.C-mes sommes au trésor, le
même nombre de recrues ù l'aruiée ? Voilà l'ordre de
( ho^es auquel certains hommes , moins éioignés de nous
que les contrées de l'Asie et les tems féodaux, ne seraient
pas fâchés de nous conduire.
A la longue cependant, on s'éclaire; un grand politiqot;
fmit par apercevoir que les troupeaux d'hommes, comme
les autres troupeaux, ne diminuent jamais sensiblement
«ans porter préjudice au propriétaire. 11 n'a pas d'ailleurs
partout, comme en Turquie, la ressource du fatalisme
pour étouffer les plaintes d'autrui et ses propres craintes.
Alors commencent les précautions sanitaires , mais toujours
(iiri"-ées dans le même esprit et pour l'intérêt de celui qui
les ordonne. La conservation, le bien-être du peuple, s'ils
ue sont pas tout-à-fait oubliés , arrivent en troisième ou
quatrième ligne; l'intérêt de tous les intermédiaires passe
auparavant; rien de plus légitime.
Le premier médecin du pacha de Innina^ qui probable-
ment ( ainsi que Petitjean des Plaideurs ) compte ijiiel-
que.fois avec son généreux maître , a mis ù ferme la
propagation de la vaccine (i). En payant, du moins on
jouit de cette admirable découverte: l'avidité pécuniaire
est moins pernicieuse que la vanité ! On laissa, il y a cent
ans , se développer avec toute son énergie la terri!)le
peste de Marseille, plutôt que de compromettre l'infailli-
bilité de M. le premier médecin, qui avait nié hautement
que celte maladie fût la peste. En 1M19. S. E. le général
en chef menace de punir, comme coupable de haute tra-
liison, un médecin qui annonce que la lièvre jaune existe
vi:ms l'île de Léon (2); et le neuvième d'une population ,
; 1) Vcjagedans la Cifve y par M. rotiqurville. Tom. T , pa;» 5^3.
^■x) Voyez ;i Jh-i-itc Eiitjdoitdique, Tom.X, pac. 5li r>\.
SUR LE CONSi;iL DE SALDliUTTE. 255
aissée volontairement en proie au fléiui , périt victime du
i'espect dû à S. E. le général en chef.
Rien de pareil n'arrivera sous un gouvernement sage,
et tel que tous aujourd'hui doivent Tètre ou le devenir,
sous un gouvernement en harmonie avec les progrès
do. la civilisation. Entraîné par les principes de cette civili-
sation , lors même qu'il ne le serait point par les siens
propres, il ne voit autour de lui que des hoiumes, des
citoyens. Dans toutes les chances de la vie sociale, il doit
compte de chacun d'eux à l'état; il doit à clmcun d'eux de
concilier avec la sûreté puhliqiie la plus grande liberié in-
dividuelle , le plus grand développement de l'industrie
particulière.
Il ne doit même plus attendre que le mal existe, que
le danger soit imminent, pour réparer l'un , pour com-
battre l'autre ; un mot renferme presque toutes les obli-
gations de la police sanitaire : prévenir.
Plus vous êtes éclairé, plus, j'en suis sûr, vous sentirez
le besoin d'appeler à votre aide les conseils de la science
t't les leçons de l'expérience.
— • C'est mon dessein , dit le magistrat ; c'est mon
devoir. Le teins n'est plus où, pour combattre le fléau qui
a fait si chèrement expier à l'avide Europe le piliagft des
trésors de l'Amérique, on prononçait un bannissement,
so;is peine de mort (i) , contre tous les malheureux qr.i
en seraient atteints et qui n'auraient p:is l'avantage d'être
iHîiirgeois de Paris.
— Le tems n'est plus où un arrêt était rendu contre l'é-
metique par des juges, qui eussent trouvé fort mauvais
que l'on eût fait décider un point de droit par une assemblée
de médecins. Le tcms n'est plus où ces législateurs sans
(i) En i^py.
256 SUR LE CONSEIL DE SALIBRIÏE.
mission proscrivaient l'inoculation (i); où un grand sei-
gneur, digne du titre de citoyen (?,), étit puni par une
lettre de cachet, pour avoir établi que cette pratique salu-
taire diminuait la nmortalité dans la proportion de y 5 à i
Et cela, quand, dans la Sicile à demi-barbare, on jouissait
depuis quatre lustres des bienfaits de rinoculation (3) !
— Pardonnons au passé et bénissons le présent : grâce
au ciel, l'autorité ne croit plus qu'il soit de son honneur de
rester en arrière de plusieurs siècles sur la raison , l'huma-
nité et l'initruction générale. L'esprit de parti , d'ailleurs,
qui, au xvin*, siècle influa, plus qu'on ne le suppose, sur
une opposition si contraire au bel essor qu'avaient pris en
France la philosophie et les sciences naturelles ; l'esprit de
parti sera désormais étranger à toutes les questions de sa-
lubrité publique.
— Je n'en jurerais pas, dit le philantr-ope , depuis que
j'ai entendu deux personnes, très-estimables à cela près,
implorer pour leur patrie les bienfaits de la peste. L'une
voulait seulement diriger la peste dans le chois de ses vic-
times ; je crois bien que je me serais trouvé sur sa liste de
visites j et vous aussi peut-être l'autre, plus large
dans ses conceptions charitables, demandait le retour de la
peste noire .f qui, au xiv' siècle, dépeupla le quart de
l'Europe; ajoutant, comme le légat du pape, au massacre
de Béziers : Dieu connaîtra les siens!
(i) Arrêt du parlement de Paris, S juin i-6ô.
(2) M. le comte de Lauruguais, aujourd'hui duc de Brancas ,
membre de la chambre des pairs. La lettre de cachet l'ut expédiée
contre lui , le i5 juillet 1763.
(3j Le baron Riedesel, voyageant en Sicile, en ijtij, remarqua
que l'inoculation était usitée à Catane , où tUe avait été apportée
vinçt-cinq ans auparavant par des voyageurs grecs. VoyezlA traduc-
tion anglaise de son vojaije, par Forslcr, pag. 120.
SUR LE CONSEIL DE SALUliKITÉ. 257
— Saillies extravagantes, que produit une opinioiî
exaltée et que le cœur désavoue! Revenons à notre sujet;
ma tâche , telle que vous la présentez , se ramifie en des
détails innombrables ....
— Mais tous importans: tous intéressent l'existence de
l'homme en société. Plaisirs, besoins, travaux, industrie,
accidens, maladies, désastres, fléaux de la nature, tout
ce qui remplit les diverses scènes de la vie appelle, sous
le rapport de la salubrité, votre infatigable surveillance.
Quand nous allons chercher dans une salle de spectacle
un amusement conforme aux goûts nobles d'un peuple
civilisé, devons-nous y respirer, pendant plusieurs heures,
un air infect; ou, pour n'être point suffoqués, nous
exposera des variations de température subîtes, et dès-lors
malsaines .3 Vous demanderez à la science comment on
peut aérer convenablement les salles de spectacle. Après
avoir appris d'elle ce que l'on peut faire de mieux pour les
édifices existans , pourquoi ne l'inviteriez-vous point à
s'élever plus haut, et à chercher, pour les édifices projetés,
le secret de se passer de ces moyens secondaires, et, par
le mode seul de leur construction, d'entretenir la pureté
de l'atmosphère, sans en faire brusquement varier la
température ?
—Ne bornons point nos recherches anx salles de spec-
tacles, dit M. ***; rendons-les applicables à tous les lieux
où beaucoup d'hommes sont assemblés: ateliers, temples,
tribunaux, quel que soit le but de la réunion, le problème
reste le même. Il augmente d'importance, si la réunion est
durable , s'il s'agit d'un lieu d'habitation commune. Le
premier exemple, que m'indique sous ce rapport l'intérêt
public, est celui des casetmes. Ne laissons pas s'altérer
dans le repos une santé que le militaire conserve souvent
Tome xi. j7
258 Slil LE CONSKiL DE SALLBRITE.
mieux dans l'activité des camps, au milieu des périls et des
fatigues.
— L'humanité, reprit \e phi/antropp, réclame les mêmes
soins pour ces asiles de douleur, qù la nécessité seule a
droit de retenir l'homme au nom de la loi. II faut des
dépôts de jnendicùé , puisque, moins heureux qu'on ne
l'est à Munich et à Duhlin (i), nous ne sommes pas encore
parvenus à guérir cette plaie honteuse de la civilisation.
Il faut des priions ; . . . mais n'y torturons point l'indigent,
l'accusé, le coupable, par une humidité funeste, par le
manque d'air respirable , par l'émanation de miasmes
meurtriers; et, quand la maladie l'atteint, que les secours
dont il a besoin soient d'autant mieux surveillés, qu'il
ne peut les aller chercher au-dehors, et que, par un triste
effet de l'habitude, il inspire plus de haine et de mépris
que d'intérêt et de compassion aux hommes à qui la loi
confie sa garde et son existence.
— D'autres organes de la loi, dit le magistrat, établiront
(i) Des propriétaires et des négocians de Dublin, réunis en société
de bienfaisance , ont fait les fonds nécessaires pour ouvrir de grands
ateliers aux mendians valides , et un hospice aux nieadians inva-
lides. Quand ces établissemens ont été prêts, les fondateurs en ont
donné avis, par des affiches et des circulaires, à tous les habitans de
Dublin, en les conjurant, au nom du bien public, de ne plus faire
l'aumône dans les rues, mais d'adresser à l'administration de la
société les soeimes qu'ils voudraient consacrer au soulagement des
malheureux. Cet avis , revêtu des signatures les plus respectables ,
et appuyé des motifs les plus convaincans, a fait soudain cesser le»
auniùnes publiques. Les mendians ne recevant plus pour réponse
que ces mots , Allez à la maison de secours , se sont rendus tous
à l'hospice ou aux ateliers. (Extrait d'un rapport de M. i/Mzarrf fils,
membre-adjoint du conseil de salubrité , sur im voyage qu'il a fait ea
Angleterre, en 1818. )
SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. 259
des différences dans le sort des liabitans de ces tristes de-
meures: moi, je ne verrai dans tous que des infortunés;
rien de ce qui les concerne ne doit échapper à mes soins.
Pour leur intérêt et celui de la chose publique, je recher-
cherai à quels travaux utiles et salubres on peut les occuper.
Pour leur intérêt et celui de l'humanité, je m'efforcerai de
les préserver de la négligence des gardiens et de la cupi-
dité des fournisseurs pour l'ameublement des lits, l'habil-
lement, le chauffage, l'éclairage. Ma sollicitude journalière
s'étendra sur leurs alimens. . . .
— Et sur les nôtres aussi. La partie plus compliquée que
difficultueuse des approvisionnemens n'entre point dans vos
attributions; mais par combien de détails s'y rattache la
nourriture quotidienne d'une grande ville! Le choix de l'eau
même n'est pas indifférent : des sources qui la fournissent,
des moyens employés pour la porter au loin , des procédés
mis en œuvre pour l'épurer, dépendent ses qualités plus
ou moins salubres.
Vous avez voyagé; vous avez vu que, dans toutes les
villes , la nécessité de se nourrir de la chair des animaux
oxpose un ou plui?ieurs quartiers à devenir des foj^ers d'in-
fection. L'établissement de grands abattoirs doit remédier
à ce mai; il l'augmentera, au contraire, si la science ne
préside point à leur construction , aux moyens de les aérer
et d'y entretenir une propreté scrupuleuse , et si votre sé-
vérité vigilante ne prévient pas la négligence, toujours si
prompte à laisser le bien tomber en désuétude.
La même sévérité maintiendra dans les marchés l'exé-
cution des ordonnances de salubrité qu'une police éclairée
y introduit. Ce n'est pas seulement la négligence qu'il
faut ici réprimer; c'est l'avidité mercantile, c'est l'insou-
ciance ignorante, toujours prêtes, l'une à livrer, l'autre à
a.'"cepter des aliniens dangereux. Je ne citerai que la iVc-
17 *
560 SUR LE COSiiil. DE SALLBRITt:.
quence des accidens causés par l'usage des champignons,
quand, pour satisfaire une misérable gourmandise, on viole
ou l'on élude les ordonnances de police. Vous ne perdrez point
de vue non plus les boissons, si faciles à altérer d'une manière
dangereuse , ni la pureté des vases et des mesures métal-
liques , où le séjour d'une liqueur innocente peut développer
en quelques heures un poison redoutable. Ce qui, dans tout
ceci, rend votre tâche plus délicate, c'est le danger d'a-
larmer les imaginations par des craintes mal fondées , ou
d'entraver par des précautions superflues un commerce
nécessaire, de tous les jours et de toutes les heures.
A côté du besoin de se nourrir, vient s'en placer un
autre, moins souvent renouvelé, mais non moins impérieux
et souvent plus aveugle dans ses inspirations: l'homme
souffrant ou malade veut guérir. Quand un gouvernement
sage donne à l'étude des diverses sciences médicales les
plus grands encouragemens , il n'a rempli que la moitié de
sa tâche. Combien de malades , dont la santé morale est
aussi dérangée que la santé physique ! Entraînés par le
caprice, l'ignorance, la sotte crédulité, ils s'éloignent du
médecin modeste et circonspect, et courent chercher l'au-
dacieux empirique, armé de ses infaillibles necrets. Démas-
quer et livrer à la vindicte des lois ces charlatans qui
escroquent quand ils n'empoisonnent pas, faire connaître
la vanité ou le danger de leurs remèdes secrets, c'est,
dit-on en certains pays, se placer entre le risque de dé-
plaire à leurs protecteurs et le désir de sauver chaque
année la santé et la vie d'un grand nombre de citoyens.
Une discipline hygiénique doit également présider à la
confection des remèdes avoués par la science, à l'adminis-
tration des bains publics, des bains médicinaux, à la com-
position et au débit des eaux minérales. L'abus se glisse
dans les meilleures choses.
SUR LE CONSEIL DE SALUBRITE. 261'
J'étendrai cette maxime jusqu'au zèle que portent dans
leurs travaux des anatomistes avides d'instruction; les am-
phithéâtres de dissection doivent être stirveillés. Des con-
sidérations , puisées dans la jurisprudence , portent à
désirer la suppression des amphithéâtres particuliers; l'in-
térêt de la salubrité, surtout dans le tems des chaleurs, la.
rend indispensable.
— Une nécessité, aussi bien prouvée que celîe-ci me
paraît l'être, pourra seule, dit le magistrat, me dicter des
mesures prohibitives. II faut que celui qu'elles atteignent
soit contraint, à la réflexion, d'avouer que lui-même les.
solliciterait contre une autre personne. Les progrès des
sciences, les intérêts de l'industrie, les droits de la pro-
priété sont si respectables!
— Voilà dans quelle disposition d'ame vous devrez jour-
nellement procéder à l'examen des diverses professions,
dont l'exercice, incommode ou insalubre, n'en est pas moins,
devenu indispensable pour nos plaisirs ou nos besoins. Il
faut préserver de leurs efforts pernicieux, et l'homme qui
s'y livre , et les hommes dont la proximité des ateliers peut
altérer la santé , compromettre la for^;une , exposer l'exis-
tence habituelle à desdésagrémens intolérables. Ici encore-,
vous voudrez, j'en suis sAr, aller plus loin que de simples
précautions : sans relâche et sans vous rebuter de plusieurs
essais infructueux, vous demanderez. à la science d'assainir '
les professions insalubres.
Il est des objets dont un dégoût fondé éloigne nos re-
gards, dont le voisinage afilige nos sens: une telle délica-
tesse vous est interdite. Les chantiers d'équarrissage, où
l'on retire des cadavres des animaux, tout ce qui peut en-
core servir aux arrs ; les voiries, où s'entassent et pour--
'rissent les immondices d'une grande ville; les égouts, ks
{>ui;ar(î.'^, où .«c perdent les eavjx qui ont nettoyé nos rue5.i
262 SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ.
et nos cours; les fosses d'aisance publiques ou particulières,
tous ces étabiissemens dont on ne peut se passer, de-
TÎennent éminemment malfaisans, si des soins bien dirigés
ne président à leur police, à leur entretien, à leur curage,
à leur construction, au choix de leur emplacement. Les
mêmes soins sont nécessaires pour les puits , qui se gâtent
si facilement par des infiltrations, et dont le curage, néces-
sité par l'infection qu'ils répandent et par la qualité délé-
tère que contractent leurs eaus, est une opération assez
délicate pour compromettre souvent la vie des ouvriers qui
l'entreprennent.
Le curage des canaux et des rivières, le dessèchement
des marais, sont commandés par les besoins de la navi-
gation et la prospérité de l'agriculture. Ils ne peuvent
s'effectuer sans que l'atmosphère ne se remplisse d'exha-
laisons méphitiques, à moins que des précautions sanitaires
n'y président constamment.
Si l'on néglige ces précautions , ou si l'on ne peut les
opposer à des inondations soudainement suivies de fortes
chaleurs, on verra se manifester des maladies plus ou
moins intenses, plus ou moins promptes à étendre au loin
leur contagieuse influence. C'est là une cause féconde d'é-
pidémies; malheureusement, ce n'est pas la seule. Trop
souvent, une nature marâtre se joue de notre prévoyance,
et développant à l'improviste une épidémie meurtrière,
ne nous laisse que la triste ressource de combattre , avec
des moyens incertains, le fléau que nulle sagesse humaine
n'aurait pu conjurer.
A côté des épidémies, figurent les épiiooties , dont tes
ravages paralysent l'agriculture, portent la désolation dans
nos fermes et la famine dans nos marches.
On voyait jadis dans l'un et l'autre fléau des effets de la
sorcellerie ou des signes de la vengeance divine. A ces
SUR LE CONSEIL DE SALUBRITE. 26S
opinions décourageantes ont succédé avec avantage les
précautions qui, cernant la contagion, en préservent les
lieux les plus voisins de son centre, et les moyens curatil's
avec lesquels des médecins courageux viennent l'attaquer
de front et lui arracher ses victimes.
Moins meurtrière qu'une épidémie, mais plus effrayante
quand ses ravages deviennent fréquens , l'hydrophobic
prescrit uae police presque cruelle contre le vagabondage
des animaux, dont la morsure la fait naître le plus com-
munément, et l'emploi de secours douloureux, mais effi-
caces, s'ils suivent de près la morsure.
Nous avons rappelé l'arrêt qui proscrivit l'inoculation;
l'autorité n'a point proscrit la vaccine, bien au contraire.
Comment donc se fait-il que vous deviez compter au
nombre de vos devoirs celui de lever les obstacles qui s'op-
posent à ce qu'elle devienne d'une utilité universelle ?
Pourquoi sommes-nous tentés d'envier pour notre pays
Vappalto (s) d'Ali-Pacha, chez les sujets duquel la vacci-
nation est probablement forcée, comme l'était autrefois la
consommation d'une certaine quantité de sel dans les pays
dits à& grande gabelle? Comment la petite vérole existe-
l-el!e encore parmi nous ? quels hommes ont intérêt à
voir leurs semblables victimes de cette horrible maladie?...
— Le magistrat parut réfléchir profondément et garda
le silence. Le pliiUuilrope comprit apparemment sa ré-
ponse, car il continua ainsi: Mettons tout cela, puisqu'il
le faut , sur le compte de scrupules inexplicables. Nous
placerons ces scrupules sur la même ligne que la sévérité
peu éclairée et souvent peu sincère qui , dans un autre
genre de maladies, n'a voulu voir long-tems que le vice
puni par lui-même. Il ne nous est plus permis d'ignorer
'■/; La mise en ferniu de !a vncciiiîitioii.
36A SUR Li- CONSEIL DE SALLBRITÉ.
combien de fois le fruit d'un moment d'oubli a été com-
muniqué par l'hymen à l'épouse irréprochable, à l'enfanl
qui n'avait pas encore vu le jour, ou qui, attaché au sein
nourricier, y a puisé avec le lait un abominable poison. Il
ne nous est plus permis d'ignorer combien de maladie?
constitutionnelles, d'affections meurtrières, ne sont que
des dégénérescences du même poison , modifié et masqué ..
dans sa transmission par deux ou trois générations succes-
sives. Il est du devoir, et il n'est pas au-dessus des forces
d'une autorité éclairée, de combattre le fléau dans son
foyer le plus actif et de rendre la prostitution moins mal-
faisante, en attendant que le progrès des mœurs la fasse
un jour entièrement disparaître.
Je me fais peu de scrupule, vous le voyez, d'arrêter
votre attention sur des détails toujours tristes et quelquefois
repoussans. , . .
—Et vous avez raison : l'aspect des maux do l'humanité
devient moins pénible , quand on s'en occupe pour les
soulager.
—Les accidens, fréquens dans une grande ville, réclament
en faveur des blessés des secours prompts et sagement
combinés: des secours maladroits peuvent si facilement
aggraver le danger et la souffrance! Les personnes sub-
mergées en ont souvent fait la triste épreuve. Vous multi-
plierez d'abord, sinon les prohibitions, au moins les pré-
cautions pour sauver les nageurs et les baigneurs de leur
propre imprudence : mais cette imprudence est telle que,
partout où l'on en observera les effets, on n'hésitera point
à les assimiler à ceux d'une épidémie, pour peu que les
moyens de secourir les noyés et les asphyxiés ne soient
pas nombreux et tenus toujours en état de servir.
Au'terme où tous arrivent par tant de sentiers divers,,
l'autorité n'a point encore achevé sa tâche; s'il convient
SLR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. 265
que les inhumations soient décentes , il est nécessaire
qu'elles soient salubres. L'encombrement des cimetières
exposait autrefois l'ouvrier qui creusait une fosse nouvelle
à entr'ouvrir avec son outil une ancienne sépulture ,
d'où s'élançait une vapeur délétère (i), aussi prompte dans
ses effets que l'arme la plus terrible. On a reconnu et
éloigné ce danger; mais il est encore des mesures de sû-
reté et de convenance qu'on doit prendre dans les exhu-
mations commandées par les recherches de la justice ou
sollicitées par la pieuse affection des familles. Enfin, l'em-
placement d'un cimetière n'est point une chose indifférente,
non plus que la détermination de l'instant où l'on doit
cesser d'en faire usage , et l'emploi des moyens propres à
empêcher qu'en aucun tems il ne répande au-dehors de
putrides exhalaisons.
L'économie politique réclame la publication annuelle
de tableaux de mortalité. La comparaison du nombre des
décès à celui des naissances sert au gouvernement d'avis
et de reproche, ou d'éloge et d'encouragement. Le tableau
des décès de chaque âge fournit à l'administrateur l'élé-
ment de calculs intéressans sur la marche rétrograde ou
progressive de la population, sur la durée moyenne de la
vie humaine dans les divers pays, sur l'évaluation probable
des jouissances viagères, etc. Le physiologiste, à son tour,
les consulte; mais il y cherche des détails plus précis;
elles ne seront complètes à ses yeux que lorsqu'elles lui
apprendront, autant que la chose est possible, à quel
genre de maladie chaque victime a succombé.
— Puisse-t il, dit lemagistrat, y puiser alors, sinon la
certitude, au moins l'espoir de diminuer le nombre des
décès, en prévenant, par le régime et par les moyens
(i) Les fossoyeurs nomment cette vapeur le plomb.
266 SIR LE CONSEIL DE SALUBRITE.
prophylactiques, les maladies dont elles Tauront instiîiit
à prévoir l'invasion.
— Je ci'oirai cet espoir fondé , répondit le piiilantrope y
quand la petite vérole ne figurera plus sur les tableaux de
mortalité.
Une autre maladie y inscrira aussi ses victimes et aflli-
gera le moraliste autant que l'homme d'état : le suicide.
— Votre idée est juste. En mettant de côté les accidens,
dont la plupart seraient prévenus, si les hommes voulaient
se soumettre aux plus simples précautions; une disposition
maniaque, que la médecine peut reconnaître et combattre
jusqu'à un certain point , voilà la cause principale des
suicides.
— Oui ; mais quelquefois aussi une volonté indépen-
dante de l'organisation peut y conduire. Un ancien philo-
sophe voulait qu'on punît par l'infamie le suicide ; je
transporterais volontiers la flétrissure au législateur ou au
gouvernement d'un pays dans lequel se multiplieraient loi
suicides réfléchis.
— Vous seriez sévère. . . .
— Je ne serais pas injuste. On reste où l'on est bien;
l'homme tient naturellement à la vie. Si une disposition
maladive ne vient pas détruire en lui le penchant irrésis-
tible qui porte tout te qui a reçu rexisleuce à se conserver,
croyez fermement que, dans l'cùacation , dans les lois,
dans l'administration, se cache quelque vice secret, dont
les suicides vous montrent le résultat. Non, certes, qu'il
ne puisse exister des douleurs véritablement intolérables,
quand nul espoir ne les soulage : telle est celle de voir
tomber sa patrie sous le joug d'un tyran ou sous le joug
plus humiliant de l'étranger. Mais ces grands désastres ne
sont pas communs , et les auîes capables de les sentir dans
toute leur étendue sont plus rares encore. Hors de là, les.
SUR LE CONSEIL DE SALLBIVITE. 2G7
consoîalioiib et le tems finissent par triompher du chagrin
le phis juste ; le travail ou la bienfaisance viennent soulager
la misère; la mort n'est plus regardée que comme une
nécessité éloignée , et non comme un terme désirable.
J'apprécie, ainsi qu'ils méritent de l'être, les argumens,
les exhortations, les dispositions pénales que l'on oppose
au suicide ; mais je penche à croire que le plus sûr moyen
d'empêcher les hommes de se tuer, c'est de les laisser êîic
bons, de les aider à devenir raisonnables et de les i-endrc
heureux. . . Oh! si la dernière pensée des infortunés qui
renoncent à la vie se pouvait exhaler avec leur dernier
soupir, combien accuseraient les loteries! combien les
maisons de jeu ! combien ....
— Ici le magistrat interrompit son ami , parce qu il
sortait de la question;. . . ou plutôt, par la même raison,
j'interromprai une conversation imaginaire, en avouant
que toutes les idées utiles qu'elle peut renfermer ont été
inspirées par l'étude des travaux du co/iseil de saluhrilè ,
établi près de la pi'éfecture de police de Paris.
Et pour prouver à l'ami de l'humanité que ces idées ne
sont point des rêves philantropiques , pour lui offrir l'espé-
rance de voir le bien s'opérer chaque jour davantage, en
lui montrant par quels moyens faciles on peut y parvenir,
je tracerai l'histoire de cette excellente institution, d'apiôs
les comptes qu'elle-même a rendus de ses travaux à l'au-
torité qui s'environne de ses lumières.
« Avant la révolution (i), la police administrative et
judiciaire, partagée entre plusieurs autorités, n'avait ni
cet ensemble ni cette unité d'action si nécessaires dans
une grande cité. Le ministre de Paris, le lieutenant de
police, le prévôt des marchands, avaient chacun d;ins
(i) Compte rendu des travaux du conseil dj saluùràà pend.int
l'ann€^ ibi 7 , paj"» 2 et 5.
268 SLR LE CONSEIL DE SALUBRITE.
leurs attribulions une partie de la surveillance qu'exige lu
salubrité publique. De là, l'impossibilité d'avoir sous ce
rapport un système complet et une jurisprudence régu-
lière, comme celle que le conseil de salubrité s'efforce
d'établir depuis quelques années.
« La police cependant était fort bien faîte sous M. de
Sarline, sous M. de Breteuil, sous M. Lenoir; mais il faut
convenir qu'elle était beaucoup plus facile à faire. Au
commencement de la révolution, la population de Paris,
suivant les relevés faits par ordre de l'assemblée consti-
tuante, était de 55o,8od habitans ; tandis que le dernier
recensement, fait en 1817, la porte à 713,765 individus.
A la première époque , la consommation journalière en
farine était de i,5oo sacs ; elle s'élève aujourd'hui à
i,S6o sacs. Mais ce n'est pas seulement parce qu'il y a 162,966
individus de plus à Paris que la police est plus difficile,
c'est parce qu'il y a un mouvement beaucoup plus grand
d'affaires. Le blocus continental, en suspendant pendant
plusieurs années tout le commerce maritime, a éveille
l'industrie française, qui a fait les plus grands efforts pour
suppléer aux objets dont le peuple était privé. Le com-
merce intérieur a pris une activité incroyable ; Paris en est
devenu l'entrepôt général Les fabriques et les manu-
factures se sont multipliées; pour e.Tectuer le transport des
matières premièFes et des marchandises, des maisons de
roulage se sont élevées dans tous les quartiers. Les
étrangers abondent de toutes [es parties du globe ; ce
concours immense, ce mouvement continuel, ces travaux si
divers ont dû rendre ks accidens beaucoup plus fréqucti>
et la surveillance plus diflicile.
« En 1802 (i), toutes tes fois que M. le préfet do police
(i) Compte rendu déjà cil i: , page i.
SUR LE CONSEIL DE SALliBRITÉ. i69
avait une décision à donner sur un objet de salubrité il
prenait l'avis d'un médecin , d'un chimiste, d'un agronome
ou d'un chirurgien vétérinaire , suivant l'objet qui fixait
son attention. Cet avis n'était pas toujours demandé à la
même personne ; il n'était pas discuté; quelquefois les con-
sidérations que présentait une affaire exigeaient la réunion
de deux ou trois artistes ou savans , qui formaient une
couîmission temporaire.
« Cette manière de procéder avait des inconvéniens qui
furent bientôt sentis ; et l'un des chimistes habituellement
consultés (M. Cadet de Gassicourt) proposa à M. le préfet
de police la création d'un conseil de salubrité, qui serait
chargé de discuter et de résoudre les différentes questions
que l'hygiène publique fournirait à l'administration préfec-
torale. »
Ce conseil fut institué le 6 juillet 1802 (i). Composé
d'abord de quatre membres , il eut pour attributions l'exa-
men des épizooties, des boissons falsifiées, des manufac-
tures ou ateliers insalubres , puis la visite des prisons et la
direction des secours publics. En 1807, le nombre de ses
membres fut porté à sept; il fut tenu de s'assembler au
moins deux fois par mois. On lui confia la statistique mé-
dicale et la confection des tableaux de mortalité , l'analyse
des remèdes saisis et des vases suspects , l'examen des
marchés, des rivières, des tueries, etc.
Des épidémies se manifestèrent dans les environs de
Paris; les soins assidus qu'elles nécessitaient faisaient
alors partie des altributions du conseil (2) ; on y adjoignit,
en conséquence , deux médecins. Ses attributions prenant
(ly /è/'J., pages4 et 5.
(a) Les soins que récbnient les épidémies sont aujourd'hui du
ressort de la prérocture du H;''partpm<>nt de la Seine.
270 SLR LE CO>'SEIL DE SALUBRITE.
succcPsiveiDent plus (.r^teiidiic , 0:1 ;i clé dans le cas
d'auir'.nenter encore le nombre de ses rucmbrr'S ; il est
aujourd'hui de douze (1). Le conseil s'assemble régulière-
meiii le yendredi de chaque semaine.
A-t-il répondu aux espérances qu'on avait dû concevoir
de son institution ? Il est difficile de ne pas l'affirmer,
«juar.d on voit que ses travaux n'ont cessé d'embrasser, et
toujours avec fruit, le cercle immense que nous avons
tracé. Nous nous bornerons à rappeler les plus importans.
Tels sont l'analyse des différentes eaux que distribuent
dans Paris la pompe ^'otre-Dame, l'aquéduc d'Arciieil et
le canal de l'Ourcq ; la visite et l'approbation motivée
du grand appareil épuratoire de Smith et Guchet; Iv con-
cours aux expérienccb faites sur les moyens de secours
dans les incendies , ayeclcs échelles proposées par MM. Ré-
gnier et Tréchard, et le sac sauveur de M. Daujon; des
tableaux statistiques de mortalité, exécutés tous les ans,
et la rédaction d'une nomenclature nosographiquc des-
tinée à l'usage des médecins d'hôpitaux et propre à don-
ner plus de régularité et de précision aux tableaux par-
tiels de mortalité, dont le tabhan général doit se composer ;
de nombreuses instilutiona sur les champignons véné-
neux (2), la construction des paratonnerres, les précautions
(1) Sous la présidence de M. le prelet de police : ?.î. Bérard,
meure dss requêtes , l'ke-prèsi'leni ; M. Cadet dr Gassicocbt, secré-
taire-rapporteur; MM. J. .T. Lkroux, Deykcx, Hczahd, Dupuvtrkn,
Petit, Pabiset, Dahcet, Marc, Girard; et Kuzard fiis, adjoint.
(a) Uu botaniste est chargé, par la préfecture de police , d'ins-
pecter tous les jours les champignons qu'on apporte aux marchés de
la capitale. On n'y admet que les champignons cultivés, et seulement
quand ils sont nouveaux et peu développés. Depuis que celte me-
sure est en vigueur, il n'y a pas d'exemple que des champignons
achetés à la halle aient causé des accid.ns.
SLR Lî-: CONSEIL J)î: salubrité. 271
.à prendre contre I'liy<'i'ophobie , le eiirag-;; des nuits et
des égouts, les procédés de désinfection et ceux de venti-
lation.
Une occasion s'est offerte pour appliquer en grand la
théorie de la ventilation. Après avoir recueilli , tant en
France qu'en Angleterre, tous les documens nécessaires
sur la construction la plus parfaite des théâtres, le conseil
a communiqué son système à l'architecte qui a entrepris
la nouvelle salle do Vopéra; cet artiste, en conséquence,
a tout disposé pour que l'air se renouvelle dans la salle
sans abaisser la température, et pour que l'on puisse
même régler la température selon la saison et l'affluence
des spectateurs.
Les moyens de secours publics , les brancards méca-
niques, les appareils et bouées de sauvetage, les boîtes
fumigatoires, placés sous l'inspection paiticulière d'un
des membres du conseil ( M. le docteur ilJa/c) , ont été
perfectionnés chaque année , en même tems qu'une ins-
truction précise indiquait la marche à suivre pour rappe-
ler à la vie les noyés et les asphyxiés. Le conseil a pro-
voqué et obtenu l'emploi des chiens de Terre-Neuve,
qu'un instinct admirable instruit à sauver les hommes
submergés; déjà, l'on possède à Paris un certain nombre
de ces utiles animaux , et les occasions ne manqueront
malheureusement pas pour réclamer leurs services.
Le régime des prisons du département et du dépôt de
mendicité devait fixer l'attention du conseil de salubrité.
Tous les ans , a des époques indéterminées, plusieurs de
ses membres ont visité ces établissemens ; ils ont mis
chaque fois sous les yeux de M. le préfet de police les
observations qu'avait fournies ou confirmées l'examen le
plus scrupuleux. Ils ont été assez heureux pour obtenir de
nombreux changemens en bien. Les loo-emens el les infir-
272 SUR LE CONSEIL DE SALUÈRITÉ.
meries des prisonniers ont été assainis, et leur nourri-
ture et leurs vêtemens améliorés; on a supprimé les Ira-
Taux qui altéraient leur santé, et aboli l'usage des cachots
souterrains à la Force et au dépôt de Saint-Denis.
Un dessèchement considérable ^ celui de l'étang de
Coquenard, a été entrepris sous la direction du conseil.
Trois cents ouvriers y ont été occupés dans la saison la
plus malsaine; pas un seul n'est tombé malade. Les mêmes
moyens de salubrité ont été indiqués pour le curage an-
nuel de la rivière de liièvre.
Les plaines de Créteil et de Maisons éprouvèrent plu-
sieurs inondations, auxquelles succédèrent des fièvres
endémiques; le conseil s'y transporta, deux années de
suite, pour indiquer les moyens d'assainissement; et les
autorités locales peuvent maintenant prévenir le retour
de ces accidens; mais, en cette occasion, justement frappé
de l'importance dont seront toujours, dans les épidémies,
la promptitude des secours et l'uniformité de leur direc-
tion, le conseil proposa de créer, pour atteindre ce but,
une ambulance départementale , et rédigea le plan de
son organisation.
Je ne dois point passer sous silence la suppression des
amphithéâtres particuliers de dissection, les réglcmens
faits pour les bains publics et médicinaux et la vente des
eaux minérales, le transport des voiries hors de la ville,
la poursuite et la condamnation d'une foule de vendeurs
de remèdes secrets, espèce d'hommes qui , au mépris de
la loi, ne cesseront de se reproduire que quand, à une
sévérité inflexible pour les réprimer, se joindra, pour les
laire connaître , une telle publicité (i) qu'ils ne pourront
plus désormais abuser personne.
(i) On a observé que les journaux , qui rpudcnt compte si volon-
tiers des actes des tribunaux , se taisent presque toujours sur les
SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. 273
De ces bienfaits, obtenus par le zèle du conseil de salu-
brité, se rapproche naturellement l'établissement, à Paris
d'un dispensaire. Les attributions de ce bureau de consul-
tation s'étendent surtout aux maladies des femmes pu-
bliques. Le nombre des malades qui, en 1800, était dans
la proportion de un à neuf, a graduellement diminué.
En 1816, la proportion n'était plus que de un à vin°-t-
sîx , et, en 1820 , de un à quarante-trois.
Il est des professions (1) et des manufactures dont les
ateliers exhalent des vapeurs incommodes , souvent même
insalubres. Les personnes que le voisinage expose à en
souffrir adressent leurs phiinles à l'autorité, qui les ac-
cueille et charge le conseil d'examiner jusqu'à quel point
elles sont fondées. Les réclamations de ce genre , dans
l'espace de dix-neuf années, sont devenues l'objet de plus
de deux mille rjpporis. Le conseil a conclu à l'éloigne-
ment et à l'isolement des ateliers nuisibles ; et, en votant
la conservation de ceux qui ne méritent point cette rigueur,
il a mis leurs propriétaires sur la voie d'améliorations
propres à atténuer leurs inconvéniens ou à les faire dispa-
raître. Envisageant ensuite, dans son ensemble, ce vaste
sujet, il a présenté au gouvernement, sur la classificatiou
des professions insalubres et incommodes , un travail qui
est devenu la base d'une ordonnance du roi, en date du
1 A janvier 181 5. Ces professions y sont divisées en trois
classes : x" celles dont les ateliers doivent être isolés de
toutes les habitations; :i° celles dont l'établissement, dans
arrêts de ce genre. Ainsi, «n seu/ journal a annoncé la condamna-
tion prononcée successivement par deux tribunaux, contre M. ♦ ♦ ♦
pour avoir vendu, sans titre , de prétendus grains dj santé.
(i) Les vacheries des nourrisseurs appellent fréquemment l'exa-
men du conseil de salubrité.
Tome xi. 18
27A SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ.
le Toisinage des habitations, ne doit être permis qu'autanî
que des précautions légales seront prises pour qu'il n'en
résulte aucune incommodité ; 3° celles qui , sans être
assujéties aux restrictions énoncées, ont besoin, pour
s'établu", d'une autorisation que les localités et les circons-
tances peuvent faire accorder, refuser ou modifier.
Cette ordonnance nous paraît avoir atteint parfaitement
son but. Ce n'est pas seulement le magistrat chargé de
son exécution qui en doit étudier les détails, c'est aussi le
philosophe politique, s'il veut acquérir une idée juste de
cette partie importante et peu connue de l'administration.
Le tems néanmoins y apportera des changemens , mais
des changemens utiles et honorables ; ils seront le fruit
des efforts que la science fait chaque jour pour diminuer
le nombre des professions insalubres. Déjà, depuis quatre
ans, l'opération du sècréiagey qui exposait jadis les ou-
Triers chapeliers à des maladies graves, a été heureuse-
ment modifiée; le conseil de salubrité s'est assuré qu'elle
ne compromet plus la santé de ceux qui l'exécutent, et
qu'on peut dès-lors autoriser, dans les prisons, la forma-
tion d'ateliers de chapellerie.
Feu M. Ravrio avait fondé un prix pour celui qui trou-
verait le moyen de préserver les ouvriers doreurs de la
vapeur pernicieuse du mercure , sans nuire à la précision
et à la perfection de leur travail. Le problème a été com-
plètement résolu par un membre du conseil de salubrité,
M. Darcet.
Dans un grand nombre d'ateliers, le conseil a introduit
l'usage salutaire des ïoumetun^ fumivores. Il a indiqué
aux fabricans de bleu de Prusse des appareils propres à
neutraliser le dégagement du gaz hydrogène sulfuré. Il a
donné aux hongroyeurs le moyen de passer leurs cuirs en
ïuif, sans exposer les ouvriers à être asphyxiés par la va-
SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. S75
peur du charbon. Il a rectifié les appareils employés pour
ia carbonisation du bois et pour la distillation des eaux-
d^-yie de pommes de terre. Il a introduit des améliora-
tions considérables dans les fabriques d'acides et de pro-
duits chimiques, dans les raffineries de sucre, les fonde-
ries de suif, les amidonneries, les savonneries elles fa-
briques de soude artificielle. Enfin, il a obtenu de la mu-
nificence de M. le préfet de police les fonds d'un prix
pour le perfectionnement de l'art de la bojauderie. Le
concours est ouvert, et déjà il a conduit à i'inventioo du
perfectionnement demandé.
Chacun des membres qui composent le conseil de salu-
brité est astreint, par les places qu'il occupe ou la pro-
fession qu'il exerce , à des occupations qui sembleraient
devoir l'absorber tout entier; chacun d'eux consacre les
courts instans de son loisir à des travaux scientifiques (i),
que plus d'une fois le public a été dans le cas d'apprécier.
Comment donc ce corps peut-il faire autant et aussi bien?
Tel est le fruit d'une organisation sage. Tel est surtout
l'effet de cette philantropie qui échauffe toute ame hon-
nête, et que développent encore, en rendant sa marche
plus sûre, l'accroissement des lumières et l'activité morale
qui en est la conséquence : noble sentiment, dont jamais,
en France, un magistrat ne secondera l'essor, sans être
bientôt récompensé de ses soins par les résultats les plus
brillans et les plus avantageux.
Pénétré de cet espoir légitime , et bien certain que le
(ij M. Cadet de Gassicourt doit incessamment publier un Traité
de police hygiénique , ou de salubrité publique. On ne peut qu'au-
gurer favorabfcment d'un ouvrage où l'auteur a consigné les fruits
de dix-neuf années d'expérience dans la place laborieuse de secré-
taire-rapporteur du conseil de salubrité.
18*
576 SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ,
chef du conseil de salubrité et ses membres pensent
comme moi, que l'on n'a pas lait assez de bien tant qu'il en
reste à faire , je me permettrai d'offrir à leur zèle quel-
ques problèmes à résoudre.
1° Après aroir assaini les boucheries par l'établissement
des abattoirs^ pourquoi n'en pas faire disparaître les scènes
de cruauté, toujours révoltantes, et quelquefois accompa-
gnées de dangers? Il ne s'agirait que de substituer, au
procédé habituellement employé pour abattre les animaux,
une lésion forte et subite à la moelle épinière. On a, je crois,
tenté en ce sens quelques essais qui n'ont pas réussi; cela
arrive souvent aux méthodes contraires à l'usage reçu, et
ne prouve jamais beaucoup contre leur adoption. Le pro-
cédé que nous recommandons réussit constamment en
Espagne, où l'on n'en connaît point d'autre.
2° La police , qui empêche les cimetières existans de
devenir insalubres , ne peut-elle s'occuper, une dernière
fois, de ceux dont elle prescrit la clôture, et ordonner
qu'on y répande avec profusion, dans la saison conve-
nable, les graines d'arbres les plus propres à y prospérer ?
Leur végétation forte et prompte assainirait le sol, en ab-
sorbant ou en épurant les vapeurs que la chaleur et l'hu-
midité en feraient sortir ; elle préserverait pour long-tems
de l'atteinte de la bêche ou de la charrue une terre que
l'intérêt de la salubrité , non moins que celui de la décence,
proclament inviolable. Ces arbres enfln, quand l'homme
pourrait se reposer sous leur abri, mêlant une douce im-
pression de mélancolie i\ la jouissance de leur ombrage,
lui rappelleraient le souvenir des générations éteintes,
dont ils couvriraient les restes; souvenir qui ne serait pas
sans avantage , et pour les sentimens affectueux , et pour
les inspirations poétiques, et pour les hautes leçons de In
philosophie.
SUR LE CONSEIL DE SALIBRITÉ. 277
5° Il est des contrées où l'on regarde le crime et les
habitudes perverses comme des maladies de l'ame , contre
lesquelles échoue rarement l'emploi d'un régime à la fois
physique et moral. Comment n'essaie-t-on pas de natura-
liser en France une idée si bien appropriée à la douceur
et à la générosité du caractère national ? On a plus d'une
fois provoqué l'abolition de la peine de mort : ZQ, serait,
ce me semble , commencer l'ouvrage par la fin , aussi
long-tems que le système des lois pénales ne tendra pas
visiblement à l'amendement et à l'amélioration du cou-
pable, aussi long-tems qu'on n'aura pas supprimé ces
flétrissures , ces réclusions à perpétuité , ces travaux for-
cés qui, loin de corriger un condamné , ne servent guère
qu'à le rendre plus pervers et plus habile dans sa perver-
sité. Un seul moyen d'y parvenir se présente : c'est d'imi-
ter en France V hygiène des prisons de Philadelphie (i).
Les membres du conseil de salubrité, qui portent fré-
quemment dans les prisons le regard observateur du phy-
siologiste et celui du philantrope , peuvent provoquer à
cet égard une première tentative ; elle serait peu coûteuse;
et, en supposant qu'elle ne réussît pas immédiatemept ,
les coupables sur qui elle aurait échoué n'en sortiraient
pas plus méchans qu'ils ne le sont, après une année de
(i) Des prisons de Philadelphie, par M. de la Rochefoucault-
Liancourt ( in-8°. Paris , an IV.) Turnbull , Visite à la prison de
Philadelphie , traduit par M. Petit-Radel ^in-S". Paris , 'an VIII. )
On lira aussi avec fruit les Notes recueillies en visitant les prisons
de la Suisse , etc. , par Francis Cunningham ( in-8°. Genève , 1820.)
Enfin, dans la cause de l'humanité, on nous excusera peut-être, si
nous rappelons que l'idée de faire du régime des prisons un véritable
traitement moral a été développée avec quelque étendue dans un
ouvrage intitulé : Des rapports de la médecine airec la politujue ^
par Eusèbe Salverte (^in-12. Paris, 1806 J. pag. f\'[-%i.
278 SUR LE CONSEIL DE SALUBRITE.
séjour à Bicêtre ou aux galères. Et si elle réussissait? . »
Celui qui, d'un ennemi de la société, parviendrait ainsi
à faire un homme bon et utile , ne mériterait-il pas bien'
la couronne décernée, dans une ancienne république, à
celui qui avait sauvé la vie d'un citoyen ?
En formant de tels vœux , je ne prononce pas sur la
facilité de les réaliser. Pour hûter ce jugement, pour ac-
croître cette facilité, puisse le conseil de salubrité voir
s'agrandrir encore le cercle de sa bienfaisante influence!
Depuis 1817, il a publié chaque année un Rapport général
de ses travaux (i) , et M. le préfet de police vient de l'au-
toriser à faire insérer, dans les Annales de V industrie na-
tionale et étrangère (2), les Rapports particuliers, dont la
publication lui paraîtrait avantageuse. C'est un pas impor-
tant : la publicité est amie de l'industrie comme de la
justice et de la vérité; mais l'institution elle-même pour-
rait être conçue dans un plan plus vaste. La véritable
place du conseil de salubrité ne serait-elle point près du
ministre de l'intérieur, d'où il correspondrait avec les pré-
fets qui, dans chaque département , auraient près d'eux
une institution analogue ? Alors les travaux faits pour la
capitale serviraient pour toutes les parties du royaume;
alors, en épargnant le tems et l'argent que la divergence
des diverses autorités force à dépenser, on ferait tout plus
(1) Notre exposé des travaux du conseil de salubrité est extrait
presque textuellement de ses quatre Rapports , et de renseignemens
sur les années antérieures à 1817, que nous devons à la complaisance
de M. le secrétaire-rapporteur.
(2) Annales de l'industrie nationale et étrangère^ ou Mercure
technologique , par MM. Lenormand et De Moléon. ( Paris, Bache-
lier, libraire , quai des Augustins , n" 55. ) Ce recueil , annonce
avec éloge dans la Rei-iie Enyclopèdique . se compose déjà de
quatre volumes in-8".
SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. 279
vile, ù moins de frais, et avec cet enseuible précieux qui
double la valeur des opérations administratives.
Le Conseil de salubrité compte dix-neuf années d'exis-
tence : il n'est donc pas difficile de prononcer si l'amélio-
ration proposée ne serait point, de la part du gouverne-
ment, un véritable bienfait.
Peut-être se décidera-t-on quelque part pour l'affirma-
tive, si, comme il est permis de l'espérer, cette estimable
institution compte un jour, en Europe, de nombreuses
rivales (i). Exjsèbe Sal-verte.
N. B. Les attributions du Conseil de salubrité embrassent dans
leur ensemble les objets qui intéressent le plus la santé et la sûreté
publiques , la civilisation et l'bumanité. Tout fait espérer que des ins-
titutions analofi^ues seront successivement naturalisées dans toutes les
contrées de l'Europe. Si les bommes éclairés et pbilantropes , qui
doivent être appelés à former de semblables conseils, établissent entre
eux, sur quelque point du globe qu'ils soient placés , des échanges
mutuels de leurs observations , de leurs v riences et des amélio-
rations qu'ils auront pu introduire dans les différentes parties de la
police sanitaii-e et de l'hygiène publique, ces communications ne
tarderont pas à faire jouir chaque grande ville et chaque nation des
avantages qu'une seule ville ou une seule nation aura d'abord obtenus.
La Reloue Encyclopédique , dont l'un des principaux objets est d'of-
frir un moyen régulier et centi al de communications et d'échanges
entre les hommes qui s'occupent de vues utiles, recevra avec recon-
naissance et s'empressera de publier tout ce qui concerne les moyens
d'améliorer la sûreté et la santé publiques, dans tous les pays où s'é-
tendent ses relations ; et ses correspondans sont invités à rechercher
particulièrement et à lui transmettre les détails de ce genre qui leur
paraîtront d'un intérêt général, dans les lieux qu'ils habitent ou qu'ils
ont l'occasion de visiter, (^o/. ci dessus, Tom. Il, pag 062, Tom. IV,
pag. 286 et suiv.) M. A. J.
(1) La Société d'humanité de Londres ( The royal humane So-
cietj ) a le même hiit que le Conseil de salubrité. Elle vient de pro-
poser à celui-ci une communication réciproque des travaux des deux
institutions ; son offre a été acceptée avec empressement.
»,V\VVV\VVl\»iV\\l\*\VV^\\VVi%.VVVVV%'\l\.%\%,VV%*VVVfcV\"VVV\*V\%\\'»%\V\l\»%'fc'\*VV»
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Mémoire sur la digie de Cherbourg , comparée au,
Breahvater, ou jette de Pljmoutk , par J. M. F. Ca-
CHiN , inspecteur général des ponts-et- chaussées ,
officier de la Légion- d'Honneur, etc. (i).
C'est avec bien de la raison que Pline le jeune a dit :
major è longinquo reverentia. Au physique comme au
moral, cette maxime trouye chaque jour de nombreuses
applications, et j'en apporterai pour nouvelle preuve
l'ouvrage que je vais examiner. Quelle célébrité n'a-t-on
pas donnée à ces inutiles pyramides, à ces fastueux et
gigantesques monumens de l'orgueil d'un despote, qui,
suivant l'énergique expression du malheureux Legouvé ,
D'un vain poids apris lui fatigue encor la terre ?
Et cependant, sous nos yeux, pour ainsi dire, un monument
plus utile, presque aussi vaste et non moins étonnant,
a été construit dans les immenses profondeurs d'une mer
orageuse, et pendant les tempêtes plus terribles encore
peiit-être des guerres civiles et étrangères ! A peine dai-
gnons-nous jeter un regard sur les résultats d'une aussi
prodigieuse entreprise , quand ils nous sont offerts par le
savant ingénieur même qui a eu l'audace de l'exécuter!
Et l'homme aussi a dit à l'Océan : Tu viendras jusqu'ici
et tu niras pas plus loin; il a posé, à une lieue du
(i) Paris, 1820.— In 4" àv. 85 pages avec planches. Imprimerie de
Firmin-Didot.
SCIENCES PHYSIQUES. 281
rivage, une vaste et immuable barrière, contre laquelle
vient mugir, se briser et s'éteindre toute la rage des flots
impuissans.
Depuis long-tems , le gouvernement avait senti la né-
cessité de créer un port militaire dans le canal de la
Manche. Les débris des vaisseaux qui périrent dans le fu-
neste combat de la Hougue (1692), s'élèvent encore pour
accuser la négligence de ceux qui n'avaient pas songé à
leur assurer une retraite (i). « La baie de Cherbourg,
dit M. Cachin, parut la position la plus favorable à cette
destination. En elïet, sa situation très-avancée sur la route
des vaisseaux offre toutes les facilités désirables, soit pour
surveiller les mouvemens de l'ennemi, soit pour inquiéter
ses convois, soit enfin pour rassembler tous les détails
nécessaires à une grande expédition maritime. »
Celte rade, d'une excellente tenue, est également favo-
rable à l'arrivée et au départ des vaisseaux de presque tous
les airs de vent et dans tout état de marée. Elle comprend
un mouillage d'une vaste étendue; elle est susceptible de
toutes sortes de moyens d'attaque , de protection et de
défense; elle réunit enfin, sous les rapports militaires et
maritimes, tous les avantages qui peuvent influer sur le sort
de nos forces navales et de nos relations commerciales.
Divers projets furent successivement formés et aban-
donnés presque aussitôt. Cependant, on proposa d'échouer
quatre-vingt-dix caisses de forme conique, tronquée de
i4o pieds (45 mètres 5o centimètres) de diamètre à la
base, sur 60 pieds ( 19 mètres 00 centimètres) de hauteur
verticale. On devait ensuite les combler en pierres sèches,
etj les liant avec des chaînes de fer, clorre ainsi la partie
(i) On voit encore au Cap la Ilougue des carcasses des bàtimens
coulés pendant et après le combat.
282 SCIENCES PHYSIQUES.
ouverle de la rade. Ce système, séduisant par l'économie
qu'il présentait et par la simplicité de son exécution , fut
bientôt reconnu impraticable.
On convint alors qu'il follait verser, dans toute l'étendue
de la partie que l'on devait fermer, des masses de pierres
considérables , et l'activité des travaux fut telle , qu'à la
un de 1790, le volume des matériaux versés s'élevait à
deux millions six cent soixante - cinq mille quatre
cents mètres cubes, et occupait une étendue de 3,898 mè-
tres, sur uhe largeur de quatre-vingt-dix pieds (29 mètres
25 centimètres); mais l'expérience fît connaître bientôt
que les dimensions des pierres employées à ce travail
n'offraient aux efforts continuels de la mer qu'une faible
et inutile résistance. Il fallut employer des blocs de i5
à 20 pieds (5i à 69 centimètres) cubes , que l'on arrachait
des flancs de la montagne du Roule, et qu'une multitude
de bateaux construits pour ce travail allait porter à leur
destination. Il faut lire, dans le mémoire même, les dé-
tails de cette opération dont on conçoit toute la difficulté ;
nous nous bornerons à dire qu'en peu de tems , la digue ,
revêtue de ces masses de rochers , opposa une force suf-
fisante aux coups de mer qu'elle devait arrêter.
Lorsque la digue, vers la fin de i8o3, eut été élevée
à 9 pieds (2 mètres 92 centimètres) au-dessus des plus
hautes marées d'équinoxe, le gouvernement résolut d'y
établir une batterie dont on avait depuis long-tems re-
connu la nécessité pour protéger les passes est et ouest de
la rade.
En i8o4, les travaux furent continués avec beaucoup
d'activité. Soixante bâtimens furent employés journelle-
ment au transport des matériaux , et seize bouches à feu
furent ajoutées à celles qui se trouvaient déjà sur le fort.
Les années suivantes, quelques orages occasionnèrent
SCIENCES PHYSIQUES. 283
de légers dégâts; mais, le 12 février 1808, une tempête
effroyable s'éleva, renversa les épaulemens de la batterie,
enleva les canons pom- les porter à une grande distance
de leur place et causa de grands malheurs. Si les effets de
cet ouragan furent déplorables sous beaucoup de rapports,
ils eurent du moins l'avantage de donner à la digue la forme
plus convenable à sa solidité; les blocs énormes qui en
formaient le recouvrement furent bouleversés, pressés et
disposés sur de nouvelles pentes avec une telle régularité ,
qu'ils semblèrent avoir été cimentés par la main des
hommes.
« Le principal effet de cette tempête , la plus violente
dont on ait conservé le souvenir, fut de consolider l'ou-
vrage, en mettant un dernier terme au déplacement des
matériaux dont il avait été formé. Ces enrochemens ont offert
depuis ce tems l'aspect d'une plage naturelle de rochers ,
sur lesquels les varechs croissent et se multiplient , de
manière à offrir la preuve incontestable d'une stabilité par-
faite , et qui ne pouvait être que le résultat d'un ébranle-
ment général et tout-à-fait extraordinaire.
« La reconnaissance qui fut faite à cette époque de la
nouvelle configuration que la mer avait attribuée aux en-
rochemens , confirmée par toutes les vérifications ulté-
rieures, a fait connaître que /es digues, aiitsi construites et
exposées à l'action de la mer, affectent, entre leur sommet
et le sol sur lequel elles reposent, quatre talus entièrement
diffèrens , dont l'inclinaison parie en raison de la violence
des flots et de la durée de leur action , aux divers degrés
d'ascension et d'abaissement des marées. »
M. Cachin donne les résultats des observations qui ont
conduit à cette règle générale , inconnue jusqu'à ce jour,
et qui sera du plus haut inléièt pour les ingénieurs qui
28A SCIENCES PHYSIQUES.
auraient désormais ù entreprendre des constructions sous-
marines.
Après avoir présenté le tableau des matériaux employés
et des sommes dépensées (elles s'élèvent à 20,968,936 fr.),
des matériaux à employer et des sommes à dépenser
encore pour que l'ouvrage soit entièrement terminé , le sa-
vant auteur du mémoire fait connaître les plans qui restent
à exécuter, et il passe à une seconde partie qui intéresse
éminemment l'honneur national, puisqu'il s'agit de la
comparaison de la digue française avec un ouvrage du
même genre construit à Plymoulh, par les Anglais, Nous
donnerons d'autant plus d'étendue à l'analyse de ce second
chapitre, que les rédacteurs de V Encyclopédie Britannique,
trompés par les renseignemens erronés sans doute qu'ils
ont recueillis sur les travaux de Cherbourg, n'ont pas
craint de comparer les entreprises des deux nations, et
d'avancer que la manière simple etexpéditive avec laquelle
le breakwater (jetée de Plymoulh) avait été construit,
offrait un contraste curieux avec la multitude d'employés,
le tems et l'ostentation que l'on a mis à la conduite des
travaux de Cherbourg. Citons leurs propres expressions :
« The small establishment and quick vianner ivith which
this great work has heen carried on,form a curious con-
trast with ihe multitudes employed on ihe hreakvvater of
Cherbourg, the time occupied by that undertaking and
the parade and ostentation with which itwas conducted.yt
(Année 1817, pag. A58. — ^r/zV/?.) — Les mêmes rédacteurs
ne craignent pas d'ajouter: «^ very considérable part of
expence might haçe been saved by dispensing altogether
u-ith the cônes, ail of which bursfj as might hai'e been ex-
pecied^froni the superincumbent weight ofa deep coloumn
of water pressing the stcnes within against their sides. »
SCIENCES PHYSIQUES. 285
a Une partie tiès-considérable de la dépense aurait été
épargnée, si l'on s'était abstenu de construire des cônes
qui crevèrent tous, comme on devait s'y attendre, à cause
du poids énorme de la colonne d'eau qui pressait les pierres
sur les parois, dans l'intérieur.»
Quoi ! c'est dans le pays qui a donné naissance à Newton
et qui possède encore ses Davy, ses Rennie, ses Tedford
et tant d'autres hommes célèbres; c'est dans un des prin-
cipaux recueils scientifiques, c'est sur la terre classique de
l'Ecosse , qu'un écrivain , ignorant les premiers principes
de l'hydrostatique, en jugeant et en critiquant avec beau-
coup de sévérité un des plus beaux monumens qui soient
dus au génie de l'homme, ne craint pas d'avancer que la
pression exercée verticalement par une colonne d'eau est
plus forte que la résistance latérale opposée par une co-
lonne d'un plus grand volume! ... Ce fait suffirait seul
pour donner une idée de l'article que nous réfutons ; mais
comme chaque jour les découvertes françaises sont en
butte à des attaques aussi peu fondées, nous allons suivre
le savant Anglais dans ses calculs. Nous venons de voir que
d'après lui le break water de Plymouth a été exécuté d'une
manière plus économique que la digue de Cherbourg. Eh
bien! M. Cachin prouve jusqu'à l'évidence que l'ouvrage
anglais a coûté 16,491 fr. le mètre courant, tandis que
l'ouvi'age français, pour le même volume , n'a coûté que
8,717 fr., c'est-à-dire à peu près moitié moins. Cependant,
les difficultés qu'on avait à surmonter de part et d'autre
n'étaient nullement comparables. A Cherbourg, on créait
un monument entièrement nouveau ; à Plymouth, on
imitait un ouvrage déjà fait, et l'on profitait deà leçons inap-
préciables de l'expérience: à Cherbourg, il fallait travailler
sur une côte qui n'était presque pas abritée; à Plymouth,
on élevait dans une rade déià très-bonne dans son état na-
286 SCIENCES PHYSIQUES,
turc 1 : A Plymouth, il ne fallait qu'une digue de peu d'é-
tendue; à Cherbourg, on avait à fermer un espace quatre
fois plus grand : enfin, à Plymouth, le rocher d'où l'on tirait
des matériaux très-commodes touchait au rivage, tandis
qu'à Cherbourg la montagne du Roule, d'où il fallait arra-
cher avec peine des blocs de grès très-durs et quartzeux,
est à une certaine distance de la mer.
Que devient donc maintenant, je vous le demande, cet
or"-ueil britannique que vous vous complaisez à étaler avec
si peu de ménagement ? que deviennent surtout ces plai-
santeries amères et insultantes que vous prodiguez aux
Français avec tant d'arrogance ? Vous le voyez, nous n'a-
vions pas cherché à tirer avantage de l'immense supériorité
de nos travaux sur ceux de vos ingénieurs, et vous voulez
nous forcer à le faire. Nous n'avions pas parlé de cette fré-
gate si peu digne du nom qu'elle portait, qui vint inso-
lemment troubler nos travailleurs et fut prise par deux de
nos petites barques canonnières (i); mais, puisque vous vous
éo-ayez si bien à l'occasion des fêtes dont notre digue a été
l'objet, vous nous obligez à vous rappeler que cette fête-là
nefutpas la moins agréable, et que, cette fois, ce ne fut pas
la France qui en paya les frais. « Cessez donc, vous dirai-je
avec M. Cachin , cessez ces rapprochemens envieux , ces
comparaisons chagrines que le vrai talent ne saurait avouer
et qui ne peuvent ajouter au mérite des uns, ni rabaisser
le mérite des autres. Si l'Angleterre a des ingénieurs ha-
biles, la France a aussi les siens. » Partout vous trouverez
cette France, non votre jalouse rivale, mais toujours votre
émule, et quelquefois même votre modèle. Ses malheurs
(i) La frégate anglaise la Minerue fut prise sur la rade de Cher-
bourg par les deux canonnières, la Chiffone et la Terrible, capit.
l,écolier et Petrée.
SCIE^'CES PHYSIQUES. 287
n'ont pas abattu sa fierté ; elle vous propose Je marcher de
concert à la tête de la civilisation européenne, mais elle
fera tous ses efforts pour ne jamais vous laisser prendre
le premier pas. Pourquoi donc ces insultes journalières à
nos découvertes, à nos arts, à notre agriculture? pourquoi
chercher à entretenir de basses rivalités et d'odieuses
haines entre deux peuples faits pour s'estimer ?
Il ne me reste qu'un mot i\ dire sur le travail de
M. Cachin, c'est que son intéressant ouvrage n'est qu'une
partie de celui qu'il nous promet sur les travaux de Cher-
bourg. «Quelque considérables que soient ceux dont nous
venons de rendre compte, ils ne forment, dit ce savant
ingénieur, qu'une partie tout-à-fait accessoire et distincte
de ceux qui ont été projetés, et dont l'exécution est déjà
très-avancée , pour créer sur cette partie de nos côtes le
plus vaste et le plus complet des établissemens de marine
militaire. Cette importante création devait être tout en-
tière l'ouvrage de l'art ; elle offrait des difficultés dont on
aurait vainement cherché des exemples dans les monumens
des anciens et dans les travaux des peuples modernes. La
difficulté de les surmonter fut long-tems l'objet du doute
et de l'incertitude ; mais elle a cessé d'être problématique.
Ce nouveau port existe; il a été ouvert à l'océan dès le
mois d'août i8i3, et depuis ce tems la marine royale est
en possession des principaux avantages que l'on s'en était
promis.
« Les procédés nouveaux, les moyens extraordinaires
dont l'heureuse application a assuré le succès de ces tra-
vaux, ont entièrement disparu; il n'en reste plus de traces
que dans le souvenir de ceux qui en ont été les témoins.
S'il peut paraître utile aux progrès de l'art d'en conserver
la tradition, nous considérerons comme une obligation de
faire connaître l'ensemble et les détails de cette immense
entreprise , de décrire la configuration , l'étendue , les
288 SCIENCES PHYSIQUES.
moyens d'extcution de ces constructions hydrauliques, éle-
vées en granit, du sein d'une mer orageuse, avec tous les
caractères de la plus rare magnificence , de la plus parfaite
solidité, et dont les fondemens reposent sur des masses de
rochers qui offraient naguère le spectacle des écueils les
plus dangereux , là où l'on voit maintenant un port vaste
et profond, également propre à la construction et au ra-
doub, à l'armement et ù l'expédition; un port, où les
vaisseaux du plus haut rang accèdent dans tous les tems
sans nul obstacle, et stationnent avec sûreté, constamment
à flot dans tout état de marée; un port enfin qui, par sa si-
tuation, par la facilité de ses abords, par la régularité et
la convenance de ses dispositions, offre toutes les pro-
priétés que l'on peut désirer et que l'on ne trouve réunies
dans aucun des établissemens du même genre, que le génie
des arts a consacrés à la gloire des souverains et à la sûreté
de leurs sujets. »
Le monde savant attend avec une vive impatience ce
nouveau travail de M. Cachin, qui décrit avec autant d'art
et d'habileté qu'il exécute. C'est l'éloge le plus complet et
le plus juste que nous puissions foire du mémoire que nous
venons d'analyser (i). Edouard G xvt'siz^.
(i) Depuis la rédaction de cet article, quelques Reuues anglaises
ont publié , contre les ouvrages français , des critiques où règne la
plus insigne mauvaise foi. Nous citerons notamment les jugemens
portés sur l'ouvrage de M. Chaptalj et une diatribe violente contre
nos littérateurs et contre nos sa vans les plus distingués. Si ces déplo-
rables excès continuent , quelques écrivains français s'empresseront
de relever l'inexactitude d'une foule d'assertions erronées qui pour-
ront encore faire quelques dupes en Angleterre , mais que les gens
sensés apprécieront à leur juste valeur. Espérons pourtant que nos
confrères d'outre -mer, au nombre desquels se trouvent d'ailleurs
beaucoup d'hommes très-recommandables , nous épargneront cette
tâche pénible, en nes'écartant plus des convenances que tout homme
doit respecter, mais qui doivent être sacrées pour celui qui s'est voué
au cullMe la science et de la vérité.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Principes de la science siorale et politique , ou Ré-
sumé DES LEÇONS DONNÉES AU COLLÈGE D^ÉdIHBOURG ,
par Adam Ferguson , professeur de philosophie
morale; traduit de l'anglais par A. D. (i).
Une tendance impossible à méconnaître porte aujour-
d'hui les esprits vers l'étude des sciences morales et poli-
tiques. Ceux qui ont réfléchi sur la marche des choses
humaines ne voient pas sans espérance la prédilection des
hommes de notre âge pour les études sérieuses. En effet,
tout ce qui tient au domaine de la philosophie doit exercer
l'influence la plus heureuse sur nos facultés intellectuelles.
Ces études trouvent beaucoup de partisans dans la jeunesse
contemporaine, dont le caractère est essentiellement grave
et méditatif. Aussi Montesquieu, Burlamaqui, Vatel sont-
ils entre les mains de tous les jeunes gens, qui pourront
maintenant, grâce aux travaux d'un nouveau traducteur,
profiter aussi des leçons d'un des plus illustres professeurs
de l'université d'Edimbourg.
Ferguson appartient à cette célèbre école écossaise qui
s'honore des noms de Blair, de Robertson, de Hume et de
tant d'autres hommes distingués, dignes successeurs des
philosophes français du dernier siècle. C'est dans les écrits
de Bacon, de Descartes, de Hobbes, de Mallebranche,
qu'ils puisèrent des connaissances qu'ils ont contribué à
répandre, et qui se sont perpétuées jusqu'à nous par les
heureux efforts de quelques élèves de ces grands hommes.
(0 Paris, 1831. 2 vol. iQ-8<=. Kleffer, libraire, rue d'Enfer-Saint-
Michel, n» 3 ( première livraison composée de la première partie
du i" volume). '
Tome xi. 19
290 SCIENCES MORALES
Les Principes de la science morale et politique de Fer-
guson deviendront un ouvrage classique pour ceux qui
étudient le droit naturel .^ c'est-à-dire la science de la mo-
rale. Les connaissances morales forment une série de
règles à suivre dans la conduite de la vie; elles tendent à
nous enseigner les préceptes tracés dans le code des lois
primitives que la nature nous impose ; et le meilleur moyen
pour parvenir à les bien connaître est de s'appliquer à étu-
dier l'homme, en ce qui le distingue des autres êtres
animés. Aussi Ferguson a-t-il commencé son livre par la
description de l'homme et par l'indication de la place qu'il
occupe dans l'échelle des êtres.
Une différence manifeste existe entre la matière inerte
et la nature animale. Les corps doués d'un principe de vie
sont composés de parties diverses , dont les substances
dures, molles, fluides, nerveuses, servent toutes à la vie;
aucune d'elles n'est inutile dans l'organisation animale.
Mais il existe aussi de nombreuses difiërences dans les corps
doués de la vie ; s'ils partagent tous la volonté et la faculté
d'errer librement dans l'espace, tous n'agissent pas d'après
les mêmes principes. Chaque être animé a sa nature par-
ticulière, possède ses organes propres, nécessaires pour
son existence dans l'élément où doit s'écouler sa vie. Doués
de l'instinct de leur conservation, les animaux apprennent
par la douleur ce qui leur est nuisible, et par le plaisir ce
qui leur est salutaire; car la sagesse de leur auteur a voulu
qu'ils ne trouvassent de vrai plaisir que dans ce qui tend à
prolonger leur existence.
Toutes les espèces si variées du règne animal ne sont pas
également destinées à vivre en société; si l'essence des
unes est de partager ensemble les courts momens qu'elles
ont à passer sur la terre, d'autres sont naturellement portées
ii rechercher un genre de vie solitaire et sauvage.
ET POLITIQUES. 291
La nature de l'homme Tappelle-t-elle A vivre en société?
doit-ii être rangé dans la classe des animaux sociables
{gregarii), ou bien laut-il le rejeter parmi les êtres créés
pour tramer une existence sauvage et solitaire ? Cette
question a partagé les philosophes, qui en ont fait l'objet
d'un grand nombre de discussions souvent contradictoires.
La société est un fait, on ne peut la nier; mais les hommes
ont-ils primitivement vécu en communauté? Voilùou réside
réellement la question. Nous citerons le passage même de
Ferguson qui traite de la destination naturelle de l'homme :
« Les uns prétendent, dit-il , que l'espèce humaine,
quoique maintenant unie en société et souvent en paix ,
garde encore les marques d'une condition originaire diffé-
rente , sinon contraire. Pourquoi, dans les états les plus
pacifiques, les citoyens croient-ils nécessaire de se forti-
fier? contre qui emploient-ils ces portes, ces murs ? pour-
quoi le riche cache-t-il ses trésors ? les hommes doivent-ils
craindre le voisinage d'alliés ou d'amis? ou plutôt ne
montrent-ils pas un instinct de ravage et d'hostilité, en
redoutant dans chacun de leurs semblables un voleur ou
un espion , prêt à les dépouiller ou à les dénoncer ?
« Pourquoi le magistrat est-il armé d'une épée, instru-
ment de violence et objet de terreur ? d'où vient qu'il faut
se donner tant de soins pour conserver la paix intérieure et
repousser les invasions? pourquoi ces prisons, cet appareil
de fers, de torture? le bourreau est-il l'anneau principal
de la chaîne sociale ? est-ce pour recevoir des amis que les
frontières sont hérissées de forteresses ? Toutes ces précau-
tions nous donnent plutôt la conviction, qu'au-delà du
cercle où l'homme établit In paix par des moyens factices
il n'y a plus rien à attendre que la guerre. »
« Pour répondre à ces assertions , continue Ferguson ,
admettons que, dans beaucoup de circonstances, la paix de
19*
292 SCIENCES aiORALES
la société soit évidemment forcée, et ne soit maintenue que
par une variété infinie de moyens artificiels.
t( Quand nous jetons un regard sur l'histoire , nous
voyons les faibles devenir la proie du plus fort; ils ont donc
dû se liguer pour la défense commune. La durée de la
confédération ne garantit pas sa tranquillité ; car les parties
sont toujours prêtes à entrer en dispute. La guerre étran-
gère servait, dit-on, à calmer les Romains, en les forçant
à se réunir. Sans cette cause, la hache du licteur eût été
trop faible pour réunir ces esprits inquiets.
« De tout ceci, nous pouvons conclure que les hommes,
quoique naturellement en société, ont le choix du bien et
du mal attachés à leur état ; que les individus sont souvent
disposés à abuser des avantages du voisinage pour troubler
la paix. De là dérivent la nécessité d'un gouvernement et
l'application d'une loi pénale; et, quoique l'homme soit
destiné à vivre avec ses semblables et qu'on puisse , sous
ce point de vue, le ranger parmi les animaux sociables, il
est cependant permis d'avoir une opinion différente. L'in-
dividu , pouvant être un bon ou un mauvais membre de la
société dont il fait partie, doit encourir toutes les consé-
quences d'un choix bien ou mal fait. »
Ferguson examine ensuite quels sont les effets immé-
diats de la société. Ils découlent de deux sources princi-
pales, la faculté de l'homme pour la parole et cette propension
qui l'entraîne vers ses semblables, que l'on appelle socia-
bilité. Mais ces différences ne sont pas les seules qui
existent entre l'être doué de l'intelligence et les autres ani-
maux; les causes morales les éloignent encore plus que les
causes physiques.
L'étude des facultés intellectuelles de l'homme doit donc
occuper le philosophe qui veut s'initier dans la connais-
sance des sciences morales, c'est-à-dire des règles imposées
ET POLITIQUES. 293
à toul être pensant par sa propre nature, et que pour ceLa
on doit appeler di^oit naturel.
La première observation qui s'offre à la pensée de celui
qui recherche quelles sont les sources primitives de l'incli-
nation dans la nature humaine , c'est que l'homme n'est
pas guidé dans ses actions par un mobile instinctif et indé-
pendant de sa propre volonté. Il est évident qu'on lui a
laissé , comme ses privilèges , l'observation et le choix.
Cependant il est dirigé aussi par des instincts qui pré-
cèdent la connaissance des fins. Ferguson donne pour
exemple de ces impulsions instinctives, communes aux
hommes et aux animaux, l'effort qui fait servir les muscles
à la respiration et celui qui nous fait appliquer nos lèvres
sur le sein pour sucer le lait. Le philosophe explique cette
apparente contradiction de notre nature, et il est amené à
dire que le caractère le plus général des inclinations de
l'homme n'est pas celui d'un penchant aveugle à se servir
de ses moyens, mais une vue instinctive du but; et, poury
arriver, il lui est libre de découvrir et de choisir, d'après
ses observations et ses expériences, les moyens qu'il croit
les plus efficaces.
Les sources du caprice et l'affection accidentelle ou la pas-
sion offrent à Ferguson les matières de sages observations
sur la nature du bien et du mal moral. Cette partie de
l'ouvrage, composée de tout le deuxième chapitre, forme
un traité complet de psycologie. C'est là que se termine
la première livraison des Principes de la science morale
et politique. Lorsque le second volume aura été publié,
nous examinerons en détail ce que l'auteur entend au juste
par droit naturel. Tout ce qui touche à cette matière
contient, dans l'ouvrage original, deux chapitres : l'un
pose les principes des règles de la morale ; l'autre indique
les moyens de maintenir les droits sur lesquels elles sont
29A SCIENCES MORALES
fondées; savoir, les lois et l'aulorité dans i'élat social, et
la guerre de nation à nation. Cette dernière partie tient
plus spécialement au droit des gens.
Il ne sera pas inutile de terminer cette analyse de l'ou-
vrage de Ferguson par une courte notice sur la vie et les
principes philosophiques de cet homme célèbre. Adam Fer-
guson naquit dans un bourg d'Ecosse , en 172A. Son père
y exerçait les fonctions de ministre. Après avoir fait ses
études dans les universités de Saint-André et d'Edimbourg,
il fut lui-même attaché à un régiment écossais, en qua-
lité d'aumônier. En 1769, Ferguson obtint Une chaire de
philosophie naturelle à Edimbourg ; mais il la quitta ,
en 176A, pour occuper celle de philosophie morale dans
la même université. Il publia, quelques années après, son
premier ouvrage, intitulé : Essai sur la société civile.
Il fit paraître ensuite ses Institutions de -philosopliie mo-
rale , qui n'étaient que la substance de ses leçons. Fer-
guson a composé un ourrage fort important, intitulé : His-
toire des progrès et de la chute de la république romaine;
on le place sur la même ligne que celui de Gibbon. II
quitta sa chaire en lyS'i, et fut remplacé par Ch. Du-
gald Stewart. Ce fut quelques années après qu'il publia
l'analyse de ses leçons, sous ce titre : Principes de la science
morale et politique. Cet ouvrage n'avait pas été , jusqu'à
présent, traduit en français. Il n'était connu que par les
extraits qu'on en donna dans les T. III et IV de la Biblio-
thèque Britannique , aujourd'hui Bibliothèque universelle j
excellent recueil publié à Genève par M. Pictel. On
s'accorde à dire que le caractère d'Adam Ferguson était
modeste, généreux, et son extérieur noble et prévenant.
Il prit fort peu de part aux discussions politiques de son
tems.
Pour bien connaitrc la philosophie de Ferguson , il faut
KT POLITIQUES. 295
lire une partie de l'introduction des Princijjes de la science
morale et politique, dans laquelle l'auteur apprend qu'il
penchait pour le système des Stoïciens. « Les Stoïciens ,
dit-il, considèrent la vie humaine comme un jeu ; l'intérêt
et le mérite des joueurs consistent à bien jouer, quel que
soit le gain ( i ) . L'auteur a vu jouer ce jeu dans les camps ,
en face de l'ennemi, avec cette facilité que l'on doit tou-
jours trouver dans les situations avantageuses; et, avant
d'avoir fait attention aux éclaircissemens donnés par Epic-
tète , sur la comparaison précédente de la vie , avec un
jeu de hasard et d'adresse , il fut long-tems sans pouvoir
se rendre compte de ce fait.
« Si ces recherches le conduisent à suivre les doctrines
philosophiques, professées par une secte, il y a deux
mille ans , il s'y conformera , quoique cette école soit re-
gardée de nos jours comme insensée.
« Cicéi'on professait le scepticisme; mais, quand il ins-
truisit son fils des devoirs de la morale , il eut recours aux
principes de la philosophie stoïcienne , comme étant plus
applicable à la conduite de la vie. Les meilleures lois ro-
maines y prirent naissance, et la jurisprudence a toujours
eu pour base la grande distinction du bien et du mal moral ,
parce qu'en établissant ses règles , on ne doit faire attention
qu'à la justice, et non à l'importance du cas.
« Chez les modernes même , cette secte fut respectée
(i) Discours d'Epictète conservé par Arrien. (L. II , ch. V). Nous
n'avons pas le texte anglais sous les yeux , et nous ne savons pas
comment Ferguson a entendu la phrase d'Epictète qu'il rapporte ;
mais la traduction de la Bibliothèque Britannique nous semble
meilleure. La voici : « Les Stoïciens comparaient la vie humaine à
une table de jeu : le mérite et l'amusement du joueur consistent à
user avec habileté et avec attention des chances qui lui viennent, et
ils ne dépendent nullement de la force de son enjeu. »
296 SCIENCES MORALES
par ceux qui en out connu le véritable esprit, tels que lord
Schaftesbury , Montesquieu, Harris, Hutchinson et beau-
coup d'autres; et certes, l'une des piemières leçons à
donner à la jeunesse, et même à ceux qui ont dépassé l'âge
où l'on peut apprendre, c'est de leur interdire l'admiration
ou le mépris pour des choses qu'ils ne connaissent pas. »
Nous ne prétendons nullement prendre la défense de la
philosophie stoïcienne, qui a été attaquée avec beaucoup
de force dans les tems modernes ; mais certes , il est tou-
jours glorieux de se tromper avec des hommes tels que
Zenon, Caton, Epictète, Marc-Aurèle et Antonin.
Alphonse Taillandier.
*W*V».'V\VVV\VV'W
Histoire générale de France , depuis le règne de
Charles VII jusqu'à la paix générale^ en 1 8 1 5 , par
M' DuFAu ; ornée de plus de deux cents portraits. —
Règnes d'Henri 111 et d'Henri IV (i).
Il serait à désirer que l'on pût toujours étudier l'histoire
dans des sources aussi pures que celles où M. Dufau a
puisé les grands développemens qu'il vient de nous donner
sur les règnes d'Henri III et d'Henri IV. Cet écrivain a
porté la critique la plus sévère et la plus éclairée dans le
récit des guerres civiles, dont la religion a constamment
été la cause ou le prétexte, et qui ont déchiré la France,
depuis le règne de François I" jusqu'à l'édit de Nantes et
à la paix de Vervins. Les faits qu'il rapporte sont toujours
vrais , les circonstances qui les accompagnent toujours
exactes; ses observations sont profondes; ses réflexions ,
justes; ses jugemens , sûrs. Il ne cesse jamais d'être l'or-
(0 Paris, i8ai. 4 vol. in-ia, Desiay, libraire, rue Haulçfeuille,
n» 4.
ET POLITIQUES. 297
gane d'une religion pure , de donner les leçons d'une phi-
losophie douce, et il n'admet d'autre politique que celle
qui est toujours en harmonie avec les intérêts du peuple et
des rois. Il n'est jamais au-dessous du sujet qu'il traite, et
il n'attache pas moins par la force de la pensée que par la
chaleur de l'expression.
Le règne d'Henri III n'offre qu'une suite obscure de
désordres, de crimes, d'assassinats; et la plume se refuse
à mettre en lumière de si tristes atrocités. Lorsque le
second fils de Catherine de Médicis monta sur le trône
sanglant de Charles IX, il n'eut ni l'habileté convenable
pour réunir les factions, ni l'énergie nécessaire pour les
enchaîner ou les anéantir. Il ne sut que fléchir sous la vo-
lonté ferme et impétueuse du prince lorrain, qui devint
d'autant plus audacieux que le monarque fut de jour en
jour plus faible, jusqu'à la catastrophe qui termina succes-
sivement la vie de tous les deux.
Livré à ses courtisans, énervé par la débauche, quel-
quefois couvert du sac de la pénitence et fatiguant les
autels d'un hypocrite repentir, Henri ne sut jamais sou-
tenir de sa puissance un parti qui ne combattait pas seule-
ment pour la foi, mais pour le trône, pour l'hérédité de la
couronne menacée par une famille ambitieuse, que secon-
dait un peuple fanatique. Mettant toujours une volonté
impuissante qui multiplie les diflicultés à la place de la
véritable énergie qui les surmonte , le successeur de
Charles IX fut digne de son modèle, et prouva que la tyran-
nie accompagne presque toujours la faiblesse sur le trône.
Les profusions du roi exigeaient sans cesse de nouveaux
édits, qui excitaient le peuple à la révolte. Il tentait d'ap-
paiser les murmures, tantôt en s'entourant d'un cortège
menaçant , tantôt en cherchant à obtenir une popularité
qui n'est sûre que pour les bons princes. Aussi le manifeste
298 SCIENCES MORALES
de la ligue n'eul pas plus tôt paru, que tous ceux qui jusque-là
avaient été indécis, désertèrent la cause d'un trône, que l'on
regardait déjà comme renversé. En vain, Henri se flattait
de maintenir son autorité entre les deux partis qui déchi-
raient son ï'oyaume; en vain, il nourrissait l'espoir de les
détruire l'un par l'autre. «C'est en suivant cette marche, dit
M. Dufau, qu'un gouvernement faible se perd; chaque
faction gagne alors de jour en jour des forces aux dépens
du pouvoir qui s'écroule bientôt, pour ne laisser après lui
que l'anarchie. »
La fermentation fut bientôt à son comble ; rien n'arrêta
plus le duc de Guise ; il osa attaquer Henri jusque dans les
murs de Paris. La journée des barricades en chassa le faible
monarque, qui se réfugia à Chartres. Là, le roi conclut
enfin un traité avec la ligue ; mais ce n'était qu un simu-
lacre de paix. La mort des chefs de cette grande conspiration
était arrêtée; Henri n'osa leur donner des juges , il leur
envoya des assassins. Ce fut aux états de Blois que les sa-
tellites du tyran massacrèrent le duc de Guise et le car-
dinal. La froide atrocité avec laquelle ce dernier crime fut
commis dispose , dit l'auteur de cette histoire , à regarder
comme un juste retour de l'équité divine l'attentat qui
frappa le roi lui-même, un an après. Catherine de Médicis
ne survécut pas long-tems aux deux chefs de la ligue : « en
descendant dans la tombe, ajoute M. Dufau, elle dut
prévoir que le nom de Valois s'éteindrait couvert d'un op-
probre qui devait en grande partie retomber sur elle. »
Cependant une révolte générale éclata dans toutes les
provinces; une vaste arène de combats, de spoliations e
de crimes s'ouvrit dans toute la France. Les magistrats
furent chassés, les prêtres égorgés, les temples détruits,
le commerce anéanti, toutes les lois violées; et l'on ne vit
partout que les horreurs de l'intolérance religieuse et poli-
ET POLITIQUES. 299
Uquc, jusqu'au fatal moment où le fanatisme enfonça le
couteau sacré de la religion dans le sein de l'infortuné
monarque , par les mains forcenées de l'infâme Jacques
Clément. On a besoin de se reposer de tant de crimes et de
tant d'atrocités, et l'on éprouve quelque soulagement en
apprenant que le roi mourant a nommé Henri de Bourbon
pour son successeur.
Sous le règne désastreux d'Henri III , les différens corps
de l'état subirent quelques modifications. La pairie déchut
de sa première splendeur; la noblesse, forte de son in-
fluence , fit revivre tous les abus du régime féodal. Le
parlement de Paris acquit au milieu des troubles civils un
pouvoir dont il n'avait jamais osé s'emparer; la justice
devint un véritable trafic et se vendit avec une scandaleuse
effronterie ; les finances furent livrées à l'avidité des trai-
tans que l'Italie avait vomis sur le sol de la France ; les
mœurs nationales furent portées au dernier degré de cor-
ruption; les Italiens, vils instrumens d'une foule de com-
plots et de crimes, introduisirent la magie en France, et
cette nouveauté devint une folie générale , contre laquelle
devaient bientôt se dresser les échafauds et les bûchers de
l'inquisition. Chaque page des annales de ces tems mal-
heureux offre des traits qui font frémir.
Les désastres publics, qui précipitaient chaque jour tant
de victimes dans la tombe , n'empêchèrent pas Henri de
songer au faste du trône. Il institua l'ordre du St.-Esprit,
créa la charge de grand-maître des cérémonies , nomma
vingt-quatre gentilshommes ordinaires de sa chambre et
plusieurs autres officiers, et, au milieu de toutes ces créa-
tions de l'orgueil, fonda l'ordre plus utile des frères de la
charité.
Les changemens pour le costume furent plus remar-
quables. La toquô italienne remplaça le chapeau de Fran-
300 SCIENCES MORALES
çois I"; on laissa croître sa barbe; les femmes se servaient
de paniers et portaient encore le masque en ville. C'est
sous Henri III, qu'on introduisit à la cour l'usage du fau-
teuil pour le roi et des plians pour sa suite. On croit que
les premiers éventails parurent ù cette époque.
Sous ce règne, Grégoire XIII rendit célèbres, par la ré-
forme du calendrier, son nom et son pontificat; mais son
délire fanatique, son caractère faible et pusillanime n'ont
point échappé à la sévérité de l'histoire. La protection
éclairée que François I" avait accordée aux lettres se soutint
au sein des discordes civiles. Ronsard fit de mauvais vers et
ne fut pas même égalé par ses imitateurs ; Jodelle créa la
tragédie et la comédie; Garnier commença à régulariser la
scène, et les comédiens italiens se fixèrent i\ cette époque
dans le royaume. Henri III aima les savans et les gens de
lettres; il accorda ses faveurs aux plus distingués d'entre
eux. Plusieurs ouvrages remarquables furent publiés sous
son règne; les Essais de Montaigne -parurent, et ce premier
monument du génie fut l'heureux présage de la gloire lit-
téraire de la France.
Nous n'avons eu à retracer jusqu'ici que des fautes ou
des crimes; un grand homme paraît enfin sur la scène du
monde pour consoler la terre , pour fermer cette longue
carrière de calamités. « La France, en proie à tous les fléaux
de la guerre civile, dit M. Dufau, jouit enfin d'une paix
dont les souvenirs s'étaient presque effacés au milieu des
troubles. La bravoure, la bonté et le génie se trouvent,
par un rare et précieux bienfait de la providence , réunis
dans le même homme ; les dissentions religieuses sont
éteintes , et les étrangers bannis de ce sol qu'ils ensanglan-
tent depuis trente ans. La France riche, heureuse et forte
est replacée au premier rang entre les puissances de l'Eu-
rope, et l'Espagne descend de celui où l'ayaient fait monter
ET POLITIQUES. 501
le génie de Charles-Quint, l'or de Philippe II et les fautes
des Valois. Tel est le tableau que présente le beau rè"-ne
d'Henri IV; il se compose de deux parties distinctes, qui
sont l'une et l'autre du plus haut intérêt. La première nous
qui offrira ce prince arrachant, pourainsi dire, pièce à pièce
à la ligue et aux étrangers son malheureux royaume; nous
suivrons dans la seconde ses travaux, ses soins et ses efforts
pour faire disparaître jusqu'aux traces des malheurs publics.
Le règne d'un prince, dont tous les instans furent dévoués
à son pays et dont presque toutes les actions sont des titres
de gloire pour la nation qui l'a produit, ne demande que
des couleurs simples et naturelles et repousse tout faste
d'expression. Ici, c'est l'homme qu'on veut voir et non
l'art de l'écrivain ; il s'agit de faire comprendre une grande
aine, et tout l'art ne consiste presque qu'à la comprendre
soi-même. »
On ne peut s'exprimer avec plus de noblesse. L'hommage
que M. Dufau rend ici au meilleur des monarques est
d'autant plus pur et plus touchant, qu'il est dans tous les
cœurs, que le prince qui en est l'objet vivra éternellement
dans la mémoire des Français, et que l'Europe entière ne
cessera de l'offrir pour modèle aux rois qui voudront faire
le bonheur de leurs peuples.
Les montagnes du Béarn avaient vu Henri de Bourbon
croître et se fortifier à la cour de Jeanne d'AIbret; formé
dans l'art de la guerre par le vertueux et habile Coligni, le
jeune prince lui avait succédé après le massacre de la Saint-
Barthélemi; il avait vengé les calvinistes dans les plaines
de Coutras. La France ne retentissait pas moins de la re-
nommée de ses vertus que du bruit de ses exploits. Il s'é-
tait enfin réuni à Henri III pour lui ouvrir les portes d'une
cité rebelle, lui rendre son autorité et le rétablir dans toute
sa puissance, lorsque l'attentat de Jacques Clément ouvrit
302 SCIENCES MORALES
une canièi'c nouvelle à son heureuse audace et lui imposa
d'autres devoirs en changeant sa destinée. Il ne s'agissait
plus de combattre pour conserver le sceptre dans la main
des Valois j il fallait remonter sur son propre trône et re-
conquérir son royaume presque tout entier.
Ces détails sont écrits par M. Dufau avec ce talent qui
caractérise un véritable historien. Ici, comme dans tout le
cours de son excellent ouvrage, il ne marche qu'à la lueur
du flambeau de la critique la plus éclairée. Il puise à toutes
les sources, mais il écarte avec art les prestiges de l'erreur
ou des passions ; les diflicultés ne l'arrêtent point , mais il
ne marche qu'à pas lents dans les routes semées d'écueils ,
et il porte l'examen le plus sévère dans la discussion des
faits, que le tems ou la mauvaise foi auraient pu altérer ou
dénaturer. II montre à ses lecteurs le roi aux prises avec
Mayenne ; fait un parallèle frappant entre le monarque
français et le chef de la ligue ; peint avec force les troubles
du royaume , les excès du fanatisme de la cour de Rome ,
qui met au rang des martyrs l'assassin de Henri III; l'élé-
vation du cardinal de Bourbon au trône, dont le pape sanc-
tionne l'usurpation ; la désertion d'une partie des plus
fidèles sujets du prince légitime ; la défaite de Mayenne à
Arques ; le bon Henri couvert de gloire, triomphant de ses
ennemis et ramenant autour de lui des cœurs plus égarés
que corrompus; enfin, la fameuse bataille d'Ivry, où les
ligueurs taillés en pièces sont forcés de fuir et de livrer,
pour ainsi dire, Paris au vainqueur.
C'est dans l'ouvrage même qu'il faut prendre une juste
idée de la situation de cette malheureuse capitaFe , lors-
qu'elle fut réduite à tous les tourmens de la plus affreuse
famine. Les processions de la ligue, les séditions sans cesse
renaissantes, des conférences toujours inutiles, n'ap-
portaient aucun remède à tant de maux. Les herbes que
ET POLITIQUES. 303
Ton trouvait dans les rues désertes, les animaux les plus
repoussans, les osseinens humains convertis en farine ne
faisaient que prolonger l'agonie de ses infortunés hahitans.
La population entière allait périr, si le roi , plus touché de
sa misère qu'irrité de son ingratitude , n'eût sauvé ce
peuple de sa propre fureur en faisant distribuer des vivres
dans la ville qui refusait si obstinément de lui ouvrir ses
portes.
Cependant le duc de Parme, à la tête d'une armée es-
pagnole , arriva au secours de Paris , et força le roi d'en
lever le siège. Quelle était alors la situation de la France ?
La guerre étendait ses ravages dans toutes les provinces ;
le roi entendait gronder et les murmures de son armée et
les foudres du Vatican ; les villes ne rentraient que lente-
ment sous son autorité, et ses finances étaient épuisées. Il
fallait sa grande ame pour lutter contre tant d'obstacles.
La ligue n'était pas plus heureuse ; le despotisme des seize
avait soulevé tous les esprits, la bonté de Henri avait touché
tous les cœurs; le parlement ne voulait sur le trône ni de
Mayenne ni de l'infante d'Espagne , lorsque le combat
d'Auniale changea la face des affaires. Le roi y fut blessé;
mais il y remporta une victoire qu'il ne dut pas moins à
son intrépidité et à son imprudente mais heureuse audace,
qu'à ses habiles dispositions et à son génie. Dès-lors, tous
les vœux furent pour la paix; et l'ambition des puissances
alliées , les vues secrètes de l'Angleterre et de l'Allemagne
la faisaient désirer plus vivement encore.
L'auteur expose avec autant de clarté que de précision
tout ce que firent Mayenne, l'Espagne et Rome, pour re-
tarder cette paix tant^'désirée ; et lorsque l'abjuration du
roi rallie autour du trône la plus grande partie de ses en-
nemis, c'est avec la même impartialité qu'il juge les inten-
tions du monarque. M. Dufau pense que ce grand acte du
30A SCIENCES âlORALES
meilleur de nos rois fut l'effet de sa conviction plus encore
que de son amour pour le peuple. La fureur des ligueurs
et la joie publique , lorsqu'on apprit que le roi était rentré
dans le sein de l'église et que l'intérêt et le devoir appelaient
tous les Français autour de ses étendards, ne peuvent être
peintes avec plus de chaleur et de sensibilité.
L'entrée d'Henri IV dans Paris, la vive émotion dont il
ne put se défendre, le pardon généreux qu'il accorda à ses
ennemis, et qu'il trouva bien plus encore dans son cœur
quedanssapolitique, l'ivresse de toutun peuple, la confiance
qui dès le soir même régnait entre les bourgeois et l'armée,
sont peints par l'auteur avec les traits les plus touchans, et
toute cette partie de l'ouvrage se lit avec un intérêt toujours
croissant. On croit voir les factions disparaître devant le
roi, et les Français tous égaux à ses yeux, dès qu'ils riva-
liseront de dévouement pour sa personne et pour la patrie.
Combien on regrette de voir un si touchant tableau se
noircir des attentats de Barrière et de Jean Châtel, que les
ennemis éternels des rois, les jésuites, armèrent d'un fer
parricide contre le meilleur des princes ! Après ces tenta-
tives contre la personne du monarque, les jésuites furent
bannis du royaume. Cet institut, qui s'éleva si rapidement
contre les gouvernemens et contre les peuples, avec autant
d'adresse que de constance, par ses trésors, sa puissance,
ses travaux dans l'apostolat et ses talens distingués dans
les sciences et dans les lettres, porta les caractères d'une
civilisation éminemment avancée, dit notre historien, et
semble n'avoir été créé que pour mettre des bornes aux
hardiesses de l'investigation humaine et aux progrès des
lumières.
Il ne suffisait pas à Mayenne et aux fougueux partisans
de la ligue que le roi fût rentré dans le sein de l'église , il
fallait encore qu'il fût absous par le pontife romain; et le
ET POLITIQUES. SO5
refus que faisait constamment le saint père servait de pré-
texte à la continuation de la guerre et aux tentatives les
plus criminelles. Enfin, le pape prononça l'absolution des
censures ecclésiastiques; et, six mois après, le duc de
Mayenne se soumit, et comprit dans son traité tous ceux
qui avaient porté les armes contre le roi. Ainsi finit cette
grande et malheureuse époque de notre histoire , cette
longue période de calamités publiques, où les ministres
d'un Dieu de paix violèrent tous les principes de la justice
et de la morale, où les passions populaires se mirent à la
place de l'ordre établi , où le couteau sacré de la religion
fut levé pendant trente années sur le sein des femmes, des
enfans, des vieillards, et où l'on ne connut d'autre politique
que la perfidie et les supplices.
La sagesse, la bonté, la constance et le génie d'Henri IV
mirent un terme aux malheurs de la France. L'édit de
Nantes réunit tous les partis ; les Français surent qu'ils
pouvaientadorer Dieu d'une manière différente, sans cesser
d'être les fils de la même patrie, et la paix de Vervins leur
rendit parmi les nations la prééminence dont les avait
privés la conspiration d'Amboise. C'est ici que commence
le beau règne du plus grand de nos rois, et c'est le moment
de faire connaître le ministre immortel qui doit être associé
à sa gloire, comme il le fut à ses dangers et à ses travaux.
Nous rendrons compte de cette seconde partie de l'ouvrage
de M. Dufau, lorsqu'elle aura paru; nous espérons qu'elle
ne sera pas inférieure à la première, et que la France aura
enfin une histoire digne du monarque qui en est le héros.
M.
ToMF XI. 20
soc SCIENCES MORALES
fv%y*'\%x^'»'*w»^vv»%,vi,v
Mémoires HISTORIQUES, politiques et littéraires sur
LE ROYAUME DE Naples , par M. le comte Grégoire
Orloff, sénateur de l'empire de Russie, ouvrage
orné de deux cartes géographiques , publié avec des
notes et additions , par M. Amaury Duval , membre
de l'Institut de France (i).
NousaYonsrenducompte(T. I, p. io4 etT.III , p. 292)
des deux premiers volumes ou de la première partie de cet
ouvrage, contenant V Histoire civile du royaume de Naples.
Nous allons faire connaître les trois volumes suivans, qui
viennent de paraître; ils complètent l'ouvrage , et com^»
prennent l'histoire de l'administration et l'histoire litté-
raire du même pays.
L'histoire de l'administration devrait être une partie
intégrante de l'histoire proprement dite, c'est-à-dire du
récit des faits ou des événemens, des révolutions et de
leurs causes ; car elle nous apprend à mieux connaître le
caractère des gouvernans et l'état des gouvernés. C'est
donc avec raison que M. le comte Orloff a cr» nous inté-
resser en nous présentant un tableau de l'administration
du royaume de Naples, pendant les époques les plus re-
marquables de l'histoire ancienne et moderne de ce
royaume.
Après avoir rappelé ce qu'était le gouvernement de cette
partie de la péninsule , sous les Romains , sous les Goths
et sous quelques empereurs d'Orient, il retrace, d'après
des données plus certaines , ce qu'il a été sous les Lom-
(i) Paris, 1831. 5 vol. in-S». Chassériau , libraire, au dépôt biblio-
graphique, rue NeuTe-des-Petits-Champs , n» 5,
ET POLITIQUES. 307
bards, les Normands, les Suabes, les Ano^evius, les Ara-
gonais, les Espagnols et les Français. Mais, ce qu'il exa-
mine plus soigneusement encore, c'est l'administration
des derniers tems, celle qu'établirent les Bourbons, et
celle que cherchèrent à y naturaliser les Français , pendant
leur dernière et courte invasion.
Dans tout le cours de cette histoire , ce qui nous a sur-
tout frappés, c'est l'esprit de philantropie qui se manifeste
à chaque page , et qui devrait caractériser tous les histo-
riens. Dès le commencement de son livre , l'auteur dé-
plore , dans la nation dont il écrit l'histoire, la perte de
cet ancien esprit d'indépendance , de cet amour de la pa-
trie, de ces vertus qui avaient précédemment produit
tant d'actions éclatantes.
Dans ces tems de dépravation morale, les Barbares,
plus forts et moins corrompus que les Romains, parvin-
rent, presque sans peine , à leur ravir toutes leurs con-
quêtes. Ici l'auteur, toujours attentif aux progrès delà
civilisation, semble se féliciter qu'après avoir emprunté
aux Romains les restes de culture que tant de vicissitudes
«'avaient pas encore détruits, les Barbares, à leur tour,
leur aient communiqué une partie de leur énergie. Il
signale les institutions et les habitudes nouvelles que l'es--
prit étranger d'indépendance introduisit chez les Italiens,
€t il s'arrête particulièrement sur cette diète nationale des
Lombards, ou réunion de la nation armée, qui seule jouis-
sait de l'autorité suprême et du pouvoir législatif. Mais il
a soin de remarquer aussi que les véritables vertus sociales
étaient ignorées de ces peuples qui, n'appréciant que l'in-
dépendance et la guerre , ne connaissaient d'autre droit
que celui de la force. Les Italiens indigènes, exclus de
l'honneur de pouvoir porteries armes et d'obtenir des- em-
20*
308 SCIENCES MORALES
plois dans le gouvernement, n'étaient que tributaires, co-
lons, ou tout au plus centeniers.
L'ignorance des véritables droits des hommes et des na-
tions donna naissance à une multitude de droits prétendus»
ou plutôt de privilèges créés en faveur de quelques hommes
contre tous les autres, et dont la réunion forme ce que
l'on nomme encore droit féodal et droit canon. Ainsi fu-
rent consacrés deux genres d'usurpation, l'un parl'épée ,
l'autre par la croix , et l'esclavage civil et spirituel fut
réduit en système. Au milieu de cette dégradation géné-
rale, Roger, un de ces héros aventuriers qui finirent par
subjuguer des peuples qu'ils avaient d'abord défendus ,
fonda la monarchie des Deux-Siciles, et, à l'exemple des
rois lombards , donna ses lois dans des assemblées natio-
nales, composées de barons, d'évêques et d'abbés, usage
observé dans la suite par les Normands, les Suabes et
leurs successeurs.
Le tableau que trace l'auteur, du règne de l'empereur
. Frédéric, fait ressortir toute l'atrocité de la cour de Rome ,
qui ne cessa de persécuter ce grand et digne souverain , ce
prince vraiment philosophe. Son crime était d'avoir essayé
d'abaisser la puissance de l'église et l'aristocratie féodale ;
d'avoir procuré la liberté civile à un grand nombre de
cités qu'il déclara domaniales ; d'avoir appelé enfin ^aux
assemblées nationales les députés des communes. Frédéric
était convaincu que, pour que les lois soient justes et utiles,
elles doivent être l'expression du vœu général. Aussi, fai-
sant entrevoir à ses peuples l'aurore de la liberté, il s'étu-
diait à ranimer en eux les talens, les vertus qui peuvent
rendre les nations grandes et puissantes, et que la tyrannie
féodale avait jusqu'alors étouffées.
Mais que pouvaient produire ses généreux efforts, puis-
ET POLITIQUES. SOî>
qu'il devait avoir pour successeurs des rois imbus de prin-
cipes tout ditîérens? Les rois angevins et aragonais , qui
vinrent successivement occuper son trône , loin de le
prendre pour modèle, tâchèrent de détruire toutes ses ins-
titutions. L'auteur ne se laisse pas éblouir par les éloges
qu'ont prodigués à Alphonse d'Aragon , surnommé le
magnanime j les gens de lettres qu'il protégeait, et les
gens d'église aux controverses et aux disputes desquels il
prenait trop de part. A mesure qu'il avance dans l'histoire
de ce malheureux pays , le comte Orloff ne peut étouffer
un sentiment de douleur et d'indignation , en voyant ces
belles contrées toujours gouvernées, ou plutôt opprimées
par des étrangers, et condamnées .à être le théâtre des
plus désastreuses révolutions. On peut déjà compter les
Piomains , les Grecs , les Lombards , les Bulgares , les
Normands, les Allemands, les Provençaux, les Aragonais,
les Albanais, les Sarrasins! Après ces continuelles vicissi-
tudes, comment ces peuples, habitués à un aussi long
joug, n'auraient-ils pas perdu tout sentiment d'indépen-
dance et de vie politique? On ne doit pas s'étonner non
plus de ne trouver, dans le royaume de Naples , pour code
civil , qu'un amas de lois contradictoires , source d'inter-
minables procès. Delà, cette foule innombrable d'avocats,
qui , profitant du vice des lois , jouissaient seuls de quelque
aisance, quand le reste de la nation vivait dans l'ignorance
et la misère , et n'avait nulle notion du juste et de l'hon-
nête ; mais il ne faut imputer cette démoralisation com-
plète d'un peuple qu'aux princes qui le gouvernaient.
Enfin, nous arrivons au règne de Charles III de Bour-
bon , et l'auteur s'arrête avec intérêt sur cette mémorable
époque. Il décrit plus en détail l'administration politique,
militaire et ecclésiastique, qu'établit le savant et sage
ministre Tanucci. Ce qui doit paraître bien singulier, c'est
310 SCIENCES MORALES
qije, malgré les heureuses réformes et les efforts de ce mi-
nistre et de quelques autres , le nombre des juges , des avo-
cats, des procureurs, des notaires et des employés éubal-
ternes de la justice, s'élevait encore, selon l'auteur, jus-
qu'à a6,ooo, et le nombre des ecclésiastiques ù environ
100,000 ; et pourtant la population de tout le royaume était
au plus de A,8oo,ooo âmes. Par là, on peut juger de ce
qu'il restait encore à entreprendre pour la prospérité pu-
blique, malgré tout ce qu'on avait fait d'utile.
Le tableau du gouvernement des Bourbons est suivi du
tableau du gouvernement des Français , sous Joseph Bona-
parte et sous Joachim Murât. C'est ici que l'auteur, avec
non moins de franchise que d'impartialité, comparant l'un
et l'autre système , fait sentir l'avantage de celui des Fran-
çais, qu'il juge plus conforme aux lumières du siècle, et
plus adapté aux besoins de la nation. Mais il n'oublie pas
en même tems de signaler les abus qui se glissèrent dans
l'exécution des plans adoptés par les nouveaux monarques,
et il remarque avec raison que l'esprit militaire, répandu
par Napoléon dans tous les états qui dépendaient plus ou
moins de sa volonté, arrêtait ou altérait les effets salutaires
des institutions politiques.
M. le comte Orloff tâche d'apprécier avec la même jus-
tice les effets de la restauration , qui pouvait et devait cor-
riger les imperfections de l'administration précédente. H
indique les causes qui ont sensiblement augmenté la mi-
sère publique et la masse des impôts. La seule inspection du
budjet de l'état, à deux époques très-rapprochées, prouve
que, si le royaume de Naples eut à s'applaudir d'avoir re-
couvré son ancien souverain, il lui fallut acheter ce bonheur
par de nouveaux sacriGces. En effet, on voit, dans l'an-
née i8i5, que Joachim Murât ne prélevait sur le peuple
que 16,000,000 de ducats, et le roi Ferdinand a prélevé,
ET POLITIQUES. 311
dans l'année suivante, i8,iA3,65o ducats, etde plus, une
contribution extraordinaire du sixième de l'impôt foncier,
c'est-à-dire 1,162,276 ducats. Le budget de 1817 porte
les revenus nécessaires à 20,062,000 ducats : dans le même
budget, l'état des dépenses de chacun des ministères forme
on total de 28,609,231 ducats. Nous avons dû porter l'at-
tention des lecteurs sur ces calculs , que nous tirons de
l'ouvrage de M. le comte Orloff; car on sait que le véri-
table état économique des nations est un sûr indice de leur
prospérité plus ou moins grande , et que c'est le meilleur
moyen de juger si elles ont de justes motifs de méconten-
temens et de plaintes.
Les derniers événemens arrivés dans le royaume de Na-
ples ont fait sentir à l'auteur la nécessité d'ajouter un Sup-
plément à ses mémoires historiques. Il a tâché de choisir,
dans le grand nombre de récits souvent dictés par l'exagé-
ration, tant d'un parti que de l'autre, les faits authenti-
ques et confirmés par des actes notoires, que tout écrivain,
ami de la vérité, doit s'empresser de recueillir. Il résulte
delalecture de ce Supplément, que dans le commencement
on a trop exalté peut-être des hommes et des événe-
mens, qu'on cherche trop à déprimer aujourd'hui. Nous
nous rangeons à l'avis de l'auteur : pour bien apprécier les
événemens de la dernière révolution, il faut attendre qu'ils
aient, pour ainsi dire, subi une épuration dans le creuset
du tems. La postérité impartiale jugera mieux que nous,
et le peuple qui a voulu changer ses lois, et les princes qui
l'ont replacé sous le joug.
Il est tems de nous dédommager de ces tristes souvenirs,
en passant à des objets moins impertans, sans doute, mais
plus agréables. La troisième partie des Mémoires de M. le
comte Orloff comprend V Histoire littéraire du royaume de
Naples. Il la commence, à cette époque reculée où la Grande-
312 SCIENCES MOllALES
Grèce jetait tant d'éclat dans les sciences et dans les arts,
et il s'arrête surtout à l'école de Pythagore. Suivant Cicé-
ron, Timée avait nié l'existence de ce philosophe. Un tel
paradoxe, dit notre auteur, a été renouvelé chez les mo-
dernes par Bentley ; mais Vico, avant ou en même tems que
Bentley, et sans rien savoir de l'opinion de celui-ci, avait
soutenu une hypothèse encore plus singulière : il donnait
une existence plus ancienne et même plus réelle à l'école
des pythagoriciens qu'à son fondateur. Le nom de Pythagore
désignait, selon lui, le titre ou le caractère des chefs de
cette école, plutôt qu'un individu auquel on attribue des
opinions et des vicissitudes qui ne peuvent guère appar-
tenir qu'à plusieurs hommes et à plusieurs âges.
Quoi qu'il en soit, c'est de cette association mystérieuse
que tire son origine la secte italique , qui , pendant deux
siècles, fut si utile aux peuples, et qui fut si long-tems
persécutée par la tyrannie. L'auteur parle ensui-te de l'école
héléatique, fondée par Xénophon, et qui se distinguait par
les vertus civiques de ses disciples. Parménide, Zenon ,
Leucippe, dont le système fut développé par Démocrite el
Épicure, étaient tous d'Elia ou Velia. Zenon eut à suppor-
ter les tourmens les plus horribles, pour avoir osé rétablir
la liberté de sa patrie , opprimée par le tyran Néarque. Si
l'on en croit Platon lui-même, ce fut dans ces deux écoles
qu'il reçut d'Architas , de Timée et de Parménide la plu-
part des doctrines qu'il porta dans la Grèce. On assure que
les Calabrois s'enorgueillissent encore aujourd'hui de ce
que leur pays a été le berceau des pythagoriciens, et de ce
que plusieurs d'entre eux n'ont jamais cessé de les imiter.
En passant de la littérature grecque à la littérature des
Romains, l'auteur nous fait remarquer que les premiers
écrivains qui répandirent à Home la langue et les connais-
sances des Grecs, étaient tous nés dans les provinces qui
ET POLITIQUES. 313
composent maintenant le royaume de Naples. Tels furent
Livius Andronicus, Naevius, Pacuvius, Quintus Ennius,
Lucilius, Salluste, Vltruve, Horace, Ovide, Cicéron, etc.
Il est pénible de quitter ces époques classiques pour ar-
river à celles du moyen âge, de cet âge que couvrent les
épaisses ténèbres de l'ignorance et de la superstition. Après
la translation du siège de l'empire à Bysance, les sciences
et les arts vont déclinant sans cesse, sous les Goths, les
Lombards, les Sarrasins, les Normands. Dans le cours de
plusieurs siècles, on ne rencontre guère, au temsdeThéo-
doric et d'Athalaric, que Cassiodore de Squillace, en Ca-
labre , à qui nous devons divers ouvrages et la conservation
de plusieurs anciens manuscrits. Depuis Cassiodore, les
lettres, ou les études qu'on appelait alors de ce nom, se
réfugièrent dans les couvens, qui recueillirent aussi les
monumens les plus précieux de l'antiquité. C'est dans le
couvent du Mont-Cassin qu'on trouve Paul diacre, auteur
^^V Histoire des Lombards ; Erchembert, qui écrivit les
Faits des princes de Bênépent; Constantin deCarthage,
Pierre diacre, et autres historiens ou chroniqueurs.
Par les soins de ce Constantin de Carthage^ que nous
venons de citer, et de quelques autres professeurs de mé-
decine, fleurit l'école de Salerne, qui jouissait, au onzième
siècle, du plus grand crédit , et à laquelle on doit cet ou-
vrage célèbre qui porte le titre de Medicina Salernitana ^
ou de Fias medicinœ. Dans le siècle suivant, la découverte
des Pandectes , enlevées aux Amalphitains par les Pisans,
et ensuite aux Pisans par les Florentins, opère en Italie
une révolution dans l'étude des lois. Ainsi , puisque la re-
naissance des lettres , et surtout celle de l'histoire , de la
médecine et de la jurisprudence datent de cette époque ,
on ne peut contester au royaume de Naples la gloire d\n
avoir préparé le berceau et d'avoir recueilli, pour ainsi
31A SCIENCES MORALES
dire, le premier souffle de vie qui devaitranimer les sciences
et les arts dans le reste de l'Europe. « Ce pays, dit l'au-
teur, semblait être destiné à faire renaître et briller pour
la seconde fois les lumières; et c'est ainsi qu'il payait,
par des bienfaits, tous les maux qu'il avait repus des peu-
ples du Nord (i). » Il serait ù désirer que les Napolitains
vengeassent, par des bienfaits semblables, les humilia-
tions qu'on ne cesse de leur faire essuyer.
Ce fut à l'époque de Frédéric que les sciences et les
lettres furent véritablement protégées dans le royaume de
Naples. Il y fonda l'université ; il donna un nouveau lustre
à l'école de Salerne ; il en ouvrit plusieurs autres sur di-
vers points du royaume; il appela de toutes parts et entre-
tint généreusement les plus célèbres professeurs. Il était
philosophe et littérateur lui-même, et il avait composé
divers écrits d'histoire naturelle. Il eut pour coopérateur,
dans ses travaux littéraires et politiques, l'homme le plus
savant de son tems , Pietro délie Vigne , dont l'infortune
et la mort ont inspiré au Dante un de ses meilleurs épisodes.
Les Constitutions à.e Frédéric, qu'il compila, et les Lettres
qu'il écrivit au nom de ce souverain, sont les monumens
les plus précieux du treizième siècle.
Tant de mérite dans ces deux hommes supérieurs devait
naturellement armer contre eux les suppôts de la supersti-
tion. On attribua à l'un ou à l'autre le Livre fameux intitulé :
De tribus impostoribus , qui, sans doute, n'existait pas en-
core, et que bien plus tard on a attribué à d'autres écri-
vains qui n'en étaient pas non plus les auteurs. M. le
comte Orloff indique , à cette occasion , un ouvrage portant
lemêmetitre, qu'on croit avoir été publiéàVienne, en lySS,
sous la date de 1698, pour accréditer, je pense, l'impu-
(1} T. IV, pag. io3.
ET POLITIQIJES. 815
tation qu'on a faite de cet ouvrage au P. Canipanella. On
sait que celui-ci, qui) par une singularité assez remar-
quable, était dominicain et philosophe, fut poursuivi,
au comrtiencement du dix - septième siècle, comme
incrédule et comme conspirateur. Il fut accusé d'avoir
écrit ce Livre, qui, à ce qu'on disait, circulait en secret
parmi les savans, ses contemporains. Mais Campanella se
défendit de cette calomnie , en prouvant que l'ouvrage
dont il était question existait déjà trente ans avant sa nais-
sance, c'est-à-dire en lô.^S, date qui pourrait donner
quelque consistance à l'opinion qui avait attribué cette
production à Pierre Aretin.
Les lettres firent encore des progrès au quatorzième
siècle, surtout sous Robert d'Anjou, surnommé le Salo-
mon de ce tems. Ce fut alors que Barlaam et Leontius ,
son disciple, tous deuxcalabrois, répandirent les premiers
la littérature grecque en Italie, à peu près un siècle avant
que les Grecs émigrés y cherchassent un refuge. Leontius
fut surtout connu et estimé de Pétrarque et de Boccace.
Cette période de l'histoire littéraire du royaume de Naples
s'étend jusqu'à la fin du quinzième siècle, époque où fleurit
cette académie, fondée par le Panormita et par le Pontano,
et que rendirent célèbre Sannazaro,Galateo, et entre autres
ce Leto , qui alla à Rome en fonder une autre encore plus
fameuse par les membres qui la composaient , et par les
malheurs qu'ils éprouvèrent.
Arrêtons-nous un instant sur Girolamo Tagliavia qui,
au dire de notre auteur , disputa à Copernic le mérite d'a-
voir rétabli le système de Philolaus sur le mouvement de
la terre autour du soleil (i). Nous devons d'autant moins le
passer sous silence que Tiraboschi et Ginguené semblent
(.) T. IV, pag. 18..
316 SCIENCES MORALES
l'avoir oublié. Celui-ci se borne à dire, d'après rhistorio»
graphe italien , que Dominique-Marie Novara donna au
monde le grand Copernic, son élève, qui peut-être avait
appris de son maître le système qu'il développa dans la
suite (i). Mais ce système était celui de Tagliavia, qui
florissait vers la fin du xv* siècle, et par conséquent avant
Copernic. Tommaso Cornelio nous assure que de son tems
le bruit courait que Tagliavia , calabrois , avait beaucoup
médité et écrit sur le système de l'univers, et que ses ma-
nuscrits étaient tombés entre les mains. de Copernic, pen-
dant qu'il professait à Rome (2). Si cette tradition est cou-
forme à la vérité, le système du mouvement de la terre
aurait été ressuscité dans cette même Calabre, où Pythagore
l'avait jadis enseigné. On sait cependant que le cardinal de
Cusa, mort en \A6A, avait déjà essayé de mettre en vogue
la même hypothèse , qui fut depuis renouvelée par Celio
Calcagnini, peut-être encore avant que Copernic eût publié
sa doctrine et ses écrits. Ce qu'il serait fort curieux d'exa-
miner ici, ce serait pourquoi Galilée a été persécuté au
XYii* siècle avec tant de fureur, pour avoir presque démontré
le même système, tandis que, plus d'un siècle auparavant,
on avait respecté et même favorisé plusieurs autres savans
qui avaient professé la même opinion.
Nous voici arrivés au xvi' siècle , que l'on regarde
comme l'âge d'or de la littérature italienne , à ce siècle
dans lequel les productions de l'esprit sont si abondantes
elles écrivains en si grand nombre, qu'il est difficile de
citer tous ceux même qui se sont distingués par la supério-
rité de leur génie.
Tiraboschi sentit le premier la nécessité de considérer la
(1) Histoire littéraire de l'Italie, T. III , pag, 687.
(2) Voy. ses Problèmes p/iysiques , etc.
ET POLITIQUES. 317
littérature italienne dans ses genres principaux et de les
classer de la manière la plus convenable, Ginguené a
suivi à peu près la même méthode; et cependant, quoi-
qu'il ait donné à son plan plus de subdivisions et de détails,
il n'est pas encore parvenu à les arranger dans l'ordre le
plus satisfaisant. 31ais , d'après de tels essais et d'autres
que l'on a faits jusqu'à présent, quelle serait la classifi-
cation que devrait adopter l'auteur d'une histoire littéraire
pour atteindre son but ? Nous pensons qu'il faudrait com-
biner l'ordre encyclopédique avec l'ordre chronologique,
de sorte que les genres qui se succèdent les uns aux autres
se trouvassent liés entre eux par une chaîne qui permît
d'en suivre tous les développemens progressifs. Je ne fais
qu'indiquer ma pensée , ce n'est pas ici le lieu de la
développer.
Il me semble que M. le C. Orloff s'est approché de
cette méthode plus que ses devanciers; il range les divers
genres des sciences et de la littérature dans un ordre tel
que l'on peut facilement les suivre dans leur marche pro-
gressive. Tous sont compris dans deux classes principales,
\&. philo Sophie et la philologie. Dans la première, il place la
jurisprudence , la théologie, la philosophie scolastique, les
mathématiques, la physique générale, l'histoire naturelle,
la médecine; et, dans la seconde, la grammaire, les anti-
quités, l'érudition, l'histoire particulière, générale et lit-
téraire, la rhétorique, l'éloquence et la poésie. L'auteur
assigne en même tems aux écrivains la place qui lui paraît
la plus convenable, en raison de leurs ouvrages et de leur
caractère. Ainsi plusieurs auteurs, qu'on avait regardés
comme des théologiens, sont présentés par lui comme des
philosophes, parce qu'il a cru plus juste de les ranger dans
cette catégorie.
Tel est à peu près le plan général et particulier de l'his-
318 SCIENCES MORALES
loire lilléraire de M. le C. Orloff. Il la pailageen plusieurs
périodes, et dans chacune il commence par des observa-
tions préliminaires sur l'état de l'instruction publique.
C'est là que l'auteur décrit l'influence que le gouvernement
a exercée sur les lettres et la philosophie, souvent obligées
de lutter contre le despotisme et la superstition, et qui plus
souvent encore gémissent sous leur double inquisition. On
est étonné que la philosophie ait pu faire tant de progrès,
au milieu des persécutions dont elle était l'objet et des
bûchers dont ses apôtres étaient toujours menacés.
L'auteur divise le xviii* siècle en trois époques assez
distinctes. La première s'étend jusqu'à l'année lyHa, où
l'état de Naples, cessant d'être une province, prit, sous
Charles III de Bourbon, l'attitude d'une monarchie indé-
pendante; la seconde, jusqu'à l'avènement de Ferdinand,
son fils; la troisième, commençant avec ce prince, finit
avec le siècle. C'est dans cette troisième époque que la lit-
térature et surtout la philosophie prennent chez les Napo-
litains un nouvel essor; elles auraient fait de plus grands
progrès, si, vers la fin du siècle, la persécution la plus
féroce ne les eût arrêtés dans leur magnanime élan. « Les
muses, dit l'historien, se turent devant la hache des bour-
reaux; leur temple, à l'érection duquel deux générations
avaient travaillé, fut renversé de fond en comble. Là où
l'on s'était efforcé d'élever des autels, on ne vit plus que
des ruines , sur lesquelles il ne fut pas même permis de
répandre une larme (i).»
Nous nous taisons entièrement sur les dernières pages
des Mémoires de M. le C. OrlofF; il les consacre aux
hommes de lettres vivans qu'il a connus pendant son sé-
jour à Naples. Comme ils n'ont pas terminé leur carrière
littéraire, nous devons laisser à la postérité le soin de
(.) T.V,pag. 72.
ET POLITIQUES. S19
porter sur leurs ouvrages un jugement complet et définitif.
Mais , pour mieux faire sentir l'importance des Mémoires
que nous venons d'analyser, et la confiance qu'ils doivent
inspirer aux lecteurs, n'omettons pas d'observer que leur
auteur n'a négligé aucun moyen pour se procurer les ren-
seignemens les plus sûrs. Bien différent de ces étrangers
suffisans ou prévenus, q.ui semblent ne voyager que pour
méconnaître ou calomnier les nations qu'ils visitent, il a
consulté les meilleurs ouvrages et les savans les plus dis-
tingués. Ce n'est qu'après qu'il s'est vu en état de bien
apprécier le pays dont il avait entrepris d'écrire l'histoire ,
après avoir puisé les faits dans les sources les plus sûres,
qu'il y a joint ses remarques et ses réflexions; et nous pou-
vons assurer que, si ces Mémoires ne sont pas, comme le
dit l'auteur lui-même trop modestement , une histoire
complète de Naples, du moins ils seront d'un grand secours
pour les historiens futurs de ce pays. Quant au caractère
personnel de l'auteur, pourrais-je le faire mieux connaître
qu'en répétant ici les dernières lignes de son ouvrage ?
u Naples , pendant plusieurs années , a été pour moi un
séjour de paix et de bonheur. J'ai vu une foule de magis-
trats éclairés, de nobles sans orgueil , de savans modestes,
d'hommes de lettres sans prétention et sans jalousie. Tous
se sont empressés à l'envi de me communiquer leurs obser-
vations, de m'cntourer de leurs lumières; je jouis de l'a-
mitié de plusieurs, de l'affection de tous. Qu'ils reçoivent
le tribut de ma reconnaissance, ils vivront dans mes sou-
venirs. Leur patrie n'était pas aussi bien connue qu'elle
méritait de l'être ; j'ai voulu en donner une idée plus
avantageuse et plus juste. J'espère qu'ils me sauront gré
du moins de l'intention (i). »
(ij T. V,pag. \hj.
320 SCIENCES MORALES
M. AmauryDuvalj qui avait enrichi dénotes la première
partie des Mémoires de M. le C. Orloff, en a réservé de
plus intéressantes encore pour la troisième. Il y entretient
le lecteur de diverses questions de littérature ancienne et
moderne. Dans une de ses notes (i), par exemple, il s'é-
tudie à prouver qu'après le siècle de Lucain et de Stace,
le goût des lettres en Italie ne s'éteignit point, mais que
seulement le génie prit une direction nouvelle. Vers la fin
du v' siècle, les lettres, suivant lui, continuaient d'être
cultivées et honorées ; les ténèbres de l'ignorance et de la
barbarie ne s'étendirent réellement sur l'Italie qu'à l'époque
de l'invasion des Lombards. Il observe aussi que, si l'Eu-
rope ne sortit pas plus tôt de la profonde nuit dans laquelle
elle se trouva plongée pendant plusieurs siècles, il ne faut
en accuser que l'ambition des papes , qui concentraient
toutes les lumières dans les églises et les couvens. Ils
avaient senti que, pour conserver et étendre leur domi-
nation, il importait que les ecclésiastiques fussent les seuls
hommes éclairés au milieu des nations.
Dans une autre note, ou plutôt dans une autre disser-
tation (i), M. A. Duval se plaît à revendiquer en faveur
des Italiens l'originalité de leur littérature, originalité qui
leur a été contestée par des auteurs dont l'opinion est d'un
grand poids. A en croire ces auteurs, c'est aux Provençaux
que l'Italie est redevable de sa littérature; mais M. A. Duval
ne se rend point aux raisons qu'ils allèguent. Il lui répugne
de croire que la divine Comédie du Dante , que le Dèca-
méron de Boccace, etc., soient des productions, pour ainsi
dire , exotiques ; que leurs auteurs aient puisé leurs inspi-
rations dans les poésies légères et les canzones provençales,
seule littérature des troubadours.
(i) T.V, png. i55.
(2) Tbi(]., pag. 174.
ET POLITIQUES. ^^.
Ailleurs (i), M. A. Duval jette un coup d'œil sur les
dialectes italiens; il leur trouve, ainsi qu'auxdialectes de la
France, une origine et une base communes, le latin, et il
s'efforce de prouver qu'ils ne diffèrent guère entre eux qu'e
par la prononciation : on a , dans les uns , multiplié les
voyelles; dans les autres, les consonnes; ici, l'on a totalement
supprimé les désinences latines ; là, on en a conservé une
partie. En rétablissant ces désinences, en supprimant les
articles, etc. , on retrouve les mots latins dans leur pureté
primitive. Pour preuve de son système , il cite plusieurs
morceaux, tant en prose qu'en vers, écrits en dialecte na
politain, dialecte qui, selon lui , semble s'éloigner de l'o
rigine commune plus que les autres dialectes d'Italie
Quoique je ne sois pas de son avis sur ce dernier point *
je ne puis m'empêcher de remarquer que ses recherches
philologiques ont de l'intérêt.
Dans ses observations sur les diverses révolutions de la
littérature en Italie , M. A. Duval dit (2), en parlant de
l'école dont le poète Marini fut le chef: « Son école, appelée
de son nom Marinesca, a été en honneur pendant tout le
siècle dernier , et je n'assurerais pas qu'elle n'eût encore
aujourd'hui bon nombre de partisans. » Voilà ce que les
Italiens auront peine à lui accorder. Pour moi, je puis ré-
pondre au sévère critique et à tous les étrangers qui pense-
raient comme lui , que l'école de Marini est maintenant' si
décréditée chez les Italiens , qu'ils se servent généralement
du mot marinesco pour marquer le plus grand abus
que l'on puisse faire de l'esprit en littérature. D'ailleurs ,
les préceptes et l'exemple de Caroprese et de Gravina au
dix-septième siècle; desZanotti, de G. Gozzi, deParini, de
(a) T.V, pag. 189.
(5) I3.,pag. a 18.
TOMK XI. 21
322 SCIENCES MORALES
Cesarotti, d'AIfieri,au dix-huilième; de Monti, de Pinde-
monte , de Foscolo, d' Arici, etc. , de nos jours, prouven l assez
que cette espèce de peste littéraire a disparu à jamais du
parnasse italien.
Je me crois encore obligé de répondre à une observation
de M. A. Duval, d'autant plus que, sous quelque rapport,
elle me regarde personnellement. L'auteur, dans ses notes,
s'arrête long - tems sur la TÎe et les ouvrages de Sannazar,
parce que, dit-il, l'auteur de V Histoire littè7-aire{Gm^\iGnë),
n 'en parléque dansune seule phrase. « C'est, ajoute-t-il(i)
une injustice ouun oubli que j'ai dû réparer, une lacune
qu'il me restait à remplir. » Il observe plus bas (2) que Gin-
guené n'a rien dit aussi du Vendemmiatore , poème célèbre
de Luigi Tansillo, et il prend de là occasion d'en citer plu-
sieurs strophes. Mais , si M. A. Duval s'est cru obligé de
rendre justice à Sannazar et à Tansillo, mes concitoyens,
qu'il me soit permis de la rendre aussi à Ginguené, notre
commun ami, d'autant plus qu'en ma qualité de continua-
teur de son ouvrage, je pourrais mériter le même reproche
que lui.
M. Ginguené, d'après le plan qu'il avait adopté, devait
encore consacrer à divers genres de poésie plusieurs cha-
pitres que la mort l'a empêché de rédiger. Il en destinait un
au genre pastoral, et c'est là qu'il aurait parlé , comme il
l'avait lui-même annoncé, de Muzio, de Rota , de Baldi, et
surtout du célèbre auteur AeVArcadiej Sannazar. Un autre
chapitre était réservé pour les Poemettij mot qui n'exprime
pas ce qu'on entend en français par petits poèmes ; et c'est
alors que Ginguené aurait parlé du Vendemmiatore deTan-
sillo,ainsi que d'unautrepoème, connu sousletitrede>t«7-/7z^s
(i) T. V, pag. ao5.
(a) /cf. , pag. 207.
ET POLITIQUES. 22S
de saint Pierre j que le même poète composa pour réparer le
scandale occasionné parle premier. II n'aurait pas manqué
non plus de parler des poètes latins , ainsi qu'il l'avait fait
pour les siècles précédens; et Sannazar, comme auteur du
poème si renommé départit Virginis ^ aurait reparu parmi
les Flaminio, les Paleario, les Vida,- les Fracastoro et autres,
qui réclament encore la mention qui leur est due.
Ces chapitres et quelques autres, pour la rédaction des-
quels je me suis confoi'mé au plan adopté par mon illustre
devancier, formeront un dixième volume, que je me pro-
pose d'ajouter aux neuf volumes à&V Histoire li ttéraire d" I~
iîa/ie déjà publiés; et ce n'est qu'alors qu'on pourra regarder
comme vraiment complète l'histoire du seizième siècle.
Je ne m'arrêterai pas plus long-tems sur les savantes
additions de M. A. Duval, dans la crainte de trop étendre
cet article. Qu'il me suffise de remarquer que toutes sont
importantes, et qu'il fait preuve à chaque page d'esprit et
d'érudition.
A ces notes , l'auteur a cru devoir joindre un ouvrage qui
u'ofifre pas moins d'intérêt. Ce sont des Tableaux de Naples
et de ses environs j que ^ jeune encore, il avait tracés,
comme il le dit lui-même, en présence des modèles. Ceux
qui ont visité ces contrées célèbres , aimeront à se les rap-
peler avec l'auteur; et ceux qui ne les ont point encore vues,
désireront les parcourir. Ses descriptions sont d'une vérité
frappante. Bien qu'il me reste peu d'espace pour des cita-
tions , je rapporterai du moins ici le tableau que l'auteur
fait d'une éruption du Vésuve.
« Tout - à -coup, et sans que rien ait annoncé la crise,
une colonne de fumée s'élance de la cime du Vésuve à une
hauteur prodigieuse, où elle forme ensuite un large nuage
noir , qui ressemble à la tête d'un haut pin : des éclairs
brillans et multipliés sillonnent ce nuage , qui va toujours
21 *
32A SCIENCES MORALES
s'agrandissant., et l'on entend, dans les profondeurs de la
montagne, de sourds mugissemens, d'effrayantes déton-
nations. Bientôt, au milieu de la colonne de fumée, on voit
s'élancer, à des intervalles presque égaux , des flammes
rougeâtres , et le nuage noir qui termine la colonne pa-
raît parsemé d'étincelles. Ces flammes indiquent des jets
de matières fondues; ces étincelles sont autant de pierres
embrasées, dont quelques-unes sont d'une énorme grosseur.
C'est alors que, pendant la nuit, on voit couler sur les flancs
de la montagne de longs torrens de feu; ils sont quelquefois
en si grand nombre et si rapprochés, que, vus de Naples,
ils semblent ne former qu'une large nappe de feu, étendue
sur toute lamontagne. La mer, qui en répète l'image, paraît
aussi toute de feu; et Naples est au milieu, comme un grand
vaisseau voguant sur un fleuve de l'enfer (i). »
L'auteur termine son intéressante promenade par quel-
ques phrases, où l'on trouve des sentimens que tout voya-
geur impartial devrait partager avec lui.
« Adieu , rives chéries du Sebeto. Pour prix de la douce
hospitalité que vous m'avez offerte , mon cœur reconnais-
sant souhaite que la paix dont vous jouissez ne soit jamais
troublée ni par la folle exaltation des peuples, ni par l'im-
placable colère des rois. Moi, je retrouverai ma patrie glo-
rieuse, triomphante, mais agitée, malheureuse, ensan-
glantée.... Parthénope ! et toi, tu voudras peut-être un
jour, à l'exemple des Français, te donner de justes lois et
la liberté! Oh! puisse la providence te réserver un meilleur
sort ! »
Tels étaient, au tems où il écrivait, les vœux du voyageur
philantrope. Malheureurement , ils n'ont pas encore été
exaucés! ?• Salfi.
(0 T.V,pag. 59..
ET POLITIQUES. 52»
'W\'\\'V*'% \'W\1'W1*
Biographie nouvelle des contemporains, ou Diction-
naire historique et raisonné de tous les hommes qui ,
depuis la révolution française , ont acquis de la
célébrité par leurs actions , leurs écrits , leurs
erreurs ou leurs crimes , soit en France , soit dans
les pays étrangers; par MM. Arnault, Jay, Jouy,
NoRviNS , etc. Ornée de 240 portraits au burin , d'a-
près les plus célèbres artistes (1).
Qui s'imaginerait que les Turcs soient le peuple qui a
fouillé le plus avant les mines fécondes de Ja biographie ?
Si l'on en croit le témoignage du célèbre lord Byron , leurs
mémoires historiques ne remontent pas seulement, comme
les nôtres , à la création du monde : ils possèdent une
biographie des Préadamites. Un tel ouvrage a cela d'a-
gréable, que les erreurs y sont difficiles à yérifier, et qu'on
peut s'y permettre un peu de calomnie , sans s'attirer de
fâcheuses affaires avec les particuliers ou avec les tri-
bunaux.
Mais il s'est trouvé parmi nous des entrepreneurs de
livres qui , bien moins avides de sécurité que de scandale
et d'argent, ne se sont avisés d'exploiter ni la vie des de-
vanciers de Mathusalem, ni les anecdotes voisines du dé-
luge; ce sont les hommes pipans qu'ils ont cités à leur
tribunal ignorant et partial (2); c'est contre eux qu'ils ont
(1) Paris, 1821. In-8». A la librairie historique, rue Saint-Ho-
noré, n" 125. Prix de chaque volume iD-8°, 6 fr. Les T. I et II sont
en vente.
(2) Voyez, sur ce libelle, dans le 1" cahier de la Revue (jan-
vier 1819 , T. I, p. 142) une note très-détaillée , au bas d'un article
de M. Barbier, ayant pour titre : Examen des dictionnaires histo
riques modernes lesplus répandus.
$26 SCIENCES MORALES
prononcé des arrêts, iniques au fond, indécens dans la
forme, et qui ne pouvaient flétrir que les juges eux-
mêmes. Mais les juges ne les ont pas signés ; ces diffa-
mateurs à tant la page se couvrent lâchement du voile de
l'anonyme , voile soulevé quelquefois sans qu'ils le sachent.
Je connais un d'entre eux dont la bassesse s'est acharnée
sur un homme qui naguère lui avait procuré du pain.
Et c'est au nom de la morale et de la religion que s'exerce
un tel brigandage littéraire ! c'est pour venger l'ancien ré-
gime , cette arche sainte de toutes les vertus, comme
chacun sait, que ces Messieurs foulent aux pieds la jus-
tice et la décence! Pourquoi ne pas mettre mieux leurs
procédés d'accord avec leurs paroles ? Sied-il aux pré-
tendus champions de l'autel et du trône d'imiter les satur-
nales de la révolution?
Ce qui me fait penser qu'au fond. Grecs ou ïroyens
leur sont indifïérens, et qu'un sordide amour du gain dicte
seul ces méprisables écrits, c'est que j'ai vu paraître der-
nièrement ^ sous le titre de Cours du Nord j une biogra-
phie de princes et de princesses , non pas de nouvelle fa-
brique, mais des plus antiques dynasties, et que, dans
cette rapsodie grossière , des notes et une préface tout-à-
fait monarchiques forment le contraste le plus ridicule
avec les honteuses anecdotes dont l'ouvrage est rempli.
Plaisante manière de rendre la légitimité respectable aux
yeux des peuples, que de vouer à l'exécration les derniers
rejetons de plusieurs branches de cet arbre auguste, et de
présenter, comme un ramas d'ivrognes et de crapuleux
débauchés, de messalines et d'empoisonneuses, tout un
collège de rois et de reines dont les cendres sont à peine
refroidies !
L'irruption de ces biographies d'antichambre nous ren-
dait nécessaire un livre de salon et de bibliothèque, où les
ET POLITIQUES. 327
contemporains fussent appréciés avec justice et enthou-
siasme, lorsque la gloire les avoue; avec justice et poli-
tesse , lorsque le seul esprit de faction les réclame ; et tel
est l'ouvrage qu'ont entrepris les hommes les plus capables
de le bien faire : MM. Arnault, Jay, Jouy et Norvins. Les
deux volumes déjà publiés ont obtenu un succès général.
Le mérite de l'exactitude dans les faits et de la décence
dans les réflexions distingue éminemment l'un et l'autre;
le soin des particularités curieuses m'a paru se faire sentir
encore plus dans le second que dans le premier, soit qu'un
plus grand nombre de noms éclatans y ait été appelé par
l'ordre alphabétique , soit que les habiles auteurs aient
voulu redoubler d'efforts pour justifier les suffrages du
public. De mon côté, j'ai à justifier mon éloge, et je vais
le faire par quelques citations.
J'ouvre le livre à l'article d'un homme qui , par son mé-
rite et son élévation , par la noblesse de son caractère, par
les positions délicates où il s'est trouvé , par celles où il
peut se trouver encore, fixe les regards de l'Europe, et
surtout de la France qui s'honore de l'avoir vu naître, quoi-
qu'il se soit cru obligé de porter les armes contre elle. On
voit que je veux parler du général Bernadotte, passé roi,
comme disent les soldats, mais sans cesser d'être général.
Plusieurs circonstances importantes de sa vie glorieuse et
agitée sont présentées par les biographes, d'une manière
aussi neuve qu'intéressante. Voici comment ils le peignent
à la fameuse bataille de Wagram , ayant en tête le redou-
table prince Charles, et, dans ses propres rangs, des
ennemis cachés, plus redoutables encore : « L'attaque fut
des plus vives ; les Saxons se battirent avec un courage
admirable. Wagram fut pris et repris par eux. Fendant
deux heures, ils arrêtèrent les Autrichiens au milieu du
village enflammé. Leur perte était considérable. Une di-
328 SCIENCES MORALES
rision française, couimandôe par le général Dupas, faisait
partie du 9* corps. Le prince de Ponte-Corvo lui ordonna
d'avancer pour soutenir les Saxons. Le général Dupas ré-
pondit qu'il avait ordre de garder sa position. Cette réponse
inattendue, de la part d'un général qui 'appartenait au
corps d'armée à sa disposition , le frappa de surprise et
d'indignation. Il s'occupa d'abord à sauver ce qui restait
de Saxons; et, après avoir acquis la certitude que le gé-
néral Dupas avait en effet reçu des ordres supérieurs, con-
traires aux siens, il se rendit en hûte au quartier-général
pour informer l'Empereur de ce qui venait de se passer. II
se plaignit énergiquemeut de cette violation des règles
militaires, et dit, entre autres choses, que, si c'était dans
la vue de le faire périr, on avait des moyens moins odieux
que de sacrifier avec lui tant de braves gens. Ce n'était ni
de l'Empej^eur ni de son armée qu'il se plaignait, mais de
celui ou de ceux qui, par haine ou par jalousie, s'étaient
portés à ce qu'il considérait comme un véritable guet-
apens. L'Empereur le jugea ainsi, et chercha à le calmer,
en lui disant que c'était une de ces erreurs ou de ces mé-
prises inévitables dans un si grand mouvement. Mais
B-ernadoîîe,ne voulantplus s'exposera dépareilles chances,
demanda et obtint son congé. Cette anecdote, poursuivent
les auteurs, a été dénaturée dans plusieurs biographies :
nous la tenons, telle qu'elle vient d'être racontée, d'un
témoin oculaire. »
Ils citent aussi des faits curieux et positifs sur ce qui se
passa entre Napoléon et le maréchal Bernadotte, lorsque
l'élection libre et la confiance des peuples conduisi-
rent ce dernier sur les marches du trône de Suède. Mais
je suis forcé de négliger ces détails pour arriver à la partie
la plus délicate de l'histoire du général Bernadotte , à sa
conduite envers la France, dans la coalition de i8i4; con-
ET POLITIQUES. S29
duite qui, selon les intérêts ou les passions, a été diverse-
ment envisagée. « Nous allons , disent à cette occasion les
biographes, rapporter des faits qu'on ne peut contester, et
qui peuvent servir de base à l'opinion des contemporains,
comme au jugement de l'avenir. Les relations entre la
Suéde et la France, après l'élection du nouveau prince
royal, lurent d'abord très-amicales. Les demandes réité-
rées de Napoléon n'éprouvèrent aucun refus. Le prince
royal alla même jusqu'à obtenir que la Suède, contre ses
intérêts les plus manifestes , déclarât la guerre à la Grande-
Bretagne. Napoléon commença bientôt à traiter le prince
royal de Suède avec aussi peu déménagement, que les
rois qu'il qvait placés lui-même sur divers trônes et qu'il
considérait comme ses lieutenans. Mai^s Bernadotte n'était
pas dans la même position que le roi Murât ou le roi Jérôme :
il tenait son rang de la volonté librement exprimée de la
nation suédoise, et les intérêts de cette nation devaient
l'emporter chez lui sur les intérêts de Napoléon, même
sur ses propres affections. Les Suédois se plaignaient des
corsaires français qui saisissaient leurs bâtimens ; les dé-
cisions même du conseil des prises n'avaient plus d'auto-
rité, lorsqu'elles se trouvaient favorables aux Suédois. L'oc-
cupation imprévue de la Poméranie, sans que Napoléon
daignât s'expliquer sur les motifs de cette agression, exalta
le mécontentement delà Suède.... Ces circonstances ame-
nèrent l'entrevue du prince royal avec l'empereur Alexan-
dre dans la ville d'Abo, en mars 1812, et le traité qui en
fut la suite. Ainsi tombe le reproche que quelques biogra-
phes ont fait au prince royal, de ne s'être déclaré contre
Napoléon qu'après les revers de la campagne de Russie.
La correspondance entre le prince et Napoléon, qui a été
publiée en i8i3, et divers documens authentiques que
nous ayons sous les yeux, prouvent que ce n'était point
330 SCIENCES MORALES
contre la France, mais seulement contre le despotisme de
Napoléon que le prince royal de Suède croyait avoir pris
les armes On assure que, pendant la désastreuse cam-
pagne de 18 13, il engagea l'Empereur à conclure la paix.
Ce n'était pas un motif pour l'y décider. Bernadotte au-
rait-il été trompé par les alliés, dans tous les événemens
postérieurs, au passage du Rhin? On l'ignore jusqu'à pré-
sent. Quoi qu'il en soit, ce prince a été jugé avec une
grande sévérité, et a dû s'attendre à l'être ainsi par les
Français. Peut-être a-t-on trop oublié qu'il avait une nou-
velle patrie, et qu'une nation généreuse et indépendante
lui avait confié sa défense et le soin de son honneur. Rien
n'avait plus mécontenté la Suède que la perte de la Fin-
lande , que Napoléon avait abandonnée à l'empereur
Alexandre', sans compensation. Peut-être aussi le prince
royal de Suède°s'était-il trop pressé de faire cause com-
mune avec les nouveaux garans de sa future royauté : il le
fit avec éclat, on ne peut en disconvenir. »
J'ai cité tout ce morceau , parce qu'il rectifie des faits
importans, et que la manière dont il les présente est un
modèle de bienséance et d'impartialité. Ce même mérite
se retrouve dans tous les articles de l'ouvrage; graves et
approfondis , lorsque le sujet l'exige ; légèrement malicieux ,
quand la matière le permet. L'impression qu'il m'a laissée ,
c'est que les Français y sont jugés par des patriotes enne-
mis de tout désordre , de tout excès , de quelque nature
qu'il puisse être ; les étrangers, nés en France ou ailleurs,
par des hommes équitables et de bonne compagnie ; les
uns et les autres, par des écrivains aussi spirituels qu'exer-
cés. AlGNAN.
ET POLITIQUES. 331
W'V'X «.v^^vvw^wx vwv
Voyage dans la Grèce , comprenant la description
ancienne et moderne de L'Epire , de i'IUyrie grecque,
de la Tkessalie, de l' Acai'nanie , de l'Etolie an-
cienne, delà Locride Hespérienne, de la Doride
et du Péloponcse ; avec des Considérations sur l'ar-
chéologie g la numismatique , les mœurs , les arts ^
l'industrie et lecomm.erce des habitans de ces pro-
vinces; par F. G. H. L. Pouqueville; ouvrage orné
de figures et eurichi de cartes géographiques dressées
par M. Barbie du Bocage , de l'Institut de France (i) .
On peut dire que la Grèce antique était de nos jours
mieux connue que la Grèce moderne, grâce au savant
Barthélémy, qui employa plus de vingt années de sa vie
à réunir, dans son J^oyage d* Anacharsis , tout ce que les
anciens avaient écrit de plus remarquable sur cette terre
illustre et à jamais classique, sous le rapport des arts, de la
poésie, de l'éloquence, des sciences philosophiques et de
la dignité morale de l'homme. Un grand nombre de livres
ont été publiés sur la Grèce , depuis le seizième siècle
jusqu'à Tépoquc présente; et celui qui pourrait en lire et
en méditer la compilation entière, n'aurait encore que des
notions imparfaites et souvent contradictoires snr l'état
actuel de ce même pays, dont les souvenirs glorieux sont
présens à chacun de nous, dès l'âge de nos premières
études, et dans l'histoire duquel, auxpériodes ultérieures
de leur vie, le législateur, l'artiste, l'homme de lettres, le
guerrier , vont chercher et retrouvent sans cesse le type
de tout ce qui est juste, beau, harmonieux, héroïque.
(i) Paris, 1821. Firmin-Didot , père et fils, libraires, rue Jacob ,
n" 24. Les quatre premiers vohimes ont paru.
Ui SCIENCES MORALES
Un ouvrage enfin a paru , qui semble destiné à soutenir
en quelque sorte le parallèle avec celui de Barthélémy, et
à devenir classique à son tour, considéré sous le rapport
de l'état moderne et de la situation sociale de la Grèce. Il
est aussi le fruit de longues années de travail, d'observa-
tions et de séjour dans ce pays. « C'est l'œuvre de ma vie, »
dit M. Pouqueville. L'auteur venait de publier, en i8o5,
un voyage en Morée, qu'avec une rare modestie il qua-
lifie, dans celui-ci, de tâche à peine ébauchée, quand il
fut nommé consul général de France auprès d'Ali, pacha
de Janina. Malgré la cruauté connue du satrape de l'Epire,
malgré le souvenir d'une captivité récente de trois ans ,
aux sept tours, M. Pouqueville partit pour sa destination,
entraîne par l'a-mour de la science , par son zèle , et sans
doute aussi par cette conscience de ses forces, qui lui pro-
mettait et qui nous a valu l'important ouvrage que nous
annonçons.
En débarquant en Épire, M. Pouqueville, comme Bias,
dont il allait visiter la patrie, emportait avec lui toutes les
richesses morales qui pouvaient servir à élever un monu-
ment durable. Il avait appris le grec vulgaire, pour pouvoir
se mettre en rapport direct avec les habitans, et il était
assez helléniste pour avoir la clef du style des inscriptions;
initié dans sa jeunesse aux secrets de la science médicale,
la physique et l'histoire naturelle lui étaient connues; il
s'était rendu familiers les auteurs anciens; son séjour for-
cément prolongé à Constantinople l'avait instruit des mœurs
privées et des institutions politiques du peuple ottoman ;
mais, par-dessus tout, il était doué de toute la candeur né-
cessaire à l'historien, et de cet ardent amour du vrai, si
peu commun au voyageur.
Ces deux qualités, jointes à la vertueuse indignation que
lui inspirent le crime et la tyrannie , ont dicté à l'auteur sa
ET POLITIQUES. 333
notice biographique sur Ali-Pacha. Pendant douze années,
observant avec constance la physionomie atroce du visir,
souvent spectateur obligé de ses actes de cruauté, qu'il
désapprouvait hautement, parfois arrachant quelques rares
victimes aux hécatombes d'un despote, qui s'étonnait de
l'ascendant de l'homme juste, mais qui n'était pas moins
dangereux quand il feignait de caresser que lorsqu'il me-
naçait, M. Pouqueville, entouré de délateurs et d'assassins,
semble de son burin vengeur avoir ajouté chaque jour, et
avec l'impassibilité sévère de l'histoire, quelque trait ca-
ractéristique à une peinture hideuse de ressemblance. Ce
morceau, rejeté à la fin du troisième volume, suffirait seul
à la réputation d'un écrivain ; c'est la manière de Tacite
unie à celle du Dante.
L'Épire dut être naturellement le premier objet des in-
vestigations littéraires et géographiques de l'auteur. Ce
pays , dévasté de tout tems par le brigandage des émirs et
des beys, petits tyrans féodaux, comme il l'est encore par
l'administration sanglante d'Ali-Pacha, n'avait jamais été
exploré en détail par les voyageurs européens , qui pou-
vaient à peine y aborder ou le traverser rapidement. Il
était moins connu , suivant l'expression d'un savant
(M. Gossellin ) , que la majeure partie du nouveau monde.
Plus heureux par sa position diplomatique, déjà au bout
de trois ans de courses et de travaux assidus, M. Pouque-
ville était parvenu à pouvoir décrire exactement la topo-
graphie de cette contrée. Sur les soixante-dix villes qui y
furent détruites par Paul Emile, il en avait retrouvé cin-
quante-cinq. D'après un système fort sage , dans la clas-
sification de ses découvertes, il plaçait au premier rang les
acropoles en architecture cyclopéenne pure, et qui, par
conséquent, n'ont pas été relevées depuis une haute anti-
quité ; il rangeait en seconde ligne les constructions pélas-
giques, restaurées partiellement en maçonnerie hellénique.
râh SCIENCES MORALES
ainsi que les villes entièrement de fabrique grecque; des-
cendant delà à travers les siècles qui suivirent la conquête
des Romains , il distribuait également par classes les en-
ceintes à bases cyclopéennes, restaurées par les hellènes
et surchargées de réparations romaines; les places unique-
ment bâties en briques et moellons, telles que Nicopolis
sous Auguste; les fabriques mesquines du Bas-Empire, et
le plâtrage même des Turcs, qu'on trouve appliqué à cer-
taines forteresses des premiers âges. C'est ainsi que notre
savant voyageur se plaisait à lire dans les murs à polygones
irréguliers , en belles pierres de taille , en brique ou en
blocage, l'histoire des siècles écoulés, depuis les indigènes
le plus anciennement connus jusqu'à l'invasion des maho-
métans.
A celte époque des recherches de M. Pouqueville , quel-
ques ingénieurs géographes et officiers du génie français,
appelés à Corfou par le général Donzelot, avaient établi
des bases fixes etpris des triangulations sur plusieurspoints
des côtes de la Chaonie et de la Thesprotie. Ce fut une
donnée invariable qui servit à coordonner le plan de l'au-
teur. Dès-lors, il s'occupa de classer les villes les plus rap-
prochées de la mer, en remontant d'étages en étages jusqu'au
pied du Pinde. Il ne dédaigna pas de s'instruire , pour ce
vaste travail, des traditions populaires, qui, employées avec
discernement , peuvent être de bons guides ; il mit à con-
tribution les cartulaires des abbayes , les archives métropo-
litaines ; sut tirer de justes inductions des étymologies lo-
cales; se servit à propos des compilations de dom Vaissette
et du père Lequien , et consulta tous les ouvrages qui ont
traité des guerres et des conquêtes des Turcs. Il remonta
ainsi aux tems du Bas -Empire, où les chroniques des By-
zantins s'offrirent à lui comme un pont jeté entre la barbarie
et les siècles historiques. Ici, se présentaient de nombreux
signaux de reconnaissance, fournis par les c&iivMns de
ET POLITIQUES. 335
ranliquité, tels que Thucydide, Polybe , Tite-Live, PIu-
tarque , et les indications précieuses de l'astronomie et de
la géographie anciennes chez Strabon, Marin de Tyr, Pto-
lémée et Pausanias. Pour l'intelligence de ces auteurs ,
M. Pouqueville préfère la critique judicieuse de Paulmier
de Grentemesnil aux discussionsde Cellariusetde d'Anville.
Une découverte importante vint se joindre encore à tant
de moyens de succès : ce fut celle du véritable emplacement
de Dodone. L'auteur avoue que c'est aux instructions et
aux dessins que lui fit parvenir le savant M. Petit-Radel,
qu'il a dû l'éclaircissement de ce problème, dont la solution
jette la plus grande lumière sur la géographie ancienne.
Dodone^ qu'il avait cherché bien loin, d'après les faux er-
remens de Cyriaque d'Ancône , se trouvait aux portes de
Janina, ainsi que la demeure sacrée des Celles et le Hiéron
de Jupiter Pelasge. Dès-lors, tout s'orienta sans peine au-
tour de lui ; la plus haute antiquité lui parut dévoilée , et il
put facilement appliquer aux lieux qu'il visita les détails
transmis par les historiens et les géographes grecs et latins.
Si la position de Dodone, incontestablement fixée,
devint le point central des opérations topographiques de
l'auteur, la ville de Janina fut, pendant son séjour en
Epire, le quartier général d'où il se mettait en marche
pour ses invasions scientifiques, et où il rapportait le fruit
de ses conquêtes. Après un grand nombre de courses, qui
n'étaient pas toujours sans dangers, il fut en état de dresser
avec exactitude un tableau des quatorze divisions de l'É-
pire ancienne, comparées à ses cantons modernes. L'ex-
ploration de ces provinces et celle de l'IIlyrie macédo-
nienne remplissent le i" et une partie du 2° Tom. de
l'ouvrage. Viennent ensuite les détails d'un voyage exécuté
à travers la Bosnie, par M. H. Pouqueville, frère de l'au-
teur, lequel, en nous faisant connaître encore la Macé-
doine septentrionale, ses montagnes, continuation des
336 SCIENCES MORALES
Alpes tyroliennes, et les sources de l'Axius ou Vardar,
complète ainsi pour nous la description de l'ancien
royaume d'Alexandre. On doit aussi , à ce digne col-
laborateur, la reconnaissance de FEtolie, proyince ignorée
de nos jours, autant qu'elle avait été célèbre dans les fastes
de la Grèce ; il y a retrouvé Thermus et le lac Trichon ,
l'emplacement de plusieurs villes, le vaste pont qui ouvre
une communication entre l'Ophie et le mont Aracynthe;
la décharge des lacs dans l'Achelous et non dans l'Evenus,
comme le prétendait d'Anville.
Après avoir déterminé l'emplacement des provinces et
des villes anciennes de l'Epire ; après avoir dessiné les
montagnes et leurs points culminans, les fleuves et les
courans d'eaux, ces grands et éternels linéamens de la
physionomie du globe, 31. Pouqueville offre une série
d'observations sur la nature du sol, de l'air et des lieux :
il rend compte des phénomènes particuliers aux tremble-
mens de terre , fréquens dans cette contrée ; de la tempé-
rature, des maladies et de la condition des agriculteurs.
Il trace des indications générales sur les règnes de la na-
ture, et termine le 2" volume de son voyage par une
histoire abrégée des Schypetars, vulgairement connus sous
le nom d'Albanais. Cette nation populeuse et remar-
quable par son courage, son industrie et son activité,
changera un jour la face de la Grèce, si l'on en croit
.M. Pouqueville, qui a étudié avec persévérance les mœurs
des Albanais, et même leur langue, dont il donne aux phi-
lologues un vocabulaire assez étendu pour qu'ils puissent
y rechercher l'origine de ces intrépides peuplades cauca-
siennes, transplantées en Albanie par d'antiques migrations.
Le 4* volume contient la description de la Thessalie ,
de l'Acarnanie, des deux Étoiles^ de la Locride, de la
Doride ; l'introduction à la topographie du Péloponèse et
du voyage dans l'Achaïe; enfin, cette vie d'Ali-Pacha, dont
ET POLITIQUES. 337
piesque tous les chapitres de cet ouvrage retracent les
fureurs et l'odieuse politique.
Parmi ces provinces, la Thessalie méritait les recherches
et les développemens que lui accorde l'auteur. Cette ré-
gion fut le berceau des principaux peuples de la Grèce, et
les faits historiques s'y rattachent aux traditions de la my-
thologie. Ainsi, près du séjour des Centaures et des La-
pithes, près de ce golfe Pagasétique, d'où s'élança le vaisseau
des Argonautes chanté par tous les poètes de l'antiquité,
on retrouve cette vallée délicieuse de Tempe toujours
émaillée de fleurs, et où semblent bourdonner encore les
nombreux essaims d'Aristée, colonie plus constante sur ce
sol que les races d'hommes qui en ont disparu. Là sont les
Cynocéphales fameuses par la défaite de Philippe, dernier
théâtre de la gloire macédonienne expirante devant les
aigles du peuple-roi; et ces champs de Pharsale, où la
force mit aux pieds de l'usurpation les libertés romaines,
et qui rappellent cette journée des grandes démarcations
politiques : époque surtout mémorable en ce que dès-lors
s'éteignirent, au milieu du monde civilisé, les institutions
du républicanisme si anciennement et si universellement
répandues, pour faire place au système des monarchies
qui, diversement modifié, règne encore depuis cette Ion"-ue
suite de siècles.
Fidèle à la méthode qu'il a adoptée , M. Pouqueville ,
avant d'entrer dans le détail de ses excursions en Morée,
présente quelques rapprochemens entre les mesures géné-
rales que Strabon a publiées sur cette presqu'île et celles
de nos astronomes. Lu longitude et la latitude du cap Té-
iiare, que donne ce géographe, sont parfaitement exactes.
Il en résulte, aux yeux de l'auteur, que les anciens, ayant
beaucoup vu et calculé , savaient-, depuis un tems proba-
blement bien antérieur à Strabon, évaluer les mesures de
Tome xi. 22
338 SCIENCES MORALES
la terre autrement que par la réduction approximative des
périples et des itinéraires.
M. Pouqueville parle ensuite des malheurs qui ont
désolé le Péloponèse ; il donne un tableau comparatif de
ses provinces anciennes et de ses divisions actuelles , ainsi
que la topographie de l'Achaïe.
Dans le Tom. IV, il décrit la Sicyonie , Corinthe et son
golfe, Salamine et cette célèbre Athènes, dont les voya-
geurs nous parlent sans cesse et sur laquelle notx'e curiosité
est toujcvurs insatiable. En revenant sur ses pas, il visite
Eleusis, Mégare, Mycènes , la Corinthie et l'isthme de
Corinthe. M. W. Gell, qui s'est acquis quelque gloire par
son voyage en Grèce, dans lequel il a publié la description
des monumens de Mycènes , avait cru , comme d'autres
voyageurs, y reconnaître des œrarium. M. Pouqueville
pense, avec plus de fondement, que ce sont les tombeaux
des Atrides , et non des caveaux destinés à renfermer les
richesses de ces princes. Il restitue les prétendues décou-
vertes du voyageur anglais à leurs véritables auteurs,
Fourmont, dont la véracité fut trop long-tems contestée,
et M. Fauvel, notre vice-consul à Athènes.
Tout en rendant hommage au beau talent de M. de
Chateaubriand , M. Pouqueville ne peut lui accorder la
double gloire qu'il s'attribue d'avoir retrouvé les tombeaux
d'Égisthe et de Clitemnestre dans deux sépulcres mo-
dernes, précédemment vus et dessinés par Foucherot, et
les ruines de Sparte que le même Fourmont avait dé-
crites (i). Il regrette qu'un itinéraire si rapidement es-
quissé n'ait pas laissé le tems au noble voyageur de se
(i) M. de Chateaubriand avait dit •.Singulière destinée qui me
fait sortir de Paris pour fixer l'emplacement de Sparte, et découvrir
les cendres de Clitemnestre. Il est bien reconnu que ces sépultures
appartiennent, l'une à Halil, aga d'Argon, assassiné en 1771 par
des brigands, et l'autre à son domestique qui eut le même sort.
ET POLITIQUES. ,^39
reconnaître. Déjà le savant M. Ouvaroff avait fait au chantre
des Martyrs un reproclie pareil, au sujet des ruines d'E-
leusis ()).
L'Argolide, l'antique Cjnurie, la Phliasie et les restes
inconnus jusqu'alors de Phlionte, le gouffre de Stymphale,
celui de Phenéon, Caphys que fonda Dardanus, le bassin
du Ladon, le mont Cyllène et le vallon du Cérynite sont
tour à tour l'objet des observations que l'auteur rattache à
Patras.
Nommé consul dans cette ville, eu 1816, il en part au
printems pour entrer dans la vaste Élide, et il expose la
topographie entière de cette province, plutôt indiquée que
décrite par les voyageurs. Il revivifie Olympie, son stade,
son hippodrome et le territoire consacré par Hercule à
Jupiter.
Passant ensuite à la Potamographie de l'Alphée et de
l'Erymanthe, il en indique les sources, le cours et l'embou-
chure ; il décrit la montagne poétique de Ladon , le
Lampée , l'Olènos, le Cyllène cher à Mercure ; et dans une
excursion au monastère de Mégaspilion , il fait connaître le
régime et les œuvres charitables des pythagoriciens du
christianisme , dont l'exemple et les vertus soutiennent le
courage des fidèles au milieu de la Grèce asservie.
Le cinquième volume de l'ouvrage n'a point encore
paru : il doit présenter le tableau des revenus, des charges,
des productions de la Morée, et une statistique de cette
province, à laquelle seront joints des aperçus sur le com-
merce français dans le levant, aujourd'hui presque envahi
par celui des Grecs , dont l'auteur montrera les richesses et
la puissance navale.
Il nous promet aussi des épisodes qui ne seront pas sans
intérêt et les détails de son voyage dans la Triphylie , la
f I ) -Essai sur les mystères d'Eleusis. Saint-Pétersbourg , i S 1 2.
22 *
3A0 SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Messénie et le territoire de Gérennius, dont Nestor portait
le surnom. Il annonce une notice sur Sparte, les inscriptions
qu'il a recueillies dans l'Eleuthero-Laconie, et une carte
générale dressée par M. Barbié-Dubocage, qui fera juger
combien la géographie de la Grèce a gagné par les sa-
vantes explorations de JM. Pouqueville (i). L'archéologie,
la numismatique , l'histoire comparée et la science des
inscriptions ne devront pas moins de développement aux
recherches de l'auteur que la statistique et la géographie
spéciale.
Dans cette rapide analyse des quatre volumes que nous
avons lus avec un intérêt vif et soutenu , circonscrits à
regret dans un cadre resserré et ne pouvant nous étendre
avec quelque détail sur ce Voyage, uniquement entrepris
dans l'intérêt de la science et exécuté de manière à en
élargir le domaine , nous avons dû nous borner à indiquer
les sommités, les parties saillantes de l'édifice; nous nous
sommes d'abord occupés de ce qu'on pourrait nommer en
quelque sorte le matériel delà Grèce moderne. Il noussuffisait
pour le moment d'annoncer un ouvrage où d'immenses re-
cherches, une érudition profonde et un beau talent s'u-
nissent aux plus pures intentions ; un ouvrage que les
circonstances actuelles doivent faire rechercher avec em-
pressement et qui restera, (juelle que soit leur issue. Quant
à sa partie morale, c'est-à-dire la description des moeurs
publiques et privées des Turcs et des Grecs , l'esprit du
gouvernement , les institutions civiles et religieuses des
uns, l'état social, les intérêts et les dispositions politiques
des autres, enfin tout ce qui constitue, modifie, altère le
principe de vie dans la cité ; nous en ferons le sujet d'un
second article. D. de Gavedell Geannt.
(i) Il esta désirer que l'on se serve de ces documens pour les
tartes de la nouvelle édition du Vojage d' jînacharsis.
LITTERATURE.
Philibert, roman poétique ensix chants; par Thomas
Collej Grattan (i).
L'action principale de ce poème est empruntée au fameux
procès du faux Martin Guerre , recueilli dans les Causes
célèbres de Gatot de Pitaval. Né dans la province de Biscaye,
Martin Guerre épousa, au mois de janvier i53g, Bertrande
de Rois, de la ville d'Antigues, qui unissait un jugement
droit à une grande beauté. Ils vécurent environ dis années
ensemble , jouissant d'une honnête aisance , et ils eurent un
fils de leur union. Vers celte époque , Martin désira voyager;
il quitta sa femme et sa famille, et ne leur donna point de
ses nouvelles, durant un laps de tems considérable. Ber-
trande continua cependant à mener une vie irréprochable.
Huit ans s'étaient écoulés depuis le départ de son mari,
lorsqu'un imposteur, Arnaud duTilh, se présenta devant
elle , sous le nom de Martin Guerre. Sa prodigieuse ressem-
blance avec ce dernier le fit recevoir sans hésitation; il fut
également reconnu par les quatre soeurs de Martin , par son
oncle et par plusieurs autres parens. 11 remplit son rôle avec
autant d'adresse que d'audace : ayant connu Martin Guerre
dans ses voyages , il avait appris de lui et de quelques-uns
de ses amis les détails les plus minutieux sur sa vie passée,
et mille circonstances secrètes , uniquement connues des
deux époux.
Cet imposteur usurpa , pendant trois ans , tous les droits
de Martin Guerre ; mais à la fin , ayant été soupçonné de
fourberie par l'oncle et par quelques autres personnes, Ber-
(i) Londres, 1S21, ua vol. in-S° de 209 pag. et notes , XLVIII.
Longman hurst Rees , etc. Prix , 12 scbellings.
8A2 litïeratlrï;.
trande se joignit à ses accusateurs, et il fut livré à la justice.
Il se défendit avec intrépidité : cent cinquante témoins fu-
rent entendus, parmi lesquels il y en eut trente ou quarante
qui déposèrent qu'il était le véritable Martin Guerre; un
plus grand nombre jura que c'était Arnaud du Tilh, et plus
de soixante refusèrent de prêter serment pour ou contre ,
tant la vérité leur paraissait douteuse des deux côtés. Le
prisonnier répondit avec la plus grande exactitude aux ques-
tions particulières qui lui furent faites , sur le lieu de nais-
sance de Martin Guerre , sur son père, sa mère, ses frères, etc.
Il donna les renseignemens les plus positifs sur le jour de
son mariage, sur le prêtre qui avait célébré la cérémonie ,
sur les personnes qui étaient présentes , la manière dont
elles étaient vêtues, etc. Cependant, après un long procès,
il fut jugé coupable et condamné à perdre la tête sur l'é-
chafaud et à être écartelé. Il en appela au parlement de
Toulouse : la cause fut plaidée de nouveau , et il était sur
le point de la gagner, lorsque le vrai Martin Guerre parut.
Arnaud du Tilh fut aîors condamné à mort et exécuté sur
un gibet, en face de la maison de Martin Guerre.
M. Grattan , auteur de Philibert, ne s'est pas astreint à
suivre servilement la version que nous venons de citer. Il
a d'abord placé ses personnages dans un rang beaucoup plus
élevé. Remontant aux siècles de la chevalerie, il a fait re-
vivre les anciennes coutumes des preux. Aidé par de sa-
vantes recherches, il a tracé un tableau animé de ces tems
de factions et de troubles , où les droits sacrés de l'homme
étaient perdus et comme ensevelis au milieu des épaisses
ténèbres de la féodalité; où le flambeau pâlissant de la li-
berté ne lançait plus qu'un feu mourant, près de s'éteindre
sous le souffle corrompu de la tyrannie. Mais, revenant à
des sujets plus gracieux, M. Grattan peint en vers charmans
la paix et l'union qui régnent entre les familles de deux
LITTÉRATURE. 5A3
vaillans guerriers. Amis et voisins, ils se délassent des fa-
tigues de la guerre, en partageant les jeux de deux jeunes
enfans, l'espoir de leur avenir. Philibert et Isabelle gran-
dissent sous les yeux de leurs parens : ils s'aiment, et bientôt
l'hymen vient couronner leurs feux : la peinture de leurs
amours, des joies de leur union , est remplie de charmes et
termine bien le premier chant.
Le début du second forme un contraste frappant avec ces
tableaux de calme et de bonheur. Le traducteur de cet in-
téressant poème ayant bien voulu nous communiquer quel-
ques passages de sa traduction, qui doit paraître incessam-
ment, nous lui empruntons ce morceau :
« Les chants tristes et cadencés de la messe des morts se
succèdent lentement, et les gémissemens long-tems com-
primés éclatent de toutes parts. Tristes, rangés autour de la
tombe , les moines entonnent l'hymne funèbre. La lumière
faible et vacillante des flauibleaux presque éteints lance
son dernier éclat sur les sombres voûtes sépulcrales, dont
les pierres humides semblent aussi répandre de froides
larmes sur le cercueil de celui qui n'est plus. Ces tristes
murs réfléchissent , à travers l'épaisse obscurité de la nuit,
les rayons vacillans des torches funéraires. De tems en tems,
les moines affligés se taisent pour se recueillir dans laprière;
l'orgue sonore fait alors entendre l'air de l'antienne solen-
nelle; mais, lorsque le chœur reprend ses chants lugubres,
le vent du soir semble porter vers les cieux les pieux ac-
cens des fidèles , et les échos d'alentour font retentir au loin
les saints cantiques.
HYMNE FUNÈBRE.
« Repose en paix , noble héros ,
Illustre fils , d'un illustre lignage :
Vainqueur des sens, brisant leur esclavage,
Zkk LITTERATUllE.
Dans la nuit des tombeaux.
Que la gloire devienne à jamais ton partage !
« Repose en paix, jusqu'au jour solennel
Où dans les airs la trompette dernière ,
Du sépulcre en éclat évoquant la poussière ^
Au tribunal de l'éternel
Appellera les enf'ans de la terre ;
lit jusqu'à ce jour glorieux ,
Où dans le ciel ton ame rappelée
S'élancera vers la voûte étoilée ,
Repose en paix au sein de tes aïeux.
« Quel est celui que la mort a recouvert de son froîd lin-
ceul? A qui cette cloche funèbre adressc-t-elle maintenant
le dernier adieu des hommes ? pour qui brûlent ces cierges?
pour qui célèbre-t-on ce service pompeux? Regarde cette
femme si pâle et si touchante , dont les larmes trahissent
la muette douleur; vois ce vieillard courbé , dont le regard
inquiet voudrait pénétrer jusqu'au sein du froid domaine de
la tombe ; contemple encore ce jeune guerrier plein de cou-
rage , qui s'efforce à la fois de consoler les chagrins de sa
fille, et de réprimer les douleurs de l'ami ; et cesse alors de
demander quel est l'infortuné que l'impitoyable mort a
réduit en poussière »
A peine le père d'Isabelle repose-t-il auprès de ses ancêtres,
qu'une nouvelle douleur se prépare. Sommé par le roi
Charles VI de se joindre à lui avec ses vassaux, Philibert
s'éloigne; il laisse à Isabelle une fille, fruit de leurs amours.
Les regrets de la jeune épouse, l'empressement des vas-
saux à suivre leur seigneur, la confusion des apprêts d'un
départ précipité, forment un tableau rapide et très-animé.
Le silence qui succède à tant de bruit, le vide du château
devenu désert en un instant, le calme d'une douleur qu'une
espérance trop éloignée ne peut adoucir, sont parfaitement
décrits et produisent un effet très-poétique ; mais , laissant
LIÏTEllATURE. 3A5
.Isabelle en proie à ses ennuis, le poète nous conduit sur
les traces de son héros. Nous le voyons franchir, à la tête
de ses soldats, la cime escarpée des montagnes qui avoisi-
nent le Jura. Prêt à s'éloigner de sa belle patrie , il jette
sur elle un dernier regard d'amour etde regret , et lui
adresse un chant d'adieu :
CHANT DU GUERRIER.
« Terre qui m'as vu naître , ù France tant chérie 1
Reçois mes adieux ;
Mais toujours tu seras , ô ma belle patrie !
Présente à mes yeux.
Quittant avec regret son nid héréditaire,
Ainsi l'oiseau du Ndtd , chassé par les frimats ,
Maudit, en s'élançant vers la rive étrangère ,
L'aquilon qui le porte en de plus doux climats.
Et bénit le printems qui vient flnir sa peine.
Bien plus cruel encore est le sort qui m'entraîne;
Car je pourrais en vain parcourir l'univers;
En vain tous ses trésors seraient en ma puissance ,
Les charmes réunis des royaumes divers.
Hélas! ne valent pas un seul jour de la France. »
Philibert rejoint l'armée du roi , campée sur les bords du
Danube. Parmi la foule de guerriers enrôlés sous la ban-
nière royale, on remarque Pierre de Rouvergne. Dévoré
par une ambition sombre et farouche , un profond mystère
enveloppe ses actions; les chefs et les soldats ignorent éga-
lement sa naissance et le rang qu'il occupait jusqu'au jour
où son glaive lui ouvrit le chemin des honneurs. La pein-
ture du caractère de ce guerrier rappelle les héros gigan-
tesques de lord Byron , dont les vertus ou les vices les élè-
vent, même par leurs excès, au-dessus de l'humanité. Une
ressemblance frappante existe entre Philibert et Pierre de
Rouvergne. C'est ici qu'on retrouve la version où l'auteur
3A6 LITTERATURE.
a puisé son sujet. C'est Arnaud du Tilh ennobli; il gagne
la confiance de Philibert, voit le portrait d'Isabelle, en
devient amoureux, s'insinue dans les bonnes grâces de son
rival, s'empare de tous ses secrets; et, dans le tumulte
d'une bataille, il tourne contre lui son arme meurtrière.
Les jours, les mois, les années se sont écoulés, et au-
cune nouvelle du retour de son époux n'est venu réjouir
le triste cœur d'Isabelle et animer la solitude du château.
Sa fille essaie vainement d'adoucir, par ses caresses, la
douleur dont elle est consumée. Mais un guerrier apparaît
devant elle : c'est Philibert; ce sont ses traits et jusqu'au
son de sa voix; elle ne peut plus méconnaître l'époux chéri
qu'elle a tant pleuré. Cependant, de sombres présages trou-
blent la joie de son arrivée ; un rêve funeste agite le sommeil
du guerrier; il tressaille, il semble lutter contre un puissant
ennemi. Isabelle lui demande en vain l'explication de son
trouble. Les vassaux rassemblés sont venus olTrir à leur
seigneur leurs hommages et leurs vœux. Mais un parent,
qui devait hériter de ses richesses, ne peut lui pardonner
de lui avoir enlevé, par son retour, l'espoir qu'il avait
nourri si long-tems. Il l'accuse d'imposture et le poursuit
devant les tribunaux: le guerrier l'emporte; il ne jouit
pas long-tems de sa sécurité. Un autre Philibert reparaît,
comme l'assassin de "Walderne , père de Philibert , qui
tombe sous les coups d'un meurtrier, la veille même du
jour où ce vieillard avait annoncé qu'il révélerait à ses
enfans la cause de l'inexplicable ressemblance qui existait
entre son fils et Pierre de Rouvergne. La jeune fille, té-
moin du meurtre, accuse son père, qu'elle croit avoir re-
connu. Il est jugé et condamné; mais un complice de Pierre
dévoile le véritable imposteur. Fils naturel de Walderne,
Pierre a conçu le projet de supplanter son frère ; arrivé
trop tard, il veut au moins cacher le secret de sa naissance,
LITTERATURE. 3A7
et assassine le vieillard, au moment où celui-ci s'apprête à
tout révéler.
On découvre alors que celui qu'on avait soupçonné
de trahison est le véritable Philibert, rentré dans ses
foyers après une longue captivité. Je ne sais si ce. moyen
d'étonner le lecteur est heureusement choisi : peut-être
eût-il mieux valu suivre en cela le récit historique. Au
reste, ce poème est plutôt remarquable par des beautés
de détail que par la perfeclion du plan. L'ouvrage de
M. Grattan est une suite d'images tour à tour sombres et
gracieuses. Des situations fortes, une poésie harmonieuse
et souvent inspirée, lui donnent l'intérêt d'un roman et le
charme d'un poème. Nous terminerons cet article par le
passage suivant, où l'auteur gémit sur l'Irlande , sa patrie ,
et rappelle le poète célèbre qui l'a illustrée dans ses vers.
« Hûtons-nous d'arriver au dénouement de cette his-
toire, où les accens de la joie se font entendre, pendant
les courts intervalles de repos accordés au malheur : ainsi
qu'on distingue parfois, dans les sombres mélodies
d'Érin (i), quelques notes joyeuses, mêlées aux tristes
accords consacrés à la douleur et au désespoir. Et moi
aussi, ô ma patrie, je veux élever, ma voix jusqu'à toi !
Mon entreprise est téméraire , je le sens, et mes vers sont
peu dignes d'un si noble essor. Je vois déjà le front de la
critique s'armer de sévérité, et menacer, de punir ma folle
présomption; et cependant, ô Erin, je veux mêler mes
chants à tes chants de douleur. Ton nom a fait vibrer une
corde qui réveille de fortes émotions dans mon ame : il
fait revivre , par son pouvoir magique , un sentiment que
je croyais éteint. Ce sentiment, dans le tems de mes
jeunes espérances, me faisait tirer des sons plus hardis de
(0 Les Mélodies Irlandaises , par Moore.
MS LITTERATURE.
ma lyre sauvage, lorsque, couché sur l'aride fougère de
Carraghinore , ou près des bords du lac de la montagne de
Moonvalla ; ou lorsqu'étendu sur la pelouse desséchée ,
livrée tous les rêves de la poésie, je plongeais mes regards
avides sur la plaine qui s'étendait à mes pieds, alors mon
imagination s'enflammait du feu de la liberté : les ombres
sacrées des héros de la Grèce m'apparaissaient en foule ,
et répaudaient leurs prestiges glorieux autour de moi
« Hélas! les illusions ont disparu ! je parcours une plage
étrangère, et d'autres mains que les miennes ont tressé,
ô ma patrie, la triste couronne qui ceint ton front.
« Tes malheurs offrent un sujet difficile à retracer : ils
réclament la voix de ce chantre habile (i) , dont les accens
audacieux, redits-paria renommée, respirent une harmo-
nieuse mélancolie, dont les douces plaintes allègent les
rudes travaux de l'habitant de tes solitudes marécageuses,
et font briller, sur le sentier solitaire qu'il parcourt, l'éclat
de la gloire des tems passés et un rayon d'espérance. Je
ne Teux pas demander, ô Erin , le sujet de tes douleurs
et de tes gémisscmens : que d'autres plaident la cause de
tes chaumières violées, de tes lois outragées; pour moi,
je dirigerai mes yeux humides vers les lieux où pleurent
mes compatriotes (2). L. S. R>
(l) MOOBK.
fa) f^qy. ci-dessus, pag. 220, le rapport fait à la société acadé-
mique de Nantes, sur le poème de Philibert , dont M. Grattan lui
avait fait hommage.
*VV\.\VWVWV»VV*\V*V:WVV*V»i.VVV.VW,«.V\.VVV.\.VV,v\Vl'»,»V.VXV.-V'WVV»V„VWVW»
III. BULLETflN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMERIQUE.
ÉTATS-UNIS.
112. — American médical Uolanj , beinga collection, etc.
Botanique médicale de l'Amérique, composée d'une collection de
plantes médicinales indigènes aux Etats-Unis, avec leur histoire bo-
tanique et leur analyse chimique, ainsi que leurs propriétés et leurs
usages dans la médecine et dans les arts, ornée de gravures coloriées.
N<" V et VI , par Jacob Bigelovv, et Rdmfoed, professeur de matière
médicale et de botanique à l'université d'Harvard. Boston, 1821.
ii5. — Remarks, etc. — Remarques sur l'emploi des femmes en
chirurgie, comme sages-femmes; par un médecin. Boston, 1820;'
brochure in-8'' de 22 pages.
i\i.-—Address delivered before the Hampshire , etc. — Rapport
fait à la société d'agriculture de Hampshire, de Franklin et de
Hampden, lors de l'assemblée annuelle tenue à IS'orthampton ; par
J. H. LyuoN. Northampton, 1820; 1 vol. in-8"».
1 15. — A Treatise on inland navigation. — Traité sur la navigation
intérieure, avec une carte ; par Robert Mills. Baltimore, i vol. in-S".
116. — Annual Report, etc. — Rapport annuel du conseil des com-
missaires américains nommés pour les missions étrangères. Boston,
1S20 ; brochure in-8° de 34 pages.
Il"- — Fifth annual Report, etc. — Cinquième rapport annuel de
la société de paix de Massachusets. Cambridge, 1820.
118. — American éducation society , fifih Report. — Cinquième
Rapport de la société d'éducation américaine ; 4 octobre 1820.
119. — Third Report of the american colonization society.
(1} Nous indiquerons , par un astérisque (*) placé à côté du titre
de chaque ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qui
paraîtront dignes d'une attention particulière , et dont nous
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses.
350 AMERIQUE.
Troisième Rapport de la société de colonisation américaine. Wa-
shington, 1820.
120. — Thoughts on polilical economy. — Pensées sur l'économie
politique , en deux parties ; par Daniel Raymond, avocat, Raltimore,
1820; 1 vol. in-S».
121. — Sketches ofuniversal historj , etc.— Esquisses sur l'histoire
universelle, sacrée et profane, depuis la création du monde jusqu'à
l'année i8i8; par Frédéric Bdtleb. Hartford, 1820; 1 vol. in-12 ;
prix , 1 louis 5o.
122.— Ilistory oflhe war ofthe independence ofthe United States.
— Histoire de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis , par
Charles Botta, traduite de l'italien par Georges Otis. Philadelphie,
1820; 2 vol. in-S°.
1 23 (*). — Memoirs ofthe Mexican révolution, etc. — Mémoires sur la
révolution da Mexique ; suivis de la Relation de l'expédition du gé-
néral Xavier IMina, avec quelques observations sur la possibilité
d'ouvrir un commerce entre la mer Pacifique et l'Océan Atlantique,
par l'isthme du Mexique dans la province d'Oaxaca, et par le lac de
Nicaragua ; et sur l'importance future de ce commerce pour le monde
civilisé ,• particulièrement pour les Etats-Unis ; par TVilliam
BoBiRSOK. Philadelphie, 1820, \ vol. in-8° ; prix, 2 louis 5o.
124- — History ofthe United States, etc. — Histoire des Etals-
Unis, avec un court aperçu de quelques-uns des principaux empires
et royaumes des tems anciens et modernes , à l'usage des écoles pu-
bliques; par un citoyen de Massachusets. Keene, 1820; 1 vol. in-8»
de 25 1 pages.
125. — North American Reuiew. — Revue de l'Amérique du Nord,
et journal de mélanges , publié par Olivier Eveebtt. Boston , 1821.
Hilliard et Metcalf , n" xxx. x vol. in-8''.
Ce journal, dont nous avons déjà parlé(^ i'oy. Tom. VIII , p. 108
et 343 ) , est un des plus intéressans recueils de l'Amérique. On y
suit les progrès des sciences , des arts et de la littérature dans les
Etats-Unis. Lesprincipaux articles de ce trentième cahier sont : 1° Un
Examen des universités anglaises comparées aux universités nais-
santes de l'Amérique ; 1° un Tableau des améliorations et des per-
fectionnemens intérieurs opérés dans la Caroline du Nord. La plu-
part des faits et des matériaux de cet article sont puisés dans trois
ouvrages américains qui traitent du même sujet; 5» une Analysa
ASIE. 351
des Lettres de madame de Grafigny , publiées sous le titre de T^ie
privée de Voltaire et de madame du Chaielet , pendant un séjour
de six mois à Cirey, avec un rapide examen des œuvres de Vol-
taire , et quelques détails sur le caractère et la fortune de ce poète.
L'article est généralement bien, quoiqu'on y pût relever quelques
"erreurs; 4° Nouveau tarif, proposé d'après le rapport du comité des
nègocians de Boston et autres , sur le tarif; 5» Examen critique
d'un ouvrage qui a pour titre : Doctrine céleste de la Noupelle
Jérusalem, révélée par le ciel, et traduite du latin d'Enimanuel
Swedenborg. On sait que Swedenborg a fondé et propagé une
secte qui porte son nom. Il se dit inspiré , et révèle dans ses
écrits les visions que le ciel lui envoie. Plusieurs de ses disciples ont
écrit pour soutenir la vérité de ses prédictions , et paraissent croire
sincèrement à sa mission divine ; 6» Notice et remarques sur Hïati
et sur ses habitons, tirées en partie de neuf ouvrages publiés par
des Haïtiens : deux sont de M. le baron de Vastey ; 7» sur les essais
géologiques de Hayden; 8» Jnalyse de l'histoire de l'astronomie an-
cienne et moderne, par Bailly; 9» une Lettre sur la fièvre jaune
quia désolé les Indes occidentales; suivie d'observations sur les
moyens de prévenir la contagion ; par Daniel Osgood , médecin ;
10° Histoire de la sculpture chez les Grecs, ou examen d'un ouvrage
allemand sur les principales époques de l'art de la sculpture chez
les Grecs; par Frédénc Thikesh ; ii" Examen de l'ouvrage de
Théodore Lvman , sur Vétat politique de l'Italie. L. S. B.
ASIE.
126. — Asiatic Researches, etc. — Recherches asiatiques, ou
Mémoires de la société établie au Bengale. Calcutta, 1821.
Tom. XIIIs in-8».
Voici les titres des articles contenus dans ce volume : Mémoire sur
la mesure d'un arc du méridien, depuis le iS» jusqu'au iS* degré
de latitude , par le lieutenant-colonel W. Lambton; sur l'existence
de la religion des Hindous dans l'île de Bali , par J. Crawfurd;
voyage aux sources de la Djemna , par Fraser; sur les meurtriers
appelés j^^aTzsmgaT-s , par le docteur 5Ae/-«'ooi; sur la carte du
Kimôn, parle capitaine JFebb; cérémonies du couronnement d'un
radjale hindou, par M. firowra ,• analyse chimique, par J. Dav\;
des serpens venimeux qui se trouvent sur la côte de Madras , parle
352 EUROPE.
docteur Mackensie ; les ruines de Prambanon dans l'ile de Java ,
par /. Crawfurd ; description de quelques plantes rares de l'Inde,
par N- Vallich, D. M.; mémoire sur une nouvelle espèce de tapir ,
trouvée dans la presqu'île deMalacca, parle maj. Forquhar. (Voy.
la Refue Encyclopédique , Tom. X, pag. 200 , art. Calcutta, j Sur
une nouvelle espèce de camellia sauvage ; Beydjapour en 1811, par
le capitaine Sjdenham) le Binôme connu des Arabes , par /. Tytller.
E. G.
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
127. — Kindiciœ geologicœ, ov the Connexion, etc. — Assertions
géologiques , ou la géologie conciliée avec la religion ; leçon pro-
noncée devant l'université d'Oxford, le i5 mai 1819 , par M. le
docteur Guillaume Bccklakd, lorsqu'il fut installé dans la cbaire de
géologie de cette université. Oxford , 1820. in-4° de 4o pages.
La géologie est cultivée et très en honneur chez les Anglais , de-
puis plus d'un siècle. Il existe à Londres une société libre de géo-
logie , qui a déjà publié , sur l'objet de ses recherches , d'utiles mé-
moires. M. Buckland et un autre avant lui ont enseigné cette
science à l'université d'Oxford , mais il n'y avait point alors de chaire
fondée à Oxford pour cet enseignement ; celle qui existe n'a été do-
tée qu'en 1819.
Dans la première partie de cette leçon , M. Buckland a établi les
rapports très-remarquables de cette science, encore assez nouvelle ,
avec les autres sciences p'hysiques ; dans la seconde , il considère la
géologie dans les preuves qu'elle fournit de l'existence de Dieu; et
dans la troisième , il montre que les deux grandes traditions de
Moyse, sur la nouveauté relative de l'espèce humaine et sur l'uni-
versalité d'un déluge arrivé il y a environ 6000 ans, n'ont rien qui ne
se concilie avec les observations sur l'état présent de la surface de
notre globe.
Sur tous ces points, il est d'accord avec MM. de Buffon , de Luc
Dolomieu et Cuvier, et il a soin de les citer avec de justes éloges ,
particulièrement M. Cuvier, qui, par ses admirables travaux sur
la théorie de la terre , sur les fossiles dernièrement découverts ^
s'est placé pour long-tems à la tête de tous les géologues , lorsqu'il
était déjà l'un des premiers anatomistes et naturalistes du monde
savant. Lasjiisais, de l'Institut.
LIVRES ETRANGERS. 355
îîS. — Essaj's on /lypochondrias , etc. — Essai sot l'hypocondrie
tit sur d'autres affections nerveuses ; par John Reid , d. m. Londres ,
1S2 1. Longman , i vol. in-8°.
La bizarre maladie qu'on a nommée hypocondrie, et dont l'exis-
tence a paru long-tcms problématique aux gens du monde, et même
aux médecins, est maintenant comptée au nombre des maladies
ncrveiises les mieux connues. Le docteur Reid s'en est occupé avec
succès , et les moyens qu'il a employés pour guérir l'imagination
frappée de ses malades sont aussi singuliers que plaisans. Il les
raconte avec esprit et facilité, et son livre doit commencer la mé-
tamorphose que son art achève sur les esprits livrés à la mélan-
colie.
129. — Skelches of the domestic manners , etc. — Esquisses des
mœurs domestiques et des institutions des anciens Romains, Lon-
dres, 1821. Murray , 1 vol. in-12, 347 pages.
Ce petit volume bflïe une peinture fidèle des habitudes du peuple
romain, telles qu'elles existaient sous la république et sous l'empire.
Pline, Juvénal, Perse, et quelques anciens auteurs, ont fourni les
principaux traits de ce tableau. L'auteur a eu aussi recours à plu-
sieurs savans commentateurs ; il a réuni leurs recherches et en a
fait un ouvrage d'un égal intérêt pour le jeune étudiant et pour
l'homme du monde. Le style, simple et concis, n'est point hérissé
de ces mots barbares , et quelquefois trop savans , pour être compris
par toutes les classes de lecteurs.
i5o. — On the liberlj ofthepress. — De la liberté de la presse et
de la discussion publique, par Jérémie Bentham. Londres, 1S21.
Hone; in 8° de 58 pages.
Ce nouvel ouvrage, d'un des plus habiles publicistes de notre
tems, est en quatre chapitres : le premier est consacré à défendre
et à justifier l'entière liberté de la presse sur les questions d'intérêt
public; les trois autres concernent les réunions où les particuliers
s'occupent de ces mômes questions.
lui. (') — A chronologicat Reirospect, etc. — Revue chronologique,
ou Mémoires sur les principaux événemens de l'histoire mahomé-
tane, depuis la mort du législateur arabe jusqu'à l'avènement au
trône de l'empei-eur Akbor et l'établissement de l'empire du Mogo,
dans l'Indoustan , d'après les manuscrits originaux persans; par
ToMK xt. 23
2U LIYRES ÉTRANGERS.
Z?afidPaiCE,major au service de la compagnie des Indes orientales.
Londres, 1821 , Colburn ; 3 vol. in-4° ; prix, 7 guinées 17 schellings
6 pences.
iS^.-Charles the finst pourtrajed. -'Peinture du caractère de
Charles I", par G. Coode, d'Exeter. Londres, 1821, Longman ;
brochure in-8".
Ce petit ouvrage a été réimprimé d'après l'édition de 1747 et con-
tient la relation de plusieurs faits authentiques, relatifs à la conduite
de Charles I" et tendant à faire tomber sur ce monarque plusieurs
graves accusations.
-ila. — The Lives of eminent Scotsmen , etc.— Vies des Ecossais
célèbres, publiées par la société des anciens Écossais. Edimbourg,
1821 ; 1 vol. in-8».
Ce petit ouvrage contient de courtes notices sur la vie et les
œuvres des hommes de lettres les plus distingués de TÉcosse. Ces
notices sont écrites d'une manière agréable et variée. Parmi les ar-
ticles les plus intéressans consacrés aux poètes , on remarque la vie
de Jacques I" d'Ecosse , de Ramsay , de Beattie et de Burns.
134.—^ Tour ihrough llie soulhem prouinces of the klngdom of
Naples, etc. — Voyage dans les provinces méridionales du royaume
de Naples, auquel on a joint une esquisse des circonstances qui ont
précédé la dernière révolution ; par Richard Keppel Chaven. Londres ,
1821 ; 1 vol. in-4° de 449 pages.
Un peuple turbulent et vindicatif, prompt à se révolter, mais dé-
pourvu de l'énergie qui conduit au succès , offre , à la veille d'une
révolution , un spectacle curieux pour l'observateur impartial et at-
tentif; mais peu d'hommes savent se placer au-dessus des événemens
et contempler avec calme les querelles des factions, dont il serait
facile de prévoir les résultats. La révolution de Naples, comprimée
à sa naissance, n'inspire plus l'intérêt qu'elle avait d'abord excité;
cependant, on aime encore à examiner les causes et les circonstances
de cet événement. M. Craven ne les a pas présentées avec autant de
clarté qu'on pourrait le désirer ; il a plutôt décrit l'aspect de Naples
et les mœurs de la haute classe que les mouvemens populaires. Aussi
ne trouve-t on pas dans son ouvrage le genre d'intérêt que, d'après
le titre , on serait tenté d'y chercher.
liS.—RecoUeclions of a classical tour, etc. — «onveniis d'un
LIVRES ETRANGERS. 355
voyage classique dans différentes parties de la Grèce, de la Turquie
et de l'Italie, fait pendant les années 1818 et 1819; par Pierre
EdrnondhAvnEUT ; orné de gravures coloriées. Londres, 1821 ; 1 vol.
in^" de 317 pages.
M. Laurent quitta Oxford en i8i8, accompagné de deux membres
de l'université. Ils passèrent les Alpes par la route du Mont-Cenis,
traversèrent le Piémont et les fertiles vallées de la Lombardie, et
s'arrêtèrent quelque tems à Turin, à Milan, à Mantoue , à Vérone,
à Vienne et à Venise. De cette dernière ville ils se rendirent à
Trieste , d'où ils s'embarquèrent pour Gonstantinople , après avoir
fait une excursion aux ruines de Pola. Dans le cours de leur voyage,
ils virent la plaine de Troie et le lieu où l'on croit qu'Ilion était
située. Redoutant la peste qui ravageait alors les provinces du nord de
la Grèce , ils se rembarquèrent à Gonstantinople pour aller à
Athènes ; passèrent ensuite dans le Péloponèse , visitèrent les ruines
de Corintbe , de Sicyone, de Némée, d'Argos, de Mantinée , de
Sparte, de Messène, de Pbigalie , d'Olympie , de Patr3e,etc. Nos
voyageurs s'embarquèrent pour les îles Ioniennes ; revinrent de là en
Italie ; toucbèrent à Otrante , à Brindes et à Barletta , et retour-
nèrent en Angleterre par Naples , Rome et Florence. L'ouvrage de
M. Laurent est agréablement écrit ; on y trouve des peintures ani-
mées des lieux qu'il a vus; les mœurs et les coutumes des Athéniens
modernes y sont décrites avec esprit et discernement.
i36. — T/ie Pamphleteer. — Recueil des meilleures brochures du
jour. Londres, 1821, Valpy ; prix, 6 shellings 6 pences, chaque
livraison.
Le 35« N" de ce Recueil vient de paraître; on y remarque les
articles suivans : 1° la Déclaration de l'Angleterre contre les actes de
la Sainte- Alliance, avec des documens officiels , etc. ; 2" Réflexions
sur la conduite des alliés ; 5° sur la jurisprudence criminelle , plan
d'un nouveau code pénal ; 4° sur la dissolution de la cbambie des
députés, par M. B. Constant; 5° Portraits historiques : Octavius
César et William Pitt (réimprimés), Rienzi et Bonaparte, par
G. Me ADi.E V ; 6» sur le système des prisons destinées aux criminels en
Angleterre ; 7" l'exclusion de la reine de la Liturgie , considérée
sous un point de vue historique et légal ; 8" sur le caractère de Pope,
comme poète, etc. Ce recueil est remarquable par l'esprit d'impartia-
23 *
S^ LIVRES ÉTRANGERS.
lité qui préside à sa rédaction et par le choix des morceaux qui
y sont insérés.
iSj.-TAe rétrospective Rei^iew. — Rewue rétrograde ou des tems
passés. Vol. III, partie 2% n° vi ; i" mai. Londres, 1821 , in-S» de
deux feuilles d'impression ; prix, 5 shellings.
Ce journal , dont le but est de sauver de l'oubli les anciennes pro-
ductions de quelques écrivains distingués , renferme des critiques ,
des analyses et des extraits d'ouvrages curieux, utiles et estimés,
publiés dans toutes les langues, depuis la renaissance des lettres
jusqu'au commencement de ce siècle. Un article très-remarquable
du cahier que nous annonçons, c'est un tableau de la littérature poé-
tique de l'Espagne par M. Bowring, auteur de V Anthologie russe
{yoy. notre Tom. X, pag. 355). On y trouve de l'érud.tion , une juste
appréciation du mérite des dilTérens poètes dont les œuvres sont
citées, traduites en vers anglais très-purs et très-èlégans. M. Bowring
s'est borné à présenter l'histoire littéraire de l'Espagne jusqu'au
XIV» siècle ; il compte faire paraître la suite dans le même recueil.
Passant en revue la poésie des Maures, celle des troubadours, et enfin
la poésie castillane, il remontera jusqu'à l'âge d'or de la littérature
espagnole.
• xô^.—Miscellanies. — Mélanges ; par Richard Wabkeb. Londres ,
1821. Longman, 2 vol. in-12. Prix, 10 shellings.
La lecture des journaux périodiques, qui se composent pour la
plupart d'articles détachés, de critiques littéraires,d'anecdotes, de bons
mots, a dû contribuer au succès des compilations intitulées Malanges.
Il se publie en Angleterre un grand nombre d'ouvrages de ce genre ,
^ui trouvent des acheteurs et des lecteurs, bien qu'ils ne renferment
souvent que des productions médiocres. Le peuple anglais aime à
passer du sérieux au plaisant , et le manque de suite et de liaison qui
nuirait en France à ces recueils est un mérite de plus en Angleterre,
où néanmoins l'on accuse les Français de frivolité. On y traite tour ^
tour de politique, de philosophie , de littérature,- et l'esprit de bouf-
fonnerie n'en est point exclu. Les Mélanges de M. Warner
renferment des anecdotes nouvelles racontées avec talent, quelques
chapitres bien écrits et beaucoup de choses communes. On peut
citer au nombre des articles remarquables ceux qui sont intitulés :
Raison et Folie ; le Sceptique roni-erli ; Remarques sur la décadence
et la perle de la raison. ^- ' • "■
LIVRES ETRANGERS. 357
RUSSIE.
■ iJg — Finnische Sprachlèhre fur Fmnen und niclil Finnen , etc.
— Grammaire finlandaise, à l'usage des Finlandais et des étrangers,
avec des considérations sur les rapports qui existent entre la langue
de la Finlande et la langue hongroise , et un appendice des mots
semblables dans l'une et dans l'autre ; par Jean Sirahlmann. Saint-
Pétersbourg, i8ao.
La langue des Finlandais se distingue non seulement par son eu-
phonie , mais encore par sa richesse. Outre les six cas usités dans
presque toutes les autres langues, elle parvient, au moyen de pré-
positions ajoutées aux mots, à désigner les différentes destinations
données à la chose ; elle distingue aussi dans les verbes les formes
causatives , fréquentatives , diminutives , etc. L'auteur de cette
grammaire s'est acquis un titre à la reconnaissance des infatigables
Allemands, en les mettant à même d'étudier une langue qui, jusqu'ici,
n'a été connue que des Suédois. 11 a pris pour base de son travail le
dialecte usité dans la prévôté de Sudkerholm, et principalement à
Walkjxrwi, où il est pasteur, parce que ce dialecte est le plus pur.
Voici maintenant les reproches que l'on fait i^ son ouvrage. On pré-
tend qu'il n'a point fait usage des travaux de ses devanciers, et qu'à
peine il paraît les avoir connus. Il aurait, dit-on , tiré un grand parti
des ouvrages intitulés : Mariini Hodegus finnicus ■, 1689, Gt jinuisn
til FÎTiske sprogel, Stokolrn, 1772; et c'est à tort qu'il s'en est tenu
à Vhaels [Grammatica finnica , Abo, 1755). En second lieu, on
reproche «» M. Strahlmann de n'avoir pas ^is à la fin de son livre
des exercices de lecture ; les proverbes qu'il a donnés ne pouvant les
remplacer, et la traduction eu étant d'ailleurs inintelligible. Mais ce
qui rachète tous ces défauts , c'est la comparaison du hongrois avec
le finlandais, qui est suivie avec art et avec profondeur , tant dans
le corps de la grammaire que dans un appendice spécialement des-
tiné à ces rapprocbemens, que l'on avait aperçus avant M. Strahl-
mann , sans cependant que personne les eût encore traités comme il
convient de le faire. Ph. GotBiiEy.
DANEMARCK.
i4o. — Hisloria Cy renés , indè à {empare quo condita urbs est
usque ad œlalein qud in prouinciœ forinam à Romanis est
redacta . etc.; par iS. Pelr, ïhrige. Copenhague, 1820; in-S"»
358 LIVRES ETRANGERS.
Cyrène était un des étabiissemens grecs les plus imporlans, el
iournellement encore on découvre dans ses environs des vestiges de
son antique splendeur : plus on approche de son enceinte , plus ces
restes sont marquans. Le volume publié par M. Thrige est divisé en
deux sections; dans la première , il s'occupe des événemens qui ont
accompagné la fondation de cette colonie et donne sa description
topographique ; dans la seconde, il en présente l'histoire, et dans une
partie supplémentaire, il traite de la constitution de Cyrène, de son
commerce et de ses rapports avec la Grèce. Les traditions sont fort
amplement développées; mais l'auteur n'en embrasse pas assez la
cohérence : par exemple , il néglige d'indiquer que la race royale des
Euphémides descendait des Minyens d'Orchomène , circonstance à
l'aide de laquelle tant de choses peuvent s'expliquer. L'auteur a de
plus omis de rapporter la meution qu'Hésiode fait d'Euphémus.
Quant à la fable de Cyrène , mère d'Aristée , elle est fort ingénieu-
sement traitée ; mais on ne trouve pas un mot sur celle d'Aristée et
d'Hercule , qui est également cyrénaïque et qui représente si bien la
lutte des colons grecs contre les indigènes , qui , toujours chassés
par eux, reviennent toujours du fond de leurs déserts. M. Thrige
classe les rois de Cyrène avec une grande exactitude chronologique.
Scion son calcul, Battus II est celui qui fut surnommé l'Heureux ;
après lui vient Arcesilatis II ; puis Battus III , sous lequel Cyrène
reçut des lois plus favorables à sa liberté. Arcesilaùs III est celui
qui se soumet à Cambyse ; Battus IV, moins connu que les autres,
lui succède ; enfin, Arcesilaùs IV est celui que chanta Pindare. L'ou-
vrage est terminé par un examen du culte d'Ammon , que les habi-
tans de Cyrène communiquèrent à leurs métropoles , Thèbes et
Sparte. On regrette de ne rien trouver de relatif au temple d'Escu-
lape, à Balanagra , où il y avait une école de médecine. En revanche,
tout ce qui regarde le commerce ne laisse rien à désirer.
Ph. GoLBÉBy.
ALLEMAGNE.
i4i- — Einrichtungder medizinischen Klinik , etc. — Organisation
de la clinique médicale dans l'hôpital de l'université de Heidelberg,
avec quelques réflexions sur les maladies qu'on y a traitées; par
M. L. W. H. CoNRADi, conseiller privé du grand -duc de Bade, et
professeur de médecine de l'université , etc. , avec la vue et le plan
LIVRES ETIUJSGERS. 359
de l'hôpital, graves. Hcidtlbcrg, 1830. In-S", y6 2>ag. Mohr et
Winter.
Cette brochure donne la description de l'établissement, accom-
pagné d'un plan lithographie de l'hôpital, qui contient vingt-huit lits
pour les maladies internes , et plusieurs salles pour les personnes
affectées de maladies contagieuses ou chirurgicales . Les ouvriers ,
les domestiques et les pauvres du pays , y sont admis de préférence ;
les premiers contribuent à l'entretien de cet hôpital par une légère
rétribution. On y trouve aussi une salle de dissection et un amphi-
théâtre pour les leçons de professeur. Plusieurs paragraphes de cette
brochure contiennent des préceptes très utiles sur la manière d'exa-
miner les malades, sur les devoirs du médecin, sur la manière de
prendre des notes pour faire l'histoire des maladies , et surtout sur
la facilité qu'on procure au jeune médecin , de s'exercer en traitant
les malades , sous la direction du professeur. Cette méthode mérite-
rait d'être imitée à Paris , pour former un plus grand nombre de
bons praticiens. Les soins assidus sont sans doute l'objet principal
de tout traitement, auquel un professeur, qui veut tout embrasser,
ne pourra jamais, à la longue, suffire. — Cette petite brochure contient
aussi quelques réflexions sur les maladies qui ont été traitées dans la
clinique , et fait honneur à M. Conradi , qui est déjà connu par
d'autres ouvrages infiniment estimables. Feiedlandeh.
142 (*). — Darstellunp; der fabriken , etc. — Tableau technologique
de l'industrie nationale dans les états autrichiens, par Etienne de
Kerss. Vienne, 1820. Strass; 3 vol. ia-S".
i43. — Commentationes Ilej-odoteœ. — Commentaires sur Hérodote,
par le professeur Frider. Creuzbh. Première partie. Leipzig, 1820.
Chez Hahn.
Il y a déjà quinze ans, dans la préface de VArt historique chez les
Grecs, M. le professeur Creuzer promit au public savant des com-.
mentaires étendus sur le père de l'histoire. L'habile critique remplit
sa promesse ; la première partie des commentaires vient de paraître.
Elle traite de l'Egypte et de la Grèce , ces deux matières inépui-
sables de voyages, de recherches et de dissertations de tout genre.
Le professeur allemand rend un juste hommage aux savans anglais
et français qui , depuis la glorieuse expédition française en Egypte ,
ont consacré leurs veilles à l'explication des monamens divers qui
ronticnnent tout ce qti'il nous est permis de savoir de l'histoire pa-
360 LIVRES ETRAiNGERS.
litique , religieuse et privée de ces deux grands peuples. On ne penl
méconnaître, dans l'ouvrage de M. Creuzer, une vaste lecture , des
observations ingénieuses et des idées philosophiques. Mais on ne
voudrait pas souscrire à toutes les hypothèses qu'il admet comme
démontrées ; on regrette surtout que son livre ne soit pas composé
plus méthodiquement. Malgré ce défaut grave, qui se fait sentira
chaque pas , le lecteur qui aura le courage d'étudier ces commen-
taires , y trouvera autant d'intérêt que d'utilité. Voici les points sur
lesquels nous appelons surtout son attention : i° Dans le chapitre
second , l'article sur les filles consacrées à la sépulture , sur les ca-
ractères de la religion populaire , en explication du chapitre 2 du
Livre 11 d'Hérodote. 2» Même chapitre. Se la Vénus égyptienne ;
3" Même chapitre. De V Immortalité de l'am.e ^ et de la Métempsy-
cose chez les Egyptiens. Hérodote , Livre \\ , chapitre i23. 4° Des
Hiéroglyphes que l'on trou ue sur les cercuezVs. Hérodote , Livre i ,
chapitre i4o; Livre 11, chapitre 36; Livré m, chapitre 16. 5° Des-
cription d'une Momie, conservée aujourd'hui à Darmstadt. Héro-
dote, Livre 11, chapitre 169. H faut examiner la planche qui repré-
sente ce morceau d'antiquité jusqu'alors inconnu. La partie grecque
est moins étendue que la partie égyptienne , et ne contient rien
d'important. II faut pourtant consulter le passage où M. Creuzer
explique pourquoi les Lacédémoniens regardaient le salut de leur
empire attaché à la possession du corps d'Oreste. Hérodote, Livré 1,
chapitre 67 , 68. V. C.
i44' — De Thesmophoriis disseruil Auguslus^^ ^LLk\:t.v.. Wrates-
ïaviae , 1820.
La philologie n'est pas uniquement consacrée aux discussions de
mots ; souvent elle est une partie essentielle de l'histoire , en ce
qu'elle nous éclaire par de savantes dissertations sur les mœurs ,
sur les usages , sur la religion des peuples de l'antiquité. M. Wel-
lauer vient d'en donner une nouvelle preuve , par la disserta-
tion que nous annonçons. Aristophane nous a laissé une comédie
intitulée 0£!r/y.o(pc^jaÇcu5-a« , que l'on ne pourrait comprendre à
l'aide de recherches purement grammaticales; c'est le sujet lui-
même qu'il faut expliquer. Mais, où le lecteur puisera-t-il des ren-
seignemens sur les fêtes appelées Thesmophories? Rien de ce que ïc
tems a respecté n'est spécialement consacré à éclaircir ces mystères ;
c'est tout au plus si l'hymne de Callimaquc i\ Gérés peut faire naître
LIVRES EÏRAINGEHS. 361
quelques conjectures. D'ailleurs, il n'est pas sur que les usages d'A-
lexandrie soient les mêmes que ceux d'Athènes : il faut faire la part
de l'intervalle et du tems qui les sépare. Malheureusement encore,
les livres de Mélanthus , de Ménandre, de Philochorus et d'Arignote
ne nous sont point parvenus. Ils contenaient des traités importans
sur ces matières , qui paraissent devoir nous rester éternellement ca-
chées ; car , outre l'obscurité du tems , il faut encore percer le
voile épais jeté sur les mystères par la superstition. Aristophane,
toujours occupé à faire rire aux dépens des choses sacrées , n'est pas
un guide bien sûr. Si nous voulion< connaître une tragédie impo-
sante, ce n'est point dans la parodie que nous irions en étudier la
disposition. Il faut donc prendre son parti , et se résoudre à ne voir
les choses que par leur côté extérieur ; cela posé, on doit beaucoup
à la sagacité de M. Wellauer. Il s'est appuyé sur des bases solides ,
en faisant usage des travaux de Meursius, de Corsinus , de Sainte-
Croix , de M. Creuzer. Il regrette , avec raison ^de n'avoir pu se
procurer la dissertation insérée par M. Laporte du Theil au treizième
volume des Mémoires de l'Académie des inscriptions, M. Wellauer
pense que jamais , quels que soient nos efforts , nous ne fixerons
notre choix entre les différentes versions qui existent sur l'origine
des Thesmophories. Il examine ensuite quels jours du mois de Pua-
nepsion étaient consacrés à ces fêtes, et concilie, à ce sujet, Pho-
tius et Alciphron avec Aristophane. L'espace ne nous permet pas de
faire connaître à nos lecteurs l'usage qu'il fait d'un passage d'Hesy-
chius et d'un autre de Plutarque , pour déterminer le nombre de
jours assignés aux Thesmophories, la dénomination et les rites de
chacun. L'auteur ne se borne pas aux seuls usages d'Athènes ; il
recherche ce qu'étaient les fêtes de Cérès chez les autres peuples, et
notamment chez les Romains; puis, dans un chapitre intitulé Cor-
rolarium, il discute plusieurs endroits du texte d'Aristophane. Ce
qu'il y a de plus remarquable dans cette partie de l'ouvrage , c'est
la manière ingénieuse avec laquelle , sans aucune transposition , il
change absolument le chœur qui commence au vers gSg. Nous re-
commandons la dissertation de M. Wellauer à ceux qui aiment l'an-
tiquité. Ph. GOLBKBY.
\!^S.—Dionysù Halicarnensis de compositione verhoram liher , è
copiis bibliothecœ regiœMonacensisedidil F.G^llee; acccdiinl i--aria;
362 LIVRES ÉTRANGERS.
lectionco in T/iemtstii arutioniùus quibusduin ex codice Monacensi
excerptce. Jena , in-8'.
Denys d'Halicarnasse est généralement connu comme historien >
peu de personnes savent qu'il a écrit un traité de grammaire sur la
composition des mots , et que ce traité est d'une grande importance
pour l'étude de la philologie. M. Gœller, qui a trouvé dans la bi-
bliothèque royale de Munich un exemplaire de l'édition des Aides ,
enrichi de notes et de variantes de la main de Victorius , a conçu
l'heureuse idée de faire jouir le public de cette découverte. L'on
Toit avec plaisir que ces variantes confirment , en beaucoup d'en-
droits , les conjectures de Sylburg , de Reiske et de Schaefer : son-
vent aussi, elles fournissent un sens tout nouveau. Un philologue est
heureux de pouvoir, le premier, ramener un passage à son état
primitif; mais il ne faut pas que le désir immodéré de restituer les
mots l'éloigné de la Vulgatc sans discernement ; et c'est ce qui ar-
rive quelquefois à M. Gaeller. Cependant, il est d'autres passages où
il l'a respectée mal à propos; par exemple, à la section pre-
mière , page 2 , i^àijfov Tot iyai Tê'xvoy cpixe , tcuIo SiSa-fxi. Les va-
riantes de M. Gœller devaient ici loi faire adopter one conjecture
ingénieuse de Sylburg, puisqu'elles la confirment. Ce savant pensait
que Denys d'Halycarnasse ne parle pas ici lui-même, mais qu'il cite
Homère. En effet, en ajoutant après râla conjonction xa/ , on re-
trouve en entier le vers i25 du quinzième livre de l'Odyssée. Il
fallait donc se rendre à l'évidence et imprimer ce vers comme ci-
tation. En général, on reproche à l'éditeur de s'être borné à ras-
sembler des variantes sans en discuter la valeur. Ph. Golbéey.
i46. — Die Stufen der Bildung. — Les degrés de la civilisation ,
poème, par G. Schwbighceijseb , professeur de littérature grecque k
la faculté des lettres de Strasbourg. Brùnn, 1821 ; in-8».
Placé sur les frontières de deux nations également éclairées , ap-
partenant à l'une comme à l'autre par la connaissance approfondie
qu'il a de leur langue et de leur littérature , M. Schweighœuser fils
vient de cueillir un double laurier. Dans le tems même où l'Institut
de France lui décernait la première des médailles destinées par le
ministre de l'intérieur aux auteurs des meilleurs mémoires sur les
antiquités nationales, il publiait à Briinn un poème, que les rédac-
teurs des Feyerslunden se sont empressés d'insérer dans leur recueil;
et, d'un autre cûté, cet infatigable savant lisait, à la société des
LIVRES ETRANGERS. 363
sciences de Strasbourg, un discours sur ce que la civilisation de
V Europe doit à V ancienne Grèce. Nous n'occuperons aujourd'hui
nos lecteurs que du poème allemand. Le premier chant seul a paru;
il traite de la création. Voici la division des autres : le second sera
consacré au monde primitif; le troisième aux mystères; le quatrième
à la civilisation ancienne; le cinquième au christianisme; enfin, le
sixième à la civilisation nouvelle. Dans le premier, l'histoire an-
cienne est considérée tout à la fois sous le rapport des traditions sa-
crées et sous celui des sciences, et de ce qu'elles nous ont appris
sur les premiers jours du monde. L'auteur pense que ces sciences ,
loin de renverser les traditions , n'en sont au contraire qne le com-
plément naturel et la véritable explication ; que c'est donc à tort que
des âmes timorées ont cru que leurs progrès nuiraient à l'objet de
leur vénération. La concordance des traditions chez les différent
peuples, dont chacun les a enveloppées d'idées qui lui étaient pro-
pres, est pour M. Schweighauser une grande preuve que la divinité
s'est manifestée aux hommes. Les notes sont remplies de savantes
recherches; on y rappelle une civilisation antérieure à celle des
peuples connus; et, pour l'établir avec certitude, M. Schweighœuser
se sert de différens textes de l'antiquité , et surtout de Diodore de
Sicile , qui parle d^un vaste empire atlantique. « Quelques récits ,
que peut-être nous avons mal compris, dit l'auteur du nouveau,
poème j donnent des origines asiatiques à tout ce que nous connais-
sons. Mais les anciens , pour lesquels se déroulaient encore les tra-
ditions d'un monde primitif, n'ont pas vu les choses ainsi : ils indi-
quent le plus souvent l'Afrique comme le berceau de la civilisation;
ils désignent des peuples qui, de l'occident de cette partie du monde,
auraient porté leurs lumières dans les pays de l'Europe qui, dans ses
premiers tems, n'en étaient point séparés par la mer. Nous ne
savons pas bien si M. Schweighœuser fera triompher ses opinions sur
cette antique civilisation occidentale ; mais nous pouvons assurer
qu'elles sont tellement ingénieuses et tellement suivies, qu'il ne
peut manquer d'avoir pour lui tous ceux que la lecture agréable
d'un ouvrage attache ordinairement à l'auteur. On se tromperait si
l'on ne cherchait , dans celui-ci , que l'agréable ; le savoir le plus
profond , les idées les plus philosophiques , doivent engager les éru-
dits eux-mêmes à lire le po^ic des Slufen der Bildung, que j'ap-
pellerais volontiers le poème de la perfectibilité, si l'on n'était accoiv-
36A LIVRES ETRAiNGEllS!
tumé à entendre , mal à propos, par ce mot , quelque eliose d'opposé
aux idées religieuses. I'h. Golbkby.
SUISSE.
147. — Les Leçons de la parole de Dieu sur l'étendue et l'origine du
mal dans l'homme; par G. E. F. MonnNii , pasteur de l'église
xle Genève , et membre de l'académie de Besançon, GenèTc ,
1821, chez les principaux libraires; Paris, Treuttel et Wurlz ,
rue de Bourbon, n" i-. Un volume iu-S" de 5iS pages. Prix,
5 fr. 5o c.
Cet ouvrage est spécialement consacré à la théologie ; l'auteur, en
le composant, a eu surtout en vue les candidats au ministère évan-
légique ; il le déclare , dès les premières lignes : « Jeunes serviteurs
de J.-C., dit-il, vous qui avez mis le pied sur les premiers degrés de
l'autel, c'est à vous particulièrement que je consacre ces leçons. »
Nous nous bornerons à dire quelques mots de leur objet. L'auteur
considère d'abord l'excellence de l'homme et sa dignité première au
milieu de la création , dont il est le roi ; puis il nous le montre
souillé de la tache originelle , et il développe à nos yeux cet état de
faiblesse et de misère intellectuelle et physique , où la chute du pre-
mier homme a jeté toutes les générations. Passant ensuite à cette
grande question , si souvent débattue parmi les philosophes :
L'homme nail-il bon? il s'attache d'abord à combattre les prin-
cipes de J.-J.-Bousseau et des autres écrivains qui ont voulu décider
la question avec les seules lumières de la raison; puis, déclarant
qu'on ne peut reconnaître l'origine* du mal qu'au moyen de la révé-
lation, il trouve cette origine dans la séduction des mauvais anges et le
péché du premier homme. Après avoir consacré plusieurs chapitres à
l'examen des textes sacrés dont il s'appuie , l'auteur cherche de nou-
velles preuves dans les traditions antérieures au christianisme , sur
l'état primitif de l'homme et sur sa chute. Les Chinois, les Égyp-
tiens, les Perses, le Phénicien Sanchoniaton , le Chaldéen Bérose ,
les auteurs grecs sont tour à tour invoqués par M. Moulinic.
Nous avons indiqué , le plus brièvement possible , l'objet de cet
ouvrage ; nous n'avons ni approuvé ni combattu Jes doctrines de
l'auteur ; nous laissons ce soin aux théologiens ; nous donnerons
cependant de justes éloges à la purett de la morale qu'il professe;
elle est digne d'un homme que l'église de Genève regarde comme
un de ses pasleur:> les plus instruits cl les plus icspcclablcs. M. A.
LIVRES ÉTRANGERS. 3G5
ITALIE.
ï^S.—La Vila di Gesà-Chnsto , etc.— La Vie de Josus-Christ et
sa religion; par le P. Antonio Cesaki. Vérone, 1820, 5 vol. in-4°.
Cet ouvrage se fait remarquer par le sujet et par le style. L'auteur,
très-connu par son dictionnaire italien et non moins zélé pour sa
langue que pour sa religion, semble s'être proposé pour but, en
écrivant la vie de Jésus-Christ, de faire sentir combien la plupart
des chrétiens s'éloignent de leur modèle, soit dans leurs pratiques,
soit dans leurs maximes.
. i^g.—L'Oracolo di Delfo , etc. — L'Oracle de Delphes, ou Consi-
dérations de Francesco Torrtceni, sur l'Oracle de Delphes du comte
Prancesco Mengotti , etc. Milan, 1821 ; Gio. Silvestri.
Nous avons annoncé l'ouvrage de M. Mengotti sur l'oracle de
Delphes , qu'il regarde comme une institution politique dirigée par
le congrès des amphictions. M. Torriceni prouve d'une manière
assez convaincante que les amphictions n'étalent pas une institution
politique fédérative ; qu'il n'y eut jamais chez les Grecs de sem-
blables réunions avant la fédération des Achéens, et que l'oracle de
Delphes, comme tous les autres, ne fut qu'une institution entière-
ment religieuse _, qui ne dut ses succès qu'à la superstition des
peuples, à l'obscurité des oracles et à l'imposture des prêtres. L'au-
teur fait aussi quelques rapprochemens entre la pythie et les partisans
du magnétisme et du mesmérisme.
i5o. — Famii{lie celeùri italiane.— Familles célèbres d'Italie^ par
PoTJipéo LiTTA , 3« et4« livraisons. Milan , 1S20, Paolo-Emilio Giustl.
L'auteur de cet ouvrage patriotique le continue avec beaucoup
de soin. La première de ces deux livraisons traite des Simo-
netta de Calabre et des Gallio de Corne ; la seconde , de la
famille Trivulzio de Milan , et surtout de Giangiacomo Trivulzio ,
surnommé le Grand, dont, il est souvent question dans l'his-
toire de France. Cet ouvrage est intéressant par l'exactitude et
la rapidité des récits , par le choix des monumens et par les
réflexions qui les accompagnent.
ïSi.—Della Letteratura ilaliana, etc. — De la Littérature ita-
lienne, dans la seconde moitié du xviu' siècle ; par Camille Ugoni.
Brescia, 1820; i«' volume.
Le comte .T. B, Corniani avait conduit les ?.ecoli délia letleraluru
366 LIVRES ETRANGERS.
ilaliana jusqu'à la moitié du xvm* siècle. M. Camille Ugoni a eatre»
pris de contiuuer l'ouvrage , à partir de cette époque ; mais il lui a
donné, avec un nouveau titre et plus d'étendue, un caractère tout
diËFérent dans les analyses et dans le style. Le premier volume que
nous annonçons contient dix articles, consacrés à Giuseppe Tartinî,
Ruggero Giuseppe Boscovich , Francesco Algarotti , Antonio Geno-
vesi , Gasparo Gozzi, Gian-Carlo Passeroni, Giuseppe Baretti, Ap-
piano Buonafede , Prospère Manara et Paolo Gagliardi. Lorsque de
nouvelles publications nous fourniront l'occasion de revenir sur cet
ouvrage , nous rectifierons quelques erreurs où tombent souvent
les biographes étrangers , qui écrivent pour l'ordinaire avec trop
d'assurance ou trop peu de soin sur la littérature et les écrivains de
l'Italie.
i52. — Sul merito traglco, etc. — Sur le mérite tragique de Vit-
torio Alfieri; mémoire de l'avocat Gaelano Marbè, professeur à
l'université de Gènes. Milan , 1821 , Gio. Silvestri; in-S".
Ce mémoire a été couronné par l'académie royale des sciences de
Turin , qui a donné à l'auteur une médaille d'or , prix proposé par
M. le marquis Lodovico-Arborio Gattinara. M. Marré s'est cru d'a-
bord obligé d'attaquer la doctrine romantique d'A. W. Schlegel sur
le genre tragique. Il s'étudie à en relever l'incohérence et la singu-
larité , et souvent il se sert des principes même employés par
l'auteur allemand pour le réfuter complètement. Il présente les
tableaux de Shakespeare , cités par M. Schlegel à l'appui de son sys-
tème , et il en montre la confusion , la contradiction et le ridicule.
Mais ce n'est pas là, d'après notre auteur, ce qui constitue le génie
du poète anglais ; ces défauts appartiennent à l'époque dans laquelle
il a vécu. Tous les efforts de son génie ne purent le faire triompher des
imperfections de l'art encore dans l'enfance. M. Marrè détermine en-
suite le caractère du système tragique d' Alfieri, fondé, à l'exemple des
Grecs et plus encore d'après l'autorité de la raison et de l'expérience,
sur la plijs grande simplicité. Il le justifie des imputations injustes ou
exagérées qu'on lui a faites à l'égard des plans, des personnes et de
son style. 11 prouve enfin que , sans s'éloigner des maximes fonda-
mentales des Grecs ou des auteurs classiques , il a su donner à ses
pièces cette originalité qui , le faisant distinguer de la foule des
imitateurs serviles, lui assure un rang immortel parmi les véritables
génies du pâmasse italien.
LIVRES ÉTRANGERS. SG7
i5^.-^Tril>ulo alla mcrnoria , etc. — Hommage rendu à la mé-
moire du célèbre astronome le chevalier Antonio Cagnoli de Vérone.
Vérone, i8ii , à la société typographique.
Cet opuscule est un recueil de douze sonnets; ils méritent d'être
mentionnés , soit à cause du savant astronome auquel ils sont
adressés, soit à cause du talent du poète. C'est le chevalier Ippolito
PiNDKMORTB , qui a consacré ces vers , pleins de sentiment et de mé-
lancolie , à son concitoyen et son ami. F. S.
154. — Iliadis fragmenta anliquissima cutu picturis ; item srholia
vêlera ad Odysseam ; edente Angelo Maio, etc. Madiolani, regiis typis,
1819. 1 vol. in-folio, avec 58 planches.
Nous avons fait mention , dans une notice sur les découvertes de
M. l'abbé Maï, de ces fragmens de l'Iliade, dus aux recherches de
ce savant antiquaire , si avantageusement connu par la publication
d'autres anciens manuscrits. Les peintures occupent avec le texte
du sujet de chaque tableau la moitié de ce précieux volume. Elles
ne se rapportent qu'à dix-huit des vingt-quatre chants de l'Iliade ;
il y a donc lieu de croire, avec M. l'abbé Maï , qu'elles sont du qua-
trième, cinquième ou sixième siècle de notre ère, ou même d'une
époque plus reculée. L.
ESPAGNE.
i55. — Metodo de cuentaj razon , etc. — Méthode à suivre dans les
comptes, pour les livres à partie double; par dom TZaz/zon Valdès.
Madrid, 1820. Perei et Brun.
Cet ouvrage, très-estimé, a été choisi comme livre élémentaire
dans les écoles de commerce de Malaga et dans quelques autres.
i56. — Memoria presentada a las cartes, etc. — Mémoire sur le
crédit du papier-monnaie ; par dom Firmin Nafabroxdo. Madrid ,
1821. Bailo.
Le but de l'auteur est de prouver que , si l'on adoptait les moyens
qu'il propose, le crédit deviendrait chaque jour plus florissant, et
la dette nationale se trouverait bientôt éteinte.
iSj. — Observaciones , etc. — Observations sur le plan du crédit
public, présenté aux cortès , sur l'emprunt, sur la loi concernant la
liberté de la presse , et particulièrement sur les jurés qui sont créés
par cette loi pour être juges du fait ; par dom Thomas Moorb d' Al-
canfe. Madrid, 1821. Sanz. 1 vol. in-8°.
SG8 LIVRES ETRANGERS.
Nous ne lerons sur cet ouvrage qu'une seule observation , c'est que
tous ceux qui connaissent l'état actuel des lumières en Espagne ,
doivent être convaincus que des jurés élus par le sort, entre ceux qui
sont compris dans la liste faite par la municipalité d'une ville, chef-
lieu de province , ne seront que très-rarement capables de juger si un
ouvrage, concernant les dogmes, le culte, la discipline et la
morale religieuse , est criminel ou non, Nous n'avons pas besoin
de faire observer que cette remarque ne se rapporte qu'à un fait
particulier et à la situation actuelle de l'Espagne, et que nous
n'entendons point en faire l'application au système général du juge-
ment par jury.
i58 (*) — Memorias , etc. — Mémoires de l'Académie de l'his-
toire d'Espagne , établie à Madrid. Cinq volumes in-4° , contenant
plusieurs mémoires particuliers, écrits par les membres de ladite
académie, sur divers sujets concernant l'histoire, la chronologie
et la géographie d'Espagne. Madrid, 1821 , à l'académie,
159. — Coleclion, etc. — Collection des lois castillannes, faite
dans le Code des sept parties , par le roi Alphonse le Savant, h l'aca-
démie de l'histoire. 5 vol, in-4°.
Le texte de cet ouvrage a été corrigé d'après un grand nombre
d'exemplaires manuscrits très-anciens dont on donne une notice
exacte.
i6o, — Demonslracion histonca, etc. — Démonstration historique
de la valeur des monnaies dont on faisait usage en Castille sous le roi
Henri IVet de leur rapport avec les monnaies du règne de Charles IV;
par don Liciniano Saez ; à l'académie de l'histoire ; 1 vol. in-f".
ï6i. — £nsajo, etc.— Essai d'interprétation des alphabets in-
connus dont on a fait usage pour les légendes des monnaies anciennes
d'Espagne ; par don Louis-Joseph Velasqcez ; à l'académie de l'his-
toire ; 1 vol. in-4°.
162.— Memoria /mior/ca,etc.— Mémoire historique, dans lequel on
recherche quelle a été en Espagne l'opinion nationale à l'égard de
l'établissement , et de la conservation du tribunal de l'inquisition ;
pardon Jean-y4 n toine ï^hOREyTE ; à l'académie de l'histoire ; 1 vol.
in-S".
i65. — Diserlacion histonca , etc. — Dissertation historique sur
la question de savoir quel parti prirent les Espagnols dans les an-
ciennes guerres des croisade^ contre les mahomctans de l'Orient;
LIVRES ÉTRANGERS. 569
pai- don Martin Ferxandez deNauarrete ; à l'académie de l'histoire;
brochure in^"'
164. —Eloprio academico , etc. — Eloge académique de la reine
Isabelle de Castille, dite la Catholique, par don Diègue Clemknciît,
membre des cortès d'Espagne ; à l'académie de l'histoire ; brochure
in-4".
i65 Memoria, etc. — Mémoire sur les divertissemens publics;
par don Gaspar de Tovbilanos ; à l'académie de l'histoire ; brochure
^"■^°' Llobente.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
166. — De la nécessité de réformer l'enseignement médical dans la
Belgique; par D. De la Haye, docteur en médecine, avec cette
épigraphe : « La société entière est intéressée à ce que l'homme de
l'art ait fait de bonnes études, et que sa capacité soit bien et dûment
reconnue : c'est un malheur bien grand pour l'humanité, quand celui
qui est destiné pour la secourir dans ses souffrances est plus dange-
reux que la maladie. » Kluysens, discours prononcé à l'ouverture
de son cours. Bruges, 1821, Imprimerie de la veuve de Moor et fils.
Brochure de 33 pages.
Le titre de cet écrit pourrait faire croire qu'il existe un enseigne-
ment médical en Belgique; mais on sera bientôt détrompé, si l'on
veut se donner la peine d'en parcourir quelques pages. On compte ,
dans une étendue de trente lieues, trois universités, et chacune
d'elles est composée de trois professeurs qui sont chargés de l'ensei-
gnement de toutes les branches de la médecine. M. De la Haye
prouve qu'il est impossible à ces professeurs de remplir les devoirs
qui leur sont imposés , et que toutes les sciences qui composent l'en-
semble de l'art ne sont point ou sont mal enseignées. Il voudrait que
les trois universités fussent supprimécs,etqu'on établît une seule école
de médecine sur le modèle de celle de Paris , en n'assignant toute-
fois qu'un seul professeur par chaire , ce qui est presque toujours suf-
fisant. Il répond victorieusement aux objections qui ont été faites
et dont quelques-unes sont vraiment puériles , telles que celle-ci, par
exemple -.«On a dit qu'en n'établissant qu'une seule école de méde-
cine pour toute la Belgique, on y réunirait un trop grand nombre
d'élèves; le grand nombre détruisant toute émulation , parce qu'a-
lors les élèves ne peuvent plus se connaître ni s'estimer. » L'auteur
Tome xi. 2A
370 LIVRES ETRAiSGERS.
démontre également la nécessité d'établir l'école de médecine dan»
une grande ville , parce qu'alors seulement on est à portée d'avoir
des hôpitaux où l'on peut faire devant les élèves l'application des
différentes théories qui leur ont été enseignées. Il ne doute pas
qu'un établissement de cette nature ne pût un jour rivaliser avec les
écoles françaises , qu'il prend toujours pour terme de comparai-
son. Cette brochure, inspirée par des sentimens d'honneur national
et d'amour de l'humanité, doit Cxer l'attention du gouvernements
Damirox , D. M.
167. — Verliandelingen , etc. — Mémoires de la première classe de
l'institut royal des Pays-Bas, tome V. Amsterdam, 1820. Pieper et
Ipenbuur , in-4° de 3i2 pag.
Les huit mémoires contenus dans ce volume , sont relatifs à la mé-
decine et à l'art vétérinaiie.
168. — Bydra^en , etc — Recueil de pièces concernant l'écono-
mie politique du royaume des Pays-Bas, par Gisbert Charles Van
HoGENDOHP. Tom. IV , 1" partie. La Haye, 1820 ; in-S" de 129 pag.
M. le comte de Hogendorp, quia joué un rôle trés-honorable dans
la régénération politique de la Hollande, continue à bien mériter de
la chose publique par le recueil que nous annonçons , et où il fait
preuve d'un excellent esprit dans des discussions lumineuses, remplies
d'intérêt et d'utilité.
169. — Algemeene Geschiedenis , etc. — Histoire universelle, en
34 livres , par Jean Vajj Muller, continuée après son décès , par
Jean-George Muller, son frère , traduite sur la 5<= édition de l'origi-
nal allemand et enrichie de supplémens et de notes par N. G. Van
Kampen. Tom. 1", Harlem, 1820. Bohn, in-8» de 610 pag.
Cette traduction est enrichie de notes très-intéressantes.
170. — Carlhago, etc. — Carthage, considérée dans ses relations
politiques et commerciales, par A. H. L. Hekren ; trad. del'allem.
et enrichi d'observations, par G. Dorkseiffek. Amsterdam , 1820. Hé-
ritiers Gartman , ia-8° de 309 pag.
Le nom de Heeren suffit pour recommander un ouvrage de la na-
ture de celui-ci. La traduction ne pouvait être confiée à un écrivain
plus capable de la bien faire. M. D. S. a détaché ce tableau de Car-
thage d'un plus grand ouvrage de M. Heeren, consacré aux princi-
pales nations de l'ancien monde.
171 (*). —Beknoplegesc/iiedenis,ctc, — Histoire succincte des lettres
LIVRES Él'RANGKRS. 37j
*>l des sciences dans les Pays-Bas, par N. G. Van Kampen. Tome I".
Amsterdam, 1S21 , veuve Allart et compagnie ; in-S».
Cette histoire manquait ; riiomme de lettres qui l'annonce était
digne de l'entreprendre. Elle ne formera que deux volumes ; ce qui
nous fait craindre qu'elle ne soit un peu trop succincte.
iji.—Gedachien , etc.— Pensées de Jean Paul, par J. A. Wei-
i-ASD. Eotterdani , 1S20, Immerzeel ; 2 vol. in-8°.
Jean- Paul-Frédéric Rivhler , beaucoup plus connu sous les noms
Aq Jean-Paul, e?t un des beaux esprits du xviii* siècle en Alle-
magne. Ce qui le caractérise, c'est cette bizarrerie, cette causticité,
que les Anglais appellent humour et qui distingua Rabelais et Vol-
taire en France , Cervantes chez les Espagnols , Switït et Sterne chez
les Anglais, Wieland et Nicolaïchez les Allemands, Francklin chez
les Américains. Les Hollandais sont descendus au-dessous du genre,
en se jetant dans le bas comique : leur littérature a aussi ses Ténier,
ses Ostade, et même s€s Jean Steen. M. f-FeUand, qui a fait lui-
même ses preuves dans le genre dont nous parlons par son Scrible-
riana, a imaginé d'extraire des nombreux écrits de Jean-Paul ses
pensées les plus piquantes et les plus originales. Il fera penser, il
fera rire , parfois même il laissera quelque chose à deviner, et son
but sera rempli.
\-jo.~Mengelingen, etc.— Mélanges de la société littéraire établie
à Bruxelles, sous le titre de Concordia. I" recueil ; Bruxelles , 1820,
Stapleaux ; mS° de 286 pages.
Quatorze articles (dont deux seulement écrits en français) com-
posent ce premier cahier. Nous y -avons distingué, i« un mémoire
sur la clironologie mathématique , par H. Somerhausen ; 2» un
discours sur le caractère et la mort de Caton le jeune , par
G. T. Baumhauer; 5" un discours de X. G. Van Katnpan , où l'on
trouve un tableau du siècle de Frédéric-Henri , stadhouder des pro-
vinces-unies des Pays-Bas. L'auteur a considéré cette époque princi-
palement sous le rapport de l'administration de l'excellent prince
que nous venons de nommer.
174.— Gedi'cA/eTz. — Poésies de A. C. W. Stakisg. Zutphen, 1820,
Thiemen; in-S" de 556 pages.
M. Slaring est déjà compté parmi les vétérans du pâmasse hollan-
dais ; mais sa muse ne se ressent point de son âge. Ses premiers essais
parurent en 1789. Il a une manière à lui, et le caractère de son
2i*
S72 LIVRES ETRANGERS.
talent est la facilité , la bonhomie , la naïveté. Le recueil que nous
annonçons se compose de cantates, de cantiques sacrés, de poésies
mêlées, de contes, d'épigrammes et de deux épîtres en prose et en
Ters. ^I-
ijS. — Algemeen zamenv attend maandwerk Irène ^ etc. — Irène,
ouvrage mensuel contenant , outre les articles originaux , un choix
d'articles tirés des journaux étrangers ; par T. O. Schilperoobt.
N* I, juillet 1821. Amsterdam, veuve Djederichs et fils; in-8° de
io4 pages.
Ce nouveau recueil pourra devenir intéressant , si le choix des ar-
ticles est toujours fait avec soin, et si, indépendamment des traduc-
tions de journaux étrangers , le rédacteur fournit aussi de bons
articles sur la littérature hollandaise moderne , qui n'est pas assez
connue hors des Pays-Bas. Dans le premier numéro qui vient de pa-
raître , il n'y a qu'un seul article original : Pensées sur la souverai-
neté et la représentation nationale ; tout le reste a été choisi dans les
recueils périodiques français , anglais et allemands. La Bibliothèque
universelle a fourni un article sur Vètat ecclésiastique de l'Angle-
terre; la Revue encyclopédique a été mise à contribution pour les
recherches d histoire naturelle faites au cap de Bonne-Espérance.
Dans le Quarlerly Review^ le rédacteur a pris un exposé de la situa-
tion actuelle des Grecs; les principaux journaux allemands, l'Hermès,
leMorgenblatt, le Conversalionshlatt de Leipzig, les Bphémérides géo-
graphiques de TFeimar ont également donné un choix d'articles inté-
ressans. L'Irène de M. Schilperoort est destinée à embrasser toutes
les branches des sciences et des lettres. Le premier numéro est ter-
miné par une revue des derniers ouvrages littéraires de l'étranger, et
par un choix de petites pièces de vers, d'anecdotes, traits de carac-
tère, pensées, etc. D — g.
LIVRES FRANÇAIS.
1-6 (♦]. — Dictionnaire des s^eraces Tza^ureZZes^ dans lequel on traite
méthodiquement des difiPérens êtres de la nature , considérés soit en
eux-mêmes, d'après l'état actuel de nos connaissances , soit relative-
ment à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le
commerce et les arts; par plusieurs professeurs du Jardin du Roi et
des principales écoles de Paris. ( 1821 , T. XIX, gla-gbz. )— On sous-
crit à Paris , chez Lenormand , rue de Seine , n" 8.
LIVRES FRANÇAIS. 373
On nomme sciences naturelles l'ensemble de toutes les connais-
sances acquises et comparées sur les productions et les phénomènes
de la nature. Sous ce titre, sont comprises non seulement l'A/s/o/z-e
naturelle, mais celle des météores, de l'électricité, du magnétisme,
le cours des astres , les propriétés de l'air et des eaux , la chimie ,
l'anatomie, etc. ; tel est, dans l'état actuel des progrès de l'esprit
humain j la connexion qui lie les différentes branches des connais-
sances naturelles, qu'il n'est plus permis à celui qui veut les acquérir
d'ignorer leurs affinités et les rapports intimes qui existent entre
elles. Sans ce rapprochement, on n'apprend rien de positif; on ne
sait rien d'exact ; on ne conçoit rien clairement. C'est à exécuter ce
vaste plan que s'attachent constamment les professeurs distingués ,
les hommes supérieurs qui concourent à la rédaction du Dictionnaire
que nous annonçons. Aucune spéculation de librairie , aucune vue
d'intérêt ne paraît mêlée à cette imposante entreprise ; point de pré-
cipitation dans la publication de l'ouvrage ; les articles qui le rem-
plissent semblent être élaborés , comme les objets de la nature dont
ils offrent la description. Les découvertes nouvelles y sont scrupu-
leusement présentées et appréciées au flambeau d'une saine critique.
Le tome dix-neuvième , qui paraît depuis peu , contient les produc-
tions et les phénomènes de la nature, commençant parles syllabes
GLA à GHZ. Nous regrcttous de ne pouvoir citer tous les articles remar-
quables de cette livraison ; mais nous sommes persuadés que
l'homme du monde, comme le naturaliste , lira avec beaucoup d'in-
térêt ceux de M. Brard sur les glaciers, les globes de feu, la roche
primitive appelée gneiss , sur le grenat et les grès. Le zoologiste sera
satisfait de la description nouvelle , très-exacte et très-détaillée , que
M. DB Blainville donne d'un très-joli petit mollusque, de la longueur
d'un pouce, de couleur bleue, argenté sous le ventre, qu'on nomme
Glaucus et qui se trouve dans les mers des pays chauds et dans la
Méditerranée. — Nous citerons aussi, comme très-instructif en zoo-
logie, l'article Grenouille de M. Cloquet; ces reptiles, de la famille
des batraciens, sont examinés sous le rapport de leur organisation,
de leurs mœurs et de leurs habitudes ; les organes de la locomotion ,
des sensations , de la digestion , de la circulation , de la respiration ,
de la voix, des sécrétions et de la génération , sont analysés séparé-
ment et expliqués avec précision et clarté. L'exposé de leurs mœurs
et de leurs habitudes est extrêmement curieux et d'un grand intérêt
37A LHRES FKANÇAIS.
pour ceux q„i habitent la campagne. En chimie, les articles Gluctne
(base salifiable découverte dans Vémeraud,), Gluten (t\. Gommes,
sont traités par M. Chevrecl de la manière la plus satisfaisante et la
plus détaillée. De nombreux articles de botanique de M. Poibet,
parmi lesquels on distingue le Grenadier et la Grenadille, inté-
ressent les amateurs de la plus aimable des sciences. M. de Jussibu a
traité l'article Gramtnée avec cette étendue de vue, celte précision
et cette perspicacité qui le distinguent. Un nouveau genre de la
famille des algues marines articulées, le Griffitsia du professeur
suédois Ayabdh , a fourni à M. Léman l'occasion d'un article qui doit
fixer l'attention des amateurs de crjptogamie.
Nous terminerons en rappelant que le Dictionnaire des sciences
naturelles, vaste tableau de la nature, est sous la direction générale
de M. CnvTEn,et qu'il est accompagûé d'un ^i^/a^ représentant avec
la plus parfaite exactitude les plantes, les oiseaux, les poissons , les
insectes et les reptiles. L'exécution de cet atlas est confiée à
M. TuRPIS. g Q
^77 (*)• — Regni vegetabilis Sysfema naturale , sife ordines ,
gênera et speciesplantarum, secundùm melhodi naiuralis normas di-
gestarum et descriptarum ; auctore A. Pyramo Dec a^dolle ; volumen
secundùm sistens ordines ses , ncmpè Berberideas , Podophylleas ,
^Vmphacaceas , Papaveraceas , Fumariaceas et Cruciferas. Paris,
j82U Treuttel etWiirtz, rue de Bourbon, n». 17; Strasbourg et
Londres . même maison de commerce. Un fort volume grand in-S»
de 745 pages ; prix i5 fr. , etfranc de port 17 fr. 5o. ( Voy. le Compte
rendu du premier volume ci-dessus , tom. V, pag. 83f)7\
Les découvertes botaniques se sont succédées depuis trente ans ,
aiTec une si grande rapidité , dans tous les pays , que, depuis la publi-
cation des ouvrages de Wildenow et de Vahl qui, par la mort de leurs
illustres auteurs, sont restés incomplets), on a généralement senti le
besoin d'un nouveau catalogue des végétaux. M. Decandolle a en-
trepris cette grande tâche , aidé des secours qu'il a puisés , non seule-
ment dans son propre herbier ( l'un des plus considérables qui
existent), mais encore dans les plus riches collections botaniques de
l'Europe , qu'il a visitées , et dans les communications des décou-
vertes de plusieurs voyageurs célèbres. Il a eu le rare avantage de
décrire presque toutes les espèces sur des échantillons authentiques.
Son ouvrage contiendra au moins le double des espèces consignées
LIVRES FRANÇAIS. 375
dans ceux de Wildenow et de Peisoon ; il offre , de plus, le mérite
d'être disposé d'après les principes de la méthode naturelle , méthode
qui a déjà rendu tant de services à la science. C'est le premier ou-
vrage général de botanique , où les espèces se trouvent classées en
familles naturelles. Cet important ouvrage, imprimé en petits carac-
tères , grande justification , se publie par volumes ; le premier , en
tête duquel est placé une bibliothèque botanique, a paru en 1818 ;
le second vient de paraître, et deviendra, comme le premier, un
manuel presque indispensable à tous ceux qui cultivent la science de
la botanique. Les volumes suivans seront publiés sans interruption.
178 (*,\ — Icônes seleclœ planlarum quas in systemate uniuersali ,
ex herhariis parisiensibus , prœsertiiii ex Lessertiano descripsit
Aug. Pjr. Decandolle , ex archetypis speciminibus a f. J. F. Tur-
pin delineatœ, eteditœà Benj. de Lessert , /4cademiœ scientiaruni
sovio honorario , etc. , Vol. /, exhibens Ranunculaceas , Dillenia-
ceas, Magnoliaceas , Anonaceas , et Menispermeas.Farïs, 1821.
Treuttel et Wùrtz, rue de Bourbon , n" 17 ; Strasbourg et Londres ,
même maison de commerce. In-fol. , papier vélin, 70 fr. ; in-4'',
même papier, 00 fr. , et papier fin 55 fr.
Tel est le titre d'une collection de cent planches exécutées au
burin, d'après les dessins de M. Turpin; elle présente les espèces
nouvelles existantes dans les divers herbiers de Paris, décrites dans
le !'■"■ volume de M. DecandoIIe , et que M. de Lesserl vient de
faire paraître; il se propose de donner, pour les autres volumes,
une suite à cette collection de planches qui, rendant plus sensibles
les caractères des plantes décrites par M. DecandoUe , ajouteront un
nouveau prix à son travail.
179. — Botanique des dames, par M. Boitaed. Paris, 1821 ;
Audot, rue des Maçons-Sorbonne , n° 11, 3 vol. in-18. — Prix,
9 f. et 10 f. 5o c. franc de port.
Ces trois volumes forment la deuxième livraison de V Encyclopédie
des Dames , ouvrage que nous avons déjà annoncé ( Voy. Tom IX ,
pag. 63o, etTom. X, pag. 189), et sur lequel nous nousproposons de
revenir quelquefois pour faire connaître le mérite de son exécution.
i8o. — (*) Flore médicale des Antilles , ou Histoire naturelle des
plantes usuelles des colonies françaises , anglaises, espagnoles et
portugaises;, par M. E. Descoueticz , D. M., peinte, d'après les
dessins faits sur les lieux par M. Théodore Descourtiiz. Paris, 1821.
^76 LIVRES FRAJSÇAIS.
Chez l'auteui , rue Saint-Louis, au Marais, n. 16. 8 volumes in-S" ,
avec planches coloriées au pinceau.
Z,a Flore médicale des Antilles se composera de cent cinquante
livraisons , qui formeront 8 volumes in-S». Chaque livraison aura
4 planches et une feuille de texte. Les i"<'et 2' ont déjà paru, et les
autres paraîtront successivement, chaque mois, par deux livraisons et
plus, si les souscripteurs le désirent. Le prix de chaque livraison , en
papier 6n , est de 3 fr. , et de 3 fr. 5o c. par la poste. On souscrit
chez l'auteur, à l'adresse ci-dessus, et au cabinet littéraire de la
Tente, Palais-Royal, galerie de bois, n. 197.
La Flore médicale des Antilles est un ouvrage absolument neuf,
qui intéressera les médecins , les peintres , les amateurs , et
plus particulièrement encore les propriétaires des colonies fran-
çaises, anglaises, espagnoles et portugaises. L'auteur est un ancien
médecin naturaliste du gouvernement de Saint-Domingue, et ce titre
seul répond des ressources dont il a pu faire usage pour l'exécution
de son ouvrage, et surtout pour l'exactitude et la fidélité du dessin,
181. C')— Photographie médicale, ornée de figures coloriées de
grandeur naturelle , où l'on expose l'histoire des poisons tirés du
règne végétal , et les moyens de remédier à leurs efiFets délétères ,
avec des observations sur les propriétés et les usages des plantes hé-
roïques; fat Joseph RoQVEs , D. M. Prix de chaque livraison , papier
fin grand raisin , in-4» , 8 fr. ; papier nom de J ésus vélin satiné , petit
in-folio, 3o fr. Chez l'auteur, rue de Louvois , n» 5 ; chez Hocquart
jeune, rue des Maçons-Sorbonne , n» i3.
En 1809, M. J. Roques publia, sur les plantes usuelles, un traité
qui fut fort bien accueilli du monde savant. Jusqu'ici , aucun mé-
decin naturaliste n'avait considéré, avec toute l'importance qu'elle
mérite, l'application de la botanique à la médecine. Le docteur
J. Roques s'est proposé de remplir cette lacune, par l'ouvrage
qu'il nous donne aujourd'hui. Il indique d'abord quelles sont les
plantes vénéneuses, afin de prévenir les dangers qui peuvent ré-
sulter de leur emploi dans les besoins domestiques ; il donne un des-
sin si exact de ces plantes , qu'on peut à l'instant les reconnaître
en nature, après avoir consulté son livre; enfin, il dit dans quels
cas et par quels moyens ces substances vénéneuses peuvent être
employées pour combattre l'efiTet de certaines maladies et procurer
une guérison efficace. Ces différens points de vue sont exposés avec
LIVRES FRANÇAIS. 377
beaucoup de méthode dans le discours préliminaire et dans l'intro-
duction de la phytographie médicale. Ces deux morceaux, écrits
d'un style élégant et facile, donnent la plus favorable idée du travail
de l'auteur. Mais de semblables ouvrages ne peuvent être jugés sur
un premier coup d'œil ; une critique basardée serait inconvenante
pour un travail qui a dû exiger tant d'années d'études , de même
qu'une approbation irréfléchie pourrait sanctionner des procédés
médicaux dangereux. Nous reviendrons plus tard sur cet ouvrage ,
quand un examen approfondi nous aura mis en état de prononcer
sur son mérite réel. Il est toutefois une justice qu'on doit rendre sur-
le-champ au docteur Roques. Ses dessins , de grandeur naturelle ,
sont d'une perfection remarquable , même aujourd'hui ; et le texte ,
sorti des presses de M. Didot jeune, est imprimé d'une manière
aussi correcte qu'élégante. Les trois livraisons qui viennent de pa-
raître offrent l'histoire complète des champignons; la quatrième li-
vraison paraîtra vers le i5 septembre. L'ouvrage sera terminé en
trente-six livraisons. B.
182 (*). — Exposition méthodique des genres de l'ordre des poly-
piers , avec leur description et celle des principales espèces figurées
dans 84 planches; les 65 premières appartiennent à l'histoire natu-
relle des zoophytes d'ELLis et Solaxder; par J. Lamochocx, D. E. S.,
professeur d'histoire naturelle à l'académie royale de Caen, corres-
pondant de l'Institut de France, etc. Paris, 1820. Imp. de v« Agasse.
1 vol. in-4° de 1 15 pag.
Depuis 1786, époque où Solander publia l'Histoire naturelle des
zoophytes, de J. Ellis, les sciences naturelles ont fait de grands
progrès ; il était à désirer que les beaux dessins d'Ellis el Solander ,
dont l'exécution est parfaite, fussent reproduits dans une nouvelle
édition de cet ouvrage , mise au courant de la science pour la clas-
sification , et augmentée des principales figures- de tous les genres
de polypiers que nos modernes zoologistes nous ont fait connaître ,
et que renferment les riches collections de la capitale. M. Lamou-
roux , avantageusement connu dans les sciences naturelles, par ses
utiles el nombreuses recherches sur les plantes marines ( Thalas-
siophytes ), et par son histoire des polypiers coraligènes flexibles ,
s'est chargé d'exécuter cet important travail. On peut considérer
comme un gênera polypabiorum, aussi complet que les connaissances
actuelles le comportent, cette nouvelle édition, entièrement re-
378 LIVRES FRANÇAIS.
fondue et tiès-augmentée , de l'histoire naturelle des zoophytes
d'Ellis et Solander. Toutes les descriptions sont en français ; on a
ajouté , comme synonyme , une phrase latine , soit de Lamarck ,
d'Ellis, de Pallas, etc. Une phrase courte et précise donne les ca-
ractères propres à chaque genre ; elle est suivie de la description
d'une ou de plusieurs espèces , choisies parmi les inédites parfaite-
ment caractérisées , ou parmi celles qui sont décrites dans les ou-
vrages les plus répandus. La classification de ces productions ani-
males est faite d'après la méthode de Lamarck, pour les polypiers
pierreux , et d'après celle de Lamouroux , pour les polypiers flexi-
bles ; elle est le moins systématique possible , mais elle n'est pas
encore naturelle. Elle se compose de trois divisions : polypiers Jlexi-
bles ou non entièrement pierreux^ polypiers entièrement pierreux et
non flexibles ; polypiers sarcoïdes plus ou moins irritables et sans
axe central. La première se subdivise en trois sections : polypiers
cellulifères , calcifères , corticifères ; la seconde, en polypiers yb /-a -
minés, lamellifèies, lubulés ; la troisième n'est point partagée en
sections; elle se compose de trois ordres : le nombre total des ordres
est de vingt, celui des genres est de soixante-douze. Les figures nou-
vellement ajoutées ne le cèdent point en exactitude à celles d'Ellis
et Solander. Les amateurs d'histoire naturelle, les curieux croiront
toucher les coraux et les masses poreuses , blanchâtres et striées, qui
ornent leurs cabinets , tant la ressemblance est parfaite. B. G.
iS5 (*) . Traité général des eaux et forêts, chasses etpéches, com-
posé d'un recueil chronologique des réglcmens forestiers, d'un dic-
tionnaire des eaux et forêts et d'un dictionnaire des chasses et pêches;
avec un atlas contenant un grand nombre de tableaux et de figures;
par M. Batjdbillart, chef de division adjoint à l'administration gé-
nérale des forets, membre de la société royale et centrale d'agri-
culture, et de plusieurs autres sociétés savantes.
Cet ouvrage formera cinq volumes in-4'' , imprimés sur beau pa-
pier, à deux colonnes, en caractères neufs petit-romain, avec les
notes en petit-texte. 11 sera publié par demi-volumes , chacun de 45
à 46 feuilles d'impression ( 56o à 568 pages ), qui paraîtront très-
régulièrement de trois mois en trois mois. Le RecueildcS Réglemens
paraîtra le premier , parce qu'il forme la base de tout le travail sur
la partie réglementaire ; viendra ensuite le dictionnaire des forêts ,
puis le dictionnaire des chasses et pêches. h'.JiUis formera trois ca-
LIVRES FRANÇAIS. 379
hiers , qui contiendront ensemble plus de 5oo figures , et tous les
modèles de tableaux et d'actes concernant les forêts. Le premier
cahier paraîtra avec le dictionnaire des forets, et les deux autres
accompagneront le dictionnaire des chasses et pêches. On ne pro-
pose la souscription que pour le recueil des réglemens et le diction-
naire des forêts. Quant au Dictionnaire des chasses et pêches ■, il ne
sera annoncé que lorsqu'il paraîtra. Le prix de la souscription est
lixé par livraison : à S fr. pour le recueil , et à lo fr. pour le diction-
naire des forêts , y compris les tableaux , formules et figures ; et ,
comme le nombre présumé des livraisons est de quatre pour chacun
de ces ouvrages, le prix total sera d'environ 02 fr. pour le recueil ,
et de 4o fr. pour le dictionnaire. Le paiement aura lieu au fur et à
mesure de chaque livraison. La souscription sera fermée fin de
septembre, époque où la liste de MM. les souscripteurs sera
imprimée et jointe au dernier volume du recueil. Le prix pour les
non-souscripteurs sera , par livraison, de 10 fr. pour le recueil, et
de i5 fr. pour le dictionnaire. Les frais de port ne sont point com-
pris dans le prix de l'ouvrage. Les deux premières livraisons, for-
mant le premier volume du recueil, sont en vente en ce moment
( 1"^' juillet 1821 ]. Cn souscrit chez madame Iluzard , rue de l'Epe-
ron , n° 7.
184 (*)■ — Recherches sur les osseniens fossiles , où l'on rétablit les
caractères de jjlusieurs animaux dont les révolutions du globe ont dé-
truit les espèces; par M. le baron G. Cuvier, conseiller d'état, etc.
Nouvelle édition , entièrement refondue et considérablement aug-
mentée. Tome premier , contenant le discours préliminaire et l'his-
toire des éléphans , des mastodontes et des hippopotames fossiles. A
Paris, 1821. G. Dufour et Edmond d'Ocagne , libraires, quai Vol-
taire, n.» i3. In-4." de 64 feuilles et demie, plus 55 planches gravées..
Prix, cartonné , 4o fr. , et 45 fr. par la poste, franc de port.
i85. — Exposé des expériences sur le magnétis/ne animal , faites à
VIIôtel-Dicu de Paris, en octobre , nouernùre et décembre 1820 ; par
J. DO PoTET. Paris 1821, chez l'auteur et chez Béchetle jeune. In-8."
de 78 pages. Prix, 1 fr. 76 c.
Ces expériences paraissent très-favorables à la doctrine qui admet,
comme réels et utiles à la médecine , les phénomènes du somnam-
bulisme excité par ce qu'on appelle magnélcsation animale. Vingt-
six médecins et une ancienne religieuse ont été présens à ces expé-
380 LIVRES FRANÇAIS.
riences ; M. du Potel s'y est montré aussi étonnant magnétiseur qu'il
est habile défenseur des procédés magnétiques , qui semble-
raient ici avoir opéré une cure assez remarquable , sous l'inspection
en chef de M. le docteur Husson, depuis long-tems adversaire connu
delà théorie et de la pratique du magnétisme. On peut consulter à ce
sujet un Mémoire , peu connu, sur le magnétisme animal, présenté
à l'académie de Berlin en 1818, et qui porte pour épigraphe : « Les
lois de la nature sont la volonté de Dieu, manifestée par l'ordre de
la création. »Ce mémoire, imprimé à Paris chez Baudoin, se trouve
chez Bossange. L.
186. — Gymnastique médicale , ou l'exercice appliqué aux organes
de l'homme , d'après les lois de l'hygiène , de la physiologie et de la
thérapeutique; par CAar/iïsLoNDE, docteur médecin, etc. Paris, 1821,
Croullebois^ rue des Mathurins-Saint- Jacques j Prix, 4 fr.» et 5 fr.
par la poste.
Versé dans l'étude des anciens, et riche de sa propre expérience,
M. Londe avait des titres pour composer l'ouvrage que nous annon-
çons. Le rapport qu'en ont fait MM. Esquirol et Chaussier , commis-
saires de la société de la faculté de médecine de Paris , à laquelle
l'auteur avait présenté son manuscrit , est une autorité d'un grand
poids, et qui offre une garantie aux lecteurs. Les personnes qui s'inté-
ressent aux progrès de l'éducation, au perfectionnement de l'homme,
à l'amélioration des sociétés, liront cet ouvrage avec plaisir et profit.
Les hommes de lettres y trouveront des conseils judicieux pour pré-
venir les effets souvent nuisibles de leur genre de vie. Dans son intro-
duction , l'auteur trace- à grands traits l'histoire de la gymnastique
dont il démontre les avantages ; il expose le plan de son travail , qu'il
divise en deux parties : dans l'une , la gymnastique est appliquée à
l'homme sain ; dans l'autre , à l'homme malade. C'est la première
partie que nous avons sous les yeux ; la seconde doit faire le sujet
d'un second volume. Dans cette première partie, l'auteur traite suc-
cessivement : 1." du mouvement en général, de la classification des
exercices, etc.; 2." des effets généraux déterminés par les exercices
actifs sur toutes les fonctions de l'économie , et de l'examen parti-
culier de ces différens exercices; 3." des exercices passifs et de leur
influence générale et particulière; 4-° des exercices mixtes; 5.° des
gymnases modernes ; 6." des frictions , des onctions et du massage ;
7.° de quelques considérations relatives à l'âge, aux tcmpéramens,
LIVRES FRANÇAIS, 381
aux sexes, aux habitudes , etc., et de quelques précautions à mettre
en usage dans l'emploi hygiénique de l'exercice; 8." enfin, de l'in-
fluence du mouvement musculaire sur le céphale en général et des
effets déterminés par l'exercice de l'organe intellectuel en par-
ticulier, sur le reste de l'économie, et sur quelques-unes des
facultés de cet organe. Il est difficile de traiter ce sujet d'une ma-
nière plus complète , plus agréable et plus philosophique que ne l'a
fait M. Londe. Des recherches historiques précèdent ordinairement
la description de chaque exercice, et le tableau de l'influence de
chacun d'eux sur l'économie animale. Souvent l'auteur emprunte,
aux monumens de la sculpture antique , ce que les traités ne peu-
vent lui fournir, relativement à l'histoire des pratiques gymnastiques.
Nous indiquerons la réfutation qu'il a faite des opinions de Bichat
sur le siège des passions, et ce qu'il dit sur le mobile des phénomènes
attribués au tempérament nerueux , et sur le siège des désordres
appelés nerueux. L'auteur paraît avoir aussi très-bien observé l'a-
liénation mentale , le' mode -d'action de ses causes , la manière de
diriger le traitement moral des aliénés. Ailleurs , nous avons trouvé
quelques idées générales sur les principes qui peuvent contribuer au
perfectionnement de l'homme; principes toujours déduits de son or-
ganisation et des circonstances extérieures qui peuvent la modifier.
Nous avons vu avec un vif plaisir M. Londe payer un juste tribut
d'hommage aux hommes qui se sont occupés avec le plus de succès
de l'éducation, tant en France que chez les nations étrangères. Parmi
les noms de ces phiiantropes , nous avons distingué ceux du vertueux
Helvétien Pestalozzi, et de M. Jullien, dont on ne saurait trop appré-
cier les tableaux d'éducation pratique. Nous ne pouvons que nous
joindre à MM. les commissaires , pour engager le docteur Londe à
donner promptement la seconde partie de son ouvrage. Nous ajouterons
toutefois que la première forme, à elle seule, un travail complet, qui
convient à toutes les classes de la société. G. D. M.
187. — Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des
Dialogues des morts; par Fostbkelle. Paris, 1821, Jules Bossange
et Tenon, rue des Poitevins, n» 10, et à Londres, chez Martin
Bossange et compagnie, i4, Great Malborough-street. In-12.
a J'ai voulu , dit Fontenelle dans sa préface , traiter la philosophie
d'une manière qui ne fût point philosophique ; j'ai tâché de l'amener
à un point où elle 'ne fût ni trop sèche pour les gens du monde, ni
;^82 LIVRES FRANÇAIS.
trop badine pour les savaDS. » Tout le luonde sait jusqu'à quel point
ce philosophe aimable a réussi dans son projet, et avec quel art il a
répandu des grâces sur une matière qui en paraissait peu suscep-
tible. Quelques critiques ont trouvé que cet exemple était dange-
reux ; ils ont dit que « la véritable parure de la philosophie est
l'ordre, la clarté, et surtout la vérité. » Nous ne prétendons point ap-
peler de ce jugement ; mais nous croyons que l'on doit savoir gré à
Fontenelle d'avoir réussi par un moyen ingénieux à faire naître chez
les gens du monde du goût pour l'étude d'une science qui, jusqu'à
lui, avait paru devoir faire partie du domaine exclusif de quelques
esprits privilégiés. Les éditeurs ont joint à cette nouvelle édition les
Dialogues des morts du même auteur, et les soins qu'ils ont apportés
dans l'exécution de cet ouvrage doivent leur mériter également les
suffrages des gens de lettres et des bibliophiles. E. H.
i88. — Rapport de M. le chevalier Delambbe , secrétaire perpétuel
de l'académie des sciences-, sur les mémoires lus à cette académie
par M. DE Pahavey , membre du corps du génie des ponts et
chaussées; mémoires où l'auteur établit que les sphères de tous les
anciens peuples ont une origine commune, et que les époques re-
tracées par les zodiaques découverts en Egypte , spécialement ceux
de Dendera, ne sont que voisines du commencement de l'ère chré-
tienne. Paris, 1821 , Belin ; in^S" de 88 pages.
Tous les hommes lettrés connaissent la grande question de l'origine
des zodiaques, liée à celle de l'origine et de l'histoire du genre
humain ; question sur laquelle on trouve d'un côté la Bible , Pline .
Newton, Leibnitz, Bossuet , l'abbé Testa, Lalande, Larcher, Vis-
conti , Delambre, Cuvier, etc. ; et, de l'autre, Dupuis , Volnev,
Fourier, Grobert, Francœur, Remi-Raiges, Joniard , etc. Les mé-
moires de M. de Paravey sont à l'appui de la chronologie religieuse
adoptée jusqu'à présent. L'auteur en a lu des fragmens à l'académie
des sciences et à l'académie des belles-lettres ; ces deux compagnies
ont applaudi à ses recherches laboi'ieuses et l'ont encouragé dans son
entreprise. La brochure que nous annonçons , et par laquelle
ftL de Paravey prélude à la publication de ses important mémoires, a
trois parties : l'introduction , un aperçu des mémoires, et le rapport
fait sur ces mémoires , en février dernier, à l'académie des sciences,
par MM. Delambre, Cuvier et Ampère. Dans V introduction., M. de Pa-
ravey expose l'état de la question relative à l'antiquité des monumens
LIVRES FRANÇAIS. 383
astronomiques découverts en Egypte. Dans ['aperçu, il fait connaître
les rapports singuliers qui existent entre ces monumens et les cons-
tellations de la haute axe ; il prouve que les constellations de tous
les peuples dérivent d'une seule et même sphère, et soutient, d'après
une multitude de rapprochemens nouveaux et remarquables , que
les zodiaques apportés d'Egypte ne marquent pas une époque anté-
rieure à celle des Ptolémées. Cette brochure est d'un grand intérêt
et fera désirer à toutes les personnes éclairées la continuation des
mémoires de M. de Paravey. Lakjuinais, de l'Institut.
189. — Précis de la uie de Jésus-Christ, extrait de l'évangile et des
meilleurs auteurs qui ont écrit sur cette matière , avec des notes
historiques, géographiques et chronologiques, à l'usage de la jeu-
nesse, et particulièrement destiné aux établissemens d'instruction
publique; par M. Peigné, ancien professeur et pensionnaire de l'uni-
versité. Ouvrage orné d'un beau portrait de Jésus-Christ, d'après Léo-
nard deVinci, etde 5ogravures.Paris,iS2i ; J. L. Chanson, imprimeur-
libraire, rue des Grands- Augustins , n° 10 ; 1 vol. in-8» de 572 pages.
190. — Ds l'inamoi^ibilité des pasteurs du second ordre, par
l'auteur du traité de l'Appel comme d'abus. Baudouin frères, rue
de Vaugirard, 56 ; in-S" de 120 pages ; pris , 1 fr. 5o c.
il y a vingt ans que la question de l'inamovibilité des curés eût été
regardée comme une question oiseuse; personne ne la révoquait en
doute. Mais, depuis qu'on a voulu transformer en simples desservans
les sept huitièmes des curés de France , et les rendre amovibles à la
volonté des évêques , il est devenu nécessaire de démontrer que
cette innovation dans la discipline de l'église de France est con-
traire aux saints canons et à l'intérêt même de la religion. Peu de
personnes en France étaient plus en état de discuter cette importante
question que le savant et profond canoniste , auteur de cet ouvrage.
C'est armé de l'autorité de l'écriture , des pères de l'église , des con-
ciles , qu'il défend les droits des pasteurs du second ordre ; "comme ,
dans ses autres écrits , il avait défendu les droits inaliénables des
évêques français et les libertés de l'église gallicane, contre les usur-
pations et les prétentions des papes et de la cour de Rome. Babky.
191. — Aratus et Kicoclès aux enfers; dialogues par Charles
d'Odtbepont. Paris, 1821; Ladvocat, Palais-Royal , galerie de bois ,
n" 195 ; brochure in-8" de 02 pages d'impression.
Montesquieu , dans son admirable dialogue de Sylla et d'Eucrate,
88A LIVRES FRANÇAIS.
a mis à nu l'ame d'un tyran ; ce profond philosophe a révélé par la
bouche même de Sy lia les turpitudes d'un cœur corrompu; il a pé"
nétré tous les secrets qui le firent agir, et tracé , en les dévoilant , le
plus beau tableau d'histoire qui soit peut-être parvenu jusqu'à nous.
La forme du dialogue se prêtait favorablement à l'intention de l'his-
torien. Par ce moyen , c'était Sylla lui-même qui expliquait à Eucrate
ses abominables principes; et, en lisant le peu de pages qui les ren-
ferment, on serait tenté de croire qu'elles ont été tracées par le cé-
lèbre proscripteur. L'auteur du nouveau dialogue , yjratus et Ni-
coclès,3 fait usage du même cadre; il lui était plus indispensable
encore qu'à Montesquieu; car il ne s'est pas contenté de mettre dans
la bouche de Nicoclès les principes qui ont guidé et guideront tou -
jours les tyrans, illes combat avec une énergie vigoureuse parl'organe
d'Aratus. Ces deux champions se pressent l'un l'autre par des argu-
mens solides, qui prouvent quelVÏ. d'Outrepont a médité sur les ques-
tions les plus importantes de la morale et de la politique. A. T.
192 (*). — Les Fastes universels, ou Tableaux historiques, chrono-
logiques et géographiques ^ contenant, siècle par siècle, et dans des
colonnes distinctes, depuis les tems les plus reculés jusqu'à nos
jours : 1° l'origine, les progrès, la gloire et la décadence de tous les
peuples , leurs migrations , leurs colonies , l'ordre de succession de
leurs princes , etc. ; 2° le précis des époques et des événemens po-
litiques ; 5" l'histoire générale des religions et de leurs différentes
sectes ; 4° l'histoire de la philosophie et de la législation chez tous
les peuples anciens et modernes ; 5» les découvertes et progrès dans
les sciences et dans les arts; 6° enfin, une notice sur tous les
hommes célèbres , rappelant leurs ouvrages et leurs actions : ^ré-
cédés de trois grands tableaux synoptiques , servant de sommaire
à l'ouvrage , et suivis de dt-ux tables alphabétiques comprenant ,
l'une les noms d'hommes, l'autre les noms de choses , et présentant
toutes deux, par leur ensemble et par la manière dont elles sont
conçues , un nouvel art de vérifier les dates ; ouvrage dédié au Roi ,
par M. BuEET de Longchamps. Paris, 1S21 ; un gros vol. in-f°. format
grand colombier. Prix, i5o fr. en feuilles, et i56 fr. en demi-re-
liure. — Cet ouvrage , exécuté en caractères neufs et fondus exprès,
sera publié en six livraisons qui paraîtront de mois en mois. La pre-
mière a paru le i5 août. On souscrit, à Paris, chez M. Dondey-
Dupré, père et fils , éditeurs de l'ouvrage , rue Saint-Louis , n. 4*1 >
LIVRES FRANÇAIS. 385
9a Marais; chez Treuttel et Wiutz , rue de Bourbon , n. 17 , et chez
Chaisériau, au dépôt bibliographique, rue Neuve-des-Petits-Champs,
n. 5.
igS. — Tableaux chronométriques , divisés par siècles, pour
servir à l'étude de l'histoire de France , avec la carte des agrandis-
semens successifs du royaume , et un précis borné aux faits ; par
F. GoFFAux , auteur du Tableau chronométrique des époques prin-
cipales de l'histoire. Paris, 1821; Didot le jeune, rue des Maçons-
Sorbonne , n. î5. in-S» de 85 pages.
Ces tableaux, au nombre da dix-huit, offrent, sur des lignes
perpendiculaires, divisant chaque siècle par dix années , la chrono-
logie des rois de France , avec les principaux événemens civils et
militaires. Chaque siècle est distingué par un titre qui le caractérise,
ou par les noms des rois auxquels se rattachent de grands souvenirs.
L'idée première de cet ouvrage est bonne,- mais nous craignons que
les détails d'exécution n'offrent à l'œil, et par conséquent à l'esprit,
un peu de confusion, ce qui devait être évité avec d'autant plus
de soin que l'ouvrage est destiné à un âge dont l'attention se fatigue
aisément. Un cahier de questions, correspondant au texte, accom-
pagne ces tableaux. j;. H.
i^i-{*)— Annuaire historique universel , pour 1820 , auec un ap-
pendice contenant les actes publics , traités , notes diplomatiques ,
papiers d'états , et tableaux statistiques , financiers , administratifs
et nécrologiques; — Une chronique offrant les événemens les plus
piquans , les causes les plus célèbres , etc.— Des extraits de i.-oyages
ou de mémoires intéressans, et des notices sur les productions les
plus remarquables de Vannée , dans les sciences , dans les lettres et
dans les <zm. Par C. L. Lesuk. Paris, 1821. A la librairie grecque-
latine, rue de Seine-Saint-Germain, n. 12. in-8» de 824 pages.
Prix, 10 fr. , et, par la poste , la fr. 5o c.
Nous rendrons un compte détaillé de ce volume , comme nous
l'avons déjà fait des deux volumes du même ouvrage , publiés pour
1817 et 1819.
ïgS. — Dictionnaire historique , ou Histoire abrégée des hommes
qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talens, leurs ver-
tus, etc., etc.; par l'abbé F. X. de Felleb; cinquième édition
enrichie d'un grand nombre d'articles nouveaux, intercalés par
ordre alphabétique, et corrigée parles observations de nos meil-
TOME XI. 25
386 LIVRES FRANÇAIS.
leurs biographes. Tome II, Paris, 1821. in-S". Méquignon ûls aîné.
Prix , 5 fr. , et 6 fr. jS c. par la poste.
On trouve , dans ce second volume , les mêmes omissions , les
mêmes fautes et les mêmes négligences que dans le premier. A l'ar-
ticle Olivier Basseîin, Feller avait présenté les chansons à boire de
ce poète normand, composées dans les vallées ou vaux de vire,
comme les modèles de celles qui , depuis, ont été , par corruption ,
nommées vaudevilles. ( Voy. la Revue , Tom. X, pag. 425. ) Les
nouveaux éditeurs ont bien reproduit cette opinion de Feller , qui
est celle de la plupart des hommes instruits ; mais, à l'article Charles
de Beys , ils insinuent que le mot vaudeville tire son étymologie de
voix de ville; ce qui ne se trouve pas dans l'ancien Feller, et ce qui
met le bon jésuite un peu en contradiction avec lui-même. Les
jeunes éditeurs ont dénaturé le nom de monseigneur Bechetti ,
mort en i8i4 j évêque de Citta dalla Piera; ils le nomment Bechalii;
et, par une méprise encore plus forte, ils le présentent comme le
continuateur de l'Histoire ecclésiastique d'Oroi , au lieu de dire du
cardinal Orsi. Ces négligences portent à croire qu'ils ignorent que
cette continuation se compose de 29 vol. in-4° » imprimés à Rome ,
depuis 1770 jusqu'en 1797. Elle ne va que jusqu'en 1587. L'autenr
avait annoncé qu'elle s'étendrait jusqu'au pontificat de Pie VI. L'ar-
ticle Behaim, de Feller, était à refaire, puisqu'il y a inséré la
prétendue découverte de l'île de Fayal, parce célèbre voyageur.
M. Jans en a traduit en français les nouvelles et curieuses recher-
ches, publiées en allemand par M. de Murr, sur la vie et les tra-
vaux de Martin Behaim. Cette traduction se trouve , soit dans les
deux premiers volumes du Recueil de pièces intéressantes sur les
antiquités. Paris, 1787, in-8" ; soit à la fin du premier voyage au-
tour du monde , par le chevalier Pigafetta , traduit en français par
l'abbé Amoretti. Paris, 1S21 , in-8°. Reproduire un article de cette
importance, avec ses anciennes méprises, n'est-ce pas manquer au
public , à qui l'on a promis de présenter un ouvrage corrigé sur les
observations de nos meilleurs biographes?
Dans l'édition du dictionnaire de Feller, de Liège 1797, on dit
qu'il y a une Vie du cardinal de Berulle , par l'abbé Goujet, impri-
mée en 1767 , qui se ressent de l'esprit du parti auquel l'auteur s'é-
tait voué. Le fait est que l'ouvrage de Goujet n'a jamais vu le jour;
M. Tabaraud en conserve le manuscrit autographe. On a ajouté ,
LIVRES FRANÇAIS. 337
dans le Feller de 1821, que l'histoire du cardinal de BeruUe, pu-
bliée par M. Tabaraud , se ressent du même esprit; et, pour le
prouver, on renvoie à l'Ami de la Religion. Comme l'article parait
être de la même main que le journal, c'est ce qui s'appelle prouver
idemper idem. Du reste, le journaliste s'était empressé de décrier
l'ouvrage sur la simple annonce , près de six mois avant qu'il fût
rendu public ; il fallait bien ensuite qu'il soutînt son dire. Trop de
confiance dans la Biographie universelle a égaré nos éditeurs ; ils
en ont abrégé l'article du médecin Thomas-Bernard Bertrand,
mort en 1761, bien plus connu par les manuscrits qu'il a laissés,
que par ses ouvrages imprimés. Dans la Biographie universelle.
ainsi que dans le nouveau Feller ^ on présente la plupart de ces der-
niers comme ayant vu le jour du vivant de l'auteur, tandis que leur
impression ne remonte qu'aux années 1773 et 1778. En effet, nous
en devons la connaissance à M. Hazon , dans son Éloge historique
de la faculté <le médecine de Paris (lyjT)) , et dans sa Notice des
hommes les plus célèbres de la même faculté {lyjS) , in-4°. Des addi-
tions, rédigées avec autant de négligence, gâtent plutôt un ouvrage
qu'elles ne l'améliorent. On lit à la fin de l'article de Jean-Paul
Bignon, bibliothécaire du Roi et auteur du roman intitulé : Aven-
tures d' Abdalla , fils d'Hanif, qu'un nouvel éditeur vient d'ache-
ver ce roman , et de le publier en deux volumes. Il s'agit de l'édition
donnée en 1770 par M. Colson ; l'article Blache est défiguré par une
méprise bien plus forte , puisqu'on y assure que cet abbé a publié ,
en 1699, une histoire intitulée: Anecdotes, ou Histoire secrète,
qui découvre les menées sourdes du cardinal de Retz et de ses adhé-
rens , pour ôter la vie au roi et au dauphin. Cet ouvrage eat resté
manuscrit. Le vol. 4 du Supplément de Feller , que nos jeunes édi-
teurs ont copié , porte f p. 543 } que l'abbé Blache avait composé ces
anecdotes en 1699. 11 faut être bien novice en bibliographie , pour
croire que le mot composer est synonyme de publier. Dans l'article
Blavet^ on lit Eidam au lieu d'Eidous, et Boucher, deux fois , au
lieu de Roucher. Des fautes aussi multipliées prouvent que les édi-
teurs sont tout-à-fait étrangers à l'histoire littéraire; aussi, nous par-
lent-ils encore, à l'article du comte de Bonneval, des Mémoires vé-
ritables de cet homme extraordinaire. Il est généralement reconnu
aujourd'hui que ces mémoires n'ont pas plus d'authenticité que
ceux qui ont paru sous le nom de M. de Mironc. Voyez le i" vol. de
25"
388 LIVRES FRANÇAIS.
mon Examen critique des Dictionnaires historigues. Je pourrais mul-
tiplier ces remarques;mais je me contenterai aujourd'hui de faire obser-
ver aux jeunes ecclésiastiques qui se sont chargés du soin de complé-
ter le dictionnaire de Feller, qu'il faut a voir étudié l'histoire littéraire
pendant une trentaine d'années , au moins, pour entreprendre un
travail de cette nature. Ils seraient convaincus de la vérité de cette
assertion , s'ils avaient lu attentivement les écrits des abbés Goujet,
Saas, Rive et Mercier Saint-Léger, qui ont rendu tant de services
à la bibliographie , dans le cours du dix-huitième siècle.
Babbier.
196. — (Euvres de Rabaci-Saist-Étienne. — Précis de l'histoire de
la révolution française. — Paris , 1821. Kleffer , rue d'Enfer, n." 2.
Un vol. in- 18.
Rabaut-Saint-Etienne , témoin oculaire et même acteur dans le
drame célèbre de la révolution française , voulut écrire l'histoire de
notre première assemblée nationale, comme on décrit un combat,
le lendemain du jour où il a été donné ; ce sont ses propres expres-
sions. L'ame de l'historien , pleine de patriotisme et du plus pur
amour de la liberté , se peint tout entière dans le récit des premiers
événemens de la révolution. Aussi , ne saurait-on trop recommander
le Précis qu'il nous en a laissé. Des pensées nobles, un stj'le ferme et
soutenu , des faits racontés avec une grande bonne foi et une sincérité
peu commune , font de l'ouvrage de Rabaut la meilleure histoire que
nousaj'ons de l'assemblée constituante. On n'y aperçoit pas, comme
dans d'autres récits plus modernes , des événemens de la même
époque , la haine des grandes vérités proclamées par la voix de tous
les siècles , entendues et comprises par les hommes du dix-huitième.
Kous en avons assez dit pour faire connaître combien il était à désirer
qu'on réimprimât l'ouvrage de Rabaut , qui était devenu très -rare ;
le nouvel éditeur joindra au volume qui est publié d'autres volumes
qui contiendront les discours et les autres œuvres du même écrivain;
chaque ouvrage se vend séparément. A. T.
ig-. — Lettres sur l'Angleterre ., ou Deux années à Londres, par
madame D'Avot; deuxième édition, revue et corrigée. Paris, 1821.
Painparré, au Palais-Royal, galerie de bois, n " 2S0. In-S." de 294 p.
Prix , 5 fr. et 6fr. { Voyez l'annonce de la première édition , T. V ,
page 255).
« La nation anglaise est une société rassemblée sous Jes mêmes
LIVRES FRANÇAIS. 38d
lois. Elle est foite de son union relative au bien général ; mais ses
membres restent isolés, famille par famille, selon leur principe d'é-
goïsme. On pourrait la comparer à une société de castors, qui cons-
truisent leurs digues en commun , et se réunissent partout où cette
société a besoin de toutes ses forces. Hors de là , chacun rentre chez
soi , élève ses enfans , et avise aux moyens d'empêcher que son voisin
ne puisse surprendre le secret de son commerce pour en profiter.»
Ce trait de pinceau, seul, peint parfaitement la nation chez laquelle
l'auteur a séjourné pendant deux années. On ne peutcontester à ma-
dame D'Avot une qualité précieuse, indispensable, et cependant bien
rare dans un voyageur, l'esprit d'impartialité. Tout en restant Fran-
çaise, elle n'a point cherché à faire le panégyrique de ses compa-
triotes, aux dépens du peuple qu'elle visitait; elle n'a point non
plus voulu flatter ses hùtes : elle fait, avec justice et discernement, la
part du blâme et de la louange. Il faut plaindre avec elle les Anglais
d'avoir chez eux des agens provocateurs « excitant au désordre , puis
dénonçant les hommes qu'ils ont séduits et entraînés; » il faut les
plaindre de cette étrange prodigalité « qui leur fait dépenser, dans
une seule fête , des mille livres sterling, en planchers peints au pastel
et représentant les plus riches dessins, dont le pied des danseurs em-
porte un morceau à chaque pas ; » il faut les plaindre de voir les im-
pôts peser également chez eux sur les caprices du luxe et sur les besoins
du pauvre, « qui, s'il gagne vingt sous par jour, en doit donner six au
gouvernement , et peut à peine , avec ce qui lui reste, suffire à ses
premiers besoins et à ceux de .ses enfans ; « il faut les plaindre d'avoir
à Londres un quartier {Sainte- Jailes^ , «servant pour les malfaiteurs
de repaire inaccessible à l'œil de la pohce et aux poursuites de la
justice; » il faut les plaindre des démarches humiliantes que fait
souvent , auprès du plus grossier artisan , un candidat au parlement ,
pour obtenir une voix ; » il faut les plaindre encore , avec ma-
dame D'Avot, qui, femme, Française, et sans doute accoutumée aux
hommages dont nous entourons en France la beauté, les grâces et
l'amabilité , a dû être révoltée en voyant un matelot amener s^femme
au marché, «la tenant par l'extrémité d'un licou, qui servait à la
conduire ;» en le voyant, dis-je, «la vendre publiquement pour la
somme de trois schelings , en présence d'une multitude immense ac-
courue i ce spectacle , et malgré l'intervention des magistrats, venus
trop tard pour l'empêcher. » Mais aussi il faut féliciter les Anglais
390 LIVRES FRANÇAIS.
de leur respect po^ir la propriété, la justice et les lois; il faut les féli-
citer d'aroh des Juges «qui libèrent ou condamnent un individu
quelconque , sans distinction de rang ni de fortune;» il faut les féli-
citer de cette générosité ingénieuse, si digne de trouver des irnitateurs
en France, « qui, chaque année, à une époque fixe, fait de la rue
d'Arg^'le , â Londres, une espèce de bazar, où les femmes les plus
élégantes ne dédaignent pas de venir vendre , au profit des pauvres ,
les bagatelles qu'elles s'amusent à faire pendant l'année , et que les
Anglais , en galans chevaliers , croient ne pouvoir jamais payer assez
cher;» il faut les féliciter o de ne voir chez eux aucun soldât a~mè venir
porter la crainte et la terreur au sein même des plaisirs, et d'avoir une
police qui n'emploie que des officiers civils ; » il faut les féliciter
enfin de voir aux élections o l'exemple de| la modération donné par
les premières classes de la société, et suivi bientôt par la dernière,
qui finit par faire des choix respectables, et par élire des hommes
tels que sir Robert Wilson, dont le titre de libérateur de Lavalette a
semblé le plus honorable aux yeux de ses compatriotes, et M. Wood,
ami du fameux lord Erskine , auquel le roi a permis de prendre pour
légende ces mots, qui rappellent le bienfait dont son pays lui est
redevable : The trial hj jurjy (c'est-à-dire le jugement par jurés). »
Madame D'Avot, qui avait promis à son amie o de s'approcher de
tout, afin de pouvoir lui rendre compte de tout, » parle aussi du
théâtre anglais. «Ses pièces, dit-elle, ne sont point en vers; on y chante
parfois , et les idées les plus bouffonnes sont à côté des passions les
plus violentes. Ce genre est le plus rapproché de la nature, j'en
conviens , et doit plaire au peuple. Cela se rattache encore à la
prévoyance du gouvernement et à l'esprit qui régit cette nation. On
fait beaucoup pour le peuple ; c'est une espèce de souverain qui
laisse régner les autres, pourvu que les droits qu'il sait avoir par sa
force lui soient assurés sans contestation, o Que l'on réfléchisse
maintenant pour quelle classe de la société principalement ont
écrit chez nous les Corneille et les Racine , et peut-être on aura
trouvé le secret de la différence qui existe entre le théâtre français
et le théâtre anglais. Du reste , la haute société , en Angleterre , rend
parfaitement justice au mérite de nos chefs-d'œuvre ; elle l'a prouvé
récemment par l'accueil flatteur et empressé qu'elle a fait à Talma,
et par la galanterie dont madame D'Avot elle-même a été l'objet au
théâtre de Surroy, où le directeur fit répéter exprès pour elle le God
LIVRES FRANÇAIS. 391
sat^ethe King , qu'elle regrettait de n'avoir pu entendre, étant
arrivée trop tard au spectacle. Voilà une galanterie toute française
et à laquelle je ne connais rien de comparable, si ce n'est la po-
litesse et l'urbanité des jugemens de madame D'Avot, qui tendent
à faire des deux nations rivales deux nations amies. E. Hébeau.
igS.-Naufrage de la frégate la .Méduse , faisant partie de Vex-
pèdition du Sénégal en 1816; par Coehbabd et Savigny; 5» édition
ornée de 8 gravures. Paris, 1821 ; Corréard, au Palais-Royal; i vol.
in-8» de 5o8 pages. Prix, 7 fr., ou avec deux gravures seulement,
6 francs.
Les aventures des naufragés de la Méduse sont au nombre des
plus extraordinaires qui soient arrivées dans les tems modernes , et
surpassent en horreur celles de VOswego^l du brick Ze Commerce,
dont le naufrage eut lieu vers le même tems et presque sur les
mêmes côtes. Il était facile de prévoir que le public liïait avec un
vif intérêt le récit de ces malheurs inouis, et que cette relation aurait
plus d'une édition. La troisième qui vient de paraître est beaucoup
plus volumineuse que les précédentes et ornée de huit gravures;
mais peut-être les auteurs n'ont-ils pas assez consulté leur intérêt en
grossissant ainsi leur ouvrage. Ce sont les aventures du naufrage de
la Méduse et les événemens déplorables arrivés sur le radeau que le
public a voulu connaître, et non pas tout ce que les auteurs ont pu
imprimer. 11 était inutile de joindre à l'histoire du naufrage les
détails minutieux des procès que l'un des auteurs a eu à soutenir,
comme libraire , devant les tribunaux de Paris ; il était encore plus
inutile d'enfler le volume en y ajoutant , par forme de supplément ,
l'aventure de GotUn dans la houillière de Beaujonc. Cette histoire ,
d'ailleurs très-connue , n'a pas le moindre rapport au naufrage de la
Méduse; et diviser l'intérêt , n'est pas le moyen de l'augmenter. 11
est vrai que les auteurs, en rapprochant les deux événemens, ont
voulu faire voir comment, sous un autre gouvernement, le courage
dans le malheur reçut d'éclatantes récompenses, tandis que depuis,
des hommes non moins courageux et plus infortunés ont été dé-
laissés , et n'ont reçu que du public quelque dédommagement de
leurs souffrances inouies. Mais les deux cas ne sont pas les mêmes.
GoEQn fut récompensé pour avoir contribué au salut de ses cama-
rades, et peut-être aussi parce que le chef de l'état avait l'habitude
de tout rapporter à sa personne. Les naufragés de la Méduse, loin de
392 LIVRES FRANÇAIS.
.auver quelqu'un, avaient jeté les blessés à la mer pour conserver
leur propre vie. Cependant, une autre considération aurait dû attirer
sur ces malheureux la pitié du gouvernement; c'est de l'ineptie de.
chefs , choisi, par le ministère de la marine pour commander l'expé-
dition , que sont venues toutes les calamités qui ont accablé les nau-
fragés. La haute administration aurait dû réparer partons les moyens
possibles les suites effroyables de cette grande faute. Voilà ce qu'elle
n'a pas fait, et voilà ce qu'on lui reprochera, tant qu'on lira la
relation de MM. Corréard et Savigny. Parmi les gravures qui accom-
pagnent leur relation, il y en a quelques-unes qui sont bien exécutées.
Depping.
i99'-Mémoires de Napoléon Bonaparte. Paris, 1821 ; Baudouin,
rue de Vaugirard, 36. _ Ce livre est la réimpression du fameux ma-
nuscrit dit de Sainte-Hélène.
0.00.- (Euvres de Napoléon Bomapabte; Tom. II et III. Paris,
183 1 ; Panckoucke , rue des Poitevins , .4 ; in-80 de 5o2 pages.
Nous reviendrons sur cette collection, lorsqu'on en publiera le
premiervolume. On retrouve, dans les deux que nous annonçons, une
partie de la correspondance militaire et politique de Bonaparte, alors
général en chef des armées d'Italie et d'Egypte; et cette correspon-
dance renferme des matériaux importans pour l'histoire.
^ou-Documens historiques, suivis de pièces justificatit^es , sur la
maladie et la mort de Napoléon Bonaparte, par le docteur O' Méab*
son médecin pendant trois ans à Sainte-Hélène. Paris, 1821 ; Mongie
aine, boulevart Poissonnière , n« ,8; brochure in-S» de 7 pages.
■^oi.—Appel aux Grecs , traduit du grec moderne d'AiEOMixE ,
natif de Marathon, avec la proclamation d' Vpsilanti aux Français
Pans,iS2.; Baudouin, rue de Vaugirard, 56; brochure in-S» de
60 pages , avec une gravure.
Une préface nous apprend que ce petit écrit fut publié dans les trois
premiers mois de i8oi, à l'époque où les Français occupaient encore
l'Egypte, et où cette puissante diversion semblait offrir aux malheu-
reux Grecs une chance favorable. C'est une peinture éloquente des
fruits amers qu'ont produits les dissentions entre les Grecs , et de l'é-
tat d'abaissement de misère et de servitude dans lequel ils sont tom-
bes. C'est une invocation à la fois religieuse et politique, en faveur de
l'affranchissement et de la renaissance de la Grèce, dont la cause est
-."jourd'hui celle du cluislianismc, de h. civilisation et de l'humanité.
LIVRES FRANÇAIS. 393
30J. — (Sucres de Rabaut-Saint-Etienne. — Le vieux Cévenol, ou
Anecdotes de la vie d'Amhroise Borèly,néà Londres, âgé de cent
trois ans sept mois et quatre jours; précédées d'une notice historique
sur la vie de l'auteur , par M. le comte Boissj-d' Anglas, pair de
France. Nouvelle édition , revue , corrigée et augmentée , ornée du
portrait de Rabaut et de celui de M. le comte Boissy-d'Anglas.
Paris, 1821; Kleffer, rue d'Enfer, n° 2 ; i vol. in-S". Prix, 1 fr. yS c.
204. — (Euvres complètes de madame de Ghafigny ; nouvelle édi-
tion , ornée de 9 gravures et du portrait de l'auteur. Paris 1821 ; Le-
long, au Palais-Royal, galerie de bois, n" 253. i vol. in-S" pap. fin
d'Auvergne. Prix , 9 fr. , et par la poste 10 fr. 5o c.
Cette édition se compose des Lettres péruviennes avec une intro-
duction historique , de Cénie , drame en cinq actes , de la Fille d'A-
ristide , également en cinq actes , et d'une Nouvelle espagnole.
Cette dernière production est celle par laquelle M"' de Grafigny
débuta dans la carrière des lettres. Elle fut insérée dans le Recueil
de ces Messieurs^ volume in-12 qui parut en 1745, et pour lequel elle
lui avait été demandée. « Cette bagatelle, dit l'auteur de la Notice ■,
n'ayant pas été goûtée par quelques-uns des associés , ]M°" de Grafi-
gny , piquée des plaisanteries de ces messieurs, composa , sans rien
dire à la société, les Lettres d'une Péruvienne , qui eurent le plus
grand succès. » Il serait à désirer que la critique , excitant l'amour
propre des auteurs , produisît souvent un aussi heureux effet que dans
cette circonstance. Il y a bien loin de sa Nouvelle Espagnole , pro-
duction très-ordinaire , aux Lettres péruviennes qui la suivirent im-
médiatement. Ce dernier ouvrage est un modèle d'invention , de bon
goût, de naturel, de grâce, de fine plaisanterie, et en même tems
de style. Le voile ingénieux sous lequel l'auteur se cache pour faire
la critique des moeurs du tems, est d'autant plus heureux, qu'il lui
permet de hasarder les vérités les plus fortes, vérités qui cessaient
d'être offensantes en passant par la bouche d'une jeune fille sauvage ,
dont la simplicité et la candeur amusaient le lecteur, tandis qu'il ne
les aurait point voulu souffrir d'un compatriote , de son égal enfin.
C'est là tout le secret de l'allégorie , et c'est ce qui fait tout le charme
de l'apologue. Les Lettres péruviennes plairont tant que Ion conser-
vera du goût pour la bonne littérature : je n'en dirai pas autant de
Cénie ; c'est un drame qui a le mérite d'être bien écrit ; mais on y
trouve trop de sentences, trop de ces lieux communs de morale vul-
.39A LIVRES FllANÇAIS.
gaire. 11 faut moins de paroles et plus de mouvement à la scène. Un
autre défaut me paraît nuire essentiellement à cette pièce ; on y ren-
contre trop de gens sages, et les gens sages , comme on sait , ne sont
pas ceux qui amusent le plus au théâtre. Tout l'intérêt repose sur ces
suppositions romanesques dont on nous a lassés depuis. C'est le secret
de la naissance de Génie et le charme répandu par le style sur tout le
sujet qui fit , dans la nouveauté , le succès de ce drame ; il serait reçu
avec indifférence , s'il paraissait aujourd'hui j)0ur la première fois.
L'éditeur n'a rien négligé pour rendre cette édition , confiée aux
presses de Didot jeune et ornée de gravures dessinées par Le Barbier
aîné et Chasselat , la plus belle et la plus complète de toutes celles
publiées dans le même format ; on regrette cependant de ne pas y
trouver les lettres de M°>« de Grafigny sur Voltaire. E. Héhbau.
2o5. — As^nès de France , ou le Douzième Siècle; roman historique,
par M""<^ Simons-Gandeille. Seconde édition. Paris , 1821. Maradan ,
rue des JMarais, n° ;6. 5 vol. in-12.
Ce roman a un grand tort à nos yeux , c'est d'être un roman ; quel-
ques efforts, quelques recherches de plus, et ÎM"»^ Candtille avait
écrit l'histoire d'un siècle dont elle a tracé le tableau d'une main
habile et d'un pinceau vigoureux, mais malheureusement, si l'on
peut s'exprimer ainsi, sur un fond qui donne une fausse teinte aux
couleurs les plus vraies. A part ce défaut , commun à tous les romans
historiques , on conviendra que cet ouvrage , remarquable sous le
rapport du style , plein de pensées profondes et rempli d'intérêt, est
une des meilleures productions de ce genre , et mérite les éloges qui
lui ont été donnés. ISous regrettons vivement que la nature de ce
Recueil ne nous permette pas de les justifier par des citations; mais,
en renvoyant le lecteur à l'intéressante Agnès, nous n'avons point à
craindre de voir notre jugement infirmé. IVous devons pourtant
adresser un reproche à madame Candeille. Pourquoi a-t-elle sup-
primé les pronoms dans les discours de ses personnages? Je ne
pense pas qu'elle ait voulu imiter par là le langage du tems, qui ferait
actuellement un assez singulier effet dans un roman. En empruntant
le langage d'un siècle de beaucoup postérieur, elle a fait à peu près
comme l'historien de Rome ancienne qui ferait parler l'italien à ses
héros. Nous devons dire néanmoins que cette suppression de parti-
cules donne au discours une concision ri une npïvclé qui seront à
jegrettcr lorsqu'il faudra se conformer aux règles ordinaires. Nous
LIVRES FRANÇAIS. 395
voudrions bien critiquer aussi quelques-unes des notes ; mais l'auteur
n'a voulu écrire qu'un roman historique. E. G.
206. — Voyage aux Alpes et en Italie, ou Lettres en prose et en
vers, contenant la description de ces contrées , avec des détails sur
les curiosités naturelles et industrielles , les mœurs et coutumes des
hahitans , les ètahlissemens , etc. ; par Albert Momémokt. Paris,
1821. Lelong, libraire, Palais-Royal, galerie de bois, n" 233. 2 vol.
in-18, avec deux gravures et une carte des Alpes et pays circon-
voisins. Prix , 6 fr. , et 7 fr. 5o c.
On pourrait former une bibliothèque uniquement composée de
Voyages en Suisse et en Italie. Cette richesse n'empêche pas cepen-
dant qu'on ne puisse écrire encore sur ces contrées où les arts et la
nature ont réuni toutes leurs merveilles. Ordinairement, les voyages
de ce genre sont une source de belles pensées ; et l'aspect de tant
d'objets dignes d'admiration, élève le style de l'écrivain. Le Voyage
aux Alpes et en Italie est d'une lecture d'autant plus agréable , qu'il
offre une grande variété, et que des récits pleins d'images gracieuses
s'y mêlent à des compositions fortes et poétiques. L'auteur se dirige
d'abord vers Genève, et traverse les plaines de la Bourgogne, dont
l'aspect monotone a désespéré son génie poétique. Arrivé à Ferney ,
il s'est empressé de faire le pèlerinage de rigueur au château de Vol-
taire , dont il nous donne une description en vers faciles et élégans ;
il parcourt ensuite la vallée de Chamouni, dont la découverte ne re-
monte pas à plus de quatre-vingts ans , et dont les habitans ont vécu
jusqu'alors ignorés du reste du monde, au pied du Mont-Blanc; il
trace un tableau piquant des mœurs, simples encore, des habitans
de Chamouni. Ce petit village, situé sur la lisière de la mer de glace,
sert de point de départ à toutes les excursions sur le ]\Iont-Blanc ; il
est, chaque année, peuplé d'une foule d'étrangers, ce qui a sans
doute contribué à donner aux habitans cette ardeur pour le gain que
leur reproche M. Montémont. L'auteur consacre quelques lignes à
la mémoire du jeune Eschen, qui fut englouti dans une des crevasses
du glacier; ce morceau est écrit avec sensibilité. Sa lettre sur le
Mont-Blanc renferme des détails curieux sur la formation et les pro-
grès des glaciers , et sur les avalanches ; il donne le précis des princi-
pales tentatives qu'on a faites pour en atteindre le sommet , et il
signale les dangers de ces ascensions, entièrement stériles pour
les sciences, depuis que Saussure a fait sur la cime même toute? le'
396 LIVRES FRANÇAIS.
expériences qu'il est possible d'exécuter dans une situation aussi péril-
leuse et après les fatigues de cette excursion. M. Montéuiont, en
traversant le Simplon, ne manque pas de rappeler les noms des ingé-
nieurs français et italiens qui dirigèrent l'exécution de ce beau monu-
ment, dont on peut dire avec lui o que si les puissans de la terre ne
concevaient jamais que de semblables projets, il faudrait se prosterner
devant leurs pas. » Il nous apprend en peu de mots quels efforts l'art
a dû surmonter pour suspendre la route du Simplon aux flancs des
montagnes, pour percer en galerie d'énormes rochers , pour jeter des
ponts sur des abîmes où la vue n'ose descendre. La onzième lettre
est la plus intéressante de tout l'ouvrage. La description que l'auteur
donne de Milan est complète. On lit avec plaisir le récit de ses vi-
sites au palais de Brera , enrichi des peintures à fresque du célèbre
Appiani; au -paXaLis des sciences et des arts, dont le rez de-chaussde
contient des écoles d'architecture, de peinture , d'anatomie ; le se-
cond étage , la magnifique galerie de peinture, dans laquelle on re-
marque le viariage de la J^ierge, de Raphaël; et le troisième, un
observatoire, garni d'instrumens astronomiques des premiers artistes
de la France et de l'Angleterre. On ne sera point étonné de l'admi-
ration de M. Montéraont pour les goûts littéraires des Milanais ,
quand on aura parcouru avec lui la belle bibliothèque Ambroisienne,
enrichie de tant de livres et de manuscrits précieux. Les amans des
beaux arts partageront son enthousiasme pour les monumens qui dé-
corent Milan; mais lorsque, entraîné par son imagination poétique,
il semble prévoir l'indépendance de cette belle Italie , l'ami de la
liberté reconnaît avec tristesse que ce morceau a été écrit quelques
mois trop tôt. Vers la fin de sa lettre sur Gênes, est placé un chant
lyrique sur l'OcéûfT? , que l'auteur a composé en contemplant la Mé-
diterranée du haut du phare : cette ode offre plusieurs strophes où
l'on trouve beaucoup de verve et de majesté. La lecture de cette
pièce doit faire désirer vivement la publication promise par M. Mon-
témont du recueil de ses poésies. L'auteur est rentré en France par
Grenoble et Lyon ; il a visité , en passant, la grande Chartreuse , dont
il donne une description fort piquante. En résumé, ce Vvjyage aux
Alpes et en Italie se fait lire avec un vif intérêt , par la diversité des
observations qu'il renferme sur les moeurs , la littérature et les arts.
Après avoir tracé , avec l'enthousiasme d'un poète , le tableau de ces
montagnes et de leurs imposans phènomèues , il décrit , en homme
LIVRES FRANÇAIS. 397
fie goût , les iostitutions de la classique Italie , ces monumens de
l'esprit humain , impérissables comme ceux de la nature.
C. COQUEBEL.
\o-.{*)— Théâtre de Marie- Joseph Chénier, précédé d'une ana-
lyse , par M. N. L. Lemercieh , de l'Académie française. Nouvelle
édition revue sur les manuscrits. Paris, 1821. Baudouin frères , rue
de Vaugirard , n" 56. 5 vol. in-18, ensemble 11S9 pages.
On a oublié de rappeler que l'analyse qui précède cette nouvelle
édition est entièrement composée des trois comptes rendus de ce
théâtre par M. Lemercier , rédigés pour notre Rei^ue Encyclopé-
dique, et insérés dans le tom. i" , pag. 110,298 , 4S7, et qui nous
dispensent de revenir sur le même ouvrage , dont l'estimable auteur
du cours de Littérature analytique a si habilement fait ressortir
les beautés et indiqué les défauts.
208 (*) .^Description de F Egypte , ou Recueil des observations et
des recherches qui ont été faites en Égjpte, pendant l'expédition de
tarmée française, seconde édition dédiée au Roi. Tom. I du
texte. {Antiquilés.-Descriptions.) Paris, 1821. Panckoucte. in-8»
de 860 pages. Prix , 7 fr. — Le texte ne se vend pas séparément.
Ce volume, imprimé en caractères neufs avec le plus grand soin,
sur papier fin des belles fabriques d'Arches, est consacré aux des-
criptions des villes antiques dePhilœ,de Syène, des Cataractes,
de l'île d'Éléphantine, d'Ombos, de Selseleh , d'Edfou, d'Elethyia ,
d'Esné et d'Erment. Il est précédé de la Préface historique par
M. Fourrier. Nous rendrons un compte détaillé de cette publi-
cation attendue avec impatience par les souscripteurs, et qui doit
remplir leur attente.
— Douzième livraison. Antiquités. J>'ol. I , pi. 9. L'objet prin-
cipal de cette planche est de faire voir l'intérieur des grandes cons-
tructions qui précèdent les temples d Egypte et qu'on appelle
j>ylônes.— Antiquités. Vol. I, pi. 91. Cette planche représente le
temple d'Hermonthis qui se distingue de tous les temples d'Egypte
par des colonnes d'une proportion plus élancée et qui approche de celle
de l'ordre ionique. Les ruines de ce temple sont très-pittoresques ; il
renferme des sculptures astronomiques et mythologiques pleines
d'intérêt pour les savans et les antiquaires. On trouve dans cette
ville, voisine de Thèbes , les restes d'un nilomètre antique. — Etat
moderne. Fol. T,pl. 1. Les villes modernes deSyène, Esné et Syout
398 LIVRES FRANÇAIS.
ont fourni les détails qui composent cette planche. — Histoire natu-
relle.— Zoologie. -Poissons du NiL PL 5. Deux espèces de poissons
du Nil appelés characin nefasch et serrasalme citharine. — Histoire
naturelle. — Botanique. PI. 5. Deux plantes rampantes , nommées
Boerhaai'ia repens et salicornia slrobilacea.
Tbeizièmh livraison. Antiquités. Vol. I, pi. 72. Fig. i , 2. Em-
placement du grand temple de Latopolis et de deux autres temples
des environs. Fig. 3 et 4- Plan et coupe du portique du grand tem-
ple.— Antiquités. Vol. \ , pi 8. On a représenté dans cette planche
quinze chapiteaux de l'île de Phila;. — Etat moderne. Vol- 1, pi. 11.
On connaît le projet de réunir l'Océan et la Méditerranée par un
canal tracé à travers l'isthme de Soueys. Ce travail a été effectué
dans les tems anciens ; mais une foule de causes ont fait abandonner
le canal antique , dont il reste aujourd'hui peu de vestiges. Le même
dessein a été tenté pendant l'expédition française; les ingénieurs ont
exécuté, de 1798 a iSoi , toutes les opérations préliminaires pour
cette grande entreprise : plans, nivellement, recherches , devis, etc. ;
le résultat de leurs travaux est consigné dans un écrit fort étendu in-
titulé : Mémoire sur le canal des deux mers (Voyez Etat moderne ,
vol. 1 ). La planche 2 représente le plan de l'extrémité de la mer
Rouge, les environs de Soueys, les traces du canal antique, enfln
les plans et profils du nouveau canal qu'on se proposait d'exécuter.
— État moderne. — Arts et métiers. PI. 20. On fait en Egypte une
grande quantité de nattes , dont une partie est destinée au com-
merce du Levant ; elles se préparent avec une espèce de jonc qui
vient des lacs de Natroun. La planche représente l'art de les fabri-
quer; elle représente aussi l'art de faire les couffes, espèce de pa-
niers flexibles et très-commodes, tissés avec la feuille du dattier. —
Histoire naturelle. — Poissons du NiL PL 5. Poisson appelé polyp-
tères bichîr , avec les détails anatomiqucs. (Voyez les Mémoires sur
les poissons du Nil. )
— QuATORZiiiME LIVRAISON. — Antiquités. Vol. I , pi. 60. Détails
d'architecture et de sculpture du grand temple d'Apollinopolis
magna. — Antiquités. Vol. I, pi. 67. Vues pittoresques des envi-
rons d'El-Kâbj l'ancienne Elethyia. — Etat moderne. — Arts et métiers.
Pi. 11. Les arts mécaniques et chimiques sont aussi en arrière chez
les Egyptiens actuels qu'ils étaient avancés parmi leurs ancêtres. On
voit dans la presse du vinaigrier, que représente cette planche , une
simple vis d'un travail grossier; la meule est un tronçon de colonne
LIVRES FRANÇAIS. S99
de granit. L'appareil du distillateur pour la fabrication de l'cau-de-
vie est formé d'alambies de l'espèce la plus simple ; à défaut de
tubes de verre, il fait usage de roseaux, luttes convenablement. On
sait que la loi musulmane interdit l'usage des liqueurs fermentées;
c'est donc pour les cbrétiens que l'on pratique la distillation de
l'eau-de-vie ; cependant il n'est pas très-rare de voir les Musulmans
braver la défense de Mabomet. — Etat moderne, Vol. I , pi. 22. La
plancbe représente une mosquée ruinée qui a été convertie en pou-
drière pendant la durée de l'expédition, — Botanique , pi. 6. Plu-
sieurs graminées , analogues aux plantes appelées scirpus.
— QoiNZiÈME L\\B.\ison.— Antiquités. Vol. 1 , pi. 70. On a donné,
dans la treizième livraison , le plan et la coupe du portique d'Esné
ou Latopolis. La planche 70 représente l'élévation de ce beau
temple , avec la multitude de sculptures dont le frontispice est
chargé. — Antiquités. Vol. I, pi. 74. Cette coupe présente un côté
du portique du même temple , avec tous ses bas-reliefs , sauf les ins-
criptions hiéroglyphiques. — Etat moderne. Vol. I, pi. 4o. Cette
planche représente des parties extérieures de la ville du Kairc , près
de la porte la plus voisine du quartier qui était habité par l'Institut
d'Egypte. — Étal moderne , pL FF. Plusieurs planches de l'ouvrage
sont consacrées aux vases des Egyptiens modernes et à ceux des
anciens Egyptiens , qui ont servi de modèle aux premiers. — His-
toire naturelle. — Reptiles. PL i. Détail en grand de la tortue du
Nil, vue en dessus et en dessous.
2090. — Choix de tableaux et statues des plus célèhr.s musées
et cabinets étrangers , ou Recueil de gravures au trait , d'après les
tableaux des grands maîtres de tontes les écoles, et les monumens
de sculpture ancienne et moderne les plus remarquables , sous le
rapport de l'art , conservés dans les divers musées étrangers , et
les plus célèbres collections particulières, avec des notices histo-
riques et critiques. Paris, 1821. Treuttel et Wùrlz , rue de Cour-
bon, n° 17.
Cet ouvrage formera douze vol. in-8°, distribués c'uacun en deux
livraisons de 36 planches , et d'environ 80 pages de texte historique
et critique. Le prix de chaque livraison est de 9 fr. — Nous donne-
rons quelques détails sur cet ouvrage dont il a déjà paru cinq
livraisons.
AÔO LIVRES FRANÇAIS.
Ouvrages périodiques.
2\o.— Chronique religieuse. 1821.6 vol. in-S". Paris, Baudouin
frères , libraires , rue de Vaugirard , n» 56.
Une société d'ecclésiastiques et de magistrats , convaincus
des dangers que couraient les véritables principes de l'église de
France , a entrepris, depuis deux années, cet estimable ouvrage,
dans lequel on retrouve la doctrine la plus pure du christianisme.
Ces savans zélés ont eu à combattre sans cesse les erreurs du fana-
tisme et de l'ignorance. Leurs courageuses remontrances finiront-
elles par triompher? Le clergé, plus éclairé sur les véritables
intérêts de l'église, reviendra-t-il enfin aux principes pour lesquels
nos grands docteurs , les Arnaud, les Bossuet, les Fénélon ont si
souvent pris la plume ? On assure que les rédacteurs de la Chro-
nique religieuse ont pris le parti de suspendre la publication de ce
recueil. Les sincères amis de la religion regretteront qu'ils n'aient
pas montré plus de persévérance , et feront des vœux pour que cette
interruption soit de courte durée. A. T.
2 11.— Christliche Mitlheilungen.— Communications chrétiennes.
Strasbourg, 1821. Tom. I, cahier 4-
Ce recueil est destiné à des articles en vers et en prose sur des
sujets religieux et moraux. Dans le 4^ cahier, qui a paru récem-
ment, nous trouvons, entre autres, un exposé de ce que la confession
d'Augsbourg a fait de plus utile à Paris, dans les dernières années
pour le culte et pour l'instruction de la jeunesse. D. g.
212. — Journal des savans', un cahier in - 4° , pour les sept
premiers mois de l'année 1821. On s'abonne rue de Ménilmontant
n" 22.
Le Journal des savans est l'un des plus anciens ouvrages de ce
genre , qui aient été publiés en Europe. Interrompu pendant vingt-
cinq ans, il a été repris par ordre du gouvernement , qui a nommé
pour ses rédacteurs plusieurs membres de l'académie des inscriptions
et belles-lettres et de l'Académie française. Le savant et judicieux
M. Daunou en est le principal rédacteur, et l'enrichit de fort bons
articles sur l'histoire. On y remarque aussi de nombreux articles sur
la littérature orientale, de MM. Sylvestre de Sacy, Abel Rémusat,
de Chézy , et autres savans orientalistes. Le genre un peu sévère de
LIVRES FRANÇAIS. AOi
ce journal n'est pas toujours à la portée d'un trèis-graad nombre de
lecteurs; ruais il n'en fait pas moins honneur à la France, par les
travaux des hommes distingués qui prennent part à sa rédaction.
21 3. — Nouveau Journal des Dames , oupelit Courrier des modes,
des théâtres, de la liilérature et des arts. In-S°.- Ce journal, com-
mencé au mois de juillet dernier, paraît tous les cinq jours ; on s'a-
bonne à Paris, au bureau , rue Meslée, n° 5o.
Dans un pays où la mode exerce un si grand empire , ce n'est pas
trop que deux ou trois journaux qui tiennent le public, et surtout
la plus belle partie du public, au courant de toutes les vicissitudes
et de toutes les révolutions qui arrivent dans cet empire , ainsi que
de toutes les nouvelles qui peuvent intéresser les gens à la mode,
ou ce qu'on appelle vulgairement le beau monde. Le nouveau jour-
nal a l'avantage d'être rédigé par des dames , comme totis les jour-
naux des modes devraient l'être. Quoiqu'il ne fasse que commencer,
on voit qu'il sera varié et piquant : il l'est peut-être un peu trop
dans un article sur V Italie , de lady Morgan , qui aurait dû être un
peu plus ménagée par des personnes du même sexe. Lady Morgan ,
qui n'a pas autant d'instruction que d'esprit, et qui est plus caus-
tique qu'il ne convient à une dame , fait quelquefois des quiproquo
singuliers, et on peut lui reprocher des jugemens hasardés.
Mais il faut rendre justice à son esprit observateur et à sou
grand talent de présenter , sous leur véritable jour, des prétentions
absurdes et des caractères ridicules. Sa plume est redoutable pour
le parti qui favorise en Europe le règne des usages surannés. Les
gravures qui accompagnent le nouveau Journal des Dames ne sont
pas toutes employées à faire connaître les formes nouvelles des cha-
peaux et des robes ; elles retracent aussi quelquefois des portraits
de femmes célèbres : c'est ainsi que , dans trois des derniers numé-
ros, on voit des portraits bien exécutés de Clémence Isaure, de
madame de Sta<;l et de lady Morgan. D.-g.
Livres étrangers imprimés en France.
a i4. — Apologia calolica delprojecto de Coiistitucion religiosa, etc.
— Apologie catholique du Projet de Conslilulion religieuse ,
écrite par un Américain; par D. J. Ant. Llorente, docteur en droit
canon, avocat aux tribunaux nationaux, éditeur du projet susdit;
«ouvrage qu'on peut considérer comme ua traité sur difierens points
Tome xi. -^
ji02 LIVRES FRANÇAIS.
d'histoire et de discipline ecclésiastique. Paris, 1821. Moreau , rue
Coquillière, n" 27. 2 vol. in-8°.
L'ouvrage original a été poursuivi par l'officialité de Barcelone ; la
Société patriotique de cette ville lui choisit dans son sein des défen-
seurs. Depuis, l'évèque et son grand vicaire, obligés de s'exiler
pour des motifs politiques, ont laissé les poursuites suspendues;
mais l'auteur, jaloux de se justifier de l'imputation d'hérésie aux
yeux de ses concitoyens , plaide lui-même sa cause , et son plaidoyer
est encore uq savant ouvrage ; seulement , tout en rendant justice
aux vues droites et à la science de l'auteur , nous n'entendons pas
adopter sans réserve ses opinions sur les questions très - délicates
qu'il agite.
ai5. — Obseruations on the political, moral and religious state
vfthe civilised worUU etc. - Observations sur l'état politique, civil
et religieux du inonde civilisé, au commencement du dis-neuvième
siècle; par M. H. G. Macnab, etc. Paris, 1820. Nouzou, rue de
Cléry, n» 9 ; in-4» de 28 pages.
Les observations de M. Macnab sont celles d'un philantrope
éclairé, d'un ami sincère de la religion et de la liberté civile et po-
litique. Les principes qui leur servent de base sont avoués par la
raison, la morale et l'intérêt public. On pourrait peut-être contester
quelques-unes des conséquences qu'il en déduit ; mais on doit rendre
justics aux nobles sentimens qui les lui ont dictées.
. L'unité de principes , de vues , de moyens et de but , dit l'au-
teur, est le caractère d'une bonne administration; sans cet accord
indispensable, un gouvernement libre ne peut long-tems se main-
tenir. La mobilité des mesures qu'il ne peut manquer d'adopter
affaiblit, par degrés, les rapports du chef du corps politique avec ses
membres, et de là naissent des germes de révolution. Pour jo«ir
des bienfaits d'un gouvernement libre , la fidélité du peuple doit
être fondée sur l'opinion qu'il est bien gouverné. Je regarde cette
maxime comme incontestable. Les ministres d'état dans un gouver-
nement libre, qui, soit directement , soit indirectement et à dessein,
affaiblissent, par des mesures anti-sociales , les relations delà cou-
ronne avec le peuple, sont, de tous les révolutionnaires , les plus
coupables et les plus dangereux. ■> B— y.
216. — Ze5 oiseaux et les fleurs , allégories morales d'Jzz-Eddin
El Mocadessi, en arabe, avec une traduction et des notes; par
M. Garcin. Paris, 1821. Imprimerie royale, i vol in 8°.
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TV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES.
AMERIQUE.
États-Unis. — Nkw-Yorck. — Collège de médecine el de chirurgie.
Les cours de ce collège commencent , tous les ans , au premier lundi
de novembre et finissent au premier mars. Les élèves doivent se
faire inscrire à chaque session ; mais ils ne paient que la première
inscription, qui est de cinq dollars (27 francs}. Ceux qui désirent
prendre un grade doivent être Sgés de vingt-un ans , et avoir suivi
tous les cours du collège , au moins pendant un hiver entier. Le
président et les professeurs leur font subir le premier examen , qui
est toujours secret; le second est passé, le 1 5 mars, devant les agrégés
du collège. Le 20 du même mois, le candidat est obligé de remettre
au doyen une thèse sur un sujet quelconque de médecine ou de
chirurgie , écrite en latin , en anglais , en français ou en espagnol.
Le troisième examen, qui se fait publiquement, le premier lundi
<l'avril , dans la grande salle du collège , roule sur cette thèse. Il en
coûte j pour ces divers examens , trente dollars. Il y a des cours
1» de médecine, d'accouchement théorique et pratique, et de ma-
ladies des femmes ; 2° de chimie et de matière médicale; 5" d'ana-
tomie, de physiologie et de chirurgie; 4° d'histoire naturelle, y
compris la botanique , la zoologie et la géologie ; 5» de principes et
de pratique de chirurgie ; 6° de clinique ; 7° de médecine légale ;S" de
minéralogie. Le collège possède une bibliothèque , un musée d'ana-
tomie, des cabinets de physique , d'histoire naturelle et de minéra-
logie ; et, en vertu d'un acte de la législature de l'état , il jouit du droit
de se procurer des sujets dans la prison d'état de la ville. B — r.
Iles SkTinysicu.— Missions. — Progrès du christianisme. — La mort
du roi Tamahama, arrivée au commencement de l'année 1820, a
occasionné dans ces îles une révolution générale en faveur du chris-
tianisme. Les idoles ont été brûlées, les morea/w ( lieux consacrés
aux prières ) détruits , la prêtrise abolie ; enfin , les travaux de la
mission ont été couronnés du plus brillant succès. Les missionnaires
sont très-aimés et soutenus en partie par la charité publique. Des
écoles ont été fondées, et l'étude de la langue anglaise s'étend chaque
26"
AOA ASIE.
jour davantage. Parmi les élèves, sont le roi et la reine d'Atooi, qui
ont dicté eux-mêmes des lettres adressées à des amis que les mission-
naires ont en Amérique. L. S. B.
États-Unis. — Newfoundland. — Colonne antique.— On. a fait ici,
l'été dernier, une découverte qui a exercé la sagacité des antiquaires.
A environ un mille des rivages de la baie de Gander , on a trouvé un
fragment d'une petite colonne de marbre blanc, de forme octogone ,
d'environ dix-huit pouces de long, et de douze de diamètre. La sur-
face en est altérée par l'air; il est probable qu'elle a demeuré fort
long-tems dans le même lieu. Elle ne peut avoir été apportée ,
comme lest, abord d'un vaisseau, puisque l'endroit où elle était
est éloigné de la mer de plus d'un demi-mille , et que les vaisseaux
ne peuvent approcher de cette rive de plus de trois quarts de mille.
Cette partie du pays n'est point habitée, et l'on n'a trouvé daasle voi-
sinage aucune pierre semblable, ni aucun ouvrage de l'art. Le marbre
diffère de ceux qu'on emploie dans l'architecture ou dans la sculp-
ture : il est d'un blanc jaunâtre , d'un gros grain, et plein de petites
cavités , qui permettent de le séparer en feuilles aussi minces que du
papier. L. S. B.
État de New-Yohck. — Whitehall. — Longéuilé. — Nécrologie. — Le
•vénérable Henri Francisco , âgé de cent trente-quatre ans , est mort
près de cette ville, après une maladie de quarante-cinq jours. Né
en Angleterre , il avait émigré en Amérique, il y a environ quatre-
Tingt-dix ans. Il assista, comme tambour, au couronnement de la
reine Anne, et servit depuis dans la guerre de l'indépendance.
ASIE.
Ile de Ceylan. — La Société littéraire, philosophique et scientifique
a arrêté ses réglemens, dans la séance du ii décembre 1820. M. h&s-
chenaux de la Tour, naturaliste français , est nommé membre corres-
pondant de cette société.
Perse. — Distinction honorifique accordée à un Européen, — Le
shah de Perse a envoyé à M. de Hammer, célèbre orientaliste alle-
mand , les ordres du Soleil et du Lion. Tous les ministres du shah
ont signé cette décision , qui fera époque dans les annales des rela-
tions diplomatiques de l'Autriche avec l'orient.
TuBQuiE ASIATIQUE. — SuyaNE. — Joumal frauçui S. — Oii' ^nhViti
de uis quelque tems, dans cette ville , un journal français, intitulé
ASIE. A05
le Spectateur oriental. Dans le n° du ai avril, on remarque la pièce
de vers suivante, sous le titre du Départ.
Adieu , dil-il , arbre chéri :
Triste jouet de la fortune ,
Je dois aux chances de Neptune
Sacrifier ton doux abri ;
Va , va , balance au loin ta cime ,
Couvre la pente du coteau.
J'irai, fendant l'immense abîme.
Pleurer ton ombre et mon berceau.
Adieu, soleil de la patrie 1
Le souille paisible d'Eurus
Blanchit au loin les flots émus ;
L'onde recule vers l'Asie ;
L'instant fatal ne peut tarder.
Jusqu'au berceau du vieil Homère ,
O puisses-tu nous seconder.
Brise propice et tutèlaire 1
Une tendre mélancolie
Vient succéder à sa douleur;
Et si les accens du malheur
Interrompent sa rêverie ,
Le nom chéri de son amie
Parfois échappe de son cœur,
Avec le nom de sa patrie.
ÏLEsPniuPPiNES. — Manille. — Nécrologie. — Godefrov. — Mas-
sacre des étrangers, —^l. Godefroy, naturaliste français , à peine
ûgé de trente ans , a été massacré dans cette capitale des Philip-
pines, le 9 octobre dernier ( le lo du calendrier grégorien ) , avec
plusieurs de ses compatriotes et d'autres étrangers, contre lesquels
on avait excité le fanatisme et la cupidité des Indiens. Voici , sur cet
horrible événement et sur ses causes présumées , un extrait des dé-
tails que nous tenons d'un Français sauvé du massacre par un res-
pectable vieillard. Don Vincente de los Pveyes, qui l'a recueilli dans
sa maison avec une famille française tout entière.
« Dans la nuit du i" au 2 octobre ( a au 5 ) , il se déclara un vent
dn S.O. d'une violence cxtrOme , qui souffla pendant trente heurte
À06 ASIE.
consécutives , et fut immédiatement suivi d'uu léger tremblement
de terre. Trois jours après, \e. cholera-morbus se manifesta, et bientôt
les cimetières ne suffirent plus aux enterremens. La désolation était
à son comble parmi les Indiens, qui, dans le principe de la mala-
die, en étaient seuls attaqués , et parmi les blancs, qui ne tardèrent
pas à en être victimes à leur tour. Jamais fléau semblable n'avait
ravagé les îles Philippines, renommées par leur salubrité : les per-
sonnes les plus éclairées crurent que le germe en existait dans l'air.
.Tandis que chacun ne semblait être occupé que du soin de sa con-
servation , quelques misérables méditaient en silence les moyens
défaire naître, de ces circonstances déjà si funestes, un lualheurd'un
autre genre.
« Dès le 6 octobre (le j), les Indiens accusèrent les Français d'avoir
empoisonné la rivière Passig , en y versant plusieurs barriques de
poison , lesquelles barriques avaient été retrouvées vides non loin
de Manille. Cespropos étaient trop absurdes pour que nous y Bssions
attention; mais, le 7, un jeune homme qui suivait une voiture où
j'étais avec un de mes amis , entendit distinctement des Indiens qui
disaient , en nous désignant : t Voilàles misérables que nous dei-'ons
tuer. » Frappés de ces paroles, nous en informâmes le chargé d'affaires
britannique , M. Stevenson , qui, le 8 au matin, fit part au gouverneur
des bruits inquiétans qui circulaient à l'égard des étrangers. Celui-
ci lui dit qu'on ne devait pas s'en alarmer, et que, dans tous les
cas , les étrangers pouvaient compter sur sa protection. Peu rassuré
par cette réponse , M. Stevenson se détermina , le 9, à faire circuler
une adresse à tous les étrangers des faubourgs et des environs de
Manille , où il les invitait à se réunir pour se consulter sur les moyen»
de sûreté à prendre. Il n'était plus tems 1
<■ Le premier attroupement eut lieu dans le village de Santa-Cruz,
séparé de Manille par la rivière Passig ; et voici quel en fut le
prétexte : M. Godefroy , médecin , frère du naturaliste, parcourait ce
quartier , dans la matinée du 9 ( 10 ) , portant les secours gratuits
de son art dans les chaumières des Indiens , dont plusieurs avaient
été sauvés par ses soins. L'un d'eux , qui , négligeant ses conseils ,
avait repris son genre de vie ordinaire, succomba, malgré l'assis-
tance de M. Godefroy. Aussitôt, quelques-uns des parens et des amis
du mort s'assemblent autour du médecin, l'attaquent, s'emparent de
deux fioles remplies de laudanum qu'il portait sur lui pour le soulage-
ASIE. A07
ment immédiat de ses malades, et les fout avalei à un chien, qui meurt
sur-le-champ. Cette race stupide crie aussitùtà l'empoisonneur ; toute
la populace des environs s'ameute ; M. Godefroy est accablé de mau-
vais traitemens ; et, après avoir reçu plusieurs blessures , il est remis
entre les mains du corrégidor ( chef de la police ) , qui le fait con-
duire dans un des plus noirs cachots , et le laisse outrager sous ses
propres yeux. M. Godefroy, le naturaliste , accouru au bruit de cette
scène pour faire sortir son frère de prison, n'obtient pas même la
permission de rester avec lui , et se voit obligé de retourner seul
à son logement , qui se trouvait dans la maison occupée par
M. Guillot, subrécargue du navire l'Églanline de Bordeaux. A peine
y est il entré, que les Indiens, faisant entendre un cri de rage
contre tous les Français , passent un petit pont qui les séparait des
fauboui-gs et courent assaillir la maison de M. Guillot. Ils en for-
cent l'entrée ; et, conjointement avec un sergent et quatre soldats-
que l'autorité y avait envoyés pour protéger ces étrangers , ils mas-
sacrent MM. Godefroy, Guillot, ainsi qu'un capitaine anglais et
un officier de la marine américaine, réfugiés dans la maison.
« Enhardis par ce premier succès , les Indiens , dont le nombre
augmentait toujours , attaquèrent successivement la plupart des
maisons des faubourgs habitées par des étrangers , égorgèrent tous
ceux qu'ils purent trouver, et finirent par piller et dévaster entière-
ment leurs demeures. Cette dernière circonstance prouve que ces
brigands étaient guidés bien plus encore par le désir du pillage que
par la vengeance. Ayant trouvé dans deux maisons , où demeuraient
des jeunes gens qui s'occupaient d'histoire naturelle , divers reptiles
conservés dans des bocaux d'eau de-vie , les Indiens s'imaginèrent
que cette eau-de-vie avait servi à leur faire des remèdes empoisson-
nés , et que le venin trouvé dans les serpens avait été jeté dans la
livière. Mais, ce qui est encore plus surprenant , c'est que le cor-
régidor et même des ecclésiastiques aient cru ou paru croire à de
telles absili-dités.
«Après s'être impunément livrés, pendant six heures entières, aux
excès les plus affreux , les brigands se retirèrent fort tranquille-
ment , à cinq heures et demie du soir , pour aller partager les dé-
pouilles de leurs victimes. Il est affreux de penser que le gouver-
neur espagnol , Don Mariano de Folgueras , bien loin de chercher
à prévenir d'abord ou à réprimer ensuite de pareils excès, ait tenu
A08 ASIE.
dans l'inaclion trois mille hommes armés , el l'arlillerie qui garnis-
sait les remparts de Manille , sous lesquels se passait cette scène
offreuse.
« Quel contraste entre la pusillanimité de celui qui devait mon-
trer le plus d'énergie , et la belle conduite que tinrent plusieurs per-
sopnes, que nous regrettons de ne pouvoir nommer toutes ? Madame
Scarella , femme d'un négociant, sauva quatre Français qui s'étaient
réfugiés chez elle , et que la populace réclamait à grands cris, en
assaillant à coups de pierres un observatoire où elle les avait cachés.
MM. d'Olea et de Lemon , officiers des troupes, se firent remarquer
par l'énergie avec laquelle ils demandèrent, quoique inutilement, au
gouverneur l'ordre de faire feu sur les Indiens , en lui répondant sur
leur tête d'arrêter le désordre avec cinquante hommes seulement.
« Le curé de Santa-Cruz fit inhumer dans le cimetière de sa pa-
roisse les quatre personnes assassinées dans la maison GuiUot. Un
autre curé arrêta, par ses prières, les Indiens qui allaient pénétrer
dans une maison habitée par trois Français. Quelques particuliers
espagnols offrirent leurs maisons pour asile à plusieurs étrangers, dans
le moment du plus grand danger; d'autres se précipitèrent au mi-
lieu de ces barbares , pour leur arracher quelques victimes. On cite
aussi quelques Indiens des habitations françaises qui se dévouèrent
pour sauver la vie de leurs maîtres. On doit des hommages particu-
l.ersà Don Alesandro Parreno, commandant du fort de San Jago,
à Manille , et à Don Vincente Posada, premier juge au tribunal de
1 Audiencia : au premier, pour avoir reçu et nourri chez lui , de ses
propres deniers, plus de trente étrangers, qui se trouvèrent sans de-
meure après la funeste journée du 9 octobre (le 10) ; et au second ,
pour avoir également mis sa table et sa maison à l'entière disposi-
tion des étrangers, après leur sortie du fort. C'est Don Posada qui
fit des représentations énergiques dans l'assemblée des notables
pour qu'on rendît les honneurs funèbres aux malheureuses victimes
de cette journée, dont les cadavres avaient été jetés pêle-oiêle dans
une fosse creusée sur le rivage. Il demanda aussi, mais en vain, que
prompte justice fût faite des coupables.
•Le 10 octobre (le 11) les Chinois furent attaqués à leur tour,
poursuivis et massacrés, au nombre de seize environ , jusque dans
les murs de Manille. Au moment où les Indiens étaient à la pour-
Mule des Chinois et pillaient leurs magasins, l'archevêque de Ma-
ASIE. A09
nille se rcudit sur le champ du carnage, escorté par un grand
nombre de religieux. A son aspect, tous les Indiens se prosternèrent;
mais à peine fut-il retourné à la ville , que le désordre recommença.
» Les deux journées du 9 et du lo (10 et 11) eurent pour afireux
résultat la mort de plus de cinquante individus de toutes nations, et
une perte d'environ 5oo,ooo piastres. Lorsque les Indiens eurent
dévasté les magasins chinois, ils donnèrent à entendre, parleurs
cris, qu'ils en voulaient à tous les blancs. Alors, les membres du
gouvernement espagnol, craignant pour eux mêmes , commencè-
rent à prendre des mesures vigoureuses , et firent rentrer facilement
dans l'ordre des brigands rassasiés de carnage. Trois Espagnols, ap-
partenant à de bonnes familles du pays , furent saisis , comme pré-
venus d'avoir été à la tête du complot. Huit jours après, ils furent
relâchés , sans avoir été confrontés avec leurs accusateurs. Les pri-
sons se remplirent d'Indiens soupçonnés d'avoir pris part aux jour-
nées des 9 et 10 ; plusieurs furent reconnus coupables à la suite d'une
longue procédure ; mais, le 27 novembre , jour de notre départ de
Manille , c'est-à-dire plus de six semaines après le massacre , au-
cun de ces misérables n'avait encore été exécuté. Quant aux objets
volés , il n'en avait été restitué jusqu'alors que de nulle valeur.
« Nous adressâmes une pétition au gouverneur pour réclamer des
indemnités ; il y répondit négativement , comme nous nous y étions
attendus ; mais notre but était de nous mettre en règle. Nous nous
fîmes donner, en outre, un procès-verbal du pillage de nos maisons.
Le 27 novembre 1820, nous appareillâmes, en même tems que VEs-
péranccy de Bordeaux. Pour rendre les derniers honneurs aux Fran-
çais morts dans la journée du 9 octobre, tous les navires de cette
nation rangèrent leurs vergues en bataille , en signe de deuil , et sa-
luèrent de cinq coups de canon chacun la plage où les cadavres de
ces infortunés avaient été jetés. A la sortie des détroits , nous ap-
prîmes, par le Cultivateur, de Nantes, parti deux jours après nous,
que le gouverneur avait envoyé à son bord pour s'informer du motif
de ce salut, et que, l'ayant connu , il avait déclaré aux capitaine!
et subrécargues des navires français restant en rade , qu'il avait
donné les ordres nécessaires pour qu'un service divin fût célébré en
l'honneur de leurs malheureux compatriotes ; triste et tardive répa-
ration de son indigne conduite !» A. M— x
AlO EUROPE.
Cap DE BoNNE-EspiBAKCE. — f^qyage. — Le missionnaire Campbell,
qui a donné au public la relation de ses premiers voyages dans le
sud de l'Afrique , est de retour d'une seconde expédition également
intéressante. Il dit avoir pénétré à buit cents milles au-delà de la
ville du Cap, distance qu'aucun voyageur européen n'avait encore
franchie , et avoir découvert plusieurs nouvelles villes fort grandes ,
dont la population s'élève , pour la plupart , à dix ou douze mille
personnes. Les habitans se montraient partout affables et dociles ,
habiles à fabriquer la poterie, à fondre le fer, et à exercer plusieurs
autres arts utiles. Ils semblaient connaître le prix des talens , sou-
haitaient beaucoup de voir arriver parmi eux quelques habiles arti-
sans , et désiraient aussi avoir des missionnaires. En général , selon
M. Campbell , on trouve chez ces Africains un degré de civilisation
inconnu aux peuplades barbares qui avoisinent le nord de l'A-
frique.
Dans ce voyage, le missionnaire anglais a trouvé le rhinocéros
unicorne, qu'il suppose devoir être l'animal décrit par Job(chap. Sg,
verset 9 ). On a fait des recherches dans le Thibet, pour retrouver
quelques individus de la même espèce; mais deux jeunes natura-
listes français , MM. Diard et Duvaucel , l'avaient déjà découvert à
Java, ( Vqy. Tom. X, pag. 473. ) L. S. B.
Egtptb. — Voyage scientifique. — On assure que MM. Waddington
et Hanburg, voyageurs anglais, ont découvert l'ancienne ville de
Meroe , dont parlent i/érot/oie, liv. 11, chap. 29; Diodore de Si-
cile, i^Zd; Slrahon , xvii ; Josephe^u, 10. Suivant ces trois der-
niers auteurs, la ville de Meroe était située dans une île formée par
le Nil, l'Astapus, et l'Astaboras, maintenant Bahrel Abiâd, Abavriet
Taccaza. E. G.
EUROPE.
ILES BRITANKIQUES.
LoKDRES. — Dispensaire royal pour les maladies de l'oreille. —
A la dernière séance annuelle des gouverneurs de cette institution
bienfaisante , il a été prouvé , par les rapports de chaque médecin,
que plus de deux mille deux cent dix personnes affligées de surdité ,
et d'autres maladies attaquant l'organe de l'ouïe, ont été guéries ou
soulagées. Ces heureux résultais feront apprécier davantage encore
EUROPE. Ail
l'utilité de cet établissement, dont les fondateurs rivalisent de zèle
pour soulager les malheureux : l'un d'eux vient encore dernièrement
de verser entre les mains du trésorier une somme de cent louis.
L. S. B.
Publications prochaines. — i" M. Valpy se propose de publier ,
par souscription , la Collection des (Euvres des poètes les plus célè-
bres de l'Italie , depuis la fin du douzième jusqu'au commencement
du dix-neufième siècle , classées par ordre chronologique , et accom-
pagnées de notices biographiques et critiques sur leurs vies et sur
leurs écrits , extraits des meilleurs auteurs qui ont écrit sur l'histoire
littéraire de l'Italie. Cette utile compilation sera faite sous la direction
de William Roscœ, auteur delà Fie de Lorenzo de Medici , appelé
te magnifique t et de la f^ie et du Pontificat de Léon X; et paraîtra en
48 parties in-8° , de 4oo pages chacune , avec plusieurs portraits ;
2° M. Lowe, auteur des Articles statistiques sur la France et sur
r Angleterre ^ imprimés dans le supplément de l'Encyclopédie Bri-
tannique, doit faire paraître bientôt un \o\ume iuv \dL situation et
les ressources de la Grande-Bretagne en agriculture , en commerce
et en finances. Les plus hautes questions d'économie politique se-
ront discutées et approfondies dans cet ouvrage , qui contiendra, un
tableau comparatif de la situation de l'Angleterre avec celle de la
France; 5° M. A. Maxwell , auteur de la Pluralité des mondes-, ou
lettres , notes et memoranda philosophiques et critiques , en ré-
ponse au révérend docteur Chalmers , prépare une traduction de
l'ouvrage latin Conamen recuperandi notitiam principiorum veteris
et uerœ philosophiœ., etc., par A. S. Catcott; ou Essai pour retrouver
les principes de l'ancienne philosophie, tiré des écrits sacrés et der-
nièrement expliqué par John Hdtchimson, avec une nouvelle pré-
face et des notes additionnelles ; 5» Recherches zoologiques dans
l'île de Java , avec des gravures représentant les quadrupèdes et les
oiseaux du pays, par Thomas Harsfield , publié en huit livraisons.
Les matériaux d'après lesquels seront faits ces ouvrages, sont dé-
posés au musée des Indes orientales, où ils sont exposés au public
certains jours de la semaine. Ils ont été presque tous rassemblés
depuis iSii jusqu'à 1S17 , époque pendant laquelle Java était sous la
protection de la Grande-Bretagne. L. S. B.
Nécrologie. — Arthur Young , secrétaire du conseil d'agricul-
ture, etc. etc.M. naquit à Bradfield-Combust, dans le comté de
Ai2 EIROPE.
Sufiblk , lo 7 septembre ijli. C'est lui qui, le premier, posa , en
Angleterre, les fondemens de l'agriculture; science qui, jusqu'alors,
y avait été livrée au hasard , ou soumise à des pratiques routinières ,
que les préjugés et l'ignorance rendaient fort difficiles à déraciner.
Les voyages de cet homme éclairé et les détails intéressans qu'il
publia créèrent, parmi ses compatriotes , un esprit de recherche et
de perfectionnement. M. Young fit lui-même plusieurs essais dans
l'agriculture pratique. Il échoua d'abord, faute d'expérience et des
fonds nécessaires ; mais il avait trop de zèle pour se laisser découra-
ger, et ses succès le récompensèrent amplement de ses peines. Ce
fut en 17765 1777» 1778 et 1779 qu'il visita l'Irlande. Les princi-
paux propriétaires de cette île , attirés par sa réputation , vinrent en
corps lui demander ses conseils. Il publia, vers cette époque, la
première édition du Manuel du fermier, ouvrage généralement ap-
précié et qui produisit les plus heureux résultats. En 1784, il com-
mença les Annales d'agriculture , qu'il fit paraître , tous les mois ,
par livraisons , pendant plusieurs années. Il y donnait ses propres
opinions et les exemples tirés d'une pratique journalière , joints à
ceux que lui fournissaient les plus habiles cultivateurs du pays. Il y
traitait aussi les sujets relatifs à l'économie politique , au commerce,
aux finances et à tout ce qui s'y rattache. Ses correspondans étaient
pour la plupart des hommes d'un rang fort distingué , et le dernier
roi d'Angleterre , Georges III , lui envoya plusieurs articles sous le
nom de Rîflph Robiason de Windsor. M. Young nourrissait depuis
long-tems l'idée de passer en France , afin d'en examiner le terri-
toire, lorsque MM. Lazowski et le duc de La Rochefoucauld lui
proposèrent de les accompagner dans un voyage aux Pyrénées. 11
s'y décida et partit. Cette excursion eut lieu en 1787, et M. Young
revint à Londres, dans l'hiver de la même année , pour assister à
une discussion du parlement sur une question commerciale d'un
grand intérêt. Il fit sa seconde tournée en France en 1789, et les
détails qu'il a publiés sur ce pays prouvent autant d'instruction que de
jugement. Comme secrétaire du conseil d'agricîiiture , il s'appliqua
sans relâche à étendre et à faciliter l'instruction de l'art auquel il
s'était dévoué. On lui doit un grand nombre d'ouvrages importans.
Depuis long-tems, il en préparait un sur les élémens pratiques d''a-
gricuUure , contenant ses expériences et ses observalions pendant
une période de cinquante années. En iSii , il devint lout-à-fait
aveuglcj et fut languissant jusqu'au moment de sa mort. L. S, B.
EUROPE. A13
SUÈDE.
Stockholm. — Académie des sciences. — L'un des membres de cette
académie , M. le comte de Schwerin ( petit - fils du général
Schwerin , qui mourut au champ d'honneur sous les drapeaux de
Frédéric II) , s'est déclaré avec énergie contre les nouveaux statuts
qui viennent d'être rédigés pour cette société savante. II a remis au
Roi un mémoire , dans lequel il lui fait observer respectueusement
que les nouveaux statuts font dévier l'académie de l'esprit dans
lequel elle a été fondée en i~ii. 11 ajoute qu'avec l'organisation
qu'on veut lui donner , cette société ne serait plus qu'un tribunal
imposé aux sciences et aux lettres , et qui s'arrogerait le droit de
prononcer tous les ans un jugement, par lequel il déclarerait que
les productions littéraires de la Suède sont dignes ou sont indignes
de son approbation. IM. le comte de Schwerin se prononce surtout
hautement contre l'article 2 des statuts en question, par lequel le
nombre des académiciens est fixé à cent : selon lui, une telle dis-
position fait manquer totalement à l'académie le but de son insti-
tution primitive , celui de recevoir dans son sein tout homme qui a
bien mérité des sciences et des lettres.
ALLEMAGNE.
ViENNB. — Botanique. — Un journal de Vienne contient d'intéres-
sans détails sur les plantes de la Martinique. Ils ont été donnés par
un jardinier-botaniste, que M. Sieber, savant distingué, a envoyé
dans cette île , à ses frais. Il a déjà fait passer en Europe une grande
quantité de plantes , de semences , d'arbrisseaux rares , avec lesquels
il espère composer une flore de trois ou quatre cents espèces. Il a
parcouru les montagnes bleues de la Martinique , qu'aucun bota"
niste n'avait encore visitées ; mais il a eu beaucoup de peine à obte-
nir d'y être accompagné dans ses excursions, par des habitans de
l'île , qui redoutaient les serpens qu'on y trouve en grand nombre.
Les naturels ont une singulière manière de se garantir de ce danger ;
ils placent sur la route un vase de terre rempli de sang de poulet , et
prétendent que ce breuvage empêche les serpens d'être venimeux.
Arrivé sur les sommets des montagnes , le voyageur se trouva en-
touré d'une végétation si riche et si variée, qu'à peine savait-il par
où commencer sa collection. Les bords d'un lac situé à mi-côte
d'une colliaç étaient couverts de plantes et d'arbustes de différentes
k\h KUROPE.
espèces , de vignes, etc. Plus haut, il cueillit des plantes et des
fleurs d'un genre particulier, qui n'avaient point encore été dé-
crites. Ce botaniste devait quitter la Martinique pour aller faire les
mêmes recherches à la Jamaïque. L. S. B.
Stuttgard. — Société royale d'économie rurale. — L'activité de
cette société ne se dément pas et continue à être couronnée des
plus heureux succès. Cette réunion d'hommes distingués par leur
savoir et leur philantropie est un excellent comité consultatif pour
les ministères du royaume. Elle examine avec soin les découvertes
utiles à l'agriculture ; et, lorsqu'elles sont sujettes à des expériences
préalables, la société fait elle-même les premiers essais et propage
ainsi, sans aucun danger pour le cultivateur, tout ce qui peut amé-
liorer sa position , en même tems que sa prudence étouffe, dès leur
naissance , les indications qui pourraient égarer ceux qui seraient
tentés de les suivre. Le roi accorde une attention particulière aux
travaux de cette bienfaisante société et se fait rapporter tous les
procès-verbaux. On regrette beaucoup en Allemagne qu'il n'y ait pas
un rédacteur salarié , chargé de publier dans un journal les résultats
de tant d'utiles observations.
Phcsse. — Erfurt. — L'académie royale des sciences usuelles avait
proposé, en 1817, un prix de la valeur de cent écus à l'auteur du
meilleur mémoire sur la question suivante : Quelle influence la
guerre de la liberté, de i8i3 à i8i5, a-t-elle exercée sur les déve-
loppemens de l'esprit humain ? Plusieurs écrits sont parvenus à
l'académie ; mais elle n'a point jugé que leurs auteurs eussent traité
le sujet sous son véritable point de vue. Elle a donc retiré la question
proposée, à laquelle elle en a substitué une beaucoup moins élevée,
que voici ; Quelle substance pourrait remplacer le tan ? celles qui
ont été découvertes par Hatchet en tiennent-elles réellement lieu, et
peut-on les employer dans la grande fabrication? L'académie ne
veut point de théories ni de raisonnemens; elle demande des expé-
riences et des résultats. Les auteurs des mémoires devront même y
joindre des échantillons du cuir qu'ils auront obtenu. Ces mémoires
seront reçus jusqu'au 1*' mai 1822 et devront être adressés à
M. Schorchj secrétaire de l'académie.
— Bheslaw. — Université. — Le savant et respectable bibliothécaire
de notre université , M, Schneider , a reçu l'ordre de l' Aigle-Rouge
!« jour même où il venait d'atteindre sa 71' année. — Nous ayons dans
PUROPE. AÏS
ce moment quarante cours de théologie , dont dix-sept protestans et
vingt-trois catholiques , quinze cours de droit , trente-trois de méde-
.cine,huit de philosophie, deux de pédagogie, neuf de mathématiques,
quatorze d'histoire naturelle, six d'économie politique, dix-sept d'his-
toire; enfin, dix-huit de philologie. Parmi les noms des professeurs, le
public distingue avec plaisir celui du célèbre helléniste Schneider,
de M. Kruse (les travaux de ce dernier sur les antiquités de la Silésie
ont été annoncés dans notre cahier du mois d'août, pag. 225) ; enfin,
de M. Wellauer , auteur d'une ingénieuse dissertation sur les Thes-
mophores.
Stdttgaed. • — Lia bibliothèque royale est, depuis quelques mois,
placée dans un local plus commode pour le public ; les salles sont
vastes et bien éclairées. L'édifice est isolé de tous côtés, et se trouve
ainsi à l'abri du feu,
— Statistique. — Il vient de paraître à la fois plusieurs écrits sur la
statistique et sur la topographie de notre royaume. Voici les principaux
résultats qu'ils présentent : La surface totale du Wurtemberg est de
555 milles carrés d'Allemagne, sur lesquels vivent 1,397,564 ha-
bitans. La valeur des produits est, en froment, de 02 millions de
florins; en fourrages, de 9 millions; en vins, de 3 millions; en
fruits, d'un million et demi. La valeur générale des biens-fonds,
maisons, capitaux, bestiaux, etc., est de 1,000,662,800 florins;
€t le revenu net de l'état est de 19,570,000 florins. L'un des écrits
dans lesquels nous puisons ces renseignemens est de M. Meminger,
•qui a beaucoup augmenté l'intérêt de son ouvrage par des obser-
vations de géologie et d'histoire naturelle. Il a même étendu ses
recherches en ce genre au-delà des frontières du royaume ; il fixe la
hauteur de quelques montagnes qui ne sont pas sur notre territoire ,
par exemple du Feldberg élevé au-dessus du niveau de la mer de
4,610 pieds, et du BeLken qui a 1^,'SSS pieds au-dessus du même
niveau. L'auteur décrit avec un soin particulier tout ce qui a rapport
aux montagnes et à leurs divers embranchemens ; il ne néglige pas
les antiquités, qui pour l'ordinaire sont assez mal examinées dans
ces sortes d'ouvrages. L'agriculture l'emporte ici sur toutes les
autres parties , et l'auteur ne nomme aucun produit de la terre , sans
indiquer combien d'arpens sont consacrés à le cultiver. M. Rœder a
aussi publié un ouvrage , dont la lecture sera très-utile à tous ceux
qui étudient la statistique.
416 EL'ROPE.
Gotha. — Publication noin>elle. — Philologie. — M. Bretschneidei'
se dispose à donner au public un Lexicon Noui Testamenù grœco-
latinum manuale. Déjà l'Europe savante possédait un ouvrage sem-
blable , dont l'auteur était M. Scbleussner et qui a eu trois éditions.
M. Bretscbneider annonce qu'il n'entend pas que son livre remplace
celui-là; il dit avec raison qu'il y aura toujours une grande différence
entre un Thésaurus philologicus complet et un simple manuel des-
tiné surtout aux théologiens , pour lesquels le premier est trop cher.
L'ouvrage de M. Bretscbneider n'aura donc qu'un seul volume
in-8° de 74 feuilles ; il sera rédigé d'après le texte de Griesbach ;
mais les leçons vulgaires, que l'édition de ce savant rejette, seront
données entre parenthèses.
Vienne. — Nouueau Recueil périodique. — Quand nous avons in-
diqué à nos lecteurs les journaux et recueils périodiques de l'Autriche,
(T. X, p. 642 ), nous ne connaissions pas celui qui s'imprime depuis
peu à Brunn , en Moravie , sous le titre de Feyer-Stunden (heures de
fête ou de délassemens). Ce journal est rédigé, à Vienne , par M. le
baron de Biedenfeld, auteur de plusieurs élégantes productions, et
par M. Kaffner, qui s'est distingué par plus d'un ouvrage dramatique.
Outre ces deux littérateurs, les Fejer-Stunden ont pour rédacteurs
les hommes les plus marquans de l'Allemagne, tels que MM. La-
motte- Fouqué, Fr. Laun,Fr. Kind, MuUer Brentano , de Hammer,
Hang, Théod. Hell, Kuhn ; le célèbre Goethe également y fera in-
sérerdes articles. On trouve dans ce recueil des contes en prose et des
poésies fort agréables. Le premier cahier, que nous avons sous les
yeux , contient le premier extrait d'un poème intitulé die Stufen der
bildung, ou les degrés de la civilisation , par M. Schweighauser fils,
de Strasbourg. {Voy. ci-dessus, p. 562.) L'étendue et l'objet de ce
poème méritent spécialement l'attention. Les Fejer-SLunden paraî-
tront de deux mois en deux mois; l'exécution typographique ne laisse
rien à désirer , et de jolis portraits ajoutent encore à son élégance :
la première livraison contient ceux de M. Kind et du célèbre orien-
taliste M. de Hammer.
Grand-Duché dd Rhin. — Ceeutznach. — Journal. — Il paraît, de-
puis quelque tems, un écrit périodique intitulé : Darstellungen eus
dem preussischen Rhein und Mosel Lande ( ou Tableaux choisis
dans les pajs prussiens du Rhin et de la Moselle'). M. Storck, de
Creutznacb, éditeur et traducteur d'Ausoae, est l'auteur de ce nou-
EUROPE. Al 7
veau recueil, qu'il ne pouvait miens ouvrir que par l'idylle de la Mo-
selle : c'est en effet la pièce de vers la plus ancienne de toutes celles
qui sont consacrées à ces belles contrées. Le premier volurne de
M. Storck contient des détails très-curioux sur le moyen âge; on y
trouve une'généalogie du vin du Rhin, qui ne déplaira pas aux gour-
mets. Il y a beaucoup de franchise et de hardiesse dans la manière
dont l'auteur émet ses opinions : il dit nettement qu'avant l'arrivée
des Français , la dîme , les corvées, les droits de chasse, etc. etc. ne
permettaient point à ce pays d'espérer une prospérité réelle ; tandis
que , pendant la réunion de sa patrie à la France , on vit s'établir l'é-
galité des droits; les biens de l'église , vendus comme biens natio-
naux, allèrent augmenter l'aisance delà classe moyenne de la société.
Les rigueurs de la conscription étaient quelquefois excessives , mais
M. Storck y trouve encore un bon côté : la cherté des remplacemens,
dit-il, faisait tout-à-coup passer un capital dans une famille pauvre,
et lui permettait d'acquéiir des terres. Enfin tout, jusqu'au système
continental lui-même, tout, selon lui, présentait des avantages. L'au-
teur rappelle aussi les belles routes construites par les Français ; puis
il paye un juste tribut d'éloges aux hommes vertueux qui ont admi-
nistré le département de Rhin -et -Moselle. Les noms de MM. de
Chaban , de Lameth et de Leza - Marnezia y sont toujours pro-
noncés avec la même vénération. L'on n'oubliera jamais, dit M. Storck,
ce qu'ils ont fait pour l'instruction publique et pour l'agriculture ; le
respect qu'ils inspiraient a survécu à leur pouvoir. Nous ajouterons
avec douleur que deux de ces excellens administrateurs, MM. de
Chaban et de Marnezia , sont déjà descendus dans la tombe.
,Gass^l. — Recueil périodique intitulé Die T'o/zeit {le tems passé).
Ce recueil , qui est à sa seconde année, se distingue par une gravité
que n'ont point les autres Taschenbiicher de l'Allemagne. M. Jusli ,
connu déjà par une vie de Sainte -Elisabeth et par d'excellentes
poésies , réunit dans le Korzeit divers matériaux historiques. Ce
sont des documens puisés aux bonnes sources , et classés de manière
à plaire aux gens du monde. Le numéro de 1821 contient : 1° une dis-
sertation sur Henri I , landgrave de liesse ; 2° des recherches sur la
sépulture du landgrave Guillaume III ; 5° un récit du pèlerinage fait
en Palestine parPhillppe, derniercomte de Katzenellenbogen; 4-° une
liste chronologique de tous les grands-maîtres de l'ordre Teutonique;
5° une dissertation sur les Templiers; 6" enfin, des mélanges.
Tome xi. 27
Ain EUROPE.
SitneA&T).— Lithographie. — MM. Boiserée et Bertrara fontlitho-
graphier par l'habile M. Strixner leur belle collection de tableauic de
l'ancienne école allemande. A en juger par ce qu'ils ont déjà fait
paraître , leurs cahiers ne laisseront rien à désirer. On peut les
acheter sans souscrire pour le tout , et même on peut se procurer sé-
parément chacun des dessins qui les composent. Le texte est rédigé
avec le soin qu'on devait attendre des rédacteurs. Les tableaux que
MM. Boiserée etBertram possèdent en originaux continuent toujours
à attirer un grand nombre de curieux. Parmi les étrangers de marque
qui les ont visités en i8îo, on cite M. Gau, architecte voyageur,
lord Elgin , le professeur Ileeren de Gcettingen , MM. Wolf et
Savigny de Berlin, Daub , Creutzer, Thibaut et Léonard de Heidel-
berg , enfin M. Thorvvaldsen , qui a donné l'idée de faire litho-
graphier la collection que nous annonçons. Le roi en a accepté la
dédicace.
Munster. — Nécrologie. — M. Charles-Louis Buch , ancien avoué
au tribunal de cette ville, est mort le 17 janvier dernier. Il était
auteur de plusieurs écrits politiques, parmi lesquels il y en avait un
sur cette question: Les jmj'sans des contrées où les lois françaises
ont détruit la seri^itude peuvenl-ils , dej uis le retour de l'ancien,
ordre de choses, compter auec quelque fondement sur la continuation
de leur liberté? M. Buch publiait ce mémoire en i8i4 ; et, comme
on peut le penser, son ouvrage produisit une vive sensation. M. Buch
était né à Burgsteinfurdt , le 29 décembre 1753.
— Prusse. — Veber. — Le 23 mars, la Prusse a perdu un compositeur
distingué, le chevalier Anselme Veber, maître de chapelle du roi,
né à Manbeim en 1766. Destiné par ses parens à l'état ecclésiastique,
Veber faisait à Heidelberg ses études en théologie, lorsqu'un pen-
chant irrésistible l'entraîna vers la musique. Il obtint bientôt des
succès marquans dans la nouvelle carrière qu'il avait choisie , et fut
le compagnon de voyage du célèbre abbé Vogel , avec lequel il
parcourut la Hollande, l'Allemagne, le Danemarck, la Norvège et
la Suède. En i8o3, Veber fit à Paris une excursion, à la suite de
laquelle le roi de Prusse le nomma son maître de chapelle. Il avait
été jusqu'alors directeur de l'orchestre du premier théâtre de Berlin.
Dans ses compositions, Veber eut le bonheur d'associer son nom aux
noms les plus illustres dé l'Allemagne, tels que ceux de Schiller et de
Goethe. Il fit pour ce dernier la mnsiqtie de TTennann et Thiis-
EUROPE. /^|()
telda. Lés opéras de Veber sont toujours représentés avec un o^iand
ucces.
— M. Achard, directeur de la classe des sciences physiques da
lotre académie, est mort à Cunern le 22 avril dernier, à rà"-e de
oixante-neuf ans. Ce savant , connu par d'utiles travaux , était
uembre de plusieurs sociétés et académies étranjires.Pu. GoLciiar.
SUISSE.
Genève. — Bibliothèque nationale. — Obsert/atoirc. — Muséum
"histoire naturelle — Buste de J.-J.-Rousseau.-Var une heureuse
mtatioa de ce qui se pratique en France , notre Biùlioihè-jue na-
ionale va être ouverte au public plusieurs fois dans la semaine
t pendant plusieurs heures de suite. On y trouvera toutes les Jaci-
tés désirables , soit pour lire , soit pour emprunter les eicellens
uvrages qu'elle renferme. Des fonds seront assignés aux direc-
surs pour la mettre insensiblement au niveau de l'état actuel
es sciences et des lettres. Ce monu.ment de la libéralité pat.io-
que de r.os ancêtres , négligé depuis une trentaine d'années ,
'était plus qu'un objet de stérile curiosité.— Notre observatoire
ient d'être reconstruit à neuf, et orné d'une rotonde à toit mobile ,
our faciliter les observations télescopiques.— L'administialion ne
églige rien pour favoriser l'étude des sciences naturelles. Nous
vons un muséum d'histoire naturelle et un jardin des plantes , di-
igépar le célèbre botaniste Decandolle, qui compte déjà parmi
Ds élèves des collaborateurs dignes de le remplacer— Le bulte de
ousseau doit être placé incessamment au Jardin des Plantes
armi ceux des naturalistes qui ont illustré Genève. Le projet de
li élever une statue en pied a été abandonné, pour le moment ,
amme trop dispendieux.
ITALIE.
PiSB. -Zoologie. - Ncurelle espèce de salamandre. - Le docteur
aoIoSavi, adjoint au professeur de botanique de l'université de
ise, a trouvé, dans divers endroits des Apennins de Toscane, et
>écialement à Mngdlo , une nouvelle espèce de salamandre
rreslre, très-remarquable par sa figure et par ses couleurs , et
ouée de caractères si particuliers qu'elle lui semble incon'nue
isq..'ici. Il l'appelle sa'cmandra pcrsjiriHala quinque judmi.
27*
A'iO EUROPE.
plantisque teiradactylis. Elle a une tache dans la partie siipérieuie
(le la tête, laquelle représente à peu près une paire de lunettes.
Mais ce qui la caractérise encore davantage , c'est d'avoir quatre
doigts à chaque pied ; ainsi , elle ne peut être confondue avec la sala-
mandre à trois doigts, dont a parlé M. Lacépède {Histoire natu-
relle des quadrupèdes ovipares et des serpens, Tom. VI , pag. 49^5
tab. 56). La description détaillée de cette nouvelle salamandre se
trouve dans la Bibliothèque italienne, K» LXV , pag. 22S.
JîoDÎcAE. — Optique. — Microscope. — M. Amici , professeur d(
mathématiques à l'université de IModène, vient d'inventer un appa-
reil optique, qui réunit à une grande force d'amplification une
disposition de ses parties telle, qu'on peut lui soumettre commo-
dément toutes sortes d'objets liquides ou solides , transparens 01
opaques, sans qu'il soit nécessaire de les trop diviser, et en leu
laissant même toute leur intégrité. Cet instrument, que l'auteu:
appelle jnicroscope caladioplrique , est formé d'un tube horizonta
comme un télescope ; la vision s'y fait dans le même sens et non d'
haut en bas, comme dans les microscopes dioptriques. A l'une de
extrémités de ce tube , celle qui est opposée au verre oculaire , si
trouve une combinaison de miroirs métalliques, sur lesquels la ré
flexion se fait, au moyen d'une petite ouverture pratiquée sous 1
tube et correspondant perpendiculairement au porte - objet qu'oi
élève ou qu'on abaisse au moyen d'une vis; un grand miroir éclai
rant est placé sous le porte-objet, comme dans tous les microscope
composés. Les divers degrés d'amplification s'obtiennent en chan
géant seulement les verres oculaires ; ce qui permet de faire passe
un objet très-promptement par tous les degrés de grossissement
en le conservant toujours dans le champ de vision. On peut, avei
ce microscope, observer les corps plongés dans un liquide, à ui
demi-pouce de profondeur ; ce qui est impraticable avec les autre
microscopes. L'auteur ajoute à cet appareil, déjà si supérieur aa:
autres, une sorte de chambre claire, au moyen de laquelle on des
sine et mesure les objets avec les dimensions qu'on leur voit dan
l'instrument, et qui peuvent devenir un million de fois aussi grande
qu'elles le sont naturellement, [l'ojyez, pour plus de détails, !■
Tom. XVIII des Actes de la société italienne des sciences de Mo-
dène , et le Tom. XVII de la Bjblothèque universelle de Genève.]
B. G.
EtROPi:. A21
. Ilriiv. —Académie rojale. — Manuscrit. — L'ahbii Pcyron a derniè-
rement annoncé à cette société savante qu'il existe, dans la bibliothè-
que de l'université royale de cette ville, un manuscrit palimpseste du
VII'' siècle contenant plusieurs fragmens du code théodosien. Il y a
déjà découvert plusieurs lois ou inconnues ou mutilées par Tribonien ,
dans le code de Justinien. On y distingue surtout deux décrets de
riiéodose, qui ordonnent la compilation du code, désignent les ju-
risconsultes auxquels ce travail devait être confié, et leur prescrivent
la méthode à suivre pour l'exécution de cette difficile entreprise.
Rome. — La bibliothèque 4u Vatican vient d'ajouter aux richesses
littéraires qu'elle possédait déjà, par l'acquisition d'environ une cen-
taine d'ouvrages tant manuscrits qu'imprimés, appartenant à la bi-
bliothèque Colonna : ce sont presque tous des ouvrages d'auteurs
^recs sacrés ou profanes.
Milan. — Publication prochaine, — Une traduction italienne
des voyages de Belzoni en Egypte doit paraître sous peu. Elle
contiendra quelques changemeos faits par l'auteur, et sera publiée en
deux volumes in -8", avec six cahiers de gravures. L'éditeur est
M. Bettoni.
Rome. — Beaux arts. — Le 5o mai, la commission générale consul-
tative des beaux-arts s'est assemblée pour statuer sur les mesures
propres à faciliter le déblaiement et les excavations du forum. Le
gouvernement pontifical a résolu de mettre beaucoup d'activité dans
ces travaux.
Gè>es. — Nécrologie- — Le comte Louis- Emmanuel Corfetlo , né à
Gènes, leiajuillet ijSG, est mort dans cette ville à l'âge de soixante-
quatre ans. Plusieurs journaux italiens et français ont parlé de ses
qualités privées et publiques ; ils ont remarqué surtout qu'après avoir
été d'abord un des premiers magistrats à Gènes, et ensuite conseiller
d'état et ministre des finances en France , sa patrie adoptive , il est
mort sans laisser de fortune. Nous nous bornerons ici à montjer en lui
l'ami des lettres et de ceux qui les cultivent; l'exercicede ses fonctions
politiques ne lui a pas permis de prouver les connaissances littéraires
dont son esprit était orné. Il brilla d'abord dans la carrière du bar-
reau ; malgré l'aridité des premières études du droit , son éloquence
prit de bonne heure un heureux développement; il raisonnait av-ec
une force , une facilité et une douceur persuasive qui entraînait les
adversaires les plus prévenus. Au milieu de ses importantes occupa-
A22 EUROPE.
lions, il n'avait >amaisoublié ces études plus paisibles pour lesquelles
il avait un penchant décidé. Il avait d'abord cultivé les muses : on a
de lui quelques poésies; quoiqu'elles aient été composées dans sa
première jeunesse , elles annoncent ce que le jeune auteur pouvait
devenir, s'il eût suivi sa vocation. Il conserva du moins ce goût exquis
et sévère qu'il avait puisé et formé à l'école des écrivains classiques.
Doué d'une mémoire toujours soumise aux besoins de son esprit, il
répandait dans ses conversations particulières benucoup d'instruction,
soit par ses jugemens , soit par les autorités dont il les appuyait. On
I.'a entendu souvent, au milieu des souffrances que lui causait sa pé-
nible maladie , réciter des chants entiers de la Jérusalem ou de la
Divine Comédie et de longues scènes d'Alfieri; il les analysait et en
faisait sentir les beautés avec beaucoup d'intérêt. Il semblait oublier
ses douleurs dans ces entretiens, et c'était le seul repos qu'il trouvât
au milieu de ses sérieuses occupations. Il rivalisait avec les Français
pour ces vertus hospitalières dont ils aiment à user envers les étran-
gers, et surtout envers les hommes distingués dans les sciences et
dans les arts. E. Q. Visconti fut toujours son intime ami; C. Botta
et d'autres savans italiens, qui s'honorent de vivre en France, recher-
chaient avec empressement ses entretiens ; son amitié leur a laissé de
touchans souvenirs, et ils lui ont voué de longs regrets.
— 'RoiiK.—Fdippo-Luigi Gilii est mort d'une attaque d'apoplexie
le i5 mai de cette année,- il était né à Corneto le 4 mars ijSô.
L'histoire naturelle, la botanique, et surtout l'astronomie ont été
ses études favorites. Il était chanoine de la basilique du Vatican et
directeur de l'observatoire fondé par Grégoire XIII. Il avait formé
un musée d'histoire naturelle , dans lequel il recueillit les richesses
que renfermait celui du père Tommaso Gabrini , et qu'il a donné
avant de mourir à la bibliothèque Lancisiana. On a trouvé de lui
divers manuscrits, parmi lesquels on distingue un traité sur \ts pa-
ratonnerres et la Vie du célèbre Zabaglia. Les ouvrages qu'il a
fait imprimer sont : i" Dissertazione suUe macchine igrometrichcy
Kome , 1775 ; 2» Agri romani historia naturalis , etc. , ibid., 1781 ;
3" Memoria sopra un fulmine caduto in Roma , etc. , 1782 ; 4» Fi-
siogenografia , o sia delineazione de' generi naturali divisi in sei
<:lassi, etc., 1785; 5» Osseri>azioni fitologiche sopra aie une pianle
tsotiche introdolte in Rorffa, 17S9 et 1792; 6» plusieurs mémoires
«ur divers objets de physique , particulièrement des observations
EUROPE. ,45g
nittléorologiqucs faites à Rome, avec des notes sur quelques instru-
mens employés à cet objet. ;« Il a fait réimprimer, en 1812, arec
des éclaircissemens , VArchiteliura de la basilicadi santo Pieiro in
Vadcano, expliquée en 02 planches par Martino Ferraboschi. F. S.
TURQUIE.
Statistique. — Population. -l\ tsi sans doute difficile d'arriver à
une exactitude parfaite sur la statistique et la population d'un pays
administré d'une manière aussi irrégulière. Nous présentons donc
le tableau suivant, non comme parfaitement exact, mais comme
approchant de la vérité.
Chrétiens, Grecs, etc. Turcs.
Thrace Cavec Constant! nople).. 589,000 343,000
Macédoine -1/! f,f^r> -//
7245000 244,000
Thessalie *;_„ „„_ 0
■'/ 9'Ooo 89,000
Albanie (Haute et Basse-) 6-91,000 565,ooo
^^^■■•'^ 000,000 35,000
^"'&^"« 620,000 ,70,000
^^^^^^''^ 060,000 18,000
^'^^^^^^'^^ 225,000 3o,ooo
^^'"^'*' 780,000 160,000
Bosnie et dépendances 420,000 i4o,ooo
T°*^l 5,288,000 1,592,000
Ainsi , la population grecque excède la population des anciens
conquérans turcs de 4,696,000 hommes.
ESPAGNE.
UxT,KM>.~Projet d'une école des arts et ??ie//e«.— Dans la séance
extraordinaire des cortès espagnoles du 26 juin , les commissions
réunies des arts, de l'industrie et du commerce ont fait un rapport
trèsdétaillé sur le plan présenté par D. L. Voidet , et qui a pour
objet VélabUssement d'une école nationale desarts et /«é^/er^dans la
péninsule et dans les provinces espagnoles d'outre-mer. Les com-
missions, après avoir fait un grand éloge de ce plan, qu'elles ont
considéré comme susceptible de donner aux arts et à l'indu;trie
nationale les plus prompts et les plus heureux développemens , ont
conclu à ce qu'il soit renvoyé au gouvernement pour en proléger
kU EUROrE.
l'exécution par tous les moyens qui sont en sou pouvoir, à tliarge de
réclamer l'autorité des cortès, dans tous les cas où il le jugera
nécessaire pour assurer l'existence et la prospérité de l'établisse-
ment dont il s'agit. Ces conclusions ont été adoptées sans discussion
et à la presque unanimité.
— Un cours de droit naturel a été ouvert , le 7 mars dernier, à
l'athénée de cette ville , en présence d'une société nombreuse et
choisie. Cette chaire importante a été confiée au zèle , aux talens et
au patriotisme de don José Joaquin de Mora , savant distingué par
ses vertus autant que par ses profondes connaissances. Le discours
d'ouverture , que nous avons sous les yeux , nous paraît à la fois
remarquable par la force des pensées et l'énergie de l'expression : le
style en est pur, correct et ne manque pas d'élégance ; quelques
passages même semblent écrits d'inspiration ; l'auteur redouble
d'ardeur et trouve une force nouvelle lorsqu'il trace le tableau de
l'arbitraire aux prises avec la faiblesse , et lorsqu'il peint les nations
courbées sous le joug du despotisme et de l'intolérance : dobladas
bajo elyugo del deapotbmo , dominador j)or unaferoz intolerancia.
On doit beaucoup attendre d'un professeur dont le vaste coup
d'œil a pu embrasser sans efiFort toutes les relations des hommes
entre euix , et dont la main sûre a pu fixer la ligne au-delà de
laquelle le pouvoir n'est plus que tyrannie et la liberté qu'une hor-
rible licence. Â. T.
PORTUGAL.
LisBOîiRE. — L'académie royale des sciences a tenu sa séance pu-
blique annuelle le 24 juin 1821, sous la présidence de don Joseph
Joachim de Cunba de Azeredo Coutinho, évêque de Fernanibouc
et d'Elvas, associé honoraire. La séance a été ouverte par la lec-
ture d'un rapport fait par le vice-secrétaire Francisco Villela Bar-
boza , sur les travaux de l'académie depuis la dernière séance
de 1820. Le secrétaire delà société de vaccine, Francisco Elias
Eodrigues da Silveira, a lu ensuite un rapport sur les travaux de,
cette société depuis la même époque. y
Les morceaux suivans ont été successivement entendus: 1° mé-
moire sur la botanique et sur la meilleure méthode pour l'étudier,,
par le marquis de Ponte de Lima; 2° exposition d'un traité de na-.-
vigation , par Math. Yalcnle do Couto; 5" mémoire historique sur
EUROPE. A25
la ville de Ceo, par Aiig. de Mendoça Falcaon; 4° sur une nou-
velle machine propre à fouler les raisins , par Ant. Lobo de Barbosa
Ferreira Teixeira Giraon ; 5" extrait d'un mémoire du Fr. Fortuné
de S. Bonaventure, sur les commencemens, les progrès et la déca-
dence de la littérature grecque en Portugal, par Manuel- Joseph
Pirez ; 6° description géognostique de la montagne d'Arassociaba
dans la province de Saint-Paul, avec l'histoire du premier établisse-
ment des fabriques de fer en cet endroit, faite par Fréd.-Louis-Guill.
Van Hagen , et lue par Joseph Villela de Barros.
Les ouvrages suivans ont été présentés cette année à l'académie :
Le tome VII des mémoires de l'académie royale des sciences de
Lisbonne; — Essai dermosographique ou description systématique et
succincte des maladies de la peau, par Bernardino Antonio Gomes; —
Essai sur quelques synonymes de la langue portugaise , par Fr.
Frêne de Saint- Louis, moine de Saint-Benoît; — mémoire pour
servir à l'histoire de la médecine portugaise , par Jos. IMarie Svarez ;
— éphéméiides nautiques pour l'année 1822 , par Antoine-Denis do
Contro Vaiente. — L'académie a publié , dans le cours de cette
année, la carte du Brésil de M. Beauchamp , corrigée et augmentée
par les correspondaus Marino Miguel Franzini et Francisco Villela
Barboza.
Légiàlatîon ■ — Extrait du Diario do gouerno , du 7 juillet 1821. —
Cartes. — Séance du 6. — M. le président annonce qu'il y a sur le
bureau une lettre de M. Bonnin , publiciste français , avec l'offre
d'un de ses ouvrages intitulé : Principes de la législation de tous
les peujAes {i). Le président donne lecture de la lettre, dans laquelle
M. Bonnin prodigue aux représentans de la nation portugaise les plus
grands éloges des résolutions judicieuses qu'ils ont prises. M. Alues
do Rio propose que l'ordre soit donné pour la traduction et l'im-
pression de l'ouvrage, et que la lettre soit consignée de suite sur le
Journal du gouvernement , avec déclaration de la satisfaction que sa
lecture a causée. Cette motion est approuvée : M. le président
nomme une commission composée de MM. de Fernandes Thomas ,
Caslello Branco et Borgez Carneiro, pour examiner l'ouvrage.
( i ) Doctrine sociale ou Principes universels des lois et rapports de
peuple à peuple , déduits de la nature de l^ homme et des droits
du genrs humain. 1 vol. in-S". Paris, chez Brissot-Thivars, rue Cha-
bannais, n" 2, et Klcfler, rue d'Enfer, n" 2. Prix, 2 fr. 5o cent.
A26 EUROPE.
FRANCE.
Abdècbb.^-Cohmdke de Jcvikas {canton d'Entraigues). — Aéro-
lithe remarquable, — Il est tombé dans cette commune , le i5 juin
dernier, une aérolithe du poids de 220 livres (no kilogrammes). Les
habitans de Juvinas, ainsi que tous ceux de cette partie du dépar-
tement , furent frappés d'une telle terreur par le bruit épouvantable
qui accompagna la chute de cette pierre météorique , que ce ne fut
que le 28 juin qu'ils osèrent tenter d'aller à la découverte de l'objet
qu'ils avaient aperçu tombant à quelque distance de leurs habi-
tations. A l'époque où nous écrivons , le préfet n'avait pas encore
pu satisfaire au vœu de l'académie des sciences, en lui envoyant un
fragment de cette aérolithe , parce que les habitans , espérant en
tirer un grand parti , l'ont cassée pour se la partager. On sait seu-
lement qu'un fragment, soumis à la balance hydrostatique , a pesé
2,80 et qu'il n'avait aucune action sur le barreau aimanté.
HiuTB-ViBUNE, — Limoges. — Fabriques de porcelaine, — Le dépar-
tement de la Haute-Vienne fournit depuis long-tems les matières
premières pour la fabrication de la porcelaine aux principales
manufactures du royaume, et même de l'Europe. La ville de Limoges
est le berceau de cette fabrication : sur dix fabriques, dont huit
dans cette ville, cinq sont exploitées par des ouvriers réunis en
société , qui font tout par eux-mêmes , et qui ont le bois et la main-
d'œuvre à beaucoup meilleur marché qu'à Paris. Les pâtes employées
dans les fabriques de Limoges sont d'une qualité supérieure à celles
mises dans le commerce , attendu que chaque fabricant fait lui-
même ses compositions. Les fabriques de Paris, qui ne poiu-raient
soutenir la concurrence avec celles de Limoges pour le blanc et le
blanc et or, l'emportent seulement par la beauté, l'élégance et le
fini des peintures. D'autres fabriques du même genre existent dans
la Haute-Vienne, à Magnac et à Saint-Yrieix ; dans les départemens
du Nord, à Lille; de la Nièvre, à Four; de l'Indre; du Cher, à
Foiscy, près Bourges. — ISI. Martin, ancien receveur de l'enregis-
trement à Limoges, qui suit, depuis trente ans, les travaux de ces
fabriques, comme naturaliste, chimiste et amateur des arts, quia
fourni une grande partie des matériaux de l'ouvrage sur les anti-
quités de la II aute- Vienne , demandé parle ministre de l'intérieur,
au nom de l'académie des inscriptions et belles-lettres , entre autres
EUROPE. A27
les dessins et la partie historique de plus de deux cents monument
romains, gaulois et du moyen âge, vient d'établir à Limoges, comme
amateur des arts et commissionnaire, un grand dépôt de produits
choisis des fabriques de porcelaine du département qu'il habite. Il
y joint plusieurs autres genres de fabrications analogues, dont le se-
cret lui appartient; des creusets, des capsules ou autres vases chi-
miques, sur lesquels le savant M. Vauquelin a fait un rapport
très-avantageux , et dont il vient d'être envoyé des échantillons à la
société d'encouragement , à Paris.
AvEyBON. — Rodez. — Sourds-muets, — M. Périer , directeur de
l'institution des sourds-muets de cette ville , vient d'adresser, â
MM. les présidens et membres des conseils généraux des départe»
mens du midi de la France, un projet pour l'établissement d'une
institution de sourds-muets dans la ville de Toulouse , telle qu'elle
existe à Bordeaux, Angers, Auray, Rouen, Caen, Arras, Lyon et
Marseille. M. Périer désigne Toulouse comme le point le plus cen-
tral et celui qui offre le plus de ressources. Il faut espérer qu'il trou-
vera , dans les propriétaires des départemens méridionaux, des
hommes dignes d'encourager une entreprise aussi utile à l'humanité.
Skiae-inféeiecre. — RoDKiV. — Encouragement aux beaux-arts. —
Le conseil municipal de cette ville vient de voter la somme de
1,000 francs en faveur de M. Joseph Court , de cette ville, qui a
Temporté le grand prix de peinture (to^. l'art. Paris).
SOCIÉTÉS SAVAKTES ET d'dTILITÉ PTÎBLIQTJE.
Strasbourg ( Bas-Rhin ). — La société des sciences et Qrlt s'est
réunie le 3o juillet en séance publique , sous la présidence de
M. Malouet , préfet du département du Bas-Rhin. Dans un dis-
cours écrit avec élégance , M. Malouet a parlé des titres que
Strasbourg s'est acquis dans la république des lettres. Cette tâche a
été dignement remplie par un administrateur fait pour apprécier
tous les genres de mérite ; et la manière dont il s'est exprimé sur la
gloire des Brunck , des Schôpflin , des Oberlin , des Koch et des
Schweighduser , a prouvé à ses auditeurs que , s'il n'était tout
entier aux soins de sa place , il laisserait peut-être un nom de plus à
ajouter à ceux qu'il a loués. ISI. Hugot a lu ensuite un rapport très-
intéressant sur les travaux de la société ; il l'a terminé en accordant
un souvenir à quelques membres que la mort a frappés dans le cou-
A28 EUROPE.
rant de l'année. Le nom de M. Lcvrault , recteur de l'académie , quî
s'est fait entendre parmi les derniers , a réveillé de nouveau la dou-
leur et la reconnaissance publiques. M. Matter, déjà connu par son
excelleate histoire de l'école d'Alexandrie (ouvrage couronné par
l'académie royale des inscriptions^ a entretenu l'assemblée de l'état
du christianisme sous Constantin et sous Julien. Ce traité se fait
remarquer par une érudition vaste et profonde ; mais ne pourrait on
pas demander une justice plus sévère pour Constantin ? Je sais
qu'Eusèbe de Césarée a osé dire que Dieu seul pourrait se faire le
panégyriste de ce prince, et Crévierl'a beaucoup blâmé de ce mot;
mais il nous semblerait susceptible d'interprétation, s'il appartenait
à tout autre qu'à Eusèbe. Il faudrait en effet la plénitude de la puis-
sance divine, pour faire supporter l'éloge d'un homme auquel on
peut reprocher autant de crimes et de cruautés. Quoi qu'il en soit ,
M. Matter combat l'opinion reçue , selon laquelle la politique aurait
opéré le changement de religion de cet empereur. 11 pense au con-
traire qu'en désertant le paganisme, il s'exposait aux plus grands
dangers, et que la justice seule de son règne a pu le sauver. Julien
n'a pas obtenu de M. Matter plus d'impartialité ; et , quoiqu'il ne
partage point le fanatisme de ceux qui accablent cet empereur des
plus grossières injures et des imputations les plus absurdes , il n'a vu
en lui que l'adversaire du christianisme, et il a trop oublié le philo-
sophe et le guerrier.
M. Matter descendait de la tribune, lorsque M. Schweighaeuser
fils y a prononcé les mots Grice et liberté. Il a fortement enchaîné
l'attention de l'assemblée ; sans doute il appartenait à un helléniste
de rappeler les services que les Grecs ont rendus à la civilisation.
M. Schweighscuser nous montre les sciences et les arts passant de
l'Egypte en Grèce et y recevant des développemens rapides ; il suit
les idées religieuses dans leurs progrès et dans leur influence sur la
poésie; puis il prouve que tout ce qui, dans les arts, est réellement
beau est dû aux Grecs, sans en excepter même la poésie légère. «Les
« fleurs que cueillit ylnacrèon ne se sont point fanées dans le cours
a des siècles; nos Chaulieu et nos Parny les ont trouvées toutes
« fraîches j pour en tresser aux grâces et aux amours des guirlandes
« nouvelles. — Le christianisme doit, selon M. Schweighxuser , tout
autant à l'universalité de la langue grecque , dans laquelle furent
écrits ses premiers traités , qu'à la puissance de l'empire romain..
EUROPE. U29
EnQiî, ({astndlcs 4bassides voulurent allier les sciences et les arts avec
la cr-qyance de Mahomet , ils en trouvèrent les mojens dans la tra-
duction des auteurs grecs; les vastes états soumis à la domination des
Arabes brillèrent quelque tems des restes de la civilisation d' Athènes.
M. Schweighœuser fils a terminé , en exprimant le désir fortement
prononcé de voir renaître les jours libérateurs de Maralhonet de
Salamine , etces jours fortunés oii Platon écoutait Socrate , oiiles
chants d'Homère et les chœurs de Sophocle retentissaient auprès de
la tribune de Périclès et des temples de Phidias. Qui pourrait s'op-
poser à ce noble élan ! qui pourrait faire des vœux pour ces barbares,
qui, insultant aux débris des plus beaux monumens de la civilisation,
profanent en même tems le tombeau du divin fondateur de la reli-
gion des cbrétiens 1— La séance a été terminée par une distribution
de prix. Les mémoires avaient pour objet une question d'hippjatrique.
Ph. GoLBÉay.
— Dans la séance du i4 août, la société a nommé membres cor-
rcspondans MINL Golbéry^ conseillera Colmar, l'un des collaborateurs
de la Revue Encyclopédique ; John, professeur de chimie à Berlin;
Haas , directeur des forges du Bas - Rhin. Et membres résidans :
M5L Hepp, professeur de la faculté de droit ; Richard, professeur de
la faculté de théologie ; Engelhardt, docteur es - sciences et licencié
en droit. Dans la même séance, la société a entendu, avec beaucoup
d'intérêt , un mémoire sur la civilisation des cultes , par madame
Saint - Julien. Ce mémoire a été lu par M. de Laizer , frère de
l'auteur.
Institut. — Académie des sciences. — Juillet 1821. — Séance
du 1. — M. Brongniart lit un mémoire intitulé : Sur les Terrains
calcaires Trapéens du pied méridional des Alpes lombardes. —
M. Dupetit-Thouars lit une première réponse à la lettre de M. Fé-
burier , présentée dans la séance précédente. — M. Garros pré-
sente un bureau à répertoire alphabétique, que M. Prony est prié
d'examiner. — M. Moreau de Jonnès lit un mémoire intitulé : Mono-
graphie du genre anolis 1 reptile de l'ordre des Sauriens (arpétalogie
caraïbe).
Du g. — M. le directeur des ponts et chausssées adresse des échan -
A30 EUROPE.
tillone du mastic résineux de M. Vicat , et un mémoire où il est dé-
crit (MM. Prony, Girard et Gay-Lussac, commissaires). — M. de
Férussac adresse un exemplaire de son Tableau général de la fa-
mille des imaçons ; M. Duméril en fera un rapport verbal. — M. Halle
rend un compte verbal de l'ouvrage de M. Charmeil, intitulé :
Observations sur les MétartaseSj suii'ies d'expériences sur la géné-
ration des os. — M. Cuvier rend un compte verbal de la Description
du plateau de Saint- Pierre de Maestricht,iparM. Bory Saint-Vincent.
— Du i6, — M. Halle rend un compte verbal de l'ouvrage anglais
de M. Fusely , intitulé : Leçons sur la peinture. — M. Dupetit-
Thouars lit un mémoire intitulé : Notice historique sur la moelle.
— Du a3. — M. Ch. Dupin fait un rapport verbal sur les annales de
l'industrie. — M. Moreau de Jonnès lit un mémoire intitulé : iîecAer-
ches sur les Antropolithes de la Guadeloupe. — M. Duméril fait un
rapport verbal sur l'ouvrage de M. de Férussac relatif à la distribu-
tion des mollusques. — La section d' anatomie et de zoologie présente
la liste suivante des candidats pour la place vacante dans son sein
par le décès de M. Richard : MM. Savigay, de Blainville et Serres
( €x œquo ) ; Desmarest , le baron de Férussac , Audoin , Moreau
de Jonnès et Strauss; ces trois derniers ex œquo. M. Geoffroy Saint-
Hilaire annonce que cette présentation a été faite seulement par
M. Latrei le et par lui, M. deLacépède étant absent , et MM. Pinel
et Duméril ayant refusé de voter. M Duméril , en son nom et en
celui de M. Pinel, déclare qu'ils ont cru ne pas devoir prendre part
à la présentation précédente , parce qu'ils ont voulu conserver le
droit de présenter une liste des personnes occupées d'anatomie hu-
loaine, en déclarant toutefois que le vœu de cette partie de la sec-
tion est aussi pour cette fois en faveur de M, Savigny. Voici la liste
des anatomistes: MM. Chaussier, Serres, Magendie et Edwards. Après
une assez longue discussion, l'académie renvoie l'élection à la
séance suivante,
— Du 5o. — L'académie va au scrutin pour la nomination d'ua
membre de la section d'anatomie et de zoologie. Le nombre des
votans est de 48. M. Savigny réunit 4i suffrages; M. de Blainville 4 ;
M Moreau de Jonnès 2 ; M. de Férussac i : en conséquence, M. Sa-
vigny est proclamé.
— Académie française. — Séance du 8 août.— '^l. Laya a lu une
traduction du discours latin, où Lebeau , traitant de la nécessité de
EIROPK. Aâl
cacher l'art dan» l'éloquence , dit pourquoi et comment on doit le
cacher. — M. Mollevaut, de l'académie des inscriptions et belles-
lettres, a la 1° le chant des bardes la veille de la défaite de Varus ;
2° la mort de Roland , chant guerrier. — M. le duc de Levis, les qua-
trième et cinquième actes de sa tragédie de Henri IV, composée
en i8i2.
— L'académie a tenu , le 25 , sa séance annuelle ; nous en rendrons
compte dans notre prochain cahier.
— L^ académie royale des inscriptions et belles-lettres a tenu sa
séance publique , le vendredi 27 juillet 1821 , sous la présidence de
M. Walckenaer. La gravité des matières n'avait pas effrayé le public,
et rien ne prouve mieux l'heureux changement opéré dans les mœurs
françaises, ou, si l'on veut, dans le caractère de la nation, que l'atten-
tion qu'elle accorde à tout ce qui honore les lettres ou peut assurer
leurs progrès : elle sent qu'elle sera d'autant plus heureuse , qu'elle
sera plus éclairée. Le jugement des mémoires envoyés aux deux con-
cours pour cette année, et la proclamation des prix, ont ouvert la
séance.
L'un des prix, remis l'année dernière au concours, et renvoyé
à celle-ci, avait pour objet, d'examiner quel était, à T époque de
l'ai'énement de Saint-Louis au trône , l'état du gouvernement ei
de la lég'slation en France , et de montrer quels étaient , à la fin
de son règne, les effets des institutions de ce prince. Le prix a été
partagé entre le mémoire n" 2 et le mémoire n" 3 : l'auteur du
premier est M. Arthur Beugnot , avocat à la cour royale de Paris ,
fils de M. Beugnot , ministre d'état ; l'auteur du second est
M. P. Mignet, avocat à Aix.
Le sujet du second prix que l'académie avait proposé pour la
première fois , était : Comparer les monumens qui nous restent de
V ancien empire de Perse et de la Chaldée , soit édifices , bas-reliefi,
statues', soit inscriptions , amulettes, monnaies, pierres gravées,
cylindres, etc., avec les doctrines elles allégories religieuses con-
tenues dans le Zend-Avesta , et avec les renseignemens que nous
ont conservés les écrivains hébreux , grecs, latins et orientaux, sur
les opinions et les usages des Perses et des Chaldéens , et les éclair-
cir, autant qu'il sera possible , les uns par les autres. Aucun des
mémoires envoyés au concours n'a paru à l'académie réunir toutes
les conditions nécessaires pour mériter le prix. Elle aurait désiré
A32 EIJROPE.
que les auteurs de ces mémoires eussent accordé un peu moins de
confiance aux écrivains modernes de l'Orient; qu'ils eussent fait
plus souvent usage du Zend-Avesta , et qu'ils se fussent attachés à
comparer, autant qu'il est possible, la doctrine renfermée dans ce
livre et les renseignemens que nous ont transmis les auteurs anciens
sur ce même objet, avec les religions professées à Babylone et dans
d'autres régions de l'empire persan. Elle aurait voulu qu'ils déter-
minassent si la loi de Zoroastrc fut ou ne fut pas une religion nou-
velle, à quelle époque elle s'établit, l'influence qu'elle exerça
sur les croyances répandues en Asie , et les révolutions qu'elle a
éprouvées. Enfin, elle aurait désiré qu'ils eussent essayé de sou-
mettre à la critique l'opinion assez accréditée des rapports religieux
de l'Egypte avec Babylone et la Perse. L'académie a pourtant jugé
digne d'une mention honorable le mémoire qui porte une épigraphe
tirée de Jérémie, xxiii, 29. Elle propose le même sujet pour l'année
1823.
L'académie renouvelle l'annonce qu'elle fit , l'année dernière ,
du sujet du prix qu'elle adjugera dans la séance publique du mois
de juillet 1822; ce sujet est : Rechercher , d'après les monumens
historiques , et principalement d'après ceux du nord de V Europe ,
quelles ont été les causes des nombreuses émigrations des peuples
connus sous le nom, général de Kohmakds, dans le moyen âge, et
tracer l'histoire abrégée de leurs incursions et de leurs établissemens
dans toute Vètendue de l'ancienne Gaule.
Elle propose pour sujet d'un autre prix, qu'elle adjugera dans sa
séance publique du mois de juillet 1823, ^examiner quel fut l'état
des Juifs en France , en Espagne et en Italie , depuis le commence-
ment du cinquième siècle de l'ère vulgaire jusqu'à la fin du sei-
zième, sous les divers rapports du droit civil , du commerce et delà
littérature.
Le prix, pour chaque sujet, sera une médaille d'or de la valeur
de 1 5oo francs.
Les ouvrages envoyés au concours devront être écrits en français
ou en latin, et ne seront reçus que jusqu'au i""' avril de chaque
année. Ce terme est de rigueur.
Un nouveau sujet de concours a été annoncé cette année pour la
première fois ; il est relatif aux antiquités nationales. Le gouverne-
ment a ordonné dans chaque département des rrohcrches qui se
EUKOrK. A.33
poHisuivent avec un zèle et une activité dignes des plus grand»
éloges. Le ministre de l'intérieur ayant jugé à propos d'accorder
trois médailles d'or, de cinq cents francs chacune, aux trois auteurs
qui, au jugement de l'académie, auront envoyé les meilleurs mé-
moires sur les antiquités de la France , l'académie a décerné les
trois médailles à MM. Schweighseuser fils, professeur à l'académie de
Strasbourg; Delpon, membre du conseil général du Lot, et pro-
cureur du Roi à Figeac ; et Alexandre du Mège , membre de
diverses académies et de la commission des antiquités des départe-
mens de la Haute-Garonne, de l'Aude, de Tarn-et-Garonne, etc.
Parmi les nombreux mémoires qui lui sont parvenus , l'académie
a encore distingué très-particulièrement ceux de MM. Girault, pré-
sident de la commission des antiquités de la Cùte-d'Or ; le baroa
Chaudruc de Crazanes, maître des requêtes ^ inspecteur-conserva-
teur des antiquités de la Charente-Inférieure; de Gerville, membre
de la commission des antiquités de la Manche , et de quelques
autres savans ; et elle a regretté de n'avoir pas un plus grand nombre
de médailles à décerner : mais le mérite de ces divers mémoires a
été exposé dans le rapport général que l'académie a adressé au
ministre de l'intérieur, sur l'état actuel des recherches relatives aux
antiquités de la France. Nous ferons connaître ce rapport, dont nous
sommes informés que S. Ex. a ordonné l'impression, pour être
envoyé à MM. les préfets, aux savans et aux commissions qui, par
leurs recherches , concourent à l'exécution de cet utile et important
projet,
La séance a été remplie par la lecture des morceaux suivans :
Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Millin , par
M. Dacier, secrétaire perpétuel. — Mémoire sur l'origine et l'histoire
des Arsacides , par M. Saint-Martin. — Extrait d'un mémoire sur
l'état des personnes pendant la première race de nos rois ; — de
l'état des serfs , par M. Naudet. — Extrait d'un mémoire sur les
plus anciens caractères qui ont servi de base à l'écriture chinoise ,
par M. Abel Rémusat. L'heure avancée a privé le public d'un mé -
moire sur l'art du monnoyage chez les anciens et les modernes,
par M. Mongez.
L'extrait du mémoire de M. Naudet a dû calmer quelques-uns de
ces regrets irréfléchis qu'excitent encore les prétendus beaux jours
du moyen âge, et ce qu'a dit le savant académicien sur l'état dts
Tome xi. 28
4SA EUROPE.
personnes durant la première race de nos rois a dû confondre cts
imperturbables laudalores temporis acti qui sembleraient ne regret-
ter le tems du servage que parce que la liberté est aujourd'hui
légalement répartie entre tous : il est vrai qu« quelques-uns y
perdent du pouvoir, mais tout le monde y gagne du bonheur : il y
a là au moins compensation.
Le précis du mémoire de M. Abel Bémusat sur les plus anciens
caractères chinois est quelque chose de plus qu'une dissertation
sur le nombre et la forme des traits qui les composent : c'est comme
premier moyen de peindre la pensée que M. Rémusat les examine,
et ce premier pas d'un peuple dans la grande voie de la civilisation
excite un plus noble sentiment que celui d'une simple curiosité ,
car on sait aujourd'hui qu'il faut étudier l'histoire ancienne par les
langues, les croyances et les institutions des peuples anciens; et l'in-
vention d'une écriture en est l'époque et le fait le plus important.
Honneur à ceux qui préparent ces notions nouvelles encore dans
la critique historique, qui, bientôt enCn, préférera les monuniens
aux systèmes , et la vérité à tout autre intérêt !
Dans la même séance, un de nos plus habiles et des plus labo-
rieux archéologues, M, Millin , devait recevoir cet hommage public
qu'un pieux usage décerne à la mémoire des morts : M. Dacier a
acquitté cette dette académique avec ce talent supérieur que l'âge
n'a point affaibli , et que semble fortifier encore cette douce philo-
sophie d'un octogénaire, qui a son parti pris sur bien des choses de
ce monde , qui en juge avec toute l'autorité de l'âge et toute la
liberté d'un esprit fin et pénétrant, qu'ont mûri l'habitude de la
réflexion et l'étude des hommes. Rien ne dispose mieux à la bien-
veillance ; ici , elle était une justice , et M. Dacier a mis beaucoup
des deux dans sa notice sur M. Millin : il a rappelé «es nombreux
ouvrages, et surtout ses voyages, de manière à conciliera la mé-
moire du mort l'estime et les suffrages du public , comme il a depuis
long-tems celle des savans et des artistes de l'Europe. En indiquant
son voyage dans le midi de la France , M. Dacier a réuni dans
quelques lignes un tableau exact de notre patrie ; le voici : « II
commença ses courses savantes par la France, à laquelle il crut de-
voir consacrer ses premières recherches et offrir les prémices de
leurs résultats. Il ne borna point ses investigations aux objets qui
«ont du domaine de l'archéologie ; il observa tout à la fois les
EUROPE. A35
hommes et les raonumens, l'agriculture, l'industrie et leurs innom-
brables productions ; il trouva partout des richesses et des espé-
rances, les arts en honneur, les sciences cultivées et leurs plus utile»
applications favorisant la salubrité publique et améliorant les usages
de la vie privée, les lettres éclairant le goût et le jugement; enfin ,
dans quelques cantons , des mœurs singulières produites par la
stérilité du sol, et montrant à la fjis une cause et un efTet de la
marche inégale de la civilisation.»
Un autre passage de ce discours a surtout intéressé l'assemblée et
excité ses vifs applaudissemens ; c'est celui où l'Italie et la France ,
visitées l'une et l'antre par M. Millin , sont ensuite comparées dans
ce qui les caractérise particulièrement. Pour ne pas affaiblir ce mor-
ceau, nous le donnerons tout entier, oïl méditait encore, entre
autres travaux , un grand chapitre qu'il devait placer à la fin de sa
relation de l'Italie , dans lequel il se proposait de comparer cette
contrée et la France, qu'il avait successivement étudiées et trouvées
très-différentes, quoique très-voisineset parvenues l'une et l'autre
à un haut degré de civilisation. Il avait été étonné plus d'une fois
en considérant combien de règles générales en Italie ne sont ea
France que de rares exceptions , en voj'ant , dans l'une , presque tous
les dons de l'esprit abandonnés aux caprices de l'imagination ; dans
l'autre , l'imagination dirigée par la science et par la réflexion ; la
première toujours passionnée et ne rêvant que le beau, la seconde
le recherchant avec ardeur, le saisissant avec transport , mais mé-
ditant et perfectionnant l'utile; la France imposant les produits
d'une industrie riche et savante au monde civilisé, l'Italie l'instrui-
sant aussi , le polissant encore par les beaux-arts , et lui fournissant
à la fois les maîtres et les modèles. Frappé de ces dissemblances
sociales, M. Millin croyait en avoir trouvé la cause dans celles des
lieux et des mœurs, et surtout dans cette perpétuelle alliance, par-
ticulière à l'Italie , du sublime de la religion avec le sublime des
beaux-arts; car l'Italie, savante et chrétienne à la fois, a su, peut-
être seule , habilement allier, par une sorte de fusion , le culte de
Dieu au culte des arts et des muses, la religion de l'état aux hon-
neurs et à la gloire de la patrie ; puisant dans l'une et dans l'autre
ses plus heureuses inspirations; honorant toutes les vertus civiles et
religieuses, ses saints martys et ses citoyens illustres ; plaçant la sta-
tue de Pline le jeune dans le temple d'un Dieu que Pline ignora ;
2S*
A36 EUROPE.
prêchant sans cesse par la niultiplicilé des monumens funéraires,
la plus persuasive des morales , la morale des tombeaux ; conservant,
par respect pour l'autorité des tems,res riîes et les pratiques de la
primitive église, parce que , à la différence des contrées moins mé-
ridionales, la religion est restée pour l'Italie une grande affaire de
ce monde fpeut-être autant que de l'autre) ; animant toutes ses pen-
sées rt tous ses souvenirs, créant pour tous les arts une poétique
nouvelle , un merveilleux fortifié par les merveilles même qu'elle
nous révèle, et leur offrant aussi, avec une inépuisable fécondité, les
tvpcs de leurs plus belles créations ; comme autrefois le génie re-
ligieux et poétique d'Homère prêta au ciseau de Phidias les seules
formes dignes du maître de l'Olympe. » C. F.
Académie rojale des heaux-arls. — Dans sa séance du i4 juillet,
l'académie a prononcé sur le concours de pajysage historique , dont
voici le sujet : «Proserpine étant occupée avec ses compagnes à cueillir
des fleurs autour d'un lac voisin d'Enna en Sicile, Plutoa la voit, en
devient amoureux et l'enlève. La scène se passe en Sicile , on aperçoit
dans le fond la ville d'Enna et le sommet du mont Etna.» Le premier
prixa ététlécernéàM. C/iar/e5 Rémoxd, de Paris, âgé de vingt-six ans,
élève de MM. Regnault et Bertin ; le second prix, à M. Louis -Fré-
déric ViLLEKEuvE , âgé dc vingt-cinq ans , aussi élève de M. Regnault;
lé 2* second prix, à M. Amédée Bocrgeois, de Paris, âgé de vingt-
trois ans, élève de Ttl. Regnault. Une mention honorable a été ac-
cordée à j\L Alphonse Perris, âgé de vingt -trois ans, élève de
de MM. Guérin et Bertin.
— Séance du 7.1 juillet. — Grands prix de peinture. — Voici le pro-
gramme donné aux concurrens par l'académie : oDalila, ayant su que
la force de Samson était dans ses cheveux, l'endormit sur ses genoux,
et lui fit , pendant son sommeil , couper les sept touffes dont se com-
posait sa chevelure ; ensuite , le repoussant , elle lui cria : Samson ,
voici les Philistins I Les Philistins se précipitent aussitôt sur lui et
s'en emparent.» L'académie a décerné le premier prix à M. Joseph-
I>èsiré Court, de Rouen , âgé de vingt-quatre ans, élève de M. Gros;
le second prix, à M. Jean-Étienne-Francklin Dubois, de Paris, âgé-
de vingt-sept ans, élève de j\L Regnault.
Dans son procès-verbal, l'académie a consigné le regret dc ne pou-
voir décerner un autre premier prix à M. Pierre- Raymond-J acques
MosvoisiiN , de Bordeaux, âgé de vingt-sept ans, élève de M. Guérin.
EUROPE. A37
Son tableau avait tté désigné, par la section de peinture, comme
méritant le premiçr prix , et , au scrutin général , il ne lui a manqué
que peu de suffrages pour l'obtenir. Sur la demande de l'académie ,
le ministre de l'intérieur a accordé à ce jeune artiste une p.a-e à l'é-
cole de lîome.
Economie. — Cui'es en plonih pour consert-'er les grains et les fa-
rines.—lious -avons lait connaître (T. VII, pag. 402) le moyen que
M. le comte Dejean , pair de France , a proposé et mis à exécution
en iSig, pour la conservation illimitée des grains et des farines,
dans les bàtimens de la manutention des vivres de la guerre, rue du
Cherche-Midi. M. Dejean , ayant joint à son opinion , sur le projet de
loi relatif à l'exportation et à l'importation des grains, les résultats
obtenus au bout d'un an d'expérience , nous nous empressons de les
communiquer à no? lecteurs.
C'est le i5 novembre 1S19 que les récipicns cylindriques en
piomb, construits d'après les ordres de M. Dejean, ont été remplis
de grains ou de farines. Le 20 novembre 1S20, on a procédé à l'ou-
verture d'un des trois petits récipiens qui accompagnent chacun
des grands, ainsi que des six récipiens placés dans la cave. Le réci-
pient du rez-de-chaussée , contenant un hectolitre de froment ,
'deuxième qualité de 1819, offrit à son ouverture le métal doué du
brillant métallique , aussi parfait que s'il venait d'être coulé , et qu'il
eût , comme on sait , promptement perdu , s'il eût été exposé à l'air.
Le grain avait l'aspect de la plus parfaite conservation. Il avait
seulement à sa surface, comme à son intérieur, une légère odeur
laiteuse, attribuée, parles experts, à la mauvaise qualité des blés
de 1819, et à ce que celui-ci avait été renfermé avant d'être com-
plètement ressuyé ; au reste, cette odeur disparut après que legraîn
eut été aéré pendant quelques heures. Le récipient du premier étage
présenta dans son intérieur le métal aussi brillant que le précédent;
et , comme il en fut de même pour tous les autres, on n'en parlera
plus. Le froment qu'il contenait, et qui était de bonne qualité
de iSiS, n'avait aucune odeur et n'avait subi aucune espèce d'alté-
ration. Celui de la cave, qui contenait du froment de première
qualité de 1S19, présenta les mêmes résultats observés à l'ouverture
du premier récipient.
Après avoir ainsi constaté (par analogie du moins ) l'état intérieur
des trois grands récipiens , on procéda à l'examen des fai-ines et des-
A38 EUROPE.
blés charançonnés. Ceux-ci étaient renfermés dans trois récipiens sé-
parés et provenaient des magasins de l'approvisionnement de réserve
de la ville de Paris. Ils ont été trouvés exactement dans le même état
apparent où ils étaient au moment de la clôture; une grande partie
des charançons n'existait plus , et tout porte à croire que ceux qui
ont survécu n'ont pas bougé de la place où ils se sont trouvés lors-
qu'ils ont été mis dans les récipiens ; de manière qu'ils ont été , pour
ainsi dire , suspendus de toutes leurs fonctions pendant tout le tems
qu'a duré leur incarcération. On sait qu'il en est tout autrement
dans des circonstances différentes, et que ces insectes se portent
toujours en masse vers l'endroit où ils peuvent espérer de se mettre
plus ou moins en communication avec l'air atmosphérique. L'un
des ouvriers occupés à vérifier la mesure et le poids des grains re-
marqua , au fond d'un des récipiens contenantles blés charançonnés,
une boule de grains agglomérés , de la grosseur d'une pomme
environ , et qui avaient tous les caractères de la moisissure. Aussitôt
on examina attentivement l'enveloppe métallique, et l'on aperçut
près du fond une petite ouverture à peu près du diamètre d'une
grosse épingle ; c'était par là que l'humidité avait eu accès pour
gâter une petite portion de grains, qui avait ensuite, en quelque sorte,
cicatrisé la plaie de manière à empêcher le mal de gagner plus
loin. Un pareil incident, que le hasard seul fit naître, ne pouvait
venir plus à propos pour confirmer la théorie.
Plusieurs faits coostans viennent en outre à l'apj ui de cette théo-
rie, et la confirmeraient s'il en était besoin. A Metz, des tas de
bléSj enfermés à l'époque d'un siège, en i5y8, dans un souterrain ,
se sont conservés intacts pendant un très-grand nombre d'années ,
au moyen d'une fermeture hermétique accidentelle, produite par la
moisissure des grains à la surface extérieure. En Suisse, durant les
campagnes de Massi na , on a trouvé dans plusieurs villes des maga-
sins de blé, conservés par une semblable méthode, dont la partie
intérieure parfaitement saine a servi à faire de très-bon pain pour
notre armée.
Les récipiens qui contenaient les farines furent enfin ceux qu'on
ouvrit en dernier lieu ; ils présentèrent les résultats les plus satisfai-
sans. L'un d'eux contenait de la farine de seconde qualité , uu
autre de la farine de gruau ; et l'expertise la plus minutieuse ne put
découvrir pour l'une et pour l'autre le moindre indice d'altéra-
ElJROrE. AJ9
*ion. Un lioisième renfermait de la farine brûle provenant de blé
de 1819 ; elle avait une odeur analogue à celle des grains de cette
année , ne présentait aucune marque d'altération , et s'était sim-
plement agglomérée à l'épaisseur de trois ou quatre doigts au fond
du récipient, sans avoir pris pour cela le moindre échauffement. Les
experts attribuèrent cet effet à ce qu'elle avait été enfermée aussi-
tôt sa sortie du moulin, et déclarèrent qu'elle se fût infailliblement
gâtée , avec «ette cause d'altération , si on l'eût placée dans toute
autre situation que celle de la clôture hermétique, qui l'avait protégée
contre elle-même.
On vt)it par ces résultats combien le procédé de M. le comte
Dejean présente d'avantages. En effet, s'il est besoin d'en indiquer
ici plusieurs , quelle utilité de pouvoir faire servir à la conservation
bien efficace d'une grande quantité de grains et de farines la plus
mauvaise portion des casemates d'une ville de guerre , menacée
d'un siège ; de pouvoir renfermer , pour un tems indéfini , dans un
local très-restreint et sans avoir à s'en occuper à aucune époque , les
approvisionnemens de réserve des grandes villes, et surtout delà
ville de Paris; de rendre inaltérables les farines employées dans le
service de la marine , soit pour la subsistance des équipages , soit
pour l'exportation aux colonies les plus éloignées , etc. , etc. 1
Conseil rov al da r instruction publique. — Le 16 août dernier, la
distribution des prix aux élèves des collèges royaux de Paris et de
Versailles a été faite, dans la salle des séances publiques de l'Insti-
tut, par le Conseil royal de l'instruction publique. Le président du
conseil des ministres, le ministre de l'intérieur, le corps ensei-
gnant, ainsi qu'un grand nombre de personnages distingues, assis-
' laient à cette séance. M. Gaillard , professeur de réthorique au col-
4égc de Henri IV, a prononcé le discours latin d'usage. M. l'abbé
Nicolle, membre du Conseil royal et Recteur de l'académie de Paris,
a pris ensuite la parole, et a rendu justice à la conduite, au tra-
vail et aux sentimens des élèves. M. Cuvier, conseiller d'état,
membre du Conseil royal , qu'il [iréside par intérim , lui a répondu ,
au nom du Conseil royal, par un discours qui se termine ainsi :
« Jeunes et chers amis, cette chaleur avec laquelle vous aspirez à
ces palmes, douces et justes récompenses de vos premiers travaux ,
promettez-nous de la mettre aussi à mériter ces palmes bien autre-
ment nobles, que la patrie réserve à sescufans fidèles.
» Et même, sachez-le bien, l'éclat de ce jour, cette assemblée
AAO EUROPE.
imposante, cette pompe, ces couronnes, ne sont autre chose qu'une
consécration plus solennelle de vos talens à votre pays et à votre
Roi. »
Le prix d'honneur, ou premier prix de discours latin , a été dé-
cerné à M. Gustave-Gabriel de Wailly , de Paris , âgé de dix-sept
ans, élève du collège de Henri IV , et fils de l'ancien proviseur de
ce collège ; le premier prix de discours français , à M. Gabriel
Chahlieh, de l'ile de France, âgé de dix-sept ans, élève du col-
lège de Saint-Louis; le premier prix d'histoire (en réthorique), à
M. Edouard- Joseph Boita ed, de Paris, âgé de dix-sept ans, élève
du collège de Louis-le-Grand; les deux premiers prix de philosophie
( dissertations françaises et latines ) , à M. Pierre-Auguste Lemaihe ,
de Trancourt, âgé de dix-neuf ans, élève du collège de Saint-Louis ;
le premier prix de phjsique, à M. François-Marie-Esther Bihot, de
Guinganys, âgé dedix-neaf ans, élève du collège de Louis-le-Grand ;
enfin, le premier prix de mathématiques spéciales, à M. Philibert
FiKÉOH, de CharoUes, âgé de dix -neuf ans, élève du collège de Louis-le-
Grand, Le jeune IsaïeBerr, fils d'un de nos collaborateurs, M. Michel
Berr, a obtenu le deuxième prix d'histoire, et, au collège de Charle-
magne , le premier prix de cette même composition, et le deuxième
prix de version latine. Il est élève de l'institution Bourdon.
£cole spéciale de commerce , rue Saint-Antoine , n" i>^'h.{ Voyez
Tom. VI, pag. 402 ; et Tom. VIII , pag. 450. )-Une réunion, dont
l'objet était l'inauguration des bustes du Roi, de Sully et deColbert,
a en lieu , le 27 juin dernier, dans cet utile établissement. M. Ter-
naux , qui présidait , a ouvert la séance par un discours , où il a fait
une histoire rapide de l'influence du commerce sur la prospérité
des nations , et particulièrement sur celle de la France ; il a montré
ce que l'industrie française doit au ministre d'Henri IV, à celui de
Louis XIV; au vertueux Turgot (1), « dont la réputation s'agrandit
à mesure que les lumières ie répandent:, et enfin, à l'Assemblée
constituante. M. Ternaux a fait sentir ensuite aux élèves l'avantage
qu'ils ont de vivre dans un tems où le commerce jouit de cette li-
berté , sans laquelle il ne peuî prospérer ; il leur a montré qu'avant
la fondation de l'École de commerce , les connaissances nécessaires à
un négociant, à un manufacturier, s'acquéraient avec autant de
(1) Suliyct Turgot ont demeuré tous deux dans l'hôtel où l'école est
établie.
EUROPE. kUl
lenteur que de diflSculté ; enfin , il a terminé par l'énumération des
principes d'après lesquels le vrai négociant doit se conduire , prin-
cipes qui ont d'autant plus de force dans la bouche de M. Ternaux,
que sa vie en offre une constante application.
M. Francklin , professeur de législation commerciale , a prononcé
ensuite un discours dont nous regrettons de ne pouvoir donner une
analyse.
M. Brodart , directeur de l'école , prenant ensuite la parole , fait
voir combien , avant la restauration, la tendance des esprits était
peu favorable à une institution du genre de celle qu'il dirige , et
qui n'a pu se fonder qu'à la paix; il admire, avec raison, la rapi-
dité avec laquelle un grand nombre de militaires, abandonnant •
leurs illusions de gloire , ont su se créer un nouvel avenir. Il trace
ensuite l'histoire de l'Ecole de commerce , à la direction de laquelle
il n'a pris part qu'en 1S19 , et démontre toute l'utilité de ce bel
établissement. Plus loin , il fait connaître les services qui ont été
rendus à l'école par M. LafBttc, dont le nom se rattache à tous les
projets d'utilité publique ; enfin , il sollicite la bienveillance de tous
les négocians français, et les prie de choisir, parmi ses jeunes
élèves, ou plutôt ses jeunes amis, les commis, les collaborateurs
dont ils auront besoin.
M. le préfet de la Seine , auquel M. Brodart a envoyé le programme
de cette cérémonie, lui a écrit une lettre très flatteuse, où il le fé-
licite sur les succès de son école, et sur la bonne direction qu'il a
su donner aux études , ainsi qu'aux sentimens de ses élèves.
— Le 1"=' août dernier, M. A. T. Desquiron de Saint-Aignan, avo-
cat à la cour royale de Paris , a ouvert , dans la même école , un cours
de droit naturel et de droit public. Dans le discours qu'il a pro-
noncé à cette occasion , il a tracé le plan qu'il se propose de suivre ,
et a ensuite adressé de sages conseils à ses jeunes élèves. Plusieurs
parties de ce discours sont écrites avec talent ; d'autres nous ont
paru obscures ou prétentieuses ; en général , nous aurions désiré
plus de simplicité et un emploi moins fréquent d'expressions ambi-
tieuses dans un écrit destiné à la jeunesse.
Voyage scientifique. — M. Witte fils est de retour d'un voyage dan s
l'intérieur de la France et de l'Angleterre. Les recherches qu'il a
faites dans les bibliothèques de ce dernier pays ne sont pas restées
sans succès. Dans un manuscrit de la bibliolhèqtie Bodléienne
U2 . EUROPE.
d'Oxford , il a trouvé les constitutions du dernier livre du Code
Théodosien, qu'on ne connaissait jusqu'à présent que par les collec-
tions des synodes. Le Musée britannique à Londres lui a présenté
trois coDStitutions faisant suite aux Nouuelles de Justinien et non
comprises dans la rédaction dite la vulgate, ainsi que des vieux
manuscrits du Digeste et du Code de ce même empereur.
PcBLicATiO-NS 50CTELLES. — Anatomie de l'Hcmme , ou DeacripUon
et figures lithographiées de toutes les parties du corps humain j par
MM. Béclakd et Jules Gloqcbt , publiée par M. de Lasteyrie , éditeur.
— On jpossède déjà plusieurs ouvrages d'anatomie enrichis de plan-
ches exécutées avec plus ou moins de perfection ; de ces ouvrages, les
uns sont des traités spéciaux sur telle ou telle branche de la science .
et lie sauraient convenir au but que se proposent les éditeurs de ce-
lui-ci; les autres sont des traités complets, mais ils laissent beaucoup
de choses à désirer sous le rapport de l'exécution des figures , et de
plus ils sont rares et fort chers. MM. A. Béclard et J. Cloquet, qui
professent l'anatomie , dont ils ont fait l'objet d'études spéciales , se
sont réunis pour travailler de concert au grand ouvrage que nous
annonçons. Ces ana:omistes donneront pour le texte, non point une
explication sèche et aride de figures , mais une description exacte et
concise des organes qu'elles représenteront. MM. A. Béclard et J. Clo-
quet traiteront successivement, i» de l'ostéologie ou des os et des li-
gamens; 2" de la myologie ou des muscles et de leurs annexes ; 5» des
organes des sens ; 4° de la névrologie ou des nerfs; 5" de l'angiologie
ou des vaisseaux ; 6° de la splanchnologie ou des viscères ; y" de Tem-
briologie ou du fœtus et de ses dépendances.
Avant d'entreprendre en lithographie l'exécution d'un ouvrage
dont les planches doivent renfermer des préparations anatomiques
qui demandent à être rendues avec autant de vérité que de délica-
tesse, l'éditeur s'est assuré, avec MM. Haincelin aîné et Feilictc,
que les gravures auront tout le degré de perfection qu'on peut désirer.
Ces deux artistes se soct adonnés spécialement à l'étude de l'anatomie;
aussi leurs dessins sont-ils remarquables par la vérité, par la préci-
sion , la forme et la netteté. Ils seront tracés, les uns d'après les
meilleures planches originales que nous possédons déjà; les autres
seront exécutés sous la direction de MM. Béclard et Cloquet, et
toujours d'après nature. Quelques planches seront à demi-coloriée»,
EUROPE. US
afin de faciliter l'intelligence de certaines parties , telles que les
artères . les veines , les nerfs.
L'ouvrage sera composé de 240 planches et de 120 feuilles de
texte au plus, grand in-fol. , papier jésus vélin , pour les gravures.
Il paraîtra régulièrement chaque mois par livraison de six planches
et trois feuilles de texte, à dater du i^"' septembre 1821. L'éditeur,
voulant faciliter aux élèves en médecine l'acquisition de cet ouvrage,
n'a porté la livraison qu'à 9 fr. On fournira, à raison de i5 fr. , des
exemplaires dont les gravures et le texte seront tirés sur très-beau
papier vélin , d'après les demandes qui en seront faites. Comme la
lithographie ne permet pas de conserver des planches, et que le ti-
rage doit être subordonné au nombre des souscripteurs, on invite
les personnes qui voudraient se procurer cet ouvrage de se faire ins-
crire avant le i*^' décembre 1821. Passé cette époque , le prix en sera
considérablement augmenté. On souscrit à Paris, rue du Bac, n" 58,
à la lithographie de M. de Lasteyrie , et , dans les départemens ,
chez les principaux libraires.
— (Eui^res choisies de Camillb Johdar, contenant ses discours au
Conseil des cinq-cents et à la Chambre des députés; ses écrits poli-
tiques, littéraires et philosophiques ; ses traductions, pensées , poé-
sies , etc. ; enfin , sa correspondance avec plusieurs personnages
célèbres (ces divers écrits pour la plupart inédits ^ ; précédées d'une
notice biographique sur sa vie , et ornées de son portrait par ]Mullcr,
de la gravure du monument qui lui est élevé par les membres dos
deux Chambres , et d'un fac simile de son écriture ; publiées par
M. DK Gébakdo, de l'Institut. 4 "^ol. in-S* d'environ 5oo pag. chacun.
On souscrit à Paris , chez Alexis Eymery, libraire, rue Mazarine ,
n° 3o. Prix, 7 fr. le volume.
— DescrijAion historique des maisons de la ville de Rouen les
plus remarquables jar leur décoration extérieure et par leur en-
ceirle; précédée d'une introduction où l'on traitera d'une manière
succincte des variations de l'architecture dans le moyen âge , consi-
dérées particulièrement dans les édifices de la ville de Rouen. L'ou-
vrage sera orné de vingt-sn sujets inédits , dessinés et gravés par
E. H. Lahglois , du Pont-de-Larche. Un vol. in 8° imprimé sur beau
papier, par Firmin Didot, rue Jacob.
Beaux - abts. — Panorarna d'Athènes. — Il est difficile de ne pas
hkb. ELROPE.
éprouver une vive émotion à la vue du panorama d'Athènes. Les souve-
nirs les plus glorieux , mêlés aux regrets qu'inspire une grande infor-
tune, retnuent l'ame d'une manière puissante, La Grèce est, pour tous
les esprits éclairés, pour tous les cœurs généreux, une seconde patrie ;
et la ville de Minerve tient, sans contredit, le premier rang entre
les cités de ce pays célèbre. Athènes n'existe plus, la Grèce entière
même n'est qu'un vaste champ funéraire où les nations modernes
vont, depuis des siècles, exhumer des débris qui attestent le haut
degré de culture de l'esprit de ses anciens habitans. Mais écartons
ces souvenirs ; et , nous attachant à la triste réalité , tâchons de
rendre compte du tableau que le peintre a mis sous nos yeux,
Athènes est bâtie au pied d'un monticule élevé , sur lequel a été
construite la citadelle (Acropolis . Pour entrer dans cette citadelle ,
on traversait des propylées ou portiques magnifiques dont il ne
reste que des vestiges. L'intérieur de l' Acropolis était couvert de
monumens, parmi lesquels le Parthénon tenait le premier rang; il
n'existe plus qu'une partie de l'enceinte de ce temple. C'est d'une
tour bâtie dans l'intérieur de la citadelle que M. Prévôt a pris son
point de vue. II m'a paru que le spectateur pouvait être à i5o pieds
au-dessus de la ville. De cette distance , l'Athènes moderne ne pré-
sente pas un aspect très-pittoresque ; mais l'horizon en" est d'une
grande beauté. Le mont Hymette, très-rapproché de la ville, borne
la vue à l'est et se prolonge vers le midi. Du côté de l'ouest et du
nord, l'a-il embrasse toute la plaine, au-delà de laquelle on voit à
l'ouest la mer d'Egine, et, dans le lointain, les côtes du Pélopo-
nèse. Au nord , l'œil se repose sur des montagnes d'une belle forme
qui se dirigent vers l'ouest et l'est , et dont les noms sont , depuis
notre enfance, gravés dans notre mémoire. C'est le CorjdaUus (i),
sur la pente duquel Xercès était assis pendant la bataille de Sala-
mine ; c'est le mont Cithéron , le mont Oëta , le Pentélique , etc.
En examinant avec attention les lieux au milieu desquels on est
placé, on doit remarquer, comme un caractère distinctif du goût
éclairé des Athéniens , qu'ils avaient élevé des monumens sur
presque toutes les montagnes et les collines qui entouraient leur
ville. Tous ces monumens sont détruits; et, de tous ceux qui
(i) M. de Chateaubriand, dans son Ilinirain - le nomme Cor-
dyalus , p. 2o5.
EUROPE. AA5
existaient dans l'intérieur delà ville, il^n'en reste que deux qui
soient à peu près dans leur entier : le temple de Thésée et la
petite tour des Vents.
M. Prévût s'est montré grand artiste , dans le panorama d'Athènes.
Il règne dans ce tableau une vérité d'effet et un talent d'exécution
qui portent l'illusion à un degré qu'il ne semblait pas possible
d'atteindre; c'est la nature même. Sans doute les circonstances
sont bien propres à exciter la curiosité publique, et le nom d'Athènes
A quelque chose de magique pour toutes les imaginations ; cepen -
dant, M. Prévùt peut , avec raison, s'attribuer une grande partie du
charme puissant qui s'attache à cette nouvelle production. P. A.
T-aiATRES. — T/iédtre-Français.—Le Retour ou l'Oncle et le Tseveu
comédie en deux actes et en vers, par M. de Raacé (2 aoùtl. Une
intrigue usée, des détails insignifians et un style sans couleur, ont
causé la cbute de cette prétendue comédie, qui n'a eu que trois re-
présentations.
—Second Théâtre-Français. — Louis IX en Egypte, tragédie en
cinq actes, par M. Lemebcier, de l'académie française (4 août}.
L'auteur a une manière toujours hardie et souvent dramatique de
concevoir les sujets qu'il traite ; la nouvelle pièce qu'il vient de
donner au théâtre est un de ses ouvrages les plus remarquables.
M. Lemercier s'est attaché à peindre avec fidélité les mœurs de ses
divers personnages , et la vérité de ses tableaux transporte le spec-
tateur dans le lieu même où se passe la scène. Malheureusement,
l'intérêt se partage entre Octaïr et Louis IX : le premier est un jeune
chef arabe, musulman fanatique, dont la croyance aveu-^le au fata-
lisme contraste parfaitement avec la confiance religieuse , que le
Dieu des chrétiens inspire au pieux roi des Français. Ces deux carac-
tères sont tracés avec une égale habileté; mais ils se développent
dans deux actions distinctes , dont le faible lien n'est pas toujours
aperçu : la première est une intrigue de sérail qui met Octaïr sur le
trùne, à la place d'Almadan ; la seconde présente la captivité de
Louis IX, ses dangers, sa résignation et sa délivrance.
L'Arabe est le héros des deux premiers actes ; le roi captive toute
l'attention pendant le troisième , que nous regardons comme le plus
beau de l'ouvrage ; Octaïr remplit une partie du quatrième , à la fin
duquel Louis IX ne paraît que pour sauver la vie au Soudan , par un
AAG EUROPE.
coup de théâtre un peu hasardé , qui semble terminer la pièce , et qu i
cependant est le point où les deux actions commencent seulement à
se lier. La péripétie du cinquième acte produit peu d'effet, parce
qu'elle remet Saint-Louis dans la situation oîi il était au troisième ,
et qu'il se fait dans le caractère d'Octaïr un changement inattendu ,
nécessaire au dénouement, mais nuisible à l'intérêt dramatique. Nous
n'ignorons pas que M. Lemercier s'est conformé à l'histoire avec une
scrupuleuse fidélité; peut-être même faut-il attribuer à cette fidélité ,
poussée à l'excès , une partie des défauts qui jettent quelque froid sur
l'ouTrage. L'imperfection du plan est d'autant plus fâcheuse que ,
parmi les ouvrages de M. Lemercier. il n'en est pas un^ et c'est beau-
coup dire, où ily aitplusde bèllesscèncset de beaux vers que dans son
Louis IX. Le généreux silence des prisonniers sur le sort de leur roi,
caché au milieu d'eus ; l'héroïque dévouement de celui ci , lorsqu'il
se découvre au Soudan pour sauver ses compagnons d'infortune ; la
discussion qui s'établit entre ces deux personnages sur le christia-
nisme et le mahométisnie ; le monologue de Louis IX, celui d'Oc-
taïr près du Soudan endormi, offrent des beautés du premier ordre.
Il en est beaucoup d'autres que le défaut d'espace nous empêche de
citer, et qui ont contribué au succès mérité que la pièce nouvelle a
obtenu sans contestation,
^-Opéra comique. — Le Philosophe en voyage, opéra en trois
actes et en prose , parole de M. Dkkock , musique de MM. Frédéric
KHECBi et Phadhee (i6 août\— Un colonel, qui se croit philosophe
parce qu'il fuit les femmes, s'apprête à partir pour la Suisse, lôrs-
qu'im jeune officier, poursuivi par suite d'une affaire d'honneur, ar-
live dans l'auberge où se trouve le philosoj he , et s'empare de son
cheval, afin d'arriver plus promptement au château d'une sœur,
chez laquelle il veut «e cacher. Cependant, il prie celle-ci, que le
hasard a conduite dans cette même auberge , d'offrir une place dans
sa voiture au colonel , et de l'amener au château où son clieval lui
sera rendu. Le pi)ilosophe, d'abord fort en colère , finit par se décider
à partir avec Amélie, qui se trouve être une jeune et jolie veuve que,
sans la connaître, il a refusé de voir à Paris. Arrivé avec elle dans
une autre auberge , il rencontre un capitaine de frégate , amoureux
d'Amélie , qui le croit son rival et le force à se battre pour une
femme dont il ne sait pas même le nom. Manqué par le capitaine , il
tire en l'air ; la jeune veuve , touchée de son dévouement, en même
EUROPE. J^l^J
lenis qu'elle est piquée de sa froideur, cherche à s'en faire aimer.
Sur ces entrefaites arrive un oncle d'Amélie, courant après le frère
de celle-ci, dont il a appris le duel. La jeune veuve craint sa sévé-
rité ; et , pour éviter toute explication , elle lui présente , comme son
mari, le colonel, qui se prête de bonne grâce à la supercherie, et
suit Amélie à son château , en formant déjà le veeu secret de conser-
ver le titre supposé qu'elle vient de lui donner. Là , il entend du
fond d'un bosquet une conversation d'Amélie avec son frère, qui
s'est caché dans un pavillon; il le prend pour ua amant aimé, 'veut
partir, et décèle par sa jalousie l'amour qu'il a conçu pour sa pré-
tendue femme. L'oncle et le capitaine de frégate reviennent , l'af-
faire du neveu s'arrange ; tout se découvre, l'oncle pardonne.' et le
titre de mari reste définitivement au philosophe.
Cette pièce a réussi sans opposition ; d'abord un peu froide elle
s'anime par degrés et finit par être agréable, A défaut de situ'ations
tres-dramatiques et de traits piquans , on y remarque quelques in-
tentions comiques et un style naturel. Plusieurs morceaux de la mu-
sique ont été très-applaudis ; c'est une composition qui ne^eut qu'a -
jouter à la réputation de MM. Frédéric Kreubé et Pradher.
NÉCEor.OG,E.-.T/. Lefe.re Boschard, officier de l'université et
ancien proviseur d'un lycée , est mort à Saint-Quentin le aS îuil
let dernler._Il était excellent latiniste , profond helléniste , et nos
sedait même la langue hébraïque. Élève très-distingué de l'ancienne
université de Paris , il y remplissait une place importante- et au
moment où elle fut supprimée, il était désigné pour être son recteur
Apres cinquante-cinq ans de travaux , il obtint sa retraite , et alla en'
jouir à Saint-Quentin , où il trouva encore le moyen d'être utile à ses
concitoyens en se chargeant des fonctions d'administrateur du
collège, de membre du comité cantonal pour l'instruction primaire
et de président du comité central de bienfaisance.
TABLE DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE TRENTE-DEUXIÈME CAHIER,
AOUT 1821
I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES.
1. Dissertation sur le Byssus des anciens. Henry, pag. 241
2. Notice sur le Conseil de salubrité établi près la préfec-
ture de police de Paris. E. Salverle. 262
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
5, Mémoire sur la digue de Cberbourg, par Cacbin.
E. Gaultier. 2S0
4. Principes de la science morale et politique , par A. Fer-
guson. •^- Taillandier. 2S9
5. Histoire générale de France, par DuPau, J^J- 296
6. Mémoires bistoriqucs , politiques et littéraires sur le
royaume dp, Naples , par le comte Orloff. F. Salfi- ôc6
-. BioTapbie nouvelle des couicuipoiains. Aignan. 025
3. Voyage dans la Grèce , par Pouqueville. D. de Gapedell-
Geannj'. 35i
9. Philibert , roman poétique, par Grattan. L. S. B. 3'|i
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de io5 ouvrages , fiançais et étrangers. 549
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
^^BIQ^;E.-Ne^T-Yo^ck.-lles Sandwich— TVew-Foundland. 4o5
isiE.-|ic de Ceylan.— Perse.— Turquie asiatique.— Iles Phi-
lippine. ' ^^^
Afbiqce.— t,\ç de BoUdé-Espérance.— Egypte. 4ïo
Europe.— GranCH-Bretagne. — Suède. — Allemagne. — Suisse.
— Italie. — Turqu'v^. —Espagne.— Portugal. — Pays-Bas —
France.— Paris. f^''^-
SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A65
m'apprend que le peu d'établissemens déserts qui sub-
sistent encore, ne sont dus qu'aux fils de Pierre-Ie-Grand,
qui prolêgèrent un moment ces contrées.
Comment ! et plus heureux que le reste du monde, vous
n'avez subi le joug ni des dévastateurs du nord , ni des
dévastateurs du midi! Ni l'Arabe, nileSarmate, ni FOs-
manli, ni le Vandale, n'ont envahi votre contrée; et c'est
à des peuples que nous appelons policés que vous avez ap-
partenu. Mais dans le reste de la Grèce, à Pathmos,à Thes-
salonique, à Joanina, à Cydonie (i), au montAthos, en cent
autres endroits, je vois des écoles publiques où vos frères
vont apprendre la langue et les hautes pensées de. vos
pères. Voilà ce que permettent des peuples que nous ca-
ractérisons, en les appelant barbares; et ce sont des peuples
policés qui vous ont dominés, eux qui ne vous ont pas
permis d'établir une école dans vos îles! Ils ont plus fait, ces
propagateurs de la servitude; ils ont eu l'art de mettre en
déshonneur parmi vous le seul moyen qui pût vous rendre
à votre élévation première. Calcul du faible et du mar-
chand! Ils ont eu l'adresse de rendre ridicule dans le beau
monde le majestueux idiome que les bouches des Platon
et des Pindare ont consacré; ils vous en ont presque fait
perdre les restes précieux; et vos femmes elles-mêmes,
avec vos petits-maîtres, rougissent de parler la langue de
leurs sublimes aïeux; et les mères la dédaignent pour leurs
fils et la rejettent pour leurs filles ; et c'est le patois de
Bergame, c'est le jargon de Sganarelle, de Pantalon et de
Bisognoso, qu'on lui préfère (2). Ah! quen'ai-je en partage
(i) L'école de Cydonie n'existe plus : les professeurs et les élèves
viennent d'être massacrés par les Turcs (en 1821).
{2) Les habitans qui ne font pas usage de la langue grecque
parlent , dans les sept îles , le vénitien le plus corrompu.
TOME XI. 30
A6G SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION.
une faible étincelle de ce même génie qui caractérisa les
immortels créateurs de votre langue ! avec quelle force ne
combaltrais-je pas d'aussi viles opinions , d'aussi barbares
préjugés ! Je saurais vous dire des vérités amères et leur
retirer toute leur amertume. La persuasion coulerait de
mes lèvres. Aux accens de ma voix, vos cœurs seraient
émus ; ils croiraient reconnaître les accens de la patrie
même, ils seraient entraînés et rendus à leur grandeur
première. Le bien public se montrerait à vous dans tout
son jour. Je saurais vous dire tout ce qu'il vous faut faire
pour vous relever vers votre première splendeur; et tout
ce qui vous serait montré digne de vous, vous le feriez.
Eh bien! si je ne puis atteindre de si hautes destinées,
c'est à vous de secondermes faibles efforts. Ne songez plus à
moi, ne me regardez plus, et supposez que les fantômes
muets de vos pères, debout autour de moi, suppléent
même par leur silence à ce qui manque à ma voix. S'il ne
peut m'être donné de vous persuader, obéissez à ces mânes
illustres; ils vous invitent à marcher sur leurs traces; ils
vous montrent les voies que vous devez tenir, les obstacles
qu'il vous faudra franchir ou renverser; ils vous com-
mandent de tout faire pour les suivre à l'immortalité. En-
tendez-vous? ils vous commandent! . . . Fils des Grecs,
obéirez~vous à vos pères? Irez-yous les rejoindre à ce noble
rendez-vous? ou passerez-vous pour jamais, en quittant la
vie, dans les obscurs abîmes de l'oubli? Je me tais et j'at-
tends votre réponse Ah ! je la lis dans vos regards, cette
réponse; je l'entends au milieu de vos acclamations : elles
m'apprennent que vous êtes encore les dignes neveux des
grands hommes ; que deux mille ans de malheurs et de
persécutions n'ont pu dégrader vos âmes, et vous faire
oublier vos glorieuses destinées. Vous saurez les remplir;
vous saurez régénérer, vous, vos frères, vos enfans; leur
SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A67
rendre les sciences, les lettres, les arts; plus encore que
tout cela, les vertus de vos pères. Vous verrez vos soins
prospérer; osez le vouloir, et dans peu vous verrez les
belles conceptions, les beaux travaux et les belles actions
renaître parmi vous, comme ces plantes qui repoussent
d'elles-mêmes dans leur terre natale, aussitôt que la main
du dévastateur abandonne la nature à son cours.
Avant d'entreprendre cette régénération devous-mêmes-
consultez l'histoire, cette immortelle institutrice des mor-
tels; elle vous dira : Il n'y a que peu de siècles encore, et
l'Europe entière était barbare; ses tribunaux retentissaient
alors, commeles vôtres maintenant, des accens d'une langue
étrangère; une langue étrangère régnait partout, et les
langues de l'Europe restaient dans l'enfance où la vôtre est
aujourd'hui tombée. Cependant quelques hommes, hardis
bienfaiteurs de leurs compatriotes , s'élevèrent dans cJiaque
nation. Ils osèrent parler leur propre dialecte , ils l'enri-
chirent, l'épurèrentetrembellirent. Ils furent payés de leur
audace par la reconnaissance des peuples, par l'imitation des
hommes supérieurs ; et bientôt les nations modernes, for-
mées par vos pères, du rang de leurs élèves s'élevèrent à
celui de leurs rivaux.
Si l'Europe était naguère ce que vous êtes aujourd'hui ,
vous pouvez devenir ce qu'elle est maintenant. Avec com-
bien plus de facilité ne le pouvez-vous pas.^ vous avez , pour
chemin facile , la carrière ouverte devant vous par le
progrès des sciences et des arts , et ce progrès est immense.
L'Europe avait des langues barbares qu'il fallait réformer
en entier; vous n'avez, pour tout travail, qu'à vous rap-
procher un peu de la langue de vos ancêtres , et vous pos-
séderez le plus riche, le plus honoré, le plus majestueux
des idiomes. Eh quoi! vingt siècles de malheur, une poli-
30 *
A70 SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION.
enfin, consacrée par votre religion. Cherchez donc Tous-
mêraes à l'entendre , à l'encourager, à la propager. Ren-
dez-vous les plus instruits comme les plus sages d'entre
les hommes, pour en être les plus révérés; et rappelez-
vous que ce fut là votre secret de tous les siècles : trop
heureux les mortels, si vous en eussiez toujours profité!
Maintenant, je vais vous parler des plus nobles services ren-
dus au genre humain. Écoutez-moi; ils seront pour vous
des modèles. Songez que ce n'est point par des rites, mais
par des bienfaits, que les religions excellent aux yeux des
juges de la terre ^ et, j'ose dire, aux yeux de l'éternel.
Quand l'Europe était redevenue barbare, c'est dans
quelque «monastères que s'y conservaient les restes de ses
antiques lumières. C'est là que des hommes simples et
laborieux en recueillaient , en ravivaient les dernières
lueurs.
Ce qu'ils étaient pour des peuples entiers, les pasteurs
de nos campagnes le sont encore pour nos simples pay-
sans. Dans notre patrie , le ministre des autels est
l'homme le plus docte et souvent le plus vertueux de
son humble paroisse. C'est lui qui protège et qui di-
rige ce peu d'instruction qu'il est possible de répandre
dans les dernières classes du peuple; lui qui signale au riche
bienfaisant les dispositions naissantes de l'enfant sans
fortune; c'est le mCrae homme, enfin, qui instruit les
petits du pauvre et qui consolela famille du malheureux.
Prêtres de l'Orient, voulez-vous, comme la dernière, qu'ai-
je dit? comme la première classe des prêtres de mon pays,
devenir l'honneur et la vénération du peuple? soyez ins-
truits comme eux, comme eux répandez vos lumières et
vos consolations dans le sein de tous les pauvres, de tous
les malheureux. Tous dites toujours que vous êtes les
SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A71
pères de l'orphelin. Eh bienl soyez-le donc de tous les
Grecs qui sont orphelins de leur patrie , et qui en ont perdu
tout l'héritage. Élevez des écoles pour les fils de l'indigent,
élevez-en d'autres pour vos propres successeurs. Qu'on ne
dise pas seulement de vous: Ils sont probes. Qu'on ne
puisse plus dire que les successeurs des Cyrille , des Ba-
syle et des Chrysostome ont oublié les exemples et qu'ils
n'entendent plus les sublimes accens des pères de leur
église. Instituez des écoles où soient enseignés les préceptes
et soit développée l'éloquence de ces hommes vénéra-
bles. Qu'il ne soit pas dit que vous le cédiez à ceux qui re-
lèveront les écoles où les Pythagore, les Socrate et les
Platon développaient leur morale si pure, dans un si
beau langage. .4u contraire, qu'une noble rivalité s'établisse
entre eux et vous. Commencez vous-mêmes par être ins-
truits; qu'on ne puisse être revêtu de votre sacré carac-
tère , sans avoir lait preuve de lumières. Vous apprendrez
alors à vos peuples ce qu'ils gagneront eux-mêmes ù s'é-
clairer. Vous emploierez votre puissante influence sur
tous les esprits I, pour les conduire au bien, au grand, par
la persuasion; et c'est ù vous surtout que scradue la régé-
nération de la Grèce.
Je finis en vous redisant encore , et je voudrais pouvoir
vous le dire tant de fois que je parvinsse à le graver dans
vos âmes, en traits incftaçables : c'est l'éducation, et l'éduca-
tion publique elle seule, qui pourra vous conduire auxdesti-
nées qui vous attendent,et vous devez tout faire, tout sacrifier
pour elle. Mais pourquoi faut-ilque je vous présente sanscesse
comme un sacrifice, comme un devoir, ce qui devrait n'être
pour vous que le plus doux des plaisirs ? Ah! sans doute,
c'est que vous ne savez pas quelles délicieuses jouissances
éprouvent un père, une mère, eu voyant leur fils marquer
A72 SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION.
sa supériorité future , par ses progrès naissans et par les
avantages qu'il remporte déjà sur ses jeunes condisciples.
Que vos fils fréquentent les écoles de l'Etat, nous leur
donnerons des prix, ils seront modestes; ils seront ceux que
la Grèce assemblée décernait aux Simonide, aux Pindare ,
aux Platon : un simple feuillage. Nous y joindrons les
œuvres de ces grands hommes; les dédaigneriez-vous pour
vos fils? — Vous ne seriez donc pas des Grecs, et les
plus doux sentimens de la nature seraient donc étrangers
à vos cœurs!
Laissez-moi terminer mon trop long discours par une
histoire qui demeurera toujours gravée dans mon souvenir.
Un élève (i) était dans une école célèbre , bien loin de sa
famille dont il ne devait voir personne encore. Cependant
la fin de l'année scolaire amène la distribution des prix.
Déjà les magistrats et tout ce que la ville a d'hommes re-
commandables se sont réunis en présence d'un concours
immense de peuple. Déjà les couronnes se distribuent. Le
jeune élève en avait acquis une. Il ne pensait qu'à sa petite
gloire littéraire, il goûtait avec ivresse ces premiers suf-
frages de l'honneur et de l'estime. Il reçoit sa couronne,
il se retourne; que voit-il? sa mère, sa bonne mère qui
avait fait son voyage en secret, et qui était arrivée comme
pour être heureuse du bonheur de son fils. Couronnes,
prix, spectateurs, ah! je vous oubliai tous; l'orgueil fit
place à la nature; je ne vis plus que ma mère, ma tendre
mère, et je m'élançai dans ses bras, en lui faisant hom-
mage de ma couronne et de mon prix.
Sexe enchanteur, ô vous dont le cœur, plus sensibleque
le nôtre, résiste moins aux naïves impressions de la na-
(i) L'auteur de ce discours.
SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A73
ture, dites-moi! vos atnes n'ont-elles pas été émues à
mon récit? — Vous ne seriez donc pas mères! Eh bien ,
quand vous éprouverez ces enivrantes sensations, votre
bonheur surpassera mille fois encore tout ce que pourrait
vous promettre votre imagination. Persuadez donc l'autre
moitié du genre humain sur laquelle vous avez un si puis-
sant empire; adoucissez mes âpres et durs accens par
votre touchante et persuasive éloquence; faites-moi par-
donner ce qui pourrait avoir choqué dans mes discours, trop
ingénus, trop libres peut-être. Que par vous tous les pères
apprécient les bienfaits, qu'ils pressentent les plaisirs si
purs qui naîtront d'une heureuse éducation et de l'instruc-
tion publique de leurs fils ! Charles Dppin.
W\\VV»\\V\VVV\VW\XVV\».W\\W*WVVV*VX\X'VlVV\\VV\'VlVV\\VV\fcVWV\V\VXV'l\Wk
H. ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
HiSTOinii DE l'astronomie uohe'R'se, par JI. Delamdue,
chevalier de Sai?it-Micliôl et de la Lcgio7i-d' honneur,
secrétaire perpétuel de l'académie royale des
sciences 3 etc. (i).
M. Delambre avance à grands pas dans la carrièic im-
mense qu'il s'est ouverte; bientôt il l'aura parcourue tout
entière. Nous lui devrons non seulement une histoire com-
plète de l'astronomie, mais encore l'exposition elle résumé
des travaux de tous les astronomes , l'analyse de tous les
écrits sur la science, sur ses méthodes, ses instrumens,
leur construction et leur usage. Les matières précieuses,
épavses et enfouies seront exploitées, épurées; la substance
d'un nombre prodigieux de volumes , dégagée de tout mé-
lange inutile ou nuisible , paraîtra telle qu'elle est et sous
ses véritables dimensions. Des trésors cachés nous seront
rendus; et, grâce aux veilles d'un astronome infatigable,
nous saurons, au moins en astronomie, quelles sont nos
richesses réelles et comment nous les avons acquises.
Les trois premiers volumes de l'ouvrage de M. Delambre
ont conduit ses lecteurs jusqu'au tcms de Copernic (2) ;
les deux siècles suivans mettront sous leurs yeux le beau
spectacle de l'intelligence humaine découvrant, par des
(i) Paris , 1821. 2 vol. in^"- Madame veuve Courcicr , imprimeur-
libraire pour les sciences.
(3) Rttue Encyclopédique , T. 1 , pag. 2j-4o) .
SCIEiNCliS PHYSIQUES. A75
moyens qu'elle a su créer, quelques-unes des lois générales
de la nalure. Les mathématiques, la physique, et surtout
la saine philosophie perfectionneront les méthodes, mul-
tiplieront les découvertes, chasseront les vieilles erreurs,
et placeront la connaissance du système du monde au
premier rang entre les sciences accessibles à notre raison.
La lâche de l'historien devient moins pénible, parce qu'elle
est plus agréable; mais, d'un autre côté, les matériaux
abondent, les hommes sont vus de plus près, leurs passions
et leurs intérêts n'ont pas encore perdu toute leur in-
fluence. L'histoire de l'astronomie moderne n'est pas moins
embarrassée dans sa marche que celje des événemens poli-
tiques de nos jours. Malgré ces entraves, M. Delambre ne
s'écarte pas de son impartialité historique, poussée quel-
quefois jusqu'à la sévérité. L'auteur a cru devoir en pré-
venir ses lecteurs; écoulons-le.
« Celle impartialité sévère et historique se trouve éga-
lement dans les notices que nous avons consacrées à
quelques-uns des plus illustres bienfaiteurs de la science,
quand nous avons été forcés de combattre leurs idées ou
leurs prétentions. Elle se trouve dans les notices de Ptolé-
mée, de Copernic, de Kepler, de Galilée et de Descartes.
On la trouvera pareillement dans les articles des grands
hommes, que l'abondance des matières nous a forcés à
renvoyer au troisième volume de notre histoire. Ce volume
est tout prêt, ou du moins il n'y manque que quelques
notices courles et faciles d'auteurs très-modernes; il aura
pour titre : Histoire de l'astronomie du dix-huitième
siècle. Nous le commencerons par Newton, Flamsteed,
Halley, qui paraîtraient appartenir au siècle précédent;
mais les découvertes de Ncwlon n'ont porté leur fruit que
long-tcms après la première apparition du livre des Frin-
A76 SCIENCES PHYSIQIJES.
cipe?. C'est le xviii' siècle qui a vu paraître la Coinéto-
graphie de Halley et l'Histoire céleste de Flamsteed. Notre
histoire sera terminée par l'examen de tous les ouvrages
qui ont pour objet la grandeur et la figure de la terre; et
ce dernier livre sera le seul où pourront être compris
quelques auteurs encore vivans. Ainsi, notre histoire de
l'astronomie n'aura pas moins de six volumes. On trouvera
sans doute que c'est beaucoup pour une seule science; et
c'est ce qui nous avait fait balancer sur le titre que nous
devions donner à notre ouvrage. Nous aurions pu lui
donner celui de Bibliothèque , à l'exemple de Photius et
de Fabricius; nous l'avons rédigé principalement pour les
astronomes et pour les mathématiciens en général. Nous
avons désiré qu'il contînt le tableau complet des différens
âges de l'astronomie; qu'il fût un répertoire où l'on trouvât
toutes les-idées, toutes les méthodes, tous les théorèmes
qui ont servi successivement au calcul des phénomènes.
Quant aux lecteurs qui n'ont que peu ou point de connais-
sances mathématiques, l'histoire de l'astronomie est ren-
fermée pour eux dans nos discours préliminaires et dans les
parties des notices particulières, où ils n'apercevront ni
calculs ni démonstrations. Aux six volumes de notre his-
toire , on pourra joindre les trois volumes de notre astro-
nomie, où nous avons tâché de réunir toutes les méthodes
dont on se sert aujourd'hui. Il est vrai qu'après la lecture
de l'histoire, on pourrait trouver quelques retranchemens
à faire dans le traité. Nous pourrons même, si nous en
avons le tems et les moyens, exécuter ces changemens et
quelques autres, dont l'objet serait d'en mieux coordonner
toutes les parties, sans que le traité cesse d'être un ouvrage
complet en son genre. »
Après avoir transcrit ces explications et ces promesses
SCIENCES PHYSIQUES. A77
de l'auteur, il reste peu d'obser?ations à faire sur quel-
ques-uns des seize livres, dont se composent les deux
nouveaux volumes de l'histoire de l'astronomie.
'Lq premier l'wre expose avec étendue l'éttiblissement
du calendrier grégorien et les méthodes de calcul qu'il
rend nécessaires. Au sujet de la détermination du jour de
Pâques , M. Delambre compare sa formule à celle de
M. Gauss pour le même calcul , et il exprime le regret que
l'on ait conservé sans nécessité des fêtes mobiles, d'après
une loi tout-à-fait étrangère à la division de l'année. Il
rapporte, en les approuvant,,les motifs qui firent rejeter en
France le calendrier éphémère dont notre législation rap-
pelle seule quelque souvenir. Pour combler les infortunes
de ce malencontreux projet, il ne lui manquait que d'être
condamné par les astronomes , car il semblait n'avoir été
fait que pour eux.
Le second lii^re ai consacré à Copernic, et le troisième
à Ïicho-Brahé. On sait que le premier fut un savant mo-
deste et prudent, et qu'il échappa par la mort aux orages
que ses écrits allaient exciter. Le second enrichit la science
d'un nombre prodigieux d'observations faites avec soin et
avec les meilleurs instrumens que l'on eût alors. Ses con-
temporains lui firent une réputation immense, que l'histo-
rien a dû resserrer entre ses limites. M. Delambre s'est
acquitté de ce devoir avec une équité dont Ticho lui-même
ne se plaindrait pas. Lalande, qui ne craignait pas de se
livrer à quelque peu d'enthousiasme , n'a pa? épargné à
l'illustre astronome danois les éloges qu'il ne donne à
Kepler qu'avec beaucoup de réserve, et dont il se montre
encore plus économe envers Descartes; mais il a soin de
prémunir ses lecteurs contre les erreurs qu'il a pu com-
mettre. « La mémoire nous trompe , dit-il; le calcul nous
égare ù tout moment; la chaleur de la composition nous
klG SCIENCES PHYSIQUES.
cipcs. C'est le xviu' siècle qui a vu paraître la Cométo-
graphie de Hulley et l'Histoire céleste de Flamsteed. Notre
histoire sera terminée par l'examen de tous les ouvrages
qui ont pour objet la grandeur et la figure de la terre; et
ce dernier livre sera le seul où pourront être compris
quelques auteurs encore vivans. Ainsi, notre histoire de
l'astronomie n'aura pas moins de six volumes. On trouvera
sans doute que c'est beaucoup pour une seule science; et
c'est ce qui nous avait fait balancer sur le litre que nous
devions donner à notre ouvrage. Nous aurions pu lui
donner celui de Bibliothèque , à l'exemple de Photius et
de Fabricius; nous l'avons rédigé principalement pour les
astronomes et pour les mathématiciens en général. Nous
avons désiré qu'il contînt le tableau complet des différens
âges de l'astronomie; qu'il fût un répertoire où l'on trouvât
toutes les-idées, toutes les méthodes, tous les théorèmes
qui ont servi successivement au calcul des phénomènes.
Quant aux lecteurs qui n'ont que peu ou point de connais-
sances mathématiques, l'histoire de l'astronomie est ren-
fermée pour eux dans nos discours préliminaires et dans les
parties des notices particulières, où ils n'apercevront ni
calculs ni démonstrations. Aux six volumes de notre his-
toire , on pourra joindre les trois volumes de notre astro-
nomie, où nous avons tâché de réunir toutes les méthodes
dont on se sert aujourd'hui. Il est vrai qu'après la lecture
de l'histoire, on pourrait trouver quelques retranchemens
à faire dans le traité. Nous pourrons même, si nous en
avons le tems et les moyens, exécuter ces changemens et
quelques autres, dont l'objet serait d'en mieux coordonner
toutes les parties, sans que le traité cesse d'être un ouvrage
complet en son genre. »
Après avoir transcrit ces explications et ces promesses
SCIENCES PHYSIQUES. A77
de l'auteur, il reste peu d'observations à faire sur quel-
ques-uns des seize livres, dont se composent les deus
nouveaux volumes de l'histoire de l'astronomie.
he premier l'wre expose avec étendue l'établissement
du calendrier grégorien et les méthodes de calcul qu'il
rend nécessaires. Au sujet de la détermination du jour de
Pâques , M. Delambre compare sa formule à celle de
M. Gauss pour le même calcul , et il exprime le regret que
l'on ait conservé sans nécessité des fêtes mobiles, d'après
une loi tout-à-fait étrangère à la division de l'année. Il
rapporte, en les approuvant, les motifs qui firent rejeter en
France le calendrier éphémère dont notre législation rap-
pelle seule quelque souvenir. Pour combler les infortunes
de ce malencontreux projet, il ne lui manquait que d'être
condamné par les astronomes , car il semblait n'avoir été
fait que pour eux.
Le second liçre est consacré à Copernic, et le troisième
à Ïicho-Brahé. On sait que le premier fut un savant mo-
deste et prudent, et qu'il échappa par la mort aux orages
que ses écrits allaient exciter. Le second enrichit la science
d'un nombre prodigieux d'observations faites avec soin et
avec les meilleurs instrumens que l'on eût alors. Ses con-
temporains lui firent une réputation immense, que l'histo-
rien a dû resserrer entre ses limites. M. Delambre s'est
acquitté de ce devoir avec une équité dont Ticho lui-même
ne se plaindrait pas. Lalande, qui ne craignait pas de se
livrer à quelque peu d'enthousiasme , n'a pas épargné à
l'illustre astronome danois les éloges qu'il ne donne à
Kepler qu'avec beaucoup de réserve, et dont il se montre
encore plus économe envers Descartes; mais il a soin de
prémunir ses lecteurs contre les erreurs qu'il a pu com-
mettre. « La mémoire nous trompe , dit-il; le calcul nous
égare à tout moment; la chaleur de la composition nous
A78 SCIENCES TIIYSIQUES.
entraîne; enfin, on ignore souvent des choses qu'il aurait
fallu savoir. D'ailleurs, je n'ai pas pris beaucoup de peine
pour chercher mes fautes ; il y avait trop de lems à perdre
et trop d'ennui à éprouver. J'écris pour mon amusement,
et j'y renoncerais , si j'étais obligé de mettre dans mes
écrits cette rigoureuse exactitude si ennuyante pour un
auteur, et qui fait souvent, dit-on, tout le sublime des sots.»
Il faut prendre cette déclaration à la lettre; car on ne
peut penser que Lalande l'ait écrite pour son amusement.
C'est apparemment aussi de peur de s'ennuyer que, dans
sa Biographie astronomique, où il admet plusieurs rêveries
sur le système du monde, et même des traités d'astrologie,
il ne fait mention d'aucun des ouvrages de Descartes.
« Mon ouvrage sera utile tel qu'il est, ajoute Lalande ;»
soit: mais il l'eût été beaucoup plus, si vous y aviez mis
les soins , le scrupuleux amour du vrai qu'on remarque
dans les écrits de M. Delambre.
On ne sera donc pas surpris de trouver de tems en tems
quelque opposition entre les jugemens de notre auteur et
ceux de l'un de ses prédécesseurs, dont les ouvrages ont
obtenu et conservent sans doute encore assez de crédit,
même chez les étrangers.
La vie et les œuvres de Kepler sont presque tout le sujet
des deux Livres suivans. L'histoire de ce grand homme est
bien courte. 11 vécut pauvre , chargé d'une nombreuse fa
mille, souvent contraint, pour obtenir le paiement d'une
pension modique, à perdre en sollicitations un tems dont
il eût fait un emploi si noble et si utile. Ses contemporains
lui accordèrent à peine la subsistance, et sa dépouille mor-
telle n'obtint qu'au bout de deux siècles les vains honneurs
d'un tombeau et d'une inscription. Ajoutons, pour la vé-
rité historique, que cet acte d'une reconnaissance tardive
SCIENCES PHYSIQUES. A;9
fut suggéré par des Français au sage prélat (i) qui le fit
exécuter, secondé par l'influence alors toute puissante des
armes françaises. Le monument que M. Delambre lui élève
dans son hisloire durera plus long-tems que celui de Ra-
tisbonne ; Kepler en a fourni lui-même les matériaux.
C'est un extrait substantiel de tous ses ouvrages; les
astronomes et les géomètres le consulteront fréquemment.
Arrêtons encore un moment nos regards sur l'homme de
génie qui nous révéla le? premières lois de tous les mou-
vemcns célestes. Le sort qu'il éprouva n'effraiera pas les
âmes aussi élevées que la sienne ; mais il nous afllige et
nous humilie , il semble accuser ou l'espèce humaine ou
nos institutions sociales. Nous aimons à contempler
l'homme vertueux luttant contre l'adversité, parce que
nous sommes assurés que la victoire le couronnera ; mais
tout est repoussant et douloureux dans la vue d'un homme
tel que Kepler, réduit par l'indigence à descendre des
plus grandes hauteurs de la pensée, parce qu'on néglige
d'acquitter envers lui la dette de la société.
Suivant l'ordre des tems et la connexion des matières,
M. Delambre a parlé de Neper et de Briggs à l'occasion de
Kepler; mais il complète dans un autre livre l'histoire des
logarithmes et de la confection des tables. Observons à ce
sujet que la théorie de Neper, moins exacte que celle des
modernes, n'a pas encore disparu de l'enseignement; on
la trouve sans aucune rectification dans l'arithmétique de
Bezout. Il est donc indispensable de revoir de tems en
tems les ouvrages élémentaires les plus justement estimés,
d'en faire disparaître les taches et d'y remplir les lacunes
que le progrès des connaissances aura rendues visibles.
Galilée. La biographie de cet illustre Florentin occupe
(i) Vliarles d'Albert , prioce primat, grand duc de Francfort,
ASO SCIENCES PHYSIQUES.
plus (le place que celle du grand astronome du "Wurtem-
berg. Ses démêlés avec l'inquisition, son procès, sa cou-
damnation et son emprisonnement , tous ces faits que
M. Delambre raconte avec exactitude et d'après des témoi-
gnages authentiques , seront pour tous les siècles une
irrande etsalutaire instruction. Ce futen vain que Benoît XIV
essaya de réparer le scandale de cette absurde procédure;
l'inexorable histoire en est saisie. Par une singulière con-
tradiction, la réhabilitation de l'écrivain ne fut pas étendue
jusqu'à ses écrits. La doctrine du mouvement de la terre
autour du soleil était universellement admise, enseignée
publiquement à Rome ;. et cependant il était défendu d'en
lire les preuves dans les ouvrages de Galilée.
Tous ces maux proviennent de ce qu'on n'a pas encore
fait une délimitation précise entre le domaine des
croyances religieuses et celui de la raison ; mais cette opé-
ration suppose avant tout l'établissement de quelques vé-
rités générales sur lesquelles elle serait fondée, et ces
vérités ne paraissent pas encore avoir reçu les dévelop-
pemens et le degré de clarté qui les feraient admettre par
tous les bons esprits. Autre embarras : une doctrine bien
prouvée et bien établie ne fructifie qu'en se répandant, en
devenant vulgaire. Or, nous sommes encore peu avancés
dans l'art de propager les vérités d'un certain ordre , prin-
cipalement les vérités morales. Jusqu'à présent, nos re-
cherches sur ce sujet se sont bornées presque exclusivement
aux méthodes d'enseignement, et c'est ce dont il ne s'agit
point. Ces observations seront continuées au sujet de
Descartes. Le siècle de Galilée attaqua la théorie du ciel,
parce qu'elle était encore naissante ; notre siècle attaque
par les mêmes manœuvres et avec les mêmes armes la
théorie de la terre, et le combat durera peut-être plus
long-tems que celui dont le ciel fut le sujet. Malheurcu-
SCIENCES PHYSIQUES. A81
sèment, l'humanité supporte une partie du poids de cette
petite guerre. Le même esprit qui fit condamner Galilée,
repoussa dans le tems l'inoculation comme injurieuse à la
providence , les paratonnerres comme une tentative pour
se soustraire à la vengeance divine. Les habitans d'une
contrée du nord, pour lesquels la pomme de terre serait un
don du ciel, la rejettent avec effroi, en se rappelant qu'elle
leur fut offerte par des mains hérétiques. « Nous savons,
disent-ils, avec quels alimens nos pères ont vécu sur cette
terre et mérité le ciel ; nous voulons les imiter en tout,
afin de nous assurer la même récompense. » Ce raisonnement
est très-bon, très-sage ; mais il a pour ces peuples des in-
convéniens qu'on leur aurait épargnés, si l'esprit religieux
eûtnweux connu ce qui est de son ressort.
Des noms moins célèbres , des travaux estimables, mais
sans éclat, remplissent les livres suivans jusqu'à Descartes.
Le lecteur sait déjà que M. Delambre traite notre philo-
sophe très-sévèrement; voyons jusqu'à quel point son ju-
gement peut être adouci.
Comme astronome, M. Delambre ne pouvait louer Des-
cartes. Le système des tourbillons, qui heureusement ne
s'étendit pas hors de la France , retarda quelque tems
parmi nous l'adoption des bonnes doctrines en physique et
en astronomie; les sciences en éprouvèrent un dommage
que les découvertes de Descartes en mathématiques n'ont
peut-être pas compensé ; et en mathématiques, il eut
parmi ses contemporains des égaux, si toutefois Pascal
et Fermât ne lui étaient pas supérieurs. Bornons-nous
donc à considérer notre illustre compatriote comme res-
taurateur de la philosophie.
Dans sa jeunesse, il fit beaucoup de démarches afin de
pénétrer les mystères des Rose-croix. Mais accordait-il
quelque confiance à ces jongleurs? M. Delambre le pense.
Tome xi. 31
A82 SCIENCES PHYSIQUES.
Remarquons cependant que, du tems de Descartes, la phy-
sique était encore réduite aux premiers élémens , aux faits
les plus ordinaires ; que les communications scientifiques
étaient plus rares ; que les inventeurs se plaisaient à s'en-
vironner des ombres du secret. La curiosité de Descartes
pouvait être très-philosophique. C'est ainsi que de nos
jours d'excellens esprits se sont livrés aux recherches du
mesmérisme , avec l'espoir d'y rencontrer quelque fait
nouveau, soit en morale, soit en physique. D'ailleurs,
que Descartes crût ou ne crût pas aux Rose-croix, il devait
parler et se conduire de manière h pouvoir pénétrer jus-
qu'à eux et se faire initier à leurs prétendus secrets.
Selon M. Delambre, la doctrine philosophique de Des-
cartes est celle de Bacon, de Gassendi et de plusieurs
autres philosophes, dont les ouvrages ont précédé la publi-
cation de la Méthode: cela est vrai. Voyons donc comment
Descartes a pu imprimer un aussi grand mouvement à
l'esprit humain , que ses prédécesseurs avaient à peine
ébranlé. Cette question nous conduit à examiner en quoi
consiste le pouvoir des livres.
Un lecteur ou un auditeur ne médite point; son attention
est purement passive. La lecture et l'étude peuvent se
succéder l'une à l'autre à des intervalles très-rapprochés ;
mais elles ne se confondent jamais. Il faut donc qu'un
livre destiné à nous instruire produise les effets de l'étude
et qu'il nous l'épargne.
Si les vérités que ce livre doit nous apprendre sont im-
portantes et nombreuses, si elles forment un ensemble, un
système dont les parties sont nécessaires les unes aux
autres, il faut que l'auteur ait bien saisi la liaison de ces
parties, qu'il nous la fasse sentir, et que tout le système
arrive dans notre inlelligence, sans que nous y apercevions
aucune discontinuilé.
SCIENCES PHYSIQUES. A83
Surtout, que la lecture de l'ouvrage soit facile, entraî-
nante ; qu'elle soutienne l'attention sans la fatiguer. C'est
assez dire que les matières les mieux choisies et la mé-
thode d'exposition la plus parfaite ne peuvent se passer des
secours du st3le.
Tout livre qui, traitant un sujet grave et d'une utilité
générale, aura satisfait à ces conditions, pourra, même en
n'offrant rien de neuf, opérer une révolution dans les es-
prits. Tel fut le secret de J. J. Rousseau, qui n'inventa
rien et qui prit néanmoins sur son siècle un ascendant qui
ne s'affaiblit pas encore. Le tems épurera ses doctrines et
n'en conservera que les vérités qu'elles peuvent contenir;
mais, quand même il les réduirait à rien, nous devrions
encore chercher dans les ouvrages de cet écrivain un
excellent modèle de dissertation philosophique. Tel fut
aussi le secret de Montesquieu; ajoutons, celui de Des-
cartes. Il sut réunir les vérités éparscs, et les traiter comme
il le fallait pour les mettre à la portée du plus grand
nombre des lecteurs. Le talent d'écrire ainsi ressemble à
tous égards à celui d'un avocat habile, qui sait coordonner,
varier, étendre ses moyens et ses preuves, suivant l'im-
portance de sa cause , le caractère et la portée de ses
juges. Descartes se fit lire; on peut d'autant moins lui re-
fuser ce mérite, que, suivant l'expression si exacte de
Buffon, le style, c'est l'homme. Il n'y eut ni hasard ni
bonheur dans les succès qu'il obtint; ils sont à lui, et notre
gratitude envers lui n'est que justice.
A propos de Buffon, plaçons ici une observation qui
confirme ce qui vient d'être dit. Quel autre auteur a ré-
pandu dans ses écrits autant de pensées morales exprimées
avec autant d'éloquence? Cependant, ces pensées seraient
demeurées stériles, si on ne les eût trouvées que dans
l'historien de la nature. En lisant cet ouvrage admirable,
SI*
h%k SCIENCES PHYSIQUES.
c'est à l'histoire naturelle que l'attention s'attache; tout le
xeste lui échappe. Mais on sait ce que les observations de
ce grand homme sur l'éducation physique des enfans ont
produit, avec le secours de la plume de Rousseau.
La révolution philosophique opérée par Descartes est
donc réellement un bienfait que nous tenons de lui seul ;
que notre reconnaissance et nos hommages lui restent dans
leur entier! M. Delambre lui-même ne lui refusera pas ce
juste tribut.
Plaçons encore ici quelques réflexions sur Descartes, sur
les services qu'il rendit ù la philosophie, et sur la propa-
gation de la vérité. Si c'est une digression , l'importance
de la matière l'excusera.
Une doctrine n'est vraie qu'autant qu'elle forme un tout,
un système complet et bien lié : elle ne peut souffrir au-
cune troncature, aucune discontinuité. Une doctrine fausse
est ordinairement fondée sur des principes vrais, mais in-
complets, mutilés et sans liaison.
Une doctrine vraie et nouvelle est un ensemble de vé-
rités, dont quelques-unes sont nouvelles ou dont l'enchaî-
nement n'avait pas été aperçu. Une doctrine fausse,
nouvelle ou non, ne se compose que de notions vulgaires,
combinées par l'imagination et non par le raisonnement.
L'établissement et la propagation d'une doctrine vraie et
nouvelle exigent le concours du génie qui fait les décou-
vertes, du tems qui les marque du sceau de la vérité, et
du talent d'exposition qui les met à la portée des esprits
ordinaires. Une doctrine fausse peut naître et se répandre
sans aucun de ces moyens; il lui suffit que les esprits se
présentent à elle sans défiaflce, suivant leur habitude. L'i-
magination qui la créa n'est pas aussi exigeante que le ju-
gement; elle n'impose pas à la pensée des efforts prolongés
et ne redoute pas ses distractions : enfin , les passions ne font
SCIENCES PHYSIQUES. A85
aucune alliance avec la vérité et n'exercent leur pouvoir
qu'au profit de l'erreur.
Par toutes ces causes, les progrès de l'erreur sont faciles
et rapides, au lieu que ceux de la vérité sont nécessairement
lents et quelquefois incertains. Des moralistes chagrins at-
tribuent cet état des choses à la corruption de notre
nature et à la faiblesse de notre raison; mais ils ne de-
vraient y voir que la conséquence nécessaire de ce fait
dont personne ne doute : N'eus açons commencé par tout
ignorer; il a fallu, découvrir tout ce que nous savons , et
nous ne sommes pas infaillibles. Quels que soient les phé-
nomènes de notre intelligence, ils ne nous la montrent en
relation qu'avec elle-même, et, en bonne logique, ils ne
peuvent rien nous apprendre sur la place qui nous est as-
signée dans l'ordre des êtres intelligens.
Les vérités isolées sont périssables : les doctrines elles-
mêmes seraient sujettes à se perdre ou à s'altérer, si elles
n'étaient pas renfermées dans des livres bien faits. C'est à
ces livres que nous sommes redevables non seulement de la
conservation de nos richesses intellecluelles, mais encore
des fruits plus abondans et plus mûrs qu'elles ont produits.
Mais les esprits capables de nous faire ces dons précieux
sont plus rares que le génie qui pénètre et dévoile les
secrets de la nature. Descartes fut un de ces esprits; sa ré-
putation philosophique ne descendra pas du haut rang où
son siècle l'a placée , aussi long-tems qu'on estimera les
hommes et leurs ouvrages d'après leur utilité, et l'utilité
d'après le succès.
Les trois livres suivans mettent sous les yeux des lecteurs
les travaux d'un grand nombre de savans, parmi lesquels
on trouve les noms célèbres d'Hévélius, de Gassendi, de
Roberval, etc. , et d'autres noms moins connus qu'ils ne
méritent de l'être. Cette multitude de notices à resserrer
A86 SCIENCES PHYSIQUES.
dans un espace étroit imposait à l'auteur un travail hérissé
de ces difficultés rebutantes, qui n'exercent que la patience
et dont on triomphe sans plaisir. L'abondance et le désordre
des matériaux dont il fallait ne rien perdre, leur connexion
qui exigeait un classement peu d'accord ayec celui que
réclamaient les dates, dont l'autorité ne peut être méconnue
dans une histoire; la nécessité de sacrifier quelquefois l'un
à l'autre, d'anticiper sur les tems ou de rétrograder; l'o-
bligation non moins impérieuse de n'adopter qu'un pelit
nombre de diTÎsions , et par conséquent de former des
groupes et de les assortir convenablement: M. Delambre a
surmonté tous ces obstacles, car ses lecteurs ne les remar-
queront pas.
L'historien acquitte une dette de la postérité envers
Mouton, astronome lyonnais, auquel des travaux nombreux
et utiles devaient assurer plus de renommée. On ne lira
pas sans intérêt l'histoire de Maria Cunitia, l'H} pathie po-
lonaise. Les écrits de celte savante ne donnent pas, à
beaucoup prés, la mesure de ses connaissances; on assure
qu'elle possédait une érudition très-remarquable. Plus
heureuse que l'illustre Grecque ù laquelle on l'a comparée,
elle jouit des douceurs d'une vie paisible, de l'amitié et
d'un hymen bien assorti. Ses œuvres , dont son mari fut
l'éditeur, ne sont plus ù notre usage; nous pourrons les
reprendre, si le goût de l'astrologie nous revient.
Huj'^gens remplit le quatorzième livre. Cet homme
extraordinaire, également cher aux mathématiques, à l'as-
tronomie , à la physique et aux arts, fut pour la France
une des conquêtes de Louis XIV. Mais le citoyen hollandais
n'oublia pas sa patrie; il la revit de tems en tems, et finit
par lui sacrifier les hommages d'une grande nation et les
bienfaits du grand roi. Sa réputation brille d'un nouvel
éclat, depuis que d'habiles physiciens de notre tems, munis
SCIENCES PHYSIQUES. A87
de toutes les l'esàources que possèdent aujourd'hui l'analyse
mothématique et l'art des expériences , suivent la roule
que ce grand maître leur a ouverte, continuent et com-
plètent ses découvertes sur la double réfraction de la
lumière.
L'horlogerie doit plus à Huygens qu'au plus fameux des
horlogers : exemple mémorable du pouvoir des sciences sur
les progrès des arts ; avis aux hommes d'état.
M. Delambre réunit , dans le livre suivant, les contem-
porains d'Huygens et de Cassini. On y remarquera l'infa-
tigable et universel Lahire , en qui on trouvait tout une
académie , dit Fonlenelle; Picard, qui commença la pre-
mière des grandes entreprises modernes pour la mesure
de la terre; Roemer , qui découvrit le mouTcment pro-
gressif de la lumière et mesura sa vitesse; Auzout, qui
perfectionna le micromètre par un moyen dont l'invention
fut aussi réclamée par Gascoyne , etc.
En lisant le dernier livre consacré à Cassini , on aura
besoin de se rappeler que l'auteur n'écrit pas l'histoire des
astronomes, mais celle de l'astronomie, et que, par con-
séquent , il suit quelquefois d'autres maximes que celles
des biographes. II ne perd pas son objet de vue, et lui
subordonne tous les détails de sa vaste entreprise; il s'est
chargé de faire l'inventaire de nos richesses astronomiques;
il note chaque bienfait que la science a reçu, apprécie sa
valeur réelle , et il y attache le nom du bienfaiteur. C'est
ainsi qu'il soumet à une sorte de calcul les droits de chacun
à la gratitude des amis de la science. Cette méthode ne
sera pas désapprouvée , même de ceux à qui elle ne plaira
point. 11 faut cependant convenir qu'elle traite sévère-
ment les auteurs qui valurent plus que leurs ouvrages : tel
fut Cassiui. Ses travaux astronomiques, d'après lesquels
M. Delambre a dû le juger, n'ont pu conserver remprciale
A88 SCIENCES PHYSIQUES.
des connaissances étendues et variées qu'il unissait au sa-
voir de l'astronome, et dont l'académie des sciences pro-
fita souYent. Favorisé en tout par la nature , son mérite ,
comme savant, était rehaussé par les qualités les plus
estimables de l'ame, et même par celles du corps. C'est
assez pour excuser l'enthousiasme de ses contemporains,
s'ils ont un peu trop loué l'un des ornemens de leur siècle
qui fournit tout à l'éloge. On se plaît à voir Louis XIV
négocier en Italie l'acquisition d'un astronome , comme
s'il eût été question d'une province ou d'un traité de la
plus haute importance. La France, (jui ne sut pas con-
server Kuygens, fut plus heureuse avec Cassini : elle se
l'appropria, et s'enrichit d'une famille toute astronomique.
Ce phénomène , que l'histoire des sciences n'avait pas
présenté jusqu'alors, ne se reproduira peut-être jamais.
Le nouvel ouvrage de M. Delambre fait désirer plus vive-
ment encore la publication du volume qu'il nous promet ; on
s'attend bien i^ ne pas y trouver tout le tableau du dix-
huitième siècle , mais on est assuré d'avance que cette
époque si admirable et si décriée sei-a peinte sous l'un des
points de vue les plus vastes et les plus propres à faire
deviner ce que Tceil n'aperçoit pas. Des lecteurs d'un âge
mûr, des vieillards même , y reconnaîtront avec un plaisir
mélancolique les maîtres qui leur ouvrirent la carrière des
sciences; les regrets de quelques pertes récentes seront
adoucis par la vue de ce qui nous reste, de ce que promet
une jeunesse instruite par des méthodes dont ses progrès
attestent l'excellence, et qu'elle saura perfectionner en-
core. C'est à cette génération qu'il est réservé de venger
dignement les grands hommes tant calomniés aujourd'hui.
Elle leur donnera des successeurs qui poursuivront leurs
nobles travaux et s'illustreront comme eux, tandis que
les calomniateurs et les calomnies iront s'anéantir dans
l'oubli, F£ftRY.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
De l'esprit des institutions politiques; par J. A. F.
Massabi\u , sous ~ blbliolkicalrô de Salnte-Gene-
vicve (i).
J.-J. -Rousseau regrettait qu'il n'existât pas en France
un ouvrage qui renfermât les principes du droit politique,
et il regardait Montesquieu comme le seul homme du dix-
huitième siècle capable d'exécuter cette difficile entreprise.
M. Massabiau vient de la tenter, en publiant l^ Esprit des
institutions politiques. Mais, bien loin d'avoir pris Mon-
tesquieu pour guide, il semble n'écrire que pour le com-
battre. M. Massabiau s'est choisi un terrible adversaire, et
il faut avouer qu'il le traite souvent avec un peu de légè-
reté. Placer ce grand homme au nombre des écrivains su-
perficiels, dire qu'on n'aperçoit qu'un chaos où d'autres
croient voir de la profondeur, que l'esprit des lois, sem-
blable au Roland de l'Arioste, est un livre où le charme
des détails empêche de sentir le manque total d'ensemble,
que le passage qui contient l'éloge de l'empereur Julien
est écrit sur un ton digne de Tartuffe , etc. , etc. ; voilà ce
que bien des gens regarderont comme autant d'irrévé-
rences de M. Massabiau envers Montesquieu. Voltaire a
combattu Y Esprit des Lois y mais avec plus de ménagement
que M. Massabiau.
Nous ne voulons pas nous établir juges de cette lutte ; et
nous n'avons pas la prétention de porter en quelques lignes ,
et d'après unepremière lecture, un jugement approfondi sur
un ouvrage qui a dû coûter à son auteur de longues mé-
(i) Paris, 1821. Maradan , rue des Marais, n" 16, faubourg Saint-
(iermain, 2 vol. in-S°. Prix, 12 fr. ; et franc de port, i5 fr.
A90 SCIENCES MORALES
ditations. Njdus nous bornerons à en faire connaîlrcle plan
et à en donner une idée.
M. Massabiau a voulu, ainsi qu'il l'annonce lui-même,
rechercher les moyens de combiner ensemble les forces et
les passions humaines dans la société, de manière qu'il en
résulte une puissance qui protège la liberté de ses mem-
bres, et qui ne puisse point l'opprimer.
Le livre P' est intitulé : lesdi-jîuitions; il est en effet des-
tiné à définir les idées générales qui doivent entrer dan«
les raisonnemens de l'auteur, telles que la sociabilité ,
la civilisation, la liberté, le despotisme, les constitu-
tions, etc. Suivant M. Massabiau, la constitution d'un
peuple est l'ouvrage de la nature et des choses; le législa-
teur ne la crée pas; il la voit et s'y conforme; de là, le
gouvernement ou Tinstitulion politique. Ce n'est pas la
forme de cette institution qui la rend despotique; on peut
r^tre esclave par les loi? et les institutions, aussi bien que
par le caprice d'un homme.
Après ces notions préliminaires , l'auteur remonte à l'o-
rigine des sociétés politiques. Il ne la voit point dans un
contrat formé par la volonté libre de tous les membres du
corps social, mais dans la force qui les contraint à subir les
conséquences des diverses positions où ils se trouvent, et
qui produit ainsi la diversité des formes du gouvernement.
Il trouve partout une souveraineté défait établie par la na-
ture des choses; en quelque endroit qu'elle réside, c'est
le point d'appui nécessaire de la puissance sociale : il faut
la laisser où elle se trouve; on ne saurait la déplacer; et
tout ce qu'on peut faire est de l'entourer d'institutions
sages qui, la dirigeant vers le bien commun, la rendent
souveraineté de droit ou légitime.
Recherchant ensuite quel est le principe des gouverne-
mens, il établit qu'il est le même pour tous. Il peut y avoir
ET POLITIQUES. À91
plus d'honneur dans l'un, plus de vertu dans l'autre; mais
c'est là l'esprit du gouvernement, qui varie nécessairement ;
ce n'en est pas le principe, qui est uniforme, et que l'au-
teur place dans la crainte des lois.
De là, il passe à l'examen des causes particulières qui
peuvent influer sur la liberté. Le climat et le terrain ne lui
paraissent exercer qu'une influence secondaire. Toutefois,
il trouve que les climats tempérés où la sensibilité est mo-
dérée, et les terrains fertiles qui, invitant l'homme à la
culture, le disposent à plier son indépendance au joug des
lois, sont les plus favorables à la liberté.
Ce n'est pas non plus telle ou telle religion ; ce ne sont
pas même les institutions politiques qui, suivant lui , pro-
duisent la liberté. Seulement, les institutions sont néces-
saires pour la défendre. Mais quelles seront celles qui at-
teindront mieux ce but? Ici, l'auteur ouvre une théorie
nouvelle. Il cherche à prouver que l'unité du pouvoir sou-
verain est indispensable pour le bien de la société. Il ne
voit que des inconvéniens dans la division de la souverai-
neté, dont il examine les conséquences dans les différens
gouvernemens. Le pouvoir doit être un et concentré dans
le monarque, et il ne doit y avoir de division que dans son
exercice.
L'auteur arrive enfin à ce quil regarde comme la véri-
table source de la liberté; c'est la civilisation, que tant
d'autres ont regardée comme la source de l'esclavage. Elle
détruit la république et perfectionne la monarchie , qui lui
paraît le meilleur gouvernement; elle place le monarque
dans une situation telle, que sa volonté est naturellement
droite ; elle porte au plus haut degré la puissance de l'opi-
nion publique, et elle augmente ainsi la force morale des na-
ttons, en même tems qu'elle ôte à chaque individu cette vio-
lonce et celte barbarie incompatible avec la liberté de tous.
A92 SCIENCES MORALES
Cette monarchie civilisée, premier fondement de la li-
berté , doit être entourée d'institutions prises dans sa na-
ture. Telles sont, suivant l'auteur, un conseil national
élu par le peuple, non pas pour partager le pouvoir souve-
rain, mais pour conseiller le monarque et l'éclairer par
une discussion libre; une cour suprême, xlépositaire des
lois, chargée de leur enregistrement et autorisée à refuser
cette formalité, toutes les fois que la loi n'aurait pas été
soumise à la discussion du conseil national.
On voit qu'il y a dans tout cela un mélange des anciens
parlemens, du tribunal, de la constitution de l'an 8, et du
sénat conservateur de l'empire. Du reste, M. Massabiau
regarde la noblesse purement héréditaire comme repous-
sée par l'opinion €t la force des choses; il voudrait une
noblesse, moitié personnelle, moitié héréditaire, c'est-à-
dire, que les enfansd'un noble fussent nobles eux-mêmes,
quand ils auraient rendu des services à l'état.
Dans le livre dernier, M. Massabiau traite de la légiti-
mité, considérée comme le droit exclusif d'une famille au
trône. II la regarde comme inséparable delà souveraineté.
Il recherche comment elle peut se prescrire, et quels
moyens la dynastie légitime peut employer pour remonter
sur le trône , tant que la prescription n'est pas acquise. Il
exclut de ces moyens la guerre civile et la guerre étrangère.
On voit qu'il n'a pas reculé devant les difficultés et qu'il n'a
pas craint d'aborder franchement les questions les plus déli-
cates ; celles dont on peut dire, quand on ose les soumettre
à la discussion : Incedo per ignés suppositos cinere doloso.
ï)vvm , apocat.
Observation.— C'est sans doute le désir d'être bref quia
engagé le savant auteur de cet article à se borner à une
simple exposition de V Utopie imaginée par M. Massabiau,
liT POLITIQUES. Ayj
cl qui l'a einpoclié de discuter les principes asso/. siiigulicrs,
conlcnufl dans Ci; livre. Pcul-riro, en rendant jusiico ixux
bonnes intentions dont I\l. IMas.s;tbiau semble animé, pcn-
scra-t-on que les iostilutions dont il donne l'idée scraicnl
loin d'atteindre le bntqn'i! se propos»-; que, par e.tcniplo ,
ce corps, qui n'est ni nianJalnirc ., ni rtipiysi ntant du
peuple, et qui est destiné uniquement adonner desconseils
ausouverain, est revêluici d'une influence toul-à-fait ima-
ginaire; car, ainsi que le dit M. Rlassabiau lui-niûnic :«Un
conseil ne produit d'autre obligation, pour qui le reçoit,
que celle de l'examiner de bonne foi , et de s'y conformer ,
s'il lui paraît sage. » Or, on sait par expérience que trop
souvent les boniines revelus de la puissance eoniplenl cette
obligation pour peu de cliose ; mais M. ftlassabiau est doué
d'une grande confiance dans lepouvoir ; celleconfiance pc-iM
avoir sa noblesse, quand on ne livre que ses intérOtsparlicn-
licrs; mais il faut peut-être y regarder de plus près, qnand il
s'agit de l'inlérêt des peuples et de ceux de la liberlé. Nous
pensons que M. Massabiau les a presque entièrement sa-
crifiés. C'est à son insu sans doute, et il s'est lait ilbision
;\ lui-même; mais cette illusion est grande; car les insti-
tutions qu'il nous offre, et qu'il croit si parfaitement con-
formes i\ l'esprit du siècle, nous raineneraitMit i\ peu près,
sinon pour les mois, du moins pour les cboscs, au régime
politique que 1789 a délrnil. Note d. K.
(W\^ V»*** W**%A' W
Des Instituts d'IIofwyl , considérés plus particu-
liércmcnt sous les rapports qui doivent occuper la
pensée des hommes d'étal ; par le comlc L. \m V. ( i ) .
Lies établissemcns que M. de Fellenbcrg a formes ù
{v) Gcuèvo, i8îi. ï vol. in-8» de ao() pap. J. J. Pasclioud , li-
braire. Paris, mômr maison de commerce, ï\k do Sciiii- , n" /jH.
Trix , ^ fr. , d "> l'r. G5 conl. par h» posle.
A9A SCIENCES MORALES
Hofwyl, à deux lieues au nord de Berne , ont été, dès
leur origine, depuis pvèè de vingt ans, l'objet de l'atten-
tion de tous les homuîes qui s'intéressent aux progrès des
deux arts éminemment nourriciers du corps et de l'ame ,
de Vagricuhure et de Vèducatiou. La manière dont le
fondateur de ces instituts a essayé de faire servir les tra-
vaux de l'un, à seconder les soins et à assurer les succès
de l'autre, a surtout frappé les esprits auxquels n'a pas
échappé toute l'étendue des lacunes et des défauts de nos
anciens systèmes d'instruction. Tendance presque entière-
ment intellectuelle, sans influence satisfaisante sur la for-
mation du caractère et des habitudes vertueuses; ensei-
gnement du peuple à la fois incomplet et surabondant , qui
n'était propre ni ù lui faciliter l'accomplissement des devoirs
de sa condition, ni à lui faire trouver contentement d'es-
prit et bonheur dans des travaux , ou humbles , ou pénibles ;
préparation des classes supérieures de la société au rôle
que leur position et le bien de l'état leur destinent, telle-
ment insuffisante et si mal dirigée, qu'au lieu de se main-
tenir en possession de cette prééminence de lumières,
d'habileté et d'énergie qui seule peut leur conserver, parmi
leurs compatriotes, leur prépondérance dans l'intérêt de
l'ordre et de la civilisation, elles se virent envahies et
supplantées, sans trouver en elles-mêmes les moyens de
résistance et d'ascendant que donnent les connaissances
et la force de caractère ; ces vices , inhérens à l'ensemble
de nos anciennes institutions scolastiques, avaient été mis
en grande et désastreuse évidence par les événemens dont
nous avons été victimes ou témoins.
M. de Fellenberg, appelé, par sa naissance et par son
mérite personnel, à parcourir, dans l'ancien canton de
Eerne, toute la série des charges et des dignités de l'état,
est du petit nombre des hommes de son rang, qui , au lieu
ET POLITIQUES. A95
d'attendre de secours étrangers, de l'emploi de la force ou
de la ruse j delà lassitude, et souvent de l'astucieuse com-
binaison de quelques obscures intrigues^ le retour de leur
existence et de ses jouissances matérielles ou de Tanité,
turent excités , par le spectacle des folies, de la déraieon
et des ci'imes de leurs contemporains, ù réfléchir plus
mûrement sur les causes de l'affaiblissement des liens
sociaux et sur les réformes à opérer dans un régime civil
et pédagogique qui avait porté de si tristes fruits. Re-
montant aux sources des désordres qui ont détruit l'effet
des intentions les plus pures et des plus généreux sacri-
fices, comme des plans en apparence les plus sages,
M. de Fellenberg reconnut, avec tous les bons esprits qui
ont médité sur la nature de l'homme et sur les véritables
moyens de satisfaire à ses besoins, que c'était vainement
que nous demanderions à de pures modiOcations de formes
politiques le remède des maux invétérés qu'un meilleur
système de développement et de direction de nos facultés
morales pouvait seul guérir. Après avoir, à l'époque de la
révolution de la Suisse, en 1798, fait d'infructueux essais
pour être utile à une patrie qui, gémissant sous le poids
de l'oppression étrangère, avait encore à déplorer le dis-
sentiment de ses meilleurs citoyens sur le choix des
moyens de salut; M. de Fellenberg se voua à la vie privée,
et crut pouvoir, mieux que par son activité politique,
payer sa dette à son pays natal, en formant le double plan
de fonder une meilleure éducation du pauvre, appuyée
sur les procédés d'une agriculture perfectionnée, et de
contribuer au repos comme à l'amélioration du corps so-
cial, en élevant des jeunes gens des classes supérieures à la
hauteur de leur vocation, par le développement le plus
complet des facultés de leur cœur, de leur caractère et de
leur intelligence.
A96 SCIENCES MORALES
Les établisseinens destinés à réaliser ces vues généreuses
ont été décrits et jugés dans un grand nombre d'ouvrages ,
la plupart aussi recomuiandables par leur mérite que par le
nom de leurs auteurs. La Ferme modèle ^la Ferme expéri-
mentale^ les Ateliers de fabrication et de -perfectionnement
des mécaniques agricoles ont trouvé , dans M. Charles
Pictet de Rochemont ( un des rédacteurs des Bibliothèques
britannicjue et universelle^., un approbateur éclairé; dans
M. Thaer, auteur des Annales d'agriculture, un juge ù
la vérité très-compétent, mais peu équitable, et prononçant,
sur des rapports incomplets, avec des préventions défavo-
rables; dans MM. Hofmann etScheffold, Ruenzliet Vetsch
envoyés àHofwil parleurs gouvernemens; dans MM. Esclier
de Eerg , le baron d'Imhof et Schwerz qui ont publié les
résultats d'observations faites avec beaucoup de soin , des
appréciateurs scrupulcjx et profondément versés dans
toutes les parties de l'agronomie. U Ecole d' industrie pour
les jeunes garçons paut-'ies a été l'objet de deux rapports
publiés chez Paschoud. L'un est adressé ùla société d'agri-
culture du canton de Yaud, par M. le professeur Chavannes;
l'autre, offrant un tableau complet de l'école des pauvres,
a été rédigé (au nom d'une commission établie pour l'ins-
pection de cet institut) par M. Rengger, un des hommes
d'état les plus respectables et des écrivains les plus dis-
tingués de la Suisse. i^£co/^poMr /^s ci«sses sM/j^/^'eMr^sc^g ^
société j V Institut spécial d'agriculture et V École normale
ont moins fréquemment occupé la plume des voyageurs
et des journalistes. Les meilleurs renseignemens qui aient
été donnés sur leur but , leur organisation et leur exten-
sion progressive, doivent être puisés dans les cahiers, ac-
compagnés de planches, que M. de Fellenberg a mis au
jour lui-même , sous le titre de Feuilles d' économie ru-
rale d'Hofwyl, et qui ont paru dans les années i8o8, i8og,
ET POLITIQUES. Â97
iSio, 1813 et [817. Un coup d'oeil général a été jeté sur
Tensemblc des établissemens d'Hofwyl par M. le comte
Capo d'Islria (1), par M. Jullien de Paris [j), et par
M. Simond, le spirituel auteur du Voyage d'un Français
en Angleterre. M. Simond a jugé Hofwyl avec la sagacité,
le calme, l'impartialité qui le distinguent. Ses observations,
très-favorables à M. de Fellenberg, ont été insérées dans la
Revue d'Edimhourgdu mois de novembre 1820.
Toutefois, aucun de ces écrits n'offrait, soit un tableau
complet des instituts d'Hofwjl, et des résultats de leur in-
fluence réciproque, soit l'exposé de leur état actuel et les
pensées que leur utilité présente, ainsi que leur avenir
probable, doivent faire naître dans l'esprit de l'homme
d'état et de l'ami de l'humanité. Cette lacune vient d'être
remplie par l'auteur de l'ouvrage que nous sommes heu-
reux de pouvoir indiquer aux personnes qui désireraient
connaître les établissemens de M. de Fellenberg, et ap-
précier l'influence qu'ils exercent sur leurs élèves, et qu'ils
exerceront infailliblement partout où l'on formera des ins-
(1) Le rapport présenté par ce ministre à l'empereur Alexandre,
ainsi que tous les ouvrages relatifs à Hofwyl, cités ici, se trouvent
chez J. J. Paschoud , à Genève, et à Paris , rue de Seine , n" 48.
(2) Précis sur les instituts d éducation et d'agriculture de M. de
Fellenberg. Paris, 1817. In-S". Empreint du même amour du bien
et des vues philantropiques qui ont inspiré l'auteur des intéressans
et utiles ouvrages sur la Méthode d'éducation de Pestalozzi (Milan,
i8i2. 2 vol. in-8») , sur un P/a7z d'éducation pratique (Paris, 1808.
In-i"), SMT V Emploi du tems (en deux parties ; une théorique dont
la a* édition a paru en iSio, l'autre pratique, sous les titres de :
Mémorial horaire ou Biomètre , et de : Agenda général, 5» édition
i8i5), et sur la Philosophie des sciences. Ce Précis sur Hofwyl,
extrait du Journal d'éducation (novembre, 1816. Chez L. Colas^^,
fait particulièrement bien connaître l'esprit qui a présidé à la créa-
lion des instituts d'Hofvvyl.
Tojir. XI. 32
A98 SCIENCES MORALES
titutions sur leur mocR-le , en tenant compte des ressources
et des localités.
M. le comte Louis de Villevieille avait déjà, il y a
plusieurs années, publié des observations sur les procédés
agronomiques suivis par M. de Fellenberg ; elles sont con-
signées dans une lettre adressée aux rédacteurs de la Bi-
bliothèque britannique , sur le parti que le midi de la
France peut tirer des moyens et des méthodes agricoles
d^HofwyL Comme il a séjourné à différentes époques à
Hofwyl , et prolongé ses séjours tout le tems nécessaire
pour faire une étude approfondie des établi^semens de
M. de Fellenberg , aucun Français n'était mieux en état
que M. de Villevieille d'exposer à ses compatriotes ce que
leur fondateur a voulu et ce qu'il a fait. En s'acquittant
de celte tâche avec autant de talent que de fidélité, il a eu
égard à deux différentes classes de lecteurs , qui se ver-
ront satisfaits également. Ceux qui ne veulent qu'avoir
une idée générale, mais exacte et nette, d'institutions
dont on parle tant sans les bien connaître, trouveront,
dans la première partie de l'ouvrage (p. 6-70), qui en est
comme le texte , un tableau rapide et animé des neuf dif-
férens instituts que M. de Fellenberg a créés successive-
ment, ainsi que l'exposé succinct des vues qui ont pré-
sidé à leur établissement, et d'après lesquelles ils ont été
coordonnés de manière à se prêter, tout en conservant
chacun son indépendance, un mutuel et bienfaisant appui.
Des notes, placées à la suite de ce texte ( p. 71-209), of-
frent de plus amples développemens aux personnes qui
désireront avoir une connaissance plus détaillée des con-
ceptions et des établissemens du propriétaire d'HofwyL
L'ouvrage de M. le comte de Villevieille étant déjà lui-
même un résumé concis de ses observations , un exposé
succinct bien que lumineux et plein d'intérêt des réflexions
ET POLITIQUES. A99
qu'Hofw^fl , dans son état actuel , et surtout dans son
avenir et dans les institutions analogues dont il provo-
quera hx création, suggère à un ami du bien, pénétré du
l'importance de cet ensemble d'instituts pour l'améliora-^
tion physique et morale de toutes les classes de la société,
nous ne saurions en faire une analyse complète , sans en
copier une grande partie et sans dépasser les limites que le
plan de ce recueil ne nous permet pas de franchir. Nous
devons nous borner à appeler l'attention de nos lecteurs
sur quelques-unes des parties saillantes du tableau que
M. de Villevieille offre aux hommes qui s'intéressent aux
progrès des deux arts incontestablement les plus nobles
et les plus utiles, puisque de leurs principes et de leur
état de perfection dépendent, en définitive, également le
bonheur individuel et la prospérité publique.
1° La ferme-modèle est l'ensemble de toutes les pro-
priétés de M. de Fellenberg à Hofvi^yl. Il se propose d'y
montrer l'exemple d'une agriculture portée au plus haut
point de perfection dont soit susceptible l'exploitation du
terrain qui est à sa disposition. Le cours d'assolement de
quatre années , introduit à Hofwyl , produit beaucoup plus
de céréales qu'aucun autre assolement usité en Suisse. Au
moyen de son semoir , M. de Fellenberg économise près
de la moitié sur la quantité ordinaire de la semence. M. de
Villevieille pense que, si l'agriculture de M. de Fellenberg
était adoptée , partout où les localités permettraient cette
imitation, la Suisse produirait, tant en grains qu'en pommes
de terre, qui entrent Dour un quart dans la culture d'Hof-
wyl, tout ce dont elle a besoin pour sa subsistance, et se
verrait délivrée de la dépendance où elle se trouve aujour-
d'hui à cet égard des pays voisins.
2° Ferme e?:périmentale. Des portions du sol , dissémi-
nées et qui forment à peu près la vingtième partie des
500 SCIENCES MORALES
propriétés foncières de M, de Fellenberg soumises aus
travaux aratoires, sont consacrées à un cours systéma-
tique d'expériences agricoles , destinées à éclaircir succes-
sivement toutes les questions qui divisent les agriculteurs
éclairés. Chaque année, on rend à la terre plus qu'on ne
lui enlève; on augmente la proportion de Vhumiis dans
les parties intégrantes du terroir, et l'on ajoute à la pro-
fondeur du sol ameubli. Les grains de M. de Fellenberg
augmentent chaque année de qualité , comparativement
à ceux de ses voisins; la proportion entre la semence et
les grains récoltés est chaque année plus favorable , et ,
chaque année aussi, la terre devient plus meuble, par
l'effet combiné des amendemens et des travaux aratoires.
Quoique ces faits prouvent suffisamment que M. de Fel-
lenberg n'est point dupe d'idées spéculatives , on ne
pourra juger des résultats de ses procédés et de l'emploi
de ses mécaniques perfectionnées , que lorsque son sys-
tème d'agriculture sera exécuté par des ouvriers formés
exprès et élevés avec intention par l'auteur du système
lui-même; ce qui arrivera à l'époque où les élèves de
l'école d'industrie pour les pauvres auront remplacé les
ouvriers auxquels M. de Fellenberg est encore obligé d'a-
voir recours , et qui sont trop accoutumés à l'ancienne
routine , pour qu'on puisse espérer de leur faire adopter
d'autres procédés.
Nous ne pouvons qu'indiquer les sections du texte et les
notes qui concernent deux autres établisscmensd'Hofwyl,
désignés sous les titres : 3' à^itelier^e fabrication des ins~
trumens d'agriculture ; et A" CC atelier de pei'fectionnement
des mécaniques agricoles. En combattant la doctrine de
Mallhus , sur la contrainte viorale , par laquelle une
grande partie de la population , dans les états civilisés , se
Terrait condamnée au célibat, comme seul moyen de pré-
IST POLITIQUES. 601
veuir les effets désastreux qui, selon M. Malthus, doivent
être le résultat inévitable de la disproportion d'accroisse-
ment, établie par les lois de la nature entre la population,
croissant en proportion géométrique , et les produits de
l'agriculture , augmentant tout au plus en proportion
arithmétique, M. de Villevieille s'appuie de l'opinion de
M. de Fellenberg, qui propose à sa patrie, tourmentée
d'un excès de population, de faire, en nationalisant ses
méthodes, correspondre les progrès de l'agriculture avec
ceux de la population. Pour donner à celte opinion plus,
de poids, M. de Villevieille atteste que, dans l'espace de
vingt- deux années, M. de Fellenberg a quadraplé le re-
venu net du domaine d'Hofwyl, et en a porté le produit
brut au sextuple.
L'esprit du philantrope, effrayé des calculs de M. Mal-
thus, aime sans doute à se reposer sur cette perspective
d'augmentation des progrès agricoles, qui marcherait de
Iront avec les progrès de la population et les devancerait
même, si le système d'agriculture de M. deFellenberg pou-
vait étendre ses conquêtes sur les domaines de l'ignorance
et de laparesse. Toutefois, les plus douces jouissances atten-
dent l'ami de ses semblables, à la lecture des pages consa-
crées au cinquième des neuf instituts (î'Hofwyl , à V école'
d'inçlustrie. pour les jeunes garçons pauvres. Ici, point de
promesses, point d'espérances subordonnées à l'action in-
certaine de la raison et à l'empire des préjugés, d'autant
plus opiniâtres qu'ils sont plus opposés aux vrais intérêts
des cultivateurs et de la société. Dans l'institut d'éduca-
tion des pauvres, à Hofwyl, on trouve réalisé le projet de
faire de jeunes garçons pauvres, admis à cinq ans dans l'é-
tablissement, des agriculteurs éclairés et vertueux qui, à
vingt ans, soient, parles connaissances et. les habitudes
acquises, au niveau de leur besoin, et un modèle à pro-
502 SCIENCES MORALES
poser aux hommes de leur condition, api-ès avoir, au
moyen des produits de leur travail pendant les cinq der-
nières années de leur séjour à l'école, remboursé tous les
frais de leur éducation. L'instruction y est éminemment
•eligieuse, et embrasse tous les objets, tous les travaux
Je l'esprit et des mains, qui peuvent éclairer les élèves
sur leur position dans la société, la leur faire chérir, leur
inspirer l'amour de leurs devoirs et leur en faciliter l'ac-
complissement raisonné, joyeux et zélé. Elle est de tous
les momens , au milieu des occupations extérieures; on
saisit toutes les occasions de les former à la justesse du
coup d'oeil , à l'adresse manuelle , à l'exercice libre et
rationnel de leur intelligence ; on est bien plus soigneux
encore de n'en laisser échapper aucune , soit de se servir
du spectacle de la nature pour retracer i leur pensée la
grandeur et la bonté de Dieu , soit de leur donner à pro-
pos, sur les phénomènes qui s'offrent à leur observation,
des notions simples, exactes, propres à les prémunir
contre les erreurs populaires. Au nombre de vingt-cinq à
trente, ils n'ont qu'un seul instituteur, l'excellent et dans
la plus humble fortune, sans le savoir déjà célèbre,
Wehrli, qui est bien plus leur frère aîné, leur guide,
leur compagnon de travail, de privations et de jouissances,
que leur chef et leur maître. Tandis que les mains des en-
fans et les siennes s'exercent à la maison ou dans les
champs, il fait rouler l'entretien sur tous les objets qui
peuvent occuper leurs pensées utilement, pour l'acquisi-
tion des connaissances indispensables à leur vocation et
pour leur amélioration morale. Faire servir à l'éducation
de l'enfant du paysan -cette même agriculture, dont les
opérations absorbent tout son tems dès l'âge de dix ans, ou
même plus tôt, et semblent être incompatibles avec une
instruction favorable au développement suffisant de ses
ET POLITIQUES. 50S
facultés morales , cette idée fondanaentale de M. de Fel-
leuberg était, pour ainsi dire, sanctionnée d'avance par
l'histoire comparative des peuples livrés aux occupations
de la chasse et de la pêche, aux soins de la vie pastorale,
aux entreprises du commerce ou de la gudrrc et des peu-
ples agricoles, incontestablement supérieurs aux autres,
par des mœurs à la fois douces et fortes , une santé meil-
leure, une énergie plus soutenue, une activité mieux ré-
glée, des habitudes d'ordre, de sobriété, de tempérance
et de justice. Le travail est le grand moralisateur de
l'homme; mais le travail des champs a des avantages qui
lui sont particuliers, et que M. Ch. Pictet a singulière-
ment bien caractérisés dans ses Observations sur les moyens
que T agriculture fournit à l'éducation (i). Ces réflexions
montrent avec une telle évidence combien l'idée fonda-
mentale sur laquelle repose l'école des pauvres à Hofwyl,
est une idée belle et heureuse qu'il nous paraît utile d'en
offrir ici le résumé , et comme moyen de mieux apprécier
les vues de M. de Fellenberg , et comme motif d'imitation
pour les propriétaires qui, en combinant les travaux a'gri-
coles avec l'enseignement sur le modèle d'Hofwyl, se-
raient, par de bien légers sacrifices, à portée d'ouvrir,
dans leurs domaines, à la population indigente, une source
infaillible de contentement et de vertus, ainsi que de s'as-
surer pour eux-mêmes une pépinière d'ouvriers intelligens,
actifs et honnêtes.
L'exercice continuel, en plein air et dès l'enfance, rend
l'homme plus robuste, plus insensible aux variations de
la température. Le succès des travaux du laboureur dépend
(i) Voyei le ou» vol. de la Biblioth. Britannique, division : liUé-
rature.
50a sciences morales
(le la faveur du ciel ; il doit l'implorer ; il vit d'espérance :
lorsqu'elle est trompée, il se résigne. S'il est laborieux,
régulier, tempérant, il prospère : son intérêt lui recom-
mande des vertus qui garantissent son bien-être. Les phé-
nomènes qui se passent sous ses yeux, et qui influent si
puissamment sur le résultat de ses soins; les qualités, les
élémens, la situation du terrain qui reçoit ses sueurs et
sa semence, sont l'objet nécessaire d'observations et de
combinaisons qui exercent son intelligence et l'accoutu-
ment ù réfléchir pour tâcher de prévoir et de prévenir, de
profiter des chances propices, ou d'obvier à- des accidens
possibles.
Les diflicultés qui font acheter le succès, les mécomptes
souvent répétés, sont autant de leçons pour les enfans. La
vie en est remplie, et l'apprentissage s'en fait avec moins
d'amertume, dans un art qui s'exerce sous l'influence im-
médiate de la nature. L'habitude de la résignation , de la
patience, du courage, doit se former dans une éducation
où l'enfant est sans cesse sous la main de la Providence,
et comme en regard avec elle, où les merveilles de la
création se renouvellent incessamment sous ses yeux, où il
agit, pour ainsi dire, sans intermédiaire entre Dieu et lui,
et où l'espérance renaît dans son cœur presque ajussitôt
qu'elle est détruite.
La propriété acquise par le travail inspire le respect des
droits d'aulrui; elle double l'activité; elle donne un but
à l'économie et du charme à la prévoyance. Ce sentiment
de la propriété entre aussi comme moyen dans l'éducation
des indigens d'Hofwyl. Chacun d'eux possède un petit
jardin , un arbre et ses fruits, les produits de son glanage,
les graines qu'il a recueillies; chacun a ses instrumens à
part, ses outils à soigner; enjSn, une partie des salaires
ET POLITIQUES. 50»
qu'ils sont capabies de gagner, est appliquée à un fonds
qu'ils trouveront un jour, lorsque l'emploi leur en sera
utile.
, Le cultivateur a le privilège d'obtenir des succès qui ne
coûtent rien aux autres; ses vœux sont les vœux de tous
ses émules; leurs désirs, leurs espérances, ne se croisent
en rien. Loin de donner lieu à cette contagion des senti -
mens haineux qui empoisonnent le caractère et qui trou-
blent la vie , l'agriculture est , pour les enfans des pauvres,
une école de sociabilité, de dispositions douces et secou-
rables dans leurs relations de tous les momens. La disci-
pline exacte à laquelle ils sont soumis à Hofwyl, celte vie
encadrée et comme divisée en compartimens, où chaque
devoir, chaque occupation a sa place, formeront des
hommes pour lesquels l'ordre sera un besoin.
Tout ce que leur conduite en bien ou en mal, tout ce
que l'eûet des conversations du chef de l'école avec ses
élèves offre à son observation d'important à reinarquer,
tout ce qui peut devenir motif de changement ou de per-
sévérance dans le plan d'éducation adopté par le fondateur,
et suivi avec tant de dévouement par son digne collabora-
teur, est consigné avec candeur dans un journal que ce
dernier tient très-régulièrement. Rien à la fois de plus
touchant et de plus instructif que les extraits du journal
de "Wehrli, que M. Piengger a insérés dans son écrit sur
l'école des pauvres à Hofwyl, écrit rédigé au nom d'une
commission nommée pour prendre une connaissance ap--
profondie de cet admirable institut, et dont les membres
ont vécu plusieurs jours au milieu des enfans, du matin au
soir, pour observer les exercices de religion , les travaux
des champs , les occupatioi>s sédentaires , les repas , les
jeux des élèves, enfin leur instruction , qui embrasse la
pratique de l'agiicûlturc, la lecture . l'écriture, l'arithmé-
506 SCIENCES MORALES
tique , quelques notions de grammaii-e et de géométrie
(celle-ci, principalement, comme servant Je base à l'ar-
pentage , l'histoire naturelle dans ses rapports avec Tagri-
culture), un abrégé de l'histoire et de la géographie de la
Suisse et la musique élémentaire.
Cette dernière partie de l'enseignement n'est nullement
envisagée à Hofwyl comme une espèce de récréation ou
dehors-d'oeuvre, mais comme élément essentiel de l'ins-
truction, ou plutôt de V éducation que M. de Fellenberg
distingue soigneusement de V instruction. L'éducation est
l'ensemble des moyens propres à opérer le développement
des facultés de l'élève, et à leur imprimer une direction
conforme à sa noble destinée, et ne comprend l'instruc-
tion au nombre de ses moyens, qu'en qualité d'un instru-
ment, dont l'action doit être coordonnée à celle des autres
ressorts, et subordonnée à la grande fin de l'anoblissement
moral de l'homme. L'expérience d'Hofwyl a prouvé que
le chant est, pour tous les enfans, un moyen puissant de
civilisation et de sociabilité, un moyen de les accoutumer
à une règle , à une coopération calme et harmonique , un
moyen de modérer les élans desordonnés, d'épurer les
sentimens et d'élever l'ame à de hautes pensées (i). Il sert
en particulier efficacement à adoucir les affections , à ré-
jouir plus dignement le cœur, à assouplir, pour ainsi dire,
le naturel grossier d'enfans tirés en partie de la classe des
mendians, et qui ont apporté dans l'école d'industrie des
formes rudes et abjectes , souvent même le germe d'ha-
bitudes vicieuses. La plupart d'entre eux savent par cœur
une centaine d'hymnes, de cantiques, de chansons de
composition très-variée, quelques-unes pleines d'une gaîté
(i) Voyez , sur la Jestinalion et l'influence morale de la musique ;
Esprit de la mcl/iodc de Pcslalozzi (Milan , iSi 2} , Tom. II , p. aSa
ït suiv.
ET POLITIQUES. 507
à la fois naïve et spirituelle , toutes d'une tendance par-
faitement morale.
La littérature allemande est particulièrement riche en mor-
ceaux de poésie aussi élerée qu'adaptée à l'intelligence la
plus commune. Les hymnes de Gellert, de Lavaler, de-
Rrummacher, etc., remplacent, ùHofwyl, les chansons
insignifiantes, frivoles, immorales, dont les champs re-
tentissent ailleurs; et, partout où les vrais amis du peuple
voudront s'occuper de ce grand moyen de son perfection-
nement moral, avec un soin proportionné à sa haute im-
portance, des chants propres à nourrir l'ame d'une joie
pure et de bons sentimens, peuvent remplacer ces chan-
sons sales et dégoûtantes qui font d'un des plus puissans
organes de la sagesse et de l'enthousiasme divin , un des
instrumens les plus funestes, les plus actifs de dégradation
et d'abrutissement des classes inférieures.
Comment, sans une coupable légèreté, laisser au hasard
le choix d'un moyen d'éducation si efficace ? Comment
lîvre-t-on aux passions abjectes ou destructives, au vice
et à la frivolité, l'usage d'un levier dont les premiers lé-
gislateurs s'étaient emparés avec tant de prévoyance et
de succès? Le besoin qui nous est inné, d'exprimer nos
pensées et nos sensations en sons mesurés et mélodiques,
est un des ressorts que l'éducation ne peut négliger dé
faire servir, par un emploi raisonné et par une prudente
coordination avec ses autres agens, sans manquer à l'un
des devoirs le plus clairement indiqués par l'auteur de
notre organisation physique et intellectuelle. Qui pourrait,
sans émotion et sans un sentiment profond de la vérité de
ces réflexions, lire ce récit extrait du journal du digne
Wehrli. « L'automne dernier, dit-il, je me promenais
avec mes enfans au clair de la lune : l'un d'eux s'écria que
la lune paraissait d'un beau rouge au-dessus du lac; alors
508 SCIENCES MORALES
Uiî autre enlouna spontanément l'hymne qui commence
par ces mots : Elle se lève avec viajesté • elle brille d'un
doux éclat. ^ Cet été, quand mes enfans voyaient venir
un orage, ils chantaient l'iiymne dont les premières pa-
roles sont celles-ci : « Dieu tonnes et moi je suis sans
crainte. » Un de leurs cantiques favoris est celui qui
commence ainsi : « Le teins que Dieu nous a-ccorde s' en-
fuit avec rapidité , » et nous le chantons toujours pour la
clôture de notre entretien du samedi au soir.
Lorsqu'on réfléchit au pouvoir magique de la mélodie sur
notre ame ; lorsqu'on a éprouvé quelles idées d'infini , quels
désirs secrets et ineffables, quel dégoût des trivialités de la
vie, réveillent en nous la bonne musique , on dirait qu'elle
nous rappelle notre véritable patrie, et qu'elle nous frappe,
pour la cité céleste, de celte nostalgie que le ranz des
raches donne aux habitans des montagnes , exilés dans les
plaines de l'étranger.
Tout propriétaire instruit, qui passe une grande partie
de l'année à la campagne, peut, s'il joint à l'amour du
bien quelqu» force de caractère et de volonté , fonder dans
son domaine une école de pauvres, sur le modèle de celle
d'Hofwyl, compter sur leur travail pourle remboursement
de ses frais, et jouir, en récompense d'une avance légère
et d'une très-facile surveillance, de l'inexprimable bon-
heur d'avoir arraché au vice et au malheur trente à qua-
rante infortunés qui donneront l'exemple des vertus ap-
propriées à leur condition, là où ils auraient peut-être
reçu et propagé les germes de la corruption et du mécon-
tentement, de l'envie et de la fainéantise. II faut voir,
dans l'ouvrage de M. de Yillevieille, les conditions aisées
à trouver et peu nombreuses, qui sont indispensables
pourle succès d'une école d' industrie modt\i:e sur celle
d'Hofwyl.
ET POLITIQUES. 509
Nous voudrions pouvoir nous arrOtcr sur l"cxposé qti'il
fait des pensées qui ont dirige le fondateur dans la con-
ceplibn et l'executioD de ses deux principaux instituts,
l'école des pauvres et l'institution qu'il a destinée à l'édu-
cation de jeunes gens appartenant aux classes supérieures
de la société. Celle-ci, dans l'ordre d'énumération adopté
par M. de Villevieille, occupe le septième rang ; Vécole
pour les filles pauvres^ à laquelle il assigne le sixième ,
n'existe encore qu'en projet, ne pouvant être instituée
que lorsq-uè l'achèvement de quelques mesures prépara-
toires permettra de la placer dans un bâtiment d'attente
déjà construit.
On a reproché à M. de Fellenberg de n'avoir point
songé aux classes mitoyennes, et de s'être borné à offrir
ù celles qui dominent dans la société les moyens de co:i-
scrver ou de recouvrer leur prépondérance , par un déve-
loppement plus complet et mieux dirigé de leurs facultés
morales et de leurs ressources matérielles. L'unanimité
mêtîie des suffrages qu'a obtenus son école des pauvres ,
n'a point désarmé la sévérité des censeurs des intentions
et des créations du propriétaire d'Hofwyl. Ils ont persisté
à lui supposer des vues personnelles qu'une noble bienfai-
sance , exercée envers des êtres abandonnés, et des rela-
tions établies avec des familles riches etpuissainteSj étaient
seules propres à satisfaire. Sans rappeler ici à ces détrac-
teurs, qu'il serait assurément fort désirable que les hommes
doués des vertus et.de la persévérante activité de M. de
Fellenberg ne fussent jamais animés d'une ambition moins
généreuse , on peut leur faire observer d'abord , qu'une
trop grande étendue de plan était le plus sûr moyen d'en
empêcher le succès, et que les classes qu'on regrette de
voir négligées par le fondateur des instituts d'Hofwyl sont
tout juste celles qui , par suite de leur position et de l'état
610 SCIENCES MORALES
^actuel des institutions européennes , trouvent le plus de
secours et courent le moins de danger dans la carrière de
leur développement physique et moral; tandis que, par
des causes diverses, mais également funestes , la dépra-
vation des mœurs , l'affaiblissement de l'énergie native et
-le défaut d'aptitude aux fonctions difficiles, menacent
,prin(-ipalement les classes placées aux deux extrémités de
la chaîne sociale.
Le plan d'éducation suivi dans l'école des pauvres à Hof-
vvyl tend à inspirer le goût de leur état à ceux qui y sont
admis , et on n'aurait garde de s'en écarter, à moins qu'un
des enfans n'annonçât le germe de talens transcendans.
Dans ce cas, M. de Fellenberg, convaincu que rien de ce
que la Providence nous accoï-de avec une prudente éco-
nomie ne doit être perdu pour la société, se ferait un de-
voir de le placer, à ses frais, dans l'institut des classes
supérieures. Quant aux autres enfans, on cherche, à Hof-
wyl, à les retenir dans la carrière à laquelle leur position
les appelle, en leur fournissant les moyens d'y vivre con-
tens d'eux-mêmes et de leurs travaux. On s'occupe à
étouffer en eux le germe de sentimens haineux et de dispo-
sitions envieuses; on écarte sévèrement toute instruction
mutile , en ne leur refusant aucune des connaissances qui
peuvent les aider à fournir leur carrière avec plus de suc-
cès. M. de Fellenberg pense que chaque homme porte en
lui un capital, le plus précieux de tous, l'ensemble de ses
facultés. Chaque homme vaut, chaque homme est heu-
reux , sert lui-même et les autres , selon que son capital
est plus habilement, plus complètement et plus généreu-
sement exploité. Ce capital intérieur, exploité dans les
classes inférieures avec une tendre et noble sollicitude ,
les rendra heureuses du bonheur inhérent à leur situation :
elles aimeront la tranquillité et repousseront toute idée de
ET POLITIQUES, Hi
changement. « J'ai vu , dit M. de Villevleillc , j'ai vu ( et
cela sans exception ) tous les élèves sortis de l'école des
pauvres d'Hofwyl , porter dans le monde un esprit de bien-
veillance et de paix, et je les ai vus réunir à un très-vif
désir d'être utile , le mépris de toute prétention qui ten-
drait à les faire sortir de leur état. »
Avoir exposé le but et les résultats de l'établissement que
M. de Fellenberg a formé pour développer la justesse de l'es-
pritetlesaffectionsdoucesetmoralesducœurdans les classes
inférieures, c'est avoir répondu d'avance aux hommes qui
voient quelque chose d'incendiaire dans la pensée d'éclai-
rer le peuple, et qui proclament son ignorance comme un
élément de sa tranquillité et de son bonheur. Si l'exemple
d'Hofwyl ne les rassure pas; si celui des Écossais, jadis
de tous les peuples le plus séditieux, le plus avide de nou-
veautés, devenu, parle bienfait d'une éducation natio-
nale que leur dernier parlement leur a légué , le peuple
de la terre le plus ami de l'ordre et de la tranquillité, le
plus calme, le plus pénétré de ses devoirs, le plus labo-
rieux; si cette expérience mémorable et décisive ne peut
leur ouvrir les yeux, qu'ils les arrêtent au moins sur les
mœurs du peuple, dans les pays où il est ea posses-
sion de toute l'ignorance qui leur paraît si désirable, et
qu'ils comparent sa conduite dans les troubles politiques
avec celle du peuple , dans les contrées où cette instruc-
tion qu'ils redoutentest le plus généralement répandue, en
Hollande , en Suisse , en Saxe , etc. Ils verront les effets
de cette politique qui croit fonder la sécurité des gouver-
nemens sur l'abaissement et l'ignorance de leurs sujets ,
tracés en caractères de sang dans l'histoire de tous les
tems, et principalement dans celle de nos jours. Quels
sont les hommes les plus paisibles, les plus dociles obser-
vateurs des lois ? Ceux dont l'entendement est obscurci par
Sl-2 SCIENCES MORALES
(les préjuges de tout genre, qiii sont mécontcns de leilt
sort et envient celui de leurs supérieurs , que leur incapn-
cité rend misérablement dépendans et livrés ù toute espèce
de séduction par l'appât d'un gain facile, par l'atlrait de
-coupables espérances ? Ne les trouvera-t-on pas bien plus
sûrement dans une génération d'hommes formés à l'amour
du travail et de l'ordre , instruits à l'école de la nature et
-de la religion, connaissant les véritables et utiles rapports
des différentes classes delà société, respectant la propriété,
parce cpi'ils participent à ses avantages, et possédant en
eux-mêmes à la fois les ressources qui peuvent les mettre
à l'abri du besoin, et les lumières qui les rendront inacces-
sibles aux pièges de la perversité.
L' Institut d' è.ducaiion pour les classes supèrieurks de la
■société est placé, à Hofwyl, à côté de l'école des pauvres ,
comme pour mettre sous les yeux de jeunes gens , destinés
à jouir d'une fortune considérable, ce qu'un propriétaire,
même avec des moyens bornés, peut faire pour le perfec-
tionnement et le bonheur du peuple des campagnes, tout
en donnant les soins les mieux entendus à la culture de
ses terres et en se ménageant une pépinière d'ouvriers
adroits et honnêtes pour l'exploitation plus utile de ses
domaines, tandis que les enfans de l'école d'industrie
apprennent de bonne heure à connaître leurs véritables
relations avec la classe des riches , et à les chercher dans
un actif échange de services et de bienfaits. Les mêmes
principes ont, au surplus, guidé le fondateur, lorsqu'il
s'est occupé de l'organi'i^^tion de ces deux différens éta-
blissemens. Mettre les élèves au niveau de leur position
sociale par une éducation bien dirigée dont une instruc-
tion, n'offrant ni lacune, ni luxe, ni confusion d'objets
d'enseignement, serait un des moyens principaux, mais
nullement le but : tel est l'objet que M. de Fellenberg s'est
ET POLITIQUES. 513
proposé d'atteindre dans l'un et l'autre institut. Persuadé
que les classes supérieures ne peuvent conserver leur haute
vocation, et que les sociétés ne sont fortes que lorsque ces
premières classes appuient leur primauté de Convention
sur une véritable prééminence morale, il a cru rendre un
service important à l'ordre social ébranlé, en tâchant de
réaliser un plan d'éducation qui, en retrempant leur ca-
ractère, en les formant au rôle auquel leur situation les
appelle, pur des études fortes et par l'habitude d'un travail
soutenu, leur rendrait cet ascendant d'opinion qui a reçu
de si graves atteintes, et leur conserverait ou les mettrait
en état de rétablir cette supériorité de fortune qui tend à
décroître, et qui est une des bases indispensables de leur
prépondérance (i).
Je regrette de ne pouvoir suivre M. de Villevieille dans les
détails qu'il donne sur les objets de l'enseignement et sur la
marche des études dans cet institut , ainsi que sur l'orga-
nisation de ses élèves en une espèce de corporation qui se
gouverne elle-même, d'après un règlement fort sage et
qui sert à leur inspirer un zèle de bien faire, totalement
différent d'une émulation envieuse. Je dois me borner à
Tindication de quelques-uns des traits qui caractérisent plus
particulièrement cette institution de M. de Fellenberg.
L'instruction embrasse toutes les branches de connaissances
humaines qu'on i^eui. appeler prépara foires, et les exercices
qui donnent de la force et de l'agilité au corps. Aucune
science spéciale n'entre dans le plan des établissemens d'Hof-
wyl , si ce n'est l'agricultu re pratique et raisonnée , à laquelle
(i) Cette disposition à perfectionner l'édiicatioa des enfans des
classes supérieures , qui a quelquefois donné lieu d'attribuer a'ix ins-
tituts d'Hofwyl une sorte de tendance aristocratique , est néanmoins ,
à beaucoup d'égards, parfaitement appropriée aux besoins actuels de
la civilisation. Jsotc d. R.
TOMB XI, 33
514 SCIENCES MORALES
un insliliit spécial est [consacré. Les éludes philologiques
tiennent une grande place, on pourrait dire le premier
rang, dans les cours de l'école de M. de Fellenberg, pour
les classes supérieures de la société; et, quand on réfléchit
à la nature et au nombre des opérations de l'esprit, de la
mémoire, de l'imagination, du jugement qui sont mises
en jeu par les savantes combinaisons de l'interprétation
et de la critique , on augurera bien de l'aptitude à tous les
travaux qui exigent du tact, l'habitude de l'analj'se et une
certaine liberté de coup d'œil que les élèves doivent ac-
quérir dans les leçons des habiles professeurs de langues
et de littérature à Hofv\yl. Les personnes versées dans la
biographie des hommes célèbres savent que presque tous
ceux qui se sont fait un nom dans l'administration, ou par
des conquêtes scientifiques et des créations littéraires ,
avaient donné, dans leur jeunesse, beaucoup de tcms aux
études philologiques. On ne peut, par des raisons analogues,
qu'approuver le rôle qu'on fait jouer, à Hofwyl, à la langue
grecque, cet instrument si souple et si parfait de la pen-
sée, la plus belle des productions de l'homme et la plus
féconde en résultats brillans ou bienfaisans , puisque c'est
à l'usage de cet organe admirable que les Grecs doivent
leur supériorité intellectuelle sur tous les peuples de la
terre. Mais, si l'oi'dre de priorité et de suprématie assigné
à la langue grecque me paraît motivé par des raisons dé-
cisives , je ne crois point que son étude puisse dispenser
de celle de la logique qui est exclue de l'encyclopédie
propédeutique à Hofwyl. Sans attribuer à la théorie des
propositions et des sj'llogismes plus d'importance qu'elle
ne mérite, et en avouant que son exposition la plus soi-
gnée ne suffit pas pour former un bon logicien , celte
doctrine offre cependant des nolions élémentaires que
l'homme instruit ne peut ignorer sans inconvénient. Je
ET POLITIQUES. 515
dois encore me permettre de réclamer contre l'espèce de
proscription qui paraît frapper, à Hofwjl , l'enseignement
des principales parties de la philosophie pure et appliquée.
Je conçois que les changemens successifs et fréquens
qu'elle a subis en Allemagne depuis un demi-siècle,
et qui ofit répandu l'inquiétude dans les esprits reli-
gieux, et l'incertitude sur le choix des principes qui
doivent servir de fondemens à la métaphysique, com-
mandent une grande circonspection et beaucoup de réserve
dans la direction de cette partie de l'instruction scolaire.
Mais il y a moyen de satisfaire à ce que demandent cette
grave considération et l'état presque anarchique de l'en-
seignement de la philosophie spéculative, sans priver les
élèves d'une étude qui offre un des exercices les plus utiles
des facultés de l'homme, et qui fournit des notions subsi-
diaires , des bases indispensables aux connaissances les
plus usuelles et les plus importantes. Je ne nommerai ici
que la morale et ses branches nombreuses, en y compre-
nant le droit naturel et la religion rationnelle. Je ferai
encore observer que, dans l'état actuel de la littérature,
les élèves ne peuvent échapper aux discussions philoso-
phiques souvent les plus hardies. Ils risquent d'en trou-
ver partout, et, en dépit de toutes les précautions qu'on
prendrait, jusque dans des ouvrages historiques, dans des
traités d'érudition, dans des essais littéraires, en apparence
relatifs à de purs objets de goût et aux arts de l'imagination,
sans parler des livres de théologie et de politique. S'ils
n'apportent à ces lectures quelque connaissance d'une
philosophie saine et profonde qui serve à les orienter dans
les régions élevées de la spéculation, et qui les prému-
nisse contre l'illusion d'idées séduisantes par leur appa-
rente profondeur et leur spécieuse fécondité, ils seront
exposés à des impressions bien plus dangereuses qu'ils ne
3.r
6 SCIExXCES MORALES
pourront en recevoir de l'exposition méthodique et sage
d'un bon traité élémentaire de philosophie théorique et
morale.
Au surplus , ce qui vaut mieux que le meilleur enseigne-
ment didactique , c'est la philosophie profondément reli-
gieuse et pratique que respirent tous les travaux des cent
élèves d'Hofvvyl et des trente professeurs distingués qui se
partagent leur instruction, graduée sur les nombreux
classemens établis parles progrès indéfiniment nuancés des
élèves et mobiles au gré du développement de leurs fa-
cultés ou des résultats de leur application. Leur inspirer
le mépris des jouissances sensuelles, le goût de celles de
l'esprit, du travail et de la bienfaisance; faire naître en
eux des habitudes d'ordre, de propreté, d'attention, de
surveillance et d'un sage emploi du tems, est le but qu'on
ne perd pas un moment de vue dans tout ce qui se fait
pour eux, par eux et devant eux, à Hofwyl.
Dans l'étude de l'histoire, on s'attache à leur faire voir
la main de Dieu empreinte dans tous les événemens, et
surtout à leur faire apprécier tous les caractères de cette
grande mutation (pag. 128) vraiment divine , dont le
résultat fut la propagation du christianisjne et de tou,s les
élémens de civilisation (juil renferme. Nul doute que cette
manière de considérer les phases de la destinée des nations
ne soit non seulement la plus édifiante et la plus salutaire,
en l'envisageant comme un moyen, plus sûr qu'aucune ins-
truction dogmatique, de jeter dans les cœurs de la jeu-
nesse les racines de sentimens religieux, profonds et inef-
façables, mais encore la plus philosophique et la plus con-
forme aux vues des plus savans historiens. Bossuet, Ro-
Lertson, J. Miillcr, C. D. Beck,ont annoncé, comme
résultat de leurs profondes méditations, de leurs immenses
recherches et d'une conviction à laquelle ils ne pouvaient
ET POLITIQUES. 517
é<jhapper, lu convergence des affaires humaines vers un
seul but, vers le triomphe final de la loi de sainteté et
d'amour , proclamée par le christianisme. Faire prédo-
miner ce point de vue dans l'enseignement de l'histoire,
est un moyen d'expier la nécessité d'occuper la jeunesse
long-tenis et presque uniquement des écrivains classiques
de l'antiquité, imprégnés de tous les miasmes corrupteurs,
de toutes les maximes d'impiété, de férocité et de luxure,
dont le sauveur des hommes est venu les aider à secouer
le joug honteux.
Il ne nous reste plus d'espace pour donner une idée de
Vêcole normale de M. de Fellenberg, le neuvième des ins-
tituts que M. de Villevieille passe en revue, établissement
dont l'autorité supérieure a ordonné la suppression, au bout
de huit années d'activité. Nous engageons les amis de dis-
cussions lumineuses et impartiales, qui ont pour objet des
questions relatives à l'éducation , considérée soit dans ses
principaux moyens, soit dans ses rapports avec le bien de la
société elle sort à venir des États civilisés de l'Europe, à lire
les réflexions de M. de Villevieille, sur la différence de l'i/M-
tmction et de V éducation (pag. ii3 et ii4),sur l'abus
des mathématiques (pag. i63), sur les progrés que le
rassemblement d'instituts concentrés dans le même local
tel qu'il existe à Hofwyl , promet à l'analyse de l'entende-
ment humain (pag. G>) , sur les inconvéniens et les avan-
tages de la diffusion des lumières (pag. m)» sur la
différence entre les progrès des lumières et les progrès de
l'esprit humain (pag. igS), sur le dangereux aveuglement
des gens du monde qui, au lieu d'ajouter leur coopération
loyale et patriotique à l'action centrale du gouvernement ,
se font un point d'honneur de demeurer en dehors de cette
action, et de se borner à lui demander la garantie de leurs
jouissances pour prix d"une déférence passive (pag. 197) >
el sur le mérite comparatif des méthodes d'éducation de
518 SCIENCES MORALES
M. Pestalozzi et de M. de Fellenberg (pag. 176-189),
parallèle piquant et délicat, fait avec prédilection pour
l'illustre ami de l'auteur, mais avec beaucoup d'équité et
avec le sentiment d'une profonde vénération pour l'homme
supérieur qui, animé du plus pur amour de l'humanité, a
consacré un beau génie et une longue vie laborieuse exclu-
sivement à l'amélioration du sort de ses semblables.
P. A. Stapfer.
^^l'tWlW'^/WWVlWtjV
An accou>t of tue improvements , etc. — Compte rendu
DES BONIFICATIONS FAITES AUX DOMAINES DU MARQUIS
DE Stafford , par James Loch, esq'^ (1).
D'après le titre de cetouvrage, on pourrait croire qu'il pré-
sente tout au plus la solution de quelques questions d'écono-
mie domestique ou d'économie rurale, et s'étonner qu'un
seigneur anglais ait cru convenable d'annoncer au public
comment il a augmenté sa fortune. On se tromperait com-
plètement; il s'agit, pour l'auteur et pour celui qui l'em-
ploie, de justifier une grande révolution opérée, durant le
cours des dernières années , dans les montagnes d'Ecosse.
La nation des Gaeles , reste des antiques Celtes, réduite à
trois cent quarante mille individus, est aujourd'hui expul-
sée de ses fojers par ceux même qu'elle regardait comme
ses chefs, par les familles auxquelles elle avait montré,
pendant une longue suite de siècles, un dévouement en-
thousiaste. Toutes les propriétés qu'elle avait cultivées ,
de générations en générations , sous des redevances fixes ,
lui sont ravies; les champs qu'elle labourait, destinés dé-
sormais au pâturage des troupeaux, sont livrés à des ber-
gers étrangers; ses maisons et ses villages sont rares ou
détruits par le feu, et l'on ne laisse aux montagnards de
(\) Londics, 1820. Un vol. in S", de 554 pages et ôç) planches.
ET POLITIQUES. 519
îa nation expulsée d'autre choix que d'élever des cabanes
sur le bord de la mer, pour essayer de maintenir par la
pèche leur misérable existence, en vue des montagnes d'où
on les a fait sortir, ou de traverser cette mer pour aller
chercher fortune dans les déserts de l'Amérique.
Comme cette révolution s'opérait à huit cents milles de
distance de Londres, dans un pays presque barbare, et
dont la langue est inconnue ù tout le reste de l'empire, elle
fut quelque tems ignorée, ou du moins elle n'excita que
bien peu d'attention. On apprit enfin , en Angleterre , que
quelques habitans du nord de l'Ecosse avaient attendu les
soldats destinés à les chasser de leurs villages, que quel-
quefois ils les avaient repoussés à coups de pierre; qu'on
les avait entendus demander à être massacrés avec leurs
femmes et leurs enfans sur les tombeaux de leurs pères ,
plutôt que d'être envoyés, pour périr dans la misère et l'a-
bandon, dans un monde qui ne voulait pas les recevoir,
€t où aucune place ne leur était réservée : cette résistance
réveilla la compassion d'un peuple généreux. Parmi les
seigneurs écossais qui chassèrent leurs compatriotes de
leur ancien asile, la marquise de Stafford, héritière du
comté de Sutherland , attira surtout l'attention , soit par
l'étendue de ses domaines, soit par l'activité avec laquelle
elle accomplissait son dessein, soit même par les immenses
capitaux qu'elle versait sur ce pays, dont elle changeait
toute l'administration. On apprit qu'environ quinze mille
paysans étaient forcés de sortir d'une contrée , grande
comme un des départemens moyens de la France; que ces
malheureux étaient le seul reste des nombreux vassaux de
sa famille qui , pendant tant de siècles, avaient répandu
leur sang pour elle. On assura que , pour les forcer à se re-
tirer, le facteur, chargé de faire évacuer le pays, mettait
le feu à leurs maisons; on prétendit même qu'un vieillard,
520 SCIENCES MORALES
d'autres disaient une vieille femme, ayant refusé d'aban-
donner sa cabane pour aller braver l'exil et la misère, sa
présence n'avait point arrêté l'incendiaire, et que la vic-
time avait péri dans les flammes. Alors l'animadversion
publique se manifesta par des signes qui^ chez une nation
libre, ne sauraient être méconnus.
La marquise de Stafford n'a pas cru mériter le jugement
sévère que l'on commençait à porter sur elle ; et c'est pour
sa justification que le liyre dont nous parlons a été com-
posé. Peut-être, lorsqu'il s'agit de faits affirmés et niés con-
Iradictoirement, la sentence d'un jury pouvait-elle seule
inspirer une entière confiance. Il est juste, cependant, de
convenir que le plaidoyer de M. Loch pour le marquis de
Stafford j ou pour sa femme la comtesse de Sutherland, est
fait pour produire une grande impression sur l'opinion pu-
blique. L'auteurparaît réunir une humanité compatissante
à une raison élevée ; il aborde franchement son sujet, et il
le traite sous son vrai point de vue , celui du bonheur ou du
malheur de ses vassaux, dont il reconnaît que le seigneur
est responsable. Il prodigue peut-être trop d'éloges aux
moindres employés du marquis de Stafford, tant en Ecosse
qu'en Angleterre : il a peut-être trop l'air de vouloir mé-
nager tous les suffrages, et de regagner les mécontens par
des paroles flatteuses; mais les faits qu'il rapporte sont
clairs, précis, et les preuves dont il les appuie laissent
peu de doute dans l'esprit.
Il résulte de ce livre que la marquise de Stafford était sou-
veraine, dans la partie la plus septentrionale de l'Ecosse,
d'une moitié environ du comté de Sutherland , supérieure en
étendue au département du Haut-Rhin , peu inférieure à
celui du Bas-Rhin, et contenant huit cent mille acres écos-
sais, ou un million d'acres anglais, ce qui fait plus de
quatre cent mille hectares de superficie. Quinze mille ha-
ET POLïTIQUES. 521
bilans seulement se partagèrent ce territoii-e , et cette po-
pulation paraissait encore beaucoup trop nombreuse au
seigneur, depuis qu'il n'en exigeait plus de service mili-
taire (p. 1. '5). Tout, en effet, était militaire dans l'ancienne
organisation du pays : une trentaine seulement de gentils-
hommes relevaient immédiatement des comtes ; on les
nommait Tacksmen, et le district qui leur était assigné
à gouverner et à cultiver s'appelait tack : cerls-ci l'avaient
partagé de même entre leur- subordonnés, qui présidaient
à chaque hameau et à chaque vallée , et au-dessous de ces
derniers se trouvaient les laboureurs. Les iacksmen étaient
en même tems juges de tous leurs paj^sans durant la paix,
capitaines durant la guerre, et l'oliéissance était adoucie
par la persuasion des subordonnés , qu'ils étaient tous
parens de leur chef; tous, en effet, portaient le même
nom. Chaque chef pouvait user de la prérogative de donner
ou de retirer à volonté, aux hommes qui lui obéissaient ,
les portions de terre qu'ils cultivaient, et sur lesquelles ils
devaient vivre : mais chacun, loin de songera dépouiller
ses tenanciers, était intéressé à augmenter sa puissance en
attirant de nouveaux laboureurs dans sa capitainerie.
D'ailleurs, le revenu perçu par le comte de Sutherland
sur les tacJcsmen, par ceux-ci sur leurs vassaux et leurs
arrière-vassaux , était si peu de chose , qu'on devait le
regarder plutôt comme une reconnaissance de souverai-
neté que comme une rente. Chaque famille était tenue tout
au plus à une prestation annuelle de quelques schelings en
argent, de quelques pièces de volaille et de quelques jour-
nées de travail (i).
Mais, d'autre part, tout homme qui naissait sur le do-
maine des Sutherland, dans tous les degrés de l'échelle
(i) Appendix i. Reniai of Kintradwcll for i8ii.
522 SCIENCES MORALES
féodale, était tenu de prodiguer son sang et sa vie pour la
défense de la souveraineté et de l'honneur de la famille à
laquelle il se regardait comme agrégé. Avant le dixième
siècle, les Danois débarqués sur les côtes avaient conquis
les plaines du Caithness, et repoussé les Gaeles dans les
montagnes. Dès-lors, le Caithness et le Sutherland, autre-
fois réunis sous un même nom et un même gouvernement,
avaient été séparés par une langue diverse et par une cons-
tante inimitié. Mais le Mhoir-Fhear Chattaibh ^ comme
on l'appelait en gaélique, ou le grand homme de Suther-
land, avait toujours trouvé ses compagnons d'armes prêts
à le défendre , au péril de leur vie, contre tous ses ennemis,
(•anois ou écossais, étrangers ou domestiques.
Dans le dix-huitième siècle, les guerres privées devin-
rent plus rares ou moins dangereuses, et les rois d'Angle-
terre,sans étendre jamais une autorité réelle sur cesproTinces
éloignées, voulurent du moins que le pouvoir des grands
parût être une émanation du leur. Ils encouragèrent donc
la levée de régimens de familles , qu'ils accordèrent aux
seigneurs écossais, et ils leur permirent de combiner ce
nouvel établissement militaire avec le système national des
Clans ; de manière que l'un servit d'appui à l'autre. Le
9o' régiment fut accordé au comte de Sutherland, et sa paie
devint dès-lors le principal revenu de la famille , tandis que
les gentilshommes du comté obtenaient des tacks des
concessions de terre , proportionnées à leurs grades dans le
régiment, et qu'à leur tour ils se procuraient des recrues
aux mêmes conditions, en partageant ces concessions de
terre entre leurs subordonnés (p. 46).
Sous cette administration, la population s'était répartie
d'une manière assez égale sur toute la surface du Suther-
land. Chaque vallée contenait son hameau, les terrains
d'alluvion avaient été destinés à la culture de l'avoine et do
ET POLITIQUES. 523
l'or-ge ; on faisait des gâl«aux do la première, on distillait
une boisson nommée whiskey de la seconde (p. 5i) : les
montagnes, couvertes d'une herbe assez épaisse, étaient
abandonnées aux troupeaux. Les habitans étaient braves,
mais pauvres et peu industrieux; ils étaient passionnément
attachés à leur langue, à leur costume, à leur honneur
national, à leur chef, à leurs montagnes; mais les huttes
qu'ils habituent étaient misérables, les terrahis qu'ils lais-
saient cultiver à leurs femmes ne se couvraient que de
moissons languissantes ; les troupeaux avec lesquels ils
erraient dans les montagnes étaient d'une race faible et
dégénérée , et, dans les mauvaises années, les hommes,
comme le bétail, souffraient presque toujours et périssaient
quelquefois de la faim. Depuis plusieurs siècles , le pays
n'avait fait aucune sorte de progi'ès ; il n'y avait point de
grandes routes, point de porte, point de communication,
si ce n'est pour les piétons, entre les difFérenles parties du
c^njté; et, loin d'obéir aux lois de l'Angleterre , la plupart
deshabitans ne savaient pas mêmequ'elles dussent les régir.
Dans le cours des huit ou neuf dernières années, cesquinze
mille personnes, formantenviron trois mille familles,ontété
chassées, ou, selon l'expression adoucie de notre auteur, dé-
placées {j'emoved) de toutl'intérieurducomté; tous leurs vil-
lages ont été démolis ou brûlés, et tous leurs champs convertis
en pâturages (p. 92). Une opération semblable était faite, à
peuprès simultanément, par les sept ou huit autres seigneurs
qui possédaient le reste du comté de Sutherland, dont la
surface est de plus d'un million d'acres écossais, et pres-
que tous les seigneurs du nord de l'Ecosse avaient donné
ou suivi cet exemple; mais il paraît, d'après M. Loch, que
la marquise de Stafford a montré bien plus d'humanité
qu'aucun de ses voisins. Elle s'est occupée du sort de ceux
qu'elle déplaçait; elle leur a offert une retraite sur ses
52A SCIENCES MORALES
propres terres ; et. en leur reprenant sept cent quatre
"vingt-quatorze mille acres de terre, dont ils étaient en pos-
session depuis un tems immémorial , elle leur en a laissé
six mille environ , ou deux acres par famille.
Ces six mille acres , ouverts pour servir de refuge aux
petits tenanciers, étaient auparavant en friche, et ne ren-
daient rien au propriétaire. Celui-ci ne les a cependant
pas concédés gratuitement : il les a assujélis à une vente
mo3-enne de deux schelings et demi par acre, et il n'a
point fait de baux plus longs que pour sept ans, mais il a
promis de renouveler le bail pour sept autres années , si la
terre se trouvait bien cultivée (p. 107).
Les sept cent quatre-vingt-quatorze mille acres, dont la
marquise de Slafibrd a repris ainsi possession, ont été
divisés en vingt-neuf grandes fermes fort inégales en
étendue. Il en est de plus grandes que le département
de la Seine, qui lui-même a 46, 181 hectares, et ne
formerait par conséquent pas plus du neuvième de la sur-
face du domaine des comtes de Sutherland. Ces fermes,
destinées uniquement au pâturage des moutons, ne sont
habitées chacune que par une seule famille ; et, comme
l'industrie qu'elles introduisent dans le pays est nouvelle,
elles n'emploient guère que des ouvriers ou des domes-
tiques tirés du midi du royaume. Dix-sept gentilshommes,
cependant, ou anciens tacksmen de Sutherland, ont pris
autant de fermes de la comtesse, malgré les préjugés na-
tionaux, qui leur persuadaient que ce nouveau métier les
ferait déroger ; les* douze autres sont étrangers. Cent
trente-un mille moutons remplacent déjà les braves qui
versaient jadis leur sang pour la défense de Mhoir-Fhear
Chatlaibh, et l'on se flatte qu'avant deux ans leur nombre
sera encore augmenté (p. 147). Les gorges étroites des
montagnçs, illustrées par les combats d'une antique race.
ET POLITIQUES. 525
n'ont plus de témoins qui puissent en rappeler les glorieux
souvenirs; les vallées n'ont plus de hameaux; aucune voix
humaine , aucune atteinte de joie ne troublera plus ces
vastes solitudes; mais le seigneur peut désormais', à plu-
sieurs centaines de milles de distance, étaler une pompe
royale dans le château de Trentham, et encourager par
son luxe les fabriques de l'Angleterre.
On ne peut révoquer en doute que ce bouleversement
de la propriété, des habitudes , des affections, de l'exis-
tence entière d'une petite nature, n'ait prodigieusement
augmenté la fortune, déjà colossale, de la comtesse de
Sutherland; mais 31. Loch démontre qu'il a augmenté
aussi la richesse du pays ; qu'il y a plus d'argent", plus
d'activité , plus d'industrie, plus de jouissances de luxe;
que tout le Sutherland est désormais dans un état pro-
gressif de prospérité , après avoir été stationnaire pen-
dant des siècles. Plusieurs routes de quarante, de qua-
rante-cinq, de cinquante milles de longueur, traversent
déjà tout le pays; des ponts en pierre et enfer, dont quel-
ques-uns sont d'une hardiesse remarquable, ont été élevés
sur les grandes rivières; des jetées et des digues arrêtent
les inondations ; des ports ont été ouverts au commerce ;
des diligences parcourent le pays jusqu'aux petites villes
bâties à ses extrémités; des hôtelleries, des maisons de
poste ont été construites par le marquis de Stafford ,' et
l'exportation des 4i5,ooo livres de laine fine, qui furent
vendues l'année dernière, comme celle de tous les autres
produits de ce vaste patrimoine, a trouvé de grandes
facilités.
Le sort mCmc de ces milliers d'habitans, exilés de leur
patrie, n'a pas été aussi déplorable que le présageaient
leurs craintes et leurs regrets. Quelques-uns , il est vrai,
526 SCIENCES MORALES
n'ont rien voulu tenir de celle qui les chassait de leurs de-
meures : le clan Gunn, ou des Mac Hamish, en aban-
donnant les montagnes de Kildonan, et les vallées du
Naver et du Helmsdale, est sorti tout entier du pays, et
l'auteur ne nous apprend point ce qu'il est devenu. Mais,
à la réserve de cette tribu et de trente-deux familles de
Slratbbrora, parties pour l'Amérique dans les deux der-
nières années, les autres ont presque tous accepté les lots
que la marquise de Staflbrd leur avait destinés. Rejetés
sur les bords de cet immense domaine, entre la mer et
le pied des montagnes, ils y ont trouvé des terres propres
à la culture, et l'auteur affirme, ce qui doit paraître
fort étrange, que c'est seulement dans une ceinture de
demi-mille de largeur, au bord de la mer, ceinture jus-
qu'alors laissée en friche, que le Sutherland est propre à
la culture des céréales. Ces malheureux exilés, désignés
par le nom de petits tencmciers , ont reçu des secours pour
bâtir leurs nouvelles maisons, de l'encouragement pour
défricher leurs nouvelles terres; et les jardins sur lesquels
ils doivent vivre , ont été assez promptement mis en
valeur.
Dans toutes ces familles, les jeunes gens ont déplo3'^é
le caractère aventureux qui semblepropreaux montagnards
d'Ecosse : tout étrangers qu'ils étaient à la mer et à ses ha-
bitudes, ils ont acheté ou fabriqué des bateaux; ils ont
fait un rapide et hardi apprentissage sous les bateliers que
le marquis de Stafford avait chargé de les former , et ils
ont été attendre, sur le grand banc, les morues et les ha-
rengs , qui visitent les parages alternativement, et dans
des saisons différentes. De vastes magasins ont été bâtis à
Helmsdale et à Brora, pour curer et préparer le poisson ;
des maisons de commerce d.'Ecosse et d'Angleterre y ont
ET POLITIQUES. 597
envoyé Iciics pasteurs, el la pOchc , s'accroissaul d'année
en année, de 18 14 à 1819, est devenue pour ce pays une
source abondante de richesses. ( p. i25. )
On peut donc conclure, avec M. Loch, que les projets
ibrniéspar la marquise de Strafford pour l'amélioration de
ses terres dans le comté de Sutherland ont eu un plein
succès. Non seulement elle en a recueilli d'immenses avan-
tages, elle a encore fait passer rapidement ce pays de la
barbarie à la civilisation ; et si elle a causé Tes plus dou-
loureuses angoisses à ce petit peuple , dont la destinée lui
était confiée, en retour, dit notre auteur, elle a ouvert un
champ plus vaste à son industrie , et elle a tâché d'adou-
cir ses regrets, en lui offrant plus d'aisance et plus d'es-
pérance pour l'avenir. Mais les moyens par lesquels la mar-
quise de Stafford a animé le commerce et les arts ù l'ex-
trémité de l'Ecosse ne sont-ils pas tout semblables à ceux
que le pacha du Caire employait dans le même tcms en
Egypte? On a vu, par l'un et l'autre exemple, que lors-
qu'un despote a par hasard le désir de civiliser un peuple,
il y réussit plus rapidement et plus complètement qu'un
gouvernement libre, parce qu'il dispose seul de toutes les
forces, de toutes les richesses de la société, et parce
qu'aucun égard pour les habitudes , les sentimens , les
préjugés ne l'arrête. Aucun homme sage n'en conclura que
c'est par des moyens despotiques qu'on doit faire avancer
la civilisation ; car leur énergie, pour foire le mal, n'est
pas moins grande que pour faire le bien; et si lamarquise
d2 Stafford s'était trompée, lorsqu'elle opposait ses pro-
pres calculs aux désirs et aux regrets de tout un peuple ,
des milliers de malheureux eussent été victimes de son
erreur. D'ailleurs, dans sept ans, dans quatorze ans, à
chaque terme de leur bail, ces familles dépaysées seront
de nouveau, peut-être, exposées à voir leur existence sa-
528 SCIENCES MORALES
crifiéc par la dissipation ou l'avarice , la folie ou l'injustice
de ses héritiers.
En admettaiit, avec 51. Loch, que la marquise a exé-
cuté ses projets avec autant d'humanité que de prudence ,
encore doit-on frémir à l'idée que la. loi, telle qu'elle est
interprétée en Angleterre, permettait d'expulser tout ce
peuple de ses foyers, sans pourvoir aucunement à sa sub-
sistance et à son sort à venir; que le gouvernement au-
rait prêté, au besoin, l'appui d'une force militaire pour
celte exécution, comme il paraît qu'il l'a fait dans une oc-
casion récente; et que, d'après M. Loch lui-même, d'au-
tres propriétaires du comté n'ont point été si humains.
<( La population des Gruids, sur le Loch-Shin, dit-il, était
considérable. ïl ne paraît point qu'aucun lot de terre ait
été assigné à ce peuple ^ ou qu'il ait reçu aucun dédomma-
gement, au moment de son expulsion, qui s'effectua dans
l'hiver de 1818. »
Cette expulsion du peuple gaélique, hors de ses antiques
fojei's , est considérée comme légale ; mais osera-t-on dire
qu'elle soit juste? N'y a-t-il pas un rapport frappant, aussi
bien qu'un contraste étrange , entre la traite des nègres et
l'expulsicn des blancs Pet le crime de ceux qui transportent
àla Jamaïque de malheureux Africains, pour y labourerdes
champs étrangers, ne doit-il pas se comparer à celui des
hommes qui repoussent loin des côtes d'Europe de mal-
heureux Écossais, auxquels ils ne permettent plus de la-
bourer leurs propres champs? Cette nation antique, qui
fat maîtresse, non seulement des îles Britanniques, mais
de la Gaule et de l'Espagne, sera-t-elle chassée, au nom
des lois, de ces rochers même où elle n'a jamais été
vaincue , de ces rochers où elle a maintenu son indépen-
dance, perdue partout ailleurs? Ces derniers représentans
des plus anciens maîtres de l'Europe doivent-ils être dé-
portés ?
ET POLITIQUES. 529
C est par un ciiiel abus des formes légales, c'est par
une usurpation inique, que les iacksmen et les tenanciers^
soit du comité de Sutherland, soit du reste de l'Ecosse ,
sont considérés comme n'ayant aucun droit à la terre qu'ils
occupent depuis des siècles, et que leurs anciens capitaines
sont autorisés à violer le contrat qui a uni pendant tant de
générations le cultivateur avec son seigneur. Ce n'est pas
en Ecosse seulement que la propriété a été confondue avec
la souveraineté, mais ce n'est qu'en Ecosse qu'une souve-
raineté antique est devenue un titre à une propriété mo-
derne. Dans tout l'empire de Charlemagne, dans la plus
grande partie de l'Occident, on avait vu des provinces
entières usurpées par des chefs belliqueux, qui les faisaient
cultiver pour leur compte par les vaincus, par des esclaves,
ou quelquefois par leurs compagnons d'armes. Aux neu-
vième et dixième siècles, le Maine, l'Anjou, le Poitou,
étaient, pour les comtes de ces provinces, bien plutôt
trois grandes fermes que trois principautés . Mais, quel que
pût être, à son origine, le droit du comte, la législation
n'a cessé, pendant huit siècles, de garantir et d'améliorer
le sort du feudataire, du vassal, du serf, qui relevaient de
lui, d'affermir l'indépendance du paj'san, de changer ses
coutumes en droits, de le mettre à l'abri d'exécutions nou-
velles, et d'élever peu à peu ses censives au rang des pro-
priétés.
La condition du tenancier s'est constamment améliorée
en France ; elle s'est constaîument dégradée en Éeosse ,
parce que la législation britannique n'a garanti que les
droits de propriété qui pouvaient s'assimiler aux droits
anglais. Le vassal français, devenu propriétaire, était ori-
ginairement ou un vaincu, ou un esclave, ou, dans la sup-
position la plus favorable, un homme libre, arimane ,
qui renonçait à sa liberté pour devenir lende , et qui. en
Tome xt. 3 A
530 SCIENCES MORALES
retour, pour une terre reçue en don de son seigneur,
s'engageait à de certains sfirvices féodaux; cependant ce
qui manquait à ses droits lui a été successivement accordé
par l'usage, et il s'est enfin éîevé au niveau de son dona-
teur. Le tenancier gaélique, au contraire, était, dans l'o-
rigine, co-proprictaire avec son chef ou avec son clun. Le
seigneur qu'il accompagnait à la guerre , et auquel il obéis-
sait pour leur avantage commun, le considéra d'abord
comme son ami et son parent, puis comme son soldat, en-
suite comme son vassal, plus tard comme son fermier,
et enfin comme un laboureur à gage qu'il voulait bien
souffrir, pour son propre avantage, sur le sol de la patrie
commune, mais qu'il était maître de chasser dès qu'il ne
trouvait plus d'intérêt à le garder.
Il ne faut point oublier, en effet, que les Jiiglhands d'E-
cosse, les montagnes gaéliques, n'ont jamais été con-
quises; que le système féodal n'y a jamais été vraiment
introduit, quoiqu'on les ait assimilées ensuite aux pays
gouvernés par ce système ; que le rapport même des noms
qu'on croit saisir dans la langue anglaise ne se trouve plus
dans la langue du pays, et que le comte de Sutherland
n'est pour les Gaèles que le grand homme du. sud de
Caithness.
On ne peut espérer de retrouver chez une nalion
barbare, et qui n'avait pas même l'usage de l'écriture,
des documens authentiques sur la manière dont se sont
formées ces grandes associations de familles connues, en
Ecosse , sous le nom de Clan. Mais leur nom même
Klaan signifie en gaélique enfans ^ tous leurs usages, tous
leurs rapports réciproques, toutes leurs affections sont
fondées en effet sur le traditur qui leur persuade qu'ils sont
e^fans d'une même famille _, et leurs droits ont dû être
ceux à^enfans d'une m.eme famille sur le patrimoine com-
ET POLITI(,>UES. 53i
mun : ils n'étaient soumis à d'autre subordination qu'à
celle dont la défense de tous faisait une nécessité; et l'ins-
tabilité du partage des terres n'affaiblissait point la propriété
commune du clan, sur le district qui lui était demeuré,
non seulement chez les Celtes, mais chez les Germains et
chez tous les peuples dont l'agriculture est encore dans
l'enfance. On a vu la société changer fréquemment la dis-
tribution des teri-ts entre les citoyens , quelquefois même
Iti changer annuellement. Tous avaient un 'droit à tout,
mais le lot de chacun était variable ; quelquefois il lui était
assigné par le sort, quelquefois il se proportionnait à ses
moyens de culture, quelquefois aux services rendus à la
patrie. Il n'y a pas un pays d'Europe où l'on ne trouve des
traces, mGnie assez récentes, du partage temporaire et va-
riable du domaine de la communauté. En Ecosse, la divi-
sion et la subdivision des terres du clan indique et main-
tient la subordination entre les soldats et leur chef. An-
ciennement le grajid homme de chaque clan exerça , usurpa
peut-être le droit de faire seul ces distributions. Il donna
et repiit les différens tacks de sa terre à ses officiers , selon
qu'ils s'étaient montrés plus ou moins utiles à la guerre;
mais, quoiqu'il pût ainsi récompenser ou punir militaire-
ment les membres du clan , il ne diminuait en rien la pro-
priété du clan lui-même. L'individu favorisé ét;.it diffé-
rent, mais l'obligation du service était toujours la même.
Quand même les magistrats militaires, établis pour le
bien des terres, acquéraient ou perdaient une part plus ou
moins considérable dans ce domaine national, le Suther-
land n'en appartenait pas moins aux hommes du Suther-
land; la tenure des terres était toujours la même; leur
contribution pour la défense publique , leur redevance au
seigneur qui les menait au combat, et qui maintenait
l'ordre chez eux, n'étaient jamais augmentés.
552 SCIENCES MORALES
Lorsque la civilisation commença à faire des progrès,
les seigneurs, avec la langue et les habits de l'Angleterre ,
commencèrent aussi à adopter les usages et la manière de
penser des Anglais ; ils ne comprirent plus ou ne se sou-
cièrent plus de comprendre le contrat national des Celtes ;
et, pour lui donner la forme usitée chez les peuples civilisés,
ils le rédigèrent par écrit. En même tems ils accordèrent
à. leurs vassaux les tacks ou portions de terre pour un
tems déterminé ; ils parurent ainsi leur faille une grande
concession, car auparavant ils pouvaient les renvoj'^er à
volonté : c'était une usurpation au contraire , puisque
autrefois, en les renvoyant, ils devaient toujours les rem-
placer par d'autres , à des conditions absolument sembla-
bles ; tandis que , dès qu'ils commencèrent à leur donner
ces terres, ils commencèrent aussi à établir qu'à chaque
renouvellement de bail ils pourraient faire des condi-
tions nouvelles , ou aggraver les redevances de leurs te-
nanciers.
^ar cette sourde usurpation , les seigneurs des terres
gaéliques changèrent la propriété d'une rente invariable
contre la propriété illimitée du domaine qui leur payait
cette renie. Toutefois, ils étaient loin de prévoir, ou leurs
vassaux étaient loin de craindre, qu'ils profiteraient un
jour de l'époque du renouvellement des baux, non pour
augmenter la redevance des laboureurs, mais pour les
expulser. Avant d'en venir à une résolution aussi barbare ,
Il fallait que le seigneur eût absolument cessé de partager
îes opinions, les sentimens, le point d'honneur de ses
compatriotes ; il fallait qu'il eût non seulement cessé de se
croire leur père ou leur frère , mais même de se croire
Ecossais ; il fallait qu'une basse cupidité eût étouffé en lui
tous ces sentimens généreux sur lesquels leurs ancêtres
communs avaient compté, lorsqu'ils avaient abandonné
ET POLITIQUES. 533
à sa l)onne toi la destinée de son peuple. C'est lorsqu'un
semblable changement s'est opéré dans les opinions , dans
les intérêts, dans la position respective des peuples que le
législateur doit intervenir, pour que la nation tout entière
ne soit pas livrée à la merci d'un petit nombre d'hommes
avides et imprudens. Il ne s'agit point de solliciter la pitié
des seigneurs, mais d'établir les droits du peuple gaélique.
M. Loch a pris à tâche de prouver que la_ marquise de
Stafford n'a point fait ce dont la voix publique l'accusait;
mais si ce qu'elle a fait, elle l'a pu faire légalement, c'est
au parlement à abolir un si odieux pouvoir.
C'est déjà un grand malheur pour un état que d'avoir
permis la réunion des propriétés territoriales dans un aussi
petit nombre de mains : lorsqu'un seul homme possède le pa-
trimoine qui devaitsuffire à plusieurs centaines de familles,
son luxe remplace leur aisance , et les revenus qui auraient
nourri leurs vertus sont dissipés par ses folies. Mais que
deviendra l'état, si le propriétaire d'une province se figure
que son intérêt est en opposition avec celui de ses habitans,
et qu'il lui convient de remplacer des hommes par des
moutons ou des bœufs? Ce n'est pas dans ce but que la
propriété territoriale a été établie ou qu'elle est garantie
par les lois. Les peuples l'adoptèrent , dans la persuasion
qu'elle était utile à ceux qui n'avaient rien, comme à ceux
qui avaient quelque chose ; mais la société est ébranlée
quand les droits de la propriété sont mis en opposition avec
les droits nationaux. Un comte n'a pas plus de droit de
chasser de chez eux les habitans de son comté, qu'un roi
d'expulser de son pays les habitans de son royaume. Le
plus despotique des monarques , s'il en faisait aujourd'hui
la tentative, apprendrait bientôt quelles sont les bornes
de son autorité. Que les grands seigneurs d'Angleterre
prennent garde ! moins ils sont nombreux, plus il serait
hZh SCIENCES MORALES
dangereux pour eux de se mettre en opposition avec la
nation, et de se préférer à elle. Qu'ils ne disent point,
lorsqu'il s'agira de leur intérêt : « Pourquoi, dans ce cas,
adopterait-on une règle dilTcrente de celle qui a été suivie
dans tous les autres? Pourquoi l'autorité absolue des pro-
priétaires sur leur propriété devrait-elle être abandonnée
et sacrifiée pour l'intérêt public, et d'après des motifs qui
ne regardent que le public (pag. 4i , note)? «S'ils en
viennent un jour à croire qu'ils n'ont pas besoin du peuple ,
le peuple pourra croire à son tour qu'il n'a aucun besoin
d'eux. S'ils estiment que trois cent quarante mille braves
montagnards de la race gaélique peuvent êlre remplacés,
avec profit pour eux, par quatre millions de moutons, ces
montagnards pourraient, avec plus de facilité encore, trou-
ver d'utiles remplaçans pour trois ou quatre cents seigneurs
<|ui ont cessé d'être leurs compatriotes.
J. C. L. DE SlSMONDl.
MX^Xl^-WW
Galerie française , ou Collection de portraits des
hommes et des femmes célèbres qui ont illustré la
France dans les i6% i-j^yCt 18'' siècles; par une
société d'hommes de lettres et d'artistes (1).
Si quelque chose doit toucher le cœur d'un Français ,
c'est de voir à quel point tout ce qui intéresse la gloire de
(1) Paris , 1821. Prix de chaque livraison pour Paris , S fr. , et 8 fr.
5o c. pour les départemens. On souscrit chez M. Lefort, dessina-
t eur del a grande édition du musée , rue Amelot, n» 52,
ET l'OLlTIQlES. 535
son pays occupe maintenant l'attention publique. Tandisque
des écrivains courageux réclament les droits des nations,
que des mandataires fidèles défendent la charte contre ses
faux amis, et appellent les lois qui en sont les consé-
quences nécessaires, que les savans appliquent les décou-
vertes de la science à l'utilité commune, on voit éclore de
toutes parts des ouvrages destinés à reproduire tous nos
litres d'illustration. Entre ces ouvrages , il fout placer au
premier rang la Galerie des hommes et des femmes célè-
bres delà France, depuis le i6* siècle jusqu'à nos jours,
c'est-à-dire, pendant les trois siècles qui ont fait faire à
l'espèce humaine de plus grands progrès que tous ceux
qu'elle a pu devoir à aucune autre époque. Cette Galerie,
composée de portraits dessinés d'après des modèles au-
thentiques, excite d'autant plus d'intérêt qu'elle promet
de satisfaire une curiosité ardente et presque générale. Les
poètes , qui sont peintres et qui aiment à l'être, les mora-
listes, qui cherchent tous les moyens de nous persuader ,
nous répètent sans cesse que l'ame et le génie d'un homme
sont empreints sur sa figure. Préoccupés de cette idée su-
perstitieuse, pleins du modèle idéal que se plaît à créer
notre imagination pour chacun des personnages historiques
qui viennent la frapper , nous espérons retrouver leur ca-
ractère dans leurs traits. Ainsi , le peintre ou le statuaire ,
et la nature, qui a travaillé avant eux, doivent nous re-
présenter l'inflexible sévérité dans le premier des Brutua,
le mépris delà mort dans Caton, la haute éloquence dans
Démosthènes , la magnanimité dans Alexandre; et plus les
héros se rapprochent de nous , plus la certitude d'avoir
leur véritable image augmente en nous le désir d'une com-
paraison qui nous flatte. Quel est le Français, par exemple,
auquel l'art ne causerait pas un vif plaisir, en lui mon-
556 SCIENCES MORALES
trant l'empreinte d'une bonté presque divine sur la pliy-
sionomiç de Louis XIL Le portrait de ce prince ouvre la
Galerie nationale que nous annonçons, et lui donne un
grand prix. Mais , après avoir contemplé la physionomie
du bon roi, on éprouve le besoin de relire son histoire;
le tems manque- t-il pour la consulter? on trouve, à côté
du poi'trait qu'on ne peut se lasser de regarder, une notice
aussi exacte que curieuse, qui yaut un livre. Dans cette
notice, rédigée par M. Andrieux , les lecteurs apprennent
îi connaître Louis XII tout entier. Combien cette foule de
rois , dont il a fallu payer si cher , dans tous les tems , la
naissance, la Tie et la mort, ressemble peu à ce monarque
adoré qui n'a jamais foulé le peuple ! Parvenu au trône
en 1A98, Louis XII paya de ses deniers et sur ses propres
revenus les funérailles de son prédécesseur; il acquitta de
même les dépenses de son sacre, sans qu'il en coûtât rien
à ses sujets; il leur remit aussi le tribut féodal qu'on
levait sur le peuple au commencement de chaque règne,
et qui était connu sous la dénomination assez singulière de
droit de joyeux avèneincnt. Bien différent de la plupart des
autres princes, Louis XII pardonnait réellement ; sa ven-
geance mourait a'vec sa colère; et, quand ilavaitdit : « tout
est oublié ry , on n'avait rien ù craindre de lui.
« La justice, dit Saint-Gelais, ne fut oncque tenue en
si grand honneur que sous le règne de Louis XII , telle-
ment que le plus petit a justice contre le plus grand , sans
faveur aucune. Il ne voulait point, dit le même auteur,
qu'on le favorisât lui-même, en quelque cause qu'il eût
en aucun de ses parlemens. » Ce roi, toujours occupé de
soulager le peuple , eut l'économie pour principale vertu;
aussi laissa- t-il, à sa mort, moins d'impôts qu'il n'en avait
trouvé d'établis. Il n'y a peut-être , dans les trois dynas-
; ET POLITIQUES. 537
lies, que Louis XII qui ait laissé un pareil exemple. Les
nobles , fâchés de ce qu'il protégeait le peuple contre leur
insolente tyrannie, le nommaient entre eux le roi plébéien,
le, roi roturier. Ils appelèrent ensuite François 1=^' le roi
gentilhomme, parce qu'il fermait les yeux sur leur licence
oppressive et leurs dèportemens. Dieu nous préserve des
rois gentilshommes !
A côté de Louis XII, si bien représenté par la plume
élégante et facile de M. Andrieux, George d' A mboise , qui
partage avec son maître le titre de père du peuple , a trouvé
dans le savant M. Fourier un judicieux panégyriste. Mais
je ne puis rien citer de plus heureux que ce passage de
M. Lemontey sur Marguerite de Valois : « Étrangère aux
vices de sa mère , aux folies de son frère et aux travers
du tems , belle et reine sans arrogance , vertueuse sans pru?
derie, savante sans pédantisme, douce et bonne sans fai-
blesse, chaste au milieu d'une cour corrompue, supérieure
et fidèle ù ses deux maris , elle est sans contredit la prin-
cesse la plus aimable et la femme la plus parfaite qui soit
sortie de la maison de France. Je ne sache point de trône
qu'elle n'eût embelli, et point de siècle qu'elle n'eût ho-
noré. » Le même auteur a peint sous ses véritables cou-
leurs l'héroïque Jeanne d^Albret.
En lisant les faits et gestes de François premier , retracés
par M. Andrieux, on pouvait craindre que l'homme de
lettres ne l'emportât sur le philosophe ; l'un et l'autre ont
su garder une juste mesure, et la reconnaissance du poète
n'a rien ôté à la raison du juge éclairé. Mais les notices
ne sont ici que l'accessoire, tandis que les portraits sont le
principal , n'oublions pas de dire que ceux de François
jjremier, de Bajard et de Habelais , dessinés par M. Chré-
tien , se font remarquer par une expression , par une
538 SCIENCES MORALES
vigueur de ton et par un caractère de vérité qui méritent
beaucoup d'éloges.
Si les intolérans murmurent en lisant l'éloge de Cahiv. ,
tracé par M. Marron, tout le monde sera forcé d'applaudir
à tout ce que M. Lémontey dit sur François de Guise,
dont la figure représente toutes les passions d'une grande
ame. Cet homme, si redoutable à ses rois et à la France,
est caractérisé tout entier dans quelques parties de l'écri-
vain : « Guise fut trop grand pour un sujet; il eût été le
modèle des rois , s'il fût né sur le trône. »
Louons ici avec plaisir la tête de Cujas , qui paraît si
vénérable sous le crayon de M. Rulmann, et l'adresse avec
laquelle cet artiste a triomphé des difficultés que lui oppo-
sait la laideur de Passerai. On retrouve dans le Montaigne ,
dessiné par iMM. Gautherot et Weber, le doute et la pensée
de l'auteur des Essais ; mais pourquoi cet air de mélancolie
qui ôte à la physionomie cette vivacité d'esprit que le
philosophe gascon conserva toute sa vie? Montaigne était
rêveur , et non pas triste. Je reprocherai aussi à M. Yille-
main la maigreur et la sécheresse de sa notice. Il devait
être en fonds pour parler de Montaigne. M. Fourier offre
au contraire le modèle d'une narration intéressante, lors-
qu'il nous apprend à rendre justice au mathématicien
François Viete.
Je n'ai point encore vu Marie Stuart si belle que dans
son nouveau portrait par M. Rulmann. M. de Ségur a fait,
sur cette reine si malheureuse, une notice élégante et
judicieuse, mais peut-être un peu trop académique. —Que
ce portrait de Mathurin Régnier, par M. Chrétien , a de
vigueur et ^d'expression! — Mais quelle absence de vie
et de couleur dans la prose de M. Creuzé de Lesser , au
sujet de ce grand poète , que Boileau tenait en si haute
ET POLITIQUES. 539
estime pour de très-bonnes raisons! L'auteur de tant de
poèmes doit demander pardon aux muses d'avoir si faible-
ment parlé du maître de la satire française.
Avant de terminer cet article, la raison et la justice
nous ordonnent de payer notre tribut à l'excellente notice
de M. Miel, sur Bernard cUPalis^y, qui créa l'art du potier
parmi nous , devina les sciences , trouva dans son ame
les secrets de l'art d'écrire, et eut à la fois du génie, de
grandes vertus, avec une constance que la Saint-Barthélémy
ne put ébranler (1). William.
(0 La Galerie fhasçaise sera composée de uingt-cinq liuraisons ,
contenant c\i^cxxn& quatre porlrails avec notices Gtfac simile. Il en
a déjà paru dix qui offrent, avec quarante portraits , des notices sur
Louis XII r, par M. Andrieux ; George d'Amboise, — Fourrier;
Clément Marot , — Campenon ; Marguerite de Valois, — Lémon-
tey; François I, — Andrieux; Jeanne d'Albrel, - Lémcntey;
Bajard, — Andrieux; Rabelais, — Auger; Cah-in , — Marron ;
le duc de Guise ,—LùmoQtej', Etienne Jodelle, — k. Duval; Cujas,
— Juge; Robert Etienne, — F. Didot; Anne de Montmorency, —
Landrieux; Philibert de l Orme , — Alavoine ; Ambroise Paré , —
Richerand; Guillaume Budée, — Andrieux ; ylf/c/i-Z de l'Hôpital,
— J. Droz; Gaspard de Coligny, — Lémontey; Jean Cousin; —
Miel; 3Iichel de Montaigne, — Villemain ; Jacques Amyot, —
Campenon ; Jean Passerai, — Auger ; François Viète, — Fourrier;
Marie Stuart, — de Ségur ; Théodore de Beze, — Marron ; le prési-
dent de Thou , — Lémontey ; Pierre Charron , — Campenon ; Renée
de France, — Amaury-Duval ; Mathurin Régnier, — Creuzé de
Lesser; Bernard Palissy, — Miel; Achille de Harlay, — de Joly ;
Olivier de Serres, — Silvestre ; Catherine de Parlhenaj, — Lan-
drieux; Etienne Pasquier , — Auger; François de Malherbe, —
Liadières; Mathieu Mole, — Juge; Duplessis-Mornay, — H. Du-
val; Pierre Jeannin , — Creuzé de Lesser; Jean Goujon, — Miel.
LITTERATURE.
ŒUVBES COMPLÈTES DE MADAME DE StAEL, publiées par
son fils (i).
De l'Influence des passions sur le bonheur des indi-
vidus. — Delphine. — Corinne. — Sophie , ou les
Sentimens secrets , comédie
Nous avons annoncé à plusieurs reprises, dans ce re-
cueil, les livraisons successives de l'importante collection
des Œuvres de madame de Staël, dont nous allons rendre
compte. ( Toy. ci-dessus, Tom. IV, pag. AA6 ; Tom. VI,
pag. igS; ïom. IX, pag. 167; Tom. X, pag. 188, 189. )
Il nous resterait à remplir une tâche difficile, celle d'em-
brasser d'un seul coup d'oeil l'ensemble des productions de
cette femme célèbre, peut-être la plus distinguée de notre
siècle, et de reproduire avec fidélité le résumé des jugc-
mens portés sur son caractère et sur ses écrits. Nous au-
rions désiré passer en revue chacun de ses ouvrages , et
signaler les divers degrés de mérite qui leur sont propres,
les taches légères ou les erreurs qui peuvent s'y rencon-
trer, l'influence qu'ils ont exercée et qu'ils peuvent exercer
encore; enfin, les deux caractères distincts, soit de l'école
littéraire, soit de l'école philosophique et politique à la-
quelle ils appartiennent. Un de nos collaborateurs, qui
n'a entrepris qu'une partie de cette tâche, et dont les
éloges et les critiques nous ont paru exempts d'un engoue-
ment aveugle ou d'une sévérité injuste, s'est borné à exa-
miner, dans les ouvrages de madame de Staël, les doc-
(1) Paris, 1820 et 1S21. 17 vol. in-8". Ticultcl cl Wiirtz ,
'libraires, rue ('c Bourbon, n<' 37. Tris 6 iV, le vol. , ou io2rfancs.
LITTJ^RATURE. 5;^
liines morales , litlôraires et politiques qu'elle a professées.
Nous livrons son examen au jugement de nos-Jecteurs.
Madame de Staël a écrit sur les passw/is , sur la littéra-
ture et sur la politique. Je suivrai cette division dans
l'examen que je vais faire de ses ouvrages.
Les passions, dont madame de Staël examine l'influence
sur le bonheur, pourraient être classées en passions na-
turelles, dont l'homme apporte le germe en naissant et
qui se développent chez tous les individus de l'espèce hu-
maine , dans quelque rang où ils se trouvent , dans quelque
climat qu'ils habitent; et en passions factices , nées de
l'état social, du désir d'obtenir le pouvoir, la célébrité
les distinctions , les richesses.
L'amour de la gloire avait été le premier besoin de
madame de Staël; aussi , c'est de celte passion qu'elle
s'occupe d'abord. Elle place la gloire des actions avant
celle des écrits; comme, dans sa tendresse et dans son
respect filial , elle plaçait la gloire de M, Necker avant la
sienne.
I
Les efforts que doit tenter, et les obstacles que doit
vaincre l'homme qui veut s'élever par son seul mérite
personnel, dans un pays où les distinctions sont hérédi-
taires; la difficulté, pour le favori de l'opinion publique,
de conserver long-tems une gloire que la faveur seule de
cette opinion crée et récompense; la difficulté plus grande
encore de savoir jusqu'à quel point il faut se livrer à la
popularité, en jouissant de distinctions impopulaires, et
de connaître toujours avec certitude le degré d'empresse-
ment qu'il faut montrer à l'opinion générale; l'impossibi-
lité de soutenir l'admiration par des miracles nouveaux, et
d'éloigner le jour où chacun dira, comme l'Athénien qui
donnait sa voix pour le bannissement d'Aristide : « Je suis
5A2 LITTERATUllE.
las de V entendre nommer le juste. » L'état d'abattement
et de mort où tombe celui qui , après avoir passé une par-
tie de sa vie au milieu des brillantes illusions des cours et
des rêves pompeux de la gloire, est forcé, par le sort ou
par l'inconstance des hommes, de rentrer dans la vie pri-
vée, et de revenir aux réalités de l'état naturel. Toutes
ces vicissitudes sont représentées avec beaucoup d'art et
de fidélité par madame de Staël. Mais tant de travaux, de
fatigues, de douleurs et de regrets me trouvent insensible;
je ne sais pas m'attendrir sur des malheurs qu'il était si
facile de prévenir et d'éviter. — « Ce n'est pas à mon père,
dit madame de Staël , à l'homme de ce tems qui a recueilli
le plus de gloire , et qui en retroui-'era le plus dans la Jus-
tice des siècles, que peut convenir un seul des traits dont
j'ai composé ce tableau. » — J'avais besoin de ces paroles
pour me détromper ; car ce que madame de Staël appelle
un tableau me paraissait n'être qa^ un portrait.
Madame de Staël distingue l'amour de la gloire de Vam-
bition; elle fait de celle-ci une passion subalterne qui ne
porte pas ses désirs au-delà des jouissances ministérielles.
Obtenir et conserver le pouvoir, voilà, dit-elle, tout le
plan d'un ambitieux. Cette passion suppose une person-
nalité concentrée qui ferme l'ame aux autres jouissances ;
elle est plus contagieuse que l'amour de la gloire, parce
que la médiocrité peut aussi concevoir l'ambition et en
obtenir les succès; mais ces succès ont pour ennemis la
majorité des intérêts particuliers, qui, s'ils n'ont pas eu
de lots dans le résultat actuel du sort^ demandent tous un
nouveau tirage; ils ont pour ennemi le besoin que le pu-
blic éprouve de voir le sort ou le ca}>rice des princes faire
mieux apprécier, par des chutes éclatantes, le bonheur
des conditions privées et des destinées dbmniunes. L'am-
bitieux n'est occupé qu'à tromper les autres; et, pour y
LITTERATURii. 5^3
parvenir, il ne doit jamais se perdre de vue lui-même : un
instant d'oubli lui serait fatal. Condamné à suivre le même
système de dissimulation qui Ta conduit au poste qu'il
occupe, il doit se courber sans cesse devant le maître ,
peuple, roi ou ministre, dont il tient sa puissance. Con-
damné à jouer sans cesse sa destinée , il ne peut rien es-
pérer de la veille pour le lendemain. Quelle sujétion!
quelles fatigues ! quelles misères ! Mais cette passion est-
elle celle des âmes honnêtes? Ces misères appellent -elles
les consolations des cœurs compatissans ? Non : je le dis ,
sans crainte d'être accusé d'insensibilité. Le châtiment de
l'ambitieux est dans le retour à la vie privée : supplice
trop doux s'il n'était souvent accompagné de remords.
Dans le vaste champ des passionn politiques , madame
de Staël ne néglige point les infiniment petits. Des misères
de l'ambition, elle descend aux petitesses de la vanité ,
et découvre une passion où beaucoup de personnes n'aper-
çoivent qu'un ridicule. — ÎS'y a-t-il pas en effet plus de
ridicule que de passion dans un attachement qui n'a rien
de réel, ni dans soi, ni dans les autres; qui se consume
dans la recherche d'avantages apparens et d'effets passa-
gers ; dans un sentiment enfin qui se nourrit des rebuts de
l'ambition et de la gloire .^ Les jouissances de la vanité sont
imparfaites et fugitives; ses triomphes se composent d'ap-
plaudissemens éphémères. Les malheurs qu'elle entraîne
consistent presque tous dans la dépendance servile où elle
met celui qui l'éprouve, du cercle qui l'entoure. Qui croi-
rait que, dans une passion si étroite, si privée de ressorts ,
madame de Staël voit l'une des causes de la révolution
française. — «C'est, dit-elle, le désir des applaudisse-
mens ; c'est le besoin de faire effet qui a porté tant d'ora-
teurs à attaquer les vieilles Institutions : il faut chercher
dans les battemens de mains des tribunes, plus que dans
5AA LITTÉRATURE.
des scntimens de haine et de fureur, la cause secrète des
décrets les plus barbares de la convention. » L'une de ces
causes, honteuse, mais -vraie, c'est la peur, dont l'in-
fluence ne s'est que trop reproduite à beaucoup d'autres
époques.
Madame de Staël, toujours plus brillante par le coloris
que profonde par la pensée, peint cependant de couleurs
énergiques et vraies la plus redoutable des passions poli-
tiques, V esprit de parti : cette passion tient du fanatisme,
à quelque objet qu'elle s'applique. Semblable aux forces
aveugles de la nature, qui vont toujours dans la même
direction, elle donne à la pensée une espèce de roideur
qui lui ôte presque ses attributs intellectuels. Les hommes
qui se précipitent, les 3 eux fermés, dans l'opinion d'un
parti, n'entendent, ne voient, ne comprennent que deux
ou trois raisonnemens, avec lesquels ils font face à toutes
les objections. Pour eux, un triomphe acquis par une
condescendance paraîtrait aussi honteux qu'une défaite ;
ils aiment mieux tomber en entraînant leurs ennemis , que
de vaincre avec eux, que de faire le moindre sacrifice pour
assurer la plus belle victoire. Les hommes de parti ne
savent point reconnaître les grandes qualités d'un homme
qui n'a pas leur religion politique. Mais ils se font illusion
sur les torts , même sur les crimes de ceux qui partagent
leur opinion, et rien ne peut les détacher d'eux. Pendant
les fureurs du régime révolutionnaire, quelques hommes,
exaltés jusqu'à la rage, ont dit, sans être des assassins :
« il y a deux millions d'hommes de trop en France. » J'ai
entendu répéter, ù une époque plus récente, par des
hommes incapables du moindre crime privé : il y a en
France trois millions d'hommes que ^ pour son repos, il
faudrait en faire disparaître; et les mêmes individus,
forcés de reculer, non devant là grandeur du forfait, mais
LITTÉIUTURE. 5A5
devant la difficulté de l'exécution , se croyaient très-mo-
dérés en ne demandant que la proscription de quatre cent
mille têtes. Ces hommes, dit fort bien madame de Staël,
eussent été catholiques ou protestans au quinzième siècle,
comme ils étaient aristocrates ou jacobins il y a vingt-huit
ans, comme ils sont aujourd'hui ultrù monarchiques, ou
ultra libéraux.
La source de l'esprit de parti est tout-à-filit étrangère
au crime ; et cependant il n'est point de passion qui puisse
au même degré borner la pensée, et dépraver la moralité.
C'est une espèce de frénésie de l'ame, qui ne tient point
à la nature de son objet. Quand la pensée en est saisie, ce
n'est pas des objets à soi, mais de soi vers les objets que
partent les impressions. Cette passion furieuse n'a de jouis-
sances que dans l'espèce de délire qu'elle procure; mais,
comme le fanatisme est le seul sentiment qui puisse réunir
ensemble des actions coupables et une ame honnête, il
doit naître de ce contraste le plus affreux supplice dont
l'imagination puisse se former l'idée ; et le premier réveil
de la raison doit être plus effroyable encore.
La cruauté est mise par madame de Staël au rang des pas-
sions. Quand l'homme a été entraîné par la perversité de ses
penchans à un certain degré de scélératesse, l'effet devient
la cause, et le crime, qui n'était d'abord que le moyen, de-
vient le but. Il passe dans le sang une sorte de fièvre qui
donne le besoin du crime; c'est une sensation physique trans-
portée dans l'ordre moral. Dans cette horrible ivresse, il faut
que celui qui est ainsi dominé par la passion du crime aille
sans cesse en avant; non que l'espérance soit devant lui ,
mais parce que l'abîme est derrière. Il veut détruire les
autres hommes, moins encore comme des ennemis que
comme des témoins. Lorsque le fleuve de sang est traversé,
le mal est irréparable, et le repentir devient infructueux.
5A6 LITTJÎIVATUIIE.
Tout cela peut être vrai; mais, en contemplant cet hoi^
rible tableau, on se demande dans quel but l'auteur l'a
tracé ? II ne connaît, il n'indique lui-même d'autre remède
que la mort; c'est sortir du domaine de la morale, pour
rentrer dans celui de la justice des hommes , ou de la jus-
tice de Dieu>
De ces terribles passions politiques , qui jettent l'effroi
parmi les peuples, et semblent menacer les destinées de
tout ce qui respire , la pensée ne descend pas sans effort
'vers les passions nées de l'ordre social , et que j'appelle
passions cii^iles : le jeu , l'avarice j l^enuie , la vengeance
même. Mais que sont les malheurs individuels auprès des
calamités nationales? D'ailleurs , quel moraliste n'a pas
considéré ces passions sous le rapport de l'influence qu'elles
exercent sur les actions et sur le bonheur des individus?
On suit madame de Staël avec plus d'intérêt, lersqu'elle
examine l'influence des passions naturelles. Mais ce n'est
pas sans étonnemcnt qu'on la voit mettre au nombre des
obstacles au bonheur, Vainitié , la tendresse paternelle _, la
piété filiale Qila. religion elle-7nê me. ?)^\\ÎAni l'en croire, l'ami-
tié inspire le besoin du retour; et, sous ce rapport, elle fait
ressentir plusieurs despeines de l'amour, sans promettre des
plaieirs aussi vifs. — Chez les femmes, les épanchemens les
plus intimes de l'amitié ne sont quelquefois que des confi-
dences réciproques, un sacrifice fait par celle qui écoute à
l'espérance de parler à son tour. Dans les relations des parens
et des enfans , lorsque l'ame se livre assez vivement à ces
penchans du coeur pour éprouver le besoin de la réciprocité ,
le repos cesse et le malheur commence. Il y a dans ces
liens, dit madame de Staël , une inégalité naturelle qui ne
permet jamais une affection du même genre, ni au même
degré : l'une des deux est plus forte , et par cela même
trouve des torts à l'autre; soit que les enfans chérissent
LITTÉftATURE. 5A7
leurs parens plus qu'ils n'en sont aimés , soit plutôt que
les parens éprouvent pour leurs enfans plus de sentimens
qu'ils ne leur en inspirent. Lorsque les parens restent dans
eux-mêmes, les enfans sont à leurs yeux des successeurs,
presque des rivaux, des sujets devenus indépendans, des
obligés à qui l'on néglige de plaire, des associés d'eux à soi,
plutôt que de soi à eux; c'est une sorte d'amour dans la-
quelle les parens, donnant une latitude indéfinie à l'idée de
leurs droits, veulent que vous leur teniez compte de ce vague
de puissance dont ils n'usent pas , après se l'Clre supposé.
Enfin, la religion , dans l'acception générale, suppose une
toi inébranlable; mais, en matière de foi, aucune action
sur soi-même n'est possible; on espère ou l'on craint, on
doute ou l'on croit , selon la nature de l'esprit, et les com-
binaisons qu'il fait naître. La foi par-aîtêtre une faculté qu'il
ne dépend pas de nous d'acquérir ; je la considère comme
un don aussi indépendant de nous que la beauté, le génie,
ou tout autre avantage qu'on tient delà nature, et qu'aucun
effort ne peut obtenir.
L'esprit, dit madame de Staël, est ramené par intervalles
à douter de tout ce qui est contraire à la raison. La dévo-
tion exaltée est presque toujours destructive des qualités
naturelles; ce qu'elles ont de spontané, d'involontaire, est
incompatible avec des règles fixes sur tous les objets; et
les qualités naturelles, développées par les principes, par
les sentimens de la moralité, sont de beaucoup supérieures
aux vertus de la dévotion. Je prie le lecteur de remarquer
que je rapporte ici les pensées de madame de Staël, et que
souvent, dans la crainte de les altérer, je conserve ses
propres expressions.
. L'auteur cherche , dans la troisième partie de son ou-
vrage, quelles ressources indépendantes du sort, cl surtout
5A8 LITTÉllATURE.
de la volonté des hommes, on peut trouvei- en soi contre
l'influence des passions.
Uétudc excitée par les deux mobiles de la curiosité et
de l'espérance, fait trouver, dans le plaisir si pur dépenser
et d'enrichir ses méditations par les connaissances et les
ijées des autres, une sorte de satisfaction intime, qui tient
à la fois au besoin d'agir et de se perfectionner, et qui
n'astreint l'homme à aucune dépendance. La hienfainance
n'exige ni de la force dans le caractère , ni une attention
soutenue: elle ne veut, elle n'attend rien des autres; elle
donne des jouissances simples et faciles , et dont l'im-
pression est indépendante, mêmedupouvoirde la réflexion;
elle place sa félicité tout entière dans les émotions si
douces et pourtant si profondes qu'elle éprouve. L'étude
occupe l'esprit, la bienfaisance remplit le cœur. C'est sur-
tout dans la philosophie que l'homme doit chercher des
sjcours contre les traits acérés du malheur; mais cette phi-
losophie , madame de Staël la place si haut , qu'il n'est
donné d'y atteindre qu'à un petit nombre d'esprits supé-
rieurs et de courages inflexibles. Il faut se placer au-dessus
de soi pour se dominer, et au-dessus des autres pour n'en
rien craindre, deux conditions très-difliciles à remplir; il
faut se désabuser des illusions du bonheur et se contenter
de quelque chose qui lui ressemble ; il faut, renonçant à
toute influence sur le destin et sur les hommes , ne se com-
plaire que dans l'exercice du pouvoir qu'on s'est réservé sur
soi-même; enfin, il faut des loisirs et de la solitude; ce qui
met les puissantes consolations de la philosophie à la portée
d'un bien petit nombre de malheureux.
Madame de Staël n'écrit pas, il est vrai, pour la multi-
tude; elle s'adresse seulement aux caractères passionnés,
c'est-à-dire à quelques êtres extraordinaires dont les
LITTERATURE. 549
jouissances cl les douleurs sont étrangères à la presque
totalité de rcspèce humaine. Elle suppose, dans les pas-
sions, et même dans les affections naturelles, des calculs
et des suscpptihiliiés que le commun des hommes est hors
d'état d'apprécier. Cependant, quelque borné que soit le
nombre de ces personnes passionnées, il serait très-dan-
gereux pour le repos du monde de répéter, avec madame
de Staiil , que, dans la passion, nul ne peut dire : là finit
II. nature. Ces axiomes : on peut toujours se vaincre j on
est toujours le maître de soi, madame de Staël les trouve
impitoyables ; elle les repousse comme étant la morale des
âmes froides et des esprits médiocres. Mais, sans doute,
en voulant excuser des écarts et des erreurs auxquels elle
a consacré depuis ses plus brillans ouvrages , madame de
Staël n'a pas vu quelles seraient les funestes conséquences
d'un si dangereux système. Si l'homme ne peut étouffer
les désirs de son cœur, circonscrire les mouvemens de son
ame, toute moralité cesse; il n'y a plus ni bien ni mal
moral, et le monde rentre sous l'empire de la fatalité.
L'auteur, qui a transformé le crime en passion, ne peut
nier que tous les hommes sont les maîtres de triompher
de leurs passions, sans refuser à la société le droit de pu-
nir , sans accorder au crime le privilège d'une révoltante
inviolabilité.
L'amour a occupé, sinon dans la vie, du moins dans
les ouvrages de madame de Staël , une très-grande place.
Ses idées sur cette passion ont quelque chose de bizarre ,
d'extraordinaire, et l'ont jetée , depuis ses premiers essais,
jusqu'à ses derniers ouvrages^ loin des routes battues et
des opinions les plus généralement admises. Madame de
Staël était encore mademoiselle Necker ; et déjà elle com-
posait une comédie , ayant pour titre : Sophie , ou les Ssn-
timens secrets , dont l'héroïne conçoii, presque à son msUj
550 LITTEiUTLllE.
!a plus vive passion pour son tuteur , quoique ce tuteur
soit l'époux de l'amie de Sophie. Delphine est une autre
Sophie, qui devient .amoureuse, môme avant de le con-
naître , d'un homme qu'elle sait destiné t\ devenir le mari
de sa cousine, et qui meurt dévorée de désirs, consumée
de regrets, après avoir entretenu avec son amant une
liaison à laquelle il n'a manqué que le triomphe des sens
pour avoir tous les caractères d'un long et scandaleux
adultère. Les femmes emportées, par des facultés émi-
nentes et par des passions fougueuses , hors de la ligne
des devoirs que leur ont tracés la nature et l'ordre social,
sont des modèles peu honorables à offrir ; il ne suffît pas
de les rendre victimes de cet égarement du cœur et de l'es-
prit, en livrant leur vie entière i\ la douleur, en l'éteignant
dans les larmes ; c'est profaner la vertu que de les revêtir
de ce quelle a de plus séduisant , et de solliciter lo pitié
pour celles à qui tous les cœurs honnêtes doivent rester
fermés. Cependant je ine plais à penser que la création
de Delphine est une erreur de l'esprit , et non une faute du
cœur, et je ne partage point l'opinion de l'auteur de la
notice, qui prétend que Corinne est l'idéal de madame
de Staël j et que DelpJiine en est la réalité pendant sa
jeunesse.
Cette brillante Corinne brave aussi l'opinion; mais elle
respecte le devoir; elle aussi tombe victime de l'amour,
mais après avoir sacrifié à la gloire ; cet amour est malheu-
reux, et n'est point criminel. Poète, artiste, Corinne avait
renoncé à son pays, au nom de ses aïeux, pour se livrer
au culte des muses , aux inspirations du talent, et pour
fonder sa renommée sur une gloire qui n'appartient qu'à
elle. L'amour arriva trop tard pour dominer seul dans
un cœur déjà en proie à d'autres délices; il y laissa tou-
jours une grande place aux sentimens nobles et élevés.
LITTÉRATUllE. 55 i
Si matiamc de Slaël n'avait pas cru , pour l'honneur de
celte passion jalouse, devoir lui sacrifier Corinne; si l'amour
n'avait pas laissé dans l'ame indécise d'Oswald de longues
impressions d'une langueur sentimentale qui tantôt affadit
et tantôt fait perdre toute patience, avec quel plaisir ne le
relrouverait-on pas dans la description d'un pays où il est
sibienplacé, et où il joue un rôle aussi animé! Corinne, con-
sidérée comme roman, n'est pas, au jugement des dames, un
ouvrage assez passionné ; comme description de l'Italie, il
laisse beaucoup à désirer, et n'est point exempt d'erreurs :
il satisfait davantage sous le rapport de l'art d'écrire et des
inspirations poétiques. Les chants de Corinne ont souvent
toute l'ardeur, tout l'abandon , toute la mollesse et la vo-
lupté des Mus€s de TAusonnie , et il résulte de la combi-
naison de ces différentes parties un mélange délicieux, un
ensemble plein de charmes. Corinne, improvisatrice, mu-
sicienne, peintre; Corinne, jeune, belle, sensible, a les
formes, la puissance et les séductions du génie. On ne peut
pardonner à Delphine d'avoir voulu s'élever au-dessus du
jugement des hommes; loin d'avoir la force de blâmer
Corinne lorsqu'elle recherche les hommages publics , le
moraliste le plus sévère cède au désir de mêler sa voix aux
acclamations de ses adorateurs. Mais un Français ne peut,
sans une irritation à laquelle il se laisse aller, parce qu'il
la croit légitime, retrouver dans cet ouvrage l'injuste pré-
vention de madame de Staël contre un pays et contre des
hommes pour lesquels elle professe à chaque instant un
amour que sa plume dément sans cesse. Elle eût pu flatter
davantage l'Angleterre, qu'elle personnifie dans Oswald ,
et orner son héros de tous les dons , de toutes les qualités
qu'il laisse à désirer ; mais si , pour mieux le faire briller,
elle avait besoin d'un contraste, ne pouvait-elle le trouver
sans sortir de l'Angleterre, ou du moins ne pouvait-elle le
hhl LITTÉRATURE.
prendre chez un peuple qui diffère des Anglais par sa reli-
gion, son esprit et ses habitudes? Les Irlandais sont là
pour tout le monde, et les écriTains de la Tamise ne se
font pas faute de ces malheureux pour les sacrifier aux
préjugés et à l'orgueil des vieux Bretons. Pourquoi donc
prendre un Français ? pourquoi surtout charger les cou-
leurs dont la jalousie de l'étranger se complaît à défigurer
notre caractère national ? Ce comte d'Erfeuil qui joue avec
les mots, avec les phrases, mais qui ne prend jamais pour
sujet de ses discours ni les objets extérieurs, ni les senti-
mens intimes, dont la conversation n'est ni du deliors ni
du dedans; cet homme qui, même dans le malheur, est
incapable d'affections profondes, et digne d'être aimé seu-
lement comme il aime, en hon camarade déplaisirs et de
périls j mais qui ne s'entend point au partage des peines;
ce comte d'Erfeuil, enfin, qui dit des choses d'une imper-
tinence si ridicule, peut être une caricature agréable, et^
jusqu'à un certain point, le portrait fidèle d'un courtisan
ou d'un aimable petit-maître; mais jamais, même à l'é-
poque où ils étaient les plus frivoles, les Français n'ont pu
être représentés sous de pareils traits : ces traits leur con-
viennent aujourd'hui moins qu'à aucune époque, et il y
aurait à s'y reconnaître une modestie aussi ridicule qu'il y
a d'injustice à les tracer. La même injustice se retrouve à
l'égard des Françaises; elles n'ont pas plus la fausseté, les
ruses et le manège de madame d'Arbigny , que les An-
glaises ne possèdent la douceur, les vertus et toutes les
qualités solides dont madame de Staël enrichit si généreu-
sement la jeune épouse du lord Nelvil. Tous ces portraits
de nations manquent de justesse et de véritable philoso-
phie. Madame d'Arbigny n'est pas la France; Corinne n'est
pas l'Italie; Lucilc n'est pas l'Angleterre; la gloire comme
les vertus modestes, le bonheur domestique comme les
LITTÉRATURE. 555
jouissances du génie sont de tous les pays , et les diffé-
rences extérieures ne cachent qu'à des yeux inattentifs
l'uniformité des sentimens, des principes et dés vertus qui
régnent à peu près au même degré chez toutes les nations
policées de l'Europe. En France , la vie des hommes et des
femmes est toute extérieure, il y a peut-être trop de bruit
et d'éclat; mais ailleurs, et surtout en Angleterre, n'y au-
rait-il pas trop de mystère et d'obscurité ? En France, les
vices même sont à peine déguisés; notre pétulance dé-
range à tout moment le voile léger que le sentiment des
convenances jette sur nos travers : voilà pourquoi ils frap-
pent d'abord les yeux de l'étranger, qui les cherche comme
un soulagement aux souffrances de l'amour-proprc ; toutes
les pièces de l'appartement s'ouvrent devant lui, tous les
membres de la famille lui sont présentés. En Angleterre,
à peine l'étranger trouve-t-il place en un parloir obscur, le
reste est clos, et c'est là que se retirent les visages meur-
tris et les yeux gonflés de larmes. Pour connaître ce qui
se passe dans les familles, pour s'instruire des mœurs do-
mestiques , il faut consulter la liste des avortemens et des
suicides; il faut lire les sentences des cours d'assises.
Année.
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMÉRIQUE.
ÉTATS-UNIS.
217. —Biography,elc. —Biographie des sîgaataires de la dii-
claration d'indépendance , par John Sandeeson. Philadelphie, 1821.
1 vol. in-S".
218. —Journal of Voyages and trauels , etc.- Journal de Voyages
dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale jusqu'à l'Océan paci-
fique , formant une distance de cinq mille milles ; avec une carte
du pays; par Daniel Habmon. Andover. 1 vol. in-S".
ttiQ. - Filial affection. - L'amour Elial, ou la petite fille de
l'Ecclésiastique protestant. Conte moral. Boston, iSao. 1 vol. in-i8
de 162 pages.
Ouvrages anglais réimprimés en Amérique.
D30. - Life of Wesley, etc. - Vie de Wesley, et naissance et
progrès du méthodisme ; par Robert Southey. 2 vol. iu-S».
221. — Life of the Right lion. John Philpot Curran. - Vie de
l'honorable Jean Philpot Curran , maître des Rôles en Irlande; par
son fils miliam Chehan , conseiller. 1 vol. in-8°. (Voyez l'analyse
de cet ouvrage , Rev. Encycl. , tom. IX , p. 287.)
222. - Memoirs of Richard Lovell Edgeworlh. - Mémoires de
Richard Lovell Edgeworth; commencés par lui et achevés par sa fille
Maria Edgewoeth. Boston, 1820. 2 vol. in-8".
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
223.- T/ie history of plague , etc. - Histoire de la peste
(1) Nous indiquerons , par un astérisque (») place a coté du titre
de chaque ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qu.
paraîtront dignes d'une attention particulière, et dont nous
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses.
LIVRES ÉTRANGERS. 555
qui s'est manifestée dernièrement dans les isles de Malte, Goro^
Corfou , Céphalonie , etc. ; contenant plusieurs faits importans
qui expliquent la contagion spécifique de cette maladie , avec
les moyens particuliers pour la détruire ; par J. D, Tclly , chirurgien
militaire , membre de l'académie Ionienne , dernièrement président
du comité de Santé des Iles Ioniennes. Londres, i82i.Longman
et comp. un vol. in-S°.
Les recherches qu'a faîtes dernièrement le parlement pour recon-
naître la véritable nature de la peste , ont donné lieu à la publication
de cet ouvrage , qui contient l'histoire des pestes qui ont ravagé la
Méditerranée , pendant les sept dernières années, surtout celle des
Iles Ioniennes , dont l'auteur a fait les rapports oËBciels. Il ne se
doutait pas alors qu'on élèverait des doutes sur la nature contagieuse
de la peste. 11 ne croit pas que la contagion se propage par l'atmos-
phère , et que le froid ou le chaud contribuent à en arrêter le
progrès. Malte a eu fréquemment la peste depuis iSga. On y bâtit
le Lazareth en 16-5 ; et c'est en i8i5 qu'on éprouva la dernière
peste qui fut apportée d'Alexandrie : elle occasionna beaucoup de
ravages; et, au moment où elle paraissait diminuer, elle fut de
nouveau répandue par le pillage des marchandises infectées ; ce
n'est que lorsque sir Thomas Maitland fut arrivé pour établir un
cordon plus serré , que les progrès du mal furent arrêtés. Le 4^ cha-
pitre de l'ouvrage donne l'esquisse de la peste, en i8i3 et i8i4»
sur les rives de Lipanto et en Albanie ; le S'', celle de Corfou ; le 7",
celle de Céphalonie ; le 8« , celle de Noja. Partout on a employé des
moyens analogues, et partout ils ont été couronnés de succès lorsqu'on
y a mis assez de persévérance. L'auteur fait connaître, dans le"6« cha-
pitre, ceux dont on s'est servi pour procurer des provisions à la popula-
tion séquestrée, et pour garantir de la contagion les personnes chargées
de soigner les malades. 11 traite , dans le 9" chapitre , de la nécessité
de la quarantaine, qui avait été également reconnue par Buonaparte,
en Egypte , et de la manière de purifier les lieux infectés. Il y a sans
doute des maladies, dépendantes du climat et de la saison, qui peuvent
C-tre confondues avec la peste ; celles-ci se présentent aussi pendant
la peste , on doit nécessairement les distinguer pour ne pas prodi-
guer inutilement des moyens rigoureux ; mais la contagion de la
peste , par le contact , et la nécessité du séquestre , ne lui paraisssent
556 LIVRES ÉTRANGER S.
sujettes à aucun doute, et tout ce que rapporte l'auteur nous confirme
pleinement dans cette opinion. F— n. D. M.
224. — The greelc Testament , etc. — Texte grec du nouveau Tes-
tament, avec des notes latines, tirées des ouvrages de Hardy, Ra-
phel, Kypke, Schleusner ,Rosenmullpr , et la plupart des variantes
de Griesbach ; par E. Valpy , chapelain de l'évèque de Norsvich.
Londres, 1821. 3 vol. in-S»; prix, 2 liv. 12 sh. 6 d.— 62 fr.
Cette savante édition est destinée aux étudians en théologie de
l'église anglicane.
225. — The Age of christian reason. — L'Age de la raison chré-
tienne, ou Réfutation des doctrines de Thomas Paine et de M. de
Volney , sur la religion et sur la politique ; par Thomas Broighton.
Londres, 18120. Livington. 1 vol. in-S» de 2S0 p.
En retranchant de ce volume quelques doctrines hasardées , et les
injures fort superflues contre les déistes , les athées et les catholiques ,
l'ouvrage, s'il était traduit dans notre langue , avec quelques addi-
tions , serait très-utile et obtiendrait un grand succès.
226. — T'he enthousiasm, qfmelhodists and papists , etc. — Les ca-
ractères et les effets du zèle excessif des méthodistes et des papistes ,
par l'évèque Lavisctos ; nouvelle édition , avec une introduction et
des notes, par le rév. Polwhelb. Londres, 1821, chez les associés
Whittaker, etc. 1 vol. iu-S».
On sait que deux communions très-nombreuses , celles des puri-
tains ou méthodistes, et celles des papistes, autrement des catho-
liques, rivalisent, chez les insulaires nos voisins , avec l'église établie
ou l'église anglicane réformée. Cet ouvrage , plein de faits remar-
quables et de réflexions curieuses , a pour objet de servir d'instruction
aux Anglicans , et de les prémunir contre l'esprit de prosélytisme
des deux autres communions , dont les progrès sensibles ont donné
de l'inquiétude à leurs adversaires. L — s,
22j.—rltaly and the Italians , etc. — L'Italie et les Italiens au
19* siècle , ou Lettres sur l'état civil, politique et moral de ce pays,
écrites en i8i8 et 1819; avec un appendice contenant des extraits
de littérature italienne moderne , par un ofiîcier étranger, au service
de l'Angleterre. Londres, 1821. 1 vol. in-8" de 271 pages.
Madame de Staël a dit : a Les Italiens sont plus remarquables parce
qu'ils ont été et par ce qu'ils pourraient être, que par ce qu'ils sont
LIVRES ÉTRANGERS. 557
maînlcnant. » Tous ceux qui connaissent l'histoire de l'Italie ne
peuvent contester la justesse de cette remarque. Cependant les
Italiens ne méritent pas non plus d'être traités avec cette espèce
d'indillerence dont on peut accuser plusieurs des voyageurs qui ont
visité leur pays. Presque tous ont décrit longuement les ruines et
les monumcns de l'Italie, sans s'occuper de peindre le peuple qui
l'habite : ou, s'ils essaient d'en donner une idée, c'est en prêtant
le même caractère aux Toscans, aux Napolitains, aux Lombards,
aux Génois i aux Vénitiens, aux Romains, qui différent presque
autant les uns des autres que les Allemands diffèrent des Anglais ,
et les Hollandais des Français. L'auteur de cet ouvrage a eu pour
but de rectifier plusieurs erreurs de ce genre, en s'appliquant à
peindre les mœurs et les habitudes des Italiens, non d'après des
données générales et vagues, mais d'après ses propres observations.
Elevé en Italie, dont il possède parfaitement la langue, l'auteur
y a fait dernièrement un voyage et un séjour de quelques mois.'
Parmi plusieurs détails iuléressans sur les mœurs et les institutions'
des Napolitains , nous avons remarqué le passage suivant ; « II existe
à Naples une institution, la seule de ce genre qu'il y ait en Europe;
c'est un collège où sont élevés de jeunes Chinois, enlevés à leur
patrie par les missionnaires , quand ils n'ont que treize ou quatorze
ans. lis reçoivent les ordres, et retournent ensuite dans leur pays
pour y répandre le christianisme : il y avait six Chinois au collège
en 181S. » Cet ouvrage, écrit avec élégance, éveille et satisfait la
curiosité. Il renferme des aperçus intéressans sur l'état moral et
politique des Italiens. L. S. B.
22S. — An account of ihe inlerior of Cejlan , etc. — Description
de l'intérieur de l'ile de Ceylan, par John Davy. D. M. F. R. S.
Londres, 1821. i vol. in-4°.
Déjà Knox , Gautier, Schouten, R. Percival , Cordiner et plusieurs
autres ont décrit les mœurs et les usages des Chingulais ; un pseu-
donyme d'Oxford a tracé leur histoire. Cependant l'ouvrage de
M. Davy contient un grand nombre de détails entièrement neufs
sur cette île , intéressante sous tant de rapports. L'antiquité des
traditions conservées par les Indous sur Tapou Ravana (l'île de
Ravana) (1) , les temples immenses qui subsistent encore dans quel-
(1) De là le nom grec Taprohane. Voj. les Monumens de l'Hin-
doustan, par M, Lakglès, Paris, 1821. 2 vol. in-folio.
&58 LIVRES ÉTRANGERS.
ques-uns de ses cantons, la singularité des coûtâmes de ses habitans,
les bizarreries géologiques que le sol offre aux naturalistes ; enfin ,
l'importance de ses produits , tout appelle l'intérêt sur ce pays ,
décrit par M. Davy avec d'autant plus de soin que là , comme partout
ailleurs, le titre de médecin su£Bt pour aplanir tous les obstacles.
E. Gacitieb.
229. — Journal of a voyage for the discouery cf a norlh-west
passage, elc. — Journal du voyage entrepris pour découvrir un pas-
sage au nord-ouest, entre l'océan Atlantique et la mer Pacifique....,
par le capitaine W. Pakby. Londres, 1821. 1 vol. in-4°.
Déjà plusieurs relations intéressantes avaient entretenu le public
de l'histoire de la seconde expédition entreprise par la marine an-
glaise , pour découvrir un passage au nord-ouest de l'Amérique ;
mais elles n'avaient pas de caractère officiel. Le capitaine Parry,
commandant l'expédition , vient enfin de publier la relation authen-
tique de son voyage. Nous n'en extrairons que les détails essentiels ,
attendu que cet ouvrage vient d'être traduit en français.
Dès leur entrée dans le détroit de Davis, en juillet 1819, les
deux frégates anglaises rencontrèrent tant de glaces , qu'elles eurent
de la peine à avancer; elles entrèrent néanmoins, le 5o juillet, dans
le Sund de Lancaster , où elles trouvèrent une immense quantité de
baleines. Le capitaine Ross, commandant de l'expédition préeé-
deJite , n'y était arrivé , en 1818, qu'à la fin d'août; ce qui avait
augmenté les obstacles de la route. Son successeur avait l'instruction
de pénétrer dans le grand Sund, à l'ouest de la baie de Baffin. Ce
fut donc dans cette direction que les deux frégates avancèrent , en
donnant des noms aux côtes , aux caps et aux îles qu'elles rencon-
trèrent. Suivant l'usage, ce furent les fonctionnaires publics et les
hommes bien vus du gouvernement , dont on emprunta les noms
pour les appliquer à la géographie. Ce n'est pas au parti de l'Oppo-
sition, quelque respectable qu'il soit ^ que de pareils honneurs sont
réservés. Un capitaine de marine, même, est assez courtisan pour
savoir qu'il serait maladroit d'honorer des noms qui déplaisent aux
ministres. L'expédition continua de naviguer dans la direction de
l'ouest , pendant le mois d'août ; il n'y avait pas de doute qu'elle
ne fût dans la mer Polaire ; elle trouva un groupe d'îles , qui reçut
le nom de la Nouvelle Géorgie , et une des plus grandes de ces îles
futîiomméc Ih Melyille ; le 5 septembre, les deux batinicns se
LIVRES ÉTRANGERS. 550
trouvèrent à 110° ouest du méridien de Greenwich , et à 74° 44' 2"
de latitude septentrionale ; par conséquent, ils eurent gagné la prime
de cinq mille livres sterling , promise par le parlement aux bâtimens
qui arriveraient les premiers à cette longitude, dans le cercle polaire
arctique. Les matelots apprirent avec joie cette nouvelle, que leur
communiqua le capitaine Parry , et la première pointe de terre qu'ils
rencontrèrent reçut d'eux le nom de cap delà Prime (Bounly cape).
On essaya de se porter plus loin vers l'ouest ; mais les vents et les
glaces les en empêchèrent; le thermomètre tomba subitement à Soc-
les jours devinrent très-courts , et il fallut se résoudre à passer un
hiver de plus de dix mois dans une baie de l'île Melville ; encore
falkit-il se frayer , pour y arriver, un passage à travers la glace. Tous
les agrès furent mis à couvert , et l'on s'arrangea pour passer ce long
hiver le moins désagréablement possible. Le capitaine Parry s'ima-
gina de faire rédiger, par ses oËBciers, un journal qui fut intitulé : Ga-
zette de la Nouvelle Géorgie, et qui, au retour de l'expédition', a été
imprimé en Angleterre (_f^. ci-après} ; de plus , il organisa un théâtre,
dont les représentations amusèrent infiniment les matelots et furent
très-suivies. Le soleil disparut, le 4 novembre , pour ne reparaître que
quatre-vingt-seize jours après. Les loups commencèrent à hurler sur
les neiges et les glaces autour des bâtimens; ce furent les seuls ani-
maux que l'on vit en nombre ; un ours blanc fit une courte appari-
tion ; les coups de fusil dont il fut accueilli ne l'engagèrent pas à
revenir. Vers la fin de novembre et au commencement de décembre,
la température fut d'une rigueur extrême ; l'obscorité était dissipée
en partie par les belles aurores boréales et par la lune , dont le
disque brillant semblait reposer quelquefois sur une colonne de lu-
mière , ou que la réfraction de la lumière faisait paraître comme
brisé ; quelquefois la lumière jaillissait de nuages légers et transpa-
rens. Le scorbut commença à se manifester parmi l'équipage ; mais
on fit croître , pour les malades , du cresson dans de la terre humide
au-dessous d'un poêle ; on eut soin aussi de distiibuer journellement
aux matelots du jus de citron avec du sucre; par ces moyens, on
empêcha la maladie de faire des progrès. Il est à remarquer que la
salade que l'on fit croître dans le bâtiment n'avait pas de couleur,
parce que la végétation avait été privée d'air.
Le 3 février , on aperçut le soleil , du haut des huniers ; les jour»
suivans il y eut une aurore qui alla toujours en augmentant; enfin ,
560 LIVRES ÉTRANGERS.
le 7 , le jour fut as^ez loug pour que l'on pût aller à terre et com-
mencer à travailler aux préparatifs du départ. Les mois suivans se
passèrent dans l'attente du dégel. Au mois de mai, le capitaine
Parry fit dans l'île un petit jardin où il planta des oignons, des radis,
du cresson et de la moutarde ; aucune de ces plantations ne réussit.
Le i"juin, on fit une excursion dansl'ile; on n'y trouva que peu
de végétaux , entre autres une renoncule en pleine floraison ; on vit
des souris, un bœuf musqué, des hirondelles, des canards et des
oies sauvages, des bêtes fauves, etc. Sur une pointe de terre, on
vit des restes de six huttes d'Esquimaux ,qui apparemment viennent
dans cette île pendant la courte durée de l'été. Au milieu du mois
de juillet, le tems fut doux et agréable; l'équipage se livra à la
chasse ; la mer fut libre , et , au i*^' août , les deux bâtimens mirent
à la voile pour continuer leurs ,découvertes à l'ouest , et passer , s'il
était possible , dans la mer du Sud. Cependant ils eurent à lutter
contre des vents si violons et des masses de glaces tellement fortes ,
que le commandant perdit l'espoir d'aller plus loin. Il tint conseil
avec ses officiers, et il fut résolu que l'on retournerait, pour n'être
pas exposé à passer infructueusement un second hiver dans ces ré-
gions glacées. On prit donc le chemin de retour, avec la certitude
d'avoir poussé la navigation dans la mer Polaire , plus loin qu'elle
ne l'avait été. Le capitaine Parry ne doute pas qu'il n'existe un pas-
sage entre l'Océan Atlantique et la mer du Sud ; mais, vu la courte
durée de la saison navigable, les vents et les glaces, il n'est guère
possible d'en profiter; peut-être, le parcourrait-on plus facilement
en partant du détroit de Behring, et en allant par conséquent de
l'ouest à l'est. 11 peut se trouver , d'ailleurs , à des latitudes moins
élevées , des communications entre l'Océan et la mer Polaire. Le
capitaine désigne comme des- points qui mériteraient d'être explorés
dans cette intention , le détroit de Cumberland , le passage dit Sir
Roives-PFelcome, situé entre l'île Southampton et la côte d'Amé-
rique ; enfin, la baie de Refus, Repulse-Baj. On sait que ce marin
habile a reçu de l'amirauté anglaise le commandement d'une autre
expédition qui va continuer les découvertes commencées dans le
cercle polaire. D-c.
23o. — The north Georgia Gazette, etc. — Gazette de la Géorgie
septentrionale, ou chronique d'hiver. Londres, 1S21. 1 vol. in-i"
de 1 32 pages.
LIVRES ErRANGF.RS. 561
Cet ouvrage est remarquable par les clrcoastaaces singulières qui
l'ont fait naître. Exilés loin du monde civilisé ; réduits à passer un
long hiver dans les mers arctiques , au milieu des glaces du pôle ,
les officiers qui composaient l'équipage des deux vaisseaux anglais,
l'HècIaet le Griper , envoyés à la découverte d'un passage nord-
ouest de l'Océan Paciflque dans l'Océan Atlantique , imaginèrent
deux moyens d'échapper à l'ennui qui les menaçait. Ils ouvrirent
un théâtre et fondèrent un journal qui devait paraître toutes les se-
maines, et qui n'était composé que de morceaux originaux, La di-
rection du théâtre fut confiée au lieutenant Beechey, qui peignit les
décorations , et le capitaine Sabine consentit à devenir éditeur du
journal. On recommanda à ceux qui voulaient contribuer à la ré-
daction de ce recueil , de mettre au bas de leurs articles un sio-ne
particulier , dont eux seuls auraient la clef, et de déguiser leur
écriture , aQn que les jugemens et les censures pussent avoir le ca-
ractère de l'impartialité. La boîte aux lettres de l'éditeur fut placée
sur le cabestan de l'Hécla , nt le premier numéro de la Gazette de la
Géorgie septentrionale parut le i" novembre 1819. Le recueil alla
jusqu'à vingt-un cahiers. Ces feuilles détachées, que l'on a réunies
et que l'on vient de publier en Angleterre sans y rien changer, contien-
nent des lettres, des poésies fugitives, des critiques dramatiques et
d'autres morceaux détachés. On sent qu'un ouvrage de ce genre ne
pourrait supporter une critique bien sévère ; aussi doit-il être regardé
plutôt comme objet de curiosité , vu la situation où se trouvaient les
auteurs , que comme production littéraire. On remarque une des-
cription en vers des mers arctiques et des glaces éternelles des
pôles , qui est écrite avec vérité. Ce volume peut servir d'appendice
à la relation du voyage que nous avons annoncé ci-dessus.
201. — T/ie Legend of Argyle , etc. — La Légende d'Argyle , ou
Il y a cent ans passés. Londres, 1821. Colburn. a vol. in^".
Ce titre est évidemment imité de celui de JVauerley ou V Ecosse
il y a soixante ans. L'auteur n'avait pas besoin d'employer ce petit
artifice ; l'ouvrage peut être lu pour lui-même. L'intrigue est fondée '
sur la révolte de 1715 en faveur de la maison de Stuart, et le duc
d'Argyle, célébré par Pope, en est le héros. Les caractères histori-
ques sont peints avec esprit et fidélité ; les personnages imaginaire»
sont bien dans l'esprit du tems, et tels que l'époque a dû en pro-
duire. Ce sontj pour la plupart, des jacobite» et des anti-jacobites,
Tome xi. 56
562 LIVRES ETRANGERS.
des enthousiastes dévoués aux diËfércns partis , des officiers de for-
tune , etc. Une imagination féconde a su animer, par une foule de
détails intéressans, les faits empruntés à l'histoire. Le style est gé-
néralement pur et facile.
232. The Hislorj and Aniiquilies ofthe Tower cfLondon, etc.
— Histoire et Antiquités de la Tour de Londres, avec des anec-
dotes biof^raphiques sur plusieurs personnes royales et sur des per-
sonnao-es de distinction; tirées des registres, des papiers de l'état,
des manuscrits déposés à la Tour, et d'autres sources authentiques ;
par John Bailey. Publiées en deux parties. — i" partie. Londres,
1821. Murray. 1 vol. in-4'* de 5o6 pages.
La Tour est un des plus antiques édifices de Londres. Après avoir ■
été la résidence de plusieurs souverains, elle est devenue prison
d'état. Le sceptre et les diamans de la couronne d'Angleterre y sont
aussi déposés. L'auteur de l'ouvrage que nous annonçons donne au
public, dans cette première partie, une histoire chronologique et
générale de la Tour, comme palais et comme forteresse, avec la
description de tous ses bâtimens. Elle servit de refuge au roi Jean,
en i2i5, lors de la révolte de ses barons. Henri III l'habita long-
tems, la fortifia et orna la chapelle de peintures et de sculptures.
Vers la fin du règne de ce prince , la possession de la Tour lui fut
contestée par les nobles révoltés. Sous Edouard III, elle devint la
prison du célèbre roi écossais David Bruce, qui y fut renfermé avec
plusieurs chefs de la même nation , faits prisonniers à la bataille de
Neville's Cross, en i546. Charles de Blois, l'un des compétiteurs à
la couronne de Bretagne , le vaillant Jean de Vienne , le gouverneur
de Calais , et douze des plus braves défenseurs de cette ville , enfin
Jean , roi de France , et son fils Philippe furent aussi détenus dans
la Tour. — M. Bailey promet , pour la seconde partie , des notices bio-
graphiques sur tous ces personnages et sur plusieurs autres captifs en-
fermés dans la Tour pour crime d'état. Cette partie , qui sera la plus
intéressante, paraîtra incessamment ; elle contiendra la description
des anciennes coutumes, de la juridiction et des privilèges attachés
à la Tour. L- S. B.
POLOGNE.
233. — j4stmno7nia , etc. — Astronomie des Dames , par La-
lAKDE, traduite du français par François Skomorowsri. Varsovie,
182 1. Glùcksberg. 1 vol. in- 18,
LIVRES ÉTRANGERS. 06 3
2ù4- — Ostalnic lata panowanie , etc. — Dernières années du
règne de Sigismond- Auguste. Ouvrage extrait de manuscrits sur
l'histoire de Pologne; par Joac/n'/ra Lelewel. Varsovie, 1S21. Glùcks-
berg. 1 vol. in-8°.
Le public désire depuis long-tems que M. Lelewel fasse imprimer
ses manuscrits sur l'histoire de Pologne. L'extrait que nous annonçons
est bien propre à justiGer cet empressement.
255. — Pielgrzym Dobromilu , etc. — Suite du Pèlerin à Dobro-
mil. Varsovie, 1821. N. Gliicksberg. i vol. in-12, avec Ggures litho-
graphiées.
Nous avons déjà annoncé ( Voy. Tom. VIII, pag. 58o. ) le Pèle-
rin à Dobromil, auquel l'auteur vient de donner une suite. Madame
la princesse Czartoriska , après avoir consacré une partie' de sa vie
et de sa fortune à l'éducation de quarante-neuf jeunes personnes,
qu'elle avait prises dès l"âge le plus tendre , et qu'elle dirigea jus-
qu'au moment de leur mariage , emploie aujourd'hui ses loisirs à la
composition d'ouvrages moraux à la portée des paysans , et destinés
à servir à l'instruction du peuple; elle est secondée dans cette noble
tâche par sa fille, la princesse de Wurtemberg, dont on trouve,
dans le premier volume de cet ouvrage , cinq Nouvelles pleines de
grâce et de naïveté. Celui que nous annonçons, comme le précé-
dent, contient des observations morales puisées dans les mœurs
villageoises, ce qui donne aux récits la couleur de l'idylle. Le Pè-
lerin loue et critique ce que les paysans font sous ses yeux ; toutes
les conversations ont pour objet les bonnes qualités et les mauvaises
habitudes des paysans polonais. Cet ouvrage respire l'amour de la
patrie , et l'on ne saurait lui accorder trop d'éloges. On y trouve , à la
fin , quelques chants nationaux avec la musique.
206. — Diezwica z Abidos , etc. — La Vierge d'Abidos , poème
de lord Byroîj, traduit en vers polonais par le comte Ladislas Os-
TROwsEi. Varsovie, 1821. N. Gliicksberg. In-8°.
Cette charmante traduction fait naître le désir de voir son auteur
enrichir la littérature polonaise des autres productions du poète
anglais. L'exécution typographique prouve que M. Gliicksberg n'é-
pargne aucuns soins ni aucune dépense pour donner aux ouvrages
sortis de sa librairie tout le degré de perfection dont Timprimerie
est susceptible. B.
î^"- — Pierre-le-Grand , ou l'Amour du monarque pour sa Na-
.36 *
66A LIVRES ETRANGERS.
tion , tragédie polonaise en prose ; par M. Szumski , professeur au
gymnase de Posen ; ouvrage dont l'empereur Alexandre a accepté la
dédicace. Poscn, 1820.
L'auteur de cette tragédie, connu par quelques ouvrages concer-
nant l'instruction publique, s'occupe surtout à répandre le goût de
la littérature polonaise dans la partie de la Pologne échue à la Prusse.
Il a fondé à Posen une bibliothèque d'ouvrages polonais, choisis
avec soin, la seule qui existe dans le grand-duché de Posen.
NORVÈGE.
;" 2Z8,~-JuOPgit>nings-Principies, etc. — Principes de législation,
ou l'Etat dans ses rapports avec la religion , les mœurs et la civi-
lisation, par M. N. Teeschow. Christiania, 1820. 1 vol. in -8» de
464 pages.
L'auteur de cet excellent ouvrage mérite d'être mieux connu
qu'il ne l'est. Penseur profond , philosophe éclairé , il aurait été plus
célèbre , son nom aurait été prononcé avec ceux des Kant , des
Fichte , des Schelling , s'il avait appartenu à un pays dont la langue
fût plus répandue que la sienne. Parmi plusieurs ouvrages déjà pu-
bliés par M. Treschow, nous distinguons une Philosophie de l'his-
toire, qu'il fit imprimer, en 181 1, à l'usage de son cours de philosophie,
lorsqu'il était professeur à l'université de Copenhague. L'ouvrage
que nous annonçons aujourd'hui est divisé en cinq parties. Dans
la première , il examine l'essence et le but de la société ; dans la
seconde , il traite de la civilisation et des moyens d'y parvenir ; dans
la troisième, il s'occupe des devoirs de l'état par rapport à la reli-
gion; dans la quatrième, il montre de quelle manière et jusqu'à
quel point l'état peut et doit exercer son influence sur les mœurs
publiques; enfin, dans la cinquième partie, il explique ce que l'état
doit faire pour encourager Ic^ progrès des sciences et de toutes les
connaissances humaines, et pour leur donner une direction utile à
la société et à l'humanité en général. Toutes ces matières sont traitées
avec la profondeur et la sagacité qui distinguent éminemment cet
auteur, si célèbre dans son pays. Il est à regretter seulement qu'il
semble avoir abandonné, du moins jusqu'à un certain point , un
petit nombre de ces principes libéraux qu'il se faisait autrefois un
honneur de professer. C'est ainsi que plusieurs des principes qu'il
établit aujourdhui nous paraissent conduire à l'intolérance en ma-
LIVRES ÉTRANGERS. 565
tière religieuse ; c'est ainsi qu'il voit la noblesse et les ordres de
chevalerie d'un œil plus favorable qu'il ne convient à un philosophe.
Ce changement d'opinion serait - il par hasard une conséquence*
nécessaire du changement qui s'est opéré dans la position politique
de l'auteur, qui, de professeur à l'université de Christiania, est
devenu tout-à-coup grand fonctionnaire public, commandeur d'ua
ordre suédois, et conseiller d'état à porte-feuille? Nous ne voulons
pas le croire ; nous aimons mieux attribuer ce changement inattendu
à la faiblesse presque toujours inséparable d'un âge très-avancé.
M. Treschow est arrivé à l'âge de soixante-dix ans. Le second volume
paraîtra cette année ; il sera suivi d'un troisième et dernier volume.
a3g. — Norraena ,etc. — Collection de chants nationaux, norvé-
giens. Christiania, 1821, in-S".
En 1819, le prince de Hesse-Philipsthal proposa, en Danemarck,
un prix pour la meilleure chanson nationale. En faisant connaître
aux lecteurs de la Revue Encyclopédique cette idée, qui nous pa-
raissait plus noble que réfléchie , nous avons détaillé les raisons
qui nous ont empêchés de l'approuver. {Voy. T. VI, p. 4io.) Nous
croyons que le tems a justifié nos réflexions. Néanmoins , cette
idée en a suggéré une pareille à M. Ploen, négociant très-respec-
table de Christiania , et surtout bon patriote. Il proposa un prix
pour le meilleur chant national norvégien , et le livre que nous
annonçons présente le résultat de son entreprise, en vingt-un chants
plus ou moins bons, que nous n'hésitons pas d'appeler patriotiques,
en laissant au tems à décider si l'un ou plusieurs de ces petit*
poèmes seront un jour dignes d'être considérés comme des chants
vraiment nationaux. Il faut avouer, en attendant, que la justice a
présidé au choix de la pièce couronnée. Son auteur est M. Bjekbe-
Gàard. On pourrait bien nommer après lui d'autres poètes; mais
il y en a qui se sont étrangement trompés sur le véritable caractère
d'un chant national. Ils ont eu le malheur d'oublier que le prince
et les familles royales meurent, et que la patrie et le peuple «eult
sont éternels. Heieehc.
ALLEMAGNE.
240. — Uinriss der Geschichle des Preussischen Staates. — Esquisse
de l'histoire des Etats prussiens, par C. H. L. Pœlitz, professeur de
iciences politiques à l'université de Berlin. Leipsick, 1821.
'366 LIVRliS ETRANGERS.
Ce n'est pas le premier ouvrage que M. Pœlitz publie sur l'faisfoire
de la monarchie prussienne ; il est déjà connu très-avantageusement,
et personne n'a fait , en ce genre , de plus profondes recherches que
lai. Sans être un abrégé^ l'ouvrage que nous annonçons est destiné
à guider les professeurs dans leurs leçons d'histoire ; il n'a donc
pas lui-même une bien grande étendue. La Marche de Brandebourg
est le point de départ de l'auteur : les annales des autres parties
de la Prusse ne sont expliquées aux yeux des lecteurs que quand
M. Pœlitz arrive à leur réunion à la monarchie. C'sst alors seu-
lement que, remontant pour chacune aux tems anciens, il les fait
plus spécialement connaître. Cette esquisse est divisée en cinq par-
ties. La première atteint l'époque où la dignité de margrave fut
déclarée héréditaire, c'est-à-dire l'année 1142; la seconde montre
cette dynastie des margraves régnant dans le Brandebourg , jusqu'en
i320 ; la troisième traite de l'histoire de Brandebourg, sous les
dynasties de Wittelsbach et de Luxembourg, jusqu'en i4i5 ; la
quatrième s'occupe de la dynastie de Hohenzollern , dépuis l'élec-
teur Frédéric I"' jusqu'à l'électeur Frédéric-Guillaume, en i6.4o ;
enQn la cinquième, qui s'étend jusqu'en 1S20 , nous montre le
Brandebourg devenu royaume. L'une des parties les plus brillantes
de ce livre est , sans contredit , l'histoire du Grand-Frédéric.
ail. — Briefe von Joseph II , etc. — Lettres inédites de Joseph II,
bu traits caractéristiques pour servir à l'histoire de la vie publique
et privée de ce monarque. Leipsick, 1821, in-8°.
L'éditeur ne s'est point nommé ; et, quoiqu'il ait privé les lecteurs
de tout moyen de vérifier l'authenticité d'une correspondance aussi
importante, tout en elle révèle le génie de l'illustre empereur auquel
elle est attribuée. On sera bien aise sans doute de savoir ce que
pensait ce nignarque sur plusieurs points qu'on semble vouloir re-
mettre en dismssion. Commençons par les jésuites : « Je les connais,
écrivait il à M. de Choiseul en janvier 1770 ; je sais leurs projets
aussi bien qu'aucun autre. Leur plan est de couvrir la terre de té-
nèbres et de brouiller tout en Europe , depuis le cap Finistère jusqu'à
la mer Baltique. En Allemagne, ils sont mandarins; en France,
ils sont académiciens, hommes de cour et confesseurs; en Espagne
et en Portugal , ils sont les grands de la nation ; enfin au Paraguay,
ils sont rois. Si Joseph I" n'était point arrive à l'empire, l'Alle-
magne aurait appris à connaître leurs Malagridas et leurs Aveiros ;
LIVRES ÉTRANGERS. 667
elle aurait été témoin d'une tentative de régicide. » Les mêmes
sentimens se retrouvent dans une lettre de Joseph II au comte
d'Aranda ; elle est datée de juillet ijjô. En 1780, Joseph II écrivait
à RI. de Choiseul : « L'influence du clergé sur le gouvernement ,
sous le règne de ma mère , sera l'objet d'une réforme de ma part.
Je n'aime pas à voir ceux dont la mission est de nous préparer une
autre vie, appliquer leur sagesse aux choses d'ici-bas. » En 1782 ,
l'empereur, ayant ôté le commandement de la Bohême au prince
de Furstemberg, fut vivement sollicité de révoquer cette décision;
mais il répondit qu'il persistait dans sa résolution ; qu'à la vérité
il connaissait les services de la famille de Furstemberg, mais qu'il
voulait que chacun fût à sa place ; et que le gentilhomme qui
comptait des maréchaux parmi ses aïeux n'en restât pas moins un
simple lieutenant, s'il n'était doué des hautes qualités nécessaires
pour le commandement. Une dame avait demandé de l'emploi pour
son fils , elle était veuve d'un général ; mais ce guerrier n'avait
point légué son mérite à ce jeune homme, très-infatué de sa nais-
sance. « Je suis fâché, Madame, répondit Joseph II, de ne pouvoir
faire de votre fils ni un officier, ni un homme d'état, ni un prêtre;
en un mot, il n'est que gentilhomme, mais il l'est de toute son
ame. » On se tromperait , si l'on pensait que cette fermeté de
Joseph II, opposée si à proposa des prétentions déplacées , excluait
en lui les sentimens doux et tendres. Chaque fois qu'il parle des
parens que la mort lui a ravis, ou des personnes qui lui sont chères,
il le fait dans les termes les plus touchans , et l'on peut citer, comme
un modèle en ce genre, la lettre qu'il écrivit, en février 1786, au
roi de France actuel , alors comte de Provence. Nous citerons encore
les passages suivans, extraits d'une lettre de l'empereur à l'un de
ses amis, en octobre 1787. « Depuis mon avènement, je me suis
efforcé de gagner la confiance de mes peuples ; j'ai souvent prouvé
par les faits que le bien de mes sujets était ma passion; que, pour
la satisfaire , je ne redoutais ni peines, ni travaux, ni tourmens ;
enfin, que je n'employais aucun moyen sans avoir mûrement ré-
fléchi sur son utilité. Et cependant, partout on oppose des obstacles
aux améliorations que j'ai projetées ; et ces obstacles viennent de
ceux-là même de qui je ne devais pas en attendre. Si je n'étais
persuadé que la providence m'a imposé le fardeau du diadème avec
l'obligation de subir toutes ks peines qui s'y trouvent attachées.
568 LIVRES ÉTRANGERS.
le découragement accablerait ma vie , et le vœu de n'être plus
s'emparerait de mon esprit malgré moi ; mais je connais trop mon
cœur, la droiture de mes intentions me soutient. Oui , je l'espère,
un jour, quand je ne serai plus, la postérité plus juste, plus impar-
tiale , appréciera ce que j'ai fait pour mon peuple. » Ces lettres sont
en allemand. On se demande si Joseph II les a toutes écrites en
cette langue, et s'il a traduit ou fait traduire en français celles qui
n'ont pu être envoyées qu'en français ; ou bien si l'éditeur n'aurait
pas lui-même mis en allemand les lettres écrites en français par
l'empereur.
242. — Homers Ilymnus , etc. — Hymne d'Homère à Cérès ,
traduit en vers , avec le texte grec en regard , expliqué au moyen
des hiéroglyphes et des traditions sacrées ; ouvrage précédé d'une
lettre à M. Creutzer; par F. A. L. Sick.ler, directeur du gymnase
de Hildburg-Hausen. Ilildburg-IIausen , 1820. in-8".
L'auteur est déjà connu par plusieurs ouvrages dans lesquels il a
toujours eu pour but de prouver que la civilisation et la mythologie
des Grecs leur sont venues d'Orient j il s'est livré à cet égard à de
longs développemens , que l'on peut lire surtout dans son Cadmus,
où il cherche à établir que tous les noms mythologiques sont dérivés
des langues sémitiques. M. Sickler ne voit pas dans les hiéroglyphes
et dans les symboles la désignation de choses et de pensées, mais
des sentences et des adages qu'il faudrait expliquer par les noms
donnés en hébreu aux objets représentés , et surtout par la conson-
nance de ces noms. Ce système a été amplement discuté dans la
dissertation intitulée : Die Hierogljyphen in dem Mjthus des u^s-
culapius. L'épître dédicatoire qui précède l'hymne à Cérès indique
le but de l'auteur : il a voulu démontrer la haute antiquité de la
doctrine contenue dans cet hymne ; il commence par des idées géné-
rales sur les langues, les hiéroglyphes et la paronomasie. C'est sur-
tout de cette dernière que M. Sickler fait usage ; elle repose sur la
similitude des sons dans des mots dont les ^uns désignent des objets
sensibles et palpables , et les autres des êtres abstraits. M. Sickler
dit que l'ancienne langue hellénique n'a d'autres élémens que ceux
que nous retrouvons dans tous les dialectes sémitiques. A ce sujet,
nous recommandons aux lecteurs la correspondance de deux hommes
justement célèbres , MM. Creutzer et Hermann ; leurs vues sur ce
point important ont été de nouveau reproduites par un penseur
LIVRES liTRANGERS. 569
profond, M. le comte Ouvaroff, dans un écrit intitulé : Uber das
vorhomerische zeitaller (sur les tems antérieurs à Homère^. Cet
écritaparu à Saint-Pétersbourg en 1819. On trouve, dans ces ouvrages,
des choses qui ne plairont pas aux hommes qui ne veulent rien d'an-
térieur à Homère. Quant au texte grec, M. Sickler a suivi Wolf , à
peu de chose près. Ph. GoLEiiBY.
2\7). — Allgemeines bibliogr. Le.xicon. — Dictionnaire général de
bibliographie ; par Fr. A. Ebert , secrétaire de la bibliothèque royale
de Dresde. Leipsick, iSn. Brockhaus, Cah. 5 et 6 , in-4°-
Nous avons déjà annoncé cet ouvrage utile et dont le Manuel du
Libraire, par M. Brunet , a donné la première idée : mais le plan
de M. Ebert est plus vaste et plus savant que celui du libraire de
Paris. M. Brunet a traité la bibliographie sous les rapports du com-
merce de la librairie, et n'a pas mis toujours une exactitude scru-
puleuse dans l'indication des titres; la littérature étrangère est en
grande partie négligée dans son livre ; quant à la littérature classique,
il n'a indiqué que les éditions qui sont recherchées dans le com-
merce. Le bibliographe de Dresde, tout en rendant justice au mérite
du Manuel, qui a obtenu trois éditions en peu d'années, a cher-
ché à composer un ouvrage qui pût à la fois satisfaire les savans et
les bibliomanes. Avec ce système d'abréviation et d'impression
économique qu'il a suivi pour son dictionnaire, il pourra renfermer
presque toute la bibliographie en 2 vol. in-4°, de grosseur moyenne ;
il est vrai qu'il est obligé de laisser de côté les livres qui n'ont qu'un
intérêt très-spécial, et, pour ainsi dire, purement local. Pour la
France , le Manuel de M. Brunet et les ouvrages bibliographiques
de M. Renouard l'ont mis à même d'être aussi complet que pos-
sible; toutefois, il s'est étendu sur les vieux romans franrais et sur
les ouvrages en patois, plus que le premier de ces auteurs. Les biblio-
manes de l'Angleterre ont été si productifs , que l'auteur ne pouvait
être embarrassé pour la littérature de ce pays. L'Italie a fourni aussi
de bons ouvrages bibliographiques , dont M. Brunet n'a pas assez
profité. Il n'en est pas de même de l'Espagne , généralement pauvre
en bibliographes. On ne peut se fier entièrement à Machedo ; An-
tonio Santander n'a donné que peu de renseignemeus; et Caballero,
que l'auteur n'a pu se procurer, n'est ni exact , ni complet. Pour le
Portugal, M. Ebert se réjouit d'avoir pu proGfer du catalogue
d'auteurs , publié par l'académie de Lisbonne ; de même qu'il a tiré
570 LIVRES ÉTRANGERS.
bon parti du Naamlj'st hollandais. Il assure avoir été Bien servi
pour la Suède; mais il avoue son indigence bibliographique à l'égard
des littératures danoise , polonaise et russe. Il s'est peu attaché à
la littérature orientale , à cause de son intérêt borné , et il a presque
passé sous silence la littérature rabbinique. Au reste , M. Ebert
assure avoir vérifié par lui-même les titres de tous les livres que pos-
sède la bibliothèque de Dresde. Il est difficile de trouver en défaut
un homme aussi exact: toutefois, M. Ebert avoue que son diction-
naire est loin d'être exempt de fautes. Je lui ferai remarquer en
passant que la collection des Mémoires de Vacadémie des belles-
lettres, d'histoire et d'antiquités de Suède a plus de 8 volumes;
l'exemplaire que cette académie a adressé à la société royale des
Antiquaires de France en a lo, dont le dernier est de 1816; peut-
être en a-t-il paru d'autres depuis ce tems. Je ne vois pas pourquoi
M. Ebert n'a point fait mention des auteurs allemands vivans. Il a
été court dans la partie qui concerne la littérature allemande de la
deuxième moitié du dix-huitième siècle , parce qu'il observe que
l'ouvrage d'Ersch traite spécialement de cette partie. Je suis fâché
qu'un bibliographe aussi distingué ait mis à la tète de son dictionnaire
une dédicace aussi humble ; M. Ebert y parle de la grâce que lui fait
son Mécène, un baron de Friesen^jen daignant s'intéresser à ses
recherches. Un chambellan est sans doute un personnage important;
cependant il semble qu'un bon bibliographe vaut aussi quelque
chose , et que la distance n'est pas si grande pour que le savant
doive s'abaisser devant l'homme de cour. Deppisc.
244- — Uber Deutsche Runen. — Sur les runes allemands , par
G uilla urne- Charles Geimm. Gœttiugen. 1821 , in-4° de 028 p. avec
figures.
On nomme runes ou runiques, des caractères très-différens de
tous ceux que nous connaissons. On les trouve gravés sur les pierres
et sur les monumens , dans le nord de l'Europe, en Danemarck, en
Suède , et même dans une partie de la Tartarie. Diverses opinions
se sont élevées à ce sujet ; les uns veulent voir dans les runes une
mauvaise imitation des caractères romains; les autres disent qu'un
évoque, appelé Ulphilas, les a inventés, lorsqu'il traduisit la Bible en
langue gothique ; d'autres encore, et avec plus de raison, éta-
blissent pour les runes une antiquité plus reculée. Enfin , on a
prétendu qu'Odin, ce dieu législateur des peuples septentrionaux,
LIVRES ETRANGERS. 571
les avait apportes de Scythîe. M. Grimm s'occupe d'abord de l'origine
du mot rune , que quelques personnes ont voulu faire dériver d'un
mot gothique qui signifie couper, tailler; il en trouve une toute
différente, qu'il prend dans le mot raunen, encore usité , mot qu'il
rend dans le même sens que reçoit en latin susurras ; en sorte
que j selon lui , rune signifie murmurer à voix basse, et se rapporte
aux choses secrètes que l'on cévélait par ce moyen , ou bien encore
à la manière dont les personnes peu habituées à la lecture pro-
noncent les mots en les déchiffrant. Ce n'est que des runes alle-
mands que s'occupe M. Grimm ; on a tant écrit sur ceux du nord ,
que le seul catalogue de ces traités tient plusieurs feuilles dans
V Histoire des Danois , par Suhm , et dans la Litlèralure Danoise de
Nierup. M. Grimm n'a pas une aussi terrible concurrence à redouter;
il est jusqu'ici le seul qui ait parlé à fond des runes allemands ; et
la bonté de son livre pourrait , en désespérant ses concurrens, le
faire jouir de cet avantage pendant long-tems. M. Grimm a un talent
très prononcé pour remonter , à l'aide des langues, vers les faits his-
toriques les plus reculés. Il établit un parallèle entre les alphabets
runiques du nord , des Allemands et des Anglo-saxons ; puis il exa-
mine entre eux la question de priorité, et accorde la préséance à celui
du nord, composé de 16 runes ou caractères, parce qu'il a été ap-
porté par les peuples de l'Asie j à l'époque des grandes émigrations.
Si nos lecteurs sont curieux de voir des alphabets de ce genre , nous
les renverrons à Xa paléographie scandinaue que M. Arendt d'Altona
a fait graver en 181S; la preuve la plus sûre, selon nous, qu'Ulphilas
n'est point l'inventeur de ces caractères , c'est qu'en Suède les tradi-
tions sont d'accord pour attribuer au roi Uarald Ilildetand (qui
régnait au septième siècle, et qui était païen) des runes que l'on
voit taillés dans un roc , auprès d'un chemin de la province de Blec-
kingie. D'ailleurs, on en trouve aussi dans les tumuU ou buttes en
terres rapportées , qui sont si communes en Allemagne. Dans un
appendice d'un très-grand intérêt, M. Grimm traite des pierres
chargées de runes , que l'on a découvertes dans des tumuli. 11 n'y a
pas long-tems que M. de Schorzell en trouva une dans ses terres ; cette
pierre a été décrite, dans \e Journal de GœUingen, de 1819, p. i45.
M. Grimm l'a fait graver de nouveau et l'a compai'ée à deux autres
du même genre , dont l'une à déjà occupé M. Kostam. Une note
savante est jointe à ce parallèle. Elle indique tous les écrits qui ont
Sn LIVRES ÉTRANGERS.
paru sur les lumuli. 11 serait utile sans doute à l'étude de l'antiquité
de réunir en corps d'ouvrage tout ce qui a été dit jusqu'à ce jour sur
ce genre de monumens. Peut-être conviendrait-il de signaler par une
carte tous les lieux de l'Europe où il y en a eu ; peut-être enfin un
pareil travail ferait-il faire un grand pas aux connaissances histo-
riques. On remarque généralement que le midi de l'Allemagne en
présente beaucoup moins que le nord, Ph. Golbéey.
Ouvrages périodiques allemands.
345. — Morgenblattfûr gehildete 5te72cfe.— Feuille du matin, pour
les classes instruites ; 1S21 , mois de juillet. Stuttgardt et Tubingue.
Cotta.
Ce journal littéraire continue d'être un des plus répandus de l'Al-
lemagne. Une partie qui devient fort intéressante dans cette feuille,
c'est celle qui contient la revue de tout ce qui concerne les progrès
des arts en Europe , et des ouvrages nouveaux qui y ont rapport.
Nous trouvons, entre autres , dans le cahier de juillet, une critique
d'un ouvrage, pour lequel, dit-on, on a pris, à Paris, aux frais de
la nation, 1,200 souscriptions, tandis que les auteurs d'ouvrages, dix
fois plus Utiles, n'en peuvent obtenir une seule , malgré leurs solli-
citations. Cet ouvrage est intitulé : Recueil d'estampes , gravées
d'après des peintures antiques italiennes , etc. , par j4ug. Bouchbr-
Dessoykes, et exécutées sous sa direction , d'après les dessins qu'il
afaits en Italie, dans les années 1818 et 1819. A Parts, in-fol. Puis-
qu'aucun journal français n'a soumis cet ouvrage à un examen cri-
tique , il n'est pas inutile d'apprendre comment il est jugé par les
étrangers. Voici l'extrait de l'article du Morgenhlatt :
• Nous apprenons, par la dédicace au ministre Snnéon, mis en
tête de cet ouvrage de luxe, que M. Boucher-Desnoyers a séjourné
dix mois en Italie , pendant les années indiquées sur le titre. Il a
dessiné , à cette occasion, tout ce qui pouvait l'intéresser, ou ce qui
se présentait par hasard, et il soumet au public les études faites dans
ses voyages. L'annonce de ce recueil était faite pour exciter quelque
attention; car M. Desnoyers est un artiste d'un mérite reconnu, et
il est, avec Ricbomme , Lignon et Massard le jeune, à la tête des
graveurs historiques vivans en France. Walheureusement, les amis
des arts se sont vus cette fois complètement trompés dans leur
attente Ce recueil est fait sans plan et sans choix : auprès d'un
LIVRES lÎTRANGERS, 573
Enfant-Jésus, de Mantegna , se présente une jolie aubergiste du
Grindelwald, encore vivante, et une gentille cantatrice napolitaine
figure dans la compagnie de Judas Iscariote. Il faut que M. Des-
noyers ait fait ses dessins avec une légèreté inouie, puisqu'on ne peut
expliquer autrement pourquoi ils trahissent partout l'écolier, et n'an-
noncent pas la moindre entente du nu. Sous ce rapport, tes portraits
dessinés d'après nature par M. Desnoyers lui-même sont moins mau-
vais que le reste , quoique d'un autre côté on ne puisse les recom-
mander comme modèle du style des portraits. D— c.
SUISSE.
i\e.-Des moyens de perfectionner les éludes littéraires, par Jean
HoMBERT, professeur d'arabe ; prem. part. Broch. in-S» de 47'pag.
Genève , 1821 ; Paschoud , et à Paris , même maison de commerce.
M. Humbevt, connu par un Coup d'œil sur les poètes élè^iaques
français, et par une Anthologie arabe dont nous avons rendu
compte ( voy. Tom. III , p. 128 , et Tom. VIII , p. 557. ) , s'était
montré à la fois orientaliste habile et écrivain élégant : dans cette
dernière production, animé par un patriotisme éclairé, il s'occupe
des moyens de rendre à son pays natal son ancienne gloire littéraire ;
il voudrait faire revivre les études du xvi' siècle, et voir renaître des
Robert Etienne , des Scaliger , des Leclerc, des Casaubon. Genève,
dit-il, a peu à envier aux étrangers sous le rapport des sciences
exactes ; ainsi ses vœux sont tournés vers l'érudition , les belles-
lettres et la philologie. Pour parvenir à l'amélioration des connais-
sances littéraires , il propose divers moyens d'émulation; tels que
des concours publics , des voyages en Allemagne et en Angleterre
aux frais de l'état, la publication des tra%'aux des jeunes littérateurs;
enfin, la formation d'une société littéraire et protectrice. Toutes ces
vues paraissent aussi sages qu'elles sont bien exprimées ; cependant
ce n'est qu'à Genève qu'on peut en apprécier le mérite, et sur-
tout la possibilité de l'exécution. M. Humbert , qui recommande
la littérature moderne , et qui ne veut pas sans doute qu'on néglige
la littérature française , propose de faire voyager les jeunes gens
partout ailleurs qu'à Paris ; n'est-ce pas vouloir que ses compatriotes
n'acquièrent jamais une connaissance approfondie de notre langue
et de nos chefs-d'œuvre, et ne puissent atteindre au poiût où lui-
même est arrivé ? Quelque sort qu'ait le plan de M. Humbert, nou»
S7A LIVRES ÉTRANGERS,
ne pouvons que former des vœux pour que cet habile professeur soit
encouragé dans ses travaux de littérature orientale , et fasse joair le
public de la traduction de plusieurs des manuscrits arabes qui en-
richissent la bibliothèque publique de Genève. Jomaed.
2^~,—F'o}'age en Ecosse et aux îles Hébrides, par L. A. Necker
DE Saussdbe , professeur honoraire de minéralogie et de géologie à
l'académie de Genève. Genève, J. J. Paschoud. i vol. in-8° de
428 p. Pris , 5 fr.
1^8.— Lettres diueraes, recueillies en Suisse, par le comte FiDOR
GoLO-vTK.i>-, accompagnées de notes et d" éclaircissemens . Genève,
J. J. Paschoud ; 1 vol. in-S» de 428 p. Prix, 5 fr.
■i.^i^.—Alpenrosen,einSchii'eizer-TaschenbuchaufdasJahr\%2\ .
Les roses des Alpes, almanach suisse pour l'année 1821 , publié
par MM. Kuhn, Meisner, Wyss et autres. Berne, 1821. 3. J. Burg-
dorfer. 1 vol. in- 12 de 070 pages , avec gravures et musique.
Cet almanach, qui compte onze années d'existence, se distingue
aujourd'hui par des caractères et un format plus grand que ceux em-
ployés jusqu'ici , ainsi que par le commencement d'une galerie de
costumes suisses des quinzième , seizième et dix-septième siècles.
Les "ravures , exécutées par les plus habiles artistes zuricois , Ess-
lingcr etLips, sur Jes dessins de MM. Martin Usteri et Yolmar, se
font remarquer par leur fini et leur grâce. Le volume que nous avons
sous les yeux renferme deux morceaux qui intéressent la géographie
et la statistique de notre pays : l'un , sous le titre de Deux jours dans
les Alpes , contient le récit de deux excursions : la première faite du
17 au 20 août 1S19, en partant du Haut-Simmenthal pour se rendre
aux bains de Louësche, dans le Vallais , en franchissant les rocs et
les glaciers du Rawylberg; l'autre, qui n'est que la suite de la pré-
cédente, en gravissant les arêtes des montagnes primitis^es^ pour re-
tourner dans le Simmenthal par la Gemmi, Ces courses furent exé-
cutées avec autant de hardiesse que de bonheur par M. B..., préfet
dans le canton de Berne. Les descriptions de ce voyageur sont
neuves et d'un grand intérêt. L'excursion entreprise par M. le pro-
fesseur Wyss , dans la partie nord-est de la Suisse et à Constance ,
bien différente de celles dont nous venons de parler, ne fut accom-
pagnée d'aucun danger ; le journal de son voyage est rempli de
notices intéressantes sur les hommes , la littérature et les arts . et
sur une foule d'autres objets qui font honneur à notre patrie , ou qui
LIVRES ÉTRANGERS. 575
tendent à procurer de nouvelles jouissances à l'homme civilisé
M, Wyss cite avec éloges, à Zurich , la riche collection d'études de
peintre, que M. Vogel a recueillie en parcourant la Suisse; il loue
la franchise et la liberté avec lesquelles on discute , dans la Société
pour l'avancement de l'histoire nationale , les points les plus déli-
cats , et même l'histoire du tems actuel. Il fait sentir les avantages
de cette institution, où il est facile de se convaincre qu'avec des
opinions souvent opposées, on peut néanmoins être également hon-
nête homme et attaché à son pays, quoique l'on diffère sur les moyens
à employer pour en assurer le bonheur. Arrivé à Winterthur le
voyageur nous entretient des travaux de ïlegner, à Schaffouse , du
beau cabinet de M. le triumvir Veith. Il donne, sur les monumens
d'architecture allemande qu'on observe encore à Constance , des dé-
tails tout-à-fait nouveaux et dignes de remarque. On doit souhaiter
que cet almanach continue à s'enrichir de pareils morceaux, qui
ajoutent singulièrement à son prix. Les nouvelles et les légendes de
MM. Kuenlin , Kuhn et Wyss, et particulièrement le Trésor, qu'on
doit à ce dernier, offrent une lecture agréable. Les pièces de poésie
contenues dans ce recueil, au nombre de soixante-dix environ, sont
dues à une vingtaine de littérateurs. Notre célèbre J. U. de Salis,
les deux Wyss, M.M. Usteri, Hegner, Hanhart et autres poètes
suisses, ont fourni d'intéressans matériaux. Parmi ceux envoyés par
des étrangers amis de la Suisse , on distingue quatre morceaux du
fomeux Matthisson. Nous ne saurions terminer cet article, sans ex-
primer nos regrets de ne pas trouver dans ce Recueil le tableau
sommaire de l'état de la littérature suisse, que les rédacteurs pu-
blient tous les deux ans , et qui aurait dû figurer dans l'almanach
de 1S21. Ils promettent de dédommager leurs souscripteurs de cette
suppression, en leur donnant, l'année prochaine, ce tableau aug-
menté d'une notice sur l'état des beaux-arts. A. S.
ITALIE.
260. — • L'Arte delnuolo, etc. — L'Art théorique et pratique du
nageur , démontré suivant les principes de la physique, avec des
planches; par Adolfo Cohti. Venise, 1S19; in-S°. Fracasso.
Vers la fin du siècle dernier , un ecclésiastique du royaume de
Naples, très-habile dans l'art de nager, s'était proposé de fonder
une école de natation dans la capitale de ce royaume. Il donna assez
576 LIVRES ETRANGERS.
de preuves de son habileté pratique et tliéorlque , pour mériter la
faveur du ministère. Il publia aussi un livre riche en observations
et en planches. Il prétendait que, si l'homme savait connaître et
conserver l'équilibre de son coips, sa tête jusqu'à la bouche res-
terait au-dessus de l'eau, sans art et sans efforts. 11 indiquait les
mouvemens les plus simples et les plus efficaces pour donner une
direction quelconque au corps nageant. Je me souviens que lui-
même et quelques-uns de ses élèves employèrent leurs bras à divers
exercices au-dessus de l'eau, demeurant debout et tenant tout le
reste du corps en équilibre. Ce qui est incontestable , c'est qu'il
inspirait à ses écoliers , par ses maximes et par ses essais , beaucoup
de courage. Je ne sais si l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons
a connu et examiné les principes de l'écrivain napolitain , qui avait
renouvelé l'exemple de Wynman IVicolaus et de Digbeins Everardus,
auteurs, au seizième siècle, de deux ouvrages sous le même titre :
de arte nalandi; mais M, Corti s'étudie à donner les meilleures
règles pour faciliter le mouvement presque horizontal. Il n'oublie
pas non plus tout ce que M, Thévenot a publié sur cet art, et il ne .
néglige pas de s'occuper des naufragés , auxquels il propose d'appli-
quer la pile de Volta.
25i. — Délie acque semitermali de S. Pellegrino, etc, — Des
eaux demi-thermales de S, Pellegrino, dans la province de Ber-
game ; essai du D, G. Luigi CABSinA. Bergame, 1S20; in-S".
Les températures des eaux de S. Pellegrino étant_entre les 21 et 2.5
degrés environ du therm. R,, sont nommées demi-thermales.
L'auteur de cet ouvrage exalte leur vertu , au point de prétendre
que leur usage peut rendre la beauté et la jeunesse.
202. — Del cinismo, ossia délia filosofia de' Cinici , etc. — Du
Cynisme, ou de la philosophie des cyniques; discours de M. de
MoHTBOivE, avec la satire X de Juvénal_, traduite en terza rima. Na-
ples, 1820. Saverio Giordano.
Francesco Antonio Grimaldi, auteur de plusieurs ouvrages philoso-
phiques , avait publié , à INaples , la Kie de Diogène le cynique , où il
s'étudiait à le disculper des accusations des anciens, et surtout de celles
de Diogène-Laërce. Grimaldi pensait que ce philosophe avait été indi-
gnement calomnié , et que ses maximes étaient entièrement con-
formes aux principes de la morale exempte de tout préjugé,
M. Montrone , voulant pourvoir aux besoins du siècle, propose la
LIVRES ETRANGERS. 577
Jnorale des cyniques , dont tout l'objet consiste dans la maxime de
Juvénal, mens son a in corpore sano. Il regarde, avecles cyniques, les
peuples les plus anciens, et surtout les Spartiates, comme les plus par-
faits.Mais ce quisemblen'avoir pas assezdeconformité avec le cynisme
que professe l'auteur , c'est son style trop élégant et trop recherché.
253. — La dii'ina commedia , etc. — La divine comédie du Dante,
édition faite d'après une copie manuscrite de Boccace. Roveta, 1820;
in-S".
• Aloisio Fantoni, auteur de cette nouvelle édition de la Divina
commedia du Dante, assure le public qu'il trouva, à Paris , parmi
les livres emportés de Rome , un manuscrit de ce poème , copié par
Boccace, avecl'épître latine qu'il écrivit à Pétrarque en lui envOT2.nt
ce manuscrit, et quelques corrections de Pétrarque lui-même. Ce
monument existait, depuis long-tems, dans la bibliothèque du Vati-
can, et il est étonnant qu'on n'eût pas soupçonné jusqu'ici qu'il était
de la main de Boccace. M. Fantoni a établi exprès une imprimerie'
à Roveta , petite ville située au milieu des Alpes , sur le sommet du
mont Presolano , pour faire imprimer et publier ce précieux manus-
crit. L'édition en est faite avec beaucoup de soin ; et lors même:
que l'on voudraitrévoquer en doute l'authenticité de la copie attribuée
à Boccace , toujours serait-il vrai qu'elle aurait été faite sur un ancien
manuscrit de sa main.
254. — Nuoua raccolta teatrale , etc. — Nouvelle collection de
pièces dramatiques, ou Répertoire choisi à l'usage des théâtres
d'Italie, par le professeur Gaetano Bakbieri. Milan, 1821. Gio
Pirotta, 3 vol. in- 12.
Le premier volume de ce recueil comprend la traduction des
Vêpres Siciliennes ^ tragédie de M. C. Delavigne, par le comte de
Beniowski, celle d'une comédie de Kotzebue , et le Ternoallotlo,
comédie originale de M. Barbieri. L'auteur ne se borne pas à tra-
duire les pièces des autres ; il s'étudie aussi à les modifier et à les
rendre plus propres à la scène. Si l'on en croit la Bibliothèque ita-
lienne ( n" Lxvi , pag. 285 ), il n'a pas toujours atteint son but; il
â fait plusieurs changemens dans la comédie de Kotzebue; il en a
fait aussi quelques-uns dans la tragédie de M. Delavigne. Il a voulu
rétablir l'entière innocence d'Amélie ; i» l'exemple d' Atalide , il fait
tomber de ses mains, dans un évanouissement, le billet qui dé-
couvre le mystère de la conspiration. Le journaliste italien loue beau-
coup les deux premiers actes de celte tragédie ; mais il ne traite pu»
Tome xi. ^^7
5r78 LIVRES ETRANGERS.
de même les trois suivans , gurtout à cause de riavraisemblaDce des
événemens. Pour ce qui regarde la traduction , le style n'en est pas
toujours assez correct. La comédie de M. Barbieri semble offrir une
trop grande complication d'événemens, et le succès qu'elle a obtenu
»u théâtre ne se soutient pas à la lecture.
355. — Dl Cennino Cennini , irattato délia pillura , etc. — Traité
de peinture de Cennino Cennini , publié pour la première fois par
le chcTalier Crnse/i^e Tambeoki. Rome, 1821. Salviucci.
Ce traité inédit de Cennino, indiqué déjà par Vasari, existait
dans la bibliothèque Laurentienne. L'abbé Mai en a dernièrement
trouvé une copie dans la bibliothèque Oltoboniane , et M. Tambroni
s'est empressé de la publier. C'est l'ouvrage le plus ancien des Italiens
en matière de peinture. L'auteur l'avait terminé en i^'^j , et il nous
trace l'état de cet art au quatorzième siècle et au commencement du
quinzième. Il parle surtout de la méthode de peindre à l'huile, comme
d'une pratique déjà très-connue en Italie, et qui lui avait été montrée
par Agnolo Gaddi, son maître , mort en lôSj, quoi qu'en dise Vasari.
Sous ce rapport, cet ouvrage ne préseute qu'un objet de curiosité
pour les artistes, mais un monument de gloire pour les Italiens. Les
amateurs de la langue italienne pourront y trouver aussi une ample
provision de locutions et de mots relatifs surtout à la peinture , et
dont l'éditeur a donné un index à la fin de l'ouvrage , comme un
moyen d'enrichir et d'éclairer le fond de la langue. Cette édition a
donné lieu à beaucoup de remarques et de discussions, sur le mérite
et la préférence de quelques autres manuscrits du même traité , exis-
tans dans les bibliothèques de Florence , et plus encore sur la valeur
de certaines locutions ou mots surannés ou peu intelligibles. F. S.
ESPAGNE.
256. — Elemenlos de la verdadera Logica. — Elémens de la vraie
Logique , déduits de l'Idéologie de M. Destutt - Tracy par don Jean
Juste Gaecia , ancien professeur de mathématiques à Salamanque.
Madrid, 1821. Brun. 1 vol. in 8°.
267. — Principios de economia polilica. — Principes d'économie
politique, par M. Destutt-Tracy , extraits de son Idéologie, et tra-
duits par don Manuel Maria Gitiebhez. 2 vol. in-12.
258. — Commentario , etc. — L'Esprit des Lois de Montesquieu,
avec le Commentaire de M. Destutt-Tracy , traduit par don Jean
Lr'pez PEAALVKfi. Soio. 4 vol. ia-8''.
LIVRES ETRANGERS. 57*^
Ces trois ouvrages du très-savant auteur de l'Idéologie commen-
cent à devenir populaires en Espagne, et tout porte à croire que, dans
peu de tems, il en sera de même de tous les ouvrages de M. de
Tracy et des autres savans français , dont les écrits peuvent contri-
buer à la régénération de l'Espagne.
aSg. — Bibllotheca Espanola econoniico-polltica. — Bibliothèque
espagnole économico -politique, par don Jean Sbmperk GoABiîfOs,
ancien procureur du roi à la cour royale d'appel à Grenade. Madrid ,
1821. Sancha. 4 vol. in-12.
Cette Bibliothèque ne sera pas moins utile que celle publiée précé-
demment par le savant et infatigable auteur, qui a demeuré pen-
dant long-tems à Paris, où il s'était réfugié comme ayant été l'un
des partisans de la constitution espagnole publiée à Bayonne en iSo8.
Ce premier ouvrage portait le titre de Bibliolhèqae Espagnole des
plus célèbres écrivains du règne de Char'es III. Les articles Cam-
pomunes y Monino , Feijoo, Isla, Jouellanos , Melendez-Valdès , et
quelques autres, prouvent que le goût des sciences, des arts et de la
littérature régnait dès ce tems-là en Espagne , beaucoup plus qu'on
n'aurait pu l'attendre d'un pays où l'inquisition religieuse et l'espion-
nage civil s'accordaient pour empêcher la lecture des meilleurs ou-
vrages français. L'avènement de la famille des Bourbons au trône
d'Espagne avait rendu plus faciles les communications avec les sa-
vans français, et ceux-ci rendirent aux Espagnols le même service
que les auteurs espagnols des tems de Charles-Quint et de Philippe lï
avaient rendu à la littérature française. La nouvelle Bibliothèque de
M. Sempère révèle l'existence d'un grand nombre d'auteurs espa-
gnols qui ont écrit sur l'économie politique , pendant les xvi*, xvii'' et
xviii' siècles, et l'on en trouve dans le nombre q'aelques-uns d'un
mérite distingué. Les principes d'après lesquels on procédait pour
tirer des conséquences économiques n'étaient pas certainement
aussi bons qu'aujourd'hui; mais il n'en est pas moins vrai que ces
auteurs ont écrit dans un sens qui ferait croire que, s'ils étaient nos
contemporains, ils adopteraient les doctrines du savant Say et des
autres économistes modernes. La connaissance même des erreurs
dans lesquelles les économistes espagnols sont tombés , pourra être
fort utile, en ce qu'elle servira .'J faire abandonner les systèmes nui-
sibles qui ont prévalu jusqu'à l'époque de la liberté espagnole. On oc
peut que recommander la lecture des deux ouvrages de M. Sempère/
57*'
580 LIVRES ÉTRANGEllS.
ainsi que d'un autre qu'il a publié soui le titre d'Histoire du la.\d
et des lois sompluaires d'Espap;ne.
260. — Tablas cronologicas , etc. — Tablettes ctironologiques des
trois codes légaux, savoir : du droit romain, du droit canonique et du
droit espagnol, à l'usage des étudiaus en droit. Madrid, 1S21. PiO-
driguez. 1 vol. in-8°.
aGi. — Nulidades ., etc. — Inconvéniens de l'enseignement mu-
tuel, d'après la méthode de Lancaster comparée avec les méthodes
suivies jusqu'ici en Espagne; par don Joseph Diaz ManzaiSAKks.
Madrid, 1S21. Davila. Brochure in-S".
L'annonce de cet ouvrage, laite dans la Gazette de Madrid, lait
penser qu'il doit être utile à ceux qui se vouent à l'instruction pri-
maire. J. A. Llorekte.
IIOYAUME DES PAYS-BAS.
262. — Verhandeling ouer Mahomed , etc. — Dissertation sur
Mahomet, ou Tableau de l'influence de sa doctrine religieuse sur les
peuples du moyen âge, par E. E. Oelsneh ; ouvrage couronné par
l'institut de France (en iSio), et traduit sur l'édition allemande,
augmentée par l'auteur. Franeker, 1S20. Ypma. In-8." de 558 pag.
Dans le compte que nous rendons des ouvrages de littérature
étrangère , nous ne devons annoncer une traduction qu'autant qu'elle
offre un intérêt et un mérite particuliers. A ce titre, nouî ne pou-
vions omettre celle-ci ; elle se recommande également par la fidélité,
par un stjlc élégant et par des notes curieuses.
260. — Lucius , sive navigantes. — Lucius , ou les voyageurs par
eau, par Louis-Gerlach Pareau, candidat en belles-lettres et étu-
diant en théologie à l'académie d'Utrecht. Utrecht, 1S21. Van-Pad-
denburg, etc. In-S" de i66 pag.
Depuis la nouvelle organisation universitaire, due au gouverne-
ment actuel de la Hollande, des concours ont été ouverts parmi
les étudians sur des sujets donnés. L'expérience a déjà prouvé l'uti-
lité de cette institution. Les Annales académiques (création éga-
lement nouvelle) insèrent les pièces couronnées; on y remarque
d'excellens morceaux : nous avons déjà eu l'occasion d'en mention-
ner quelques-uns dans notre Recueil. Celui que nous annonçons
ne mérite pas moins de fixer l'attention des lecteurs. La faculté de
philosophie théorique et de belles-lettres de l'académie d'Utrecht
nVRES ÉÏRANGEaS. 581
avait propose, pour le concours du mois de mars 1820, là ques-
tion suivante : « Rechercher ce qu'était la tragédie grecque , et
comparer à ce type la célèbre pièce de Vondd (1), intitulée : Gis-
herl d'Amstel. »
Deux mémoires ayant balancé les suffrages de l'académie, c'est le
sort qui a désigné le vainqueur; et M. Huet, étudiant en théologie,
a été couronné. M. Pareau , son jeune rival, aussi étudiant en tliéo-
logie , annonce un talent très- distingué. 11 a donné à sa composi-
tion la forme du dialogue , et ses entretiens rappellent ceux de
riaton ; on y reconnaît un bon disciple de l'école de M, Van
I[eusde, professeur d'histoire et de grec à Utrecht , et qui se plaît à
familiariser la jeunesse confiée h ses soins avec la doctrine et la
méthode du disciple de Socrale. Comme le titre l'indique, les in-
terlocuteurs de M. Pareau se trouvent à bord d'un vaisseau. Leur
premier entre lien a pour objet : interna ratio tra gœdiœ grœcœ ,
le caractère propre de la tragédie grecque , les affections naturelles
et les mouvemens qu'elle avait essentiellement pour but de peindre.
-Le deuxième dialogue traite de la forme extérieure, du chœur, de la
musique, considérée d'abord comme l'essence de la tragV;die
grecque, et ensuite dans ses rapports avec la danse. L'auteur prend
la tragédie grecque , pour ainsi dire, au berceau, et, la suivant
dans ses progrès , il trace un parallèle aussi ingénieux que juste d'Es-
chyle, de Sophocle et d'Euripide. Les règles de la poétique moderne
sont inapplicables, selon notre auteur, à la tragédie grecque. Ce que
nous appelons imbroglio ( intrigue à nouer fortement el à dénouer
avec habileté ) était inconnu aux anciens. Les rapports et la dissem-
blance du théâtre d'Athènes et de notre théâtre, du but et des
moyens de l'un et de l'autre, sont présentés avec une lucidité et une
vérité qui laissent peu de chose à désirer.
Dans le troisième entretien , il est enfin question de comparer la
tragédie de Vondel , intitulée Gisbert d'Amstel, avec les chefs-
(1) T'ondel (Juste Van), le corvphée du Parnasse hollandais,
naquit à Cologne le 17 novembre iôSS, et mourut à Amsterdam le
9 février 1679. Ses œuvres poétiques se composent de tragédies,
d'odes, de poèmes, d'épîtres , de satires, d'épigrammes et d'une
foule de vers de circonstance. Son théâtre seul forme deux vol. '";4%
rt il contient trente deux tragédies, la plupart originales. Il a traduit
en vers les odes d'Horace, Virgile, les Métamorphoses d'Ovide, etc.
§82 LIVRES ETRANGERS.
d'œuvre de la Mclpomène antique. Le seul point qui puisse fournir
ici quelque objet de comparaison , c'est l'usage que Vondel a fait des
chœurs. Ils sont admirables dans la plupart de ses pièces : ce sont
des morceaux lyriques de la plus haute poésie ; du reste , Vondel n'a
pas cherché à imiter les Grecs , dont il paraît qu'il ignorait la langue j
il n'a même appris le latin que fort tard.
Selon M. Pareau, les chœurs de Vondel sont beaucoup moins essen-
tiels à ses pièces que ne l'étaient ceux des Grecs à leur théâtre. Mais
un point sur lequel on peut établir des rapports frappans , ce sont les
circonstances au milieu desquelles la tragédie prit naissance en Grèce
et en Hollande. Vainqueurs des Perses , et pleins de l'enthousiasme
de leurs succès, les Grecs virent apparaître Sschyle. Après une lutte
de soixante-dix ans, les Hollandais , vainqueurs de Philippe , appro-
chaient de la glorieuse époque de leur plein afiranchissement , quand
Vondel donna Gisbert d'Amstel. La liberté religieuse , qui promet-
tait aux Hollandais la liberté civile, causoit alors parmi eux cette
exaltation qui jadis animait les Grecs pour la conquête de leur indé-
pendance. Vondel célébrait , dans son héros , la constance , la magna-
nimité , les nobles sacrifices de la vertu , l'inaltérable résignation à
toutes les rigueurs de la fortune , augustes traits de tout vrai patrio-
tisme ; c'est ainsi qu'Eschyle avait peint la force d'ame et l'inflexible
dévouement à souffrir de sonProméthée .généreuse victime du bien
public, comme nous l'a fait voir M. Andrieux (i). Vondel donnait
toujours un grand but moral à ses compositions tragiques , et il aimait
à l'annoncer même dans le titre , comme : Palamède ^ ou la Mort de
Vinnocence[-})\Phacthon^ ou l'Audace irréfléchie:, Adonija ,owl' Am-
(i) Voy. Rev. Encycl. Tom. VI , p. 442-
(ajLe véritable sujet de cette tragédie est la mort de Barnevelt. L-e
poète croyait alors , avec tout le monde , que ce grand homme d'état
était une victime immolée à l'ambition et à la vengeance du stathouder
Maurice. Une secte nouvelle depolitiques, s'inscrivant en faux contre
un siècle et demi d'hommages, prétend aujourd'hui que la condam-
nation de Barnevelt fut un acte dé justice , et que les Bataves ont
commis un grand crime en secouant le joug de Philippe II , leur
maître légitime. Il est triste de voir le plus beau génie de la Hol-
lande professer ces honteuses maximes. Si ces messieurs prétendent
ainsi faire leur cour, il esta craindre qu'ils ne réussissent mal. On as-
sure qu'un jeune adepte de la secte ayant présenté au roi des Pays-
Bas une longue thèse de monarchid , soutenue à Lcyde , et toute
consacrée à établir cette doctrine , le Roi lui dit : « Monsieur , par le
tems qui court, vous risquez de ne pas aller loin avec votre système. »
LIVRES FRANÇAIS. bSâ
bUion pernicieuse. M. Pareau jette un regard en arrière sur l'origine
du théâtre hollandais, né des Chambres de rhétoriciens , {collèges
de rhétorique ,) dont M. Kops , dans le i"' vol. des Mémoires de la
société philologique hollandaise de Leyde, (p. 2i5 — 3i5,) a es-
quissé l'histoire depuis le quatorzième siècle, et que Lambert Ridlo
a fait remonter jusqu'à 1200. Si la tragédie fut chez les Grecs un
spectacle musical, Vondel en a fait un spectacle historique ; les fastes
anciens et modernes , et même les annales contemporaines (témoins
sa Marie Stuart et même son Palamède) , lui ont fourni ses sujets.
Gisbert d' Amstel rappelle un trait national du commencement du
quatorzième siècle ; Vondel voulut le consacrer dans une représen-
tation dramatique, à l'occasion de l'inauguration du nouveau théâtcc
d'Amsterdam , en lôôy , et sa tentative fut couronnée du plus brillant
succès. Cette pièce est demeurée comme un monument civique ; de-
puis près de deux siècles , on la joue chaque année à une époque
fixe > et le patriotisme des citoyens d'Amsterdam se plaît à l'applau^
dir. L'art dramatique a fait depuis de grands progrès ; mais la poésie
de Vondel dut frapper ses contemporains ; les écrivains nationaux
que l'on connaissait alors étaient loin d'un pareil génie, Iloolft seul
excepté. M. Pareau, qui regarde la tragédie des Grecs comme un
spectacle musical, compare leur muse tragique h cette Diane d'Ho-
mère , qui va dansant et chantant dans de riches campagnes , où elle
efface en attraits le groupe nombreux de ses nymphes ; tandis que
la muse de Vondel est , à ses yeux , la Vénus de Virgile : elle marche,
et son port réièle une déesse. L'espace ne nous permet pas de nous
étendre davantage sur cette production académique , très-remar-
quable , aussi bien pour le fond que sous le rapport du style et de la
diction latine. Vingt-cinq pages de notes intéressantes prouvent une
érudition classique très-étendue, et ce premier succès du jeune au-
teur donne de grandes espérances. ' Marrok.
LIVRES FRAiNÇAIS.
iÇ,l\.— Traité élémentaire de physique, par M. l'abbé Haijy, troi-
sième édition. Paris, 1821. M-»« veuve Courcier, rue du Jardinet^
Sainf-André-des-Arcs, n" 1 ; 2 vol. in-S". Prix, i5 fr. , et, par la
poste , 18 fr. -
265. Vrécis élémentaire de physique expénmenlale , seconde
bU LIVRES FRANÇAIS.
édition, par M. Biot. Paris, 1821. Déterville , rue Hautcfeuille,
n» 8 ; deux forts vol. in-8° , avec planches. Prix, 16 fr.
Ce n'est pas seulement sous le rapport de l'enseignement public
que les bons livres de physique sont recommandables ; cette belle
science a fait récemment de si grands progrès , que rien ne ressemble
moins aux ouvrages que nous annonçons ici , que ceux qui ont été
publiés par les plus habiles physiciens , dans le dernier siècle. Lorsque
Dufay, Franklin et Epinus eurent présenté leurs systèmes sur le
mode de l'action électrique , Coulomb , en y appliquant le calcul ,
montra la route que les savans devaient suivre pour donner à la phy-
sique la certitude mathématique que l'astronomie avait reçue du
génie de Newton. C'est depuis cette époque que la physique est
réellement devenue une science, en s'affranchissant des systèmes
vagues , fruits de l'imagination spéculative. Les beaux travaux de
Laplace et de Lavoisier sur la dilatation des corps et l'influence du
calorique dans leur composition, la belle théorie de Volta sur la pile
galvanique, la découverte de M. Davy sur son action pour décom-
poser les corps, et les expériences de MM. Bertholet , Thénard ,
Gay - Lussac et Berzelius , pour en constater les effets et en étendre
les résultats ; Ics^théories de Deluc , Dalton et Lesné sur la chaleur,
et sur la manière dont les vapeurs existent dans l'air ; les mémoires
de M. Poisson sur l'électricité , ceux de MM. Biot , Arago et Fresnel
sur la lumière ; enfin , une foule de belles observations ont tellement
étendu nos connaissances en physique, que cette science a pris
rang parmi les sciences exactes , et qu'il est permis d'espérer de
voir un jour la chimie, l'une des plus belles, des plus diiEciles et
des plus utiles connaissances humaines , atteindre au même degré
de perfection , sous le rapport de la théorie et du calcul. C'est pour
rendre la physique populaire , que deux savans du premier ordre
ont, dans plusieurs éditions successives , exposé avec clarté , et par
des méthodes affranchies des difGcultés de l'analyse algébrique , les
principaux faits qui forment aujourd'hui l'ensemble de cette science,
et développé les théories qui servent à lier ces faits entre eux et
à les expliquer. On ne s'attend pas sans doute que je m'érige en
juge de deux académiciens aussi distingués par leur mérite et leurs
travaux ; le rang élevé où les place l'estime publique ne me permet
pas d'espérer que mon avis sur des travaux dont je suis admirateur
pourrait avoir quelque importance. Mais, sans manquer aux égards
LIVRES FRANÇAIS. 585
et aux devoirs qui me sont imposés, je puis comparer les deux
ouvrages , et indiquer les qualités particulières qui les distinguent.
On est surpris qu'un vieillard , dont la longue existence a été con-
sacrée à l'étude de la nature , conserve , à plus de quatre-vingts ans ,
le goût des sciences, et se montre aussi assidu à se tenir au courant de
toutes les découvertes , que lorsqu'il avait le feu de la jeunesse. Le
IVaité de physique de M. Haïiy est rédigé avec méthode ; le style
en est simple ou élevé, selon les sujets qu'il traite, et toujours
élégant ; les théories sont démontrées avec clarté ; l'ouvrage se lit
sans peine , et on croirait que rien n'était difficile à expliquer , parce
que rien n'y est difficile à concevoir. Sans doute, cette édition ob-
tiendra le succès des deux premières.
Dans un Traité mathémaùque , M. Biot avait exposé les parties
qui composent la physique, en s'aidant des ressources que lui of-
frait l'analyse algébrique qu'il manie avec tant de facilité. Mais les
cours publics de la faculté des sciences ne comportant pas l'emploi
des calculs, l'auteur avait été forcé de s'y renfermer dans un cercle
plus étroit. C'est à ces circonstances qu'on doit la publication de
son Traité élémentaire de physique , qu'il présente aujourd'hui de
nouveau , avec des additions considérables. La science s'enrichit
chaque jour de faits nouveaux, et M. Biot ne pouvait oublier de
parler des découvertes récentes sur le magnétisme et l'action élec-
trique, découvertes qu'on doit aux travaux de MM. Œrsted, Ilaus-
teen , Arago , Ampère , et auxquelles M. Biot lui-même a contribué.
On sait que M. Biot écrit avec élégance et clarté; son Traité de
physique est peut-être moins facile à concevoir que celui de son esti-
mable collègue ; on y reconnaît partout le géomètre qui veut at-
teindre, sans calcul, h la rigueur des calculs mêmes : il est plus
profond et plus savant, et la lecture de ces deux ouvrages satisfera
tout lecteur intelligent, parce qu'il trouvera dans l'un l'explication des
faits qu'il n'aura pas bien compris dans l'autre ; et, se rendantmaître
de son sujet , il s'élèvera à la hauteur qui est indispensable pour con-
cevoir les doctrines diverses qui constituent la science. Si vous assis-
tez à des leçons faites sur le même sujet par deux professeurs habiles,
comme chacun est distingué par des qualités personnelles, vous
pourrez profiter à la fois dans cette double étude. Ce ne seront ni
les mêmes discours ni les mêmes formes logiques; souvent, il y
aura diversité dans la méthode, ou dans les conceptions générales;
586 LIVRES FRANÇAIS.
et cependant, vous entendrez les deux maîtres avec fruit et intérêt.
C'est l'impression que doit produire la lecture des Traités de phy-
sique de MM. Haiiy et Biot. On ne saurait trop recommander ces es-
timables ouvrages, où sont exposées avec talent les diverses branches
de la physique. Fhanccebb.
266. — Voyage souterrain, ou Description du plateau de Saint-
Pierre de Maëstricht et de ses vastes cryptes, par M. le colonel Bory
DE Sathi-Viucert; ouvrage orné d'une carte topographique, et de
trois rues , dessinées sur les lieux par l'auteur , suivi de la relation
de nouveaux voyages entrepris dans les Montagnes-maudites , par
M. Léon DurocH, D. M. Paris 1821. Ponthicu , libraire au Palais-
Royal, galerie de bois, n» aSa. Prix , 6 fr. , et 7 fr. 5o c. par la poste.
M. Cuvier, chargé de faire un rapport à l'académie des sciences sur
cette production de M. Bory, lui a rendu la justice qu'elle mérite, et
nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à ce rapport d'un juge
compétent ceux de nos lecteurs qui désireraient connaître, avant
de lire l'ouvrage même, les détails curieux de topographie , de géo-
logie et de botanique qu'il renferme. Nous indiquerons sommaire-
ment ici les principaux objets qui ont appelé l'attention de l'auteur.
Avant de décrire le plateau de Saint-Pierre, il a cru devoir parler des
personnes qui l'avaient visité précédemment; il nomme MM. Fau-
jas de Saint-Fond , Héricart de Thury , Mathieu , capitaine d'artille-
rie , et Clère , ingénieur des mines ; il cite surtout avec éloge le
Mémoire de ce dernier. Son second chapitre est consacré à des
recherches étymologiques. Le dixième offre un parallèle très-bien
fait entre les travaux antiques des Romains et les travaux modernes.
La situation et l'aspect du plateau , son élévation et son épaisseur ,
sa composition, l'aspect des cryptes (galeries souterraines), leurs
principales entrées , leur température , la description des orgues
géologiques , ou puits de terre , etc. , occupent presque entièrement
les vingt-cinq chapitres suivans , et le vingt huitième et dernier ren-
ferme un catalogue linnécn des plantes du plateau de Saint-Pierre.
Nous le répétons, c'est dans l'ouvrage seul que les savans peuvent
prendre une idée exacte de toutes les recherches qu'a dû faire l'au-
teur, pour présenter un tableau aussi complet et aussi satisfaisant de
ces labyrinthes souterrains , séjour effrayant de la solitude , de la
nuit et de la mort , et dont les besoins de deux arts, l'agriculture et
l 'architecture , tendent continuellement à augmenter le dédale. Les
LIVRES FRANÇAIS. 587
gens du monde , que son titre scientifique n'auront pas effrayés , y
trouveront aussi de l'intérêt , et regretteront que personne n'ait en-
core eu l'idée de faire de cette espèce de ville souterraine le lieu de
la scène d'un roman bien sombre et bien pathétique. Le chapitre vu
du Voyage offrirait, seul, un texte suffisant à celui qui voudrait l'en-
treprendre. E. H.
iQ~. — Le Guide des propriétaires et des jardiniers, pour le choix,
la plantation et la culture des arbrss, par Stanislas Bbauj^ibb. Paris,
i8ai ; M* Hnzard, me de l'Éperon, n" 7. 1 vol. in- 8°, avec fig.
Prix , 3 fr. 5o c. , et 4 fr- 25 c. franc de port.
Ce traité de la plantation et de la culture des arbres ne pouvait
C'tre offert au public dans un moment plus favorable. C'est au mois
d'octobre que l'auteur conseille surtout d'arracher et de planter les
arbres. Nous saisissons cette occasion d'annoncer son ouvrage aux
propriétaires des villes et de la campagne. Ils trouveront , dans le
Guide qui leur est destiné, les meilleurs préceptes pour réussir, et
ils ne seront point trompés par ce charlatanisme qui déshonore tant
de pages de nos agriculteurs modernes, M. Beaunicr écrit de bonne
foi , ne dissimule aucune difficulté , et s'étudî« principalement à
préserver les propriétaires de la friponnerie de certains jardiniers ou
pépiniéristes. La seule chose que nous puissions reprocher à l'auteur,
c'est un peu trop de concision dans ses préceptes et ses descriptions;
mais ce reproche paraîtra peut-être un éloge aux nombreux lecteurs
ennuyés de tant de longues et futiles compilations, P, S* A.
268, — Manuel du chasseur 'et des gardes ~ chasse , contenant un
Traité sur toutes les chasses, le Précis des ordonnances, lois, ré-
glemens, ordonnances de police, etc., sur le port d'armes, la chasse,
la pêche, la lonveterie; les Formules des procès-verbaux qui doivent
être dressés par les gardes-chasse, forestiers et champêtres; suivi
d'un Vocabulaire des termes de vénerie , de fauconnerie et de
chasse; par M. de Mersaîî , ancien capitaine des chasses; nouvelle
édition ornée de figures, Paris, 1821, Roret et Roussel, rue Pavée-
Saint-André-des-Arcs , n» 9. i vol, în-18 de 386 pages. Prix, 3 fr.
Il faut ajouter à tout ce que renferme déjà ce titre , un Supplé-
ment au précis des lois et règlemens sur la chasse , la liste des
dignitaires composant la vénerie de France, et un Extrait de l'ins-
truction publiée par S. E. M. le grand-chancelier de la Légion-
â^Honneur, dans lequel il est dit que les membres de ce corps 0 rc
588 LIVRES FRANÇAIS.
çoivent les pendissions nécessaires pour le port d'amies , sans avoir
besoin de justifier d'aucune propriété et sans payer aucun droit. »
On voit qu'il ne manque rien à ce Manuel j les éditeurs ont poussé
l'attention jusqu'à donner le costume de chasse : habit à la française ,
vert dragon, boutons et galons d'or, culotte de casimir blanc ,
bottes à l'écuyère, sans revers ; tel est l'habit de cour pour la grande
chasse ou chasse au cerf; c'est également celui de toute personne
admise aux chasses du Roi et des princes de la famille royale. Dans
un moment où la chasse vient de s'ouvrir, nous croyons utile de
signaler cette nouvelle édition , qui, ne laisse rien à désirer.
E. H.
269. — Traités divers d'économie rurale, alimentaire et domes-
tique; savoir : 1° du blé prématuré et de ses avantages, sous les
rapports de quantité, de qualité du grain, et d'amélioration xhi
pain; 2." du moulin économique de Dronsarl; 3° de la conseri^ation
du forain dans un silo ou fosse souterraine , par M. Ternaux ;
4° des nouvelles appropriations de la pomme de terre , qui la placent
au premier rang des hases alimentaires , et la destinent à cinquun-
tupler la subsistance publique , et dès-lors à opposer une barrière à
la famine; 5° expériences , faites le 9 mars' i8i5 , sur les avantages
de l'association de farines extraites de la pomme de terre , avec la
farine des céréales d'une qualité inférieure ; ouvrage dédié au Roi ,
par P. A. Cadet-de-Vaux , et imprimé par ordre du gouvernement.
Paris, 1821. Cotes, rue Dauphine, n" 52, et M""' Huzard, rue de
l'Eperon, n" 7; in-S" de 102 pages. Prix : 1 fr. 5o c.
A peine le philosophe, l'ami de l'humanité commence-t-il à
respirer, en voyant se fermer les plaies occasionnées par la guerre,
que de nouvelles craintes viennent assiéger son ame. Le rapide
accroissement de la population paraît menacer quelques pays d'un
fléau plus affreux encore que la guerre , et des milliers d'hommes
peuvent être exposés à envier, dans les horreurs d'une agonie lente
et cruelle , le sort de ceux que le fer a moissonnés. On ne saurait
donc trop recommander l'étude de l'économie domestique , de
cette science, qui est, comme ledit M. Cadet-de-Vaux , le plus
solide appui des trônes ; on ne saurait trop encourager les essais des
économistes, ni donner trop de publicité aux découvertes utiles^
dans le genre de celles que nous signalons aujourd'hui à la reconr
naissance de toutes les classes de citoyens. La première de ces dé-
LIVRES JFRANÇAIS. Sy^^
couvertes est due à M. Salles, membre de la société d'agriculture
de Béziers ; elle consiste à couper le blé huit jours auant ^a parfaite
malurité. Dans cet état , dit M. Cadet-de-Vaux , le grain est plus
nourri , plus volumineux et plus beau , et n'est jamais attaqué paj-
le charançon. On a vériGé, ajoute-t-il, qu'il donne alors un hecto-
litre de plus par demi-hectare. <■ Le moment de moissonner est celui
où le grain , écrasé sous les doigts , présente un aspect pâteux ,
comme de la mie de pain que l'on pétrirait de même à la sortie du
four. » Nous craignons que M. Cadet-de-Vaus ne se soit laissé trop
promptement éblouir par les avantages que présente cette nouvelle
méthode, relativement à la quantité, et qu'il n'ait un peu trop
perdu de vue la qualité désirable dans le grain pour la panification.
A Paris, comme chacun le sait, le suprême degré de l'art con-
siste à faire entrer dans la fabrication du pain la plus grande quantité
d'eau possible; et M. Cadet-de-Vaux convient que ce pain est
doué de peu de qualité nutritive. Le voilà donc en contradiction
avec lui-même ; car, si la farine provenant de blé prématuré absorbe
beaucoup d'eau, ce dont il n'est pas possible de douter, le pain
qui en resuite ne peut manquer d'être parfaitement analogue à
celui du boulanger, qu'il regarde avec raison comme peu nutritif.
Nous croyons qu'avant d'adopter la nouvelle méthode , il convien-
drait d'attendre que les faits exposés dans l'ouvrage de M. Cadet-
de-Vaux fussent bien constatés par l'expérience. Les moulins à bras,
de l'invention de M. Dronsart , ollrent des avantages plus réels.'
«Les meules d'un de ces moulins, établi à la Ferté-sous-Jouarre ,
dit le rapport , réduisent en farine trois , cinq et huit hecto-
litres de blé-froment, en douze heures de travail, à l'aide d'un seul
homme , lequel n'emploie que douze à quinze livres de force ,
pour une dimension de meule de deux et trois pieds. La facilité
des mouvemens est telle, qu'un cheval, un bœuf, au moyen d'un
manège , peut faire tourner trois et quatre de ces moulins , qui ,
aflranchis des retards causés par les grandes eaux, les sécheresses,
les gelées, l'absence du vent, seront pour le consommateur d'une
utiUté indispensable CO- » H est à regretter que le prix de ces
moulins (depuis Soo francs pour une dimension de 2 pieds, jusqu'à
2,000 pour une de 4 ) les rende inaccessibles à la classe indi'rentc.
(i) On peut s'en procurer, à Paris, rue des Tourneli
es, n" I»,
690 LIVRES FRANÇAIS.
Le moulin portatif que vient d'inventer M. Heljînberger, à Milan,
doit lui être préféré, si, comme l'annoncent plusieurs journaux,
aa moyen de ce petit moulin , d'un prix très-modique , une seule
personne peut moudre soixante livres de blé par heure. Le silo
de M. Ternaux , sur lequel nous avons déjà publié des détails
(Voy. ci-dessus T. IX, p. 211,), est une admirable invention à
laquelle on ne saurait donner trop de publicité , en recomman-
dant toutefois de cboisir un sol élevé , comme le plus propre à ces
genres de constructions, et de ne jamais introduire dans le silo
que des blés parfaitement secs. Mais ce qui nous paraît le plus
digne de fixer l'attention de tous les économistes et de tous les
cultivateurs, dans le livre de M, Cadet-de-Vaux, ce sont les nou-
velles appropriations de la pomme de terre , « appropriations qui
la placent, dit-il, au premier rang des substances alimentaires, et
la destinent à cinquanlupler la subsistance publique. » Ce mot
cinquantupler n'a rien d'exagéré^ l'académie de Marseille ayant
reçu de Londres, il y a quelques années, une espèce de pomme de
terre dont une seule plante donna, la seconde année, 2,160 livres
de tubercules , d'une qualité excellente. Un tel prodige de végé-
tation ne peut manquer de fixer l'attention de nos agronomes; et
quels bienfaits n'auraient pas produits les nouvelles appropriations
de la pomme de terre , si , comme M. Cadet-de-Vaux nous semble
l'avoir prouvé , un arpent de terre qui , semé de blé , ne sufiQt pas
toujours à la nourriture d'un journalier, si ce même arpent, dis-je ,
ensemencé d'un végétal , dédaigné jusqu'à présent dans quelques
contrées de l'Europe, assure la subsistance de cinquante individus!
E. H.
i~o.— Traité de médecive pratique de Pierre Fbawk, traduit du
latin, par J. M. C. Goldaheac, D. M. , membre de la société de
médecine pratique. Paris, 1821. Migneret , rue du t)ragon , n" 20.
4 vol. in-8».
Cette traduction , qui se recommande par une grande exactitude ,
ne peut manquer d'être favorablement accueillie. Depuis qu'on a
cessé de parler latin dans les écoles , c'est un véritable service à
rendre au public que de traduire en langage vulgaire les ouvrages
latins dont le style ne fait pas tout le mérite ; et l'on attendait avec
impatience que M. Goidaeeau achevât de publier la traduction de
ce traité de médecine pratique , dont il avait fait paraître le pre-
mier volume il y a plus de trois ans.
LIVRES FRANÇAIS. 591
ijt.—De l'Ame dans la veille et dans le sommeil; parM. Opoix
inspecteur des eaux minérales de Provins, etc. Paris, 1821. Bninot-
Labbe , quai des Augustins , n" 33. 1 vol. in-8°.
Ce petit ouvrage se recommande par un grand nombre d'obser-
vations psychologiques, presque toujours justes. L'auteur insiste sur
quelques phénomènes du sommeil , auxquels jusqu'ici les métaphy-
siciens ont fait trop peu d'attention. Il se demande, par exemple
comment il arrive que , dans les rêves , notre ame puisse non seu-
lement voir, entendre, palper des objets qui n'existent pas, mais
encore assister à des conversations suivies qui paraissent sortir de
la bouche de personnages imaginaires , avec lesquels nous croyons
converser. Il fait remarquer que les pensées qu'ils expriment, et
qui souvent nous étonnent et nous embarrassent , ne peuvent sortir
que de notre propre intelligence , dont nous méconnaissons ainsi
les opérations. De cette observation et de plusieurs autres sem-
blables^ l'auteur tire cette conséquence ; que l'intellect est hors
del'ame, ou du moins qu'il ne la constitue pas, puisqu'il peut
agir entièrement à son insu. Mais , qu'est-ce donc que l'ameî L'au-
teur la déûnit ainsi : « L'ame , dans l'homme , est ce qui pense , ce
qui veut, ce qui sent et ce qui aime, ce qui jouit et ce qui souffre :
c'est le moi, c'est ce qui a la conscience de son existence. » On voit,
d'après cela, que l'auteur, qui confond mal à propos le Tuoi avec -
Vame , n'a, au reste, qu'une idée très-confuse de ce qui constitue en
nous la personnalité. Si M. Opoix avait pris la peine de s'instruire
de ce qu'ont pensé sur cette matière les plus célèbres psycholo-
gistes modernes , il aurait sans doute reconnu avec eux que ce qui
constitue la personnalité dans l'homme ; ce qui fait qu'il peut dire
moi, c'est la liberté dont il jouit; le moi n'est autre chose que la
conscience de la suite des actes libres. Un peu d'érudition dans
l'histoire de la philosophie l'aurait également dispensé de se livrer
à une assez longue dissertation pour démontrer que c'est notre
ame seule qui voit, qui sent, et que, hors de nous, il n'y a ni cou-
leurs, ni sons, ni odeurs. L'auteur établit cette vérité, à laquelle
il a été conduit par ses propres réflexions , et qu'il croit tout-à-fait
nouvelle, sur les raisjnnemens les plus concluans ; mais il parait
ignorer que , depuis Descartes , qui l'a démontrée jusqu'à l'évidence,
aucun philosophe ne l'a révoquée en doute. Une grande partie de
cet ouvrage est consacré à une explication physiologique du
59^ LIVRES FRANÇAIS.
iommeil et des rêves. L'auteur croit en voir la cause prochaîne
dans le relâchement des organes du cerveau; ce relâchement, sui^
vant lui , produit dans les facultés de l'intellect la désunion et le
défaut d'ensemble , d'où résultent les rêves. Il admet l'opinion de
la pluralité des organes ; mais ses idées sur ce sujet n'ont rien de
commun avec la doctrine de M. Gall ; et, loin de s'appuyer de l'au-
torité de ce célèbre médecin, il ne le nomme même pas. Au reste,
pour M. Opoix, la doctrine de la pluralité des organes n'est qu'une;
idée accessoire , et l'on serait tenté de croire qu'il ne l'adopte que
parce qu'il la trouve plus commode pour le développement de son
hypothèse. Mais si cet ouvrage renferme quelques opinions inad-
missibles, l'auteur qui se trompe souvent dans l'appréciation des
causes assignées aux phénomènes qu'il a observés, présente aussi
plusieurs observations justes, et l'on aurait tort de se rebuter par
les hypothèses défectueuses qui se trouvent dès les premières pages
de son livre. B, — d. D. M,
2-2. — aperçu sur Valus (lu vomissement provoqué dans les ma-
ladies , avec des réflexions pour venir à l'appui de la doctrine phy-
siologique de M. Broussais ; par Delead jeune , docteur en médecine,
éx-chirurgien au 4"°^ régiment de cuirassiers. Commercy , 1820, im-
primerie du Narrateur de la Meuse ; Paris, Croullebois, rue de l'Ecole
de Médecine; Nancy, Vincent, libraire. Prix, 1 fr. Soc.
2_3_ (♦). — Vqyap;e aux Alpes maritimes, ou Histoire naturelle ,
agraire , civile et médicale du comté de Nice et des pays limi-
trophes , etc. ; par Fk. Em. Fodeeé, professeur de médecine légale à
l'académie de Strasbourg, etc. , etc. Paris , Levrault , rue des Fossés^
Monsieur- lePrince, n" 53 ; Strasbourg, même maison. 1821. 2 vol.
in- 8°. Prix, 10 fr.
Savant ouvrage, rédigé avec toute la conscience d'un observateur
philosophe, qui n'écrit pas pour le marchand de livres, mais pour
l'utilité de ses semblables et pour sa propre gloire. Le Voyage aux
Alpes maritimes est un bienfait pour le pays que le voyageur a par-
couru ; il occupera une place distinguée dans la bibliothèque de
l'administrateur, du médecin, du naturaliste; c'est, en un mot, une
excellente statistique, c'est-à-dire un ouvrage très-bien fait, dans un
genre éminemment utile.
274. — Catalogue général des objets de scienceset arts , tels quins-
trumens d'optique , de diopirique , de catoplrique , de mathématiques
LlVRKS FRANÇAIS. 593
et de physique expérimentale en verre, qui se fabriquent et se uendenl
chez l'ingénieur CasvALLiFR , auteur du Conservateur de la vue ^i de
V Essai sur l'art de l'Ingénieur. Paris , 1S21. Chez l'auteur , tour de
l'Horloge du Palais, n» i. iii-S" de 65 p.
275. — Les Prophètes nouvellement traduits sur l'hébreu , avec des
explications et des notes critiques. — Prophéties d'Ezéehiel. Paris ,
1821. Eberhart et Méquignon le jeune, 1 vol. ia-8" de 702 p.
Cette nouvelle publication est due au zèle pieux, aux lumières et
aux talens de l'illustre magistrat qui s'est chargé de recueillir et
d'expliquer toutes les prophéties de l'ancien et du nouveau Testa-
tament. On voit que M. le président Agier poursuit avec ardeur la
tâche laborieuse et honorable qu'il s'est imposée. Outre les Prophéties
cparses dans la Bible, il a déjà mis au jour les Psaumes (1) les Pro-
phéties d'Isaïe, et, cette année même, les Prophéties de Jérémie.
On doit s'attendre à voir bientôt paraître son travail sur Daniel^
prophète si célèbre , surtout pour avoir, au tems d'Ezéchjel, cinq
cents ans avant notre ère , fixé l'époque et les circonstances du pre-
mier avènement de Jésus-Christ. Ezéchiel , que M. Agier vient de
publier , est celui de nos auteurs sacrés qui a toujours paru le plus
obscur. Dans cette traduction, dans ces explications nouvelles, on
voit disparaître une grande partie des difficultés connues, et les plus
graves même y sont éclaircies à un certain degré. On sent bien qu'il
n'est pas aisé d'être en tout précis et convaincant , lorsqu'on s'efforce
non seulement de mettre en français d'anciens textes hébreux, qui mon-
trent énigmatiquement les dernières destinées des juifs, de l'église
chrétienne et de tout le geare humain, mais qu'on s'applique encore
à en découvrir le sens propre et le sens figuré. Sur ces grands objets,
l'auteur a des pensées qui lui sont communes avec un grand nombre
d'écrivains ecclésiastiques anciens et modernes , et d'autres qui lui
sont particulières pour le fond ou pour les accessoires. Les conjec-
tures qu'il appuie ou développe d'une maaière nouvelle , et qui nous
(1) Indépendamment de sa belle traduction française des Psaumes ,
disposés dans un ordre aussi nouveau qu'instructif, et des Explica-
tions non moins savantes que pieuses qui la suivent, 3 volin-8",d a
publié, en 181S, chez Eberhart et Méquignon jeune : P^ialmi ad
hebraicam ventatcm trw^slati et in ordinem naturalem digesti ;
accesseruntcuntica,etc. i vol in-i6 de i6i p ; c'est un Manuel très-
intéressant, surtout pour les chrétiens.
Tome XI. "^
59A LIVRES FRANÇAIS.
ont le plu3 frappés, sont que la papauté sera transférée et rétablie à
Jérusalem ; que l'Antéchrist viendra dans la Judée pour détruire
l'église chrétienne renouvelée après la conversion des Juifs ; que ce
sera un prince d'origine tartare et devenu chef de l'empire des
Busses ; enfin, qu'il périra lui et toute son armée, comme un autre
Sennacheribjsans avoir elTectué ses desseins. Mais,à côté des tableaux
qui restent encore voiles , il y a dans Ezéchiel des traits intéressans
pour bien des classes de lecteurs ; nous entendons ceux qui se rap-
portent à la promesse du Messie , à l'histoire et aux antiquités des
peuples de l'Asie occidentale ; les curieux détails sur la nature et
l'étendue de l'aucien commerce de Tyr, les peintures de mœurs, les
yives leçons de morale, les désordres du peuple juif et des lévites,
qui rappellent les abus trop réels des chrétiens et de leurs prêtres. Sur
tous ces objets, M. A. se montre ici, comme dans ses publications pré-
cédentes , écrivain habile et judicieux , clair et méthodique , élégant
et profond , hardi et cisconspect , édifiant surtout , et , sur un point^
d'une austérité qui pourra sembler extrême. Il prend, dans le sens
le plus étroit , le plus absolu , les deux passages d'Eîéchiel qui ré-
prouvent l'intérêt de l'argent. Cependant, ces deux passages doivent
être conciliés avec les distinctions établies sur ce sujet dans le Deu-
téronome; et il est permis de penser que les explications données sur
l'usure, dans les actes du Sanhédrin tenu à Paris, sous Napoléon ,
paraîtraient à beaucoup de lecteurs plus conformes à la vérité, à la
vraie morale naturelle et révélée , que l'explication littérale du nou-
vel interprète , si digne d'ailleurs de notre estime et de nos respects.
Voici une remarque d'un tout autre genre ; elle est minutieuse, mais
elle appartient à l'histoire de l'humanité. Ezéchiel a parlé des an-
neaux que les dames juives avaient au nez. M. A. dit que ces anneaux
leur tombaient du haut du front. ÎS'y a-t il pas lieu de croire plutôt
qu'elles se faisaient percer les narines, ainsi que les oreilles , pour y
attacher des anneaux, signes d'abord de leur religion ou de leur dé-
pendance, et ensuite de la mode tt de la vanité ? Il existe encore en
Asie des contrées où cet ancien usage s'est conservé. Dans l'In-
doslan , les dames qui sont riches en biens ou en enfans portent
l'annf au dans la narine droite, et on les appelle en samscrit Nasa-
dakshinna-vartta (littéralement : au nez à droite anneau ); celles qui
sont pauvres ou dans le chagrin le portent à la narine gauche , et se
nomment dans la même langue Nasa-vama-vartta (littéralement:
au nez à gauche anneau). Lawjiis.^is, de l'In-aiint,
LIVRES FRANÇAIS. 595
3^6. — Abrégé de l'Origine de tous les cultes \ par Dopdis, nou-
velle édition. — Paris, 1821. Chassériau, libraire, rue Neuve-des-
Petits-Champs , n" 5. 1 vol. in- 18. Prix , 3 fr.
Dupuis a senti lui-môme qu'un ouvrage aussi étendu et d'une éru-
dition aussi vaste que son Origine de tous les cultes ne pouvait ôtre
lu que par peu de personnes. Il en donna un Abrégé , dans lequel il
analysa son système général. L'ouvrage , ainsi réduit à des propor-
tions plus convenables pour un grand nombre de lecteurs, fait par-
faitement connaître les sources d'où découlent, selon Dupuis, les
différcns cultes qui ont successivement régné sur la terre. Peut-être
n'adoptera-t-on pas le système de l'auteur dans toutes ses consé-
quences; mais on sera du moins forcé de rendre justice aux immenses
connaissances qu'il avait acquises dans l'étude de l'antiquité. Une
réimpression de V Abrégé de l'Origine de tous les cultes, dans un
format commode et peu coûteux , était donc devenue nécessaire.
Quelque tems après la publication de cet ouvrage, on publia une
Analyse raisonnée de l'Origine de tous les cultes , généralement
attribuée à M. Destutt-Tracy. Malgré la ressemblance qui semble
exister entre deux livres destinés à faire connaître le même ouvrage ,
l'exécution n'en est pas moins très-différente. Nous citerons un pas-
sage du discours préliminaire de V Analyse qui fait voir en quoi con-
siste cette différence ; «Cet Abrégé, dit l'auteur de l'Analyse, ne
me paraît pas rendre inutile mon travail ; il n'est pas destiné à
remplir le même objet. 11 présente le sommaire de l'ouvrage : telle
était l'intention de l'auteur; mais moi, je me suis attaché princi-
palement à indiquer sa marche, l'enchaînement de ses idées, la
série de ses preuves et la liaison des matières. » h' Abrégé et l'Ana-
lyse de l'Origine de tous les cultes sont deux livres fort intéressans ,
qui ne dispensent pas néanmoins les personnes qui voudront acquérir
une véritable instruction dans les sciences morales , de lire les trois
volumes in-4'' de l'ouvrage original de Dupuis. A. T.
277 C*}. — Mémoires sur la Reiigion , avec des tableaux de la dis-
cipline et des mœurs du tems présent, dans les différentes commu-
nions. — Premier mémoire, des OJJicialitès anciennes et nouvelles ,
par M. Larjuisais , pair de France. Paris , 1821. Baudouin frères, rue
de Vaugirard, n° 36. In-S" de 74 p Prix, 1 fr. 5o c. , et, parla poste,
1 fr. 75 c.
A propos d'une oriionnance de M. l'évtque de Metz, qui rétablit
3S*
59G LIVRES FRANÇAIS.
dans son diocèse une officialilè, espèce de tribunal mixte, lequel
appelle rexercice du pouvoir ecclésiastique sur des actes de la vie
civile, M. Lanjuinais avait publié, l'année dernière, un opuscule
( mèuie adresse que ci-dessus ) , où il établissait clairement l'illéga-
lité , dans notre gouvernement constitutionnel, de ces sortes de tri-
bunaux, alors surtout que le pouvoir législatif n'avait pas été appelé
à connaître du mérite de leur rétablissement. Des journaux des bro-
chures spéciales même ont été consaciés à répondre à l'écrit de
M. Lanjuinais. C'est ce qui l'a déterminé à une réplique que nous
croyons devoir être définitive sur cet objet; car nous ne voyons pas,
ni ce qu'il serait possible d'ajouter, ni ce qu'il serait possible de ré-
pondre. On peut envisager ce dernier écrit comme un traité abrégé
de la matière, considérée relativement au droit politique et au droit
canonique ; ce qui est son véritable point de vue. L'auteur a même
adopté les formes d'argumentation autrefois usitées en ces matières,
formes qui ajoutent peut-être à la netteté et à la force de la logique ,
et qui d'ailleurs ne déplairont pas aux personnes que ces sortes de
sujets intéressent. Le meilleur moyen de donner une idée précise et
un peu complète d'un livre de ce genre, c'est d'en transcrire les
sommaires. Les voici : — Exposé du sujet. — Réponse aux reproches
personnels adressés à M. Lanjuinais. — Qu'étaient les ofBcialités avant
le ij"^ siècle? Des tribunaux oppresseurs. — Comment et en quel sens
les ofEcialités furent-elles abolies en 1790? Comme abusives et inu-
tiles.— Que seraient les ofEcialités d'aujourd'hui, si elles étaient
rétablies valablement ? Des tribunaux inutiles et dangereux. — Sont-
elles littéralement et intentionnellement rétablies par des évêques?
Oui. — Si des évêques ont rétabli les officialités , en le voulant, ont-
ils mal fait? Très - mal. — Si des évêques ont rétabli les ofiBcialités
par mégarde, ont-ils moralement et grammaticalement bien parlé?
Ils ont mal parlé en tous sens. — Observations spéciales relatives à
l'ordonnance de monseigneur l'évoque de Metz, pour rétablir l'offi-
cialité diocésaine. — Nous ajouterons qu'ici, comme dans les autres
écrits de M. Lanjuinais , la plus saine doctrine est appuyée sur la
plus vaste érudition. A. M.
2j8. (*) — Histoire ahrégre de l'Inquisition religieuse en France,
par M. Lanjuinais; suivie àe l'Opinion ^ du même pair, contre le
projet de loi relatif aux pensions ecclésiastiques , autrement à l'érec-
tion de trente évêchés nouveaux (Séance du 27 juin 1S21), Paris,
LIVRES FRAIsÇAIS. 597
i8ai. Baudoulu i'rères, rue de Vaugirard, n" ôG. In-S° de 54 pages.
Prix , 1 fr. 5o c. , et , par la poste , i fr. 7.5 c.
La séance de la Chambre des Pairs, où se discuta la loi doat il est
question dans cet opuscule, n'a été rendue que d'une manière déco-
lorée dans le procès-verbal inséré au Moniteur. La discussion y fut
très-animée; la tribune y fut difficile à tenir pour plusieurs mem-
bres de l'Opposition. M. Lanjuinais, entre autres, qu'on est assuré
de trouver dans toutes les circonstances difficiles, essaya vainement
de répondre à une assertion du ministre des affaires étrangères, qui
avait prétendu que Its évèques français nous avaient préservés de
l'établissement de l'inquisition dans notre pays. La parole lui fut in-
terdite par la clôture. Quelle que soit l'habileté qu'on veuille accor-
der au ministre , il est permis de croire que , placé sur le terrain de
l'histoire et de la discipline ecclésiastique, il aurait trouvé, dans
M. Lanjuinais, un adversaire qui méritait au moins d'être écouté.
Au défaut de la tribune, la presse a recueilli ses raisons. Que dis-je?
ses raisons; ce sont les faits historiques les plus irrécusables, au
moyen desquels le savant défenseur de toutes nos libertés établit que
l'épiscopat français se montra, en plus d'une occasion, trop favo-
rable à l'établissement, dans notre pays, du tribunal de l'inquisi-
tion, qui a pesé, au moins de l'odieux de son nom, sur les pro-
vinces méridionales de la France , jusque vers le milieu du siècle de
Louis XIV. Le Précis historique de M. Lanjuinais forme , avec son
Opinion^ prononcée à la Chambre des Pairs, un Traité fort ins-
tructif, et qui donne des idées justes sur l'esprit qui devrait diriger
notre législation , relativement à l'établissement civil de l'épiscopat.
A. M.
279. (*) — Science du Publicisle, par M. Fkitot, avocat à la cour
royale de Paris; 4'' et 5<^ volumes. Paris, 1S21. Bossange , père et
fils, rue de Tournon , n° 6. Prix , 7 fr. pour les non-souscripteurs.
Le Moniteur, dans son n» 240 , du mardi 28 août dernier, fait un
nouvel éloge de cet ouvrage; il l'indique comme pouvant suppléer ,
du moins pour le plus grand nombre des lecteurs, les Traités isolés
des auteurs les plus célèbres qui ont écrit sur les différentes parties
de cette science, et comme présentant le grand avantage de les
coordonner, de les unir, pour les faire tous concourir au but commun
qui doit être l'objet essentiel de cette branche importante des con-
naissances humaines , le perfectionnement des institutions sociales.
5a8 LIVRES FRANÇAIS.
Il en recommande la lecture, non seulement aux législateurs, aux
hommes d'état, mais encore à toutes les classes de la société, pour
lesquelles il le considère comme fort nécessaire sous l'empire d'une
monarchie constitutionnelle.
280 (*J. — Collection des constitutions , chartes et lois fondamen-
tales des peuples de l'Europe et des deux Amériques , avec des précis
offrant l'histoire des libertés et des institutions politiques chez les
nations modernes, par MM. P. A. Dufac, J. B. Dovergieb et
J. GuADET, avocats à la cour royale de Paris. Paris, 1821. Chanson,
éditeur, rue des Grands-Augustins, n" lo. 1 vol. in S». Prix, 7 fr.
5o cent. , et 9 fr. par la poste.
C'est une heureuse idée que d'avoir réuni aux principes du droit
public qui régit les nations modernes , le tableau de l'établissement
de leurs institutions politiques et de leurs libertés ; et l'on peut être
étonné qu'aucun de nos publicistes n'eût encore songé à exécuter le
projet entrepris avec succès par MM. Dufau, Duvergier et Guadet.
Il faut le dire, toutefois, nous ne connaissons en général notre propre
droit politique , que par ce que nous en avons appris dans les jour"
naux , et celui de nos voisins nous est encore plus étranger : la
plupart des hommes même que leurs fonctions appellent à la direc-
tion des affaires publiques ont bien pu lire quelques traités de droit
politique, parcourir quelques commentaires sur les actes constitu-
tionnels des différens états; mais toute leur étude s'est bornée là ,
et le législateur à la tribune , le publiciste dans son cabinet , l'homme
d'état au conseil, comme le professeur en chaire, attendaient encore
la publication d'un ouvrage facile à consulter, et dans lequel ils
pussent trouver rapprochées et comparées les différentes lois formant
la législation constitutionnelle des peuples civilisés. On doit donc ac-
cueillir avec reconnaissance l'ouvrage que nous signalons à l'atten-
tion de nos lecteurs; c'est là qu'on pourra étudier de bonne foi le
droit politique de l'Europe ; c'est là que les hommes d'état pourront
voir en quoi est unanime le consentement de tous les peuples , et ce
que chaque principe reçoit de modifications ,à raison des tems, des
lois , des moeurs et des circonstances.
Le plan des auteurs nous paraît heureusement conçu ; quoique
leur but principal soit de donner le texte même des lois composant
les constitutions des peuples, ils ont senti qu'il ne suffisait pas de
rapporter uniquement ce texte, mais qu'il fallait l'accompagner de
LIVRES FRAiNÇAIS. 599
notions ou pràcis historiques qui pussent mettre le lecteur à même
de bien apprécier le mérite du gouvernement. Ces précis sont des-
tinés à présenter l'histoire et les révolutions des institutions politiquei»
qui ont précédé les constitutions rapportées dans l'ouvrage ; les au-
teurs ont encore eu soin de signaler, toutes les fois qu'il a été néces-
saire, des usages constitutifs consacrés seulement par le tems et par
les mœurs des peuples , usages qu'on peut regarder chez plusieurs
nations comme des constitutions non écnies, pour emprunter les
expressions de l'ouvrage.
Ce qu'on vient de lire peut donner une idée générale de la col-
lection des constitutions; occupons-nous particulièrement du pre-
mier volume actuellement en vente ; il se compose des constitution»
de France et d'Angleterre. Le travail relatif à la France se divise
en trois parties : i" Précis de l'histoire du gouvernement de la
France, depuis l'origine de la monarchie jusqu'à l'année 1789;
a" constitution non écrite de la France aidant i-jSo ; 5» enQn les dif-
férentes constitutions qui se sont succédées depuis celle de 1791-
Dans le précis historique , qui remonte bien avant l'établissement df.
la monarchie, les auteurs ont su trouver des considérations nouvelles
après Dubos et Mably, surtout après notre grand Montesquieu ; ils
se sont tracé, au milieu des systèmes opposés dont chacun a enve-
loppé le berceau de nos institutions, une marche indépendante et
dégagée de toute discussion fastidieuse : des jugemens sains, nn bon
esprit, un style vif et animé nous ont paru distinguer ce mor-
ceau qu'on ne peut manquer de lire avec intérêt. On y suivra, jus-
qu'au tems de nos guerres religieuses , l'établissement et les progrès
de notre gouvernement dont les principes , tout-à-coup méconnus et
oubliés, disparaîtront totalement pour faire place à un despotisme
qui ne fut véritablement bienfaisant que sous Henri IV. Arrivé à
cette époque, l'auteur poursuit avec une noble franchise : « Le génie
hardi et sanguinaire de Richelieu, le brillant despotisme et les victoires
de Louis XIV contribuèrent également à détruire jusqu'au souvenir
de l'ancienne influence des grands : il ne fallait plus que les cor-
rompre pour qu'ils cecsassent d'exister; c'est ce que fit Louis XV.
Sous le règne de ce monarque, tout fut souillé, tout tomba dans le
dépérissement ; mais , tandis que les premiers ordres de l'état s'abais-
saient , le troisième s'élevait par les progrès des sciences , des arts et
d'une philosophie audacieuse. Une révolution devait avoir lieu; les
600 LIVRES FlUiNÇAIS.
vertus de Louis XVI ne firent que la retarder. Il fallut enfin revenir
à ces principes du gouvernement de France , si long-tenis oubliés.
La nation fut convoquée; et alors commença une révolution qui
ébranla l'Europe entière dans ses antiques bases Un demi-siècle
avant, ce n'eût peut-être été qu'une utile et pacifique réforme! »
Ce sont les dernières lignes de ce morceau ; elles peuvent faire juger
de tout le reste. Peut-être nous demandera-t on ce que c'est que la
constitution non écrite de la France ; les auteurs répondront que
c'est l'ensemble des usages et des règles fondamentales de l'ancien
droit public de la France , reproduit dans une suite d'articles rédigés
sur le plan de nos constitutions modernes. En lisant ce travail , on
admire les soins de l'auteur ; mais on est obligé d'avouer que la plu-
part des dispositions rapportées furent plus souvent méconnues
qu'appliquées; aussi, les auteurs ne nous les donnent-ils pas comme
des dispositions d'une application constante , mais comme généra-
lement reçues et sanctionnées par les grands corps d'état , tels que
les États-généraux , les parlemens , le grand conseil , par le monarque
ou même par les auteurs recommandables; ils ont toujours eu soin
de citer pour garans , des actes publics , les faits bistoriques ou les
auteurs sur l'autorité desquels ils s'appuient.
LaCoîistitulion d'Angleterre demanderait une analyse très-étendue,
autant par son importance que par la manière neuve dont elle se
trouve pr'ésentée. Nous dirons seulement qu'il ne faut pas confondre
l'ouvrage de MM. Dufau, Duvergier et Guadet, sur cette constitution,
avec les traités qu'on peut avoir lus sur le même sujet : ici, comme
pour les autres états , c'est l'ensemble des lois constitutives et orga-
niques que donnent les auteurs , lois d'autant plus curieuses pour
nous que la plupart n'ont jamais été traduites en français, et ne se
trouvaient que dans les grands recueils de lois anglaises qu'on ne
peut guère avoir que dans les bibliothèques publiques, où il nous
viendra sans doute rarement dans l'esprit d'aller les consulter.
281 . — Considérations sur la France, par M. Joseph de Maistbb.
Nouvelle édition , la seule revue et corrigée par l'auteur ; suivie de
VJEssai sur le Principe générateur des Constitutions politiques et des
autres institutions humaines , troisième édition , revue et corrigée
par le même. Paris, 1821 ; Potty, rue du Bac, n" ^6. 1 vol. in-S" de
568 pages. Prix , 5 fi . et 6 fr. 25 c. par la poste.
Les Considérations sur la France furent publiées sous le gouver-
LIVRES FRANÇAIS 601
nenicnt du Directoire. Ce livre, quoique fondé en général sur des
idées fausses, était cepeftdant digne d'attention par une foule d'a-
perçus judicieux, fins, profonds, qu'on y voit briller quelquefois
comme des éclairs au sein d'une profonde obscurité. L'auteur ne
s'était pas encore laissé subjuguer entièrement par ce système d'iliu-
minisme barbare , dont les Soirées de Saint-Pétersbourg offrent le
déplorable monument. C'est à M. de Maistre surtout qu'on peul ap-
pliquer ce que lui-même a dit de Rousseau. « Il faut veiller cet
homme sans relâche, et le surprendre lorsqu'il laisse échapper la vé-
rité par distraction. » Or, voici un aveu assez remarquable, je pense,
que je viens de surprendre à M. de Maistre (page 24). «Le roi,
dit il, n'a jamais eu d'allié; et c'est un fait assez évident, pour qu'il
n'v ait aucune imprudence à l'énoncer, que la coalition en voulait à
l'intégrité de la France. » Ceci peut servir de règle pour juger bien
des actes qu'on voudrait aujourd'hui flétrir ou même incriminer : il
n'est peut-être pas une page dans ce livre qui n'offre quelque chose
digne d'observation ; et s'il doit achever de fausser des esprits en-
clins à l'erreur, nul doute qu'il fera réfléchir utilement ceux qui ont
}e jugement droit. Ici, comme dans le dernier livre de "M. de Maistre,
le bourreau joue un rôle important; c'est la seconde providence,
c'est l'image de Dieu sur la terre. On volt que c'est un sujet sur le-
quel l'auteur s'appesantit volontiers, et qu'il le traite avec amour.
C'est ainsi qu'il s'amuse ( p. 20 ), dans la supposition d'une contre-
révolution opérée par la force , à conroguer à Paris tous les bour-
reaux du roj/'aume, el tous les chevaux de l'artillerie pour écarleler
des hommes; à faire dissoudre dans de vastes chaudières le plomb et
la poix pour en arroser des membres déchirés par des tenailles rou-
pies. Certainement, un livre qui contient des passages de cette force
mérite d'être recherché , surtout par les soixante mille hommes qui
composaient la garde nationale de Paris en ijgj , auxquels, suivant
les raisonnemens de M. de Maistre, et dans ses hypothèses, tout
ceci ne devait pas rester indifférent. Ce que cette édition a de parti-
culier, c'est qu'on doit la considérer comme la seule authentique,
ayant été exécutée d'après un exemplaire corrigé de la main de l'au-
teur, en 1817, et remis par lui à M. Barbier.
Vi' Essai sur le principe générateur des Constitutions politiques est
1111 ouvrage plus abstrait, et encore plus rempli de sophismes que le
précédent. Néanmoins, il est placé fort convenablement à sa suite.
602 LIVRES FRANÇAIS.
puisqu'il contient le développement de ceux dont le premier ou -
▼rage n'offrait que l'indication. X.
282. — (•) — Histoire générale des Institutions militaires de
France pendant la révolution-, leurs principes , leur esprit, leur in-
fluence et leurs résultat s. Vatis^ 1821. Baudouin , frères , rue de Vau-
girard , n» 36. 1 vol. in-8°. Prix , 5 fr. , et , par la poste , 6 fr.
C'est une curiosité naturelle qui fait rechercher par quels moyens
ont été obtenus des résultats que l'on admire. On aime à se rendre
compte de ces résultats, à comparer les effets aux causes , à voir quel
rapport existe entre les premiers et les secondes. Qu'on suppose des
peuples policés, ayant des lois, des institutions sages et calculées
dans leur intérêt; ayant chacun leur période de gloire, les mêmes
armes, la même tactique militaire, les mêmes arts, enGn la même
civilisation , à peu de nuances près. Du milieu de ces peuples , doués
des mêmes avantages, il en paraît un victorieux de tous les autres
ligués contre lui , envahissant les pays de quelques-uns , et les for-
çant tous à apporter dans leur système politique des modiGcations
importantes. Aucun objet n'est plus digne de la méditation des
hommes. Parvenir à connaître par quels moyens l'armée conqué-
rante opéra tant de prodiges; conséquemment, quels furent son orga-
nisation, ses principes, sa discipline : tel est le but que se propose
l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons. Voulant se rendre maître
d'un sujet aussi vaste et aussi compliqué, il a divisé sa matière en
huit parties, pour aider aux développemens de la mémoire et ména-
ger, de distance en distance, des repos à la pensée. Voici cette di-
vision : 1° les pouvoirs constitutifs de la nouvelle force publique ;
2» la législation spéciale qui a régi les armées ; 5" les modes organi-
ques adoptés pour tous les cadres militaires ; 4" les formations alter-
natives des corps de troupes et des établissemens de défense ; S" les
prestations de l'état et les charges du trésor; 6» les devoirs et les
obligations du service aux drapeaux ; 7° les règles de comptabilité et
d'administration de la guerre ; 8° enfin les résultats généraux des
opérations de l'armée. La première livraison, la seule qui paraisse en-
core , est composée des deux premières parties. L'une offre l'ensemble
de ce qu'ont été , pendant la révolution , les pouvoirs constitutifs de
l'armée , comme principes de toute organisation militaire ; et l'autre ,
ses relations légales dans l'ordre du droit commun^ soit pour les
principes politiques de son existence , soit pour ses droits particu-
LIVRES FRANÇAIS. édS
Ijers, soll pour son état civil personnel et ses rapports avec les insti-
tutions diverses de la société. Chaque partie est subdivisée en livres,
dans lesquels on présente le tableau des opérations d'une même na-
ture. Il n'est pas d'observations qui ne soient appuyées sur des faits ,
et l'auteur parcourt ainsi une série longue et glorieuse d'événe»
mens dont l'intérêt est augmenté par le rapprochement des causes,
sans lesquelles ils n'auraient pas eu lieu. Nous reviendrons sur cet
important ouvrage , quand de nouvelles livraisons nous mettront à
même d'en considérer l'exécution , d'en suivre le plan et les déve-
loppemens. V. d. M.
nSô.—De l'Histoire enuisagée comme composition littéraire -thèse
soutenue par M. C. F. Senée, avocat, pour obtenir le grade de doc-
teur ès-lettres. Caën , 1821. Poisson, in 8' de 3o pages.
— De signis siue de signorum in ideis generandis et instruendo
ingenio ui ac potestate (thèse soutenue par M. C F. Senée , pour ob-
tenir le grade de docteur ès-lettres }. Caën , 1821. Poisson, in-8»
de 28 pages.
Le sujet de la première de ces thèses est celui d'un grand et bel
ouvrage qui reste encore à exécuter: c'est la Didactique de l'Histoire,
livre d'autant plus nécessaire , que beaucoup de gens prennent la
plume pour écrire l'histoire , comme s'il ne s'agissait que de coucher
par écrit le parlage des gazettes , des bourses , et des salons. Le talent
avec lequel M. Senée a tracé le plan de sa thèse, nous permet de
supposer qu'il a dû le développer de vive voix d'une manière très-
intéressante , et qu'il serait aussi capable que qui que ce soit d'exé-
cuter le livre que nous réclamons. La thèse latine de M. Senée roule
sur un sujet moins neuf et moins piquant; toutefois, l'on y observe
avec intérêt les progrès que les nouvelles méthodes philosophiques
ont faits dans nos écoles. Aucun des ouvrages importans de l'école
écossaise n'a été ignoré du candidat , qui les cite avec beaucoup d'in-
telligence. Sa latinité élégante et pure est une preuve de plus, que
les études variées ne sont nullement incompatibles avec les études
fortes. Assurément , après avoir parcouru ces deux thèses , il est
permis de douter que le sujet le plus distingué de l'université
ancienne pût soutenir la concurrence avec celui que l'université
moderne vient de former, et dont nous saisissons avec plaisir l'occa-
sion de rappeler le mérite. A. M.
28^. — Tactique électorale à l'usage de ^Opposition , où sont indi-
ÇOA LIVRES FRANÇAIS.
qués et développés tous les moyens légaux de diriger et de concentrer
les forces de l'Opposition dans les collèges électoraux , et de faire
triompher son candidat. Dédiée aux Électeurs de la ^' série. Pans ,
1821. Brissot-Thivars, rue Chabannais, n» 12. In-8° de 46 pages.
Prix , 1 fr. 25 c— Prix de 100 exemplaires, 65 fr.
Cette brochure , écrite avec beaucoup de modération et dans un
esprit vraiment constitutionnel , mériterait d'être connue de tous les
électeurs de la France ; car elle expose parfaitement leurs droits et
leurs devoirs. Nous transcrivons le titre de quelques chapitres qui of-
frent une analyse sommaire de l'ouvrage .-—Nécessité de se réunir et de
s'entendre quelque tems avant l'élection.— Inscriptions d'électeurs.
Souscription.— Candidats.— Notices imprimées sur les candidats.—
Préliminaires de Tclection. Transport des électeurs. Secret des votes.
— Formation du bureau.— Scrutin. Ballottage. Transactions.
285.— Lettre de M. T^B.iiA.vx aîné , membre delà Chambre des Dé-
putés, à ses Correspondans (et Opinion sur le projet de loi des fi-
nances de iSii; recettes;. Paris, 1821. In-8« de trois feuilles un quart,
imprimerie de Hacquart.
Cette lettre , qui n'a pas eu moins de trois éditions en huit jours ,
est la profession de foi énergique et franche d'un excellent citoyen
qui s'honore de la noble carrière de l'industrie dans laquelle il s'est
distingué ; qui proclame cette maxime : Honneur au trauail , honte
à la fainéantise; qui fait lessortir tout le ridicule des lettres dites de
relief accordées au sieur Herrier-Charrin , en date du 20 janvier
1820 , ayant pour objet de le relever de la prétendue dérogeance de
la noblesse qu'il aurait encourue , parce que son père avait exerce le
commerce. L'honorable député , s'élevant ensuite à des considéra-
tions générales , pleines de sagesse , sur la situation de la France et
sur la conduite des ministres, éveille leur sollicitude pour le main-
tien de la Charte constitutionnelle et des principes de vraie liberté
qu'elle renferme. "^' ^" ''•
286 —Bonaparte et Napoléon , parallèle ; par M. Carriok-Nisas,
fils. Paris, 1821. Bousquet, palais- royal. Broch. in-S». Prix, 1 fr.
Celte brochure est piquante; elle est surtout bien pensée. .-Napoléon
sera célèbre , Bonaparte est un grand homme. « Ces dernières
paroles de l'auteur sont le résumé de son opuscule et en indiquent
l'esprit ; cet esprit est généralement philosophique , et pourtant nous
croyons que l'auteur a cédé à un préjugé de l'époque , en admettant
LIVRES FRANÇAIS. 605
que Bonaparte iut un grand homme. Sans cloute, l'on peut être dis-
posé à l'indulgence pour Bonaparte, quand on le compare à Napo-
léon ; cependant, qu'il y a loin de Bonaparte au grand homme dans
la véritable acception du mot. M. Carrion-Nisas l'a quelquefois senti
et indiqué ; aussi, doit-on bien le distinguer de cette populace d'é-
crivains qui font retentir les alentours du tombeau de Napoléon de
leurs clameurs adulatrices. Est-ce donc là le témoignage du profond
ressentiment d'un peuple , blessé dans tout ce qu'il a de plus noble
et de plus juste ? Que diront nos ennemis à l'aspect de cette hon-
teuse aberration? Les journaux politiques, organes habituels de l'Op-
position , sont coupables d'avoir secondé cette fâcheuse disposition
de quelques esprits. Nous savons bien que ce n'est qu'un accès pas-
sager; nous avons même remarqué avec satisfaction que pas un
écrivain de renom ne s'est compromis dans cette prostitution d'élo<^es'
la tribune nationale en est restée pure ; quelques âmes généreuses
même ont fait entendre des protestations, et l'écrit de M. Carrion-
Nisas peut être rangé dans le nombre. Ces circonstances sont con-
solantes ; toutefois , rappelons-nous que des Romains pleurèrent
César, et que Rome fut opprimée par Octave; j'entends parler de
la haine qui doit expirer au bord du tombeau Mais, quand
Tibère n'est plus , n'est-il pas tems que Tacite vienne s'asseoir sur
sa tombe ? . A. Mahcl.
287. — ToK KficiTciioIctTCiiç T))£ Eupa'TTxf Baj-j^fuj-f. /^ ux irès-vuis-
sans souuerains de i^ Europe. Paris, 1821; Eberhart. Brochure in-S"
de 63 pag.
Cet écrit qui porte pour date : en Grèce , le 28 mai 1821 , et qui
est imprimé en langue grecque et française , a été envoyé en France,
ainsi que dans toute l'Europe, pour j être publié. C'est un cri de
liberté qui doit être entendu de toutes les âmes généreuses. Les
Grecs , auteurs de cette supplique , font d'abord une touchante
peinture de l'horrible tyrannie dont ils sont victimes ; ils mon-
trent que leur insurrection est légitime ; ils s^autorisent des
principes même de la Sainte-Alliance pour réclamer les secours
des princes chrétiens. Les puissances européennes, disent-ils, sont
intéressées à leur prêter un appui tutélaire ; car, si les barbares
d'Asie, appelés pour exterminer les Grecs, parviennent à les dé-
truire, ils ne tarderont pas à se répandre sur l'Europe, comme un
torrent dévastateur, tandis que les Grecs triomphans seraient, au
6<jg LIVRES FRANÇAIS.
contraire , un rempart éternel contre les invasions futures des bar-
bares de l'Orient. Les Grecs, s'appuyant des exemples du passé,
rappellent les ravages des Sarasins en Europe , depuis leur conquête
de l'Espagne ; et , après avoir montré que la politique commande
de ne pas les abandonner , ils finissent par invoquer en faveur de
leur cause la fraternité religieuse. Espérons que les puissances de
l'Europe entendront cette voix suppliante ; la guerre , presque tou-
jours si injuste dans son principe, si funeste dans ses résultats, aura
du moins cette fois une cause noble et sainte , et de glorieux succès
ne peuvent manquer de la couronner. L'opinion des peuples civilisés
s'est assez prononcée pour les Grecs. En France surtout , des vœux
presque unanimes appellent sur leurs magnanimes efforts le triomphe
qu'ils méritent. Ceux de nos publicistes qui se montrent toujours
au premier rang des défenseurs de la liberté et de la cause des
peuples , n'ont pas tardé à élever la voix pour la défense de la Grèce ;
ceux même qui paraissent ordinairement dans des rangs opposés,
combattent, dans cette circonstance , sous le même étendard; et
M. de Bonald vient de publier , dans une de nos feuilles quotidiennes
{Journal des Débats du 20 septembre) , une espèce de manifeste,
qui convertira sans doute à la cause des Grecs tous ceux qui , par
un amour mal entendu de la légitimité , ont cru jusqu'à présent
devoir prendre parti pour les Turcs. — Une lettre d'un des colla-
borateurs de la Reuue Encjcloj.édigue_, insérée dans le Journal des
Débats du 1" juillet 1821 , renferme aussi une défense énergique de
la Grèce,» qui offre le spectacle d'une lutte opiniâtre et d'un gêné--
reux courage contre une longue et injuste oppression , de l'amour
de la patrie contre l'égoïsme et la tyrannie ; enfin , des progrès des
lumières contre les épaisses ténèbres de l'ignorance et du fana-
tisme. »
iSS.— Dictionnaire languedocien -français , contenant un re-
cueil des principales fautes que commettent dans la diction et
dans la prononciation française les habitans des provinces méridio-
nales, connues autrefois sous la dénomination générale de la Langue-
d'Oc, etc., par M. l'abbé de Sauvages; nouvelle édition, revue,
corrigée, augmentée de beaucoup d'articles, et précédée d'une no-
tice biographique sur la vie de l'auteur, par son neveu L. A. D. F.
Alais, J. Martin ; Avignon, Guichard, Montpellier, Séguin. 1S21 ,
a vol, in-8°. Prix, 12 fr.
LIVRES FRANÇAIS. 607
Les Anglais et les Allemands impriment à grands frais , et pu-
blient, avec un zèle louable sans doute , des glossaires sur les idiomes
des peuplades les plus obscures de l'Inde , ou même des tribus sau-
vages de l'Amérique. On est un savant quand on a fait un livre de
ce genre ; et le plus souvent on devient un académicien. Pourquoi
les idiomes antiques de nos provinces ont-ils été si long-tems dé-
daignés? Grâce aux travaux de MM. Raynouard , ChampoUion-Fi-
geac, Oberlin, de Rochegude, Legonidec, etc. Ce dédain n'existe
plus aujourd'hui : aussi , nous ne doutons pas que la nouvelle édi-
tion du Dictionnaire languedocien de M. l'abbé de Sauvages ne soit
accueillie favorablement. On ne saurait dissimuler néanmoins que
le nouvel éditeur n'a pas fait subir à ce livre toutes les améliora-
tions que le système actuel des travaux d'érudition rendait néces-
saire. Le dictionnaire de Sauvages ne donne que le languedocien des
Cévennes , de Nîmes et de Montpellier; celui qu'on parle dans le
Haut-Languedoc , qui comprend les pays des Albigeois, des Tecto-
sages , des Atacins, et ce qu'on appelait sous les Romains V Aquitaine
et la Noueinpopulanie , diffère considérablement du précédent. Pour
moi , je suis porté à croire que ce dialecte offre des formes plus ré-
gulières , et un caractère plus original que celui qui est usité dans
le Bas-Languedoc ; celui-ci pourtant a fourni un plus grand nombre
de productions écrites, et l'opinion commune lui attribue plus d'eu-
phonie. On conçoit que , pour faire un dictionnaire languedocien
complet, il était indispensable de visiter les divers cantons où cet
idiome est parlé , pour en signaler les dialectes , en indiquant les
lieux où chacun d'eux est usité. Or , c'est ce qui reste encore à faire.
Tel qu'il est néanmoins, le dictionnaire de Sauvages sera recher-
ché par tous ceux que la connaissance de quelqu'une des langues du
midi de l'Europe met à portée de cultiver l'histoire, ou la littérature
du moyen âge dans ces contrées. A. M.
289. — Histoire littéraire du XIII° siècle de l'ère chrétienne,
traduite de l'anglais de Beeikcton. Paris, 1S21. Maradan , in-S",
(L'ouvrage original qui porte pour tiire : Histoire littéraire du moyen
dge, a été publié à Londres, chez Ma>vman, en 1814.}
On doit à l'un de nos plus laborieux littérateurs la traduction
successive de diverses parties de cet ouvrage , et le volume que
nous annonçons en est le quatrième ; les trois autres, contenant
l'histoire littéraire des huit premiers siècles, celle des 9' et io«
608 LIVRES FRANÇAIS.
siècles, enfin celle du ii-^ et du i2%ontparu en i8i4, 1816 et 1818;
celui-ci est relatif au i5s et bientôt le i4« et le i5' auront leur tour.
Tant que l'histoire littéraire de la France , commencée par les bé-
nédictins et continuée par une commission de l'académie des
belles-lettres , ne sera pas terminée , il faudra bien avoir recours
aux compositions même étrangères qui, sur ce curieux et important
sujet , nous offrent des documens authentiques ou nouveaux. C'est
donc rendre un véritable service aux lettres que de faire passer
dans notre langue et de répandre les travaux des étrangers sur notre
propre littérature , lorsque d'ailleurs la connaissance de celle des au-
tres peuples ne peut nous être ni inutile ni indifférente. Aujourd'hui
que l'on veut tout savoir, ou du moins bien savoir, ce genre d'étude
a quelques partisans, et l'on sent plus généralement que l'histoire
de l'enfance de notre langue ne peut pas être séparée de l'histoire
de nos progrès dans !es connaissances humaines ; c'est sa langue
que chaque peuple a d'abord améliorée, à mesure que son intelli-
gence s'est étendue , et cette action de l'esprit humain est la plus
digne des méditations du philosophe. On lira donc avec un vif
intérêt ce qui, dans l'ouvrage annoncé, se rapporte à la formation
des langues modernes, surtout dans ce que l'on peut, sous ce
rapport, nommer l'Europe latine; car c'est là que se trouve
l'histoire de la langue française. Aux recherches du savant auteur
anglais, le traducteur français a ajouté quelques éclaircissemens
nécessaires. C'est ainsi que M. Boulard sait rendre de nouveaux
services aux lettres, et avec ce zèle éclairé et ce noble dé-
sintéressement qui, dans les carrières diverses qu'il a parcourues,
l'ont toujours placé au nombre de nos plus utiles et de nos plus
honorables citoyens. ^* ^ •
2go. {*)— Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel ei con »
dnuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques;
contenant la vie de tous les hommes célèbres par leurs écrits , leurs
vertus ou leurs crimes ; morts dans le cours de chaque année , à
commencer de 1820; orné de portraits ; rédigé et publie par ^Z-
/;Ao72se Mahul. i« année, 1820. Paris, 1821. Baudouin frères , rue
de Vaugirar'd , n» 56 ; Rey et Gravier, quai des Augustins, n» 65.
1 vol. in-8'>. Prix, 4 fr- et 5 fr. par la poste. {Voy. ci-dessus T. X,
page 664.)
Nous rendrons un compte délalllO de ce volume , qui obUcnt
LIVREES FRANÇAIS. 609
beaucoup de succès. Il est orné des portraits de S. A. R. Ms^ le
duc de Cerry, du maréchal Kellermann, de Fouché et de Volnev.
291. — Notice sur Claude Brossetle; suivie d'une lettre inédite
du président Bouhier (extraitdu journal de Lyon, du 3i juillet 1821).
In-8" de 4 pages.
Brossette , le commentateur de Boileau , à qui le satirique écri-
vait : « A l'air dont vous y allez , vous saurez mieux votre Boileau
que moi-même, » était de Lyon. Un littérateur lyonnais, M. A. Pé-
HicACD , vient de lui consacrer une notice dans le journal de cette
ville. Quelques exemplaires ont été tirés à part. On lit, à la suite
de la notice , une lettre fort intéressante du savant président
Bouhier, adressée à Claude Brossette ; elle est relative à quelques
difficultés survenues au sujet de certains ouvrages de jurisprudence.
II y est question entre autres d'un arrêt en matière civile , dans
lequel, dit le président, on jugea les personnes plutôt que la thèse.
Pareille chose n'arrive plus aujourdhui en matière civile.
292. — Messénienne sur la lilx;rli de la Grèce. — Paris, 1821 :
chez les marchands de nouveautés. In-S" d'une feuille d'impression.
Le Chant des Grecs , avec le texte en regard. In-S».
La Grèce libre , ode par A. Bigna.-v. Paris, septembre iSai.Chau-
merot jeune, au Palais-Royal, galerie de bois, a» 1S9.
Les efforts des Grecs pour reconquérir leur liberté sur une nation
qui, seule en Europe , reste étrangère aux progrès des sciences et
de la civilisation , étaient bien faits pour exciter l'enthousiasme
des poètes. Mais les inspirations de ceux qui ont voulu traiter ce
beau sujet, n'ont pas toujours été heureuses, ce qui ne prouve rien
contre le génie poétique de notre siècle. De tels événemens acca-
blent l'esprit du poids de leur grandeur; et l'impression soudaine
et générale qu'ils produisent, l'admiration qu'ils font naître nuisent
nécessairement à celui qui veut les décrire. Le lecteur attend du
poète plus de chaleur, plus d'enthousiasme encore qu'il n'en éprouve
lui-même , et il est en droit de le juger sévèrement, lorsqu'il n'en a
pas reçu de nouvelles émotions. Un aussi noble élan d'ailleurs se
sent peut-être mieux qu'il ne s'exprime ; c'est peut-être l'épée et
non la lyre que doit saisi* celui qui sait le comprendre. Quoi qu'il
en soit, les trois pièces que nous annonçons ne sont pas sans mérite.
Jl y a delà verve et du mouvement dans le Chant des Grecs, donf
TojiE XI. 39
CiO LIVRES FRANÇAIS.
l'auteur anonyme révèle dans ses vers cette ardeur brûlante et gé-
néreuse qni caractérise la jeunesse , et surtout la jeunesse fran-
çaise. La Messénienne est, à ce qu'on assure, le premier essai de
son' auteur. On y trouve des idées et des expressions très-poétiques
déparées par des longueurs et quelques incorrections. L'ode de
M. Bi<^nan est, selon nous, inférieure aux deux autres pièces. On
demande plus de verve, plus de mouvement, plus de véritable
enthousiasme dans une ode ; la sienne est froide , et n'exprime
guère que des idées communes, dans un style en général peu poé-
tique. E. H.
290. Le Roman comique, par Scabron. Nouvelle édition, revue
«t corrigée. Paris, 1821. Roret et Roussel, rue Pavée-Saint- André-
des-Arcs , n° 9. 4 vol. in-i2 ; prix, 8 fr. , et par la poste 1 1 fr.
La Harpe , dont la postérité n'a pas sanctionné tous les jugemens,
dit dans son Cours de Vlléralure-, à l'article Scarron : «Le Roman co-
mique est ce qui nous reste de meilleur des romans du siècle der-
nier ; on y trouve de la gaieté , et même de la bonne ; le caractère
de la Rancune est piquant, vrai, bien tracé; le »tyle a du naturel
et de la verve ; il est même assez pur, et beaucoup plus que dans
les autres écrits du même auteur». Nous ne lui contesterons pas la
dernière partie de cet éloge ; mais nous croyons que La Harpe , cri-
tique souvent beaucoup trop sévère, ne l'a pas été assez à l'égard de
Scarron, que, selon nous, Chénier a jugé plus sainement dans
son Tableau historique de l'état et des progrès de la littérature
française. » Au tems même où l'on admirait Cassandre et Cléopâtre ,
dit-il , chapitre VI, (1) le coryphée trop fameux du genre burlesque,
Scanon donnait son Roman comique. Des ridicules de province,
des comédiens de campagne, des scènes d'auberge ou de tripot,
voilà ce qu'on y trouve ; les incidens , les personnages , le style ,
tout est ignoble et grotesque; mais tout est vrai.» Nous partageons
entièrement l'opinion de Chénier , que nous croyons celle de tous
les gens de goût , et le Roman comique nous parait une débauche
d'esprit , pleine de naturel et de vérité , mais où la gaieté descend
jusqu'à la farce. Le ton qui règne dans cet ouvrage contraste singu-
lièrement avec la situation où se trouvait son auteur ; et peut-être ,
(1) Voy. p 205, nouvelle édition in-i8, publiée par les soins des
frères Baudouin.
LIVRES FRANÇAIS. Cil
en y réfléchissant bien , est-ce dans ses souffrances pliysiques même
qu'il faut chercher la cause de la tournure caustique et piquante de
son esprit. La gaieté de Scarron n'est pas cette gaieté douce , égale ,
inaltérable de l'homme heureux ; c'est de l'exagération , de la folie ;
c'est un véritable délire. Nous croyons, toutefois, qu'il faut savoir
gré aux éditeurs d'avoir réimprimé son Roman comique , qui com-
mençait à manquer dans nos bibliothèques de romans , où il tient
fort bien sa place, à côté de ceux d'un auteur plus moderne, qui
l'a surpassé par le nombre et le mérite de ses productions, mai« qui
n'a pas su toujours se préserver des défauts de son modèle. Je veut
parler de PigaultLebrun, qui , s'il n'a pas eu, comme Scarron , à sup-
porter des maux physiques , inouis dans les annales de l'humanité »
a éprouvé trop souvent , dans le cours de sa carrière littéraire , des
peines morales , dont la franchise , la douceur et l'aménité de son
caractère auraient dû le préserver, si ces diverses qualités n'étaient
pas trop souvent, dans le monde, des causes de persécutions et
d'infortunes. E. Hbheau.
294. — Description de V Egypte. Seizième LiVR.usoy. yintiquités.
Vol. I, pi, 65. Petit temple dédié à Typhon (le mauvais génie ).
— Antiquités. Vol. I , pi. 69. Divers bas-reliefs tirés des grottes
d'Elethya, et fragmens de statues trouvés dans les mêmes ruines. —
État moderne. Vol, I , pi. ôg. La place des éléphans {Birhet el fyl)^
dans la ville du Caire, pendant le tems de l'inondation. — Élatmoderne.
Vol. I, pi. FF. Vases, meubles et instrumens. Les vases représentés»
dans cette planche sont tous d'une petite proportioa ; ils font l'office
des bouteilles ou carafes de nos tables. Connus sous le nom de bar-
daques, leur objet est de donner à l'eau la fraîcheur, si nécessaire
dans un climat brûlant, Les Egyptiens y sont parvenus, en rendant ces
vases poreux ; l'évaporation de l'eau qui transsude rafraîchit l'eau in-
térieure. Pour les fabriquer, on mêle du sel au limon dont les poteries
sont formées ; la première eau qu'on y verse dissout le sel , et laisse
des pores à la place. L'usage des bardaques ou vases réfrigérans est
universel; aussi, s'en fabrique-t-il une immense quantité, d'autant
plus qu'ils ne servent pas long-tems. La température s'abaisse, dans
ces vases, de dix degrés, et quelquefois beaucoup plus; on augmente
le refroidissement par un courant d'air ; cet usage appartient à l'an-
tiquité. ( Voy. pi. 65 , Ant. , vol. !• ) -^ Histoire naturelle. Mammi-
fères. Pl. 1. Détails de trois espèces de chauve-souris. '
39*
C12 LIVRES FRANÇAIS.
Dix-SEPTiàiME Livraison. — ^4ntiquitès, Vol. I , pi. 25, bas-reliefs du
temple d'Isis à Philce. — Antiquités. Vol. I , pi. 55. L'intérieur du
portique du grand temple d'Edfou (Apollinopolis magna}. — État
moderne. Vol. II, pi. i.On a rassemblé dans cette plancbe vingt trois
portraits, dessinés fidèlement et gravés avec soin, représentant des
individus de plusieurs races et de professions diverses. L'Arabe du
désert se distingue à son œil vif et perçant^ aussi bien qu'à sa coiffure
(Voy. fig. 2 ) ; les Mamlouks , à leur menton rasé et un peu reculé en
arrière (Voy. fig. 8.); les cheyks et hommes de loi, à des traits pro-
noncés fortement, surtout le trait du nez. On remarque dans le mar-
chand d'Alexandrie une physionomie commune, qui annonce un sang
altéré par le mélange des races , comme il arrive toujours dans les
villes maritimes. Au contraire , les hommes du Caire et du pays supé-
rieur ont un caractère de tête qui n'est pas sans une sorte de beauté,
et qui a beaucoup d'analogie avec celui des anciens Egyptiens , si on
en juge par les bas-reliefs qu'ils nous ont laissés et par les momies
(Voy. fig. 5, 10, 12, 17 et la Description des hypogées de Thèbes .,
Ant. Desc. , vol. III). On reconnaît aisément combien cette physio-
nomie s'éloigne de celle du nègre ( Voy. fig. 11). Le chrétien Cophte
»>se reconnaît au caractère d'humilité empreint sur son visage et dans
toute sa personne (Voy. fig 1,4» 5). — Etat moderne. Vol. I, pi. 25.
Vu« du port et de la grande mosquée de Boulâq , au Caire. C'est dans
ce port qu'arrivent toutes les marchandises de la Basse-Egypte ; le
marché au blé se tient sur la grève, en face de la grande mosquée.
A gauche, on remarque un sarcophage de basalte en forme de momie,
qui vient d'être retiré du Nil ; c'est Monge qui en fit la découverte
peu après l'arrivée de l'armée. Ce beau morceau de sculpture est
maintenant au musée britannique, où l'on a rassemblé dans une
salle égyptienne les précieux monumens que l'Institut du Caire avait
recueillis dans la Thébaïde et dans l'Egypte inférieure. — Histoire
naturelle. Botanique, pi. 5. Trois espèces de graminées.
295. — Les villes de la Gaule rasées par M. J. A. Dulaube, et re-
bâties par Y. A. DE GoLBÉRY , conseiller à la cour royale de Colmar.
Paris, 1821. Levrault, rue des Fossés-M.-le-Prince, n» 55; in-8° de
46 pages.
Cette brochure est la réfutation d'une Dissertation de M. Dulaure,
insérée dans les Mémoires de la société rojale des Antiquaires de
France , sur les lieux d'habitation , les cités et les forteresses des
LIVRES FRANÇAIS. 613
Gaulois. Le savant auteur de cette dissertation avait avancé que la
Gaule ancienne n'avait point de villes. Au lieu de huit cents , que
lui accorde Plutarque, il ne faisait prendre à César que des enceintes
de murailles d'environ sept pieds de haut. On trouve la même
opinion reproduite dans son Histoire de Paris , où M. Dulaure dit ,
en parlant de Lutèce : « Ce n'était point une ville. Les Gaulois, à
cette époque^ n'en avaient pas ; ils habitaient des chaumières éparses
dans les campagnes; et, lorsqu'ils craignaient une attaque, ils se
retiraient avec leurs denrées, leurs ménages et leurs bestiaux, dans
leurs forteresses, et y construisaient à la hâte des cabanes où ils
abritaient leurs familles et leurs provisions. » M. Golbérya entrepris
de réfuter cette assertion. La discussion roule sur les mots ciuitas ,
urbs, oppidum, vicus , œdes ou œdijicium , sur la signification des-
quels MM. Dulaure et Golbéry ne sont pas d'accord. Le premier
prétend que le mot ciuitas avait, suivant les lieux, une acception
diflPérente. « Ce mot , dit-il , signifiait une nation chez les Gaulois
indépendans , et une ville capitale chez les Gaulois soumis aux
Romains. M. Golbéry, appuyé sur plusieurs autorités, entre autres
sur celles de César, de Tacite et de d'Anville, prouve que ce mot
désigne uniquement le territoire entier d'un peuple. M. Dulaure ne
veut pas que le mot urbs signifie ville. « Il faut le prendre , dit -il ,
dans le sens d'orbis , qui se traduit par arrondissement, pays, région.
Selon lui, par le mot oppidum , il ne faut entendre qu'aneforteresse,
tandis que M. Golbéry donne à ce mot l'acception de ville fortifiée,
et cite , à l'appui de son opinion , le témoignage d'Ennius, qui qua-
lifie Athènes elle-même d'oppidum. MM. Dulaure et Golbéry ne sont
d'accord que sur le mot uicus, auquel ils donnent la signification
de quartier, dans une ville, et de village, hors des villes. Quant
au mot œdificium, M. Golbéry cite Varron , qui l'emploie pour dé-
signer toute une ville. Ainsi , tandis que le premier veut que les an-
ciens Gaulois aient habité des demeures éparses dans les forêts , et
qu'ils n'aient eu pour enceintes que des forteresses, qui leur servaient
de lieu de refuge, le dernier voit, dans les mots d'oppida, vici,
a?d«/îcia , trois degrés d'habitation , comme chez nous , f^jZZes , vil-
lages et maisons. Du reste , M. Golbéry pense , avec M. Dulaure ,
qu'on se trompe en attribuant aux Gaulois quelques vieux édifices
que l'on voit dans les Gaules ; il les qualifie , comme lui , de restes
des Celto-Romains , et les attribue au premier ou au second siècle.
6U LIVRES FRANÇAIS.
Nous avons rapporté bien imparfaitement le sujet de leur contro-
verse ; c'est dans les écrits des auteurs eux-mêmes qu'il faut étudier
les preuves diversea qu'ils apportent à l'appui de leur opinion , afin
de pouvoir décider entre eux. Mais, nous croyons devoir faire remar-
quer que la réfutation de M. Golbéry est un modèle d'une discussion
sage , modérée , polie , où la plaisanterie n'a rien d'offensant ni
d'amer, d'une discussion telle enfin qu'elle devrait toujours exister
entre des gens de lettres. E. H.
Mémoires et Rapports de Sociétés sapantes et df utilité
publique.
296. — Académie royale des' sciences, arts et belles-lettres de la
ville de Caen. — Rapport sur les travaux de l'Académie, par
M. Hébeht, secrétaire. Caen, 1821. G. Chalopin ; in-8°.
Ce rapport nous fait connaître les travaux d'une des premières
sociétés savantes de France. M. Lamouroux fait imprimer un ou-
Trage sur la Géographie physique du globe terrestre. M. Pattu a pu-
blié des Observations sur des travaux faits à la mine de Litry, pour dé-
couvrir de nouvelles veines de houille. M. Lesauvage a communiqué
«es recherches sur la circulation du sang dans les poissons. Nous avons
indiqué précédemment (Tom. IX, pag. 201, 4oJ et 616) divers tra-
vaux de MM. Gaillon, Spencer - Smy the , Vautier, et le secrétaire
de l'Académie en a présenté l'analyse. Le prix de poésie a été dé-
cerné à M. Urbain Guilbert. Le sujet était le Deuil de la ville de
Caen , à l'occasion de la mort de Mgr. le duc de Berry. Nous croyons
que l'Académie a compté pour beaucoup les sentimens de l'auteur ;
car sa poésie n'atteint pas toujours à cette honnête médiocrité qui ,
pointant , devrait être de rigueur dans les concours. X.
297. — Mémoires et rapports de la société d'agricultu re et arts du
département du Doubs. 1820-1821 , première année de sa restaura-
tion. Besançon , 1821. Veuve Daclin , imprimeur du Roi.
Nous avons déjà fait connaître (Tom, VIII, p. 64i) le rétablisse-
ment de cette société , ainsi que les prix qu'elle a proposés pour
18a I et 1822. Rien ne prouve mieux son utilité que le volume qui
fait l'objet de cet article. Il est divisé en deux parties; je commen-
cerai par celle qui est consacrée aux travaux de 1820.
L'analyse de l'essai de M. de Tschudy, sur la greffe des plantes
herbacées et des arbres, par M. de Latebbade, présente une expo-
LIVRES FRANÇAIS. 615
sltion précise de celte branche importante de l'écoaomie rurale—
On doit à M. Girodde Chantrans, président annuel de la société ,
trois mémoires d'un grand intérêt. Le premier, intitulé Notice sur
quelques faits relatifs à la végétation, renferme des observations
très-intéressantes, entre autres celles qui ont rapport à la culture
du blé de miracle. Dans le second mémoire, qui est plein de faits
curieux, l'auteur traite cette question : Quelle peut être, dans le
règne végétal^, l'action de ce qu'on appelL communément engrais;
il arrive à cette conclusion : « De toutes les substances fertilisantes ,
l'eau et les gaz seraient donc les seules qui mériteraient la dénomi-
nation d'engrais , étant en effet les seules employées à la nourriture
des plantes. Les autres ne seraient considérées que comme utiles
pour l'amendement des fonds de terre, qu'elles disposent à trans-
mettre les fluides nourriciers, dans des proportions relatives aux
besoins des différens végétaux que l'on cultive. » Sans entrer dans
une discussion approfondie , je dois dire que M. Girod de Chantrans
se trouve ici en contradiction avec nos plus savans chimistes qm ad-
mettent , d'après des expériences récemment répétées par M. Théo-
dore de Saussure , que les engrais fournissent aux plantes une plus
ou moins grande quantité de sucs qu'elles peuvent s'assimder.-
C'est pour se conformer au vœu de la société, que M. Girod de
Chantrans a fait un extrait des principes d'œnologie de M. Dandolo ;
il en a, de plus, tiré plusieurs conséquences qui ne sont pas mdiquécs
dans l'ouvrage du célèbre agronome italien. -Dans un mémoire in-
titulé : Obsert^ations sur la race bobine et sur les moyens de la
perfectionner, M. Désiré Ordinaire a fait connaître les diverses
espèces de bœufs élevées dans le département , et les moyens de es
améliorer par des croisemens. C'est à ce mémoire qu'est due 1 aUo-
cation faite par le conseil général du département du Doubs, d une
somme de 1,800 fr., qui doit être distribuée en primes aux cultivateurs
qui auront élevé les plus beau» taureaux. L'action des engrais ^a
l'objet d'un autre mémoire de M. Désiré Ordinaire , où cet habile
agronome passe en revue les diverses espèces d'engrais, en indiquant
ceux qui conviennent dans telle ou teUe localité, et l'action qu ils
exercent sur les plantes. - U. le maréchal-de-camp Pernei a fait
parvenir à la société des observations sur les forets de sapins et sur
leur exploitation; elle les a crues assez importantes pour les com^
muniqucr aux agens de l'administration forestière.
^^^ LIVRES FllAiNÇ/US.
La première partie du volume, par laquelle j'di cru devoir ter-
miner cet article, renferme les mémoires et les rapports lus dans
la séance publique du i" février dernier. Dans le discours d'ou-
Perture, M. Girod de Chantrans s'est d'abord attaché à faire res.
sortir les avantages qui doivent résulter, pour l'agriculture française ,
des mesures prises depuis quelques années par le gouvernement.
Après avoir indiqué les améliorations qui réclament d'abord la
sollicitude de la société , il a fait connaître les essais qu'elle a déjà
tentés pour les obtenir. -Ze compte rendu par M. Laurens , secré-
taire annuel, des travaux de la sociélé depuis sa restauration , est
fait avec beaucoup de soin. On y remarque ce que l'auteur dit de
l'établissement d'un jardin expérimental dans un enclos de l'aca-
démie, dont M. le recteur Ordinaire a bien voulu céder la jouissance
à la société, et pour lequel il a obtenu de la pépinière du Luxem-
bourg, un envoi de ceps de toutes les espèces de vignes qui peuvent
prospérer dans le département du Doubs. - Je m'arrêterai plus
long-tems sur un mémoire de M. Bruand , ayant pour titre : Con-
sidérations sur l'utilité des fermes-modèles; sur les moyens faciles
et peu dispendieux de former et de multiplier ces établissemens
ruraux , et sur le mode d'assolement à suivre dans le domaine de
la Câvre, proposé pour un établissement de ce genre. Nous avons
déjà dit quelques mots (Tom. VIII , p. 64i) sur l'ingénieuse pensée
d'établir une ferme-modèle dans un domaine parïiculier, dont le
fermier consente à suivre le mode d'assolement prescrit par la so-
ciété, pourvu qu'elle lui abandonne tous les bénéfices, et s'engage
à l'indemniser des pertes qui pourraient résulter des essais auxquels
il se soumet. Cet arrangement ne peut qu'être avantageux pour le
fermier, sans être onéreux à une société composée d'hommes qui
réunissent l'expérience à la théorie. On conçoit quelle doit être
l'influence d'une semblable institution sur les cultivateurs voisins,
qui peuvent observer des procédés nouveaux et utiles, et en appré-
cier exactement les résultats. Ils auront bien plus de confiance dans
une ferme-modèle, ainsi gérée par un simple cultivateur, que dans ces
établissemens formés à grands frais , auxquels le gouvernement pa-
raît avoir renoncé, et dont les succès même exciteraient la méfiance
des paysans , parce qu'ils sauraient qu'on les a obtenus en faisant
des dépenses au-dessus de leurs ressources. Je ne suivrai pas
M. Bruand dans les détails du plan qu'il a proposé pour convertir le
LIVRES FRANÇAIS. 617
domaine de la Cùvre eu ferme expérimentale ; son mémoire sera
sans doute lu par toutes les personnes qui s'occupent d'agriculture ;
elles y trouveront développés avec une grande clarté les moyens
d'exécution qui, après avoir obtenu l'approbation de la société
d'agriculture , ont reçu la sanction plus décisive encore de l'expé-
rience d'une année. — Je n'ai rien à dire sur le mémoire de M. Dé-
siré Ordinaire, intitulé : Sur Vétat de l'agriculture en France ^
dont /a /?ef Me a déjà donné une analyse détaillée (Tom. X, p.Sgi).
— Il est suivi de l'analyse des eaux minérales de Guillon, près de
Baume-les-Dames, par MM. Bosc et Desfosses. — Le dernier mé-
moire, dû à M. Vertel, a pour titre : Considérations sur la desti-
nation des montagnes dans l'économie de la nature, et sur les
limites que cette destination semble avoir fixées au domaine de
l'agriculture.
La société a terminé la séance en décernant deux médailles :
l'une à M. Etienne Joseph Pouguet , pour avoir construit à Ornans ,
sur la Loue, un moulin sans barrages , dont la roue pent être baissée
ou haussée à volonté, ce qui empêche qu'elle ne s'arrête pendant
les basses eaux , ou qu'elle ne s'engorge dans les grandes crues ; la
seconde, à M. Jean Claude Guyard, cultivateur plus qu'octogé-
naire de la commune de Champvaus, pour avoir donné à son can-
ton le constant exemple de toutes les vertus. MM. Pouguet et
Guyard ont reçu chacun leur médaille des mains de M. le préfet,
président né de la société. De semblables prix n'honorent pas moins
ceux qui les donnent que ceux qui s'en rendent dignes. A. Michelot.
Ouvrages périodiques.
298. — Annales de l' Agriculture française , par MM. Tessieh et
Bosc. On souscrit à Paris chez M'"^ Huzard , née Vallat-la-Chapelle ,
rue de l'Éperon-Saint-André-des-Arcs, n" 7. Prix de la souscription ;
pour les 4 vol. ou pour l'année ; aS fr.
Ce recueil , dont il paraît chaque mois un cahier d'environ huit
feuilles in-S" , y compris les tables , est précieux pour les proprié-
taires qui veulent diriger eux-mêmes l'exploitation de leurs terres ,
pour les fermiers et pour toutes les personnes qui veulent se tenir au
courant des améliorations agricoles. Le cinquième cahier, 2« série ,
Tom. XIV, 3i mai 1S21, que nous citerons pour donner une idée
du plan et de l'utilité de ce recueil , contient , entre autres articles,
1" des fiagmeus sur la chanuc par M. Mathieu Dombasie; 2" une
618 LIVRES FRANÇAIS.
lettre de M. de Barbançois sur une nouvelle manière de conser\'er
les grains ; 3° un rapport de M. Buscbe sur le moyen proposé ; 4° des^
calculs comparés des produits de la terre propres à la nourriture
de l'homme, etc.
299. — Feuille d'annonces , Affiches et Avis diuers de la ville'de
Castelnaudarj. Castelnaudary; Labadie. In-S». Prix de l'abonne-
ment annuel : 8 fr. , et 10 fr. par la poste. Cette feuille paraît chaque
lundi , depuis le 6 août de cette année.
Nous croyons devoir encourager les recueils périodiques qui s'éta-
blissent dans nos départemens ; ils sont à la fois des symptômes et
des instrumens de civilisation. En Angleterre et aux États-Unis, les
deux pays les plus civilisés du monde , le moindre chef-lieu de Comté
ou d'État a son journal. Celui qui vient de s'établir dans l'un des
chefs-lieux d'arrondissement du département de l'Aude, mérite d'être
distingué ; il est rédigé avec goût , et offrirait une lecture agréable ,
même à Paris, par un heureux mélange de philosophie, d'anecdotes,
de poésies; nous souhaitons que l'esprit de parti n'y trouve point
d'accès ; alors il est à croire que les riches agriculteurs, qui bordent
le canal du midi dans toute la longueur du département de l'Aude,
feront de la lecture de ce journal le délassement de leurs soirées. Le
nom de M. de Lahouisse ne se lit point sur les premières feuilles du
nouveau journal de Castelnaudary; mais nous avons quelques motifs
de croire que ce littérateur instruit n'est pas étranger à sa publica-
tion. Cette circonstance explique le mérite de ce journal et doit en
faire présager le succès. A, M.
Livres en langues étrangères Imprimés en France.
300. — Ivanhoe , a romance bj the author of Waverley. —
Ivanhoe, roman par l'auteur de Waverley. Paris, 1821. 2 vol. in-S».
]\Ime Richard, rue neuve de Seine, n» 54. Ces deux volumes font
partie d'une édition des œuvres complètes en prose de Walter-
Scott en 25 volumes, dont le prix sera de i25 f. et de io5 fr. seule-
ment, pour les souscripteurs. Chaque livraison se composera d'un
ouvrage complet.
Le goût de la littérature étrangère fait , en France , des progrès ra-
,pides ; nous commençons à nous guérir de ces idées paresseuses qui
nous portaient à croire que nos chefs-d'œuvre étaient un aliment
suffisant à cette soif de jouissances dont l'esprit ne saurait être ras-
sasié. Le désir de connaître , qui est sans limite, nous a rendus près-
LIVRES FRANÇAIS. 619
que familiers une langue et des ouvrages où nous trouvons, sinon la
perfection de style à laquelle nous croyons être parvenus du moins
l'originalité et la force des pensées , qui donnent à un esprit cultivé
les plaisirs les plus vifs qu'il puisse éprouver. On ne veut plus s'en
rapporter à ce que Voltaire a dit de Shakespeare, ni au tableau im-
parfait qu'une traduction, quelque exacte qu'elle puisse être, pré-
sente toujours, on veut lire et étudier ce génie étonnant dans sa
propre langue. Parmi les écrivains modernes, la brillante imagination
de Walter-Scott l'élève majestueusement au-dessus de ses contempo-
rains. Personne mieux que lui ne sait unir à la peinture naïve des
mœurs antiques , à la fidélité historique, l'intérêt entraînant qui n'ap-
partient qu'aux romans ; il identifie son lecteur avec ses vaillans Écos-
sais, et sait lui faire partager leur enthousiasme patriotique et plaindre
leurs revers , comme si l'Ecosse était sa patrie. Il n'est pas moins ha-
bile dans la peinture des seatimens tendres. L'épisode de la belle
Juive dans Ivanhoe en est une preuve. A.
3oi. — Sketches ofpoelry, etc. — Essais de poésie , par J. W. Lake.
Paris, 1821. Galignani, rue Vivienne. In- 12 de 5 feuilles. Prix : 3 fr.
002. — Griechenlands Erwachcn. — Le Réveil de la Grèce, par
E. Stobeh. Strasbourg-, 1821. Levrault, et à Paris , même maison de
commerce. In-S" d'une demi-feuille d'impression.
3o3. — Comedias de Moratin, etc, — Comédies de Moratin, se-
conde édition corrigée et augmentée d'une comédie. Paris, 1821.
Baudry. 2 vol. in-12 , ensemble, de 29 feuilles et demie. Prix : 7 fr.
N. B. L'intention des rédacteurs de la Reloue Encyclopédique
étant de signaler aux lecteurs de ce Recueil les productions les plus
remarquables qui appartiennent à chaque branche des connaissances
humaines, notreBu//e<i/z biBliographique,o\AT& les annonces des livres
qui auront été déposés au Bureau central, contiendra désormais les
titres des autres ouvrages dout le sujet aura paru digne de fixer par-
-ticulièrement l'attention des savans et des hommes de lettres. Ces
titres seront précédés d'un signe particulier *, destiné à faire con-
naître à nos lecteurs que les ouvrages eux-mêmes n'ayant pas été
placés sous nos yeux par les auteurs ou les éditeurs , nous n'avons pu
en ofirir qu'une simple indication bibliographique. — Des soins par-
ticuliers seront donnés à l'examen et au compte rendu des ouvrages
qui seront déposés au bureau de la Revue,
VVV»\l»\V\\\VVVV\\V\\\'V*VVVM\'V\vv%^\V\\V\V\».W\\VV\VV\\VVV\V\V\V\\\V\\\%Vl»
TV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES.
AMÉRIQUE.
Iles Ahctiqdes. — Géologie et minéralogie. — Plusieurs vaisseaux ,
partis de différens ports des Etats-Unis pour la pêche du veau marin,
devant s'avancer vers les pôles , avaient à bord quelques savans
Américains. Les régions que ces hardis navigateurs ont visitées sont
situées vers le 62^ degré de latitude. La végétation y est si rare, qu'à
peine y découvre-t-on quelques brins d'herbe et de mousse , qui
croissent dans les creux des rochers. Le pays est couvert d'une neige
éternelle; on ne voit, sur ces plages déglace, ni arbre, ni arbris-
seau. Les minéraux recueillis et rapportés aux Etats-Unis, par
M. B. Aslor , sont en partie primitifs et en partie volcaniques. Les
échantillons donnés par le docteur Miichill sont : 1° du quartz, en
masse et en cristaux; 2» des améthistes en cristaux; 3" du porphyre
par petits fragmens; 4° de l'onyx brut en cailloux; 5° des pierres à
feu ; 6" des pienes ponces ; 7° des pyrites. La carte manuscrite ,
dessinée par M. Hampton Stewarl, qui était de l'expédition, est
d'un grand prix pour les géographes. Les géologistes n'apprendront
pas sans surprise que les hautes terres , ainsi que les sommets des
rochers que les voyageurs ont parcourus , sont couverts de sque-
lettes de baleines et d'ossemens d'autres animaux marins. Cette
découverte ferait croire que des éruptions volcaniques ont arraché
ces débris à la mer.
États-Unis. — Massachusset. — Poni en chaînes. — On vient d'é
lever un très beau pont en chaînes sur la rivière Menimack , à trois
milles environ de Newburg-Port. Ce pont se compose d'une seule
arche , de 244 pieds de long ; les deux aboutissans sont de pierre , et
ont 46 pieds de long sur 37 de haut. Ils soutiennent une charpente
de 3o pieds ; dix chaînes isolées sont appuyées sur cette charpente ;
les bouts de chacune de ces chaînes sont enterrés , des deux côtés de
la rivière , dans des trous profonds, et sont assujettis par de larges
pierres ; chaque chaîne a environ 5iC pieds de longueur. A l'endroit
où elles passent par dessus la charpente, et à celui où viennent abou-
tir les plus fortes traverses, elles sont triples et formées de très
ASIE. g21
courts chaînons. Ce pont présente deux passages , qui ont chacun
i5 pieds de large. Les voitures les plus lourdes et les plus chargées y
passent avec autant de rapidité que l'on veut , sans que la part^ie du
pont qui est suspendue en soit ébranlée de manière à faire craindre
des accidens. L S n
ASIE.
Indes Obikmales. - Voyage scientifique. - Le colonel Franklin
a terminé son voyage dans les montagnes de Radjah-Mahal. Il a
examiné soigneusement la chaîne granitique de Barcouf, et il est
parvenu à gravir le Djila-Koundi-Ghat. Les mœurs des montagnards
sont, dit-on, très-extraordinaires. Le colonel Franklin rapportée avec
lui une riche collection de minéraux. Au moment où il donnait ces
nouvelles, il se disposait à visiter, dans le district de Baguelpour ,
la cataracte de Moutti Ghurna, qui, tombant de i25 pieds de hau-
teur, s'engouffre, à ce qu'on assure, dans le cratère d'un ancien
volcan.
E. G.
OCEANIQUE.
Nouvelle .HoLLAjiDE._PoRT-JACK.soN.-Ea7,e^///ons russes. -Les
vaisseaux russes le Blagonamerennoï et l'Olkriiie, qui étaient partis
de Cronstadt, le i5 juillet 1819, sous les ordres du commandant
Vasiliejf, pour faire des découvertes , sont arrivés au port Jackson
le 1" mars 1820; ils en sont repartis le 27, pour se rendre au Kams-
chatka. Le but de cette expédition est la découverte d'un passage
au nord de l'Amérique par le détroit de Behring. Dans le cas où
des obstacles insurmontables s'opposeraient à cette navigation , il a
été ordonné aux oGSciers de s'avancer sur la glace aussi loin qu'il
serait possible. A cet effet, on a embarqué une espèce de bateau de
nouvelle invention, qui peut remplir l'office d'un traîneau et être
manœuvré par un petit nombre de personnes. Indépendamment de
l'exécution d'une entreprise aussi difficile, et qui doit être accom-
pagnée nécessairement de beaucoup de travaux ef de dangers, il a
été donné des ordres pour qu'un détachement s'avançât, par terre ,
le long des côtes du détroit de Behring, tant que la chose sera pra-
ticable. Cette double expédition, agissant concurremment avec
celle du capitaine anglais Parry , procurera sans doute des lumières
intéressantes sur /a géographie de la partie la plus septentrionale de
622 OCEANIQLE.
l'Amérique. — Une seconde expédition russe, partie aussi de Crons-
tadt, le i5 juillet 1819 , avec deux vaisseaux sous les ordres du com-
mandant Billinghausen , a été chargée de faire une reconnaissance
détaillée des îles Sandwich et des autres îles du Grand-Océan. Cette
expédition a relâché deux fois au port Jackson ; la première en avril,
et la seconde en novembre 1820.
Expéditions anglaises. — La goélette le Prince Régent et le trans-
port/e Dromadaire ont été expédiés du port Jackson en 1820, et
employés à faire des reconnaissances géographiques à la Nouvelle-
Zélande.
— Le lieutenant Kingi oiEcier très-instruit et flls de l'ancien gouver-
nenrde ce nom i la Nouvelle- Hollande, partit d'Angleterre, en 1817,
avec ordre d'aller explorer, dans le plus grand détail, les côtes du nord,
du nord-ouest et de l'ouest de la Nouvelle-Hollande. Il se rendit d'a-
bord, comme passager, auport Jackson , où il pritle commandement
du cutter colonial de S. M., la Mermaid, avec lequel il commença son
exploration. Revenu deux fois dans cette colonie, pour y réparer son
vaisseau et y dresser les cartes nombreuses qui étaient le résultat de son
investigation, il en repartit de nouveau, le i5 juin 1820, pour faire
sa première campagne. La Mermaid , surprise par un coup do vent
sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande , fut obligée d'aller
mouiller au port Bowen ; mais le mauvais tems l'ayant fait aller à la
côte j il éprouva des avaries dont une voie d'eau assez forte fut la
suite. Le lieutenant King, cependant, crut pouvoir continuer sa
campagne. Il se rendit donc à la côte nord - ouest ; aussitôt qu'il
y fut arrivé , il sentit l'importance de faire réparer son vaisseau.
Ne pouvant y réussir, il prit la résolution de revenir au port Jackson
pour s'y radouber, et se mit en route sans délai. Arrivé, le 3 décembre
au matin, en vue du cap Jervis, l'atmosphère devint épaisse et
fortement pluvieuse , et bientôt un coup de vent d'est-sud-est se
déclara. M. King manœuvra pour se trouver, le lendemain, à
l'entrée du port Jackson ; mais ce n'est qu'après avoir couru les plus
grands dangers qu'il parvint, le 5 décembre 1820, à entrer dans
Botany-Bay, où il mouilla en sûreté.
Ecoles. — Le 23 mars 1820, le gouverneur Macquaric a posé , au
port Jackson , la première pierre d'une école pour l'éducation des
enfans pauvres ; elle sera désignée sous le nom de Géorgien public
school , et pourra recevoir cinq cents enfans, qu'on instruira d'après
AFRIQUE. 623
îa méthode Lancastrienne. Indépendamment de cette institution et
de plusieurs autres, destinées à l'instruction des classes aisées de
la colonie , il y a encore , au Port-Jackson, une école pour les orphe»
lins , une pour les orphelines, et une autre enfin pour les enfans
indigènes des deux sexes. Cette dernière est également due aux vues
paternelles de M. Macquarie. Les enfans y sont élevés dans la re-
ligion chrétienne et apprennent à lire, à écrire, à compter, les élé-
mens du dessin et ceux de l'agriculture pratique. Leurs proorès
sont très-satisfaisans , et même beaucoup au-delà de ce qu'on pouvait
attendre d'une race aussi abrutie que l'est celle des sauvages de la
Nouvelle-Hollande. Le projet du gouvernement est de marier entre
eux les élèves de cette école, aussitôt qu'ils auront atteint l'â^e et
l'instruction convenables , de leur donner des fermes , des bestiaux
des instrumens aratoires, et de les mettre en état de suflSre à leurs
besoins et. à l'éducation de leur famille. Cet établissement, encore
peu considérable, doit être regardé comme la pierre angulaire
de la civilisation et du bonheur futur d'un peuple encore barbare.
C'est en 1821 qu'ont eu lieu les premiers mariages entre les élèves de
cette école.
Fondation d'une ville nouvelle. — Le 1" décembre 1820, le gou-
verneur Macquarie a fondé, dans cette contrée, une nouvelle ville
sous le nom de Campbell -Town; elle est située dans le district
à'Aird^ dans les plaines du même nom. Cette ville est la septième
établie par les Anglais dans cette partie du monde : les autres sont
Sydney (capitale), Parramatta, Windsor {ci-dc\ mi Hawksbury),
Liuerpool, Netvcastle et Bathurst. F.
AFRIQUE.
Nubie.— DoMGOLAH.—F^yxage scientifique.— Extrait d'une lettre
de M. Cailliaud, en date du 1^ janvier 1821. (^ Voyez Tom. X
p. 629.)— Depuis Wadi-Halfa, où se trouve la seconde cataracte,
cet infatigable voyageur a fait des découvertes qui augmentent en-
core le domaine des antiquités égyptiennes. Non loin de Dongolah,
capitale de la Haute-Nubie , à près de cent quatre-vingts lieues au-
dessus de la ville de Syène, il existe un grand monument égyptien
comparable à quelques-uns de ceux de la ville de Thèbes. Sa lon-
gueur est de plus de trois cents pieds; on y compte quatre-vinc'<-
dix colonnes , de plus de trente pieds de haut. Toutes les parties du
62A AFRIQUE.
monument sont couvertes d'hiéroglyphes et de bas-reliefs. La plu-
part des sujets reproduisent les images qui abondent sur les édifices
de l'Egypte : des ofiiandcs , des sujets religieux, des marches de
prisonniers , etc. Outre les figures de caractère égyptien , on re-
marque chez les personnages , tantôt la physionomie de la race
noire , tantôt celle de la race caucasienne. Le lieu où sont ces belles
ruines s'appelle Selib ou Therbé. Ce qui reste du monument a été
mesuré, décrit, dessiné par le voyageur. Six autres ruines égyp-
tiennes , moins considérables , se trouvent sur les rives du Nil , entre
la seconde cataracte et Dongolagh. Dans aucune on ne trouve
d'inscriptions grecques ni rien qui annonce le séjour des Grecs ou
des Romains. Il est remarquable que ces monumens sont moins
bien conservés que ceux de la basse ou de la haute Egypte : la
cause en est dans les pluies qui, à celte latitude, sont fréquentes,
et aussi dans la nature friable du grès dont ils sont bâtis.
Il résulte des découvertes de M, Cailliaud , que les Egyptiens ont
élevé des monumens bien au-delà des lieux qu'on avait assignés
comme limites à ces antiquités. 11 y a à peine quatre ans , on était
loin de soupçonner, entre les deux premières cataractes, l'existence
d'un temple souterrain , tel que celui d'Ipsamboul. Au lieu d'être
averti par cette découverte , on s'est hâté de conclure qu'il n'exis-
tait plus de monumens égyptiens dans les paities supérieures du Nil,
et cela parce que Burkhardt n'en faisait pas mention. Si cette con-
clusion est déjà démentie , c'est une preuve qu'il faut suspendre
toute conséquence prématurée sur l'état des arts eSsur l'époque de
la civilisation dans ces pays, qui sont encore mal connus, malgré les
écrits ou les voyages de Ludolf, de Poncet, de Lenoir du Roule,
de Norden , de Bruce , de lord Valentia , de M. Sait de Burkhardt,
et qui l'ont été infiniment mieux connus des voyageurs et des histo-
riens de l'antiquité qu'ils ne le sont de notre tems. Les monumens
qu'on découvre tous les jours , surtout ceux qui renferment des ins-
criptions grecques, ajouteront beaucoup aux renseignemens tirés
des auteurs. N'a-t-on pas appris récemment , par une des inscrip-
tions que M. Gau a copiées en Nubie , sur le temple de Talmis, l'exis-
tence d'un roi d'Ethiopie, absolument inconnu à l'histoire, avec le
■récit de ses guerres et de ses conquêtes ? (Voyez Inscr. Nubienses ,
^ B. G. NiFBPHR, JRomce , 1820.)
Le point de départ de M. Cailliaud csl la seconde cataracte, on
AFRIQUE. 625
Wadi-Halfa , à 80 lieues de Syène, que la plupart des voyageurs
récens n'ont pas dépassée. MM. William Ilaniilton et le colonel
Leake, auteur de la carte jointe au voyage de Burkhardt, ont pé-
nétré peu avant dans la Nubie. MM. Legh et Smelt sont allés jusqu'à
Ibrim ; M. Belzoni , le colonel Stratton, M. Gau et M. Huyot , etc. ,
jusqu'à la deuxième cataracte; mais, tout récemment, MM. Wa-
dingson et Hanbury ont remonté jusqu'à Chaguy et Korti , près de
Dongolah. Précédemment, M. Banks était remonté jusqu'à Amara
où il avait vu un temple égyptien , que M. Cailliaud vient de des-
siner. Quant à Burkhardt , on sait qu'il est allé jusqu'à Gliendy.
Mais , ce qu'on ignore , c'est que M. Drovetti , consul général de
France , est un des premiers qui aient eu connaissance du monument
d'Ipsamboul. Ce fut le 5 mars 1S16 qu'il y arriva, et qu'il fit même
des dispositions pour y pénétrer; M. Cailliaud l'accompagnait à
cette époque. Dans le journal de voyage de ce dernier, qui doit bien-
tôt paraître, il est aussi fait mention du fameux temple souterrain
que, depuis , M, Belzoni a ouvert avec tant de peine et de succès ( le
i" août 1817 ) ; il y avait fait une première excursion au mois de
septembre précédent. Il parle également, dans son journal , d'un
temple avec des colosses, creusé dans le rocher comme celui d'Ip-
samboul, et situé à trois journées de la deuxième cataracte. C'est
peut-être l'un de ceux qui sont à Sebnai ou Sebnat.
Dans son second voyage, M. Cailliaud a vu des antiquités en six
endroits différens , au-dessus de Wadi-Halfa : 1° à Sebnai ou Sebnat ,
au-dessus de la deuxième cataracte , où se trouvent deux petits
temples; 2° à Amara; 5» dans l'île de Saî, qui renferme un petit
monument ; 4° deux jours plus au sud , les restes d'un édifice ruiné ,
dont une seule colonne est debout et chargée d'hiéroglyphes : le
chapiteau est à tête d'Isis; 5° à Therbé ou Selib, aux trois quarts
de la distance qui sépare Wadi-Halfa de Dongolah , environ jS lieues;
là se trouve le grand monument décrit plus haut; sa distance, à
Syène, est de i55 lieues ; 6° à Scssé , un jour plus au sud, où sont
les restes d'un temple de douze colonnes , à chapiteaux de palmier ;
trois sont debout, avec une enceinte de 567^ mètres de long, qui
renfermait beaucoup d'habitations. La plupart de ces antiquités ne
sont point marquées sur les cartes les plus récentes, principalement
celles qui sont au sud de l'Ile de Saï.
Tome xi. ^^.
62G AFllïQLiE.
M. CaillJaud voyage par terre avec une escorte, des guides, des
chameaux et des provisions : accoutumé à la fatigue et aux prira-
tions , il reste sur les ruines assez de tems pour y reciieillir des ma-
tériaux exacts, et jusqu'à ce que ses recherches soient complètes;
rien d'important ne peut lui échapper. Pour se rendre de Syène à
Dongolah , il a mis quarante-cinq jours. Dessins des antiquités ,
plans , topographie , mesures , observations astronomiques, observa-
tions de physique et de météorologie , collection d'échantillons
d'histoire naturelle , tels sont les travaux qui l'occupent sans relâche,
et il est parfaitement secondé , pour les calculs des observations ,
par son compagnon de voyage , M. Letorzec , aspirant de marine.
Déjà le cours du Kil, depuis Assouan jusqu'à Dongolah, est entiè-
rement relevé et assujéli à un grand nombre de positions célestes.
11 paraît que la carte de Bruce est presque entièrement fausse
dans cette partie , et que la position de Dongolah , dans les cartes de
D'Anville , s'éloigne beaucoup de la véritable.
Après avoir consacré un mois à visiter Dongolah et les environs,
notamment la grande île d'Argo, qui renferme un temple et deux
colosses en granit rose, d'un beau style , le voyageur a le dessein de
se rendre à Cbendy, de prendre des renseignemens sur le Darfour
et les pays de l'Ouest; ensuite il se rendra à la mer Rouge, en
traversant les affluens du Nil et l'emplacement de l'île de Meroë ;
il reviendra ensuite en Egypte , en côtoyant les rivages de cette mer.
L'armée d'Ismaïl Pacba^ occupée à la conquête de la Nubie, après
s'être emparée de Dongolah, se trouvait à Chaguy et Korti le
4 janvier. Non loin de là , il se trouve une grande cataracte. Plu-
sieurs Italiens, qui ont obtenu la permission de suivre l'expédition ,
ont vu les monumens dont il est question dans cette note. MM. Han-
bury et Wadingson , qui sont allés plus loin, ont trouvé, à Chaguy,
des pyramides et les ruines de deux ou trois temples. Ainsi , les
Égyptiens ont laissé de leurs ouvrages à la distance de cinq cents
lieues des bouches du Nil.
Babbab. — Extrait d'une lettre de M. Cailliaud, en date du
6 mars 1821. — « Je vous ai écrit de Dongolah, et dernièrement de la
province de Chaguy, qui vient d'être le théâtre de la guerre , et où le
'fils du pacha a été victorieux , dans toutes les batailles qu'il a livrées
à l'ennemi. « Je vous ai fait part, le mois dernier, de quelques détails
sur les antiquités du mont Barlal et de Nouri où sont les ruines de sept
EUROPE. 627
temples, et trente ■ six pjramides. C'est à l'expédition que fait au-
jourd'hui S. A. que nous devons la découverte de ces nombreux
monumens qui , sans lui , nous seraient encore restés inconnus. Il
en est de même du cours du Nil dans cette province et dans le
royaume de Dongolali , dont toutes les cartes connues jusqu'à
présent manquent d'exactitude. Deux voyageurs anglais ont fait la
carte de ces pays, mais les instrumens leur manquaient pour dé-
terminer la position géographique des lieux ; ils ont dessiné peu de
monumens. Ces voyageurs sont retournés au Caire. Aujourd'hui,
S. A. ne permet plus aux étrangers de venir dans ce pays. Si j'ai
pu obtenir de suivre l'armée , je le dois aux faibles connaissances que
j'ai en minéralogie, et à l'espérance que l'on a de trouver quelques
mines importantes. Nous resterons ici quinze ou vingt jours ; puis
nous nous acheminerons sur Chendy et Senuar, où sans doute Ip
prince fixera la limite de ses conquêtes, d
JoMAKD , membre de l'Institut.
Nota. La lettre du mois de février n'est point parvenue.
Cedta. — Journal. — Il parait ici depuis assez long-tems un journal
espagnol intitulé : // Libéral af ricana.
EUROPE.
ILES BRITANNIQUES.
Dublin. — Société royale. — Marais mouvant. — Un des membres
de cette société , chargé par elle d'aller examiner les ravages
qu'avait faits le marais mouvant de Kilmaleady, a fait sur ce sin-
gulier phénomène un rapport intéressant et très-détaillé. Le ma-
rais de Kilmaleady est situé à environ deux milles au nord du
village de Clara, dans le comté du roi. Il est d'une étendue consi-
dérable , et couvre environ 5go acres de terrre. Dans plusieurs
endroits, il a jusqu'à quarante pieds de profondeur. C'est le ma-
rais le plus humide de toute la contrée ; il est borné de tous
côtés, excepté au sud, par de hautes berges, composées, à leur
surface, de gravier, et, en dessous, de pierres blanchâtres, formant
des cavernes où se trouvent des sources souterraines. Au sud , le ma-
rais s'ouvre dans une vallée large d'environ un quart de mille ,
et suivant la direction sud pendant plus d'un mille. Au centre
de cette vallée, coule un ruisseau qui a douze pieds de largeur, et
qui reçoit les eaux du marais et du pays avoisinant. Il se décharge
628 EUROPE.
dans la rivière Brusna, au-dessus du pont de Ballycumber. Le
marais de Kilmaleady, comme tons les autres marais profonds et
humides, est composé, jusqu'à «ne profondeur de huit à dix
pieds , d'une substance spongieuse d'un brun rougeâtre, formée des
fibres de la mousse de marais (sphagnumpaluslre), qui absorbe l'eau
en grande quantité. Sous cette masse fibreuse , le marais devient
de plus en plus marécageux, et, vers le fond, ce n'est plus qu'une
boue noire et détrempée par l'eau. Il s'élevait à plus de vingt pied»
au-dessus du niveau de la vallée , lorsque sa surface présentant plus
de fermeté que de coutume, par suite de la sécheresse de la saison,
les habitans du voisinage se hasardèrent à y aller faire des tourbes,
et creusèrent au moins à dix pieds au-dessous du niveau de la vallée;
ils atteignirent la claie bleuâtre sur laquelle repose le marais.
IjCs terres se trouvaient alors élevées à trente pieds perpendiculai-
rement au-dessus du sol de la vallée , lorsque, le 19 juin , la partie
molle et humide du marais, ne pouvant résister à la pression de
l'eau qui cherchait à s'ouvrir un passage, céda, et, une fois en
mouvement , entraîna toute la partie supérieure du marais , et
s'avança avec une rapidité étonnante le long de la vallée , enlevant
non seulement les troncs d'arbres plantés sur les bords du marais,
mais encore des prairies entières de plusieurs pieds de profondeur,
dont la surface verdoyante s'agitait et tournoyait comme les vague»
de la mer. En très peu de tems, toute la vallée, dans une lar-
geur d'un quart de mille , depuis l'ancien marais jusqu'à la base
de la colline de Lisanisky, fut couverte d'une boue épaisse , profonde
de huit à dix pieds, et parsemée de pièces de gazon. Cette colline
arrêta pendant quelques instans la marche du torrent fangeux ,
mais enfin il recommença à couler dans une autre direction; et,
gagnant toujours du terrain , il atteignit la route de Kilbride , et
boucha le pont sous lequel passent les eaux du ruisseau. Cette bar-
rière retarda les progrès du marais : il fut arrêté cinq jours. An
bout de ce tems , le limon du marais et les eaux du ruisseau
étaient tellement amoncelés, qu'ils inondèrent la route , et cou
vrirent la vallée presque entière ; ils continuèrent à couler avec
i^pidité vers une seconde route qui mène de Clara à Woodfield.
Ayant encore surmonté cet obstacle , il s'avança lentement vers
l'ouest , et aurait infailliblement englouti les champs fertiles et les
prairies qui s'étendent du même côté, si l'on n'avait pris de promptes
EUROPE. 629
et judicieuses mesures pour mettre un tenue A ce fléau. La cons-
ternation était générale dans le pays. A la rcquùte des juges de
paix des différens cantons , M. Gregory pria M. Killaly, ingénieur
distingué, d'aviser aux moyens de prévenir de plus grands maux.
M. Killaly s'aperçut d'abord que le seul remède était de faire
écouler l'eau qui s'était accumulée ; en conséquence , il employa un
grand nombre de paysans à déblayer le cours du ruisseau partout
où il était comblé ; il Gt ouvrir dans la vallée plusieurs canaux qui
se rendaient au lit de la petite rivière. Il parvint ainsi à diminuer
beaucoup la force du courant , qui entraînait la masse des terres :
celles-ci s'arrêtèrent bientôt. Des ouvriers , placés de distance en
distance , brisaient les mottes de terre qu'emportait le ruisseau. Ces
travaux , poursuivis avec activité , ont délivré les habitans de toute
crainte pour l'instant.
Les ravages occasionnés par ce marais mouvant sont fort consi-
dérables. La vallée qui le séparait de la route de Kilbride , longue
d'un demi-mille, et de 60 à 80 acres d'étendue, peut être con-
sidérée comme entièrement perdue pour l'agriculture. Le marais
a parcouru une distance d'environ trois milles , et il a envahi en-
viron i5o acres de terre cultivée. L. S. B.
LosDBES.— iSocté^é pour la conversion des Bohémiens errans en
Europe. — La société missionnaire pour l^ intérieur va donnera ses
travaux une nouvelle direction , qui aura peut-être les résultats les
plus heureux. Dans une circulaire écrite en son nom , le comité
remarque avec raison qu'il existe, en Angleterre, une population
de plus de dix-huit mille âmes, sans cesse errante, que les lois
ont toujours regardée comme composée de vagabonds et de gens
sans aveu , et qu'il est tems que des hommes pieux s'occupent d'a-
méliorer la situation physique et intellectuelle de ces hommes restés
sauvages , au milieu de la civilisation. En France , ces Bohémiens
ou Égyptiens , qui abusent de la crédulité des gens de la campagne
et vivent de superstition , n'ont pas été tolérés ; mais il en existe
encore un très-grand nombre en Angleterre, en Allemagne, en
Pologne et en Russie. Le comité remarque que des chrétiens éclai-
rés ont envoyé, dans ces derniers tems, des missionnaires dans
toutes les parties du globe; occupés presque exclusivement d'objets
lointains , ils semblent avoir oublié les Indiens qui habitent leur
patrie même ; car il est aujourd'hui prouvé , de manière à ne laisser
m EIROPE.
aucun doute, grâce aux recherches dé plusieurs orientalistes dis-
tingués, que ces Bohémiens errans , loin d'être originaires de
l'Egypte, comme on l'a long-tems cru, et de parler un patois
de pure convention entre eus, ont conservé la langue de la tribu
Suder, une des castes qui séparent les peuples de l'Indostan. 11
paraît qu'Us furent expulsés de ce pays en i4o8, lorsque le sultan
Timur Beg ravagea l'Inde et en massscra un très-grand nombre.
On compte , en Europe , environ 700,000 Bohémiens, épars en di-
verses contrées, qui tous parlent absolument la même langue, à
de très-légères différences près. Non seulement des efforts dirigés
avec intelligence et avec zèle auraient le résultat de civiliser ces
hommes dont les habitudes et les mœurs sont très-grossières , mais
a est très - probable qu'une fois rangés sous les lois de l'évangile ,
ces nouveaux convertis pourraient rendre d'éminens services , en
6'embarquant comme missionnaires pour aller répandre la parole
sainte chez leurs compatriotes d'Asie. Pour remplir ce but impor-
tant, il est question de fonder une société, qui s'occupera princi-
palement de cet objet , et le comité invoque le secours et les
conseils paternels de tous les chrétiens qui auraient le dessein de
coopérer avec lui, soit par leurs avis , soit par leurs travaux, à cette
œuvre salutaire de piété, de zèle social et religieux. (Extrait des
archives du christianisme au six"^ siècle; excellent recueil , rédigé
par des membres de l'église évangèlique. Prix , par an, 6 fr. pour
douze cahiers; on souscrit chez M. Soulier, ancien pasteur, rue
Keuve-Saint-Martin, n" 3.)
BciLiy. — Journaux. — Il paraît dans cette ville trois journaux
quotidiens du matin ; un journal quotidien du soir ; trois gazettes du
soir, publiées tous les trois jours; un journal du matin, paraissant
tous les trois jours , et six journaux hebdomadaires; ce qui, avec les
deux journaux du gouvernement, la Gazette et le Cri public , non
compris dans cet article, forment un tolal de seize feuilles périodiques.
— Journaux quotidiens ; ils ont au nombre de huit : 1° theTreeman's
journal, qui est celui des commerçans de Dublin, contient toujours
un grand nombre d'annonces. En politique , il est plus remarquable
par l'impartialité que par la profondeur de la discussion ; il ne se
permet guère que quelques critiques sur la conduite des différens
conseils ou sociétés publiques , ou sur des taxes vexatoires ; 2» le
Courrier du matin , de Carrick (Carrick's morning post) , est égale-
EUROPE. 681
ment consacré au commerce et à l'agriculture, etc., et se borne,
comme le Freeman , à traiter des sujets d'un intérêt local ; 5» les
Papiers-Nouvelles de Saunders{ Saunder's news papers) sont des
espèces de Petites- Affiches , qui contiennent quelquefois des passages
extraits des journaux anglais et irlandais. Ces trois journaux donnent,
de tems en tems, des rapports bien faits sur les assemblées publiques
qui se tiennent à Dublin, et sur les jugemens intéressans rendus
par les cours de justice de l'Irlande. On calcule que chacun de ces
journaux a 1,000 à 1,200 abonnés; f^" le Correspondant Q%i le seul
journal quotidien publié le soir à Dublin ; il semble se modeler sur
le Courrier anglais, dont il adopte les principes et l'intolérance po-
litique, sans savoir les défendre avec le même talent et la même
adresse. L'éditeur, qui en est aussi le propriétaire , se jette dans de
longues et fastidieuses dissertations , dont le but est l'approbation
constante de tous les actes arbitraires , ou la dépréciation de toute
mesure adoptée pour le bien de l'humanité : en un mot, le rédac-
teur de ce journal peut être considéré comme un des plus zélés
avocats du despotisme. Il a eu assez de vogue pendant la guerre,
mais depuis la paix il a beaucoup perdu de ses abonnés. — Jour-
naux publiés tous les trois jours , au nombre de quatre ; 5» le
Courrier du soir de Dublin { Dublin evening post ) est, sans con-
tredit , un des meilleurs journaux de l'Irlande. Il a toujours soutenu
les principes libéraux ; et ses rédacteurs ont beaucoup souffert pour
la cause du patriotisme et de la liberté , soit par des emprisonnc-
mens, soit par des amendes. L'éditeur montre du talent dans la
rédaction de cette feuille , mais ses vues manquent d'étendue et de
profondeur : on peut lui reprocher aussi de s'adresser souvent aux
préjugés du peuple , et d'en suivre les impulsions , au lieu de les
diriger sagement vers le bien. Ce journal , ainsi que le Correspon-
dant, est fort répandu en Irlande : on en distribue environ 2,5oo
exemplaires ; 6» le Journal de Dublin dut son succès aux écrits
patriotiques de Swift , et continua pendant long-tems à tenir un rang
distingué parmi les écrits périodiques. A la mort de Georges Faul-
kner, qui l'avait fondé, il passa entre les mains de John Gifford ,
membre du conseil de la ville, et violent défenseur du gouverne-
ment. 11 le réduisit à quelques pages, et l'entacha tellement de ses
opinions, que les préventions qu'il avait fait naître existèrent long-
tems , malgré les efforts des nouveaux propriétaires pour rébabiUter
632 EUROPE.
ce journal dans l'opinion publique. Leur impartialité et leurs talens
ont cependant réussi à détruire en partie cet injuste préjugé, cl
le Journal de Dublin compte parmi ses abonnés plusieurs des
hommes les plus respectables de l'Irlande : il a environ 800 sous-
cripteurs; 7" le Patriote, autre journal du soir, usurpe ce titre; il
est plutôt servile que libéral. Il ne contient presque jamais que des
articles mal choisis des autres journaux , et quelques productions
écrites avec autant de frivolité que de pédanterie. L'impression et le
papier, quisont supérieurs à ceux des autres journaux, contribuent à
le soutenir : on compte qu'il s'en vend jusqu'à 1 ,5oo ; 8° le Journal
hibemien surpasse le Correspondant en partialité ; ses hostilités sont
principalement dirigées contre les catholiques; il cherche surtout à ra-
nimer et à entretenir les dissentions religieuses. La rédaction ne man-
que ni de vigueur ni de talent. On en distribue un grand nombre
d'exemplaires g-z-a/w; il n'a pas jS abonnés. — Journaux hebdoma-
daires ; 9° le Wee}:ly freeman se rapproche du journal quotidien du
même nom. Il est surtout utile au commerce , à l'industrie , aux ma-
nufactures, etc. C'estle premier recueil périodique hebdomadaire qui
ait été publié à Dublin ; aussi at-il plus de souscripteurs que les autres
écrits du même genre : il se tire à 2,000; 10° le Registre de chaque se-
maine est l'organe des membres les plus violens du conseil catholique.
11 est rempli de plaintes sur l'esprit de protestantisme qui domine
dans les écoles proteslantes, et de détails sur l'état d'oppression et
de dégradation du peuple irlandais. On y remarque des articles fort
bien rédigés; 11° V Observateur de la semaine est un journal franc
et impartial. Il contient un excellent sommaire de nouvelles : il s'en
vend environ 800 exemplaires ; 12° le Journal du fermier serait utile
à la classe d'agriculteurs et d'artisans à laquelle il est destiné , s'il
donnait plus souvent des instructions pratiques sur l'agriculture ;
mais il est fastidieux, diffus, et n'enseigne rien de neuf; il parle ra-
rement politique, et passe pour avoir i,5oo abonnés; i3'> le Moni-
teur des marchands est un nouveau journal , commencé , il y a
quelques mois , sous les auspices des négocians de Dublin. Son titre
indique assez son objet : il donne un tableau des fonds, les diffé-
rences du change, les marchés et les ventes un peu importantes;
enfin, tout ce qui regarde spécialement le commerce. Les journaux
irlandais ne paient que moitié de la taxe imposée aux journaux an-
glais ; ils sont en général fort mal imprimés , et ceux des provinces
EUROPE. 633
prouvent la stagnation des affaires , par le petit nombre d'annoncés
qu'ils contiennent. On doit en excepter les journaux de Belfast'^ qui
égalent presque ceux de la capitale, sous le rapport de la rédaction
et de l'impression ; i4° \" Irlandais est un journal patriotique fort
bien rédigé. L. S. B.
RUSSIE.
Sainx-Pétehsbouhg. — L'Invalide russe, ou la Gazette niilitaiie ,
d'après la volonté de l'empereur, insérera désormais les ordres de
l'armée , les promotions , les récompenses dans le civil et autres nou-
velles de rintérieur; mais les nouvelles politiques, quelles qu'elles
soient, en seront entièrement exclues.
Kàsan. — Publications nouvelles et prochaines. — Le Koran , qui
a été imprimé plusieurs fois dans notre ville, vient de l'être de nou-
veau aux firais du négociant Apariai ; ainsi , tandis que les sociétés
bibliques propagent la connaissance des livres sacrés des chrétiens ,
des négocians arabes , comme s'ils rivalisaient de zèle , multiplient
ceux des mahométans.
— \j' Histoire des Mogols et des Ta/are^ occupe dans ce moment
un grand nombre de savans. M. de Romanzof fait imprimer VAbul-
ghasi Bahadur chan's: c'est une généalogie des Turcs. Ce livre, que
nous possédions seulement dans des traductions allemandes , fran-
çaises et russes peu fidèles, va paraître à Kasan. M. Chalfin prépare
aussi , dans cette ville , une édition du Dschingis Chan's et du Ti-
viurleng's ; jusqu'à ce jour on ne connaissait de ces deux ouvrages
que des fragmens insérés dans une dissertation : lie origine uocabuli
Dengi et de Bulariœ urbis origine.
Saint-Péteksbochg. — M. Charmoy , professeur de persan dans
cette ville , compose , en persan et en français , une histoire des
Mongols et des Tatares ; les sources dans lesquelles il a puisé , sont
le Raschid Eddin , Mirchond Chondemir et Abd - ur - Rassack.
M. Scbmidt écrit aussi l'histoire de ces peuples , mais en se fondant
sur des autorités mongoles. Enfin, M. Frahn a résolu de comprendre^
dans son travail sur les médailles mahométanes , celles des Dohm-
gisides.
— M. Frahn vient de livrer au public le premier volume de son
ouvrage intitulé : Nummi Muhammedani qui in acad. imperialis,
scientiarum musœo asialico as^errantur, Tom^ I, textuin aeu Nurn-
6SA EUROPE.
vwrum titulos in scripturam arabicam recenliorem transcrijjlos,jfideî-
gue interpréta tione auctos conlinens. L'infatigable auteur a donné
presque en même tems deux autres écrits : le premier , Schem Eddin
Muhammedis Damasceni mirabilia mundi selecta e cod. petrop. edid.
prolegomen et annot. crit. instruxit Frahn ; le second a pour titre :
Ahmed'sbn-Foslan's , ou Tableau des mœurs et des usages russes ,
au commencement du dixième siècle. La traduction est en regard
du texte , et M. Frabn y a joint des notes critiques et littéraires.
Pb. Golbéby.
SUÈDE.
Botanique. — On cultive actuellement, dans ce pays, Vastragalns
balticus{ Linné) , plante que l'on croit excellente pour remplacer le
café, et dont la décoction n'emploie que la cinquième, partie du
sucre ordinairement nécessaire. Cette plante se reproduit six cents
à mille fois, et ne souffre point de l'intensité du froid. Le docteur
Bayrhammer, de Wurtzbourg , a publié qu'il enverra gratuitement
cent grains de ce végétal à ceux qui voudront promettre de le culti-
ver et de lui faire connaître les résultats qu'ils auront obtenus.
DANEMARCK.
Copenhague. — Université. — Prix proposés pour 1822. — Après
avoir proposé en langue latine difTérens sujets à traiter dans la même
langue, en théologie, en jurisprudence, Gn médecine , en philoso-
phie, en mathématiques, en histoire, en philologie , en histoire
naturelle , cette université propose, pour la partie appelée esthétique,
ou littérature et beaux arts , de déterminer quelle est la différence
entre le genre comique et le genre satirique. On peut consulter, poiu:
les autres questions proposées , le n° VII du Journal de la littéra-
ture étrangère, publié par MM. Treuttel etWiirtz, dont il paraît un
cabier tous les mois.
— Dictionnaire Danois. — La Société des sciences à Copenbague
vient de publier un nouveau volume de son grand Dictionnaire
Danois; il contient les lettres L et M.
— IVaduction. — Le capitaine ff^ulf, traducteur des œu^TCS de
Sbakespeare , vient de traduire en danois le poème de lord Byron ,
intitulé Manfred.
, — Nécrologie.—M^. Thomas Thaarup , doyen des poètes danois,
est mort à Copcpbaguc, à r.%e de soixanie-douzc ans. Ké en 1749»
HUftOPE. 635
ii fut nommé, en 1781 , professeur d'histoire, de géographie et de
belles-lettres à l'académie des cadets de marine. Pendant les an-
nées 1794 ^ iSoo , il était membre de la direction du théâtre royal
à Copenhague , et , en 1809 , il fut décoré de l'ordre de Dannebrog.
Les poésies de M. Thaarup, qui ne sont pas très-nombreuses , se
distinguent surtout par la douceur des pensées et par l'élégance
harmonieuse de la diction. 11 était plutôt habile versificateur que
grand poète ; car il n'était doué ni d'un esprit inventif, ni d'une
imagination vive, et ardente. Néanmoins, toutes ses productions
avaient le don de plaire. Il a composé , pour le théâtre , quel-
ques pastorales de circonstance , qui , abstraction faite de ces
mêmes circonstances , ont mérité le grand succès qu'elles ont ob-
tenu. Il a fait aussi , pour la musique sacrée , quelques cantates qui
ont trouvé des compositeurs dignes d'associer leurs travaux à ceux
du poète. Depuis plusieurs années, M. Thaarup vivait en retraite à
la campagne , où il jouissait d'une pension que lui avait accordée le
gouvernement. HEiBEac,
ALLEMAGNE.
Bkelin. — Médecine. — On lit dans le Journal de médecine de Hu-
feland, publié dans cette ville, que la belladonna est un préservatif
contre la fièvre. Ce fait, qui avait d'abord été observé à Leipsick, a
été confirmé par plusieurs expériences.
Leipsick. — Le professeur /(T. H. ZJzo/zdj a publié dernièrement,
dans cette ville, chez Jean-Ambroise Barthe , le premier cahier d'un
nouveau journal , intitulé : ^skulap (Esculape), qui est consacré au
perfectionnement de toutes les branches de l'art de guérir. Il y aura
quatre cahiers par an , qui coûteront 4 thalers , ou 6 florins.
Munich. — Législation. — Le président de Fenerbach est de re-
tour dans cette ville , du voyage qu'il a fait à Paris , pour y étudier
l'esprit des lois judiciaires qui régissent la France, et notamment
celles qui règlent la procédure civile et criminelle. Cet homme d'état
est chargé de donner son avis définitif sur celle des institutions
judiciaires françaises qu'il conviendra d'introduire en Bavière. Cette
affaire doit être décidée avant la réunion des chambres bavaroises,
afin que le gouvernement puisse leur soumettre le projet du nouveau
Code de procédure.
PKESBOUttG, _ Philvloirie. — M- George Falkowitsh, professeur
636 EUROPE.
de langue^et de littérature esclavonne au lycée cvangélique de cetle
ville, a termiaé récemment la publication de son Vocabulaire bohé-
mien, qui renferme aussi les expressions propres aux Moraviens et
aux Slowakes : il est composé de deux volumes , dont le premier a
paru en 1819.
EaLANGEN. — Université, — Le nombre des étudians de notre uni-
versité s'accroît tous les jours. Rien n'égale la sollicitude du gouver-
nement pour ce bel établissement , dont l'éclat est encore augmenté
par l'acquisition qu'il vient de faire de M. Schelling , membre de
l'académie des sciences et de celle des beaux -arts. Aussitôt après
son installation , ce savant professeur a ouvert un cours , qu'il ap«
pelle initia philosophiœ unii^ersœ, L'aflluence des auditeurs y est si
grande , que l'on se croit à ces beaux jours où nous avions encore le
célèbre Fichte. Le roi , par un rescrit du 12 mars, a ordonné que le
cbâteau du margrave , qui a été donné à l'université, serait sur-le-
cbamp mis dans un état convenable à sa destination , et que Tbos-
pice serait disposé pour l'étude de la clinique. Ph. G.
Lakdshdt. — nominations. — Le savant professeur Bue/mer, à peine
de retour du voyage qu'il vient de faire en France et dans les Pays-
Bas , a été nommé membre de l'académie Léopold-Carolus des na-
turalistes, de la société pharmaceutique de Saint-Pétersbourg , et
de la société d'histoire naturelle de Bonn.
ViBNNE. — Sijle des Orientaux. — Le diplôme de l'ordre persan
du Lion-du-Soleil , qu'a reçu dernièrement le célèbre orientaliste
M. Joseph de Hammer , présente , dans le passage ci-après , traduit
littéralement, un exemple curieux de l'originalité du style des Orien-
taux. Ce passage énonce les titres qu'on lui donne à cette occasion :
• Très-estimable , très-honorable , éloquent dans l'art oratoire , péné-
trant, habile interprète de la langue du bon peuple chrétien qui
croit en Jésus, conseiller de la haute -cour impériale allemande,
dont la plume est bien taillée , et dont l'écriture est fleurie , dont les
doigts sont agiles , et dont la langue est exercée , colonne des plus
excellentes et des plus vénérées, lis de dix langues, Joseph Ham-
MEH , etc. B
Publication nouvelle. — Roman, — Madame Bénédicte Naubert
vient de donner, sous le titie d'Eudocia, un roman, dont le prin-
cipal mérite est moins dans l'invention que dans le tableau qu'elle
fait de la situation des empires grec et romain , après le partage effcc
EUROPE. 637
tué en SgS , sous Théodose-le-Grand. Les caractères sont tous vrais ,
et particulièrement ceux des femmes : celui d'Eudocia est cité comme
un modèle en ce genre. La lecture de ce livre est d'autant plus agréable,
qu'à côté d'ingénieuses fictions se trouvent des peintures de mœurs
puisées dans l'histoire. Ph. G.
Bebliu. — Archéologie. — La direction des recherches antiques,
établie par le gouvernement dans les provinces du Rhin et de la
Wtstphalie , a fait l'acquisition de la riche collection formée par le
prince Isembourg. On sait que ce prince avait, pendant toute sa
vie , apporté le plus grand soin à l'étude de l'antiquité , et qu'il avait
acquis , à tout prix , les objets découverts successivement dans les
contrées voisines du Rhin et de la Moselle. Ph. G.
ViE«îiE. — Exposition permanente des produits des beaux-arts.
— Extrait d'un arrêté de Vempereur^ en date du 16 août. — S. M. , con-
sidérant que l'établissement d'un lieu public , destiné au débit des
produits des arts du dessin, est un des meilleurs moyens pour étendre
les connaissances dans cette partie et pour accélérer les progrès de
l'industrie , a ordonné qu'outre les expositions publiques des objets
d'art, qui ont déjà lieu de tems en tems , conformément aux ordon-
nances , il soit établi , d'une manière fixe et permanente , une expo-
sition uniquement destinée au commerce des productions des beaux-
arts. Le but de cet établissement est de faciliter aux artistes le débit
de leurs ouvrages, et aux amateurs l'achat de ces produits, d'une
manière qui réponde le mieux qu'il sera possible aux désirs des uns
et des autres. Néanmoins , on veillera particulièrement à ce qu'il ne
soit exposé que des ouvrages remarquables , le but d'un établisse-
ment public, fondé dans l'intérêt de l'art, ne pouvant être de favoriser
les productions médiocres. Cet établissement embrassera les pro-
duits de toutes les branches de l'art. Le lieu destiné à l'exposition
permanente est l'édifice de Sainte- Anne, dans la rue du même nom,
au rez-de-chaussée , et au premier étage. On pourra y présenter les
ouvrages à compter du 20 août. »
WiTTEMBERG. — L'inausnuration de la statue colossale de Luther
se fera sur la grande place de cette ville, par ordre du gouverne-
ment prussien, et avec la plus grande solennité, le 3i octobre,
anniversaire du jour où Luther se sépara des catholiques en faisant
afficher à l'église de l'université de Wittemberg, en iSij, ses fa-
meuses thèses contre la cour de Rome. Le roi de Prusse et tous
638 EUROPE.
les princes protestans de l'Allemagne doivent assister à cette cé-
rémonie , qui est une fête nationale pour toute l'Allemagne évan-
gélique.
Siti.TZBOU£G. — Hommage à Haydn. — Cette ville, où Haydn a
pris naissance, vient de payer un juste tribut aux mânes de ce cé-
lèbre compositeur. Les restes mortels de l'auteur de la Création
étaient presque oubliés depuis quinze ans, dans le cimetière de
Saint-Pierre. Le curé Werigand , son ami , et le compositeur Hac-
ker, élève du défunt , se sont chargés d'ouvrir une souscription pour
lui élever un monument. Le 9 août , jour anniversaire de sa mort ,
le monument, placé dans l'église de Saint-Pierre, a été consacré par
un Requiem solennel , dernier ouvrage d'Haydn , que la mort l'a
empêché d'achever. On y a suppléé par la fin d'un ancien Requiem,
qu'il avait composé précédemment. Une foule d'amateurs , de
concitoyens et d'amis de cet homme illustre , ainsi qu'un très-grand
nombre d'étrangers , ont assisté à cette cérémonie funèbre , qui a
acquis un nouvel intérêt par la présence de la veuve de Haydn.
Beelin. — Nécrologie. — M. Chrétien Abraham-Gerhard, chevalier
de l'Aigle-Rouge, conseiller des finances, membre de l'académie
des sciences , de la société des sciences naturelles , et de huit autres
sociétés savantes, est mort, le 9 mars dernier, à l'âge de quatre-vingt-
quatre ans. Pendant sa longue et laborieuse vie , il n'avait cessé de
prendre une part active à toutes les recherches de médecine et
d'histoire naturelle , de physique et de chimie , en ne négligeant
aucun moyen d'en propager les résultats et d'en rendre l'applicatioa
plus générale. C'est dans cette vue qu'il publia ^plusieurs écrits es-
timables. M. Gerhard est encore connu par une Histoire du règne
minéral (Geschichte des mineral-reichs) et par la traduction des
Vojages métallurgiques de Jar, ouvrage qu'il a enrichi de déve-
loppemens précieux sur l'exploitation des mines. Ph.G.
— ViBNME. — Le docteur Jean-Pierre Frank, conseiller-d'état et
premier médecin de l'empereur, est mort dans cette ville, le 24 avril,
à l'âge de soixante-dix-sept ans.
— Halle. — Le 27 du même mois , l'université de cette ville a perdu
H. C. Voss, professeur d'histoire, qui n'avait que cinquante-huit
ans. Il a mis au jour plusieurs ouvrages estimés, et s'est particuliè-
rement fait connaître par le journal qu'il publiait sous le titre de
Die Zeiten [les Tems), qui renferme des matériaux précieux pour,
l'histoire de nos jours.
EUROPE. 639
— Bbeslau. — Le docteur Jean-Timothée Hermès ^ surintéhdant
ecclésiastique , et premier pasteur de l'église de Sainte-Elisabeth ,
est mort ici, le 24 juillet, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. On lui
doit quelques ouvrages qui ont eu plusieurs éditions , entre autres le
F^qyage de Sophie de Memel en Saxe , qui a été traduit en français.
— Leipsick. — Jean Adolphe Rossmaeler, graveur distingué , est
mort à Leipsick , le 26 janvier dernier, à l'âge de trente-cinq ans.
SUISSE.
Canton de Berne. — Ferme expérimentale alpine. — M. Kasthofer
(Voy. Rei'ue Encyclopédique, T. X , pag. i6oJ, garde général des
forêts, savant distingué, a établi, près d'Inttrîacken, sur une mon-
tagne qui domine les lacs de Thoun et de Brientz, le cours de l'Aar
et le torrent de la Llitschine , une ferme expérimentale , dans laquelle
il fait des essais de culture sur les plantes alpines , qui sont à peu
près la seule richesse de tous les pays élevés ou septentrionaux. Ces
essais méritent l'attention de tout homme capable de réfléchir sur
les résultats étendus et importans qu'ils peuvent avoir. N'est-il pas
déplorable , en effet, de voir la science de l'agriculture s'arrêter aux
régions peu élevées , de manière à laisser peut-être le quart de l'Eu-
rope privé , dans son économie , de toutes les lumières acquises f
Canton de Genève. — Société peur l'encouragement des arts. —
Prix proposés. — 1° Une médaille d'or de la valeur d'environ 23ofr.,
pour la meilleure tête en creux sur acier , par un artiste , habitant
du canton. Le sujet du concours sera une tête en profil , d'après
l'antique et au choix de l'ai-tiste , renfermée dans un cercle de
i8 lignes de diamètre. On ne prescrit point à l'artiste les procédés
qu'il doit suivre dans l'exécution ; on lui laisse , à cet égard , une
pleine liberté , soit qu'il lui convienne de graver directement en
creux , soit qu'il préfère exécuter d'abord sa tête en relief, pour
obtenir ensuite le coin par le moyen du balancier , ou de toute autre
manière. Le coin restera en propriété à l'artiste. Le terme du con-
cours est fixé au 5i mars 1822. La société , désirant plutôt encourager
les jeunes artistes que récompenser le talent déjà acquis , n'admettra
au concours que les personnes qui, à l'époque fixée, n'auront pas
trente-cinq ans accomplis. 2° Un prix de la valeur de 46o fr. environ ,
à l'artiste habitant du canton , qui , le premier , aura présenté à la
société, des limes carrelettes douces, rudes et demi-rudes, de quatre
eAa EUROPE.
pouces de taiile; telles que pour la forme, pour la taille et pour la
trempe, elles soient jugées aussi bonnes que les meilleures limes
connues. La société met assez d'importance à cet objet pour ne point
fixer un terme définitif et pour laisser au concours une durée illi-
mitée. Les concurrens remettront à la société deux douzaines de
limes de chaque espèce , pour qu'elles soient soumises aux épreuves
diverses qui doivent en constater la qualité. 3» Il sera adjugé une
médaille d'or de la valeur d'environ aûo fr. à l'auteur du mémoire^
qui, au jugement de la société, aura le mieux répondu à la question
suivante : « Quelles sont les principales industries, peu ou point
connues dans notre canton , qui seraient susceptibles d'y être na-
turalisées i et quelles sont les circonstances favorables ou con-
traires que chacune d'elles aurait à rencontrer dans notre pays? »
Le terme du concours est fixé au i" mars 1822.
Carton de Bale.— ifo^pzce du Saint-Bernard.— Souscription.—
Les soins généreux que les religieux de cet hospice donnent aux
voyageurs souffrans , leur empressement à les sauver au péril de leur
propre vie, sont connus et admirés de toute l'Europe. Mais,
ce qu'on ignore assez généralement, et ce qui rend leur dévoue-
ment encore plus admirable, c'est l'insalubrité de l'édifice qu'ils
habitent : au bout de peu d'années , ils sont attaqués de rhuma-
tismes aigus et incurables , qui les condamnent à venir traîner, en-
core jeunes , dans la plaine , les restes d'une existence triste et
douloureuse.
On a pu voir, dans une notice sur l'histoire naturelle du Saint-
Bernard (1), que le révérend père Biselx, prieur du couvent et
membre de la Société helvétique des sciences, fit connaître, à la
session de Saint-Gall, la cause de ces effets pernicieux ; eUe n'est autre
que la température froide et humide qui règne , en toute saison ,
dans l'intérieur de cet hospice , à raison de sa construction et de la
rigueur du climat. Ce grave inconvénient est susceptible de remède,
d'après les progrès que l'art , guidé par la science , a fait de nos
jours relativement à la distribution de la chaleur dans l'intérieur des
édifices. Mais l'établissement ne possède que les ressources néces-
saires pour subsister et pour distribuer annuellement de trente à
(0 Cette notice a été inséiée dans la Bibliothèque universelle ,
publiée à Genève.
EUllOrE. 64i
trente-cinq mille rations de nourriture à des voyageurs de tous états
et de toutes conditions.
Un professeur de l'université russe de Dorpat, M. Parrot, frappé
de ces considérations, invita, l'année dernière, tous les philan-
tropes à venir au secours de ces bons religieux , par une souscription
dont le produit serait employé à l'amélioration désirée. Cette invi-
tation, répétée dans la Bibliothèque universelle, division intitulée
Sciences et arts, Tom. XV, p. aôS à 245, ne fut pas sans effet.
Mais les sommes rerues sont encore loin de suffire aux dépenses
nécessaires pour chauffer la portion habitée de ce vaste édifice.
Il y a plus; dans une visite faite à cet hospice , vers le milieu du
mois de juin dernier, M. Prévost, gendre de M. le professeur Pictet,
s'est assuré que la face méridionale de l'édifice exige de grandel
réparations, sans lesquelles elle est exposée à tomber en ruines. Ce
surcroît de dépenses nécessaires exige aussi un surcroît d'ef- '
forts pour y pourvoir. Les frères Mellerio, très-habiles construc-
teurs de calorifères, se sont transportés à l'hospice pour y dresser
les plans et devis préalables ; et si , d'ici à leur retour, la souscription
ouverte (qui devrait être européenne) fait des progrès , on mettra
de suite la main à l'œuvre. M. Pictet , de Genève , persuadé que la
manière la plus prompte et la plus efHcace de parvenir promptement
à ce but serait de donner à la déplorable situation de ces hommes
si utiles la plus grande publicité possible , en la signalant à la Société
Helvétique des sciences naturelles, dans la session de cette année à
Bâle , a proposé à cette société de contribuer personnellement à
cette œuvre philantropique. L'assemblée, délibérant sur la propo-
sition qni lui était faite , a alloué , dans sa séance du 25 juillet der-
nier, une somme de vingt-cinq louis , applicable aux réparations
nécessaires pour rendre le séjour de l'hospice moins insalubre.—
Quoique les naturalistes soient plus fréquemment appelés que
d'autres voyageurs à s'exposer sur les sommités voisines de l'hospice,
et à mettre à l'épreuve le courage et l'adresse des religieux , et que ,
sous ce point de vue , la somme votée soit plutôt l'acquit d'une
dette qu'une simple offrande philantropique , c'est cependant une
chose digne de remarque de voir une institution , dont les desservans
sont catholiques, être aidée d'une manière aussi efficace et aussi
désiatéressée par une société principalement composée d'indi-
vidus qui professent la religion réformée — Les personnes qui se-
TOME XI. AI
GA2 EUROPE.
raient disposées à participer à cette bonne œuvre pourront faire
parvenir, par les voies ordinaires du commerce , à MM. de Candolle ,
Turreltini et comp. , banquiers de Genève , trésoriers de la Société
Helvétique, aux rédacteurs de la Bibliothèque universelle^ ou au
bureau central de la Reuue Encyclopédique, les sommes qu'elles
voudraient bien y consacrer; il sera rendu compte de leur emploi,
et la liste des souscripteurs sera publiée. A. S.
—Publications nouvelles.— IjG libraire Paschoud, à Genève, doit
faire paraître, dans la première quinzaine de novembre, un ouvrage
du jeune baron de Scbwarzkopf, intitulé : Exposé du droit public
de V Allema'^ne. Il sera composé de quatre livres , dont le premier
contiendra une courte théorie générale des rapports civils et poli-
tiques d'un état ; le second , un aperçu historique des changemens
successifs que l'organisation politique de l'Allemagne a subis avant
d'arriver à sa forme actuelle ; le troisième , un tableau du droit
public fédéral ou de la confédération germanique , en tant que puis-
sance collective indépendante , dont le gouvernement réside dans
la diète; et le quatrième, un exposé des diverses modifications du
droit public allemand, qui sont propres à chacun des états com-
posant la confédération.
Lacsaa>b. — Bjssus des anciens. — Réclamation. — Lettre à
Mi Jdllikn, sur la nouvelle opinion émise relativement au byssus
des anciens. — Je viens de lire, dans votre intéressant recueil {Voy.
ci-dessus pag. 241 et suivantes.) des Recherches sur le byssus des
anciens , que l'auteur pense devoir être le duvet des chèvres de
Cachemire. 11 a raison de se méfier beaucoup de la compilation de
Pline, où il existe une foule d'erreurs, nées plutôt de sa manière de
travailler que du peu de correction de ses copistes. Mais Pausanias,
dont l'exactitude est connue , dit positivement que le bjssus était
le produit d'un végétal, cultivé en Élide , et que cependant il y
était d'une qualité inférieure à celui de la Judée. II paraît que
l'auteur du mémoire que vous venez de publier n'a pas eu connais-
sance des recherches que j'ai faites pour fixer l'opinion sur cette
substance : elles ont paru dans un mémoire inséré dans la Décade
• philosophique (20 niv. an xii) , et je viens d'en reproduire la subs-
tance dans mon ouvrage sur l'économie publique et rurale des
Arabes et des Juifs. Ainsi , le témoignagne de Pline est confirmé
par celui de Pausanias ; l'un et l'autre donnent une origine judaïque
EUROrE. 6AS
û ct-tle subslance qui, par conséquent, est la même à laquelle les
livres sacrés donnent le nom de butz , auquel il manque seulement
la terminaison grecque sos., pour être celui du bussos ou byssos des
Grecs, dont la langue latine a fait iyssws. Dès-lors , il est évident
que cette substance doit être un produit végétal , comme l'ont dit
ces auteurs, puisque aucun produit animai ne pouvait servir aux
■vêtemens sacerdotaux, leur emploi étant proscrit par le culte daas
l'intérieur du temple. L. Beynieb.
ITALIE.
TcRiw, — Physique. — Réclamation. — Le docteur Fohni réclame
sur M. Oebstedt la priorité de la découverte de l'identité du fluide
^magnétique et galvanique, et prétend l'avoir démontrée dans ut»
ouvrage déposé à la bibliothèque de l'université de Turin.
Rome. — . Astronomie. — Le gouvernement papal ayant résolu
d'adopter le système du monde de Copernic, il est maintenant permis
d'écrire en faveur de ce système.
'^kvh^s.— Sociétés savantes. — Par un décret du lo juillet, le roi
a réuni, sous l'autorité du ministre de sa maison, l'imprimerie royale
et la société Bourbonienne , composée de trois sections ; savoir :
{'Académie archéologique d'Herculanum , l'Académie des sciences ,
.et l'Académie des beaux-arts. Le mêmedécret assigne, sur le dépar-
tement de la maison royale, les fonds nécessaires à l'entretien de
-ces établissemens , aux fouilles et aux réparations des monumens de
■Pompeïa, à l'entretien du musée de Portici, et à l'atelier des
manuscrits.
Flohe:sce. — L'Antologia,']o\iTnal de cette ville, continue à mériter
l'attention du public , par plusieurs articles originaux ou choisis avec
discernement dans les meilleurs recueils périodiques européens.
Dans le n" V, on lemarque un article sur les anciennes traductions
de l'Enéide , par Caro , Alfieri et Solari , et sur une nouvelle qui en
a été faite dernièrement par Michèle Leoni , traducteur infati-
gable et distingué de plusieurs poèmes anglais. Un autre article du
même cahier est consacré à la défense du Vocabulaire de la Crusca.
Le n° VI contient l'éloge de Lorenzo Pignotli, et un long article
sur le Traité de peinture, de Cennino Cennini (annoncé ci-dessus,
p. 578.) Il nous semble que ces articles philologiques sont trop fréquens
eUh^ EUROPE.
dansl'yf/rt/o/ogm, Ils pourraient faire croire qu'un grand nom bre d'Ita-
liens ne s'occupent que de grammaire, et il serait pénible de penser que
leurs auteurs ne se livrent à ce genre de travail que pour nourrir cet
esprit de pédanterie et de jalousie , qui souvent est devenu un germe
de discorde politique , dont les ennemis de l'Italie n'ont su que trop
bien profiter. Prévenus contre cette sorte de disputes et de rivalités
qui tendraient à déshonorer la nation aux yeux des étrangers , nous
nous arrêtons quelques instans, avec un esprit tout différent, sur un
article du n" VIII, p. 212 , consacré aux deux traductions de l'Iliade
d'Homère, faites par l'abbé Fiocchi et M. Mancini, et qui regarde
principalement la Reuue Encyclopédique. Le rédacteur de cet ar-
ticle se plaint d'abord que notre recueil ait avancé que l'abbé Fiocchi
a renouvelé la difficile entreprise , essayée par Bozzoli et par Mancini,
de traduire l'Iliade en otlava rima. Il nous fait remarquer que la tra-
duction de Fiocchi a précédé de deux ans celle de Mancini , la pre-
mière ayant paru en iS 16, et la seconde en 1818. Nous ne connaissions
que l'édition de l'Iliade de Fiocchi, faite ou annoncée par M. Son-
Zogno à Milan, en 1818 ; et nous faisons au rédacteur de l'article
de l'Antologia des reinercîmens proportionnés à l'importance de
sa remarque. Il se plaint beaucoup plus longuement de ce qu'on a
osé accorder quelque préférence à la traduction de l'abbé Fiocchi
sur celles de Bozzoli et de M. Mancini. M. le rédacteur aurait mieux
fait d'examiner les savantes analyses peu favorables à son opinion ,
qu'on trouve dans la Bibliothèque italienne^ le Journal encyclopé-
dique de Naples , etc. , plutôt que de faire une aussi longue dis-
sertation sur une petite annonce de la Revue , qui , en général ,
s'occupe très-peu de traductions. De plus, nous dirons franchement
que, d'après les morceaux qu'il a rapportés lui-même pour compa-
rer avec la traduction de Fiocchi celle de Mancini , morceaux que
sans doute il a dû choisir à l'avantage de ce dernier, la traduction
de Fiocchi, malgré ses imperfections, a, suivant nous, plus de fi-
délité et de précision que l'autre. Au reste , comme M. Mancini a
suivi et non devancé l'essai de M. Fiocchi et qu'il n'a pas encore
achevé son travail, nous espérons qu'il profitera de l'exemple ^ tou-
jours utile, de son devancier, et plus encore des remarques qu'on
a faites sur ce qu'il a publié jusqu'ici , particulièrement dans la
Bibliothèque italienne, n<^ XLII , pag. 545. Alors la patrie des
EUROPE. 6A5
Ménage , des Régnier, des Ginguené , et tous ceux qui savent appré-
cier le vrai mérite des littérateurs italiens, donneront à M. Man-
cini tous les éloges qu'il ambitionne et qu'il aura mérités.
Gênes. — Publications prochaines. — Poésies de Falamonica, — Une
lettre de M. le professeur Gagliuffi, au rédacteur de la Gazette de
Gênes .,2t. dernièrement annoncé la découverte faite par M. J. G.
Dinegro, et la prochaine publication des Rimes de Falamonica ,
poète ligurien du xiv» siècle, dont l'historien Giustiniani a fait le
plus grand éloge possible, en le comparant au Dante. Tous ceux
qui cultivent la littérature italienne attendent, avec une vive im-
patience , la publication de ce précieux manuscrit. F. S.
— TuEiN.— ^r< dramatique.— UdiyoQa^t Albert Nota , qui est re-
gardé comme le premier auteur comique actuel de l'Italie , va faire
réimprimer ses œuvres. Déjà, il en avait été publié plusieurs éditions,
tant à Milan qu'à Parme ; mais M. Nota les a toutes désavouées et
ne reconnaît pour bonne que l'édition de Turin de i8i8, en 4 vo-
lumes. Un cinquième volume va être imprimé pour faire suite aux
quatre précédens. "'
— Naïles.— M. Nota paraît avoir trouvé un rival dans M. Genoino
de Naples. Ce dernier a fait représenter plusieurs pièces avec beau-
coup de succès. La première de ces comédies est intitulée : Le
Nozze dello Zingaro pittore. La vie de ce célèbre artiste et celle de
Niccol'- Antonio del Fiore , tous deux peintres de l'école napolitaine,
du tems de la reine Jeanne , ont fourni au poète le sujet national
de la pièce. Le Journal encyclopédique de Naples, n» IX, 1820,
assure que les situations sont d'une grande vérité et d'un touchant
intérêt. 11 a donné aussi au thé.àtre une comédie , sous le titre éga-
lement curieux et piquant pour les Napolitains, de Gio-Battista Vico,
personnage principal de la pièce, ainsi que deux autres ouvrages
intitulés : Le Nozze in testamento et la Lettera anonima. Une
autre comédie était déjà préparée sous le titre de // vero Cittadinoe
ripocrita. Le sujet paraît avoir quelque rapport avec les derniers
événemens politiques du royaume de Naples.S'il est vrai que l'auteur
ait composé ces cinq pièces dans l'espace d'une année, on doit
craindre qu'elles ne se ressentent de cette extrême facilité, trop
souvent voisine de la négligence.
-^xi.K^.—W Académie des beaux-arts de cette ville a proposé les
sujets suivans pour le concours de iS22.—ï'>Archi(eclure.Vn édjfîce
6h6 EUROPE.
niaguifiquc, destine à rétablissement de la douane, dans une ville
capitale qui ne soit pas maritime. Prix : une médaille d'or de la
valeur de 60 sequins ; — 2° Peinture. Le départ d'Ovide pour son
exil, décrit dans la troisième élégie du i«' livre des Tristes. Prix : une
médaille d'or. de 120 sequins;— 5° Sculpture. La famille de Niobé,
pappée de flèches par Apollon et Diane; une médaille d'or de 4o seq.;
— 4° Gravure. Un sujet emprunté à un auteur estimé , qui n'ait pas
encore été gravé avec succîs; une médaille de 3o sequins;— 5° Z)e5sm
deJigure.Les obsèques de Patrocle, décrites parBLonière; une médaille
de So sequins ; — 6" Dessin d'ornement. Une lampe très-riche, de mé-
tal, pour être posée sur une table ; une médaille de 20 seq. . F. S.
TuHiR. — Nécrologie. — Pechcux. Un assez grand nombre de pro-
fesseurs .et d'amis des beaux-arts se sont réunis dans la maison de
M. Spalla, professeur de sculpture, pour entendre l'éloge du cheva-
lier Pëcheux, premier peintre du roi, lu par M. Monticoni, profes-
seur de dessin. L'on a arrêté que les honneurs funèbres lui seraient
rendus aux frais de la société , et qu'on élèverait un buste de marbre
à la mémoire de cet illustre artiste , qui, parmi ses titres de gloire ,
comptait l'honneur d'avoir eu pour élèves MM. Gérard, premier
peintre du roi de France, et Berger, premier peintre du roi des
Deux- Siciles.
TURQUIE.
CoKSTAKTiKOPLE. — Littérature turque. — H y a des imprifiicries à
Péra, à Scutari et à Dar-el-Kamar, au mont Liban. La première se
trouve dans le palais de l'ambassadeur de France à Constantinople ;
la seconde est sous la protection immédiate du gouvernement turc ;
la troisième est destinée à l'impression d'ouvrages chrétiens.
Voici. la liste des principaux ouvrages imprimés à Péra et à Scu-
tari, depuis l'année i~&2 : Les Annales de l'empire ottoman , de-
puis 1 700 Jusqu'à 1745; Sa/ni, Shakir et S^ubU'i; in-fol. , 1783;
les mêmes, depuis 1744 jusqu'à 1762 ; par Izzi , in-fol. , 1784 ; idem ,
depuis 1752 jusqu'à 1775; par Tas'if , in-fol. , iSo4; Traité de la
Castramélaiion ; trad. du franc. , de Lafite , «784; Traitédes Mines,
trad. /lu français , de Vauhan , 1787 ; idem , d'un auteur anonyme,
trad. d'une langue européenne ; Essai sur l'art militaire, trad. du
frauç. , de La file ; in-fol. , 17S7 ; Traités des mùnœuures pratiques ,
par M. Tr/^gz/f/; Constantinople, de l'i-mprimcilc de l'ambassadeur
EUllOrJi. 6A7
de France, avec le texte turc; in-S' , 1787 ; Traité sur les construc-
tions et les manœuvres des vaisseaux de guerre ; ibid. , in-4° « 1788 ;
Lehjet-el-lvghât, Dictionnaire turc , persan et arabe, par Mohammed
EsddEfendi', in-fol., 1795; Traité sur les fontaines et les sources
d'eau uife près de Constantinople , par Dervish Ilafid; in-12, 1797;
S'ubkahi S'ihjran , Vocabulaire arabe et turc ; m-8° , 1798 ; Tableau
des nouveaux rè:(lemens de l'empire ottoman, composés par Mah-
moud Efendi , ci-devant secrétaire de l'ambassade impériale près la
cour d'Angleterre , imprimé dans la nouvelle imprimerie du génie ,
sous la direction à.' Abdor-rahman Efendi, professeur de géométrie
et d'algèbre; Constantinople, in fol., 1798; Traduction turque du
Borkan Kat'ô , par Ah'med Aas'im ; in-fol. , 1 799 ; Commentaire sur
le Toh'feh de Vehhi, in-4'' , 1800 ; Traité sur les mines, par Hosein
Jiifky Terjiani; in-S", iSoo; Traité de géométrie, in-^», 1802 ; Tables
de logarithmes , in-S», de l'imprimerie de l'ambassadeur de France;
Table des distances pour les armes à feu, in-S». Traduction de la
géométrie de Bonneycaslle, par Hosein; in-4"'; idem, avec un Traité
de géométrie pratique, in-4 ° ; Traité de géométrie, par Imtih'anul
Mohendisin , Hosein lîijki ;in4°, 1S02; Tarif russe , -p^r Antoine
Fonlon; in-4'', 1802; Izharu'l Esrar. — Traité grammatical,
par Beregli. Le Izhar, par Zeïni-zadeh; diatribe de l'ingénieur
Mustafa sur l'état actuel du génie militaire et des sciences à Cons-
tantinople , imprimée dans la nouvelle typographie de Scutari ,
fondée par le 'sultan Sélini III; in-fol., i8o3. Traité sur la re-
ligion mahométane , par Bcrgeli; in-4'', i8o3. Un Atlas (copié
d'après Faven) , avec une explication des cartes ; in-fol. , i8o4. Sàu-
ru't es'-s'alat, livre de prières; in-12, i8o4. — Ferayidu'Efajid,
Traité de religion, par Ah'med Emin; in-4° , i8o5 ; idem, par
Zeini-Zadeh ; in^» , i8o5. El Borhan ; logique, par Ismail Efendi,
1806. Is'lah' u'I G hala'tat\ — dictionnaire des corruptions de la
langue arabe et autres langues parlées en Turquie , par Dervish Ha-
fid; in-4», ï8o6. iS'ct/: — Collection des traités élémentaires de gram-
maire, i8i8. Traité sur les règles du pèlerinage , 1818.— SherKul
âkayjdi'lazadyeyh. — Sur la grammaire et la méthaphysique , par
Jelalu'ddin eldiifani, 1817, Trois Traités de grammaire arabe >
1819.
«/*8 EUROPE.
ESPAGNE.
Législation. —Liberté de la presse. —La loi rendue par les Cortès con -
cernant la liberté de la presse estpeu connue en France,et nous croyons
que nos lecteurs en trouveront ici avec plaisir les principales dispo-
sitions, soif pour se former une idée des principes professés par les
législateurs d'Espagne , soit pour y chercher de nouvelles lumières
sur un droit dont l'exercice est du plus haut intérêt dans les gouver-
nemens représentatifs , et qui doit avoir une si grande influence sur
la civilisation du x\x^ siècle.
La loi contient 83 articles, et cela seul nous semble un motif pour
douter de sa perfection. L'Angleterre n'a aucune loi répressive
contre la liberté de la presse , et néanmoins les délits commis par
la voie de l'impression n'échappent pas plus que les autres auxchâ-
timens qu'ils méritent.
La liberté de la presse est un des principes fondamentaux de la
constitution espagnole. L'article 33 1 porte : « Tous les Espagnols ont
la liberté d'écrire , d'imprimer et de publier leurs idées politiques ,
sans être soumis à aucune censure ou approbation préalables , sauf
les restrictions et la responsabilité que les lois établiront. «
L'article i" de la loi du 12 novembre 1820 contient une noovelle
sanction de ce principe ; mais l'article second porte que les écrits
relatifs à l'interprétation des saintes écritures , ou aux dogmes de la
religion catholique, ne pourront être imprimés qu'avec l'autorisa-
tion de l'évèque. Celui-ci ne pourra la refuser qu'en produisant l'avis
d'un censeur choisi par lui-même ; et si, après avoir répondu aux
observations du censeur , l'auteur n'obtient pas le permis d' impri-
ma , il pourra porter plainte au comité de protection de la liberté de
la presse; institution dont on parlera plus bas.
Les délits prévus par la loi sont divisés en cinq classes; et les
écrits répréhensibles sont désignés par les mots de subversifs, sédi-
tieux , instigateurs, immoraux et diffamatoires : 1° ; dans \si pre-
mière classe, sont rangés les écrits qui tendent, directement ou
indirectement , au renversement de la religion catholique ou de la
Constitution du royaume ; 2° la seconde comprend tout ouvrage qui
contiendrait des maximes ou des doctrines dont le but serait d'exci-
icr à la révolte, et de fomenter des troubles; ô» à la troisième ap-
EUROPE. 6A9
particnncnt les écrits qui prêcheraient directement la désobéissance
aux lois et à l'autorité publique , ou qui tendraient indirectement au
même objet , par des satires et des invectives ; 4" I» quatrième
classe comprend les ouvrages obscènes; 5» la cinquième ^ enfin ,
tout écrit injurieux ou diffamatoire dirigé contre des particuliers.
La loi établit, pour les écrits subuersifs, les écrits séditieux et les
libelles diffamatoires , trois degrés de culpabilité , dont l'apprécia-
tion est remise aux jurés. Il n'y a que deux degrés de criminalité
pour les écrits instigateurs; savoir : l'instigation directe à la déso-
béissance , l'instigation indirecte , caractérisée par les satires et les
invectives. Le délit de la quatrième espèce , l'outrage aux mœurs,
n'est pas divisé en classes.
L'auteur d'un écrit qualifié Aa subversif on àc séditieux , aupre-
micr degré, subira six ans de détention (non dans la prison publique,
mais dans une maison d'arrêt particulière, qui sera désignée à cet
effet); la privation de ses emplois et honneurs, et le séquestre de
son temporel, s'il est ecclésiastique. Au second degré, la prison
est réduite à quatre ans; et à deux ans pour le troisième.
L'auteur d'un écrit instigateur, au premier degré , sera puni d'un
an de prison ; au second degré , il paiera une amende de 5o ducats
( 1 7>y fr. 5o c. ) , ou subira un mois de prison.
L'auteur d'un écrit obscène, ou contraire aux bonnes moeurs, sera
condamné à une amende de la valeur de i,5oo exemplaires de l'écrit
inculpé , ou à la prison pendant quatre mois.
Le délit d'injures , au premier degré , sera puni de trois mois de
prison et ùyS fr. d'amende ; au second degré , deux mois de prison
et 25ofr. d'amende; au troisième degré, un mois de prison et i25 f.
d'amende.
La récidive emportera , dans tous les cas , une peine double.
Les exemplaires non vendus de l'écrit condamné , seront confis-
qués parl'autorité.
L'imprimeur est responsable des écrits qui sortent de ses presses,
s'il ne représente pas un manuscrit signé de l'auteur, ou s'il ne donne
pas des renseignemens positifs sur le domicile de l'auteur ou de
l'éditeur.
Tout écrit doit porter les prénoms et nom de l'imprimeur, le
lieu et la date de l'impression , sous peine de iJj fr. 5o c, d'amende,
lois mCmc que l'ccnt serait dOclarc non coripablc.
650 EUROPE,
Celui qui vendra un écrit dont la saisie est ordonnée , paiera une
amende équivalant au prix.de mille exemplaires.
Tout individu peut dénoncer les écrits subuersij's et les écrits sé-
ditieux ; le ministère public provoque les poursuites contre les écrits
instigateurs et les écrits immoraux; quant aux écrits injurieux, c'est
à la personne offensée à demander justice. La dénonciation sera faite
devant l'alcade constilutionnel à\i chef-lieu de la province.
Deux membres de la municipalité et le secrétaire, réunis à l'al-
cade , tireront au sort neuf noms parmi ceux qui composent la liste
des jurés de l'année. Ces neuf jurés, appelés en vertu d'une ordon-
nance de l'alcade, prêteront- serment d'être juges impartiaux du
fait. Ils resteront seuls, liront l'écrit dénoncé, et déclareront s'il y
a ou non matière à accusation. Il faut au moins les deux tiers des
voix pour décider l'affirmative. Dans ce cas, l'alcade envoie au tri7
bunal de première instance la dénonciation , l'écrit et la déclaration
des jurés. Le juge ordonne alors la saisie des exemplaires. ;
Si l'écrit a été dénoncé cornme subversif, séditieux, ou instiga-
teur au premier degré, l'accusé sera mis en prison; dans les autres
cas, il pourra rester libre , en fournissant une caution suffisante.
Douze jurés, autres que les neuf dont on vient de faire mention ,
mais qui seront également désignés par le sort, formeront le jury de
jugement; leurs noms seront envoyés par l'alcade constitutionnel au
tribunal, et le juge les coramuniqueraj à son tour, au prévenu. Celui-
ci pourra, dans le délai de vingt-quatre heures, exercer , contre sept
d'entre eux , une récusation péremptoire , sans en donner les mo-
tifs; alors l'alcade tire au sort sept autres jurés, qui peuvent encore
être récusés comme les premiers; mais, dans ce cas, les sept nou-
veaux jurés désignés à leur place ne sont plus récusables.
Les débats sont publics ; l'accusateur et l'accusé ont toute la lati-
tude possible pour présenter leurs moyens, verbalement et par écrit.
Le président du tribunal fait son résumé, et les jurés se retirent
pour conférer entre eux. Leur avis formé, ils rentrent dans la salle
d'audience; leur déclaration est lue publiquement, et le tribunal
prononce ensuite le jugement définitif. Il faut au moins les deux
tiers des voix , pour que l'accusé soit déclaré coupable. Les jurés
doivent déterminer le degré de culpabilité ; s'ils ne le font pas , leur
silence est expliqué en, faveur de l'accusé , et le délit est considéi é
comme cl5nt du moindre degré.
EUROPE. 651
Lorsqu'il n'y a point de condamnation , l'écrit est rendu à Tac-
cuàé , qui est sur- le -champ mis en liberlù et déchargé de toute
caution.
Dans le cas où les juges de première instance penseraient que la
déclaration de culpabilité rendue par le jury est erronée , ils sont
autorisés à suspendre le prononcé du jugement déGnitif , et à de-
mander à l'alcade constitutionnel douze nouveaux jurés, autres que
ceux qui sont déjà intervenus dans l'affaire ; si la sentence de ces
derniers est en faveur de l'accusé , il est absous.
Lorsque l'écrit est déclaré coupable, l'accusé paie tous les frais
du procès ; et , dans ce cas , l'accusateur reçoit la somme qui lui re-
vient pour son travail.
Celui qui réimprimerait un ouvrage déclaré coupable , serait puni
de la peine portée par le premier jugement.
11 n'y a aucun privilège d'exemption de juridiction pour les délits
de la presse.
Dans le cas où le tribunal aurait mal appliqué la loi, on peut ap-
peler devant la cour du district; il en serait de même si les forma-
lités prescrites par la loi n'avaient pas été observées ; mais , dans ce
dernier cas , la cour ne doit s'occuper que de ce manque de for-
malités, sans prendre aucune connaissance du fond de l'accusation.
La liste des juréssera formée, chaque année , par la municipahté
du chef-lieu de chaque province ; leur nombre sera triple de celui des
membres de la municipalité. On ne peut y comprendre les citoyens
qui exercent quelque juridiction, soit civile, soit ecclésiastique :
tels que le chef politique, l'intendant, le commandant militaire
de la province , les ministres, les employés des ministères, les con-
seillers d'état et les personnes attachées au service de la famille
royale. Les autres citoyens qui seront désignés ne pourront s'exemp-
ter de cette fonction que dans le cas d'un empêchement physique
ou moral. Ceux qui ne se rendraient pas à l'appel de l'alcade seront
punis d'une amende de 5o fr. pour les deux premières fois , et de
loo fr. pour la troisième.
On a créé, par la même loi, quatre comités de proteclion de la
liberlé de la presse , composés de sept membres , que les Cortès
éliront au commencement de chaque législature , et qui seront réé-
ligibles. Ces comités résideront ; savoir ; le premier à Madrid, pour
la péninsule et les îles adjacentes; le second, au 3Iexique , pour
652 EUROPE.
toutc-s les provinces de l'Amérique Seplentiionalc ; le troisième, à
Lima, pour celles de l'Amérique Méridionale; et le quatrième, à
Manille, pour les îles Piiilippines. Les fonctions de ces comités
sont : i" de souincllrc aux Cortès, en y joignant leur avis, tous les
doutes que les autorités des provinces auront présentés sur l'exécu-
tion de la loi , et les cas extraordinaires qui arriveront ; a° de com-
muniquer aux Cortès toutes les réclamations qui leur seront adres-
sées par les auteurs et les éditeurs ; 5» de faire part à cette assemblée
de leurs propres observations et des moyens que l'expérience leur
aura suggérés pour triompher des obstacles qui pourraient encore
s'opposer à la jouissance de la liberté de la presse ; 4° d'examiner
les listes de tous les procès relatifs à la liberté de la presse , dont les
autorités de province sont tenues de faire l'envoi; 5» de publier,
dans la Gazette officiciJe, leJ'jugemens qui seront rendu» dans cette
matière.
Cette loi pourrait être l'objet d'un assez grand nombre d'observa-
tions critiques. Je me borne à une seule : c'est qu'il me paraît im-
possible que, dans l'état où se trouve aujourd'hui l'instruction pu-
blique en Espagne , on trouve, dans chaque chef-lieu de province,
un nombre suffisant de personnes instruites pour remplir le vœu de
la loi. En effet, l'exécution de toutes ses dispositions peut exiger
jusqu'à quarante-sept jurés , pour une seule affaire ; et les hommes en
place, qui ont précisément en leur faveur la présomption de l'ins-
truction nécessaire pour bien remplir de telles fonctions , ne sont pas
susceptibles d'être désignés. Qui donc remplira les fonctions de
jurés dans des affaires aussi délicates? trois ou quatre avocats, et
tous les autres seront des prêtres et des moines. Et quels prêtres !
quels moines! 11 est malheureusement trop petit, le nombre de
ceux qui ne confondent pas la religion avec les prétentions du clergé,
et les saintes doctrines de l'église avec les abus qu'on y a mêlés.
Ainsi , par exemple, un savant écrivain emploiera une ou plusieurs
années à composer un traité concernant la discipline, et il sera jugé ,
sur une seule et très-rapide lecture, par des hommes qui ignorent
peut-être jusqu'aux premiers élémens du sujet sur lequel ils doi-
vent prononcer I
Je crois que , provisoirement, le comité de la protection de la li-
berté de la presse devrait être juge en dernier ressort, parce que, sié-
geant à Madrid , il pourrait toujours être composé de sept hommes
choisis parmi les plus instruits». J. A. Lloeenie.
EUROPE. 653
Madbid. — Beaux arls .^ \u mois de mai de celle année, on a ex-
posé les pièces du concours ouvert l'anntie dernière par l'y/cadémie
des beaux-arts ou de San Fernando , pour le plan d'un monument
national, ayant pour but d'éterniser la journée du 9 juillet 1820, où le
roi prêta serment à la constitution. ( Iqy. T. IX, p. 194.).
— La municipalité de Madrid a publié le programme pour un autre
concours; il s'agit d'un monument en l'honneur des victimes de la
journée du 2 mai i8o8. Le prix sera une médaille d'or du poids de
six onces, D. — c.
PAYS-BAS.
Amstehdam. — Canal. — On continue de travailler avec beaucoup
d'activité au grand canal de la Hollande septentrionale ; il a douze
milles de longueur et vingt-cinq pieds de profondeur , et doit être
navigable pour les vaisseaux de la compagnie des Indes, depuis le
Ilelder et le grand port de Ilet Nievve Diep jusque dans le Het Y
devant Amsterdam. Ce travail fait le plus grand honneur à l'inspec-
teur général Blanken ; c'est en effet une grande entreprise que de
pratiquer un canal d'une aussi grande étendue dans un terrain ma-
récageux , formé en quelque sorte de tourbes flottantes sous une
couche de terre glaise d'un pied de profondeur, et d'y faire construire
des écluses massives dont chacune doit coûter plus de 3oo,ooo florins.
Un grand nombre de bûtimens doivent être employés tous les jours
à enlever la tourbe , ainsi que la terre marécageuse, que l'on ne peut
jeter sur les bords du canal , parce que cette masse molle serait
bientôt enfoncée par son propre poids. Les travaux coûteront plu-
sieurs millions ; le commerce d'Amsterdam , pour lequel ce canal
est de la plus grande importance, y contribue pour un million de
florins de Hollande ; on en a déjà fait une partie , ainsi que la pre-
mière grande écluse , à l'entrée du canal , vis-à-vis Amsterdam.
MiDDBLBOuRG. — L' Académie Zélandaisedes sciences {Voj.'Ï.Vlll,
p. i35) a tenu, le 25 avril 1821 , son assemblée générale au musée
de cette ville. Elle s'est d'abord occupée des mémoires envoyés en
réponse aux questions proposées en 1818 : \° sur les corps de métiers ;
2° sur l'autorité des lois de 3Ioïse dans une société de chrétiens.
L'académie a reçu quatre mémoires relatifs à la première question ;
elle a adjugé le prix à celui qui porte pour épigraphe : Vis unita
fortior^ dont l'auteur est M. II, N. Tydem am , professeur de droit dans
65A EUR0P1-.
VunivcrsUè de IjCjcle, membre de la seconde clu^se de l'Inslitul rojal
dos Pays-Bas et de V Académie Zélandaiie des sciences. Sur la se-
conde question, l'académie a reçu deux mémoires portant pour épi-
graphe, l'un : Gj' zit nietonderde Jf^et enz ; l'autre : Zoo wic dezelue
zal gedaan en geleerd, ebben euz. Ces deux pièces n'ayant pas été
jugées dignes du prix , la question a été' remise au concours dans les
termes suivans : Quelle autorité confient- il d'attribuer aux lois di-
vines données par Moïse au psiip'e d'Israël, pour la décision de ce
qui est moralement bon ou mauvais , juste ou injuste dans une so-
ciété de chrétiens? Les mémoires doivent être parvenus le 1"=' avril 1822.
L'académie n'ayant point reçu de réponse aux questions: 1° sur les
jyaratonnerres; 2''sur la situation géographique de la Zêlande; 3" sur
la situation géographique de la Flandre , la première a été retirée ,
et lesdeuxautres sont remises au concours pour le premier avril 1S25.
On trouve ces questions détaillées dans le programme de 1818. Elle n'a
pas non plus reçu de réponse aux questions concernant : 1.» V his-
toire de la ville de Flessingue ; 2" les différentes espèces de mollusques
connues dans nos contrées. Celte dernière question a été retirée; la
première reste au concours jusqu'au 1=' avril 1825. Le programme de
1818 en lait connaître les conditions.
L'académie espère recevoir les mémoires demandés dans son
programme de 1819 , et qui sont : 1° un manuel à l'usage de tous
ceux à qui l'inspection et la surveillance des ouvrages hydrau-
liques sont confiées dans les diverses administrations des digues
(avant le 1" avril 1S22) ; 2° une notice sur toutes les académies , so-
ciétés ou établissemens scientifiques , consacrés aux progrès des lu-
mières et de la civilisation , qui ont existé autrefois et existent encore
dans le royaume des Pays-Bas (avant le 1*' avril i823) ; 3» Vnecon-
imuation de L'ouvrage de De la JXvb^ intitulé Geletterd Zeeland
(avant le 1^' aril 1824).
Enfin , l'académie a mis au concours une autre question dont voici
l'objet : La province de Liège possède une riche mine de calamine, et,
dans la fonderie de Liére , on se sert du zinc pour fabriquer des vases
destinés à différens usfiges, ainsi que des ustensiles de cuisine soit
pour apprêter des viandes, soit pour conserver des liquides. On y
confectionne aussi des feuilles de zinc pour doubler les vaisseaux ,
garnir les toits , fabriquer des conduits, des gouttières, des tuyaux
do pompe, etc. Cependant, unç commission faisant partie de la classe,
EUROPE. 655
des sciences physiques et mathématiques de l'Institut de France, a
montré, dans un rapport fait le i5 mars i8i3, que l'usage d'usttn-
siles de zinc pour apprêter des viandes pouvait n'être pas sans danger
pour la santé; de son cùté, le ci-devant propriétaire de la mine et
fonderie s'est elTorcé de réfuter, dans un mémoire étendu, l'opinion
de cette commission, et il a donné, à l'appui de ses raisonnemens, di-
verses expériences faites à cette occasion. En conséquence , l'aca-
démie demande : i° si l'on peut, en toute circonstance, sans le
moindre danger, faire usage des ustensiles de zinc pour apprêter des
viandes ; 2° sous quels rapports le zinc , bien employé, et toutes choses
égales, mérite-t-il laprèfèrenco sur d autres métaux dont on se sert
actuellement pour doubler les vaisseaux , garnir les toits, et pour
tous les usages mentionnés ci-dessus? Pour ce qui regarde la pre-
mière partie de la question , l'académie demande une discussion
exacte et impartiale du contenu du mémoire sus-mentionné et des
faits qui y sont rapportés, et elle désire que l'opinion qui sera émise
par l'auteur soit appuyée d'expériences faites par lui-môme. Quant à
la seconde partie , il faudra avoir égard aux données que l'expérience
a fournies jusqu'ici , et surtout à la solidité et au prix des différens
métaux, pour en déduire des résultats comparatifs. Le prix est une
médaille d'or de trente ducats, ou sa valeur en argent. Les mémoires
seront reçus jusqu'au 1" avril iSaJ. Les réponses écrites en VjoZ/rt'z-
dais, en latin ou enfonçais doivent être envoyées à M. J. de K akter,
secrétaire de l'académie à Middeliourg.
FRANCE.
Gironde.— Bordeaux.— 7>/Msée d'histoire naturelle.— U. le baron
Milius, commandant pour le Roi à Bourbon, ayant obtenu son
rappel , vient , en rentrant dans sa patrie , d'ajouter de nouvelles
richesses à celles que possédait déjà le musée de Bordeaux. Une
suite intéressante des produits volcaniques de Bourbon ; des madré-
pores et des lithophytes de la mer Rouge ; différens poissons de
l'Océan indien , des oiseaux , des coquillages , des vers à soie d'une
espèce qui ne nous était pas connue; quelques quadrupèdes; un
échantillon de tous les bois qui croissent à Bourbon; beaucoup
d'autres objets d'histoire naturelle , dont le détail nous entraîaerait
trop loin : tels sont les nouveaux trésors que Je musée de Bordeaux
656 EUROPE.
doit à M. Milius , qui apporte en outre un grand nombre de plantes
curieuses, utiles ou rares.
A ces productions de la nature dans les trois règnes, M. Milius a
joint, avec la même générosité , divers produits de l'industrie in-
dienne. Un modèle des pirogues d'Otaïti ; un modèle des bateaux
d'Anjuan , avec leurs câbles d'herbe et d'écorce ; divers instrumens
de musique, usités chez les peuples de Madagascar; un métier de
tisserand du même pays , métier si simple , nous avons failli dire ,
si grossier, qu'il appartient à l'enfance de l'art, tandis que la toile
qui en provient est si fine , qu'on la croirait fabriquée par le plus
habile ouvrier. Ces jolis tissus sont en feuilles de raphia.
— Pont de Louis XVIIl- — Le aS août , la dernière arche de ce
beau nionument a été fermée , avec la plus grande solennité, par le
préfet du département , en présence des autorités civiles et mili-
taires de Bordeaux. II a fallu tout le talent et toute l'activité de
MM. Deschamps, directeur des travaux, etBillaudel, ingénieur,
pour amener à cette époque les constructions au degré d'achève-
ment nécessaire. Nous avons donné (T. X, pag. 454)? des détails
suffisans sur ce nouveau titre de gloire des ingénieurs français.
Deux médailles ont été frappées à cette occasion et mises par le
préfet dans une boîte de plomb. L'une offre l'image du Roi , et , au
revers, la vue d'une partie du pont, sur lequel s'élève une figure
. colossale de Neptune; au-dessous est la nymphe de la Garonne.
L'inscription porte : Garumna primiim ad Burdigalam suhacta.
La deuxième médaille offre aussi, d'un côté , la figure du Roi , et ,
de l'autre , l'inscription d'usage.
Lahdes. — Saint-Seveh. — Nouueau pont. — L'inauguration du pont
de cette ville , appelé pont de Louis XVIII , a eu lieu le 25 août ;
immédiatement après, le passage a été ouvert au public.
MAmE-ET-LoiKE. — Angers. — Enseignement mutuel. — Le ministre
de l'intérieur vient d'accorder à la société , formée dans cette ville
pour l'encouragement de l'enseignement mutuel, une somme
de 8,ooo fr. pour acheter le bâtiment dans lequel l'école est établie,
— Moselle. — Suivant le journal de ce département, trois cent
soixante-quinze élèves fréquentent maintenant les écoles de Metz ;
la dépense annuelle est de 6,ooo fr. ; celle de l'instruction d'un
enfant ne revient ainsi qu'à i6 fr. par an, ou i fr. 55 cent, par ,
EUROPE. 657
mois ; et si l'on considère que les enfans sont dispensés de toute
espèce de dépense pour achat de livres, papier, encre, plumes , etc.,
que le tems de l'étude est abrégé d'une année au moins ; que les
jeunes filles emportent de l'école , non seulement le genre d'instruc-
tion commun aux deux sexes, mais encore assez d'habileté dans
les ouvrages à l'aiguille pour gagner leur vie ; si l'on remarque , de
plus , que cent jeunes garçons et cinquante jeunes filles pour-
raient encore être admis dans les écoles , sans qu'il en résultât au-
cune augmentation de dépenses , on reconnaîtra que jamais méthode
d'enieignement ne fut plus économique.
IsÈBB. — Gresoble. — Sculpture. — Monument en l'honneur de
Bayard. — Le conseil général de ce département a reconnu qu'il lui
appartenait de provoquer l'érection d'une statue en l'honneur du
Chevalier sans peur et sans reproche ; il a joint à l'expression de
son vœu le don d'une somme de 20,000 francs. La ville de Grenoble,
imitant cet exemple, consacre une somme à la même destination.
Enfin, le ministre de l'intérieur a promis les marbres nécessaires.
On espère que cette impulsion ne s'arrêtera pas aux limites du dé-
partement de l'Isère, et que tous les Français, jaloux de la gloire
de leur pays, voudront contribuer à honorer la mémoire de Bayard,
comme ils l'ont fait pour Duguesclin , Turenne , Fénélon et Males-
herbes. M. Raggi, sculpteur distingué , auquel on doit déjà la belle
statue pédestre de Henri IV, exécutée pour M. Digeon , a été
chargé du monument. Le héros sera représenté au moment où ,
frappé d'un coup mortel, il vient d'être descendu de cheval. Appuyé
contre un tronc d'arbre , il adresse au ciel sa dernière prière , et
H regarde le pommeau de son épée, qui lui tient lieu de crucifix.
La statue aura dix pieds de hauteur; le piédestal sera orné de deux
bas-reliefs, représentant: l'un, Bayard refusant la rançon d'une
jeune prisonnière, et l'autre, son entrée dans Milan.
SOCIÉTÉS SAVANTES ET d'ctILITÉ PtBLIQUE.
Amiens. [Sjmme.) — \j' Académie des sciences , agriculture , coru'
TTierce, belles-lettres et arts (séance du 26 août) avait proposé, pour
sujet du prix de poésie, V Amour de la patrie. {Voy. T. VIII ,
pag. 201.) Elle a adjugé le prix à l'épître, quia pour épigraphe :
JPatria^ dulce nomen! et dont l'auteur est M. de Baugy. Elle a ac-
cordé Vaccessit à une ode de M. Creton , avocat à la cour royale
Tome xi. '*2
658 ELUOPE.
d'Amiens, ayant pour épigraphe : O patria! et une mcàlion iiono-
rable à un dithyrambe, dont l'épigraphe est: Vincet amor patriœ.
— L'académie propose , pour sujet du prix de poésie de l'année pro-
chaine , le don de la Charte; et pour sujet du prix de prose :
Exposer l'état de l'agriculture dans le département de la Somme ,
avant la révolution; démontrer si elle est aujourd'hui plus ou
moins florissante ; assigner les causes de ses progrès ou de sa dé-
cadence; [indiquer les noyens a'accroitre lés uns, ou de remédier
à l'autre. Chaque prix sera une médaille d'or; le concours sera fermé
le i5 juillet 1822. Dans cette même séance, l'académie a nommé
membre titulaire M. Liadières, capitaine du génie, auteur de Con-
radin et Frédéric, et de Jean sans peur, tragédies jouées avec un
grand succès au second Théâtre Français. ( Kay. ci-après , l'article
Paris. — Théâtres.)
Cambhii. ( Nord. ) — La Société d'émulation a tenu sa séance
publique annuelle, le 16 juillet. Les lectures ont eu lieu dans
l'ordre suivant : i" Discours d'ouverture, par M. Béthune-Houriez,
président; — 1° Exposé des travaux de la Société, depuis sa dernière
séance publique, par M. Le Glay, D. M., secrétaire perpétuel ; —
5° Rapport sur le concours de poésie, par M. Lussiez; — 4° ia
Vie champêtre , ode imitée de l'italien de Parini , par M. Pascal
Lacroix, vice - président ; — 5° le Tombeau du roi Stanislas à
Nancy (extrait d'un voyage en Lorraine ) , par M. F. Delcroix ,
secrétaire annuel; — 6» Elégie, par M. Lussiez; — 7° sur les Spar-
tiates modernes; traduction de l'anglais de M. Galt, par M. Vabbé
Servois ;—8° Epître à MM. ***, poètes et paresseux, par M. Aimé
Dupont ; — 9" Notice sur Pierre de Franqueville , né à Cambrai ,
premier sculpteur des rois Henri IV et Louis XIII , ouvrage cou-
ronné par la Société. Il n'y a point eu de prix, cette année, pour la
poésie et pour l'éloquence. Les deux primes , pour l'amélioration
des bestiaux dans l'arrondissement de Cambrai, ont été décernées
à MM. Gauthier, de Crèvecœur, et Defontaine, de la Neuville-Saint-
Remy. —M. Coquin-Devillers , o*S\c\itx Aa santé à Gouzeaucourt ,
a obtenu une médaille, à titre d'encouragement, pour un mémoire
sur la topographie médicale de quelques communes du canton de
Marcoing.
Deux mémoires étaient parvenus à la société , en réponse aux
questions qu'elle avait proposées sur l'histoire locale et les antiqni-
ELROPi:. (5à9
les. L'un avait pour titre : Essai sur les monnaies frappées dans
le Cambrés is et sur les médailles dont cette province a été l'objet.
L'auteur qui, fort jeune encore, se livre avec succès aux recherche*
numismatiques, est M. Auguste Trihou , de Cambrai. Un prix de la
▼aleur de cent cinquante francs lui a été décerné.
La palme la plus brillante des concours de cette année , consis-
tant en une urne d'argent du prix de deux cents francs, a été rem-
portée par M. Duihillœul , de Douai , auteur du second mémoire,
qui est un éloge historique de Pierre de Franqueuille , sculpteur
célèbre , né à Cambrai. En couronnant l'ouvrage , la Société a
.décidé qu'elle inviterait l'autorité municipale à donner le nom de
Franquefille à l'une des rues de Cambrai.
— Sujets mis au concours pour l'année 1822 : 1° la Topographie
médicale dune ou de plusieurs communes de l'arrondissement de Cam-
brai; -^"î" Antiquités-, histoire locale. La société couronnera le meilleur
Mémoire sur unpoint quelconque de l'archéologie de l'arrondissement
de Cambrai ;— "h" Eloge de François Vanderburch , mort archevêque
.de Cambrai , en i644 ; — 4° une ode ou un poème sur la bataille
deDenain. (Sujetdéjà proposé l'année dernière et remis au concours.)
Les ouvrages des concurrens devront être envoyés à M. Le Glay,
,D. M. , secrétaire perpétuelle de la société, avant le i5 juin 1822.
Lyon. {Rhône.) ■ — L'Académie des sciences et belles-lettres de
cette ville a tenu sa séance publique le 4 septembre. On y a lu
d'abord le compte rendu de ses travaux , pendant le dernier se-
mestre de 1820 et le premier semestre de 182» ; puis, le rapport
d'une commission chargée de l'examen des ouvrages envoyés au
concours. Des divers sujets proposés par l'académie, celui qui con-
cernait r administration des hôpitaux, est le seul pour lequel il y
ait eu des concurrens; l'académie a décerne une médaille d'or à
l'un des auteurs , et une mention honorable à un autre. On a ter-
miné la séance, en faisant connaître les encouragemens accordés
,par l'académie à l'auteur d'une mécanique dont l'objet est de per-
.fectionner les métiers propres à la fabrication des étoffes de soie.
Marseille {Bouches- du -Rhône). — Académie des sciences,
•belles- lettres de Marseille. — Depuis long-tems , cette société n'avait
.eu de séance aussi intéressante que celle du 26 août dernier , prési-
: dée par M. Réguis. Elle a été , en partie , consacrée à la réception de
M. Grange, jeune écrivain qui avait déjà obtenu d'honorable* dis-
A2*
660^ EUROPE.
tioctions dans les concours académiques d« Marseille et de Lyon,
et qui vient de remporter l'accessit pour l'éloge de Vauvenargues
à l'académie d'Aix. La séance a été terminée par des lectures va-
riées , où la poésie et l'éloquence ont tour à tour fixé l'attention de
l'assemblée.
Nantes { Loire- Inférieure'). — La Société académique de cette
ville , qui avait remis trois fois au concours V éloge d' Abeilard , vient
enfin de décerner le prix à M. Frion. Ce morceau d'éloquence est,
dit-on, remarquable par l'éclat du style, la sagesse des idées, et
surtout pas le soin que l'auteur a pris de venger d'un injuste oubli
les ouvrages d'un bomme plus connu par ses infortunes amoureuses
que par ses travaux littéraires.
KoDEN (^Seine-Inférieure^. — Société libre d'émulation. — L'exis-
tence de cette société date des premières années de la révolution ;
elle fut fondée par quelques hommes estimables et instruits , qui
s'occupèrent d'abord des arts industriels, et prouvèrent ensuite
qu'ils n'étaient pas moins propres à cultiver les sciences et les lettres-:
leurs successeurs, animés du même esprit, tendent au même but.
Dans sa séance annuelle du 9 juin , cette société a distribué les
prix suivans : i^à M. Collin, ouvrier tisserand, demeurant à Rouen,
pour la découverte et l'emploi de divers moyens propres à diminuer,
dans certains cas , la fatigue de l'ouvrier , et à abréger le travail , en
empêchant le fil de se casser aussi souvent; 1" à M. Le Grip fils, fabri-
cant de faïence, pour la confection du minium de bonne qualité , à
un prix inférieur à celui de Paris et de l'étranger; 3" à MM. Désé-
rignjy et Gamier, pour l'avantage qu'ils ont procuré aux raffineries
de ce département, en mettant à leur portée une fabrique de char-
bon animal, si utile à la clarification.
Les noms de MM. Talon, Lecojfre, Nourrit, Lecomte, Picard, Char-
don et Hallej ont été mentionnés honorablement pour divers autres
procédés industriels, parmi lesquels on cite des rouleaux de pression,
un perfectionnement dans le mouvement des cardes , une liqueur ,
un enduit et un mortier propres à suppléer aux précieux procédés
qui donnaient tant de solidité aux constructions antiques. Un prix
de 5oo fr. sera décerné , dans la séance du 9 juin 1822 , à l'inventeur
du meilleur procédé/jour la préparation du lin et du chanvre, sans
rouissage. ( Nous rendrons compte du Recueil publié par cette
société. ) B. c.
EUROPE. 661
TouLOusK ( Haute Garonne). — Académie des sciences , inscrip-
iionset belles-lettres. — Cette académie avait proposé , pour le sujet
d'un prix de 5oo francs qu'elle devait adjuger en 1821 , les questions
suivantes : 1° Faire connaître les circonstances particulières que la
stratification de chaque sorte de masse minérale peut présenter ,
tant sous le rapport de lajorme des couches que sous celui de leur
direction et de leur inclinaison ; 2° déterminer les lois , soit géné-
rales , soit particulières , auxquelles la stratification des masses mi-
nérales peut être soumise. Celte détermination doit être basée sur
des faits positifs et bien constatés. L'académie , n'ayant point reçu
de mémoires sur ce sujet , le retire du concours. Elle continue ,
comme objet d'un prix extraordinaire de la valeur de 5oo francs,
pour être donné en 1822 , la question suivante : Quels sont les mo-
numens historiques , littéraires et scientifiques qui, depuis dix-huit
siècles , ont fait donner à Toulouse le surnom de Palladienne. Elle
continue encore, pour sujet du prix ordinaire en 1822, les ques-
tions suivantes : i" Déterminer Vétat politique , ciuil et religieux de
la Gaule, avant Ventrée des Romains dans cette partie de l'Europe',
3." fixer, d'après les auteurs et les monumens, les connaissances
que les Gaulois avaient déjà acquises dans les sciences et dans les
arts- Le prix sera une médaille d'or de la valeur de 5oo francs.
Elle propose , comme sujet du prix à donner en i825, une Théorie
physico-mathématique des pompes aspirantes et foulantes , faisant
connaître le rapport entre la force motrice employée et la quantité
d'eau réellement élevée , en ayant égard à tous les obstacles que la
force peut avoir à vaincre, tels que le poids et l'inertie de la colonne
d'eau élevée, son frottement contre les parois des tuyaux, son
étranglement en passant par les ouvertures des soupapes , le poids
et le frottement des pistons, le poids des clapets ou soupapes,
l'inégalité entre la surface supérieure et la surface inférieure de ces
clapets au moment où la pression va les ouvrir, etc. Cette théorie
doit être basée sur des expériences positives , et les formules qui en
seront déduites doivent être faciles à employer dans la pratique. Le
prix sera une médaille d'or de la valeur de 5oo francs. Enfin , l'aca-
démie propose, pour sujet du prix à donner en 1824 , et qui con-
eistexa en une médaille d'or de la valeur de 5oo francs , les questions
suivantes : 1" Déterminer par des observations comparatives les cas
où l'emploi des sels à base de quinine est aussi avantageux que
celui du quinquina ; 2° désis^ner les cas où il mérite la préférence.
662 EtjROPE.
Les savans de tous les pays sont invités à travailler mr les sujets
proposés. Les ouvrages doivent être écrits en français ou en latin , et
adressés à M. d'Aubuisson de Voisins, correspondant de l'Institut,
secrétaire perpétuel de l'académie. Les mémoires seront reçus
seulement jusqu'au i" mai de chacune des années pour lesquelles
le concours est ouvert. L'académie , qui ne prescrit aucun svstème ,
déclare qu'elle n'entend pas adopter tous les principes des ouvrages
qu'elle couronnera.
— ' La Société d'agriculture de Toulouse , convaincue ' que la
charrue de ce département est encore susceptible de perfection-
nement , malgré les améliorations exécutées par le sieur Bellaual,
auquel il a été décerné un prix d'encouragement, proroge à
l'an 182a le sujet proposé l'an dernier et les années précédentes :
elle offre, en conséquence , une médaille d'or de la valeur de 5oo fr.
à celui qui présentera la charrue perfectionnée , de manière à tra-
vailler la terre à une profondeur de dix pouces, sans autre secours
que la force d'une paire de boeufs ou de chevaux. Le société appelle
particulièrement l'attention des concurrens sur les principaux élé-
mcns de notre charrue ordinaire , le contre et le soc ; elle les invite
à exposer les modifications qu'il conviendrait de leur faire subir.
Le coutre, dont la destination est de fendre la terre, doit-il être
placé dans le plan vertical de l'arête du soc? sa pointe doit-elle
être placée immédiatement au-dessus de celle du soc, et dans
la même direction , pour éviter la résistance qu'on éprouve en
pure perte , quand on l'incline aussi du côté opposé au versoir ?
Le xoc ne pourrait -il pas être établi en fer de fonte et à aile simple
du côté du versoir? L'aile double paraît inutile à la charrue qui n'a
qu'un versoir. Les concurrens devront adresser à la société, avec
leurs mémoires descriptifs , une charrue dans les dimensions qu'ils
auront déterminées pour son perfectionnement ; le prix de cons-
truction sera remboursé en sus de la médaille.
La société distribuera annuellement des médailles d'encourage-
ment aux maîtres-valets des quatre arrondissemens et des cinq dé-
partemens limitrophes, qui auront le mieux rempli les conditions
ci-après : les concurrens devront remettre un certificat signé du
propriétaire, et visé par le maire de la corumune ; ce certificat
portera : 1° que le maître-valet demeure depuis dix ans au moins
dans le domaine ; a" qu'il est de bonnes mœurs ; que sa probité
tst à toute épreuve ; ô" qu'il est bien soigneux de ses bestiaux:
EUROPE. 66S
qu'il ne ]n» maltraite point; 4" qu'il est économe de fourrage; qu'il
ne néglige riea pour les conserver, notamment les crêtes et les
tiges du maïs; 5° qu'il dirige avec intelligence la construction des
pailliers , et qu'il n'est pas sujet à avoir une partie de la paille pour-
rie dans l'hiver; 6° qu'il laboure bien, et se distingue par sa dili-
gence à l'aire donner les différentes façons aux terres ; qu'il monte
bien une charrue , et en ajuste toutes les pièces de manière à ce
qu'elle laboure convenablement la terre, sans trop fatiguer les bœufs;
7° qu'il est adroit à faire écouler l'eau des champs, par le moyen
des saignées et des égouts; 7° qu'il a soin de récurer les étables , et
qu'il ne laisse point brûler les fumiers par le soleil, mais qu'il les
recouvre de terre, après les avoir arrangés sur le tas , chaque semaine
au moins.» Les mémoires et lettres doivent être adressés à M. Marqué
f'iclor, secrétaire perpétuel de la société, à Toulouse.
iTtsmvT. — /académie des sciences. — Août 1821. — Séance du 6.
— M. Geoffroy-Saint-Hilaire , rappelant à l'académie le vœu qu'elle
manifesta pour que le gouvernement fît demander des gymnotes
électriques en Amérique, informe l'assemblée qu'un de ces poissons
est récemment arrivé vivant et bien portant au Jardin du Roi. Une
commission , composée de MM. Arago, Cuvier, de Humboldt, Gay-
Lussac et Geoffroy-Saint-Hilaire , est chargée de suivre les expé-
riences auxquelles on doit soumettre ce poisson. — M. Garros adresse
un traité manuscrit sur les propriétés d'épuratoires du charbon de
bris. (Commissaires, MM. Berthollet , Vauquelin , Thénard et Gi-
rard. ) — On dépose un mémoire de M. Denaux , ingénieur de la
marine , sur un instrument propre à mesurer le sillage des vais-
seaux , et qu'il nomme dromographe. ( Commissaires , MM. de
Rossel et Fourrier.) — M. Geoffroy-Saint-Hilaire lit un mémoire sur
les organes de la déglutition et du goût chez les perroquets nucro-
glosses ou aras indiens. — M. Henri , ingénieur des ponts et
chaussées, lit un mémoire sur le projet d'une nouuelle machine
hydraulique, ayant pour objet le passage des bateaux. (Commis-
saires , MM. de Prony, Girard et Cauchy.) — M. de Férussac con-
tinue la lecture de son mémoire sur les couches supérieures delà
craie. (Commissaires , MM. Latnarck , Cuvier, Bosc et Brongniart.)
66A EUROPE.
— M. Sarlandière présente un myrle qui a été élevé par M. La-
vallée, cultivateur d'Abbeville, de manière à représenter un vase ,
au moyen de ses branches multipliées et disposées symétriquement.
(MM. de Jussieu et Dupetit-Tbouars, commissaires.)
— Du i3 août. — M. Hyde de Neuville transmet un ouvrage de
M. Jobn-Qulncy-Adams, secrétaire d'état des États-Unis et président
de la société américaine, ayant pour titre : Rapport sur les poids
et mesures , en exécution d'une résolution du sénat , en date du
3 mars 1817 (M. Delambre, un compte verbal). Le nomdeM.Adams
sera inscrit parmi ceux des savans qui désirent le titre de correspon-
dant de l'académie. — On lit un extrait d'un journal allemand ,
envoyé par M. Gauss, et traduit par M. Burckhardt. On y voit que
M. Gauss a imaginé de faire réfléchir par un miroir la lumière du
soleil , sur un signal terrestre , pour le rendre visible à une grande
distance. Dans l'expérience qui en a été faite, les stations étaient
éloignées de 85 ,000 mètres; le miroir avait deux pouces sur un
pouce un quart, et la lumière réfléchie se voyait parfaitement. —
Au norj d'une commission , M. Latreille lit un rapport sur le mé-
moire de M. Virey, relatif à une nouvelle espèce de cochenille qui
J'ait périr les rosiers; les conclusions de ce rapport, toutes favorables
au travail de M. Virey, sont approuvées par l'académie. — M.Cuvier
lit un mémoire intitulé : Ossemens de fossiles analogues aux tapirs.
— M. Mongez lit un mémoire sur l'art monétaire des anciens et des
modernes.
— Du ao. — M. Lassis présente un mémoire sur les véritables
causes des maladies èpidémiques , etc. ( MM. Portai et Duméril ,
commissaires.)— Au nom d'une commission, formée deMM.Prony,
Gay-Lussac et Girard , celui-ci lit un rapport très-important sur la
nouvelle machine à vapeur de Mannoury-Dectol, exécutée depuis
quelque tems pour le service des abattoirs de Grenelle ; en voici
les conclusions ; « Nous pensons que l'appareil à vapeur , qui fait
l'objet de ce rapport, est très-propre à confirmer l'opinion avanta-
geuse que les diverses machines imaginées par M. Mannoury Dectot
ont déjà donnée de ses connaissances, de son génie inventif et de
sa sagacité, et qu'en conséquence cet appareil , dont une expérience
de deux ans atteste le bon emploi , est tout-à-fait digne de l'appro-
bation de l'académie. » L'académie approuve le rapport et arrête
qu'il sera imprimé dans ses mémoires. — M. jLatreillc lil uu mé-
EUROPE. 665
moire intitulé : Eclairdssemens relatifa à l'opinion de M, Huber
fils , sur l'origine et l'issue extérieure de la cire. — La section de
médecine présente les candidats suivans pour la place de correspon-
dant , vacante dans son sein par la mort de M. Grégory ; ce sont
MM. Baillie , Barbier, Maunoir, Fodéré et Lautb.
— Du 27.— On lit une lettre de M. le marécbal duc d'Albuféra ,
relative à l'aérolithe d'Aubenas , du poids de 220 livres ( Voy. ci-
dessus p. 426.); il envoie un fragment de la pierre. — Au nom d'une
commission nommée pour faire des expériences sur la gymnote
électrique , M. Arago donne une idée des rechercbes auxquelles
elle s'est livrée ; il décrit un instrument construit tout exprès , et
qui n'a pu servir, parce que l'animal est mort lundi dernier.
M. de Humboldt ajoute quelques renseignemens curieux sur la diffé-
rence entre la torpille et la gymnote. — Au nom d'une commission ,
M. Vauquelin lit, sur Vencre indélébile de M. Dumoulin, un rapport,
duquel il résulte que M. Dumoulin n'est pas le premier qui ait su
composer une encre de cette espèce; que celle de M. Dizé, et surtout
celle de M. Delunel , dont il a été rendu compte à l'Institut en l'an ix ,
ont les mêmes qualités; cette dernière est môme d'un noir plus
intense et change moins par les acides que celle de M. Dumoulin.
oNous pensons, dit en terminant M. le rapporteur, qu'au moyen de
ces encres, les administrateurs, les banquiers. lesnégocians,etc. n'ont
plus rien à craindre de la fraude. » Rapport et conclusions approu-
vées.— M. Arago rend un compte verbal de l'ouvrage de M. Scoresby
sur le Spitzberg , Vile de MaJ^e et les mers polaires.
— L' académie française a tenu sa séance publique annuelle,
du a5 août, sous la présidence de M. de la Place, chancelier de
l'académie. — On a d'abord entendu le rapport de M. le secrétaire
perpétuel sur les concours de poésie et d'éloquence. L'académie
avait à décerner un prix ordinaire de poésie , et deux prix extraor>
dinaires, l'un de poésie, l'autre d'éloquence. Le sujet du prix or-
dinaire de poésie était : la restauration des lettres et des arts
sous François I". — Vingt-trois pièces ont été envoyées au concours,
mais, dans aucune , ce sujet intéressant et national n'a paru traité
assez heureusement pour obtenir le prix. L'académie a cependant
distingué trois pièces , et a décidé qu'elles seraient nommées dans l'or-
dre de leurs n°' d'enregistrement ; savoir : n° 9. qui a pour épigraphe :
Charlemagne, François /", Louis XlFi—v." 1 i, dont l'épigraphe est :
665 lilROl'Ii.
Enfin François naquit ;— c» i5, portant poui épigrapLe : 7e (iiVai/*;»-
exploiis de son règne paisible. — Elle propose de nouveau ce sujet.
Les autres concours ont été plus heureux. Le sujet du Véuoue-
menl de Maiesherhes , poposé pour la seconde fois, avait excité
une touchante émulation ; mais le mérite des ouvrages n'a pas été
en proportion de leur nombre ; l'académie a vu du moins avec
intérêt quarante-six concurrens s'exercer sur un sujet aussi digne
d'inspirer les muses françaises. Dans les quarante-six pièces , une
seule a fixé spécialement l'attention de l'académie , c'est une ode,
portant pour épigraphe le passage d'Horace : Jusluni et tenacem
propositi rirujji , etc. L'auteur est M. A. Gaulmier, professeur de
rhétorique au collège de Nevers.
Le.sujet du prix extraordinaire d'éloquence consistait à détermi-
ner ce qu'est le Génie poétique ., et comment il se fait reconnaître ,
indépendamment de la diversité des langues et des formes de la
versification , et dans tous les genres , depuis l'Épopée Jusqu'à
l'Apologue. — Vingt-quatre discours ont été soumis au jugement
de l'académie. Les concurrens avaient à indiquer les causes qui
excitent l'enthousiasme poétique : il est à regretter qu'ils n'aient
pas assez expliqué combien les sentimens nobles et vertueux , que
produisent les rapports de l'houime avec la divinité, la patrie, la
société et la famille , fournissent encore plus à l'imagination et à
l'inspiration , que la contemplation de la nature physique. En ap-
profondissant le sujet sous ce rapport vraiment philosophique, ils
auraient sans doute prouvé que les grandes vertus , les nobles
émotions , comptent parmi les premiers et les plus beaux élémens
du génie poétique, et surtout que le génie de la poésie pent beau-
coup moins s'en passer que le génie des autres arts.
L'académie a décerné le prix au discours inscrit sous le n" 6, et dont
l'auteur est M. A.Théry, professeur de seconde au collège deVcrsailles.
Des mentions honorables ont été accordées aux auteurs des dis-
cours n" i4, u" i5 et n» 32.
L'auteur de ce dernier est M. Bert. Il a soutenu qu'on ne peut
connaître le génie poétique ; qu'on peut seulement étudier les signes
qui le révèlent ; cependant il a défini la poésie , le don de créer
et de rendre sensibles, par le charme d'un langage consacré, les
fictions propres à émouvoir et à exalter en nous le sentiment du
beau.
: '". Auprès le rapport de M. Raynouard, on a lu le discours et l'ode
couronnés. Plusieurs passages de l'un et de l'aulre ont excité de vifu
applaudissemens. Le discours sur feu M. de Montyon , fondateur de
• plusieurs prix de sciences et de vertu, a constamment intéressé par
la succession et le nombre des bonnes actions qui ont honoré la vie
et qui recommandent la mémoire de ce zéléphilantrope, destiné à se
survivre par la perpétuité de sa bienfaisance : car, en France, ori ne
manquera jamais ni de bonnes actions , ni d'ouvrages utiles aux
mœurs à récompenser. Les deux faits qu'on a cités comme préférés
par l'académie dans le nombre de ceux qui pouvaient prétendre aux
prix de vertu , ont arraché des larmes d'attendrissement. Le premier
prix a été décerné à mademoiselle Marie Madeleine de Courty,
domestique de la dame Chartier, rue Hillerin-Bertin , n° j5; le
deuxième prix, à M. Ant. Bonafou, rémouleur, rue des Orfèvres, n" 5.
Le Programme des prix qui seront distribués dans la séance
annuelle d'août 1823 , a été arrêté ainsi : Prix d'éloquence : Eloge
de La Sage. Prix de poésie : La restauration des lettres et des arts
sous François l". Les ouvrages envoyés au concours ne seront reçus
que jusqu'au i5 mai 1822.
Chaque prix sera d'une médaille d'or de la valeur de i,5oo fr.
L'académie décernera, en 1822, un prix consistant en une mé-
daille d'or delà valeur de i,ooo fr. , à l'auteur de l'ouvrage littéraire
publié en entier , et pour la première fois , dans l'intervalle du 1" jan
vier au 5i décembre 1821 , qui aura été jugé le plus utile aux
moeurs.
Dans la nn'me séance, racadémie décernera un prix consistant
en une médaille d'or, de la valeur de 1,000 fr. , pour récompenser
«n acte de vertu qui aura eu lieu pendant les trois années antérieures
au 1"=' juillet 1822, dans le département de la Seine. On aura soin
d'adresser, avant le 16 juillet 1S22, à M. le secrétaire-perpétuel de
l'académie , les preuves qui constateront l'acte de vertu.
— Séance du 4 septembre. — M. Boissy-d'Anglas , de l'académie
des inscriptions et belles-lettres , lit une notice sur Vincent de Paule.
— M. Andrieux, une notice sur la vie et les ouvrages de Collin
d'Harleville. — M. de Lally-Tolendal, des vers sur la fête à laquelle
il a assisté , le 10 août , à Lucerne, pour l'inauguration du monument
consacré à la mémoire des officiers et sftldats suisses qui ont péri
le 10 août et le 2 septembre 1792.
— Académie des beau.v- arl-i. — P/i.t de sculpture. — ^oit■i le pro-
668 EUROPE
gramme qui avait été dcnué par l'académie, pour un bas reli&f :
« Jkxandre dans la ville des Oxydraques (dans l'Inde). Alexandre
était monté le premier sur la muraille ; seul , il se précipite dans une
ville pleine d'ennemis. Il y avait non loin du mur un vieux arbre
dont les branches touffues semblaient s'étendre exprès pour couvrir
le Roi.
«Alexandre, afin de ne pas être enveloppé, s'appuya contre le tronc ,
qui était fort gros. Deux des ennemis qui osèrent s'approcher, furent
reçus si vigoureusement, qu'ils tombèrent morts à ses pieds, lorsqu'un
Indien lui lança une flèche qui l'atteignit au flanc droit. Abattu de
ce coup et perdant beaucoup de sang, il ne put tirer le dard de la
plaie ; celui qui l'avait blessé accourut plein de joie pour le dé-
pouiller. iJfa/j , dès qu'Alexandre senlit mellre la main sur lui,
outré de V indignité de cet opprobre, il se ranima et plongea son
èpée dans le corps de son ennemi. Ces trois corps étendus autour de
lui intimidèrent les autres ennemis, ce qui donna à son armée le
tems de le rejoindre et de le secourir. »
L'académie a décerné le premier grand prix à M. Philippe Joseph
Henry Lemaire , de Valenciennes , âgé de vingt-trois ans, élève de
M. Cartellier; le deuxième grand prix, à M. Alexandre Dumont ,
de Paris, âgé de vingt ans, élève de son père et de M. Cartellier.
— Société de la morale chrétienne, ayant pour objet l'application
des préceptes du christianisme aux relations sociales. —Extrait du
règlement de celte nouvelle société , tiré de son prospectus du 20 août
dernier. — «Plusieurs amis de l'humanité, convaincus que la plupart
des erreurs et des vices qui retardent le règne de la justice et de la
paix parmi les hommes , naissent de l'ignorance ou de l'oubli des
préceptes du christianisme, et désirant concourir à rendre leur
application plus générale dans les diverses relations des peuples et
des individus , se sont réunis en société, sous l'autorisation du gou-
vernement, jour travailler d'un commun accord à diriger l'atten-
tion des hommes, leurs frères, sur de si grands intérêts. Dans
l'espoir de réaliser cet utile projet , ils ont arrêté entre eux le règle-
ment suivant : Titbe i^.—But de la société.— Kvi. i". Le but de la
société est d'exposer et de rappeler sans cesse à l'esprit des hommes
les préceptes du christianisme dans toute leur pureté, de leur faire
remarquer l'heureuse influence que ces préceptes exercent sur le
bonheur du genre humain , et de contribuer ainsi à faire naître ou à
ranimer de plus en plus des senlimena de charité et d'une commune
EUROPE. 669
bienveillance , si propres à l'aire régner la paix sur la terre, —Titre ni
— Travaux d^ la société. — Art. a. Les travaux delà société consistent:
1" à recueillir les renseigncmens qu'elle pourra se procurer sur leséta-
blissemeus, les travaux et les productions en tous genres, qui, dans les
divers pays et sous des formes diverses , ont pour objet l'amélioration
de l'état moral et physique de l'homme; 2° à publier un ouvragé
périodique spécialement consacré à faire remarquer la salutaire
influence des préceptes du christianisme sur les institutions, la civi-
lisation et la prospérité des peuples , et à faire connaître tout ce qui,
dans les documens recueillis par la société , paraîtra utile et digne
d'imitation; 5" la société publiera aussi, suivant que ses facultés
pourront le lui permettre , d'autres écrits destinés à convaincre les
hommes et surtout la génération qui s'élève , qu'il ne peut y avoir de
bonheur réel et durable que dans l'observation des préceptes de
l'Évangile. Dans les diverses publications de la société, on évitera
scrupuleusement d'élever aucune discussion sur les points qui
divisent les différentes branches de la famille chrétienne. — Titek m.
— Organisât ioa. — Art. 4. Le nombre des sociétaires est indéterminé:
toute personne qui, pénétrée des principes de la société, désirera
concourir au but qu'elle se propose,y sera admissible, en se conformant
aux réglemens établis. — Art. 8. La société aura des membres cor»
respondans et étrangers. — Titrb iv. — Administraliofi. — Art. 9.
A l'effet de pourvoir aux diverses dépenses qu'aura à faire la société,
il est arrêté que, pour en être membre, on versera annuellement
dans la caisse de l'administration une somme dont le minimum
sera de aS fr. Dans cette somme se trouvera compris l'abonnement
à la feuille périodique que la société se propose de publier. Toute
autre offrande présentée à la société sera également reçue avec
reconnaissance. La société se réserve d'inscrire au nombre de ses
membres toute personne qui coopérera d'une manière active aux
progrès de ses travaux. »
On voit que tout ce qui pourrait faire naître des discussions fâ-
cheuses et absolument contraires au but de la société , devra être
banni de ses publications et de tous ses travaux. Une commission
nommée dans son sein veillera à la stricte observation de cette règle.
Mais, tn éuilant ce qu'un apôtre appelle les questions inutiles,
sachant qu'elles sont une source de contestations (\\ Tim. 2, aS),
670 ELKOPE.
OD insistera d'autaut plus sur les sublimes préceptes de la morale
chrétienne , sur les vérités essentielles qui leur servant de base ou
d'appui , et sur lesquelles il ne peut y avoir dissentiment. Persua-
dés qu'un tel projet ne peut manquer de trouver des approbateurs,
et pleins de confiance dans la Providence divine qui se plaît à bénir
ce qui est conçu dans des vues pieuses et charitables , les fon-
dateurs de la société espèrent que leur entreprise sera couronnée
de succès . et ils invitent toute personne qui forme avec eux des
vœux sincères pour le bien des hommes ses frères, à y prendre part
et à faire connaître à cet effet ses intentions à l'un des soussignés
membres du comité provisoire , notamment à M. Dblacboix, notaire
royal, rue du Mail, n" i3, et à MM. de la Rochefoucault Ltan-
tOM/-/, président ; De^erando , cul -de -sac Pérou, n" 7; (loepp
( J. J. j , rue Sainte-Croix-dc-la- Bretonnerie , n" 5?.; J.aborde
/ j^lexandre ) , rue d'Artois, n" 28; hasleyrie ,x\iv. du Bac, n» 58;
Spur::,heii>i , rue Neuve-Saint-Augustin , n» 5 ; Staël-Holslein , rue de
Bourbon , n° 76 ; Stapfer, rue des Deux-Ecus , n» 4 5 Ttirckheim ,
r. d'Anjou, faubourg Saint-Honoré , n" i3; IFurlz (J. G.}, rue de
Bourbon, n" 17; fVillm , secrétaire, boulevard Poissonnière, n° i5 ;
Coquerel , secrétaire adjoint, r. Hautefeuille , n" 1.
Nota. Les lettres et paquets destinés pour la Société de la morale
chrétienne, '^tc, seront provisoirement adressés à la maison Thkctibl
KT WcBTz , rue de Bourbon , n"> 17. Ou est prié de les affranchir.
Botaniaue. — Obsert^alions sur la prétendue découverte faite par
M. Gimbemat, d'une substance qu'il appelle zoogène, extraites
d'une note adressée à la Revue par la Société Linnéenne de Paris.
« Plusieurs recueils périodiques , et quelques-uns même de ceux
qui sont consacrés aux sciences , tant en France qu'à l'étranger , ont
répété dernièrement, à l'envi les uns des autres , qu'un naturaliste
espagnol, M. Gimbemat , venait de découvrir , dans les eaux ther-
males de Baden, en Allemagne, et d'Ischia, près de Naples, une
substance organique nouvelle , qu'il a nommée zougéne ou zoagèns.
Cette singulière substance ressemble, dit-on, à de la chair humaine
recouverte de son épiderme- Soumise à la distillation , elle fournit
les produits ordinaires des matières animales ; bouillie , on en ob-
tient une gélatine propre au collage du papier. Cette, substance ,
ELKOPE. 671
préscntéç comme nouvelle, est connue depuis près de soixante-
quinze ans; elle a été décrite, en i-Sa, par Springsfeld (i), qui
venait de la trouver dans les eaux chaudes de Carlsbad, «n Bohême;
elle a été, quelques années après, le sujet de mémoires fort bien faits,
par Schrank (2) et Scherer (5), qui la nommèrent conferi^a therma-
lis. Les botanistes l'appellent aujourd'hui iremella reliculata. De
Saussure l'a ramassée dans les bains d'Aix , en Savoie ; DecandoUe,
dans ceux de Plombières. D'autres observateurs, bien antérieure-
ment à l'an 1800, aux eaux thermales dr Tœplitz, en Bohême, de
Barèges et de Dax , aux pieds des Pyrénées , et de Chaudes-Aiguës ,
département du Cantal, où elle a été trouvée unie \ ua fucus d'un
vert éclatant. Moi-même, je l'ai trouvée aux eaux chaudes d'Is-
chia , en i8oa , à celles de Montécatini , en Toscane, et de Lucques,
en i8o5.
« Ce n'est pas la première fois que des conferves , des trémelles,
des ulves, etc., ont été prises pour des substances nouvelles; on
se rappelle encore le prétendu papier naturel, découvert, en i-63 ,
par Coltellini , aux environs de l'ancienne ville étrusque de Cortona,
et qui n'était , comme l'a prouvé Strange (4) , que la conferve com-
mune, conferua rivularis , rassemblée en masses plus ou moins con-
sidérables. La nature singulière, quelquefois même équivoque de
ces cr) ptogames , leurs formes extrêmement variées , leur couleur
(1) Déplanta quddam , quœ propè scaturiginem thermarum Ca-
rolinarum crescit et tremella thermalis gelatinosa reliculata , etc. ,
dicitur. Mém. inséré dans les Actes de l'académie de Berlin , ijSî,
pag. 102-108.
- (2) Beschreibung einer frasserseide uon moU's oberdeulsche hey~
trage., pag. i35-i57.
. (ôj Obseruationes et expérimenta super materia viridi thermarum
Carolinanim et Tœplizentium^ regni Bohemiœ, insérées dans les
CoUaclanea de Jacquin , vol. \"^ pag. 171-18Ô.
(4) Lettera sopra l'origine délia caria nalurale di Cortona, corre-
data di varie altre osservazioni relative agli usi e prérogative délia
conferva Plinii et allre plante congeneri. Pisa , 1764, in-S°. On en
trouve encore une traduction française dans le Journal de physique,
tom. I*', pag. 45 ; et une latine dans les Philosophical transaclinnx;
Vol LIX , pag. 5o.
672 EUROPE.
et leur consistance gélatineuse, molle, presque charnue, peuvent
tromper des yeux inezpéiimentés; mais» pour l'obserrateur attentif,
l'erreur ne peut durer. Il peut bien un moment, avec quelques
naturalistes estimables, tels que Girod-Chantrans et Vaucher, les
considérer comme des animaux, à cause de leur mouvement d'irri-
tabilité et d'oscillation , à la vérité très-faible. Mais , en réfléchissant»
il les rend au régne végétal , auquel elles servent de premier anneau.
Elles se reproduisent à la manière des polypes amorphes , et c'est en
automne qu'elles jettent leurs bourgeons séminiformes. Les mouve-
mens d'oscillation qui les caractérisent me paraissent dépendre
d'une simple action hygrométrique, comme l*ur irritabilité se rap-
porte à celle des étamines de l'épine vinette ( berberis vulgaris ) , de
la parnassie ( qui croît également dans les marais et sur les coteaux
crayeux et arides , quoique Linné la désigne uniquement par le nom
àe pamassia paluslns, etc.), à celle des folioles de la sensitive
( mimona sensiliva ) , du sainfoin originaire des bords du Gange
( hedjsarum Gyrans), etc. , ou bien encore à celle qu'on observe
dans le pétale du Laperia racemosa de Cavanilles , qui forme la
labelle ou tablier de cette fleur irrégulière et d'un rouge pâle, o
Thikbadt db Behreaud.
Ans industriels. — Coutellerie. — Acier de damas. — Un de
nos couteliers les plus habiles et les plus industrieux, Sir Henri,
de Besançon, étant parvenu à fabriquer l'acier, dit de damas,
bien supérieur h celui de Perse et de Syrie , l'emploie maintenant
pour faire des instrumens de chirurgie , qui l'emportent sur ceux
qu'on construit avec l'acier fondu anglais. L'extrême dureté et la
grande élasticité de ce damas le rendent particulièrement très-
précieux pour la fabrication des instrumens , qui exigent un tran-
chant très-acéré, tels que les rasoirs, les bistouris, les lancettes,
les instrumens à cataracte , etc. , qui s'émoussent si promptement ,
surtout lorsqu'on s'en sert pour couper ou percer des corps un peu
résistans. Nous avons vu des lancettes de Sir Henry , traverser
avec la plus grande facilité des morceaux de parchemin et des lames
de plomb, et même des planches, sans rien perdre de leur fil,
tandis que de très-bonnes lancettes ordinaires se brisaient ou s'é-
moussaient à ne plus servir , lorsqu'on les soumettait aux mêmes
expériences. Sir Henry fabrique en outre, avec son damas, tous
les autres objets de coutellerie, tel^ que canifs, ciseaux, etc., avec
EUROPE. 673
lesquels on peut couper l'os, l'ivoire, et même le fer, sans qu'ils
s'émoussent. Nous avons remarqué particulièrement des lames de
sabre et d'autres armes , dont la qualité nous a paru bien supé-
rieure à celle des armes turques, qu'elles entament sans être ébré-
chées. La Société d' encouragement , le Nouveau Journal de méde-
cine ( cahier de juillet ), et plusieurs autres gazettes, ont donné les
plus grands éloges à ces nouveaux et utiles produits de l'industrie
française. Sir Henry a ses ateliers place de l'Ecole - de -Médecine, à
Paris.
Institution de M. Morin , rue Louis-le- Grand. — Enseignement
du latin j)ar la méthode de M. J. J. Ordinaire. ( Voyez Tom. VIII,
p . 554.) Nous avons fait connaître, page 23o de ce volume, le point au-
quel les élèves de M. Morin , instruits par cette méthode , sous la
direction de M. Ordinaire , étaient parvenus , le 19 juillet dernier ,
après trente-cinq jours de travail. Depuis c&te époque jusqu'au 24 sep-
tembre, malgré le dérangement causé par les vacances , les élèves du
groupe le plus avancé ont appris plus de i8oo mots ; savoir ; le reste
des • adjectifs de VEpitoms historiée sacrœ , avec leurs désinences
adverbiales ; 2° le tableau des noms de nombre latins , ordinaux et
cardinaux , ainsi que les adjectifs et les adverbes qui en sont déri-
ves. Ce tableau est tellement familier aux enfans ,' qu'ils traduisent
sur-le-champ , sans hésiter , les nombres les plus compliqués , ex-
primés en latin ou en français ; chose qu'aucun élève de rhétorique,
et que même peu de professeurs seraient en état de faire; 5» tous les
pronoms ; 4° l^s prépositions avec leurs complémens ; 5° les verbes
réguliers , irréguliers et déponens de la première et de la deuxième
conjugaisons. Ces lôoo mots, ajoutés aux 1200 que les élèves savaient
à l'époque du 19 juillet, forment un total de 2600 radicaux latins,
auxquels ils appliquent toutes les désinences relatives à chacun d'eux.
De plus , ils traduisent immédiatement , avec la plus grande facilité ,
les phrases latines formées de ces mots , et dont l'explication n'exige
pas la connaissance des règles de la syntaxe; ils en font aussi
l'analyse avec une régularité parfaite. Mais, ce qui est très-remar-
quable , c'est qu'ils mettent aussi facilement des phrases françaises
en latin, sans autre secours que leur mémoire et leur jugement,
qui sont également développés par ces exercices.
Tels sont les résultats que M. Ordinaire a obtenus en trois mois
et demi, avec des élèves fréquemment distraits de leurs études ;
Tome xi. A3
67A liUROPi:.
résultats que chacun peut vérifier soi-même , comme nous l'avons
fait avec le plus vif intérêt.
Le succès toujours croissant de cette classe latine a déterminé
M. Morin à joindre à son établissement une maison contiguë , qui
hii donne les moyens de recevoir soixante-dix pensionnaires de plus.
L'expérience a prouvé que plus le nombre d'élèves est considérable,
plus les progrès sont rapides , parce qu'alors il est plus facile de
classer les enfans suivant leur degré de connaissances. Un profes-
seur , envoyé de Bruxelles, va s'établir chez M. Morin , pour mieux
suivre les procédés de M. Ordinaire , qu'il doit appliquer ensuite
dans la capitale de la Belgique.
Espérons que l'université de France ne se laissera pas prévenir par
les étrangers , et qu'elle fera jouir promptement la jeunesse confiée à
ses soins des avantages de la nouvelle méthode, en l'introduisant dans
les classes inférieures des <*ftlléges royaux. Cet espoir est d'autant plus
fondé, que les membres du corps enseignant, qui ont étudié l'ou-
vrage ou assisté aux leçons de M. le recteur de Besançon, n'ont trouvé
aucune objection à faire contre sa méthode, et que même ils sont d'ac-
cord avec tons ceux qui ont réfléchi sur ce sujet , pour la regarder
comme infiniment supérieure à la méthode actuelle, dont les vices
font gémir chaque jour les pères de famille et les amis de la. jeunesse.
archéologie. — Toile de momie, portant des caractères égyptiens
gui paraissent être lamarque de réloffti. On a trouvé, soas la tête d'une
momie apportée à Nantes par M. Cailliaud, un linge avec des franges ,
plissé en plusieurs doubles , et portant une marque tracée en noir. Le
frère de ce voyageur m'a envoyé la toile dans laquelle ce linge était dé-
posé ; j'ai trouvé d'abord , d'un côté , les caractères que l'on avait an-
noncés; mais, après avoir développé la bande avec précaution, j'ai ru,
à l'autre bout, une seconde marque analogue à la première. Ces mar-
ques sont à l'encre noire ; l'une est à l'extrémité gauche de la bande ,
l'autre à la droite ; la première a dix caractères ; la seconde en a onze,
et en outre un oiseau dont la masse est reconnaissable, et non l'espèce,
mai&quiressemble plus à l'ibis qu'à toutautre. Malheureusement, deux
des caractères sont effacés dans l'inscription de gauche, et, dans celle de
droite,plusieui's signes sont incomplets. La difficulté qu'a eue l'écrivain
d'appuyer la plume ou le pinceau sur la toile, est la principale cause de
celle que l'on éprouve aujourd'hui pour lire les caractères. Cependant
je crois avoir bien reconnu que ceux qui sont à la droite , sont des hié-
Euaoï'i:. 675
roglyphes, et les aulies des signes analogues à ceux de h pierre de
rosette. En effet, les premiers sont placés l'un au-dessus de l'autre,
ce qui est particulier aux hiéroglyphes, ils sont plus grands que les
autres signes; enfin, la plupart sont tout-à-fait étrangers aux formes
des lettres de la pierre. En outre, la présence de la figure d'oiseau
qui est à la droite de la bande , est un indice de la nature des signes
qui sont de ce côté. Je trouve , à la fin de la marque de gauche , trois
unités , comme si on eût voulu numéroter ce linge de la marque 3.
Les lettres qui précèdent ce 5, en lisant de droite à gauche, et qu'il est
possible de déchiflier , sont au nombre de cinq ou six ; on ne peut que
conjecturer que ces lettres sont des initiales, ou bien les parties d'un
nom propre. La pièce d'étoffe a a", 70 de long ( près de 9 pieds) , saas
les franges, et vingt-deux centimètres de lai'geur (8 pouces) ; elle était
sans doute plus large originairement, puisqu'elle n'est pas bordée par
en bas , c'est-à-dire du cùté opposé aux deux marques. C'était ou une
ceinture ou un voile , comme on en voit dans les peintures des hy-
pogées, et comme les Egyptiennes en portent encore aujourd'hui;
si l'on a trouvé ce morceau sous la tête de la momie, c'est sans doute
qu'il avait été placé pour remplir un vide, ainsi que les embaumeurs
avaient coutume de le faire. Je ne parle pas des autres curiosités
trouvées sous la momie , par les commissaires de la société de Nantes
qui ont été chargés de l'ouvrir, telles que plusieurs mèches de che-
veux blancs, soigneusement conservées dans des sachets de toile, etc.
JOHABD.
Nomination M. Alphonse de Caillieus , l'un des collaborateurs
du Foj âge pittoresque dans l'ancienne France, vient d'être nommé
secrétaire général du Musée royal, en remplacement de M. de Se-
nonnes , nommé secrétaire général du ministère de la maison du roi.
Publications nouuelles et prochaines. —Fastes universels, ou Ta-
bleaux historiques, chronologiques et géographiques, par M. Buret de
LoHGCHAMPS. Les deux premières livraisons sont en vente. Depuis que
nous avons annoncé cet important ouvrage {voj. ci-dessus, p. 584),
les ministres de l'intérieur et de la guerre ont souscrit pour un cer-
tain nombre d'exemplaires. Pour la garantie des souscripteurs , les
éditeurs, MM. Dondey-Dupré père et fils, annoncent que l'ouvrage
-st terminé, et qn'ih- le livrent , soit complet et demi-relié , au prix
676 EUROPE.
de 12G fr. , soit par livraisons brochées (au nombre de six , se publiant
de mois en mois ) , à raison de 20 fr. la livraison brochée.
— Histoire de France , par M. de Ségur. — Cet ouvrage , qui fait
suite à l'édition in-18 du même auteur, annoncée dans la Reuue
{ Vo}'. Tom. IX , p. 164 ) , aura de dix à douze volumes aussi in-iS,
avec cartes, plans, etc. , comme ceux qui ont été publiés précédem-
ment chez Eymery , libraire , rue Mazarine, n° 3o. L'auteur s'est
déterminé à livrer d'abord à l'impression la première époque de
l'histoire de France , qui s'étend jusqu'à Hugues-Capet. Cette pre-
mière époque comprend quatre volumes, qui sont les 26", 27", 28*' et 29"
de VHisloire universelle, et dont le prix est de S fr. Une édition m-S»
du même ouvrage, également annoncée dans la Revue ( Tom. X,
p. 419) 5 se continue avec la même activité, chez le même libraire ;
elle sera composée de dix volumes, dont le prix, avec l'atlas, sera
de 80 fr. 11 en a déjà paru cinq, qui contiennent l'bistoire des peuples
d'Egypte, d'Asie, de Perse, de la Grèce, de Sicile, de Carthage,
des Juifs et des Romains. — Nous en rendrons compte avec soin
dans la section des Analyses.
— Histoire civile et politique de la nation espagnole , depuis les
tems les plus reculés jusqu'à nos jours ; écrite d'abord en espagnol et
dédiée au congrès souverain des Cortès,parun descendant de Pelage;
traduction française faite par le même, et dédiée aux courageux dé-
fenseurs de la liberté des nations. La souscription est également ou-
verte pour l'ouvrage original et pour la traduction anglaise, faite par
l'auteur. L'ouvrage entier formera huit volumes grand in-8». Prix dans
chaque langue , 48 fr. Il n'est nécessaire d'avancer que 6 f. pour
chaque volume, afin de couvrira mesure les frais de l'impression. Les
non souscripteurs paieront à raison de 7 fr. le volume. S'adresser à
Paris, chez l'auteur , rue de Richelieu, n° 26, hôtel de Bretagne;
Galignani , libraire, rue Vivienne , n" 18; à Paris, Londres et Stras-
bourg, chez Treuttel et Wùrtz; à Madrid , chez Perez, rue de las
Carretas.
— Archéologie française , ou Vocabulaire de mots anciens tombés
en désuétude , et qu'il serait bon de restituer au langage moderne ;
accompagné d'exemples tirés des écrivains français des xu« , xni' ,
xive, XV» et xvi« siècles, manuscrits ou imprimés ; par CharleaPov-
GENs , de l'Institut de France , académie royale des inscriptions et
belles-lettres. «J'ose assurer, dit M. Pougens dans son prospectus, que
EUROPE. 677
plusieurs des mots que je cherche à restituer au langage moderne ne
contribueront pas médiocrement à multiplier ces nuances aussi pré-
cieuses à l'éloquence qu'à la poésie, et qui constituent, lorsqu'elles sont
renfermées dans de justes limites, la véritable richesse des langues. Par
exemple , le verbe assaifourer, que je retrouve dans Willaume-li-Vi-
niers {pqyez Recueil de poètes manuscrits, avant i5oo, dans Per-
ceforest , etc. ) , est plus rapide et plus expressif que donner de la
saveur : conjlagration et embrasement ne sont pas exactement la
même chose : dèsanimé et inanimé sont loin d'être synonymes : dé~
sestimer n'est pas mépriser; désembellir n'est point enlaidir; désaimer
n'est point haïr, c'est cesser d'aimer j déuouloir, cesser de vouloir:
équanimitè est plus rapide qu'égalité d'ame, etc.
o Un grand nombre de ces mêmes mots, si injustement proscrits,
en complètent aussi plusieurs autres. — Par exemple, on se sert du
composé inadvertance , et nous avons perdu le simple, adi-ertance ,
employé par Eusiache Deschamps, Amyot, Montaigne, etc. On ne
dit plus angoisser, et nous avons le substantif angoissa ; on connaît
la médisance, et nous avons perdu le mot biendisance: nous avons
aguerrir, anoblir, asservir, captiver, favoriser ; et nous n'avons plus
désaguerrir , désanoblir , désasservir , décaptiver , défavoriser: les
verbes dévorer, engloutir, envahir, ont perdu leurs substantifs dé~
vorateur, engloutisseur, envahisseur : enfin, nous voyons des hommes
étranges , des choses étranges, et l'on ne ditplus^ comme Montaigne,
ètrangeté: les adjectifs aigu, uè, aqueux, euse, ont perdu leurs subs-
tantifs acuité, aquosité, etc. ; et cependant plusieurs de nos écrivains
modernes ont fait. un heureux usage de ces divers mots, quoiqu'ils
ne se trouvent point dans le dictionnaire de l'Académie, édition de
1762, seule autorité légale. Je n'ai point , au reste, accompagné mes
définitions de phrases de pure invention : j'ai cité les textes même
des ouvrages, soit manuscrits, soit imprimés, en suivant, autant
qu'il m'a été possible , l'ordre des siècles. A la suite des exemples ti-
rés des anciens écrivains français, j'ai placé divers passages anglais,
italiens , espagnols , dans lesquels le mot oublié par nous, et le plus
souvent d'origine française , se trouve conservé par les écrivains de ces
trois langues, sauf les modifications et les désinences propres à chaque
idiome. On trouvera, à la fin de[ce vocabulaire, une bibliographie exacte
des ouvrages imprimés ou manuscrits d'où l'on a tiré chacun des
termes qui le composent , ainsi que les divers exemples dont ils sont
678 EUROPE.
accompagnés.» 1/ Archéologie française , qu'il ne faut pas confondie
avec le Tré&or des origines et dictionnaire fçrammatical raisonné de la
langue française, formera tiois volumes in-S", imprimés en caractères
neufs, par M. Firmin Didot. Le prix de chaque Tolume broché sera^
pour les souscripteurs , de - fr. en papier fin. Le premier volume pa-
raîtra dans le courant d'octobre 1821. II suffit de se faire inscrire à
Paris, chez Th. Desoër, libraire, rue Christine , u" 2; à Liège, chez
J. F. Desoër, imprimeur-libraire.
— Les Lettres de Sosihène à Sophie, du même auteur, paraîtront
en un volume in-18 chez les mêmes libraires , en même tems que
l'Archéologie française.
Thbatkbs. — Second Théâtre-Français. — Jean sans peur , tra-
gédie en cinq actes, par M. Liadièhes ( i5 septembre }. — Cette
pièce a obtenu un succès brillant et mérité. Le sujet est le complot
formé entre la reine Isabeau de Bavière , le duc de Bourgogne (Jean
sans peur ) et l'ambassadeur anglais , pour faire signer au malheureux
Charles VI l'acte par lequel il déshérite ses propres enfans , et livre
sa couronne à Henri V, roi d'Angleterre. La découverte de ce com-
plot forme le nœud de la tragédie, dont la catastrophe est l'assas-
sinat du duc d'Orléans , par ordre du duc de Bourgogne.
L'exposition est remarquable ; elle offre un tableau historique fort
bien tracé , et le même éloge doit s'appliquer à la totalité du premier
acte ; le second laisse à désirer plus de liaison entre les scènes ; le
troisième est d'un effet pénible , qui résulte de l'infâme trahison de
Jean sans peur , livrant son pays aux Anglais qu'il vient de com-
battre ; le quatrième et le cinquième actes sont d'une grande
beauté.
L'auteur, qui a tracé avec beaucoup de force et de vérité le ca-
ractère du duc de Bourgogne, s'est écarté de l'histoire, d'une manière
heuicusej selon nous, pour faire du duc d'Orléans le modèle des che-
valiers français et l'un des personnages les plus intéressans qui soient
au théâtre. M. Liadières a pu , sans invraisemblance, attribuer des
actions généreuses à un prince qui déchira le traité au moyen duquel
il pouvait perdre Jean sans peur, son ennemi. Le duc de Bourbon,
vieillard toujours sage, toujours calme , produit un bel effet entre les
deux personnages dont nous venons de parler.
Le style est dune élégance soutenue, et la pièce offre un 1res-
EUROPl-. 679
grand nombre de belles pensées exprimées en beaux vers. Eaûn ce
qui est d'un heureux augure pour l'avenir du jeune poète , sa der-
nière tragédie est très-supérieure à Conradin et Frédéric , pièce que
distinguent déjà une action habilement conduite et un style naturel
et correct. Ces deux ouvrages assurent incontestablement à M. Lia-
dières une place très-honorable parmi les poètes trugiques de notre
époque.
— Opéra- Comique. — TJ Habit retourné, opéra en un acte, pa-
roles de MM. *** , musique de M. Maresse ( 1 1 septembre). — Cette
pièce n'a eu qu'un petit nombre de représentations ; la musique of-
frait [plusieurs morceaux agréables , qui n'ont pu soutenir un poème
au-dessous du médiocre.
NÉcnoLOGiE. — Madame Lerebours. — Marie Angélique Anel ,
veuve de M. Lerebours , ancien contrôleur général des postes ,
à Paris , est morte , le 3 août 182 1 , à l'Arche , près du Mans , à l'âge
de quatre-vingt-dix ans. C'est à l'ardeur avec laquelle elle avait
adopté les principes de J.J. -Rousseau , ({ae nous àe\ons\' A uis aux
mères qui veulent nourrir leurs enfans, ouvrage souvent réimprimé,
et toujours sans nom d'auteur. Ce qui prouve d'autant mieux la
modestie de madame Lerebours , c'est que ce livre eut la plus grande
vogue, à l'époque de sa publication, et obtint l'approbation de
presque tous les médecins, particulièrement celle du savant Tissot.
Les connaissances de madame Lerebours, en littérature et en phi-
losophie , l'ont fait rechercher des personnes les plus célèbres de
son tems; et ce n'est pas un de ses titres les moins honorables, d'a-
voir été l'amie de d'Alembert, de Dupaty, de Condorcet, de Dupont
de Nemours, et de l'infortuné Roucher. Nous ajoutei'ons que ma-
dame Lerebours cultivait aussi la peinture avec succès ; plusieurs de
ses portraits ont été pris pour des Rembrandt. M. Victor Lerebours,
un de nos jeunes acteurs tragiques qui donne le plus d'espérances,
est son petit-fils. M.
FIN DU ONZIKME VOLUME.
TABLE DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE TRENTE-TROISIÈME CAHIER
SEPTEMBRE 1821.
I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES.
1, Observations sur les Revues scientifiques et littéraires
anglaises. Babey. pag. 449
a. Sur les avantages de l'instruction chez les Grecs mo-
dernes. Ch, Dupin. 455
3. Discours prononcé (en 1809) dans l'Académie Ionienne.
Le même. 4^6
II. ANALYSES D'OUVRAGÉS.
4. Histoire de l'astronomie moderne, par Delambre. Ferry. 474
5. De l'esprit des institutions politiques , par J. A. F. Mas-
sablau, Dupin aine. 4S9
6. Des instituts d'Hofvryl , par L. de V. Slapfer. 49^
j. Compte rendu des bonifications faites aux domaines du
marquis de Stafford. par J. Loch. De Sismondi. 5i8
8. Galerie française. William. 534
9. Œuvres complètes de madame de Staël. Année. 54o
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de 86 ouvrages , français et étrangers. 554
IV. NOm^ELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Améhiqck.— Iles- Arctiques. —Etats-Unis. 620
Asie. — Indes orientales. 621
Océanique. — Nouvelle-Hollande. Ibid.
Afhiqce. — Nubie. 620
Europe.— Iles-Britanniques. — Russie.— Suède. — Danemarck.
— Allemagne. — Suisse. — Italie. — Turquie. — Espagne. —
Pays-Bas — France. — Paris. 627
TABLE
ANALYTIQUE ET ALPHABÉTIQUE
DES MATIÈRES
DU ONZIÈME VOLUME
DE LA. REVUE ENCYCLOPÉDIQUE.
JVILLET, AOVT, SEPTEMBRE 182I (*).
On a réuni aux quatre mots indicatifs des qlatbe grandes divisions de ce
Ri.'cacil :
I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES;
H. ANALYSES ET EXTRAITS D'OUVRAGES CHOISIS;
III. RULLETIN RIBLIOGRAPIIIQUE;
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES ;
le détail et le renvoi des articles qui s'y rapportent; puis, on a caracté-
risé CCS articles, h la suite des noms de leurs auteurs, par l'une des
quatre abréviations ci-après : M. (mémoihes et «oticbs); A. ( analyses) ;
R. (bulletin bibliographique) ; N. (nouvelles littéraires). La désigna-
lion C , après les noms propres , indique les collaborateurs de la Revue ,
lorsqu'il s'agit des articles qu'ils ont fournis.
Au lieu de comprendre, sous la dénomination générale sciencri kt arts
(comme dans nos quatre tables des matières de l'année 1819), l'indication
des dilTérentes sciences dont traite ce volume, on a cru devoir, pour rendre
les recherches plus faciles , et pour mieux caractériser le but philosophique
de la Reuue ±lncycloj)é(lique , ouvrir un compte particulier et spécial, en
lettres capitales, non seulement à chacune des branches des connaissances
humaines, acbiculture, anatomie, etc. ; à chacun des élémens essentiels de
la civilisation et des moyens principaux de communication entre les hommes:
académies et sociétés savantes: dictionnaires; enseignement mutuel; instruc-
tion publique; journaux; théâtres, etc.; mais encore à chacun des pays
dont il est fait mention dans ce Recueil : de manière qu'on puisse rapprocher
et comparer tour à tour, soit l'état des sciences et des élémens de la civili-
sation dans chaque pays , soit les nations elles-mêmes, sous les diflerens
rapports sous lesquels on a eu l^gccasion de les considérer.
_^cADÉMiE royale de Londres , 206.
— des sciences de Pétersbourg , i56.
— des sciences de Stockholm , 4i^'
— des sciences usuelles d'Erfurth ,
4a.
—des sciences de Rruxelles, 161.
— archéologique d'Herculanum ; —
(*) On souscrit, pour ce nouveau Recueil scientifique et littéraire, dont il jiamit un
caliier de douze fouilles d'inipi-cssiou , tous les mois, au Bureau cf.ntral d'abonnement,
rue d'Enler-Saint-Micliel , numéro 18; chez Arthus Bertrand, rue H.iutcfouille, n. aS , et
chez Kymery, libraire, rue Mazavine, n. So. Prix de la soujcriplion ; à Pans, 4a tr- pour un
an; dans los dépnrlemcns, i8 Ir.; 54 fr. dans rrlran^or.
TABLE ANALYTIQUE
des sciences ; — des beaux-arts de
Kaples , 643.
— de Turin, 421-
— des beaux-arts, de Milan , 645.
—de l'histoire d'Espagne , établie
. Madrid , 568.
—des sciences, de Lisbonne, 424-
— Zélandaise des sciences, 655.
— des sciences, de Lyon, 609. ^
— des sciences, de Marseille , 609.
— des sciences, de Toulouse, 661.
— des sciences, d'Amiens, 657.
— des sciences^ de Rouen, 164.
—des sciences, de Paris, 221,429,
665.
— française , 225 , 45o , 665.
— des inscriptions et belles-lettres ,
224, 45i.
— des beaux-arts , de Paris , 456, 667.
{f^q}\ aiisisi le mot Société )
Acier de Damas, de l'invention de M.
Sirhenrv, 672.
Actes secrets de l'histoire de Gus-
tave III , 209.
Admimstbatios , 68, 252.
Aérolithe remarquable tombé dans la
commune de Juvinas (Ardèche) ,
426.
Afeiqle ( Recherches géographiques
sur l'intérieur de 1') par Walke-
naer , i85.
Agikh. Fo>'. Prophètes.
Agnès de France, par mad. Simons-
Candeille , 594.
Agriclltihe,425 206, 227, 617. {f'oj.
aussi le /ho/ Économie rckale.)
—française ( Annales de 1' ) par Tes-
sier et Rose ,617.
AlGîTAN . C. — A. , 525.
Alfieri ( Sur le mérite tragique d' ) ,
par Marré, 366.
ALLEMAG^E, i5i, 14s, 209, 558, 4i3,
565 ,655.
Alliage de l'acier avec l'argent et le
platine, 2o5.
Alpenroseh, einSchweitzer Taschen-
buch, 574.
Alvin, Guillaume premier , tragédie,
i63.
Ame (Del') Voj. Opoix
AsAtYSES (II) d'ouvrages anglais:
Principes de la science morale et
politique , par A. Ferguson ( Tail-
landierl , 289. — Philibert, roman
poétique, par Grattan (L. S. B.) .
541. — Compte rendu des bonifica-
tions faites aux domaines du mar-
quis de StaD'ord , par J. Loch (J. G.
L. de Sismondi) , 5i8.
— d'ouvrages des Etats-Unis : The
first annual report of the mana-
gers of ihe societj f')r the preucn-
lion of pauperism. The second id.
(Laffon de Ladébat) , 68.
— d'ouvrages français : Traité com-
plet de mécanique appliquée aux
arts , par Borgnis (Le Normand)
42. — Observations sur plusieur;
points importans de notre législa-
tion criminelle , par Dupin ( Lan-
juinais) , 60. — Hist. de l'assemblée
constituante , par Ch. Lacretelh
(A. Mahul , 89. — Histoire delà vi»
et des ouvrages de J. J. Rousseai
(Depping) , 102. — Même ouvragt
( Léon Thiessé 1 , 1 1 1 . — Mémoin
sur la digue de Cherbourg, par Ca
chin (Gauttier;, 2S0. — Histoire gé
nérale de France, par Dufau (M.\
256. — Mémoires historiques sui
le royaume de Naples , par h
comte Orloff (Salfi) , 5o6. — Bio
giaphie nouv. des contemporains .
par Arnault, etc. (Aignan , 525.—
Voyagç dans la Gièce, par Pouque
ville (GavedellGeanny),35i — Hist
de l'astronomie moderne, par De-
lambre , f Ferry) , ^-\. — JiG l'esprit
des institutions politiques, par Mas
sabiau ( Dupin , avocat ) , 489.
— Des instituts d'Hofwyl , etc.
(Stapfer) , 495- — Galerie Irançaise
(William) , 554. — Œuvres compl.
de mad, de Staël (Année), 54o.
— d'ouvrages italiens : VeW Istaria
d'Italia arnica e inoderna (Salfi) ,
76.
Anatomie de l'homme , par Béclard
et Cloquet , 442.
Akgleterbe. >'oy. Gr.-Bbetagke.
Annales du salon de Gand , 162.
Année , C. — A. , 54o.
Annuaire historique universel , par
Lesur, 585.
— nécrologique , par A. Mahul , 608.
Amiqlités, 195, 194,216,218,397,
598, 599, 4o4 • 611,612. ( Vojez
aussi le mot Archéologie.)
DES MATIERES.
— (Collection d' ) du priace d'Iseni-
bourg, 637.
Araluset Nicoclès aux enfers, par Ch.
d'Outrcpont, 385.
AacHiiOLOCiE , 2g, 2i4, 2^4? 45 'j 570,
657, 674.
— française, par Ch. Pougens, 67G.
Arithsiktique, 170, 567.
Armk.me, 186.
Abt militaibe , i5d, 602, 633.
VÉTÉHISAIRE , l52.
— MÉCANIQUES , 47, 171, 426, 592, 639,
672.
Atr.imète, Appel aux Grecs, 092.
ylsiatic liesearthes. Vol. XII 1 , 35i.
Assemblée constituante (Histoire de
1') parCh. Lacretelle, A. Sg.
ylstrasalus lalticus , plante cultivée
en Suède , et que l'on croit excel-
lente pour rem|;lacer le café , 634.
Astronomie, 201 , 204. 4 "4? 062, G43,
— moderne (Histoire de 1') , par De-
lambre , À. 474-
Athé:<ée de Brescia ,212.
— de Madrid , 424.
Autel antique découvert près de Be-
sançon . sur la route de Dûle, 21S.
B.
Babey , C,— B.,583. N. 204.
lîaiyle's History cf the Tower of
London , 662.
Barbier, C — B. 585.
Barbieri , Nuova raccolia teatrale^
5-7.
Barreau (Le) français , ou Collection
des chefs-d'œuvre de l'éloquence ju-
diciaire en France , 177.
Baudrillard, Traité général des eaux
et forêts, chasses et pêches, 578.
Bavière , Code de procédure pour ce
royaume, 655.
Bawr (Mad. de) , Histoire de Franc*,
189.
Bazot, Contes et autres poésies, 190.
Beaunier, Le guide des propriétaires
et des jardiniers , 587.
Beacx-arts, 421, 4^65 445 , 657 , 655.
{Koy. aussi les two^sDessik, Gra-
vure et SCCLPTCBE.)
Beccaria, Desdélils et despeines. 176.
Béclard et Cloquet, Description et
figures lithographiées de toutes les
parties du corps humain, ^^1.
Bella-dona (La) , préservatif contre la
Cévre, 655.
Belles-letthes. T'oy. Littébatcre.
Bellot, Exposé des motifs de la loi sur
la preuve civile . pour le canton de
Genève, i54.
Belzoni, Voyage en Egypte, trad. en
italien, 421.
Bentham , On the liberty of the
press, 355.
Berington, Histoire littéraire du xin»
siècle, 607.
Berriat Saint- Prix, Histoire du droit
romain, trad. en allemand , 202.
Biagioli, Jlime di F- Petrarca, col co-
mento, 196.
Bibliographie, i4i, i42, SGg.
Bibliothèque royale de Stuttgard,4i5.
— nationale de Genève, 4i9-
— du Vatican, 421.
— de l'université de Turin, 421.
— espagnole économico-politique, par
don Jean Sempere Guarinos , 079.
Bi^elciv and Ruinford , American
médical bolany , 54g.
Bignan , La Grèce libre, ode, 6og.
Bignoli, à Milan , publie une collect.
d'antiq. grecques et latines, 214.
Biografîacrsmonese, i56.
Biographie, 102, 111, 127, i4i» i84,
554 , 565 , 585 , 554 , 608 , 609.
— de Shakespeare, M. , i5.
— nouvelle des contemporains, par
Arnault, Jay, etc., A. , 325.
— dauphinoise, 255.
— des signataires de la déclaration
d'indépendance , 554.
Biographj {Select, ou Vies des per-
sonnages éminens qui ont été l'hon-
neur de leur patrie , i52.
Biot , Précis élémentaire de physique
expérimentale , 2<= édit. , 585.
Boehr, De Apolline Patricia et Mi-
nerva primi^enia Atheniensium,
144.
Boitard, Botanique des dames. 575,
Bonjour (Casimir) T'oy. Mère rivale.
Bonnellier, La promenade aux tom-
beaux, 195.
Bonnin , Doctrine sociale. L'auteur
fait l'offre de cet ouvrage aux Cor-
tès de Portugal , 420.
Borgnis , Traité complet de mécani
que appliquée aux arts, A. , 42.
Bory de Saint-Vincent, Voyage sou
terrain, 586.
Bossi, Dell' isioria d'Italia anlica e
modema. A., 76.
— Storia délia Spagna antica e mo-
dema i56.
BOTAMQLE, 166, 168, 226, 549,574,
075,576,413,634,670.
Boita' s Hislory cf the warof the in-
dependence of the United states ,
55o.
Bottanî , T^o: . Epizooties.
Boulage, Principes de jurisprudence
française, 177.
Bowlcs. roy.Byron.
Bretschneider , Lexicon novi Tesla-
menti grœco latinum manuale ,
416.
Briefe von Joseph II, 566.
Brossette (Notice sur) , 609.
Broughton's Age ofchristian reason ,
556.
Buccelleni , auteur dramatique ita
lien,2i5.
Buchon, C.-M. , i3.
Bucke, On the heauties of nature ,
129.
Buckland, Vindkiœ geologicœ , 552.
BiLLETi:* BIBLIOGRAPHIQUE (III) : Al-
lemagne , i43 5 358 , 565. — Dane
marck, i4i 1,557. --Espagne , iSg ,
567, 578. — États-Unis, 126, 349,
554. — France , i65 , 872 , 583. —
Grande-Bretagne, 127,502,554.
— Indes-orientales, 55i. — Ital
154,565, 575. — Norvvége, j58,
564-— Pays-Bas , 161,569,580.
Pologne, i56, 562. — Russie, i56 ,
557. — Suisse, i52, 564, ^75.
Bnret de Longchamps, Tableaux his-
toriques, chronologiques et géogra-
phiques, 584, 675.
Burgos, Laspoesias de Horacio, 161,
Butler's ^ Sketches of universal his
tory , 55o
Butter s Hisforicalmemoirs, 102.
Byron (Lord), Lettres sur les écrits du
révérend W. L. Bowles, i54.
— La Vierge d'Abidos , trad en polo
nais, 565.
— Manfred ,trad. en danois, 634.
TAUÎ.E ANALYTIQUE
Byssus (Sur le) des anciens, et sur son
identité avec le duvet des chèvres
de Cachemire , M. ,241.
— Observations de M. Jaubert , 25 1.
Lettre à M. Jullien , 642.
c.
Cachin. ?^q> . Digue de Cherbourg.
Cadet de Vaux , Traités divers d'éco-
nomie rurale, 588.
Cagnoli de Vérone (Hommage rendu
à la mémoire du célèbre astro-
nome) , 567.
Cailliaud (Extrait d'une lettre de M.),
voyageur français en Nubie, 620 ,
626.
Cailleux (;V. de) , est nommé secré-
taire général du musée royal , 675.
Canal delà Hollande septentrionale ,
655.
Cap de Bû>'.ne-Esp£rasce , 2o3.
Currara , Délie acque semitermali di
S. Pelle^rino , 576.
Carion-Nlsas, Bonaparte et Napoléon,
604.
Cartes géographiques en relief, par
P. Lartigue, 228.
Casirillon , Nomenclatura de las bel-
las lelras, 161.
Catalogue des tableaux exposés par
l'académie américaine des beaux -
arts, 127.
Catalogus librorum samscritorum ,
quos hibliolhecœ universitatis
Hafniensis, vel dedil uel parant
N. IF allie h, \l^i.
Catéchisme de la morale publique ,
par Ledesma, 159.
Catelacci. Voy. Dante.
Catholiques (Mémoires sur les) an-
glais , irlandais et écossais , par
Butter , i52.
Cennino Cennini, Traliato délia pit-
tara, 578.
Cesari {Antonio] , La fila di Gesîi-
Cristo. 365.
Champollion le jeune, Recherches sur
la géographie et l'histoire de l'E-
gypte, avant l'invasion de Cambyse,
224.
Chants nationaux ( Collçction de )
norvégiens , 565,
DES MATIERES.
Charles ihe first pourlrayed , 354.
Charrue (Nouvelle), de l'invention de
M. Locke , à North-Molton , 206.
Chasse , 687.
Chemin-Dupontès, Cours d'uranogra-
phie, 186.
Chénier(M. J.) , Théâtre, 597.
Chevalier, ingénieur , Catalogue de
ses instrumens, 692.
Chèvres ( Sur les ) de la race thibé-
taine, M, , 5,
• — identité de leur duvet avec le Bys-
sus des anciens , M. , 1^1.
-—observations de M. Jaubert, 26 1.
Chicchiatelli, Nuouo sistenui cUforti-
ficazione , i55.
Chimie ( Elémens de) , par Millar ,
12S.
— élémentaire (Traité de) , par Thé-
nard , 169.
Chine , 201.
Chirayita, plante célèbre en Asie ,
226.
Chiruhgie ,159, i65, 201, 349 , 4o^'
Choix de tableaux et statues des plus
célèbres musées et cabinets étran
gers , 099.
Christianisme (Progrès du) dans les
îles Sandwich, 4o3.
Chhonologie, 353, 384, 385 , 58o ,
675.
Churruca , Rejlexiones a las Cartes j
161.
Ciampi [Sebastiani), Not'um examen
loci Liuiani de legatis Romanorum
Alhenas missis , etc., i36.
par Schweigbaeuser , 562
ClassiCcation des sciences , par To-
rombert, 171.
Clemencin (Diègue), éloge de la reine
Isabelle de Castille, 36o.
Colleccion de memorias historicas j
politlcas, 160.
Collection des lois castillanes, 368.
Collège de médecine et de chirurgie
de New-York , 4o3.
Colonie (De la) de Fréderiks-Ovord ,
162.
Colonies ( Considcrationf; sur les 'l .
581.
Comète découverte parM-PrevcI, en
Chine, 201.
Commerce, 170, 202, 25i , 440-
Compas perfectionné et le calculateur
de M. Laur , 222.
Conde , Histuria de la dominacion de
los Arabes en Espana , 160.
Conjuration de quatre-vingt-seize gen-
tilshommes polon. , par Fayot, 1S7.
Conradi, Einrichtun^ der medicini-
schen Klinik . 358.
Conseil de Salubrité^Sur le) établi près
la préf. de pol. de Paris, M., 252.
Considération sur la distinction des
personnes , 162.
Conspirations (Des) , par Guizot, 176.
Constitutions ( Collection des) , char-
tes., etc. des peuples de l'Europe et
dés deux Ataériques , 5g8.
Copernic , son système du monde est
adopté par le gouvern. papal , 643.
Coquerel , C.-B. , 393,
Coquilhat , Exposé du système d'édu-
cation primaire, etc., 162.
Corréard. Vqy. Naufrage.
Corse (^État actuel de la), par Poni-
pei, 182.
Cortès d'Espagne , 423.
— de Portugal , 4a5.
Corti, Uarte delnuoto ^ 5y5.
Court (J. D.) de Rouen L'académie
des beaux-arts de Paris décerne à
ce jeune artiste le premier grand
prix de peinture , ^ôG.
—La ville de Rouen vote en sa faveur
un encouragement , 427.
an Phil-
Cuves en plomb pour conserver les
grains et les farines, /^c>-.
Cuvier, Recherches sur les ossemcns
fossiles- 379.'
Cynisme (Du)", par Montrone , 576.
Cyrène. Foy. Thrige.
D.
Daniiion, C.-B. 069. ^ _^
Da^emabck, lii, 209, 357,634.
Dante (L'Enfer du) , traduit eu vers
lai.ins, par A. Calelarri, if^S.
— La di^ina commcdia, Sjj.
Da vy 's jiccu ur.t of Ccy' lan , 5 5 7.
D'Avot J*Iadame) , Lettres sur l'An
gleterre, 588.
Decadas medicb - quirurgicasy far
Tiiaceuticas, iSg.
Decandolle , Regni vegetahilis sjs-
temu naturale , 574.
— Icônes seleclœ plan tarum , etc., 576
De la Haye , De la nécessité de rélbr
mer l'enseignement médical dans
la Belgique, 069.
Delambre , Histoire de l'astronomie
moderne, A. 474-
— Rappoit sur les mémoires lus à l'aca-
démie des sciences, par M. dePara-
vey, 5S2.
Deleau jeune , Sur l'abus du vomisse-
ment provoqué dans les maladies ,
592.
Bepping, C.-A. 102. -îî. 1475391, 569.
Descourtiltz , Flore médicale des An-
tilles, 075.
Dessin et Peinture , 137, 399,4^6,
578.
Destutt-Tracy , Principes d'économie
politique, trad. en espagnol , 678.
l'evonsbire (iNIadame la duchesse de)
fait présent de la version de l'Enéide
d'Annibal Caro à la bibliothèque du
roi de France, 205.
DiCTiONAAiHE géographique de A. Ve-
gas, 159.
— bibliographique d'Ebert , 669.
— hislor., par l'abbé de Feller, 585.
— des sciences natur., To. XIX, 572.
— des sciences morales et politiques
(Projet), 203.
— classique d'histoire naturelle, 253.
— grec du Nouveau Testament , par
Bretschneider , 4i6.
— danois, 654.
— vocabulaire bohémien j 635.
— languedocien - français , par l'abbé
de Sauvages, 606.
— vocabulaire des mots anciens tom-
bés en désuétude, par Ch. Pougens,
678.
— (Nouveau) général commun à toutes
les langues, par Pottier (Projet) ,
255.
Digue de Cherbourg (Mémoire sur la),
par Cachin, A.,2So.
Dionjsii Ha/icarnensis de composi-
TABLE ANALÏTIQVE
tione uerborujn liber ^ éd. Gaeller,
56i.
Discours prononcé dans la séance pu-
blique de l'académie Ionienne, le
i5 août 1809, par Ch. Dupin, 456.
Dispensaire royal pour les maladies de
l'oreille, institution bienfaisante de
LondreSj 4io.
DbOIT NATl'KEL, 424'
— PDBLic (Exposé du) de l'Allemagne,
par le baron Schwarzkopf , 642.
Dufau, Ilist. gén. de France, A., 296.
Dufour (Léon), Nouveau voyage dans
les montagnes maudites, 586.
Dulaure. T'oy . Gaule.
Dupin , avocat , observations sur plu-
sieurs points importans de notre lé-
gislation criminelle, A., 60.
-C.-A., 489. — B., i53.
Dupin (Charles) , Considérations sur
quelques avantages de l'industrie et
des machiaes, en France et en An-
gleterre, 171.
— Voyage dans la Grande-Bretagne ,
2= partie 171.
— CM., 456.
Dupuis, Abrégé de l'origine de tous
les cultes , 595.
Duval (Amaury). Voy. Orloff.
E.
Eberls Allgem. biblidgraphisches
Lexicon , 569.
Ecole des arts et métiers(Projetd'une) ,
à Madrid, 4^5.
— spéciale de commerce, dePai-is,44o.
— pour l'éducation des enfans pauvres
au Port Jackson, 622.
Economia gênerai ( frincipios de là),
, 159.
Economie dombstiqdb, 189, 228.
— POLITIQUE , i59, 179, 181, 35o, 070 ,
(Elémens de la science de l'),par
Mill, i5i.
— RURALE, 5, 205, 378, 4l4» ^37, 493»
, 5i8, 588, 639.
Ecosse, 204, 574.
Edgenorth (Maria), Mémoires de Ri-
chard Lov. Edgeworth, 554.
Education, 162, 493> 563.
Egypte (Descrip. de 1"), 190, 097, &i \ ,
— (L'), sous les Pharaons, par Cbam-
pollion le jeune, 224.
DES MATIERES.
—Ancienne ville de Méroë, 4»o-
âtOQUERCK, 369, 45c.
— jiDiciAiRB, en Fiance, 177.
Émail Nouvei)pour la porcelaine, 2o5
Émigration anglaise au cap de Bonne
Espérance, 2o5.
Emma, ou la Nuit des noces, par Hyé
val, 191. .
Emma, ou la Promesse imprudente ,
opéra , par Planard, 259.
EiscvcLOPÉDiK des Dames, 189, 075.
Enoch (Le livre d') le prophète , par
l\. Laurence, 129.
ESSEIGISEMKNT ÉLÉMENTAIRE, 23o, 67O.
Enseickeme.nt mutuel h Angers, dép.
de Maine-et-Loire, 656.
à Metz, dép. de la Moselle, 656.
École fondée par M. Baudouin à
Troyes, 216.
La priorité de l'invention de cette
méthode appartient aux Arabes ,
2o4.
Épizooties ( Des ) contagieuses et non
contagieuses, par Bottani, i55.
Espagne, iSg, i6o, 214,567,425,578,
648.
— (Histoire de l')ancienne et moderne,
par Bossi, i56.
Esprit dutems (Qu'est-ce que 1 ), 146.
Este^an, El desembarco de Los Rusos,
Etats-Unis , 68, 126, 197, 049» 4oo,
4o4, 554, 620.
— (Histoire des), 55o.
—(Histoire de la guerre de l'indépen-
dance des', par Botta, 55o.
Eudocia, roman allemand de madame
jN'aubert , 656
Fayot, f^'oy. Conjuration.
Fellenberg (Des instituts de M. de) à
Hofvvyl. A. , 495.
Fcller, Dictionnaire historique , 385.
Fénélon, Œuvres choisies , 174.
— Pensées et maximes, 170.
Ferguson, Principes de la science mo-
rale et politique. A., 28g.
Ferme expérimentale d'interlaken, ,
659.
Fernandez Disertacion hislorica,etc. , .
368.
Fcrrier , Du gouvernement considéré
dans ses rapportsavec le commerce,
178.
Ferry, C.-A.,474.
Filial affection , 554.
Flore d'Oware et de Bénin , par Pa-
lissot de Beauvois , i68.
— médicale des Antilles, par Descour- ,
tiltz, 575.
Foderé, Voyage aux Alpes maritimes,
592.
Fontenelle , Pluralité des mondes ,
58i.
Fragmens de philosophie botanique ,
par Marquis , \6Q.
Frâhn, Nouvelles publications, 633.
FaASCE, i63, 216, 2S0, 296, 372, 426,
554, 583, 655, 676.
— (Considérations sur la), par J. de
Maistre, 600.
— (Histoire générale des institutions
militaires de), 602.
— (Hist. gén de),p*Dufau, A , 296.
Francœur, C.-B. 585, N. 20!, 207.
Frank, Traité de médecine pratique,
traduit en français, 590.
ExilésfS de^Parga, poème par Or- Frankenstein, ou le Prométhée mo-
dre 1 2 derne, par madame Shelly, 191.
ExpTD'iTiLsrusses,62i-anglaise,622.Friedlander, C.-B., 358
Expéditions russes, D2 1 — augiai^v.,----- ---7 , ui-„-,».„ <;«-
Fxnortation (De 1') et de l'importa- Fntot, Science du publici»te, 597
^r^des griins, par Ouin, 179... ^^?^f^}P^-^}l\tr:^ ^^"^
llUUl VA\^J jiji«- — -, j ,- f « _
Exposition de tableaux ausEtats-Unis,
127. ,
—permanente des produits des beaux-
arts de Vienne, 657.
Familles célèbres d'Italie , par Litla,
565.
Fastes (Les) universels , par Buret de
Longchamps, 384, 675.
de
l'État de New- York, 1 26.
G.
Gaeller, Voy.Vionysius Halicarnen-
sis.
Galerie française, ou Collection de,
portraits, etc. , 184.
A. 534.
Garcia , Elemenios de la lerdadera
Icgica, 578.
8
TABLE ANAL\Tlyi;E
Gaule (Les villes de la) rasées, par J.
A, Dulaurc, et rebâties, par P. A.
de Golbéry , 6 ta,
Gauttier(Édouard),C.-A,.28o.B.j557.
Gazette de la Géorgie septentrionale,
56o.
GazT-era {'^ostanzo), Leltera, i58.
Geanny (de Gavedell) , C.-A., 5ji.
Genoino, auteur dramatique italien ,
plusieurs de ses pièces , 6/(5.
GiioGHAPHiB, i5g, 182, iS5, 210,228,
382, 557, 625, 675.
— moderne et universelle , par Gu
thrie, 1S6.
Géologie, 197, 586, 620.
— (La) conciliée avec la religion, par
Buckland, 352. ^
Gérard , Les trois âges , gravés par
Morghen, loS.
Girardin (Opinion de) sur le retran-
chement du budget d'une somme
de5o,ooofr. destinée à l'instruction
primaire, 187.
Globe en relief do M. Zcune à Berlin,
pour l'instruction d es aveugles, 2 1 o!
Goffaux , Tableaux chronométriques ,
0S5.
Golbéry. Voj. Gaule.
^6:, 362, 568, 570.-N. 212 , 4io,
427, 653.
Golowkin (Le comte Fédor), Lettres
diverses, 574.
Gouvernement (Essai sur l'histoire du)
et de la constitution anglaise , par
Russel, 102.
Grafigny, (Madame de;, Œuvres com-
plètes, 393.
Grammaire finlandaise, par Strahl-
mann , 357.
Grande-Bretagive, 127, 171, 204, 352,
588,410, 518,554,627.
-■ Sa situation et ses ressources en
agriculture , en commerce et en fi-
nances, parLowe, 4ii.
Grattan (Colley), Philibert, roman
poétique, 54i.
Gravure, 184, 195, 237, 534.
Grèce (Messénienne sur la liberté de
la), 609.
— (La) libre, ode par Bignan, 60
— (Voyage dans la ), par PouqueviUe,
A. 33i.
—Instruction publique. M., 453.
Grecs (Chant des), 609.
— (La cause des) est la cause de l'Eu-
rope, 14-.
Grimm, Ueber Deutsche Runen, Szo.
Guillaume I", tragédie, par Alvin ,
i63.
Guizot, Des conspirations et de la jus-
tice politique, 176.
Guthrie , Nouveaux élémens de géo-
graphie , 186.
— Nouvelles notions de géographie ,
186.
Gymnastique , 575.
—médicale, par Londc, 3So.
H.
—(Le réveil de la), par Stober, 619.
- (Renaissance delà), par Krug, 146
Habit (L') retourné, opéra en un acte,
679-
llammer, célèbre orientaliste, à Vien-
ne, reçoit du Shah de Perse les or-
dres du Soleil et du Lion, 4o4.
Hansteen à Christiania, ses nouvelles
observations sur l'action magnétique
du globe terrestre, 207.
llarmon's Journal oj voyages and
travels, 554.
Harsfield , Recherches zoologiques
dans 1 île de Java, 4ii.
Hautpoul (La comtesse d'), Cours de
littérature anc. et moderne, 188.
Ilaiiy, Traité élément, de physique,'
3<^ édit., 583.
Haydn (Hommage à) dans sa ville na-
tale, 638.
Hébert , Rapport sur les travaux de,
l'académie royale des sciences de
Caen , 6i4.
Heeren, Carlhage considérée dans ses
relations politiques et commerciales,
trad. en hollandais, par Dornscif-
fen , 370.
Heiberg, Om Adel i Norge, i38.
-C.-B., i4i,564. N.,634.
Henry, G. M., 241.
Héreau,C.-B., 189, 388,393, 610 —
Rédaction générale du Bulletin
hihliograph. et les art. signés E. H.
Hérodote (Commentaires sur), par F.
Crcuzer , 369.
'Histoire. 89, lôa, i56, 187, 189, 296,
DES MA.TlEa£S.
5o6, 55o, 568, ojo^ 584, 585 , 388,
391, 39a, 45a, 563, 5ç)6, 6o4, 653,
675.
-(L') envisagée comme composilion
litlcraire, par Senée, 6o3.
— (Matériaux pour servir à 1') de Li-
thuanie, etc., par A. Kotz,ebue, i43.
-des états prussiens, par Poelitz, 565.
-d'Italie, parBossi,A- 176.
-civile et politique de la nation espa-l
pnole , 676.
-de la domination des Arabes en Es-
pagne , par Condé , 160.
-de France, par Ségur, 676.
-l;i nér. de France, par Dufau, 296.
-de France par mesdames de Bawr
et de Maraise , 189.
— de l'Assemblée constituante , par
Ch. Lacretelle, A., 89.
Rabaut Saint-Etienne, 588.
— LiTTÉHAïaK du xiii« siècle, par Bé-
rington, 607.
— NATUaELLE, 223, 226, 233, 2^1, SjS,
577? ^795 426, 642, 655.
History ofthe United States, 55o.
lludgskins Travels in the North of
Cfermanj'y i5i.
Hofwyl. Vqy. Fellenber^
Ilogcndorp (C. G. Van), Recueil de
pièces concernant l'économie poli-
tique des Pays-Bas, 570.
Uomers Hymnus , etc. l'on Sickler,
568.
Uorace, traduit en vers espagnols, par
Burgos, 161.
Hospice du Saint-Bernard, 64o.
Humbert, Des moyens de perfection-
ner les études littéraires, 575.
Ilutchinson , Essai pour retrouver les
principes de l'ancienne philosophie,
411.
IIydboceaphie, 280,549.
HvDEOTECHNlQUIi, 653.
Hyeval. P^qy. Emma.
Hygiène, 38o.
Hypocondrie (Essai sur 1';, par Reid,
353.
I.
Ile de Ceylan, 4o4.
— Iles Aectiques, 620.
— Philippines, 4o5.
-S
et à Dar-cl-Kamar , an mont Liban ,
646.
Inamovibilité (De 1') des pasteurs du
second ardre , 585.
Indes Orientales, 201, 202, 35i ,
557, 621.
Index {General) to the gentleman' s
magazine , i52.
Inquisition religieuse (Histoire abré-
gée de 1') en France, par Lanjuinais,
596.
Institut royal des Pays-Bas, 070.
— de France, 221 , 429, 665.
Institutions militaires de France, 602.
— politiques (De l'esprit des), par
Massabiau, A., 489.
InSTRLCTION PLBLIQUE, 2I9, 439"
— (Sur les avantages de 1') chez les
grecs modernes. M,, 453.
Inventions. Voy. Arts mécaniqcbs.
Irlande, 627, 65o.
Italie, i54 , 212, 365, 4'9 5 556,
575, 645.
— (Histoire d') ancienne et moderne
par Bossi, A., 76.
Italy and the Italians , 556.
Ii'anhoe , a romance hy the author of
JVauerUy 1 618.
J.
Jardinage , 587.
Jaubert, voyage en Arménie et en
Perse, 186.
— Observations sur le Byssus des an-
ciens, 25 I.
Java, I^w.
Jawis (S. F. ) , Discours sur les tribus
indiennes de l'Amérique du nord ,
127.
Jean- Sans -Peur, tragédie par Lia-
diércs , 678.
Jomard, C.-B., 570. N., 625,626,674.
Jordan (Camille) , son portrait gravé
par H. Ch. Muller, 237.
— Œuvres choisies, 445.
Joseph II (Lettres inédites de) , 566.
JOCBNAUX et recueils PÉRIODIQUES, CU
Afrique: Il libéral Africano , pu-
blié à Ceuta , 627.
—en Allemagne : Neue Berliner Mo-
natsschrifl^ li^.—IFiener Jahr-
hiicher, i5o. — Der Z uschauer ^ pu-
— SANDWICH, 40J. nucncr, iokj.—jj,,, ^ ,o.,^..^^^. , y^
Imprimeries turques à Fera , à Sculari blié à Berlin , 212.— Fcjcrslunden,
10
TABLE AXALYTIQVE
publ. à Vienne, (\.i(,.—Darslellun-
gen ans dem preussischen Rheinu.
Mczel Lande , publ. à Creutznacb,
4i6. — Die VoTzeit, publ. à Cassel,
417. — iî/oro-erai/aW , publié à Stutt-
gart!, 5-^i.—Aeshulap, publié à
Leipsick , 655.
—en AngUterie et en Irlande : The
gentleman'sMagazine,puh\.kLoa-
dres, i52. — T/ie retrospectire Re-
viens publ. à Londres, 556. — Jour-
naux publiés à Dublin au nombre de
quatorze , 65o.
— aux Etals-Unis : Journal de l'aca-
démie des sciences naturelles de
Pbiladelpbie, 1 i&.—Annualphilo-
sop/izcal Magazine, puhh à Ncw-
Yorck, 1 26.— A--,.;/, American Re-
view, publ. à Boston , 55o.
—en France: Chronique religieuse,
pubhée à Paris , 4oo.— Chrisliiche
Mitiheilungcn. publ. à Strasbourg,
400.— Journal des savans, publ. à
Paris, 4oo. — Nouv. Journal des
dames, 4oi.— Annales de l'agri-
culture française, 617. —Feuille
d'annonce de la ville de Castelnau-
dary,6i8.
K.
Keppel Craven's Tour through the
southem provinces of the kingdom
qf Napies , 554 •
Kerss BarsteUung derFabril-en, ôSg.
Kinsberger (Van j , amiral hollandais ,
hommages rendus à sa mémoire ,
2l5.
Kock (Paul de), Voy. Philosophe.
Koran (Le\ publié à Kasan , aux frais
d'un négociant, 635.
Kotzehue ( Aug. ) Switrigail, i^Z.
Krug, Griechenlands IVûrdigung ,
146.
-en Italie : Antologia , publ. à Flo-
rence, 643. -j- — ô
-en Norwé^e: Le Mercure du nord.— ^^i^olès , C.-B. , 1 2g
Le journal de l'Empire. —La Feuille
nationale. —Le Spectateur norwé
gien. -La Feuille du malin; tous
les cinq publiés à Christiania, 20S.
—dans les Pays-Bas: Irène, publ.
a Amsterdam , 872.
—en Russie: L'Invalide russe , publ.
à Pétersbourg, 655.
en Suisse: Annales de législation et
de jurisprudence, i52.
dans la Turquie asiatique : Le Spec-
tateur oriental, journal franc., publ.
à Smyrne , 4o4.
Jovellanos , Sur .les divertissemens
publics , 569.
Jullien (M. A.) de Paris, fondateur
et directeur de la Revue Encycl.
C.-B. 190, 191,604. N. 255.
JuRispauDENCE, i52, i55, 175, 176.
—française (Principes de), par Bou-
lage» Ï77- I
Lacretclle (Ch.), Histoire de l'Assem-
blée constituante. A., Sg.
Lafond de Ladébat, C.-A., 6S.
Lake's , Sketches oj poetrj , 61g.
Lalande , astronomie des dames , tra-
duite en polonais, 662.
Lamourous, Exposition méthodique
des genres de l'ordre des polypiers,
577.
Lancasfenan sjstem ( Mànual of
the ) , 12J.
Lancette. Voy. Biografia.
Langlois , Description historique des
maisons de la ville de Rouen, 44^.
Lanjuinais, C.-A., 60. B. 171,582,
590.
— Mémoires sur la religion, SgS.
— Histoire abrégée de l'inquisition re-
ligieuse en France, 5g6.
— Lartigue. Vqy. Cartes.
Lascàses fils , Plan de l'habitation de
Napoléon dans l'ile de Sainte-Hé-
lène, iij6.
Laur l'oy. Compas.
LauraTice, The bpok of Henoch, )29.
Laurent' s Recollections Ôf a classi -
cal Tour, 354.
LauiTiglon's Enthousiasm, of nietho-
disls and Papists , 556.
Ledesj::a , Catecisino de la moral ci-
vil , i5g.
Legend i The) of/Irgyle, 56 1.
Législation. i52, 208, 368, 425, 45i,
564, 5i,8, 635, 648.
DES MATIÈRES.
11
(Coup d'œU sur la aouveUe), Luther, inauguration de sa statue
is-^ Bas 162 colossale a \Vittemberg,0o7.
uim/.elle (Observations sur plu- Lymon Rapport fait à la société dV
euis points importuns de notre ^,
ar Dupin, A. , 60.
ewel. Dernières années du règne [
e Sigismond- Auguste , 565.
ncrcier. f^qy. Louis IX.
Normand, C.-A , 42.
ur. F'oy. Annuaire,
dières , Jean-sans-Pcur , tragédie ,
78.
erté de la presse (De la ) , par
. Benlham , 353.
în Norwége, loi y relative , 208
joi y relative, rendue par les Gor-
ès d'Espagne , 648.
ui.>i..> , n — --
colossale à Wittemberg, 607,
ynion, Rapport fait à la sociét
griculture de Hampshire , 549.
M.
Machine à plonger, de M. Farkas , à
Vienne, 209.
Machines (Des) employées dans di-
verses fabrications , 47»
Macnab,Oh3ert.-alivnsonihepoUiical,
moral and religious state of ihe ci-
vllised world, 4o2.
Magnétisme. Voyez \i.dca&te,ca.
— animal ( Expériences sur le), par
du Potet, 079.
iMahul (A.) , C.-A , 89. B, , i36, 6o4
•HOGRAPHiE , progrès de cet art en 1^^^^^,^.^,^ ^^j,j,QlQgjjjye^ 608.
.\ussie , 207. .
' Progrès de la ) à Stuttgard^ 4 18.
la, Famiglie celebri iialiane, 365
niiRATUEE Allemande, i49 » i^o,
m , 212, 062, £66, 568, 572, 674,
iig, 636. — Anglaise, i33, 34i,
j.49, 561,618, 619.— Arabe, 402.—
Biblique, 129, 556, 593. — Danoise,
i4i, G34, — Espagnole, 161,569.—
Française, 102, 111, 174? 18S, 191,
192, 193, 593, 394, 395, 397, 445,
446, 540, 600, 609, 610, 67S.— Hol-
landaise, 162,371.— Italienne, i55,
157, i58, 2i3, 365, 366, 411^ ^77,
643, 644. — Norwégienne, 565.—
Polonaise, 565. — Russe, 206.—
Samscrite, 142.— Turque, 646
Italienne (delà), dans la seconde
moitié du xviue siècle , 365.
ÎL'es [The) ofeminenlSculsmen.ZS^
Maison de banque de consignations
commerciales, établie à Paris, 23 1.
Maistre (Joseph dej , Considérations
sur la France , 600.
llajo {Jngelo). Iliadis fragmenta
antiqiiisdma cum j>icturis , ô6j.
Manuscrit palimpseste , contenant
plusieurs iragmens du code Théo-
dosien , 42'-
Manzanarès, Inconvéniens de l'ensei-
gnement mutuel. d'après la méthode
de Lanças ter, 5So.
Marais mouvant de Kilmaleady, en
Irlande, 627.
Maraise ( Madame de ) , Histoire de
France, 189.
Marasquin Mahaleb, 22S.
Maroc , 2o4-
Marquis, Fragmens de philosophie bo-
tanique, 166.
lorenie iJuan-Anlonio) iJfemor/a Marré. Foyes AUieri
historica, 568
-Apologia calolica del proyeclo di
conslilucion religiosa , 4oi .
-C.-B , 159,367,578., N.648.
och ( James) Compte rendu des bo-
nifications faites aux domaines du
marquis de Stafford, A. , 5 18.
OGiQCE , 578.
lOnde, Gymnastique médicale, 38o
iOngévité (Exemple rare de) , 4o4.
.orehzoda Ponte {An extract from
tlie llfeof), x-i.-].
iouis IX en Egypte, tragédie, par
Lemercicr , 445.
Marron , G -B. , 58o.
Martinique, sur les plantes de cette
île, 4i3.
Massabiau, De l'esprit des institutions
politiques. A., 489-
Massacre des étrangers à Manille ,
4o5.
Mathématiqces, 222.
Mécasiqub (Traité complet de) appli-
quée aux arts , par Borgnis, A. , 42.
Médecine, 159, i63,2i5, 553, o58,
569, 4o5, 410, 554, 590, 592, 635,
Mélanges de la société littéraire de
1 Bruxelles ,571.
1 9
•^-^ TABLE ANALYT1<,>IE
Mémoibes et RAPPOBTS de sociétés sa-
rantes et d'utilité publique de l'aca-
démie des sciences de Pétersbourg,
i56. — De l'académie des sciences
de Bruxelles, 161.— De la première
classe de l'institut royal des Pays-
Bas, 570.— De l'académie de l'his-
toire d'Espagne, 368 —De l'acadé-
mie royale des sciences de Caen',
614.— Delà société d'agriculture du
département du Doubs , 614.
Rapports (Premier et second) de la
société , pour prévenir la pauvreté
de New-York, 68.— (Troisième) de
la société biblique américaine,! 26.
— Annuel du conseil américain pour
les missions étrangères, 54o (Cin-
quième) de la société de paix de
Massacbussets, 549.— (Cinquième)
de la société d'éducation améri-
caine , 349. — (Troisième) de la so-
ciété de colonisation américaine,
349. — De l'académie ro\ale des
sciences de Rouen, 164.— De la so-
ciété de médecine de Toulouse ,
i63. — Transactions de la société
royale de Londres, 127,
Mémoires , notices , tETTEES et mé-
langes fl.) : Sur les chèvres de race
thibélaine, 5.— Biographie de Sha-
kespeare (Buchon) , i3.— Notice sur
les sculptures duParthénon (P, A.),
29- — Dissertation sur le Byssus des
anciens (Henry), 241.— Notice sur
Je conseil de salubrité , établi près
la préfecture de police de Paris
(E. Salverte) , 252. — Observât, sur
les revues scientifiques et littéraires
anglaises (B.— y.) , 449. _ Sur les
avantages de l'instruction publique
chez les Grecs modernes, 435. —
Discours prononcé dans la séance
publique de l'académie Ionienne,
le i5 août 1809 (Ch. Dupin), 456.
Memoria sulle strade e su' ponii mi-
litari, i55.
Mère rivale (La) , comédie, par Casi-
mir Bonjour, 238.
Mersan(de S Manuel du chasseur, SSr,
Métrai (A.),C.-B , 170.
Mexique (Mémoires sur la révolution
du), par Robinson, 35o.
Michclot, C,-B. , 169, 179. 614. —La
rédaction générale des Nouut
scientifiques et littéraires , et
articles signés M — t.
Microscope du professeur Amici .
Modène, 420.
Mill's éléments ofpolitical econoi
i3i.
IMillar's éléments of chemistrj, 1
Millin, hommage décerné à sa i
moire par l'académie des insc
tions et belles-lettres de Paris, 4
MilVs Treatise on Inland nauigati
MliyÉBALOCIE, 62O.
Mogols (Hist. des) et des Tatares, (
Moldavie , 187.
Moniémont, Voyage aux Alpes e1
Italie, 393.
Montesquieu, Esprit de lois , trac
en espagnol , 57S.
Montolieu ( Madame de ) , Œu^
complètes, 190.
Montrone.Del Cinismo, 576.
Monument proposé par l'acadéi
des beaux-arts de Madrid, pour é
niser la journée du 9 juillet 18:
où le roi prêta serment à la con
tution,653.
— proposé par la municipalité
Madrid , en l'honneur des victir
de la journée du 2 mai 1808, 65
— en l'honneur de Bayaid , prop
pour orner la ville de Grenoble, 6
— érigé à Wittemberg en l'honn.
de Luther, 657.
Moore (Thomas) d'AIicante, Obs
vations sur le crédit public, 067
Mora, Dlscurso, etc., 161.
MOBALE , 289.
Moratin {Comedias de), 619.
Morghen. Vojez Gérard.
Morin. Voyez Ordinaire.
Mouline , Les leçons de la parole
Dieu sur l'étendue et l'origine
mal dans l'homme , 564.
Muller, graveur. Voyez Jordan.
Muller (Jean de), Histoire universel
traduite en hollandais par Van Kai
pen , 570.
Musée d'histoire naturelle de Bc
deaux , 655.
— d'histoire nalur. de Cent vc , 4iq
— spécial de copies ( Sur la néccss'i
e former un) , M. , 29.
sset-Pathay, Histoire de la vie et
es ouvrages de J.-J. Rousseau, A.,
02 , 111.
rHOLOGiE du Nord, Î09.
N.
farrondo , Memona presenlada a
as Corles , 067 .
PLEs (Mém. hist. sur le royaume de),
)ar le comte Orloil', i85, A. , 3o6.
poléon Bonaparte (Mémoires de) ,
92.
((Kuvres de) , 092.
(Documens historiques sur la ma-
adie et la mort dej, 392.
Voy. Carr^on-Nisas.
TATION , 5j5.
ufrage de la frégate la Méduse, par
Corréard et Savigny, 091. ,
cker de Saussure, Voyage en Ecosse,
ccROLOGiEs : Le comte Cluétien de
Stolberg, à Eckernforde , dans le
duché de Schleswig, 209.— L'abbé
Simeone Assemani, à Padoue, 214.
— Marcheua , en Espagne, 214. —
Carie Vanloo , peintre français, 259.
— Godefroy, naturaliste français ,
massacré à Manille, 4o5. —Arthur
Young, secrétaire du conseil d'agri
culture de Londres, 4'i- — Cl. L.
Buch, à Munster, 4i8. — Weber,
maître de chapelle du roi de Prusse ,
4iS. — Achard , de l'académie des
sciences de Berlin, 4 1 g- — Le comte
L. E. Corvetto, à Gènes, 421. —
F. L. Gilii, à Rome, 422. — Lefè-
vre-Boschard , à Saint-Quentin,447-
— Th. Thaarup , poète danois, à
Copenhague , 654. — Le docteur
Franck, à Vienne. 658. — C. A. Gé
rard , conseiller des finances, à Ber
lin , 638. — Le professeur Voss , à
Halle , 658.— J. T. Hermès, surin-
tendant ecclésiastique , à Breslau ,
659.— J. A. Rossmaeler, graveur, à
Leipsick, 639. — Lechevalier - Pe-
cheux, peintre, à Turin, 646. —
Madame Lerebours, à l'Arche, près
de Mans, 679.
fBWFOuNDLAN (Tcrre-Ncuve ) , colonie
antique, 4o4.
DES MATIÈRES. 13
Nicolini (Giuseppe) , auteur dramati-
que italien , 2i5.
Noblesse (De la) en Norwége, par
Heiberg, i38.
Nominations académiqees : Ph. Gol-
béry, à Colmar; John, à Berlin;
Haas, Hepp, Richard etEngelhardt,
à Strasbourg , 429.— Savigny, à Pa-
ris,45o — Buchner, à Landshut, 636.
— Liadières, 658. — Grange, 639.
NoawÉGE , i58, 207, 564.
Nota , auteur dramatique italien , nou-
velle publication de ses œuvres ,
645.
NocVKLLE-HoLtANDE , 62 1.
NonVELtES SCIENTIFIQUES ET LITTÉBAIRES
(IV.) : Allemagne, 209, 4i3,635.
— Gap de Bonne - Espérance, 2o3.
Chine, 201. — Danemarck, 209, 634.
— Egypte , 4;o. — Espagne, 214,
423 , 648. — Etats-Unis , 197 , 4o3 ,
404,620. — France, 216,426,655. —
Grande-Bretagne, 2o4 , 4ïo» 627. —
Hes Arctiques, 620. — Ile de Ceylan,
4o4. — lies Philippines, 4o5. — Iles
Sandwich, 4o5. — Indes orientales,
201,202,621. — Italie, 212,419»
643. — Maroc, 204.— Norwége, 207.
Nouvelle-Hollande, 621. — Nubie,
620. — Paris, 221, 429, 663. — Pays-
Bas, 21 5, 653. — Perse, 4o4' — Por-
tugal, 424- — Russie, 206, 633. —
Sierra-Leone , 202. — Suède, 207,
4i3, 634. — Suisse , 419» 639. — Tur-
quie, 423, 646. — Turquie- Asiatique,
4o4.
Nl'BIE , 623.
NuKISMATIQliE , 368.
Nuinmi Muhamedani qui in acad.
imperialis scienliarum museo asia-
lico asserfanlur, 6ô'5.
Nyerup et KrafTt, Dictionnaire des au-
teurs danois, i4i.
— Calalogus Ubrorum samscritano-
runi , guos bibliothecœ uniuersita-
tis Hafniensis val dédit, vel para-
vit N. PFallich ,142.
0.
Oelsner, Dissertation sur Mahomet,
traduit en hollandais, 58o.
Œdvhes COMPLÈTES de madame de
1 Staël, 88. 540; — de madame de
lA
TABLE ANALYTIQlïE
de madame de
Montolieu, 190
GraCgny, 3c)5.
— choisies de Fénélon, ij^.
de Camille Jordan, 44^
Oiseaux (Les^ et les fleurs, en arabe,
publiés par Garcin , ^02.
Opbtalmiste, ou l'ami de la vue, 162.
Opoix, De l'ame dans la veille et dans
le sommeil, 091.
Optique , 420.
Oracle de Delphes , par F.Torriceni,
565.
Ordinaire (J. J.) , Application de sa
méthode d'enseignementdans l'ins-
titution de M. Morin , 200, 670.
Ordre , Les exilés de Parga , 1 92.
Orlofl' (Le comte), Mémoires histo-
riques sur le royaume de Kaples,
publiés parAmaury Duval, A., 3o6.
— B., i85.
Os (Action des) employés comme en
grais, 227.
Osscmcns fossiles ( Recherches sur
les), par Cuvier, 579.
— humains, découverts sur les bords
du Scioto dans l'état de l'Ohio, 197.
Ouïn , De l'exportation et de l'impor-
tation des grains, 179.
Palissot de Beauvois , Flore d'Ov\ are
et de Bénin, i68.
PaniphleteeriThe), 555.
Panorama d'Athènes, 445'
Pareau, Lucius , sife napiganies ,
580.
Pahis, 221, 262, 429, 665.
Pariset (Madame) , Manuel de la mai
tresse de maison, 1S9.
Parry's Voyage fur the discouery oj
a norJi west paxsage, 558.
Parthenon (Sur les sculptures des
frontons du', M., 29.
Pasero, Note sur la véritable interpré-
tation d'une loi italienne, 178.
Pauvreté, ses causes et les moyens em-
ployés à J\êw-York pour la préve-
nir, A., 68.
Pays-Bas, i6i, 2i5, 069, 58o, 653.
Pei>tuhe, T'oyez Dessii\.
Pèlerin (Le) àbobromil, suite, 563.
Pebsb , 186, 404.
Peste (Histoire de la) qui s'est mani-
j feslée à Malte, Gozo, etc., pa
p. Tully, 554. *
Philibert, roman poétique, pai
I Grattan, A., 541.
Philologie, i36, i44 , 157, 235 , •
060, 56i, 567,416, 434, 570, 5
5So, 635.
Philosophe (Le) en voyage, opéra,
de Kock, 446.
PHitosopniE, 17,, 173,581,402,4
576, 5So, 6o5.
Physique , 206, 576, 643.
— élémentaire de Biot, 583.
— de Haijy, 583.
Phytographie médicale,par J.Roqi
076.
Pierre-le-Grand, tragédie polona
par Szumski, 564.
Planard. Foy . Emma.
Poésie, i5S, 161, 162, 192, 193,3
565, 565,568, 609,619, 654.
— DBAMATIQUK , l58, l63, 2l5 , 3
445, 446, 563, 577, 619 , 65i, 67
Poésies (Kecucil annuel de) de la
ciété littéraire de Bruxelles, i6
— de Falamonica, 645.
Poètes célèbres de l'Italie, collect
de leurs œuvres, laite sous la dir
tion de W. Roscoe, 4ii
'0
%>
Polémique littéraire, 209.
Politique, 182, i38, 146, i_^,
161, 178 , 187, 2i'4, 289,353', 5
I ^^/ ' i^?' //o^' ^97> 598 , 600 , 6(
D04, 600, 64s.
.Politz, Uniriss der Geschichle ,
I Preuzsisihcn Siaals , 565.
Pologne, i56, 662.
Polypiers. Vcy. Lamouroux.
Pompei. J^'oy. Corse.
Pont en chaînes sur la rivière Mer
mack, aux Etats-Unis, 620.
— de Louis XVII I à Bordeaux, 65
— du même nom , à Saint - Sev(
656.
Population de la Turquie, 423.
Porcelaine (Fabrique de) dans le d
parlement de la Haute - Vienn.
426.
Portugal, 424.
Potet, Expériences sur le magnétisa
animal , 579.
Pougens (Ch.) , Vocabulaire de mo
anciens, tombés en désuétude, 67<
— Lettres de Sosthène à Sophie, 67^
DES MATIERES.
15
•ouqueville , voyage dans la Grèce,
A.,55i.
^rices ( David) , Chronolo^^ical re-
trospect,'^'''^-
'eisné, Précis de la vie de Jésus-
Christ, 583.
'rix proposés : par l'académie royale
de Londres, 206 ; — par la société
d'instruction publique de la Corse,
2 1 (j ; —par la société des lettres, etc.,
de Metz, 219 ; — par la société de
pharmacie de Paris, 2a6; —par l'a-
cadémie roy. des sciences usuelles
d'Erfurt, 4i4; — par l'académie
des inscriptions et belles-lettres de
Paris, 452; —par l'université de Co-
penhague, 654; - pai' ^^ société pour
l'encouragement des arts de Ge
le vieux Cévenol , ôgS.
Ramcye. Fo}'. Télescope.
Rancé f'^oy. Retour.
Rapports de Sociétés savantes, P'oy.
ÎNlÉMOIRES.
Raymond'^ , Tàoughis on poUtiçal
econoniv , 5 00.
Réclamation de priorité du docteur
Forni à Turin, relativement à la
découverte de l'identité du fluide
magnétique , 645.
Reld's Essays on liypochondnas ,
555.
Religion- Koy ■ Théologie.
— (Mémoires sur la) , par Lanjuinais,
595.
Retour (Le), ou l'oncle et le neveu ,
comédie , par Rancé < 445.
1 encourasremenc ues ans uo "■=- \-"'r - •■ .
néve, G5o;-par l'académie des! Revues (Observ. sur les;, scientifi
reaux-art? de Milan, 645;-par l'a- ques et l.tt. anglaises M 449-
Reynier'(L.), Lettre à M. Jullien re-
lativ. au Byssus des anciens , 642.
Ruera, Saa;f^,io su i rapport;, etc. , 1 55.
Robert , Tableaux des intérêts, 170.
Robinson's, Menwirsoflhe Msxican
rei/olution , 55o.
Rolland de Villargues , Foj. Substi-
tutions.
Romains (Esquisse des mœurs domes-
tiques des anciens), 555.
Romans, 191, 34i , 594, 56i, 610^ 618,
656.
Rome (Déblaiement et excavations du
Forum de), 421.
Roques, Phytographie médicale, 076
Rousseau (Hist. de la vie et des ouvra-
ges de J.-J.) , A. , 102 , 1 1 1 .
Honneurs rendus à sa mémoire à
Genève, 4 ï9'
Runes allemands(Sur les), par Grimm,
070.
Rus eVs Essay on the hislory of the
englis/i governenicnt and consti-
tution , l32.
Russie, i56, 206, 557, 653.
S.
?ÏÏ5S1scânce du) , par Fritot ,lsae. , - ^^ -leur des mc^n^^d^nt
^97- roiHenriIV,558.
R- Sages-femmes, sur leur emploi en chi-
Rabaut-Saint-Étienne, Précis de l'his- rurgie,i49- 1 •„ „Ho
toire de la révolution française ,lSalaberry, Essa.s sur la Valaclue et la
-00 Moldavie, 107.
cadémie zélandaise des sciences
654 ; — par l'académie des sciences
d'Amiens . 658;— par la socldé J'é-
mulation de Cambrai , ôSg ; — par
l'académie des sciences de Tou-
louse, 661 ; — par la société d'agri-
culture de Toulouse ; 662 ; — par
l'académie française, 666; -par l'a-
cadémie des beaux - arts de Pans,
^67- - ^ .
— DÉCERNÉS : par l'académie des ins-
criptions, etc. de Paris. 43ij 432; —
par l'académie des beaux-arts de
Paris, 456, 668; — par l'université
de Paris, 440;— par l'académie zé-
landaise des sciences, 655;^ par l'a-
cadémie des sciences d'Amiens ,
65-; —par la société d'émulation de
Cambrai,658; -par l'académie des
sciences de Lyon, 659 ; — par la so-
ciété académique de Nantes , 660;
— par la société libre d'émulation
de Rouen, 660 ; — par l'académie
française, 666.
Prophètes ( Les ) , nouvellement tra
duits de l'hébreu, par Agier, ogS.
landie ( Nouvelle espèce de )
uvée en Italie , 4iO.
i6
Salaui
trouvée en Italie ,410
Salfi,C.- A. ,76,506.
Salverte (Eusèbe) , C.-M. , 232.
Sanderson , Biographie des signatai-
res de la déclaration d'indépen-
dance , 554.
Sauvages, Dictionnaire languedocien
français , 606.
Scarron , Le roman comique ,610.
Schlegel{Aug. GuiL) , Spécimen no-
vœ typographiœ indicée , 1 96.
Schvrartzkopf. f^'qy. Droit public.
Schweighœuser (G.) , Die Sliifen der
Bildung , 362.
Scrittori d'Ilalia. Voy. Ugoni.
SciLPTCHE, 21 5, 399, 637, 657.
Sculptures (Sur les) des frontons du
Parlhenon , M. , 2g.
Ségur, Histoire de France, 676.
Sempere Guarinos , Bibliotheca espa
nola economico-politica , 5-Q.
Senée , De l'histoire, etc., 6o5,
— De signis , 6o5,
Serres chauffées par hi chaleur des
écuries, 2o5.
Shakespeare (Biographie de) , M., i5,
Shelly (Mad.}. Foj\ Frankenstein.
Sickler. f^qy. Homère.
Siebe»-Leone, accroissement de la po-
pulation et de la prospérité de cette
colonie j 202.
Signis {De), sive de signorum in ideis
generandis vi ac potestate , 6o3.
Simons-Candeille, Agnès de France
394.
Sismondi (J- C. L. de) , C.-A. , 5i8.
Smith , Journal tenu pendant un
voyage à Congo, i38.
Société pour prévenir la pauvreté de
New- York , A. , 68.
— géologique américaine, 197.
— asiatique, de Calcutta, 202.
— littéraire , de Ceylan , 4o4.
— roy. de Londres , 127.
— Des Missionnaires, de Londres,2o6.
— d'encouragement, de Londres, 2o5.
— de Londres, pour la conversion des
Bohémiens errans en Europe , 629.
— philosophique de Cambridge , 206.
— royale de Dublin , 627.
— littéraire dite Humaniiels Gescll-
schaft , de Berlin ,211.
TABLE AXALYTiQrE
j —des sciences natur. de Halle .210;
— d'écon. rurale de Stuttgard, 414.
— pour l'encouragemeut des arts d
Genève, 659.
—bourbonienne, de Naples , 643.
— académique, de Nantes , 660.
— de médecine, de Toulouse , i63.
—d'agriculture , de Toulouse , 662,
— des sciences et arts, de Strasbourg
427.
— des lettres , sciences et arts . d
Metz ,219.
—libre d'émulation, de Rouen , C60
-d'émulation , de Cambrai, 658.
— de l'instruction publique de 1
Corse ,219.
— de pharmacie , de Paris , 22G.
— de la morale chrétienne,àParis,6Ç8
— Biblique aux Etats-Unis, 126.
if'''qy -aussi le mol AcADÉMiB..)
Source de bitume découverte au nord
ouest du Duck-Creek aux États
Unis , 197.
SouBDs-MCETs (instruction des) à Phila
delphie, 200.
— (Institution des) à Rodez (Avey
ron), 427.
Souscription proposée pour l'hospice
du Saint-Bernard. 640.
Southey. f^qy. Wesley.
Staël (Mad. de). Œuvres complètes,
iSS.A. ,540.
Stafford. J^qy. Loch.
Stapfer, C.-A., 493.
Staiings Gedichten , 871.
Stassart, C,-B., 161.
Statistique, 169, 182, 202, 4ii,4i5,
423.
— littéraire de Russie , 206.
Stober, Griechenlands Erwachen ,
619.
Strahlmans Finnische Sprachlehre
357.
Strixner, Collection litographiée de
tableaux de l'ancienne école alle-
mande, 4i8.
Style des orientaux , 656.
Substitutions (Des) prohibées par le
code civil , par Rolland de Vil-
largues, 177.
Sucre, sa propriété anti-vénéneuse,
2ld.
Suéde , 207, 4 «5, 654.
Suisse, i52, 364, 419, 493, 673, 639.
DES MiTlÈBES.
Tully. Foy. Peste.
T. Turquie , 423 , 646.
— Asiatique , 4o4.
TypooaAPHiB , 196.
17
allas chronologicas , 58o
ableaux cbronométriques , par Ool-
faux , 585. , ,, , ,,
actique électorale à 1 usage de 1 op-
position, 6o3. „ „ -
aiUandier , G.-A. a89 , B. i52.
^asso {Torquato), Lettere e versi.
iS". _
"ECHJiOLOGIB, 205, 219, 359.
'élescope perfectionné par M. Ka
mcve , à Aberdeen , 204. .
'éreiice (Comédies de) , traduites en
vers français , par Bergeron, 162.
fernaux (Lettre de M.), membre de
la cbambre des députés , à ses cor-
respondans , 6o4- , .
festament (Texte grec du nouveau),
par Valpy,556. _
rhéàtre de M. J. Chénier , 097
u.
Ugoni (Camillo) propose la continua-
tion de l'ouvrage biographique
{Scritlori d' Italia) du comte G. M.
Mazzuchelli, 212.
Délia lilteralura italiana, 565.
XJkivehsités : de Transylvanie , à
Lexington, 198; — de Breslau , 4i4;
— de Copenhague , 654 ;— d'Erlan-
gen , 656.
UfiAsoGBAPHiE (Cours d'} , par Che-
min Dupontès, 186.
V.
Valachie, 187.
-'x^m'in ÎR^'es'îunMé^olVertes r.^ keCodo de cueniay razon ,
Valle [Cesare délia) , Tragédie, i58.
près de Mandeure (Doubs) 9.16
Théâtres de Pans, 236 44^ - {^' Valpv's, Greck testament, 556,
Thénard, Traité de chimie ^l^'^^^Uin ^^^pen , Histoire des lettres et
taire, 169. des sciences dans les Pays-Bas,37i.
Théologie, Religion et Gllte , ^l%A__rr^ Mùller.
555, 564,565 . 58o ,4oo,/oi , *o^' yj^^^^^^ Interprétation des alpha-
556,595. 596,629,600. ^ ^^^ bets dont on faisait usage pour les
lé-^endes des monnaies anciennes
d'Espagne, 568.
Ventun, Memone et lettere inédite ,
rar'^as, Diccionariogeografico, 1 59.
ThZnJphôri'islbe) : (lisserait Au-
^iislus JVellauer, 060.
TÛiebaut de Berneaud, C.-IN,, 0^0
Thiessé (Léon) , C.-A. , m-
Thrise. Historia Cy renés . à3^.
Toile de Momie, portant des carac-
tères e
Momie, portant des cf"^-(.J[|>^ouvelle (Fondation d'une) dans
égyptiens qui paraissent être ViUenouv^,^^^ Macquaire, (Nou-
la marque de 1 étoffe ,M;^^ ^^^J velle-Hollande) , 620.
la marque u^ * >- ' /■ p^ , 1 veiie-ii"""""-; '
To.c Kp«.V.o^9«TO£ T«5 Ei/p^^'-f ^*^'-|yocabulaire bohémien, du professeur
xîvTi, 6o5. , • • c
Torombert, Exposition des P"°"J/'lvJiûeyV Les ruines, 175
ou Classification des sciences, etc., vomej , ^ „:_^„:„..,
TorrYceni , L'oracolo di Belfo , etc. ,
Tonvàe Londres (Histoire et antiqui-
tés de la) , par Bailey, 62.
Traductions nouvelles, en allemand,
Palkowitsh, 655.
voluey, Les ruines , _ .
Voyages dans l'intérieur de 1 Amen-
rique,parHarmon, 554.
_ du missionnaire ang aïs Campbell ,
dans l'intérieur de l'Afnque, 4io.
-à Congo, par Smith, iSy.
_en Arménie et en Perse , par Jau-
bert^ 186.
des classiques grecs ^^ ^fj"'; ^ dJ_dans^la Grande-Bretagne , par Ch
Tragédies de C. délia Valle , duc de Q deuxième partie , i;'-
ir°_r:„^or,r. i5S. ^ t, '__ _„, TV«Apr de Saussure
Ventignano , i58.
Transactions {Philosophical), of th.
Len Ecosse, par IN^ecW de Saussure,
Transactions [,t'tiuosujjni.^^-),-j •■■-[
royal socielyofLondon,x-27- J^ ^;^ le nord de l'Allemagne , par
Treschow,Loi^gi^nings-Princifies,\ ^^ .j^^ ,5,.
564. ^
18 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES,
—aux Alpes et en Italie , par Monté- 1 „,
mont, 395. W.
—aux Alpes maritimes, par F. E.Fo-L, ,. „ ^ .
deré, Sga. Walkenaer , Recherches géographi
deré, Sga.
—dans le royaume de Naples , par
Keppel Craven , 354.
—dans la Grèce, par Pouqueville,
A. , 33i.
—en Grèce, par P. E. Laurent , 354.
—souterrain , par Bory de Saint- Vin-
cent , 586.
—dans les Montagnes maudites , par
Léon Dufour , 586
ques sur 1 in ter. de l'Afrique ,1 85
PFarner's [Richard) , Miscellanies
356.
ff^as ist der Zeitgeist ? i46.
Weyland , Pensées de Jean Pau
Richter, 67 1.
Wellauer , f^oy. Thesmophories.
Wesley (Vie de) , par R. Southey,
554.
William, C.-A., 534.
-Di DÉcocvfiBTEs du capitaine anfrlaisw^û ' ..
W. Parry, 558 ;-du^commaSdant Wurtemberg, statistique deceroyau
w. Parry, 558;— du commandant
russe VasiUeff, 6a j ,— du lieutenant
King de la marine anglaise , 622.
— sciENTiFiQLEs .' de MM. Waddington
et Hanburg, en Egypte, 4io: —
du jeune Witte , en France et en
Angleterre , 44i ;_de plusieurs sa-
vans américains, aux îles Arctiques
620; du colonel Francklin, aux In-
des orientales, 6ai;-de M. Cail-
Iiaud, en Nubie, 623,626.
me, 4i5.
Y.
Young (Arthur) ) , Notice biographi-
que, 4ii.
Z.
Zoogène (Substance appelée) , obser-
vations sur cette prétendue décou-
verte, 670.
Zoologie, 4i 1 , 419.
FIN DE lA TABLE DU ONZIEME VOLUME.
ERRATA.
quatre manuscrUsduDtsèsteTsXTnVn '^^^^^ris possède Pingt-
qualre manuscrits des ii7iit,l/ r ^'^^"'^'^^g"^ <^^ Pans possède pmgi-
et quinze auœTsJloLf ej,/ J^^^^^ien dont neuf avec le texte stul
du Digeste .-iliiTil t '/" outre, plus de quarante manuscrits
Uorentr, li ez fi^^ I.T7-rr''''\?= miscellanea;-\h\A.a. 35 ,
SUITE DE U ERRATA.
cù ttriturea ■,^p. 233, I. 12 et 16, Borry de St.-Vincem^ Ihez : Bory deSt-
l^mcenli ibid., dernière W^nc^ propriété, lisez •.prospérité; — p. 239, 1. 33,
harmante, lisez : chantante ; — p. 2^2, au bas de la page, 5i* cahier ,
isez : 32« cahier; — p. 254, I. 20, àferme, lisez : enferme:-—^. 261, 1. 19,
fiiTti, lisez : effets; — p. 262, 1. i5, ne se remplisse, lisez : se remplisse';
—p. 270, 1, 22, intitulions, lisez ; instructions ;— p. 3oi, I. 4» la première
Inousgui offrira , lisez : nous offrira; — p. 34i, 1. 6, Gajol, lisez : Guyot ,-
—p. 35i, 1. 56, Vadjal, lisez: f^adjah; — p. 55i, 1. i4, Hïati., lisez Haïti';
— p. 55i, 1. k,forquhar, \\%ti farqhar ; —p. 557, 1. 10, Madiolani, lisez :
)fediolani;—i). 369, 1. S, Touellanoz , lisez ; Jovellanoz ; — p, 43o. 1. 33,
lu. ho, lisez : dw 5o ; —p. 572 , 1. 18, 1 200, lisez : 200 ; — p. 577, 1, 28 et 29^
mr le comte Beniouski , celle d'une comédie de Kotzebue , lisez : celle du
omte de Beniowski , comédie de Kotzebue ; — p. 617,!. 21, Champvaus,
isez; Champvans ; — p- 663, I. 33 , passage des bateaux, lisez : pesage des
bateaux ; p. C72 et 673, sir Henrj , lisez : .)/. Sirhenrj-,
DE L'IMPRIMERIE DE J. SMITH.
WlS i
AP
20
R53
1. 11
Revue encyclopédique
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